Archives de l’auteur : Baptiste Beaulieu

L’autre semaine.

Mardi :

Aujourd’hui j’ai vu un patient. Ça fait un an qu’on se voit.

Il vit dehors, il est blessé par la vie, son histoire me touche. Bref.

A quelques jours d’intervalle, deux de ses camarades de trottoir sont morts de froid dans les rues de Toulouse.

L’un a été retrouvé sous l’arche de la médiathèque.

L’autre, allongé devant l’entrée de l’Intermarché, métro Jean-Jau.

Mon patient était en colère, mais résigné.

« Je les connaissais bien. De bons gars. »

Bien sûr qu’il les connaissait bien, ils mangeaient, vivaient, dormaient au même endroit : dehors.

Qu’est-ce que tu veux que je lui dise ?

Y a pas de pommade pour ça.

Vendredi :

Y avait beaucoup de patients en salle d’attente, hier. Et je vois ce bébé qui pleure. Je me dis « les gens vont râler si je le fais passer devant tout le monde » (oui, les gens ralent toujours…).

Je ne savais pas comment manœuvrer le truc, alors pour faire passer la pilule, j’ai pris mon air le plus théâtral et balancé un truc du genre :

« Je vais examiner ce bébé qui pleure avant tout le monde. Si cela gêne quelqu’un, je voudrais qu’il se lève et dise devant les autres : “oui, docteur, ça me gêne que cet adorable bébé sans défense et à l’air si fragile, cet adorable bébé aux grands yeux bleus en train de pleurer passe avant moi ! Oui docteur, je suis un monstre !” »

Les gens ont ri et c’est passé crème 👌🏼

#psychologiecognitive

#lestrucsetastucesdetontonbaptiste

Samedi :

J’aime mon métier de soignant. Mais il me fait grossir. Mais il me fait pleurer. Et ce soir, je rentre, capuche remontée, casque anti-bruit sur les oreilles, et je croise les doigts pour que personne ne me parle dans la rue, me demande l’heure ou même son chemin.

J’aime mon métier de soignant, mais le vendredi soir, échanger avec l’Autre, c’est tellement dur.

Je veux du silence, du vide et surtout pas de visage.

Plus aucune interaction. Je sais que beaucoup d’autres soignants ont aussi ce besoin de solitude en fin de journée.

L’humanité use l’humanité.

Heureusement qu’il y a les romans, ceux à lire, ceux à écrire.

Bref.

Bon week-end.

L’autre semaine.

Mardi :

Aujourd’hui j’ai vu un patient. Ça fait un an qu’on se voit.

Il vit dehors, il est blessé par la vie, son histoire me touche. Bref.

A quelques jours d’intervalle, deux de ses camarades de trottoir sont morts de froid dans les rues de Toulouse.

L’un a été retrouvé sous l’arche de la médiathèque.

L’autre, allongé devant l’entrée de l’Intermarché, métro Jean-Jau.

Mon patient était en colère, mais résigné.

« Je les connaissais bien. De bons gars. »

Bien sûr qu’il les connaissait bien, ils mangeaient, vivaient, dormaient au même endroit : dehors.

Qu’est-ce que tu veux que je lui dise ?

Y a pas de pommade pour ça.

Vendredi :

Y avait beaucoup de patients en salle d’attente, hier. Et je vois ce bébé qui pleure. Je me dis « les gens vont râler si je le fais passer devant tout le monde » (oui, les gens ralent toujours…).

Je ne savais pas comment manœuvrer le truc, alors pour faire passer la pilule, j’ai pris mon air le plus théâtral et balancé un truc du genre :

« Je vais examiner ce bébé qui pleure avant tout le monde. Si cela gêne quelqu’un, je voudrais qu’il se lève et dise devant les autres : “oui, docteur, ça me gêne que cet adorable bébé sans défense et à l’air si fragile, cet adorable bébé aux grands yeux bleus en train de pleurer passe avant moi ! Oui docteur, je suis un monstre !” »

Les gens ont ri et c’est passé crème 👌🏼

#psychologiecognitive

#lestrucsetastucesdetontonbaptiste

Samedi :

J’aime mon métier de soignant. Mais il me fait grossir. Mais il me fait pleurer. Et ce soir, je rentre, capuche remontée, casque anti-bruit sur les oreilles, et je croise les doigts pour que personne ne me parle dans la rue, me demande l’heure ou même son chemin.

J’aime mon métier de soignant, mais le vendredi soir, échanger avec l’Autre, c’est tellement dur.

Je veux du silence, du vide et surtout pas de visage.

Plus aucune interaction. Je sais que beaucoup d’autres soignants ont aussi ce besoin de solitude en fin de journée.

L’humanité use l’humanité.

Heureusement qu’il y a les romans, ceux à lire, ceux à écrire.

Bref.

Bon week-end.

L’autre semaine.

Mardi :

Aujourd’hui j’ai vu un patient. Ça fait un an qu’on se voit.

Il vit dehors, il est blessé par la vie, son histoire me touche. Bref.

A quelques jours d’intervalle, deux de ses camarades de trottoir sont morts de froid dans les rues de Toulouse.

L’un a été retrouvé sous l’arche de la médiathèque.

L’autre, allongé devant l’entrée de l’Intermarché, métro Jean-Jau.

Mon patient était en colère, mais résigné.

« Je les connaissais bien. De bons gars. »

Bien sûr qu’il les connaissait bien, ils mangeaient, vivaient, dormaient au même endroit : dehors.

Qu’est-ce que tu veux que je lui dise ?

Y a pas de pommade pour ça.

Vendredi :

Y avait beaucoup de patients en salle d’attente, hier. Et je vois ce bébé qui pleure. Je me dis « les gens vont râler si je le fais passer devant tout le monde » (oui, les gens ralent toujours…).

Je ne savais pas comment manœuvrer le truc, alors pour faire passer la pilule, j’ai pris mon air le plus théâtral et balancé un truc du genre :

« Je vais examiner ce bébé qui pleure avant tout le monde. Si cela gêne quelqu’un, je voudrais qu’il se lève et dise devant les autres : “oui, docteur, ça me gêne que cet adorable bébé sans défense et à l’air si fragile, cet adorable bébé aux grands yeux bleus en train de pleurer passe avant moi ! Oui docteur, je suis un monstre !” »

Les gens ont ri et c’est passé crème 👌🏼

#psychologiecognitive

#lestrucsetastucesdetontonbaptiste

Samedi :

J’aime mon métier de soignant. Mais il me fait grossir. Mais il me fait pleurer. Et ce soir, je rentre, capuche remontée, casque anti-bruit sur les oreilles, et je croise les doigts pour que personne ne me parle dans la rue, me demande l’heure ou même son chemin.

J’aime mon métier de soignant, mais le vendredi soir, échanger avec l’Autre, c’est tellement dur.

Je veux du silence, du vide et surtout pas de visage.

Plus aucune interaction. Je sais que beaucoup d’autres soignants ont aussi ce besoin de solitude en fin de journée.

L’humanité use l’humanité.

Heureusement qu’il y a les romans, ceux à lire, ceux à écrire.

Bref.

Bon week-end.

La question.

Alors voilà… Je suis content de me faire le porte-voix d’une lectrice dont je relaie ici le courrier :

« La ménopause est rarement une raison de se réjouir chez les femmes, Baptiste, sauf chez celles qui ont eu à se traîner des règles douloureuses durant des années.

Imagine, Baptiste : je suis une femme et toute ma vie j’ai eu mal pendant mes règles.

Au début, quand j’avais onze/douze ans, ma mère, ma soeur, ma tante, mon père, bref l’entourage, tout le monde m’a dit « c’est normal d’avoir mal ».

Imagine, Baptiste : j’ai entendu des mots comme “douillette” ou “chochotte”.

Plus grande, j’ai consulté un médecin généraliste, mon médecin, en qui j’avais confiance, il m’a dit « c’est normal d’avoir mal pendant ses règles, toutes les femmes ont mal pendant leurs règles », et il m’a filé un anti-inflammatoire.

Moi j’y ai cru. J’ai cru ma famille, j’ai cru le médecin, j’ai cru la société, j’ai cru les copains, les copines, etc etc.

Je me suis dit « c’est ta faute, tu es trop douillette, trop chochotte », et j’ai serré les dents sept jours par mois pendant deux ans / trois ans / quatre ans / dix ans / vingts ans !!!

Imagine, Baptiste, je me suis dit « c’est normal d’avoir mal, de serrer les dents sept jours par mois pendant dix ans, et je veux pas qu’on me traite de chochotte ».

Et je m’en suis peut-être même voulu d’avoir à me plaindre aussi souvent pour rien, ça m’a renvoyé une image très négative.

Et puis un jour, au détour d’un hasard de la vie, une échographie et voilà qu’on me trouve des petits morceaux de muqueuses utérines un peu partout dans le pelvis et l’abdomen. Voilà qu’on me dit : « c’est de l’endométriose ».

Ah.

On m’explique « ça provoque des douleurs durant les règles ».

Ah.

On ajoute : « ça touche une femme sur dix ».

Ah.

Une. Femme. Sur. Dix.

Comment se fait-il qu’une maladie touche une femme sur dix sans que je sois pas au courant ? Comment se fait-il que nos mères, nos sœurs, nos tantes, nos pères ne soient au courant ? Nos médecins de famille ? Quelle mascarade !

Parce que je sens bien, au fond, que si une maladie touchait un homme sur dix, sept jours par mois pendant trente ans, on la connaîtrait par cœur, cette maladie, et il y aurait des diagnostics précoces organisés partout dès le CM2, et on disposerait de moyens diagnostiques hyper bien rodés.

Mais non. Il a fallu que je sois femme. Et j’ai souffert. Nous sommes nombreuses dans mon cas. À avoir pensé que c’était dans nos têtes. Et à avoir erré. Erré longtemps.

Et je ne veux pas parler pour les autres, mais à présent je vis avec cette question :

Qui croire maintenant ? »

Alors, chère lectrice, je n’ai pas la réponse à votre question, mais peut-être que les lecteurs et lectrices ici présents en auront une : comment une maladie qui touche une femme sur dix peut-elle être aussi méconnue ?

[le reste de l’article est disponible sur le site de France Inter ICI]

Celui qui achetait du beurre.

J’ai reçu ce petit message de la part d’une soignante sur la dure réalité du métier, elle disait je cite « le système est injuste avec nous, on nous presse comme des citrons et je suis invivable chez moi, surtout lorsque je rentre et que ma famille me sollicite… j’ai envie de me cacher dans ma bulle seule, mais cela reste difficile à comprendre pour mes petits mecs. J’ai honte d’infliger mon mal-être à ma famille ! »

Ce message m’a touché parce que je m’y suis reconnu.

Car enfin quand je reçois une femme victime de violences conjugales, que je sais être victime de violence je veux dire, que je dois retirer les agrafes sur son crâne, que son mari attend en salle d’attente, que pensez-vous qu’on ressent ?

Eh bien une immense, une insupportable fatigue.

Que faire ?

Aller en salle d’attente casser la gueule du mari ? Non.

D’abord il est grand et je suis lâche.

Ensuite, et SURTOUT, ça rendrait la vie de cette femme beaucoup plus compliquée.

Alors après l’avoir invitée à porter plainte de toutes ses forces, toi tu es là, avec ta fatigue du monde, tu as mal à la tête et à l’univers tout entier, tu rentres chez toi, oh oui tu as hâte de rentrer chez toi, mais comme tous les soirs un type s’est garé devant l’entrée de ton parking, comme tous les soirs un type s’est garé là pour aller faire ses courses au Monoprix juste à côté. Et toi tu attends. Avec cette fatigue, et ce sentiment d’injustice et là, dans ta voiture, doucement, ça se transforme en colère. Ça gonfle. Alors un jour, après la énième injustice accompagnée au travail et qui te colle à la peau, la énième agrafée enlevée d’un front, tu descends de voiture et tu vas dans le Monoprix et tu achètes du Beurre, Lesieur 125 grammes. Et tu te retrouves à écrire sur la voiture du type mal garé, ce pauvre type qui prend pour tous les autres pauvres types, pour toutes les injustices, tu te retrouves à écrire : « CECI N’EST PAS UNE PLACE DE PARKING ! ». Mais comme t’es nul en cuisine, et que tu es très très fatigué et très très en colère, tu n’as pas assez de beurre, parce que tu appuies trop fort, parce que c’est le seul endroit où tu peux écraser ton poing, alors le type à la voiture mal garée découvre, écrit sur sa caisse, ce sibyllin message que n’aurait pas renié Magritte « CECI N’EST PAS » ce qui ne veut rien dire, on est d’accord. Et tu surprends tes voisins qui te regardent faire par la fenêtre, avec tes doigts plein de beurre, et tu entends ton voisin dire à sa femme :

« Mais si, mais si, Brigitte, je t’assure, c’est le médecin bienveillant qui écrit des romans et passe sur France Inter ! »

Alors que faire pour éviter que la fatigue se change en colère ?

Acheter du Lesieur en barrette de 250 grammes ?

[L’intégralité de ces chroniques est à retrouver sur le site de France Inter, ICI]

Une autre histoire de partage.

Le médecin que je suis voulait aborder le sujet de la PMA…

D’abord, un droit (comme celui d’accéder à la procréation médicalement assistée) ça se partage. Ça ne devrait pas être confisqué ou réservé à un groupe au seul prétexte que son orientation sexuelle est majoritaire.

Avant l’adoption de la loi bioéthique la semaine dernière, il suffisait de se promener dans un service d’aide médicale à la procréation, de n’y voir QUE des couples hétérosexuels, de penser à toutes ces femmes lesbiennes pour qui cet endroit était – EN TANT QUE COUPLE LÉGITIME- un lieu interdit par la loi, pour comprendre qu’il y avait là quelque chose de pourri au royaume du Danemark.

Alors oui oui j’entends les gens qui disent :

« gnagnagna philosophiquement je ne veux pas payer alors qu’elle ne sont pas stériles ».

D’abord, fichons la paix à la philo. Elle n’est pas là pour servir de paravent à notre ignorance.

Ensuite, les lesbiennes paient les impôts de nos gosses et leurs écoles et les routes où ils apprennent à passer le permis. La sécurité sociale, c’est une des bases du contrat social français. En bénéficier ne devrait pas dépendre de votre orientation sexuelle qui n’est pas un choix.

Ensuite, disons-le directement :

1- les couples hétéros ayant recours à la PMA à 42 ans car avant c’était compliqué/pas le moment pour le boulot/pas la bonne personne/, PHILOSOPHIQUEMENT on les situe où ?

(Personnellement, je suis heureux qu’ils aient droit à une chance d’accéder à la parentalité grâce à la science).

2- saviez-vous que l’infertilité reste inexpliquée chez 10 à 20 % des couples hétéros ! L’homme pourrait, la femme pourrait, mais les deux ensemble n’y arrivent pas. Leur infertilité n’est pas moins sociale que celle des couples lesbiens.

Refuser la PMA pour toutes, c’est dire «l’infertilité sociale des couples hétéros est un problème. Pas celle des couples lesbiens»

Ça revient à dire : «le couple hétéro vaut mieux que le couple homo ».

Ah tiens, rappelons au passage que dans 60% des PMA hétéros, l’infertilité ne concerne qu’UN SEUL des 2 membres du couple.

J’explique :

Soit monsieur peut, mais madame ne peut pas. Soit madame peut, mais monsieur ne peut pas.

Pourtant, personne ne dit à monsieur : « Pourquoi l’état paierait votre PMA si madame est fertile ? Elle n’a qu’à coucher avec le voisin ou se faire inséminer en Espagne ! »

(Ce serait horrible de dire cela, hein ? Pourtant c’est ce que les gens osent dire aux lesbiennes : « mais l’une d’entre vous n’a qu’à aller en boite un soir et coucher avec le premier mec qui passe !).

Eh bien non. La loi est passée.

Les lesbiennes vont fonder des familles, et un jour de vieux couples de femmes ridées entourées de 10 petits-enfants leur apprendront que l’hétérosexualité n’est pas une valeur en soi et qu’il faut autre chose qu’une orientation sexuelle majoritaire pour se sentir meilleur que les autres et descendre manifester dans la rue.

Enfin, puisqu’on cause effort national, entraide et sécurité sociale, et contrat social, il y a un dernier argument qui pop régulièrement du côté des opposants à la PMA « on va manquer de sperme ». Ces gens sont obsédés par le sperme.

Eh bien, soit, je m’engage à partager le mien, et c’est le sens de la très belle tribune signée Mathieu Brancourt : « Don de sperme et PMA: pour des gamètes dans leur vie ».

J’adhère à cette tribune et je m’engage à donner le mien sitôt que la levée de l’anonymat sera actée dans les faits.

Car au final, le seul débat valable sur la PMA c’était bien de se demander si le don devait être semi-anonyme ou pas, comme au Danemark où l’enfant accède à l’identité du donneur quand il a 18 ans.

Et ce, POUR TOUS LES COUPLES.

Le reste, c’est l’histoire malheureuse mais oh combien ancienne dans l’humanité, de ceux qui jouissent d’un privilège et trouvent mille et un prétextes pour refuser de le partager.

[LA SUITE EST DISPONIBLE SUR LE SITE DE FRANCE INTER ICI]

PS : comme à chaque fois après ce genre d’articles, des gens m’écrivent pour que je les désabonne du blog. Vous pouvez le faire de la même manière que vous vous êtes inscrits. Je n’ai pas le temps, je suis trop occupé à accompagner des lesbiennes enceintes au cabinet médical xoxo.

Le super-héros.

Alors voilà, le visage d’aujourd’hui est celui de cet enfant dont j’ai oublié le prénom. A l’époque j’ai quoi ? 24, 26 ans ? Je viens d’intégrer le SAMU pour un stage d’une durée de six mois quand l’équipe est appelée sur une perte de connaissance. Une mère et son fils étaient au bord d’un lac, elle lisait, lui était sur ses genoux, endormi.

On arrive, la mère est couchée sur le côté, en position latérale de sécurité, inanimée. Elle a une maladie génétique, son entourage est au courant, son fils est au courant, elle a fait un malaise hypoglycémique. Quand le petit garçon s’est réveillé de la sieste, et qu’elle n’a pas réagi à ses questions, il a essayé de la réveiller.

Faut savoir : le coma hypoglycémique c’est assez impressionnant, très dangereux, mais si on arrive à temps, et qu’on « resucre » la personne à temps, elle peut refaire surface presque aussi rapidement qu’elle s’est évanouie.

Je ne me souviens même pas du visage de l’enfant, seulement qu’il avait une salopette rouge, c’est étrange la mémoire…

Bref, on doit être en 2010, lui il a six ou sept ans.

J’ai regardé, le prénom le plus donné l’année de sa naissance est Lucas.

Voilà comment il s’appelle dans ma tête :

prénom Lucas,

nom de famille : Peut-Être.

Eh bien ce petit garçon dont j’ai oublié le prénom, du haut de ses six ou sept ans je ne sais plus, ce petit gars est allé trouver des passants, leur a dit qu’il y avait un problème avec sa maman, qu’il n’arrivait plus à la réveiller.

On peut être un héros à n’importe quel âge, et sans avoir besoin de cape, sans avoir besoin de masque, le temps fait son œuvre, j’ai oublié ton visage, mais j’espère que tu es heureux, et quand je pense à toi, j’ai le visage de captain America où Superman qui se superpose au tien. Marvel Et DC Comics ne réaliseront jamais de films sur ce que tu as fait pour ta mère qui avait ce problème génétique. Mais moi je n’ai pas oublié, et si j’ai pas les moyens de la Century Fox où de la Disney Compagny, je peux écrire une chronique, parler de ce lac, de cette mère allongée, et de son petit garçon, Lucas Peut-Être, qui lui sauve la vie.

Bravo Lucas !

[suite du texte sur le site de France Inter ICI ]

PS : je serai au festival des Utopiales de Nantes ce week-end le vendredi de 18h à 19h, le samedi de 13h30 à 14h30 et le dimanche de 13h à 14h. Je participerai à des tables rondes autour du genre et des codes de la sexualité en littérature générale vendredi entre 18h et 19h salle Tschaï, dimanche entre 9h30 et 10h30 salle Hertzl, et dimanche entre 12h et 13heures salle Tschaï.

La solitude des gens dans le métro.

(Photo prise par moi-même, vous pouvez retrouver mes essais de photographies en amateur ICI)

Alors voilà, avant de faire médecine, j’avais les mêmes tabous que beaucoup par rapport au corps, ses sécrétions (crachats, vomissements, selles, urines, etc) et aussi le tabou de certaines maladies, comme si, le corps et l’expérience du corps, donc de la maladie, n’étaient pas les choses les plus partagées au monde,

Il n’y a pas moi, malade de ceci et cela d’un côté, et les autres, sains de corps et d’esprit. Ça n’existe pas, ça. Jamais.

Non. La normalité, c’est JUSTEMENT d’être emmerdé par des maladies, petites ou grosses, et par des troubles psychologiques qui nous font plus ou moins souffrir.

Je veux dire : tout le monde a mal quelque part, a un problème de peau, de ventre, ou ailleurs, a peur de ceci ou cela.

Quand vous prenez le métro, derrière cette apparence de normalité que nous affichons tous, il y a ce qu’on ne dit pas, ce qu’on tait et garde pour nous.

Telle fille à votre droite a de l’eczéma. Tel garçon ne s’en sort plus avec ses pellicules. Telle vieille dame a des troubles cognitifs, tel jeune homme a des difficultés à maintenir une érection, telle jeune fille se fait vomir parce que la société lui a toujours renvoyé une image négative de son corps.

Regardons-nous dans le miroir. Aimons la personne qui s’y trouve. Soyons indulgent avec elle et ses petits soucis. Pardonnons-lui ses erreurs, ses petits ratés. Et rappelons-lui que quand son corps ou son mental lui fait défaut, elle n’est pas une exception contre la multitude des gens qui iraient bien, non, non, elle est comme la multitude qui se cache derrière une apparence de normalité.

Ce qui est normal dans la vie, ce sont les hématomes.

Pas l’absence d’hématomes.

Alors cessons de mentir et cassons un peu tout ça.

Tenez, par exemple, moi, depuis mon installation en tant que jeune médecin généraliste, j’ai…

[la suite à lire ici, sur le site de France Inter]

La double peine.

Alors voilà, comment peut-on faire du sport ?

Vous allez me dire mais de quoi il parle ? Pour faire du sport, suffit de sortir de chez soi et d’aller courir ou nager !

La région Île-De-France a publié une liste des piscines offrant un accès aux personnes en situation de handicap.

Eh bien, à votre avis, sur les 437 piscines, combien ne permettent pas une circulation adaptée et fonctionnelle aux usagers déficients sensoriels ?

99,3%.

Inversement, combien d’entre elles répondent aux besoins en termes d’autonomie complète pour les personnes en fauteuil roulant (on entend par-là des aménagements où l’utilisateur est autonome sur TOUTE la chaîne de déplacement) ?

2,1%.

Oui, 2,1%…

Et ce n’est pas tout car comment s’y prend-on en France quand on vit en situation de handicap et qu’on veut… je ne sais pas… aller nager par exemple ?

Ben on ne fait pas. Car même si on arrive à trouver LA piscine qui a tout prévu pour nous, eh bien le plus difficile reste encore à faire : nous y rendre.

Le réseau de métro parisien est un entrelacs de lignes et d’arrêts, d’escaliers, de couloirs, d’escalators, d’escalators, d’escalators, puis d’escaliers encore.

Il n’y a pas toujours d’ascenseurs pour permettre aux personnes en fauteuil d’accéder aux quais. A vrai dire… il n’y en a quasiment jamais !

Sur 303 stations de métro, devinez combien sont accessibles aux personnes à mobilité réduite ?

Neuf. Oui, neuf.

J’ai énuméré beaucoup de chiffres, je voudrais terminer sur des visages : Leïla, Valérie, Grégoire, Marlène, Louise. Ce sont des personnes, des patients, des amis, toutes et tous en situation de handicap, ils sont 12 millions en France.

Je voudrais relayer leurs paroles ce matin :

« le sport nous on aimerait bien, mais ça reste une affaire de personnes valides pensée pour les personnes valides.

La quasi impossibilité pour nous d’accéder aux activités sportives n’est qu’une épreuve de plus dans un quotidien déjà malmené. Espérer un habitat inclusif, une scolarisation adaptée ou encore s’insérer facilement dans le monde du travail, par exemple.

Les personnes en situation de handicap subissent une double peine, une prison au carré si vous voulez : celle de la limitation dans le corps, et celle la limitation dans l’espace politique et politisé de la Cité. »

[Vous pouvez lire la suite de l’article sur le site de France Inter ICI ]

Nota : ce qui suit n’a aucun rapport avec le blog, mais je ne me voyais pas ne pas en parler, à celles et ceux qui m’ont connu petit interne en médecine, en 2010, ici… avant les romans, les traductions, les bd, l’adaptation au théâtre, la petite fatigue de cet été etc.

Hier soir nous sommes allés au restaurant et, tremblant, je lui ai fait ma demande.

Il n’a pas dit oui, il a fouillé dans son sac, en a sorti un petit écrin et dit, ému :

« Ça fait un an que j’emporte la mienne partout sans oser te le demander »

♥️🌈

#loveislove #visibilité

L’ordonnance de la honte.

Alors voilà, dans ma dernière chronique sur France Inter, je reviens sur une réalité que vivent beaucoup de nos concitoyens en situation de précarité. En France, actuellement, plus de 8 % vivent sous le seuil de pauvreté. Nous sommes 67 millions, cela signifie que près de 12 millions de Français vivent avec près de 1000€ par mois.

Quand on sait que le budget alimentaire mensuel moyen en France est de 385€ par foyer, qu’est-ce qu’il reste à nos concitoyens précaires ?

Il y a une réalité, en France, qui est mise sous le tapis, mais que nombre de soignants expérimentent au quotidien : celle des compléments nutritionnels oraux. Peut-être en avez-vous déjà vues en pharmacie, ce sont des sortes de petites bouteilles enrichies en glucides, lipides et protéines… Elles feraient probablement péter le score de l’application Yuka !

Ces compléments sont prescrits pour des patients cancéreux ou des personnes âgées en état de dénutrition.

Eh, bien, je ne connais pas de médecin qui n’aie pas, déjà, au cours de sa carrière, été amené à prescrire des compléments nutritionnels oraux en dehors de ces indications. Si la Sécu me demande, je nierais catégoriquement, mais oui, ça m’est arrivé d’en prescrire temporairement à des personnes trop pauvres pour avoir de quoi s’acheter à manger, et trop désociabilisées pour aller pointer à la banque alimentaire. On s’en sort avec les mains salies, et le sentiment d’avoir participé à un système fort avec les faibles mais faibles avec les forts.

Un jour de Noël, notamment. Ça a été son repas de Noël, à ce patient, parce qu’il était seul, ne voulait voir personne et a refusé que je l’aide. C’est le genre de prescription qu’on n’oublie pas, jamais.

La vérité c’est qu’en France, si t’es pauvre, tu as statistiquement plus de risques de manger mal, et de grossir, de développer des problèmes de santé.

Et aucune application nutriscore ne pourra changer ça, car manger bien ça reste cher, quoiqu’on dise, et que souvent, quand tu galères à bouffer, ton dernier souci n’est pas de vérifier avec une application ce que tu vas manger, mais sortir ta calculette pour voir ce que tu peux acheter.

La suite ICI

Baptiste