Les choses que je sais et celles que je ne saurai jamais.

(Une fois par an je publie un texte qui s’écarte un peu de la vocation de ce blog. Et c’est souvent un gros pavé. Désolé pour vous, ça arrive aujourd’hui. Ça ne recommencera pas avant un petit moment. Je remercie les lectrices à qui j’ai posé la question et qui ont témoigné. Et pour ceux que ce sujet intéresse, allez voir les sites suivants, ils expliquent tout ça bien mieux que moi, avec moins de maladresses et surtout une plus grande légitimité.
Le magazine Causette, Madmoizelle, le site « antisexisme » et beaucoup d’autres, comme l’écho des sorcières, ou cet excellent article de Jaddo. Je prends une semaine de congés. Prenez soin de vous. PS : si quelqu’un sait d’où est le texte dans la photo j’aimerai le créditer du nom de l’auteur)

Je sais que je suis un homme de 30 ans, blond, blanc, cis-genre, médecin, socialement bien intégré, et je sais que je jouis sans le savoir de privilèges nombreux qui ne sont en aucun cas le fait d’un mérite quelconque.

Quand j’ai demandé aux femmes qui m’entourent ce qu’était le sexisme, ce qu’était « factuellement » le sexisme, je me suis rendu compte, pour la première fois de ma vie, des mille et une petites choses qui concourent à mes privilèges. Je sens déjà que certaines femmes vont rire, et que les plus féministes d’entre elles grinceront des dents. Mais je leur demande la même indulgence qu’on octroie à cet enfant qui découvre la non existence du Père Noël ou à cet autre qui tombe des nues et s’aperçoit que, non, ce n’est pas une bonne fée qui vient subtiliser la dent sous l’oreiller pour la remplacer par une pièce de 1€…

D’ailleurs, pardon pour elles, mais ce texte s’adresse avant tout aux hommes. Aux hommes qui ne savent pas et qui ne sauront jamais.

Je ne sais pas et je ne saurai jamais ce qu’on ressent quand le vendeur du magasin de bricolage regarde l’homme qui m’accompagne pour répondre à MA question concernant MA salle de bain.

Je ne sais pas et je ne saurai jamais ce qu’on ressent quand la maîtresse d’école s’adresse systématiquement à la maman quand il s’agit de parler des enfants. Ou la colère sourde dans mes tripes de femme violée quand un expert psychiatre dira d’un accusé en cour d’assises : « c’est un dérapage, un acte d’opportunité ». 

Je ne connais pas et je ne connaîtrai jamais l’indignation d’entendre qualifiée de « caprice » ma volonté de garder mon « nom de jeune fille », ou ce qu’on ressent quand le maire de la troisième ville de France parle de ses collègues élus masculins en termes de « compétences », mais évoque la nouvelle élue à l’agglomération en s’exclamant « jolie, en plus ! ».

Je ne sais pas et je ne saurai jamais l’envie brûlante d’expliquer au notaire que non, vraiment non, quand il y a écrit sur le papier officiel « Mme et M [prénom-nom du mari] » moi, en tant que femme, je n’apparais pas. Qu’éprouve-t-on lorsqu’il vous répond : « Mais allons, madame, c’est PAREIL ! » ? Je ne le sais pas et je ne le saurai jamais. 

(Et je ne parle même pas des chéquiers… Les femmes comprendront, les hommes pas du tout…)

Je ne sais pas et ne saurai jamais ce que c’est que de vivre dans une société où la plupart des insultes et des jurons sont liés à mon sexe de femme. « Con, connasse, Salope, va te faire foutre, putain, pute, va te faire enculer, enculée, pétasse,  » autant de mots de tous les jours qui me rappellent ma condition de pénétrée et la suprématie du pénétrant. (Rajoutons les PD, tarlouze, tante, etc.). ET TOUT LE MONDE TROUVE CELA NORMAL ?!?!?

Je sais, cependant, que plus j’accumulerai de conquêtes féminines plus je serai un tombeur, mais je ne saurai jamais ce que ça fait de se faire traiter de chaudasse, ou salope, parce que je suis une femme et que je prétends aux mêmes droits à la sensualité que les hommes. Je sais aussi, la honte induite et idiote, que j’ai ressentie petit garçon quand on m’a dit : « arrête de pleurer comme une fille ! ». Alors, ça pleure comment une fille ? Avec ou sans les larmes ? Avec ou sans les yeux ? Est-ce que ça hoquette ? Est-ce que ça renifle ? (Sérieux, c’est une vraie question ça…)

Je ne sais pas et je ne saurai jamais que, pour chercher des informations sur mes impôts, je les trouverai en réalité sous le numéro fiscal de mon mari.

De même, on ne m’a jamais demandé : « Et le bébé c’est pour quand ? » au cours d’un entretien d’embauche. On ne me fait pas payer mes rasoirs trois fois plus cher parce qu’ils sont bleus ou des Stabilo parce qu’ils sont spécialement faits pour les hommes. 

On ne me regarde pas de travers quand je dis ne pas vouloir d’enfant. On ne me dis pas : « tu as une ampoule grillée sur ta voiture, il faut que ta femme s’en occupe ». Cependant, je sais qu’on me regarde avec approbation quand je dis que je repasse le linge, comme si c’était un exploit. (Et merde, la porcherie est partagée, on est plusieurs à vivre dedans, non ?)

Je ne sais pas et je ne saurai jamais le rire salace du policier qui prend la plainte pour viol de ma compagne lesbienne et murmure à son collègue : « Pour une fois qu’elle avait un vrai pénis entre les jambes ! »

Je ne sais pas et je ne saurai jamais l’envie de frapper mes interlocuteurs quand, étant mariée avec deux enfants, j’accepterai un super job bien payé à 400 km de chez moi et que je m’entendrai dire : « Comment tu vas faire avec les enfants ? »

Parce que ÇA, on ne le dit JAMAIS à un homme. 

Je ne sais pas et je ne saurai jamais pourquoi à l’école on insiste toujours pour appeler d’abord la maman plutôt que le papa quand la fillette vomit. Je ne sais pas je ne saurai jamais pourquoi, dans les magasins, on trouve toutes les tailles pour les hommes, mais rien au-dessus du 44 pour les femmes. Parce que « les grosses, c’est moche, elles vont sur le net », alors que les hommes avec de l’embonpoint c’est le pouvoir et la force de l’âge ! Amen !

Je sais (et je me souviens) de l’indignité d’un chef aux Urgences prétendant de toute sa puissante voix virile que non, l’excision est une coutume locale et qu’on « se doit de la respecter parce que ça rend la femme respectable ».

Je ne sais pas et je ne saurai jamais ce que ça fait de réduire mon indignation d’être humain à un simple désordre hormonal en un réducteur et lapidaire : « T’as tes ragnagnas, ou quoi ? », digne successeur du « T’as un trouble hystérique, ou quoi » du 19 ieme siècle. (Pour les tordus de philo : « Le sexisme c’est emprisonner quelqu’un à l’extérieur de ce qu’il est. » Vous avez 4 heures.)

Est-ce que je suis en colère quand, étant une femme travaillant dans un pays européen, j’apprends que depuis le lundi 2 novembre au soir, je ne suis plus payée ? (Oui, oui, en Europe, un employé femme gagne en effet en moyenne 16 % de moins qu’un employé homme. Rapporté sur 365 jours, c’est comme si elles étaient rémunérées cinquante-neuf jours DE MOINS par an !) Je crois que oui, je serais en colère. Très en colère.

Je ne sais pas et je ne saurai jamais ce qu’on ressent quand, alors que je suis chef d’entreprise et qu’une discussion devient pointilleuse avec un client, celui-ci demande à parler au patron.

« C’est moi le patron ! CONNARD ! »

(mais qu’est-ce qu’IL a celui-là ? IL a ses ragnagnas, ou quoi ?)

Je ne sais pas et ne saurai jamais ce que c’est de devoir assumer SEULE, dans mon corps et dans mon porte-monnaie, le poids de la contraception de mon COUPLE.

Je ne sais pas et je ne saurai jamais ce qu’on ressent quand soudain, dans l’avion, alors que je suis à ma place, l’hôtesse de l’air vient m’expliquer que je dois changer de place car je suis près de l’issue de secours et qu’il faut un homme à cette place. Je ne sais pas et je ne saurai jamais ce que ça fait de se faire traiter de sale pute parce que je porte une jupe, et que non, cela ne veut pas dire que j’ai envie de baiser (et quand bien même !), mais que simplement je me sens bien en jupe ou belle, ou les deux, et que tout être humain a le droit d’être bien dans sa peau et de se sentir beau. Je ne sais pas et je ne saurai jamais la colère d’avoir un doctorat et de pourtant devoir affronter des gens qui persistent à voir en moi une assistante, une secrétaire, une infirmière, une aide-soignante, enfin bref, tout ce qui n’est pas un docteur (je ne dévalorise en aucun cas ces métiers, simplement le fait qu’ils soient, dans l’imaginaire collectif, réservés aux femmes). Je sais, cependant, qu’il est difficile de trouver un déguisement de docteur pour ma nièce, quand seuls des déguisements d’infirmière sont proposés aux petites filles, et de docteur aux petits garçons. Je sais, aussi, que dire d’une enfant « c’est un garçon manqué », c’est dire étymologiquement que l’enfant est ratée. Je sais aussi que le sexisme c’est consacrer spécialement une journée par an aux droits de la femme et aucune à ceux de l’homme avec un h minuscule (oui, il y a une ironie désabusée dans cette phrase.) Le sexisme c’est aussi (surtout ???) la femme qui aura lu ce gros pavé jusque-là et qui se demandera si tout cela EST vraiment du sexisme. Oui, je sais, au fond de moi, que le sexisme, le vrai, celui qui a gagné je veux dire, c’est cette femme, seule devant ce texte, en train de se dire que, finalement, tout cela « ce n’est pas si grave »…

Je pourrais continuer indéfiniment la liste des choses que je sais et celle des choses que je ne sais pas et que je ne saurai jamais. Alors j’incite le lecteur de ce texte à demander aux femmes qui l’entourent ce qui, pour elles, est le sexisme. Le sexisme pragmatique, j’entends. Factuel. Tangible. Quotidien. Palpable dans le réel. Où est-il ? Qui est-il ? Comment agit-il ? Parce que non, définitivement non, quand on est un homme, il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup de choses qu’on ne voit pas, qu’on ne sait pas. Et qu’on ne saura jamais. Demandez aux femmes autour de vous, renseignez-vous, croquez la pilule rouge ! Et si vous vous décidiez à changez votre point de vue, à prendre la place de l’autre ? C’est comme ça que les révolutions arrivent : on commence par changer sa manière de regarder le monde, puis un jour voilà que le monde entier a changé.

La fille qui mettait des robes et s’occupait des papiers.

Alors voilà Marion. Elle est ma co-interne. Marion est la Dita-Van-Teese de notre promotion. Dans ses placards, 7 894 robes : en dentelles, coton, lin, soie… Différentes coupes, différents coloris, avec pompons, sans pompons, avec fanfreluches, sans fanfreluches, mais toujours avec une petite plume quelque part.
Elle a ce petit côté « rétro-chic/prêtresse sado-masochiste ». Jackie Kennedy version Marilyn Manson. Le jour, je la vois soigner les patients, mais la nuit, je la soupçonne très fort de fouetter des mecs à coups de côtelettes de porc. Et ils aiment ça.

Elle passe un diplôme universitaire d’ostéopathie et a débloqué une copine en deux tours de mains.

Le soir, elle aime bien se mettre sur la terrasse et écouter des livres audio. Enfin, UN livre audio : « Les Misérables ». Mais c’est un gros livre ! Ça fait cinq ans que « Les Misérables » lui confient leurs misères. Son oreille gauche s’appelle Jean Valjean, son oreille droite s’appelle Thénardier. Elle, au milieu, elle écoute, elle ressemble à Fantine.

Sur ses genoux, une barquette de lardons fumés qu’elle grignote crus :

– J’aime la viande, dit-elle avec un sourire plein de sous-entendus.

Moi, j’aime bien Marion. Je la connais depuis dix ans.

L’autre nuit, fin de fiesta, elle est allée chercher son serre-tête, tombé au fond de la piscine. Elle y est allée toute nue :

<< Je ne voulais pas mouiller la robe et les sous-vêtements.>>

Évidemment !

Hier, son père a avalé son repas de travers. On appelle ça une « fausse-route alimentaire ».

On vient de lui diagnostiquer une « Sclérose-Latérale-Amyotrophique ».

Si tu changes beaucoup de lettres aux mots précédents tu obtiens : « saloperie-neuro-dégénérative incurable ».

Le week-end, quand elle rentre chez lui, Marion s’occupe des papiers de son père. Il y a beaucoup de papiers, mais seulement deux jours dans le week-end.

La fable du lutin, du marteau et des gynécos.

L’histoire, c’est S., une patiente. Merci.

Si vous souhaitez raconter votre histoire de soignants ou de soignés, c’est ICI



Alors voilà, elle hésite, c’est son histoire, mais elle n’aime pas parler d’elle, puis ça a toujours l’air plus vrai quand c’est l’histoire d’une princesse ou d’un chevalier… Mais elle n’a pas une carrure de princesse. Donc, voilà : c’est l’histoire d’une jeune fille, petite, toute petite, on dirait un lutin, mais avec un fort caractère (il faut imaginer un lutin avec un gros, très gros marteau).

Un jour, elle a un amoureux, et comme elle ne veut pas de bébé, elle va chez LA gynéco, pour la première fois : « La pilule ? Mais enfin tu es trop petite pour ça ! Et puis à ton âge, les filles ça ne devraient pas faire ça !!!! » Et dans sa tête, le petit lutin met un grand coup de marteau sur la tête de la dame aux cheveux gris.

[…]

Quelques temps plus tard, le lutin se sent très fatigué. C’est que des règles régulières et du sang perdu tous les mois, c’est beaucoup pour un si petit être. Alors elle re-consulte, UN gynéco cette fois. « La pilule en continu ? Pour quoi faire ? Les règles c’est normal, ça n’a jamais tué personne et puis tu n’es pas si fatiguée que ça ! » Et dans sa tête, le petit lutin écrase son gros marteau sur le moustachu aux cheveux blancs, le grand expert des règles (de 3). Elle se console en se disant : « Lui, il doit sûrement pleurer quand il s’est coupé le bout du doigt avec le bord d’une feuille… »

[…]

Des années plus tard, le lutin a changé, et se dit que ce serait bien de vérifier si tout va bien. Il re-re-consulte, une gynéco encore, une dame qui lui pose plein de questions sur les gens qu’elle aime, (et c’est vrai qu’elle aime beaucoup de monde) « Pansexuelle ? Les filles ET les garçons ? Hé ben, on sait plus quoi inventer de nos jours… enfin si tu couches surtout avec des hommes, tu m’as l’air d’être « normale » et puis le reste, ça te passera… » Et dans sa tête, le petit lutin décolle avec son gros marteau la coupe carrée brune des épaules. VLAM ! Strike !

[…]

Les années passent encore, le petit lutin qui a l’air d’être « normal » aime beaucoup de monde, et se dit qu’il faudrait faire attention, quand même. Elle re-re-re-consulte, un gynéco, à nouveau, pour lui parler des gens qu’elle aime. « Oui, enfin si tu n’es pas « sage », il faudra pas t’étonner d’avoir quelque chose ! » Cette fois c’est trop, le poing s’abat sur la table (comme… un gros marteau !), le lutin sort, et jure qu’il ne reviendra pas. Jamais.

[…]

Et puis un soir, un ami du lutin, un farfadet plein d’arcs-en-ciel, lui parle d’un endroit où on soigne les farfadets et les lutins comme eux. Alors, le gros marteau déjà sorti, le lutin accepte, méfiant, d’essayer encore.

Mais quand il arrive, le docteur est tout gentil. Il dit « bonjour »… (IL DIT BONJOUR !) Il se présente, même ! Il est vénérologue. « Je suis là pour vous aider, pour que tout se passe bien. » Avec le lutin, ils font une longue liste. Des amoureux, des tests à faire, des examens qui manquent. Il lui parle d’un dépistage, qu’il faut faire aux jeunes filles. Ça n’a jamais été fait, il est inquiet pour le lutin. Alors on fait. Mais tout ne se passe pas comme prévu, les résultats sont inquiétants. Comme le lutin se braque, le docteur lui dit « Il FAUT consulter. Cette gynécologue là, c’est une amie, je vous assure, faites-lui confiance. »

[…]

Et comme il a été gentil avec lui, le lutin veut bien faire confiance. C’est une dame toute blonde, la première à lui dire « vous », à voir que le lutin n’est pas si petit malgré sa taille, et qu’on peut être petite sans être ni une enfant ni infantilisée. La première à ne pas dire que c’est mal ou « anormal » d’aimer trop de monde. La première à ne pas être une… donneuse de leçon paternaliste ? (Et oui, petit lutin, parfois, nous les médecins, nous faisons l’erreur de croire qu’avec le diplôme, nous devenons par la grâce de Dieu le papa et la maman de nos patients… Et oui…). 

Le lutin s’entend bien avec cette gynéco. 

Et ça tombe bien, parce que d’ennemi, il y en a un, un vrai, un qui pourrait devenir très méchant. « Il ne faut pas vous inquiéter. Nous allons surveiller, nous allons vous aider, et faire en sorte que tout se passe bien. »

Et le lutin la croit.

[…]

Depuis ce jour-là, le lutin a un tout petit crabe, mais elle a toujours son très gros marteau.

Et non, non, non, elle n’a même plus peur des gynécos !

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PS : je me rendrai au CÉLÉBRISSIME salon du livre de BRIVE le 7 et 8 novembre ! Venez à Brive ! C’est le plus grand/ancien salon du livre de France et c’est fun (y a Jean D’Ormesson qui danse le twerk sur Beyoncé ! ) Venez je vous prends dans mes bras, et quand on se prend dans les bras, nos corps produisent de l’ocytocine et on lutte contre le cancer ! Yeahhhh ! (je prends la carte vitale !)

PS 2 : désolé j’ai du retard dans ma réponse à vos mails… Mais je réponds ! prenez soin de vous !!! <3

PS 3 : C’est avec une grande joie que j’ai appris la nomination de mon premier roman pour le prix France Culture, Lire dans le Noir. Merci à tous de me soutenir depuis le début… Depuis le blog… Le premier livre… Le deuxième (qui a autant de succès que le premier, même à l’étranger, qui vous a fait rire et pleurer. Il est d’ailleurs parmi les 5 finalistes du Prix Méditerranée des lycéens, un prix qui récompense parmi 40 ouvrages sélectionnés celui que préfèrent 3000 lycéens dans 60 lycées ! C’est un très prestigieux prix, et c’est grâce à vous tous, les « Alors Voilà », qui donnez de la visibilité à mes romans… Je n’ai pas d’autres mots que : Merci, merci, et merci ! )… 
Merci, merci, merci !

La danse de la joie.

L’histoire c’est M., l’écriture c’est moi. Merci !

Si vous voulez raconter, c’est ici !

Alors voilà, Madame Carte. 

Madame Carte reçoit une adolescente, envoyée par son médecin généraliste avec ces mots « J’ai une intuition. Elle me dit que tout va bien… Mais y a un truc qui colle pas… »

La gamine arrive au cabinet, elle commence par des banalités, puis au détour du « Chemin Qui Ne Dit Rien », elle se trompe de route, prend celle de « L’Image Sociale et de La Mort », la route de la franchise, et la voilà tout à coup qui se livre  » elle est seule dans son monde », « elle est moche, très moche », »elle est bizarre », en plus la psy doit « se rendre compte que c’est un monstre parce que….. elle aime les filles… »

D’après elle, le plus simple serait de mourir, elle pensait le faire d’ailleurs, mais il y a eu ce médecin qui lui a dit que ça serait bien qu’elle aille voir une psy, que ça pourrait peut-être l’aider et elle, du coup, du fond de son abîme, elle a vu comme une petite lumière, une porte qui s’entrouvre, quelque chose qui lui a donné envie de voir, juste voir, si la mort pouvait attendre un peu.

Quand la gamine a parlé de la mort, elle n’osait plus regarder madame Carte, comme si madame Carte allait lui faire la morale, comme si c’était un gros mot de dire « je veux mourir ». Alors madame Carte lui a répondu comme avec les autres : « Bah ok, si tu veux c’est ta vie ! ». Et, comme avec les autres, madame Carte observe la même détente, ce moment où le lutteur interne lâche, comme si le fait d’autoriser quelqu’un à choisir s’il peut ou pas mourir libérait d’un combat. La gosse lui a parlé de ce qu’elle pensait ressentir (ou ne plus ressentir) de tous les scénarios qu’elle avait pu imaginer.

<< Le moment le plus touchant, m’écrit madame Carte, c’est quand elle parle de sa vision du monde : elle VOIT les autres, elle utilise toujours un vocabulaire gentil en parlant d’eux, des mots de soutien, bienveillants…>>

Les séances s’enchaînent, les semaines passent. Elle parle, et elle pleure, et elle pleure, et elle pleure. Puis un jour, elle parle, et elle pleure, et elle pleure, et elle… rit ! Elle est alors tellement fière, devant ce moment où son corps s’est ouvert au monde sans qu’elle s’en rende compte. L’espace d’un instant, elle n’est plus collée dans le fond du canapé, entre deux coussins, non. Elle est bien assise, droite, triomphante, un petit triomphe mais un triomphe quand même. ELLE A RI !

[…]

Hier, elle a prononcé ces mots : « Madame Carte… Je dois vous dire… Je me suis trouvée belle, hier… vraiment belle… Je me regardais dans la glace et… Enfin… Je crois que je commence à m’aimer un peu… »

Et quand elle est partie, Madame Carte a dansé. Oui, oui, dansé. Toute seule dans son cabinet. Une petite, minuscule danse. Avec la tête, les bras, les jambes et, pour maintenir le tout, de la joie au milieu.

L’homme qui espérait un juste milieu.

L’histoire c’est S., l’écriture c’est moi. Venez raconter la votre, c’est ICI !
Alors voilà, le vieil homme avait 86 ans, et il avait HORREUR de deux choses dans la vie :
1- les « satanées herbasses » de son beau jardin.
2- laisser la sonnerie du téléphone retentir plus d’une fois, parce que c était toujours d’une importance vitale de ne pas faire attendre les démarcheurs d’aspirateurs.
(  » Seulement deux choses ?  » me direz-vous, quand on a 86 ans, c’est plutôt honorable.)
Un jour, première sonnerie, le vieil homme l’entend par la fenêtre ouverte, redresse son vieux dos courbé sur ces satanées herbasses auxquelles il rendait des comptes. 

– Ça a sonné ? dit-il tout haut.

Deuxième sonnerie.

– Merde ! Ça a sonné !

Grand-père se précipite vers le téléphone à l’entrée de la maison,

C’est à la troisième sonnerie que la marche du perron gagne.

Chute.

Fracture de la jambe.

A l hôpital, on lui dit :  » Tout va bien, monsieur. Un plâtre et quelques jours de récupération en service gériatrique. »

Malheur ! Que n’a-t-il pas dit !!!

Le vieil homme sur le brancard se redresse :

– En gériatrie ?

Gêne. Silence. Le médecin, voulant être élégant, se raccroche aux branches comme il peut :

– Excusez moi monsieur, mais quel âge avez vous ?

[Je sais, la subtilité de certains de mes confrères m’étonnera toujours !]

Long et profond soupir du vieil homme : 

– Bah oui je sais bien que je ne suis plus tout jeune, mais je trouve les vieux déprimants…

Silence. Le médecin :

– Où voudriez-vous aller ?

Réponse authentique et magnifique du patient :

– Vous n’avez pas un service entre la pédiatrie et la gériatrie ?
Personne n’a su quoi répondre. Je veux dire, vous n’avez VRAIMENT rien entre la pédiatrie et la gériatrie ?

[ Plus tard, il aura un plâtre digne de celui d’un adolescent, remplis des petits mots d’amour de ses nombreux petits enfants. D’ailleurs, même s’il leurs dit qu’il n’a plus l’âge pour ces bêtises, sa petite fille, qui m’écrit cette histoire, sait qu’il se vante devant les infirmières d’avoir un plâtre aussi bien rempli. ]

Plein de pleins de choses.

Il y a un intrus sur cette photo, sauras-tu le reconnaître  !!!

Alors voilà, je suis désolé. Ces derniers temps, je suis pas folichon et les pouêt-pouêt n’ont pas trop d’efficacité. J’en ai parlé à des copains infirmiers. On m’a dit c’est normal, ça arrive plus ou moins vite, mais c’est normal.C’est le syndrome « sixième sens » (comme l’enfant flippant du film, celui qui « voit des gens qui sont morts »… Oups! Désolé pour le spoiler !)

Moi, je vois des gens qui vont pas bien. J’en vois au travail, bien sûr. Tous les médecins le font. Je veux pas dire que ça me mine, mais je crois que ça me rend un poil sinistre, parce que quand je marche dans la rue, quand je croise des passants, de temps en temps, je me surprends en train de me dire « il a quoi, lui ? Un diabète ? Et lui ? Une maladie de Crohn ? Et elle ? À mon avis c’est une hyperthyroïdie… Et cet enfant ? Il doit être hyperactif. Ou alors il est juste très chiant. Et cette autre femme ? Elle a l’air triste… Souffrance au travail… Son patron doit être genre horrible… et elle doit être comme cette autre dame, là, celle qui vient consulter régulièrement parce qu’elle a le ventre noué en allant au boulot le matin… Et lui, là, avec ses cheveux blancs, c’est quoi SA souffrance à LUI ? Hein ? Elle ressemble à quoi sa croix À LUI ? »

Je me surprends à penser ça. Parce que j’ai l’impression que tout le monde a mal. Parce que j’ai l’impression que la maladie n’épargne personne. Parce que je vois de la douleur partout et en tout. Oh, je sais que c’est une erreur, une construction de mon esprit.

Moi, je veux pas devenir sinistre. Je veux pas, je veux pas, je veux pas… Mais quand même ! Le matin j’ouvre la TV, je regarde les infos, et là je me dis : la vie est une vraie saloperie, ou quoi ? non ?

Alors je demande à Mamie, ma Mamie à moi. 

« Non, c’est pas toi. La vie est la vie. » répond-elle.

Puis elle m’emmène sur son balcon, regarder le soleil se coucher. Elle ouvre grand ses bras et elle dit :

– Il faut du malheur dans ce monde, Baptiste. Il faut du malheur et de la souffrance, car si il n’y avait pas de malheur et pas de souffrance, alors il manquerait quelque chose dans ce monde et tu sais quoi, Baptiste ?

– Non, mamie ?

– Il faut que le monde soit plein, oui. Plein de pleins de choses. Et qu’il ne manque rien, sinon tout mentirait. »

Ensuite, elle dit qu’elle a froid, que ça réveille ses rhumatismes, elle rentre et je souris. Merci mamie. 

« Je vois des gens qui sont morts »

Le petit gosse flippant de « Sixième Sens ». 


« Je ne perds jamais : soit je gagne, soit j’apprends. »

N. Mandela 

  

Le jour où j’ai manqué de délicatesse.

Alors voilà, la première fois, c’était pour une douleur au poignet. Elle était brune, la taille fine, le tailleur bien roulé, les yeux verts, le rire cristallin et haut perché. Sans aucun doute la plus belle femme de 50 ans que j’ai vue de ma vie -après maman, bien entendu (on ne sait jamais, peut-être que ma mère lit ces lignes…).
Je l’ai examinée, lui ai prescrit ce qu’il fallait pour que cela aille mieux.

Elle est revenue deux jours après. Jupe courte, maquillage léger, sourire immense, et un livre à la main. « Justine ou les malheurs de la vertue ». Elle se plaint d’une douleur au mamelon droit. À peine entrée, elle s’est déjà débarrassée de son soutien gorge, et quand je me retourne, elle bombe le torse, soulève sa poitrine à pleine main, la balance à droite, à gauche. Je suis vraiment gêné. Si c’est le mamelon droit qui la fait souffrir, pourquoi joue-t-elle au hand-ball avec le gauche ?? Et pourquoi pousse-t-elle de petits soupirs quand je l’examine ? 

Moi je reste très froid, très professionnel. Je me dis « peut-être ai-je été trop gentil la première fois ?? »

Quand elle s’en va, je me dis « ça y est, elle reviendra pas ».

Elle revient deux jours plus tard, fourreau noir à paillettes. Bon c’est pas comme si il faisait 38 degrés dehors, hein…

Je fais comme si j’avais pas vu sa robe de soirée. Elle remet ostensiblement sa lecture du jour dans son sac. Elle lit donc « 50 nuances de Grey » et, détail non négligeable, elle en a corné quelques pages.

– Docteur, dit-elle en adoptant une moue timide et en mordillant son petit doigt, j’ai une gêne dans ma… mon… intimité.

– Ah.

Je me balance d’un pied sur l’autre. Et si je me faisais des idées ? Je l’examine avec la froideur d’un glaçon… Je me sens mal à l’aise.

Finalement, quand je la raccompagne à la porte, en me demandant ce que j’ai pu sous-entendre malgré moi, ou si j’ai été maladroit, je glisse délicatement un : << J’ai vu ce que vous lisiez. C’est si bien que cela ? Ma MÈRE et TOUTES les MÈRES de mes amis le lisent aussi… >>
Là où je me suis senti nul, c’est que quand j’en ai parlé à mon associée, elle m’a dit bien la connaître. Elle l’a déjà reçue deux fois. Syndrome dépressif. Elle divorce, elle a 50 ans et son mari l’a quittée pour une gamine de 24 ans. 

Je sais pas trop ce qu’on peut ressentir… Mais d’un seul coup, je me suis dit que j’aurais pas dû lui dire ça. J’espère que je ne l’ai pas blessée. J’espère, j’espère, j’espère. 

L’homme qui chantait.

L’histoire c’est F., l’écriture c’est moi. Merci F. Si vous voulez raconter, c’est ici !

Alors voilà, son copain la battait, elle s’est enfuie. Elle l’aimait encore. Mais elle est partie. Sauver sa peau. Elle l’aime, il la frappe, elle l’aime encore. Elle sait que l’amour ce n’est pas ça, mais on décide de rien. Elle change de ville, change de département, même. Elle se retrouve seule, sans amis, sans famille, sans même un toit pour passer la nuit… La rue, c’est terrible ça… La rue… Elle a tenu bon, tenu debout, un bon bout de temps, debout, tenu, droite, tenu, tenu, tenu, elle serre les dents, puis un jour « crac », les barrières s’effondrent. Elle fait une bêtise, et si tu changes quelques lettres à « faire une bêtise », ça fait « essayer de partir voir les poneys multicolores plus tôt que prévu ». Elle a 22 ans, elle est loin de ses proches, et elle se retrouve de longues journées à attendre, les yeux dans le vide, allongée sur le lit d’un hôpital psychiatrique. Coincée dans un autre monde, oui, elle est coincée… Elle connaît le plafond par coeur, chaque tache, chaque aspérité, elle les connaît.

[…]

Ce jour-là s’annonçait pour elle comme les autres : pas envie de manger, pas envie de se laver, pas envie de se lever, pas envie de vivre… Dans le service, un aide-soignant passait dans les chambres pour changer les draps de lit. Vous voyez, rien de très formidable jusqu’ici… sauf que l’aide-soignant faisait tout cela en chantant. En chantant ! Elle ne pourra jamais expliquer ce qui s’est passé à l’instant où il a commencé à chanter « La vie en rose » de Piaf. Pourtant, elle s’est levée… spontanément ! Pour la première fois en deux semaines ! Elle s’est sentie attirée par sa joie, comme l’insecte va vers la flamme. C’était mystérieux, cet abandon joyeux dans ce lieu froid, triste, blanc et vide; tout à coup, c’était comme si le plafond n’avait plus d’importance. Elle s’est levée et elle a marché jusqu’à cet homme sans trop réaliser ce qu’il se passait. Arrivée devant lui, elle s’est sentie bête, elle savait pas quoi dire. L’aide-soignant s’est arrêté en la voyant plantée devant lui comme un piquet.

– Vous pouvez continuer ? S’il vous plaît…

– De quoi ?

– De chanter.

Il a repris avec Piaf, encore, mais « Je ne regrette rien ». Elle, elle l’a suivi jusqu’à ce qu’il ait fini son service, elle l’a suivi comme les enfants perdus la nuit suivent les étoiles, dans les contes. Elle pleurait. Les larmes coulaient sur ses joues, c’était la première fois qu’elle pleurait depuis qu’elle avait dû dire adieu à son ancienne vie. Depuis des mois, c’était la première fois qu’elle ressentait une autre émotion que la peur.

Le lendemain, cet aide-soignant était parti en vacance et elle ne l’a jamais revu. Elle ne connaît pas son nom, et elle regrette de jamais avoir pu lui dire merci… Mais tous les jours, depuis, quand elle doit se lever le matin, elle écoute « Je ne regrette rien » de Piaf. Elle repense à lui, à cette chanson hors du temps. Elle chantonne. 

Aujourd’hui, elle me dit qu’elle va mieux. Elle a son propre appartement, elle a retrouvé ses proches et elle a un chat (c’est un détail qui lui tient à coeur).

Ou qu’il soit, son aide-soignant à la peau colorée, elle lui souhaite de ressentir tout le bonheur qu’il a réveillé en elle à l’époque.

Ah, j’oubliais ! En Janvier, elle va commencer une formation. Elle a décidé d’être aide-soignante…

La femme qui n’avait jamais vu d’hommes heureux.

Témoignage PERSONNEL (notez les majuscules) donc unique, j’insiste encore, et ne valant QUE pour elle. Il nous vient de I., merci à elle. Les commentaires irrespectueux iront à la poubelle (si, si, je vous assure ne me tentez pas !). Je le pose ici car il a sa place dans mon petit catalogue d’humanité. Je n’ai pas d’avis sur la question et si j’en avais un soyez sûr qu’ils serait en tout point parfaitement politiquement correct.




Alors voilà, elle s’est assise en face de moi et elle a dit :

<< Docteur, je vous ai écrit un texte, parce que c’est plus facile.>> 

Elle me tend un papier, et je lis :

<< Avant, j’étais une pute. J’aime ce mot, pute ; on lui enlève souvent ses lettres de noblesse mais pour moi pute c’est un métier, un art et une nécessité dans notre société.

Huit ans que je n’ai pas mis ma blouse de pute. Que je ne choisis plus mes dessous avec un sérieux redoutable. Que je n’inspecte plus mon corps comme un outil de précision. Que je ne me farde plus de mon sourire de miss France. Bref 8 ans que je ne rends plus service à ces messieurs.

Ces messieurs : mon travail, mon amour, ma crainte et ma détestation. Je les ai plus aimés que je ne les ai détestés. Certains bons, certains lâches, certains dangereux, certains nauséabonds. La société dans mon lit. Un panel représentatif, sous moi et sur moi.

J’ai eu de tout, du très jeune au très vieux. De l’Apollon à l’handicapé grabataire. Je n’acceptais pas tout et tout le monde, je pouvais choisir ma clientèle. J’étais ma petite entreprise et toutes les filles peuvent pas en dire autant… Seule, j’étais seule. Aux commandes de mon corps, d’abord, et seule devant leur bite ensuite. J’aime aussi ce mot bite. Quand on veut le rendre noble on dit pénis. Moi la bite elle me fait penser a une taupe quand elle dort. C’est complexe, une bite. Peut-être même plus qu’un vagin et sa vulve. J’aime aussi ce mot vulve. Vulve. Celui-là, il me fait rire. Je l’aime vraiment bien. Je ne suis pas là pour partager mes goûts sémantiques. Je vous dis cela parce que je crois que si on change quelque lettres à pute ça peut faire << doctoresse ou super-héro du cul >>. Glorifierai-je ce métier pour me déculpabiliser ? Pour accepter le fait d’avoir vendu mon corps, mon temps et mon écoute ? Certainement.

Mais d’un autre côté, je pense sincèrement que j’ai préservé quelques femmes de se faire violer dans un coin sombre d’un parc, préservé quelques femmes mariées de se sentir obligées d’accepter en elle leur homme après une journée harassante ou simplement quand le plaisir n’était plus au rendez-vous. 

J’ai sauvé des hommes face à leurs doutes d’eux-même, de leur dégoût face à leur corps (beaucoup d’homme détestent leur corps, mais on n’en parle pas, on dit qu’il n’y a que les femmes pour ça). Je les ai sauvés de leur honte face à leurs désirs, de leur colère fâce aux femmes.

Médiatrice entre leur ÇA et le SURMOI de la société. J’essayais au mieux de panser leurs plaies et guérir leurs bobos.

Comme vous, je pense, j’ai dû comprendre, toucher, laver et écouter leur corps. Entendre, analyser, deviner et accepter leurs pensées.

J’aimais ce travail, différent chaque jour, parsemé deci-delà de quelques habitués auxquel on s’attache, mais qui, au fond, nous désespère quelque peu.

Je me sentais utile aux autres. J’aimais donner un peu de tendresse à ce monde brutal. 

Mais parfois je voulais qu’ils disparaissent, que ce flot de misère humaine cesse de se répandre sur mes draps, qu’ils aillent les vivre ailleurs leurs problèmes ; je ne voulais plus les voir ni les approcher. Envoyer tout valdinguer et élever des chèvres dans les Galápagos (je sais y en a pas là-bas, mais d’ou l’idée de génie !).

Pourtant, finalement, le matin au réveil, je savais que ma journée n’allait pas être vaine. J’allais sauver, apaiser, écouter quelqu’un.

Parce que soyons honnête, ça peut AUSSI être dur d’être un homme dans ce monde. J’aimerais que les gens comprennent un tout petit peu que les Putes ne sont peut-être pas parfaites, ni parfaits, mais ils ont à charge un pans de la société qui souffre. Voilà, c’était mon histoire. >>

Je replie le papier, lève la tête. La Dame en face de moi me regarde faire, prend une longue inspiration, puis elle lâche :  

<< Je n’ai jamais croisé de clients heureux. >>

Protéger la vie. 

Bonjour à tous,Tout d’abord merci à tous ceux qui sont venus ce week-end à Nancy, pour votre gentillesse et votre bienveillance, cela m’a mis du soleil dans le cœur pour au moins 1000 ans. De quoi réattaquer la semaine à 200 %.

Je remercie les lecteurs et lectrices qui m’ont offert des bonbons, des confitures, des chocolats (hélas, si une de mes soeurs est dentiste, aucune n’est diabétologue !). Je remercie (même) celles qui m’ont offert du Munster, mon stand a senti le fromage tout le week-end (« C’est moi où ça sent bizarre ? » dixit mon éditrice de passage sur le salon). 

Ci-joint, vous trouverez un article écrit ce week-end pour le Huffington-Post (je ne sais pas quand j’ai eu le temps) :

Protéger la vie.
C’est un article que j’ai écrit dans le cadre d’un projet de psychologie que j’ai sur « Les réseaux sociaux et les commentaires comme révélation ou falsification du réel » (Oui je sais, entre la médecine, les projets, les livres, le blog médical, le blog de poésie, la famille, et… bref, d’autres choses, je dors peu la nuit !)

Je vous embrasse et j’en profite pour dire que c’est toujours un plaisir de vous lire,

Baptiste Beaulieu
PS : je compte sur vous pour rester courtois en commentant cet article. Pas de violence, c’est les vacances.