Archives de l’auteur : Baptiste Beaulieu

La peau.

(La photo est de moi. Depuis quelques temps je m’y essaie un peu en amateur. Vous pouvez me suivre ICI. Je suis moins présent sur le blog pour des raisons personnelles qui me rendent très heureux♥️ mais me prennent du temps. Je vous embrasse toutes et tous et vous espère aussi heureux que moi !)

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Alors voilà, je suis au cabinet médical, monsieur Carné entre me confie son problème du moment je lui indique la table d’examen il soulève son tee-shirt pour que je colle le pavillon de mon stéthoscope à ses poumons.

Je vois alors son tatouage.

J’adore tomber sur une personne tatouée : voir le tatouage, le lire, essayer d’imaginer ce qu’il représente pour le patient. C’est peut-être parce que je suis romancier avant d’être médecin, mais j’adore ça. On touche du doigt une histoire.

Monsieur Carné a tatoué une phrase du genre « Apprends de tes erreur ». Il voit mes yeux s’agrandir un peu quand je lis que le tatoueur a écrit « erreur » sans S à la fin.

Il y a un long silence entre le patient et moi. Il voit que j’ai vu. La faute. L’horrible faute. Alors Monsieur Carné sourit, me confie :

« C’était voulu. »

C’est ce qu’on appelle « Un énoncé performatif ». il oblige, parce qu’Elle est là, l’erreur, et qu’elle saute aux yeux. Monsieur Carné est OBLIGÉ de l’accepter.

Les tatoués doivent savoir que, pour devenir médecin, on nous enseigne à décoder les symptômes pour les regrouper en autant de signes qui nous permettront de poser un diagnostic.

On apprend à lire le corps.

Et le tatouage dit quelque chose de nos patients. Il nous aide à situer une personne dans une trajectoire de vie. Pour un soignant, lire ça est précieux car c’est SIGNIFICATIF.

Par exemple, je pense à une lectrice qui, ayant vécu un deuil périnatal, m’a demandé l’autorisation de tatouer sur son bras une phrase lue dans un de mes romans « tu n’es pas mort, je te continue ». Ça m’a bouleversé.

Pour elle, signaler cet événement, l’inscrire dans sa chair comme pour mieux le tenir dans sa main, c’est un premier pas vers la résilience, SA résilience.

La romancière Héloïse Gay de Bellissen vient de sortir un ouvrage qui s’intitule « Parce que les tatouages sont nos histoires. »

Dans cet essai formidable que je vous recommande chaudement, la romancière écrit :

« Le tatouage réveille l’amour de soi en se logeant là où il n’y avait plus de dignité. Tout à coup on adore l’endroit. On veut montrer à tous sa balafre. Bras, cuisse, hanche, le corps est un endroit qui peut être tracé ou retracé. Maintenant j’accueille cette partie de moi marquée parce que j’ai le sentiment de l’avoir confectionnée. »

Ces mots magnifiques, ils sont résumés par la phrase de monsieur Carné :

« C’était voulu. »

Parce que dans une vie humaine, comme dans la vie de ce patient, ou celle de cette lectrice dont je parlais et qui a vécu ce deuil, quantité d’empreintes et de traces s’inscrivent sur nos cuirs et dans nos cœurs sans qu’on le décide. Pas le tatouage.

Ce qu’il y a de plus profond chez l’homme, c’est la peau, disait Paul Valery.

Ce qu’il y a de plus profond chez le patient, parfois, c’est le tatouage.

Le vent dans la montagne.

Photo : Baptiste Beaulieu

Est-ce que l’amour peut sauver quelqu’un ?

C’est une question naïve, volontairement naïve, même qu’on croirait une exergue d’un roman à deux francs six sous, mais je me suis dit qu’en ce début d’année une belle histoire, un conte de Noël, quoi, ça ne pouvait pas faire de mal.

L’histoire que je partage, donc, commence un mercredi, un long mercredi d’hiver, lors d’une longue soirée de Noël. On pourrait dire qu’il neige en montagne, pour nous ambiancer un peu. Et même si c’est pas vrai, c’est moi qui raconte.

Une infirmière en pédiatrie est de garde ce soir-là. Les petits patients défilent : gastro, grippe et bronchiolite, bref, c’est l’hiver aux urgences pédiatriques. Et puis il y a ce petit garçon, 3 ans et demi, de beaux cheveux bouclés et des yeux pétillants. Il a passé l’après-midi chez son Papy. Toujours très sage, souriant et heureux dans la vie, un enfant en pleine santé qui partage son bonheur avec tous ceux qu’il côtoie.

Voilà comment l’infirmière qui m’a envoyé cette histoire me le décrit.

Mais cet après-midi, soudainement, il a eu un épisode d’absence. Oh pas longtemps, trente secondes peut-être, mais on lui parlait et c’était comme s’il n’était plus là, comme si son esprit avait subitement déserté son corps. Et, tout à coup, quand le petit revient à lui, s’ensuit une crise de larmes inconsolable.

Ce n’est pas son habitude, d’agir comme ça, ni de pleurer comme ça, et ça a un peu déboussolé son grand-père. Alors il le prend sur ses genoux, le serre fort dans ses bras, et pose sa tête contre la sienne, longtemps, tendrement. Jusqu’à ce que le petit finisse par s’apaiser, et que ses larmes sèchent. Et Papy, l’oreille collée contre la tête de son petit-fils, dans le silence qui suit la tempête, entend un murmure. Un minuscule souffle, sous le crâne, comme… comme une brise dans la montagne ! Une brise dans la montagne sous la neige qui tombe !

Alors le motif d’entrée aux urgences semble cocasse : « j’entends le vent souffler dans le cerveau de mon petit-fils  », mais ce câlin d’un vieil homme à son petit-fils lui a probablement sauvé la vie.

L’enfant avait une malformation artério-veineuse cérébrale qui s’était manifestée très discrètement, mais que Papy a entendue, et que les soignants ont su détecter à temps. Il a été opéré le lendemain. Et l’infirmière, ce soir-là, me dit qu’elle emporte ce cas comme la preuve que l’amour d’un grand-père peut sauver une vie.

Et si je la partage, c’est juste parce que, dans la vie, globalement, on manque de munitions contre le cynisme qui nous guette parfois. Surtout quand on est soignant.

(vous pouvez écouter cette chronique de l’émission Grand Bien Vous Fasse sur France Inter, ici)

Ceux qui disent adieu.

Alors voilà, l’autre jour je reçois le message d’une maman qui vient, avec son fils Titouan, de dire au revoir à la neuro pédiatre qui suit Titouan depuis ses 6 mois pour une épilepsie.

Titouan a maintenant 17 ans et se porte très bien grâce à ses soins.

Sa mère et Titouan l’ont chaleureusement remerciée pour sa gentillesse, sa disponibilité et son professionnalisme sans faille.

Il faut que les auditeurs imaginent : 17 ans !

La maman de Titouan a l’impression d’avoir dit au revoir à un membre de sa famille. la pédiatre a toujours répondu présente aux difficultés que cette famille a rencontrées. Son soutien a été précieux pendant toutes ses années.

Titouan va être suivi maintenant par un neurologue de centre ville mais la famille sait que la pédiatre sera toujours disponible s’ils ont des inquiétudes.

À cette occasion, ils adressent un énorme merci à cette doctoresse, Sylvia Napuri, et ils lui souhaitent que sa vie soit belle et rayonnante.

Est-ce que tu entends, Sylvia ? Il semblerait que tu sois pédiatre à Rennes, et je veux que tu saches que cette famille m’écrit espérer que ta vie « soit belle et rayonnante ».

Alors c’est vrai, je parle de toi, mais tu n’es qu’un prétexte pour parler des autres, de tes collègues, les pédiatres.

On n’imagine pas ce que peut ressentir un pédiatre qui accompagne un enfant depuis les premiers symptômes de sa maladie chronique jusqu’à ses fameux quinze ans où, médicalement, il atteint une majorité biologique qui l’amènera à être traité comme un adulte.

En tant que romancier, mes personnages m’accompagnent un an, deux ans, le temps de l’écriture, puis je m’en déleste et je les offre en série, aux lecteurs. Si jamais l’envie me prend de les retrouver, je n’ai qu’à tendre la main vers ma bibliothèque et les voilà. Sarah, Augustin, etc. Je ne souffre d’aucun manque.

En tant que médecin généraliste, mes patients, si j’ai la chance, je peux les suivre de leur naissance à leur mariage. Ça bosse combien d’années, un médecin généraliste ? Trente ans ? Une génération entière avec laquelle cheminer.

Mais être pédiatre c’est Terrible ! Il faut, chaque jour, dire adieu à des petits et des petites qu’on a accompagnés dans les coups durs. Qu’on a soignés, qu’on a vu grandir et apprendre à tomber. Qu’on a relevés, aussi.

Être pédiatre, c’est dire au revoir. Tous les jours.

Mais, mais, mais… c’est aussi dire bonjour au nouveau petit de deux ans qui vient de faire sa première crise d’épilepsie.

Chaque jour, on ferme une porte, et, chaque jour, on en ouvre une autre.

Les pédiatres sont ceux qui disent adieu et bonjour, qui lèvent la main une dernière fois, puis qui la tendent pour la première fois.

Je voulais, ce matin, en partageant ce texte d’une maman, être de ceux qui leur disent merci d’accepter un métier aussi difficile : dire adieu.

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(vous pouvez écouter cette chronique de l’émission Grand Bien Vous Fasse sur France Inter, ici)

Coucou,

Je serai en dédicace à Joigny le 19 janvier !!!

J’espère vous y rencontrer nombreuses et nombreux pour échanger autour des mots et des romans.

Bonne et douce journée à toutes et tous,

Baptiste

La parole aux femmes.

L’autre jour, une amie soignante me parlait d’un patient.

«Il se fout systématiquement à poil, même pour une simple angine. Alors qu’avec mes associés -qui sont des hommes- jamais. Ça me met en colère. »

Ma propre soeur me dit qu’en tant que soignante elle est souvent amenée à recadrer des patients qui la complimentent lourdement sur son physique.

Sur internet, j’ai posé la question aux soignantES et j’ai récolté beaucoup de témoignages.

Il y a ces jeunes femmes médecins qui racontent comment des hommes qu’elles aident à se redresser s’accrochent pile à leurs hauts, au niveau du décolleté. Avec ça ? Les remarques salaces sur la douceur de leurs mains, la taille de leurs poitrines.

Il y a les infirmières qui, alors qu’elles sont en train de poser une sonde urinaire à un homme, s’entendent dire de, je cite, « bien caresser la veine pour la faire gonfler ». Mais il y a aussi les patients qui offrent systématiquement une vue plongeante sur leurs organes génitaux quand les infirmières entrent dans leur chambre et qui, quand les soignantes tentent de cacher tout ça avec un drap, leur répondent “ah mais je suis pas pudique moi, vous inquiétez pas…” sachant qu’ils NE FONT PAS ça avec leurs collègues masculins.

Les soignantes me parlent également des patients qui s’accrochent à leurs blouses pendant les mobilisations et qui font “malencontreusement” sauter les pressions. Pourquoi croyez-vous que beaucoup d’infirmières portent un débardeur même quand il fait 30° dans le service l’été ?!?!

Il y a les aides-soignantes qui, alors qu’elles procèdent au rasage préopératoire, voient le patient ricaner et leur dire d’insister au moment de raser le pubis. Les patients qui veulent absolument qu’on leur fasse la toilette intime alors qu’ils sont opérés du pied et tout-à-fait capables de s’en charger comme des grands. Ou ces autres patients qui cessent de sourire quand c’est un homme aide-soignant qui vient se charger de la toilette en question puis qui demandent expressément que ce soit plutôt “la gentille dame de tout-à-l’heure”…

Avec ça ? Les auxiliaires de vie ou les kinésithérapeutes qui doivent gérer les patients hommes qui veulent systématiquement se mettre tout nu pour des soins qui ne nécessitent pas de quitter leurs sous-vêtements.

Les féministes le disent depuis des années : il y a un problème avec la masculinité. Sur la façon dont la société enseigne aux petits garçons comment devenir des hommes. Elles le disent et personne ne les écoute. Pourtant, je vous le demande : si vous marchez dans la rue, la nuit, et que vous entendez du bruit provenir de l’intérieur d’une ruelle mal éclairée : serez-vous plus rassuré d’en voir sortir une femme ou un homme ?

Les soignantes qui m’ont écrit tous ces témoignages que je suis triste de relayer aujourd’hui ont le droit d’être en colère car il existe une différence fondamentale entre être UN soignant et UNE soignante : s’il m’arrive parfois d’être en situation de conflit avec un patient, et que je sens cette situation comme pouvant possiblement dégénérer vers une agression physique, je n’ai JAMAIS, je dis bien JAMAIS craint une agression sexuelle venant d’un patient.

Je passe mes journées seul avec des malades.

La moitié sont des hommes. Et je n’ai pas peur. Ou si j’ai peur, ce n’est pas CETTE peur là.

Mes collègues soignantes ne peuvent pas en dire autant.

(vous pouvez écouter cette chronique de l’émission Grand Bien Vous Fasse sur France Inter, ici)

Des mirages plein les poches…

Quand on est soignant, on est souvent amené à accueillir des personnes qui expriment le sentiment douloureux d’avoir, je cite « raté leur vie ».

Un divorce, un échec professionnel, une brouille irréconciliable avec ses enfants, le motif est différent mais le verdict est toujours le même « docteur, j’ai raté ma vie ».

Mais ça veut dire quoi, rater sa vie ? Et sur quels critères ?

Déjà, à l’école, nous grandissons avec l’idée que la bonne note fait le bon élève, quand la mauvaise note fait le cancre.

On ne nous dit pas « Tu peux échouer, tu n’es ni une imprimante 3D, ni une araignée »

Oui. Une araignée ne rate jamais sa toile, elle la tisse parfaitement parce que c’est dans sa nature, c’est instinctif. De la même manière : une imprimante 3D ne rate jamais son coup, elle obéit à son programme. C’est parce que nous ne sommes PAS QUE des animaux et PAS QUE des machines que nous échouons. Parce que nous sommes des êtres humains, que nous avons cette petite différence-là, qu’on appelle l’échec, et ÇA, c’est beau. Echouer c’est d’abord une chance posée là, sur notre trajectoire de vie. Une possibilité d’apprendre.

Sans échec, le succès passe inaperçu. Il est fade, insipide. Et tous les scientifiques le savent : l’erreur est le meilleur des maîtres.

Les médecins en sauraient-ils autant sur le pancréas, et le cerveau, si le diabète et les coups sur la tête n’existaient pas ?

Les romanciers aussi le savent : si vous regardiez un de mes manuscrits de travail ! Ils sont littéralement saturés de ratures !!!

L’écrivain Gilles Marchand, dans son excellent recueil « Des Mirages plein les poches » a écrit une nouvelle sublime, intitulée “Mon bateau”. L’histoire d’un homme qui rêve de naviguer mais tous ses bateaux coulent. A chaque fois, ils coulent, mais lui revient à la nage.

La nouvelle se termine comme ça : “Je n’avais plus d’argent mais je gardais mes rêves,

alors j’ai acheté un petit bateau que j’ai mis dans ma baignoire. Il a coulé mais je le ramenais à la surface. À chaque fois, je le prenais entre mes mains et le ramenais à la surface. Après tout, c’était mon devoir de capitaine et les capitaines aussi ont des devoirs envers leurs rêves.

Ce que veut dire l’écrivain Gilles Marchand c’est que l’échec n’est pas un cul-de-sac, c’est une possibilité de recommencer autrement. Apprenons ça aux gamins et ça fera moins d’adultes angoissés et malheureux !

J’ai demandé aux personnes qui ont ce sentiment ce qu’elles aimeraient entendre.

Voilà, toi qui m’écoutes, je vais pas te prouver que tu te trompes. Mais je peux te poser des questions, et t’aider à mieux définir cette souffrance, mieux définir la douleur.

Si pour toi rater sa vie, c’est avoir fait un choix trop rapide à un certain moment, sache qu’il y aura d’autres choix et d’autres possibilités de se remettre sur les rails ou au moins améliorer le quotidien. Et on peut faire le point sur ce qui a été fait de positif, et ce qu’il reste à faire. On peut aussi critiquer ce mot de « bonheur », défini et vanté par la société. Il y a TOUJOURS du positif. Rien n’est jamais définitif. À n’importe quel moment de la vie, on peut repartir à zéro. Avec de l’aide extérieure par exemple.

Une de mes lectrices m’a dit un jour : « Tant qu’on est en vie, on a réussi ».

Elle avait raison, tu sais ?

Car, quand on y pense, même la fin du monde, même la fin de TON monde, quand elle arrivera si elle arrive, ce sera aussi le début de quelque chose !

Je vais paraphraser Samuel Beckett :

« Tu as déjà essayé ? Tu as déjà échoué ? Peu importe. Essaie encore. Echoue encore. Echoue mieux ! »

(vous pouvez écouter cette chronique de l’émission Grand Bien Vous Fasse sur France Inter, ici)

Un peu d’amour (c’est pas du luxe en cette fin d’année)

(Photo de votre serviteur, d’autres à découvrir ICI)

Hier je réfléchissais à ce que je pouvais bien raconter en ce dernier lundi de novembre, et je me suis souvenu que l’excuse « j’avais écris une superbe chronique mais quelqu’un me l’a volée en boîte de nuit » avait déjà été prise.

Puis j’ai revu par hasard une patiente dans la rue, madame Sugar, avec qui je m’entends bien et rigole beaucoup. Nous témoignons l’un pour l’autre d’une sorte de familiarité décontractée qui tranche avec la distance bienveillante que j’entretiens habituellement avec mes patients.

L’autre jour, en consultation, madame Sugar me dit qu’il y a des années qu’elle n’a pas fait de bilan sanguin et que ça la rassurerait qu’on fasse le point.

Je lui propose d’ajouter le dépistage des infections sexuellement transmissibles, ce que je propose à tous mes patients.

Elle rit, me dit que ce n’est pas la peine, qu’elle a le même compagnon depuis vingt cinq ans.

« Vous savez Madame Sugar, les hommes mentent !

Elle se penche sur le bureau, m’adresse un clin d’œil :

« Vous savez, Docteur Beaulieu, les femmes aussi ! »

On rit un peu, et là, madame Sugar commence à me dire combien elle aime son mari et combien la vie à ses côtés est un bonheur de chaque instant.

« Je l’aime, docteur, si vous saviez ! Je l’aime, mais je l’aime ! Je l’aime, je l’aime, je l’aime ! Des gens rêvent de connaitre ça dans leur vie, de le vivre au moins une fois, et nous on peut le dire : on s’est trouvés. Oui, on a eu cette chance-là parmi les milliards d’inconnus sur cette planète. C’est mon âme sœur et je suis la sienne. Si vous saviez… Olalaaaa… »

Je souris, elle sourit, mais dans ma tête je lui dis « MERCI ».

Faut dire, la journée n’avait pas été facile, elle commençait avec des mauvaises nouvelles au cabinet car une patiente que j’appréciais particulièrement était morte dans la nuit ; à côté de ça et ça paraît dérisoire mais j’avais remis mon manuscrit à mon éditrice, alors je me sentais un peu orphelin.

Madame Sugar, il faut que vous sachiez : vous avez été mon rayon de soleil.

Et les auditeurs, et les auditrices sachez-le : si des morceaux de vos vies tiennent bien la route, vous pouvez aussi les partager avec votre médecin.

Jim Harrison, l’immense écrivain américain, dit cette phrase dans son chef-d’œuvre « Légendes d’automne » : “les touristes oublient souvent que la lune brille aussi à New-York ».

Eh bien pour les soignants, c’est l’inverse : on oublie souvent que le soleil brille AUSSI au-dessus de vos têtes.

Je veux dire : ça nous fait du bien d’entendre les patients parler de bonheur. On en veut de la guimauve, nous ! On en veut du Marc Levy, de la maison en pain d’épices !

On les veut les milles colombes

Et les millions d’hirondelles

Les histoires dégoulinantes

Des vies en rose à la pelle

On en veut de la Petite Maison dans la Prairie croisée avec du téléfilm de l’après-midi sur M6. Oui, jetez-nous votre bonne fortune à la tête et au cœur !

Parce que nous, d’habitude, on récupère tout le reste.

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(vous pouvez écouter cette chronique de l’émission Grand Bien Vous Fasse sur France Inter, ici)

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(Je ne pouvais pas, pour celles et ceux qui me suivent depuis longtemps, ne pas partager avec vous cet article paru dans le prestigieux Monde Des Livres, qui est un peu le Saint Graal de la critique pour les romanciers.

«Toutes les histoires d’amour du monde, son quatrième roman, confirme ses talents de tricoteur d’histoires, de brodeur de vies, capable de dénicher le sublime derrière le banal»

La vie passe, merci d’être toujours aussi présents. Prenez soin de vous en cette fin d’année difficile)

L’enfant qui chantait nos visages.

(La photographie est de mon fait, si vous voulez suivre ce que je mitraille, c’est ici.)

Alors voilà, il s’appelle Miran, et c’est un enfant Syrien de 11 ans que je rencontre au cabinet médical en soignant son papa.

Ses parents sont réfugiés.

Quand Miran entre au cabinet, il me prend dans les bras comme si nous étions amis de longue date et il me serre fort contre lui.

Les patients en salle d’attente, qui ont tout vu, sourient en coin.

Moi, je reste les bras ballants, lui tapote l’épaule, sans savoir comment réagir.

Pendant que ses parents s’installent à mon bureau, le petit commente les objets qu’il voit en les pointant du doigt (je ne comprends rien), il sourit, il a l’air heureux de tout.

Ses parents, aidés d’une traductrice, m’expliquent que Miran souffre d’un handicap mental léger.

Il est toujours comme ça.

La traductrice raconte la fuite depuis leur ville natale, les longs trajets en camion, les nuits sans dormir, la faim, la soif, le froid, la peur au ventre, le passage périlleux sur la Méditerranée, les passeurs, l’argent qui passe de main en main, les humiliations, la mort omniprésente.

Pendant TOUT l’entretien, Miran est perché sur la table d’examen où il a grimpé tout seul et où il se balance d’avant en arrière, le sourire aux lèvres, en chantant, heureux. Je pipe rien, je ne parle pas syrien, mais elle est incroyablement BELLE cette berceuse.

A la fin, alors que l’oisillon Miran est encore sur sa branche, à chanter, je me permets de demander aux parents :

« C’est beau. On dirait une prière ou un poème… Elle signifie quoi, cette chanson ?

La traductrice m’explique.

Miran ne chante pas.

Il récite.

Quand Miran est content, à l’aise (et il l’est souvent à l’aise avec les inconnus), il aime s’asseoir et réciter la liste de TOUTES les personnes qu’il a rencontrées depuis qu’il est né. Il les connaît toutes par cœur, ces personnes ! À force de répéter leurs noms ! Et, tous les jours, il ajoute de nouveaux noms. Toutes celles qui croisent sa route depuis sa naissance dans un pays en GUERRE jusqu’à son arrivée dans un pays en PAIX.

Une liste immense. Des visages. Des dizaines de visages. Qu’il honore. En chantant leurs noms.

Et il commence toujours par celui des personnes de son quartier. Son quartier, son enfance, qu’il a quitté avec ses parents. Combien de morts parmi ces noms-là ?

Peut-être que, si on attend assez longtemps, il dira mon nom ? Peut-être qu’un jour, si vous le rencontrez et qu’on lui laisse assez de temps pour aller au bout de sa récitation, il chantera votre nom, Miran. Parce que Miran est heureux, tout le temps, et que même s’il est dans un monde bien à lui, il se souvient de nous tous.

Lors de leur départ, le père a dit en me serrant la main : « je suis enchanté de vous avoir rencontré »

S’il savait combien c’est moi qui suis enchanté de l’avoir rencontré lui, et son enfant dont on se moque souvent dans la rue, ou dans les salles d’attente, sans savoir que c’est l’humanité toute entière, les vivants comme les morts, qui est chantée et célébrée par sa bouche.

Ça m’a bouleversé et je voudrais que les personnes qui nous écoutent soient bouleversées comme j’ai été bouleversé.

On est tellement beaux, nous, les humains, quand on veut, quand on peut. On est tellement incroyablement beaux que c’est aveuglant. Faut se battre pour ça, le reste c’est de la misère

, d’ailleurs l’humain c’est 90% de misères pour 10% de beauté brute, mais il faut se battre pour ça. Vraiment. Pour les petits garçons du bout du monde qui s’installent un matin sans vous prévenir sur votre table d’examen, puis qui chantent les morts et les vivants.

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Toutes mes chroniques sont disponibles sur le site de France Inter, et vous pouvez vous abonner au podcast ICI.

Les dates et les lieux de dédicaces de mon dernier roman sont à retrouver dans la précédente chronique.

Merci à celles et ceux qui lisent AUSSI ce que j’ai à crier dans mes romans.

Vous savez.

Si c’est gratuit c’est que nous sommes le produit.

Alors voilà, l’autre jour, j’ai été attiré par une Publications sur Facebook, un homme aux cheveux blancs, une bonne bouille. Je ne prononcerai pas son nom pour ne pas lui faire de pub. Appelons-le Docteur Tartuffe.

Sa vidéo est intitulée :

« UN MÉDECIN DIT TOUTE LA VÉRITÉ SUR LES VACCINS ! »

Bon, déjà, quelqu’un qui prétend dire « toute la vérité »sur quelque sujet que ce soit n’est pas crédible. Mais passons !

Le langage de docteur Tartuffe est technique, mais compréhensible, et plutôt convaincant.

Durant 10 minutes, il dézingue la vaccination, et ça fait vraiment peur. Une phrase a particulièrement retenu mon attention :

«  Mon rôle c’est de vous dire de sortir des croyances et chercher les vraies vérités vous-mêmes. »

J’A-DO-RE car, en bon élève appliqué, ni une ni deux, j’applique son conseil et je tape le nom de cet homme sur Google et… DEUX.MINUTES.TRENTE ! C’est le temps qu’il m’aura fallu pour découvrir que cet homme est effectivement médecin, qu’il est passé plusieurs fois devant un juge en raison d’une suspicion de proximité avec la secte du temple solaire (vous savez là, ceux qui se suicidaient en masse pour permettre à leurs âmes de rejoindre d’autres planètes), qu’il se dit chaman et médium, capable d’entrer en communication avec « des êtres qui vivent non pas sur notre plan matériel, mais dans des mondes de lumière » et plus intéressant encore ce confrère a créé une maison d’édition dans laquelle JE VOUS LE DONNE EN MILLE il publie ses PROPRES livres anti-vaccins, anti-cancer, anti-sida etc. Des livres qu’on peut trouver sur Amazon.

Dans celui intitulé :

« Sortez de l’hypnose collective: La fin des grands mensonges » il nous explique la manière dont les Illuminati ont pris le pouvoir en vue d’instaurer un nouvel ordre mondial. Vas-y mon gars ! On a hâte de savoir !

Alors je vous passe la manière dont il parle du cancer, qui ÉVIDEMMENT se guérit beaucoup plus facilement qu’on ne le croit, ça fera une belle jambe à mon grand-père, à ma tante, à mon oncle, tous trois morts du cancer, et aux familles de malades qui nous écoutent. Pépé, si tu m’entends, j’aurais aimé mieux te connaître et partir à la pêche avec toi !

Mon but n’est pas de dire « la médecine traditionnelle a raison, toutes les médecines parallèles ont tort ».

Mon but est de dire aux gens que j’ai pu trouver sur internet que cet homme qui vend des livres a créé sa propre fondation, laquelle jouirait de quatre grandes belles propriétés dans lesquelles docteur Tartuffe se propose pour 120 € de l’heure de vous apprendre à guérir de la polyarthrite rhumatoïde et du SIDA grace à votre urine (faut la boire hein, d’après lui) :

« Quand le sida est arrivé aux États-Unis, certains malades se mettaient à boire leur urine et en trois jours ils faisaient de la course à pied »

36 millions de morts depuis l’apparition du virus, des millions de familles endeuillées. Et tout ça pour quoi ? Pour rien ! Il suffisait que les malades boivent leur pipi comme le dit le gentil monsieur sur Internet. Dingue, hein ?

Alors vous allez vous dire : où veut-il en venir ?

À ça : ses vidéos sont partagées des milliers de fois sur facebook, notamment sur des réseaux africains comme africa média, etc.

On ne va pas se mentir : il existe une inégalité des chances de survie entre un enfant soigné à Neuilly d’une encéphalite rougeoleuse et un enfant malade au fin fond du Soudan. Passons, mais pas trop : je considère que cet homme a du sang sur les mains. Et Facebook et Twitter qui le laissent divaguer sur les internets ont aussi du sang sur les mains.

Les fake news ne sont pas anodines. Faisons attention à ce que nous partageons, renseignons-nous sur les personnes qui nous parlent derrière l’écran et exerçons notre esprit critique.

Comme le dit Molière dans la scène 1 de l’acte V du Tartuffe :

« Démêlez la vertu d’avec ses apparences, ne hasardez jamais votre estime trop tôt ».

Si on change quelques lettres à cette phrase on obtient : « Boire son pipi n’a jamais guéri personne, je vous l’assure, méfiez-Vous ! »

Tout clic, que ce soit un like, un partage, un commentaire, de NOTRE part, tout cela favorise la visibilité et nous engage, en tant que citoyen.

Et n’oublions pas : Si c’est gratuit c’est que nous sommes le produit.

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(vous pouvez écouter cette chronique de l’émission Grand Bien Vous Fasse sur France Inter, ici)

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Je reprends la route pour venir à votre rencontre dans les villes suivantes signer mon quatrième roman :‬

‪Brive : 10 et 11 novembre‬

‪Strasbourg : 12 novembre à Kléber, 17h30‬

Demain, à partir de 16h, maison de la Presse de Mérignac, avec Philippe, grand empereur des libraires…

‪Rennes :24 novembre La Nuit des temps à 17h‬

Angouleme : le 1 et 2 décembre avec la librairie Cosmopolite

5 décembre, Librairie, La Litote, 14 avenue Joseph Fitte à Vic en Bigorre, à partir de 19h15.

Toulouse : librairie Ombres Blanches le 8 décembre 2018 À 15h30 !

Grenoble : 13 décembre FNAC Grand Place 17h30

Lyon : 14 décembre FNAC Bellecour 17h30

Bourg-En-Bresse : 15 décembre Librairie du Théâtre vers 16h

‪Hâte de vous rencontrer et/ou retrouver !‬

Et merci aux libraires, et aux lectrices qui m’aident à lancer cette bouteille à la mer dans une mer de lecteurs.

Prenez soin de vous toutes et tous,

B

#lookingforannelise

Les 500 000 Marie

(Photo : ICI)

Alors voilà… Aujourd’hui je veux parler du visage de Marie.

Marie est une femme, elle a la soixantaine, et elle est grand-mère.

Mais surtout, Marie boit.

Beaucoup.

Ses amis ne le savent pas.

Elle ment à tout le monde, tout le temps.

Même ivre morte, Marie soutient que non, elle n’a aucun problème avec l’alcool.

Elle refuse d’aller chez le médecin, parce qu’elle sait qu’il pourrait découvrir son secret.

D’ailleurs, Marie ne fait jamais de prise de sang : son taux de Gamma GT la trahirait. Elle a peur qu’on voie qui elle est vraiment à l’intérieur. Enfin, ce qu’elle croit être vraiment.

Elle se hait d’être si fragile.

Quand Marie garde ses petits-enfants, elle a hâte qu’ils repartent le dimanche soir. Elle a hâte et a honte d’avoir hâte. Elle les aime pourtant, mais quand ils s’en iront, elle pourra continuer de se saouler, mais sans se cacher.

Marie est dans l’alcool comme le moucheron dans la toile. Elle n’en peut plus de se débattre alors elle dit à sa fille de ne plus lui amener les petites. Car Marie a peur d’avoir un accident de voiture.

Elle a tellement honte qu’elle préfère renoncer à sa propre famille, Marie. À ses petites-filles !

Marie s’entoure de femmes qui ont le même problème. Pour se déculpabiliser. Se sentir moins seule, même si elle sait la vérité, Marie : on peut être plusieurs dans une solitude immense.

Le temps passe.

Parfois, Marie ne dessaoule pas pendant des jours. Un matin, Marie n’a plus de mari. Son amoureux est parti.

Elle ne parle plus à sa fille.

Avant, Marie avait une maison, mais elle a oublié. Elle a perdu son adresse. Marie est à la rue. Marie a froid, elle a faim, elle est violente. Marie crève. Marie pourrait être notre sœur, notre mère, notre tante, notre collègue, notre voisine. Marie n’existe pas, je ne l’ai jamais rencontrées. Ou plutôt si, elle existe, et elle existe TROP mais on ne le sait pas, c’est tabou ça, l’alcoolisme féminin.

Sachez-le : les Marie sont 500 000 en France, alors j’en ai probablement souvent rencontrées sans le savoir. Comme vous.

La romancière Cathy Galliègue, dans son dernier roman « Et boire ma vie jusqu’à l’oubli » pose ces mots dans la bouche de son héroïne :

« J’attends la nuit, cherche une porte-cochère pour m’y rouler en boule et boire avec dégoût, m’essuyant la bouche du dos de la main entre deux gorgées, jetant aux passants qui oseraient tourner la tête vers moi le regard de la mort. Je ne suis plus rien, coiffée, maquillée, debout, mais plus rien, et personne ne le sait. »

Je parle de ce roman parce qu’il aborde le sujet tabou de l’alcoolisme féminin, et qu’il le fait avec délicatesse et beaucoup de justesse. Il sort la poussière de sous le tapis, comme on dit. J’ai contacté la romancière ce week-end, je lui ai demandé pourquoi elle avait écrit ce très beau roman.

Elle m’a répondu ces mots bouleversants :

« L’alcool a mangé mon enfance, ma Marie à moi s’appelait maman, et nous ne nous parlons plus depuis dix ans. Alors j’ai écrit pour que les femmes concernées comme ma mère puissent parler. Et qui sait ? Peut-être même reparler à leurs filles ? ».

Cathy Galliegue a écrit, et moi, aujourd’hui, je parle. Pour toutes les Marie qui nous écoutent, et leurs familles.

Vous n’êtes pas seules.

(vous pouvez écouter cette chronique de l’émission Grand Bien Vous Fasse sur France Inter, ici)

La bouteille à la mer…

Coucou !

Mon quatrième roman sort aujourd’hui et le journal 20 minutes vous propose de lire les premières pages en exclusivité !

C’est

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ICI

Merci aux lectrices et lecteurs pour vos premiers retours aussi enthousiastes et dithyrambiques !

À lire ICI ou ICI !

Je suis tellement heureux de le voir s’envoler vers vous…

Je reprends la route pour venir à votre rencontre dans les villes suivantes :

Paris 15 : Le Divan, CE SOIR, 19h

Gibert Toulouse ce vendredi à 19h

Cultura Balma : le 24/10 avec Agnes Ledig à 20h

Nantes : festival des Utopiales le 4 novembre

Brive : 10 et 11 novembre

Strasbourg : 12 novembre à Kléber, 17h30

Mérignac : 17 novembre, maison de la Presse !

Rennes :24 novembre La Nuit des temps à 17h

Angouleme : le 1 et 2 décembre avec la librairie Cosmopolite

Toulouse : librairie Ombres Blanches le 8 décembre 2018

Grenoble : 13 décembre FNAC GRAND PLACE 17h30

Lyon : 14 décembre FNAC Bellecour 17h30

Bourg-En-Bresse : 15 décembre Librairie du Théâtre vers 16h

Hâte de vous rencontrer et/ou retrouver !

Et merci aux libraires, booktubeurs, booktubeuses et autres qui m’aident à lancer cette bouteille à la mer dans une mer de lecteurs.

Prenez soin de vous toutes et tous,

B

#lookingforannelise