Archives de l’auteur : Baptiste Beaulieu

La petite bête

(désolé pour mon absence ! Je suis vraiment sous l’eau avec la crise et du coup j’ai dû prioriser les réseaux où je publie, et j’ai priorisé Instagram car c’est le réseau où je reçois le moins de sollicitations/demandes/insultes etc. Toutes ces années sur internet m’ont vraiment abîmé. Je pense à vous souvent et je vous espère en forme malgré la crise qui nous touche toutes et tous…)

L’autre jour, je discute avec un patient d’un sujet très banal et absolument pas médical : on parle des enfants. Je lui explique ne pas en avoir, mais que c’est en projet, et que je me pose mille et une questions, parce que je suis quelqu’un de très angoissé pour les autres, que je ne peux pas voir ma nièce jouer sur sa chaise sans avoir le ventre qui se tord à l’idée qu’elle tombe.

Par exemple, chaque fois que j’écoute l’excellent Fabrice Drouel de l’émission Affaires Sensibles sur France Inter nous parler d’un fait divers, je me dis qu’il me sera impossible de vivre sereinement avec mon enfant, à moins de le pucer, de lui coller un marqueur GPS sous la peau, d’engager un garde du corps personnel.

J’imagine qu’on ne peut pas les protéger de tout, qu’on n’a pas le droit, en France, d’enfermer nos enfants dans une sorte de grande boule à furet, où ils seraient à l’abri de ce monde pendant MINIMUM dix huit ans… (on peut ? Non ? Non… Bien sûr… Je dis ça pour plaisanter… Evidemment… Pffff… Jamais j’ai pensé un truc pareil, ça va pas la tête ?!?!…).

Bref, ce jour-là, mon patient m’écoute, sourit, je lui dis : « vous voyez j’ai peur que mes futurs enfants sentent que j’ai peur pour eux, oui, et pour tout ! Et pour n’importe quoi ! J’ai peur que ma peur les névrose complètement. J’ai peur au carré ! »

On a papoté de longues minutes du sujet, puis il est parti.

Quelques semaines passent, j’oublie notre discussion.

Il revient un jour, je l’examine, lui rédige une ordonnance, et au moment où il se lève pour quitter mon bureau, il s’arrête une seconde : « tiens, tant que j’y suis, avant-hier j’étais avec ma petite de six ans, j’ai repensé à notre discussion de la dernière fois. Sur comment ne pas transmettre nos angoisses à nos enfants. Faut que vous sachiez, moi, j’ai la phobie des insectes. Dès que ça vole et que ça fait du bruit, j’ai les poils qui se hérissent, la sueur me coule dans le dos, des vapeurs, bref, grosse grosse phobie ! J’étais avec elle dans le jardin, elle voulait m’aider à jardiner, quand tout à coup y a ce truc… énorme !!!! (je le jure : à cet instant-là, mon patient a beaucoup trop écarté ses mains pour qu’un seul insecte volant ait cette taille-là sur Terre, même en Australie ils en font pas des trucs comme ça, et plus il parle de cet insecte, plus il écarte ses mains, c’est plus un bourdon, c’est un chat angora avec des ailes).

 

Bref. Reprenons. 

« Eh bien vous savez, docteur, ma petite me regardait, je n’ai rien montré de ma peur. Le truc énorme s’est posé quelques instants sur mon épaule, j’ai dit à ma petite « Si je l’embête pas, il va rien faire et repartir, ma chérie ». Je suais à grosses gouttes, mais ma voix n’a pas tremblé, je n’ai pas dégoupillé, et finalement cet espèce de monstre volant est reparti, probablement dans le trou infernal d’où il n’aurait jamais dû sortir, mais bref, je voulais vous le dire avant de quitter le cabinet. »

Là, le patient se penche vers moi et il me chuchote (comme si c’était un secret qu’il avait arraché de haute lutte) :

« On peut y arriver, Docteur. Ne pas leur filer nos craintes et nos angoisses. ON PEUT Y ARRIVER »

Il m’a filé une tape sur l’épaule, hyper fier de lui, et il est reparti.

Vous entendez ? On peut y arriver !

 

 

Madame Chang

Oui j’ai tricoté des morceaux d’histoires vraies pour vous dresser le portrait de madame Chang.

En tant que médecin, Madame Chang est ce qui m’est arrivé de mieux ces derniers mois.

Je ne me souviens plus quand elle a consulté la première fois au cabinet mais elle avait mal aux lombaires. Ça avait commencé après sa deuxième grossesse, petit à petit, une pointe électrique en bas du dos qui descendait jusqu’au pied.

Seuls les médicaments à base de codéine la soulageait, et elle est revenue plusieurs fois m’en demander pour être soulagée.

Je n’ai rien dit au début, elle était seule à la maison, à gérer les enfants, les courses etc, monsieur n’était pas là, d’ailleurs il n’est jamais trop là pour elle.

Au bout de quelques temps, j’ai compris que son dos ne lui faisait plus si mal que ça, mais qu’elle était totalement et profondément dépendante aux médicaments opiacés.

Je l’ai laissée venir à moi, madame Chang, et si je n’aime pas prescrire de la codéine à une personne que je soupçonne d’être addict, il faut parfois savoir adopter une posture conséquentialiste et prescrire ce qu’on n’aime pas, le temps d’obtenir la confiance du patient et de pouvoir générer un déclic chez lui.

Donc je prescrivais sa codéine à madame Chang, en faisant mine de ne rien voir, je plaisantais avec elle, je l’amadouais un peu. Ce qu’il faut.

Un jour, j’ai mis les pieds dans le plat. J’ai prononcé les mots dépression, charge mentale, addiction. Elle a pleuré, elle a hoché la tête, elle a dit qu’elle ne s’était pas rendu compte, mais que j’avais raison. La codéine, c’était venu petit à petit, elle ne savait plus ni comment ni pourquoi, mais chaque fois qu’elle venait me voir elle avait peur que je refuse de lui en prescrire, et elle avait conscience que ce n’était pas normal.

On est tombé d’accord qu’il fallait l’hospitaliser quelques jours pour l’aider à se débarrasser de son addiction. Elle hésitait car il fallait bien s’occuper des enfants, mais elle avait conscience que mieux valait les confier quelques jours à des proches et lui permettre de se sortir de ce cercle infernal.

Elle est revenue me voir il y a quelques jours, elle était rayonnante et débarrassée de son addiction. 

Alors pourquoi je raconte ça ? Parce que je veux dire aux personnes qui nous écoutent et qui se retrouveraient dans la position de madame Chang : ne vous flagellez pas. Vous êtes humains. Vous faites ce que vous pouvez dans le respect de vous-même, et vous pouvez vous en sortir. Vous n’êtes pas seules. Allez parler à votre médecin. Rien n’est irrémédiable et vous méritez mieux que ce fil à la patte.

La sagesse des bébés.

Comment mesure-t-on son degré de fatigue ?

Avec la pandémie, ça fait plus d’un an que je n’ai pas pris de congés, deux semaines en septembre 2019, et je me sens vraiment épuisé.

Évidemment, cela s’exprime par une plus grande irritabilité, une patience qui fond comme neige au soleil, et de petits accès de colère.

Mais j’ai un indice, un petit truc, qui me permet de savoir quand j’ai dépassé mon seuil de fatigue acceptable : enfant, cet indice c’était les TOC, mais devenu adulte, c’est la vaccination des bébés.

Je m’explique avec un exemple : l’autre jour, il doit être dans les 18h30 un vendredi, une maman amène son bébé de six mois. Elle lui a mis un petit patch analgésique, au bon endroit, 40 minutes avant la consultation, bref elle a fait tout comme il fallait, et pourtant, j’ai pas pu. Le bébé est allongé, super calme, j’ai procédé comme d’habitude : c’est-à-dire mettre Youtube sur mon téléphone et une musique pour enfant assez fort, c’est ce qu’on appelle de l’hypnose occupationnelle, ça marche bien pour capter leur attention pendant qu’on pique, en saturant un sens (la vue ou l’ouïe) au détriment d’un autre (le toucher, donc la douleur). D’habitude, ça marche.

Pas ce jour-là. Ce jour-là, j’ai pas pu. J’avais la seringue entre les doigts. J’allais le faire, et… Rien.

Pourtant… Qu’y a-t-il de plus normal pour un médecin que de vacciner un bébé ? L’idée que ça allait lui faire mal, qu’à cause de la fatigue je pouvais m’y prendre moins bien que d’habitude, avec moins d’assurance, l’idée qu’il allait peut-être bouger pendant que je piquais, bouger quand l’aiguille était dans sa peau, et donc pleurer, ça m’a paru le bout du monde. Je me suis senti dépassé. Je ne voulais pas lui faire mal, même pour son bien. En bref : je ne pouvais pas le voir pleurer, je ne pouvais pas créer de la douleur chez quelqu’un d’autre.

C’est aussi comme ça peut-être qu’on peut savoir combien on est fatigué : à ce paradoxe-là qu’on n’écoute pas son corps et ses besoins jusqu’au moment où les émotions du corps d’un Autre viennent déborder le nôtre.

Moi, c’étaient celles de ce petit bébé.

Pourtant j’ai piqué quand même, par peur que la mère me juge, ou par bravade, ou dans un souci de performance, je ne sais pas : le bébé n’a pas pleuré. Même pas un petit cri. Il n’a même pas bougé ou remué. Peut-être qu’il a senti quelque chose. Je ne le pense pas, mais c’est mon côté romancier qui l’imagine : ce petit a senti combien, en cette période difficile où les soignants sont éreintés, ce n’était pas le moment d’ajouter de la souffrance à ma fatigue. Ça n’a aucun sens, c’est vrai, et il fallait être là, avec cet enfant, pour comprendre ce qui s’est joué entre lui et moi, quelque chose d’un peu mystérieux, qui ne passe ni par des mots ni par des gestes.

Il y a une sagesse, chez les enfants, un savoir impénétrable qu’on perd peut-être en grandissant : la preuve en est, grâce à lui, j’ai compris qu’il était plus que temps de prendre des vacances.

De retour !

Chers tous et chères toutes,

Désolé pour cette absence prolongée, mais je suis vraiment très très occupé par la crise sanitaire actuelle et la rédaction de mon cinquième roman. J’espère que vous comprenez et que vous serez au rendez-vous malgré tout.

Je profite de ce retour pour vous confier une petite réflexion personnelle, née d’un message envoyé par une lectrice.

Celle-ci m’expliquait qu’on naurait pas dû arrêter l’économie et donc sacrifier la jeunesse pour, je cite, sauver des « vieux et des obèses ».

Y a là-dedans une forme de relativisme eugénique à vomir, et je voudrais vous parler de ce patient qui a pleuré à mon bureau.

Il a 45 ans, et son épouse est morte du coronavirus en avril.

Je ne peux pas donner son prénom ici, à cause du secret médical, elle s’appelait peut-être Martine, ou Julia, ou Cécile, ou Catherine, elle était douce, aimante, elle adorait ses enfants et la randonnée (surtout les Pyrénées), son parfum de glace préféré était pistache, son mari pleurait, pleure, et pleurera encore longtemps, c’était sa femme, ils s’aimaient et elle est morte, et ce patient ne peut pas faire comme si cette crise n’était pas arrivée, les enfants de ce couple ne peuvent pas faire comme si cette crise n’était pas arrivée, les amis de ce couple ne peuvent pas faire comme si cette crise n’était pas arrivée, et moi, son médecin traitant, du haut de mes 35 ans, je ne pourrai jamais plus oublier cette patiente, son mari, leurs enfants, et je ne peux pas faire comme si cette crise n’était pas arrivée.

Alors oui, le confinement va avoir des répercussions économiques dramatiques sur d’autres êtres humains, entraîner en cascade des dépressions, des morts aussi, mais pourquoi pointer du doigt une mesure sanitaire plutôt que le système économique libéral qui rend cette succession de catastrophes possible ?

Quelle société voulons-nous ? Celle qui dit que, pour le bien commun, nous devons sacrifier les plus fragiles, les personnes âgées, les diabétiques, les obèses ?

Vous savez, une vie, c’est long : on finit tous et toutes par être le vieux de quelqu’un, le diabétique de quelqu’un, ou l’obèse de quelqu’un.

Donc je repose la question : quel type de civilisation sommes-nous ? Et surtout : quel type de civilisation voulons-nous incarner ?

À bientôt, Courage et soutien à toutes et tous en ces temps troublés. Je vous espère soutenus et soutenants.

Prenez soin,

Baptiste

Le bouquet des bouquets

On ne peut pas vraiment dire que ça a été de tout repos ces derniers mois.

J’ai vu des patients très ébranlés par les mouvements sociaux et la façon dont le gouvernement les a réprimés dans la rue, j’ai vu des patients effrayés par le coronavirus, j’ai accueilli la détresse de certains soignants, éreintés par la plus grande crise sanitaire depuis quarante ans, des soignants obligés d’aller au travail équipés de sacs poubelles en guise de surblouses, de masques périmés, des soignants tiraillés par des injonctions sanitaires se contredisant d’un jour à l’autre, des soignants à qui on a promis une meilleure reconnaissance, et qui aujourd’hui, découvrent que les conditions d’attribution de la fameuse prime COVID-19 eh bien ils n’y répondent pas pour x ou y raisons.

Ben oui on le dit pas assez mais la prime Covid, en fait, c’est :

– si tu as été soignant en zone rouge,

– qu’il y a eu plus de mille morts dans ton département,

– que tu es né un jour impair,

– que ton père s’appelle Maurice,

– ET que ton prénom commence par un C comme dans « Calle-toi là derrière l’oreille ».

Bref, le médecin que je suis n’a pas grand chose de positif à tirer de cette année 2020.

C’est donc Baptiste le romancier qui va prendre le relais. Quand je suis romancier, eh bien je vois les belles histoires derrière les maladies, les trajectoires qui se croisent et font jaillir un peu de beauté de tout ce merdier.

Oui, oui, et oui, il y a du beau en ce monde.

Et il y a les patients et il y a leurs histoires.

Il y a cette dame de soixante ans, elle vit seule, dans un petit appartement, et passe ses journées dans le noir, parce qu’elle a peur des pigeons et de mille autres choses à l’extérieur, et elle en a peur depuis très longtemps, bien avant le virus, bien avant la distanciation sociale. Elle a pris de l’avance sur le confinement. Elle vit emmurée vivante depuis dix ans. Ses seuls contacts ? Moi et l’infirmier à domicile qui passe tous les jours.

Chaque fois que l’infirmier ou moi allons la voir en visite, on lui dit d’ouvrir ses volets, pour aérer, et elle nous dit « oui oui, je vais le faire » mais elle ne le fait jamais, ou seulement le matin, durant une heure, pas plus, vers 8 heures 15, moment où elle entrouvre sa tombe en cachette, pour regarder passer en bas de chez elle son fils qui tient un petit garçon par la main…

« Il emmène mon petit-fils à l’école », nous dit la dame.

La dame ne parle plus à son fils depuis des années et je ne sais pas pourquoi, y a des milliers de raisons pour qu’on cesse de se parler dans une famille. Les raisons leur appartiennent. Et ne plus causer à son fils, c’est un crevecoeur pour cette dame. Une vraie souffrance. Elle me le dit. Elle le dit à l’infirmier.

L’autre jour, j’arrive chez elle et je vois, dans la pénombre du salon, un joli bouquet de fleurs en train de faner.

Qui vous a offert ce bouquet ?

C’est l’infirmier, me répond la dame. Il me l’a offert dimanche pour la fête des mères.

Voilà. Je pense que je vais terminer cette histoire sur ce geste-là d’un infirmier envers une dame un peu blessée, qui a blessé sans doute, mais s’est rappelé le temps d’une journée qu’elle était toujours une maman, grâce à son infirmier à domicile.

C’est ça être soignant, aussi je crois. Merci à l’infirmier. S’il m’écoute, je veux être comme lui quand je serai grand.

Edith

(Photo : ICI)

Alors voilà,

Chère Edith,

tu es entrée avec Louis, ton fils de 6 ans. Tu as débarqué au cabinet médical au dernier moment comme d’habitude, bien après la fin des consultations.

« C’est pour faire vacciner le petit »

Moi je l’aime bien, ton Louis. Il fait le tour du bureau, se met sur mes genoux, veut que je lui explique ce qu’est un stéthoscope, un otoscope, un marteau-réflexe, etc.

J’aime moins la façon que tu as de lui parler, Edith : une façon sèche, brutale, mais j’essaie de pas juger, car t’es toute seule à l’élever, que ça doit être difficile, et que le père s’est barré en te laissant la charge d’un monde entier qui pèse 25 kg aujourd’hui, et que ce foutu père n’est pas là pour partager avec toi le poids de mes désapprobations totalement subjectives.

Je sonde un peu quand même : comment ça va à la maison ? le moral ? Le boulot ?

Je ferme un peu les yeux quand tu me demandes un jour d’arrêt maladie par-ci par-là parce que tu sais plus comment gérer le petit.

Il n’empêche, ce jour-là, Louis ne voulait pas se faire vacciner.

Et il hurlait, et il tapait des pieds, et il avait peur, et il refusait de regarder ailleurs pendant que j’approchais l’aiguille de son bras, et j’étais fatigué, et j’ai essayé d’être patient, j’ai parlé avec Louis, j’ai parlé longtemps, je lui ai mis un dessin animé sur le telephone, mais rien, il hurlait, il avait peur, et toi tu voulais qu’on fasse le vaccin là, maintenant, tout de suite, parce que tu cours toute la semaine et n’a pas le temps de revenir… Alors on a vacciné Louis, dans des conditions nullisimes pour un gosse, avec lui qui pleure et la musique joyeuse du dessin animé derrière, et je m’en veux, de pas avoir trouvé le moyen de vous dire qu’il fallait revenir, mais tu me pressais pour que je le fasse, et Louis pleurait, et j’étais épuisé de ma journée, et y a eu une sorte d’alignement désastreux des astres, dont l’origine est peut-être qu’on vit dans une société où 2 millions de femmes sont mères célibataires, où elles représentent 85 % des familles monoparentales, et où une sur trois vit sous le seuil de pauvreté.

Et où c’est vous, les mères célibataires, et vos enfants, vous oui, qui payez la lâcheté de certains pères.

Pardon Edith.

Pardon Louis.

Gros bug et compagnie

Bonjour à toutes et tous,

Je me suis mal exprimé je suis vraiment désolé, je n’arrête pas le blog, simplement comme il bug en ce moment et que les articles sont publiés en 34 exemplaires et que vous recevez 34 mails, je suis un peu embêté et j’ai publié tous les derniers articles sur mon compte Instagram ICI.

Je suis vraiment désolé pour les bugs, et de parasiter vos boites mail. Vraiment.

Aujourd’hui je réponds à une de vos questions :

Pourquoi je suis plus fatigué en restant chez moi qu’en allant travailler comme d’habitude ?

(Vous allez voir c’est passionnant)

plusieurs raisons, la principale étant SELON MOI :

l’inconnu et le matraquage médiatique avec le décompte macabre du nombre de morts.

Quel rapport avec la fatigue ? Suivez-moi !

(« selon moi » n’étant pas un argument scientifique valide, et n’étant pas le moins du monde spécialiste en psychologie cognitive, j’ai enquêté pour vous…).

DONC : j’ai discuté pas plus tard qu’hier soir avec le docteur Sebastien Puma, qui est docteur en science cognitive à l’Université de Cergy Paris, je voulais comprendre les ressorts cognitifs qu’il y a derrière notre baisse de concentration, notre angoisse de ces deux derniers mois (je sais pas vous mais j’avais du mal à lire un roman, par exemple, et j’avais constamment l’esprit parasité) et celui-ci m’a expliqué qu’à chaque instant de notre existence, une partie non négligeable de notre conscience mobilise des ressources cognitives considérable pour évacuer l’idée de notre propre mortalité.

Par exemple, si je vous demande de me faire un calcul mental là maintenant tout de suite, votre capacité à me donner un bon résultat sera plus efficace si avant le calcul mental je vous ai posé une question neutre et sans affect comme « quel est votre dessert préféré, Adèle ?  » plutôt qu’une question comme « avez vous peur de la mort, Adèle ? ».

Eh bien depuis deux mois, on est toutes et tous confrontés à l’idée de notre propre mortalité et à celle de nos proches. Psychologiquement, c’est épuisant.

Et cela peut expliquer pourquoi vous n’avez pas réussi à lire un seul bouquin pendant ces deux derniers mois, bref ne culpabilisez pas ! Aussi pourquoi vous avez eu du mal à communiquer avec vos proches, ou même du mal à simplement leur passer un coup de fil, ou même trouvé que les journées passaient beaucoup plus vite que d’habitude)

Bisoussssss

Bonne et douce journée, tenez le coup, vous allez y arriver,

De l’espoir !!!!

Coucou à toutes et tous,

Aujourd’hui on parle pistes thérapeutiques et espérance!

Gardez à l’esprit que tout ce qui suit sont des hypothèses, des conjectures, des promesses.

Les anti-viraux :

Première petite mauvaise nouvelle, l’étude visant à l’association de Lopanivir & Ritonavir (deux anti-viraux utilisés de longue date dans le traitement du VIH), piste thérapeutique prometteuse, et privilégiée par l’INSERM (qui avait rejeté le Chloroquine) a échoué à démontrer une efficacité.

Est-ce à dire que tous les antiviraux sont inefficaces ? Sûrement pas.

Les anti-protéine S :

Le but d’un virus est de pénétrer dans nos cellules pour se reproduire le plus possible.

Le Coronavirus se fixe à nos cellules via une protéine qui s’appelle la protéine S.

Le hrsACE2 est un médicament prometteur qui n’inhibe pas cette fixation mais détourne le Coronavirus en ayant une meilleure affinité avec lui que le virus n’en n’a avec nos cellules (c’est pas clair du tout j’ai l’impression). L’équipe de scientifiques canadiens explique que cette molécule permet de diminuer la reproduction virale, et donc la charge virale (et donc les effets sur le corps du patient) en agissant comme un leurre.

Big up à l’équipe canadienne !

El Famoso BCG

Vous souvenez-vous du vaccin antituberculeux qui nous a tous laissé une cicatrice dégueulasse sur le bras ?

C’est aussi une piste prometteuse. Aucun rapport avec le Coronavírus a priori, mais l’équipe de scientifiques australienne explique que le vaccin antituberculeux a tendance à stimuler l’immunité innée, il serait donc un potentiel candidat pour nous aider à lutter dès le premier contact avec le virus.

Remercions l’équipe australienne qui est sur le coup !

Autre piste : Le plasma !

Le plasma, c’est le sang sans les globules rouges.

Ce liquide, chez les patients qui ont été contaminés et qui ont guéri du Coronavirus, il serait riche en anticorps.

En le transférant à des patients malades, on gagne du temps sur le développement de leur propre immunité, en leur refilant l’immunité de quelqu’un d’autre.

Reste à savoir si l’immunité contractée après avoir guéri du Coronavirus est profonde, durable, et protectrice.

Pensée pour l’équipe américaine qui se penche sur le sujet !

Ptdr, j’ai lâché la rampe là…

L’association hydroxy-chloroquine azithromycine.

Les premiers résultats ne sont guère encourageants, et le remède pourrait être pire que le mal :

https://www.medrxiv.org/content/10.1101/2020.04.16.20065920v1

Est-ce à dire que le professeur Raoult a fait perdre du temps à tout le monde, et mis en danger des milliers de patients à travers le monde en basant ses affirmations sur ses propres études publiées dans le journal scientifique de son propre institut sans relecture critique par des pairs, et dont la méthodologie est -disons le franchement- inexistante ?

Il existe encore d’autres pistes à explorer par d’autres équipes :

La perturbation du cycle de reproduction à ARN viral du virus, les anti parasitaires (eh oui, Mais pour le moment leur action est démontrée in vitro et pas in vivo) les anticorps neutralisants (grosse flemme de m’y pencher ce matin).

L’important c’est que nous gardions à l’esprit que pour une fois, l’économie et la recherche scientifique ont le même intérêt, et que nous sommes en train de faire des bonds de géant en matière de recherche Vérologique.

J’avais dicté virologique, mais ça a écrit Vérologique, je trouve ça incroyable. La vie nous réserve tant de surprises !

Remercions donc l’équipe française :

Quand l’économie de marché est menacée, elle sait trouver et récompenser les personnes qui pourraient la remettre sur pied. Son intérêt pour la science est vite convaincu, les motifs viennent tout seuls.

Bonne journée à toutes et tous.

On va y arriver ! C’est long, c’est difficile, mais on va y arriver ! On va y arriver !

Pas un héros.

Alors voilà…. Lire sur internet la litanie de personnes endeuillées, avoir peur en partant au boulot, avoir l’impression d’être une boule qui tourne avec d’autres boules dans une loterie infernale où personne ne veut être choisi.

Je n’ai plus d’ongles, je me les ronge au sang.

Parce que y a un truc qu’ils ne vous disent pas avec leur narratif à la con autour de l’héroïsme des soignants etc : tu te chies dessus. J’ai jamais eu aussi mal au ventre de ma vie. Et j’ai peur. Et j’ai envie de pleurer. Alors votre propagande héroïque idiote…

On ne se sacrifie pas, on est sacrifié. Par des politiques libérales inhumaines. Qui vont refaire l’Histoire après.

J’ai mal au ventre je suis déprimé et j’ai peur.

Je suis dégoûté. Et j’ai la haine contre celles et ceux derrière leurs ordis qui sont déjà en train de refaire l’histoire. « Oui mais non, mais le gouvernement fait du mieux qu’il peut, et bla-bla-bla »

Y a littéralement des soignants qui portent des sacs poubelles en guise de blouse, ou la police qui réquisitionne des voiles d’hivernage pour confectionner des blouses de fortune, mais non ! Y a Jean-Thierry Macronie qui sait, lui ! Il n’a pas foutu un pied à l’hosto depuis la crise mais il est là, lui, toujours prêt pour faire la retape de ce gouvernement qui matraquait les soignants manifestants y a même pas trois mois…

Petit planqué repu de lui-même et de ses consanguinités sociales.

J’ai envie de pleurer tout le temps.

Héros ?

Je pense à ce medecin en EHPAD au bord des larmes, qui est aussi mon ami. Il a reçu des instructions détaillant des protocoles de sédations terminales pour ses patients. Le problème ce n’est pas la sédation, c’est très bien d’accompagner les gens jusqu’au bout. Le problème c’est d’accompagner un patient qui -tout âgé qu’il est- aurait quand même eu droit en « temps normal » à une tentative de réanimation. Et ça meurt seul en EHPAD sans sa famille. Et c’est enterré seul.

J’ai envie de pleurer tout le temps.

Héros ?

(le plus dramatiquement drôle dans cette histoire ? Les instructions que mon pote a reçu pour les sédation terminale utilisent des médicaments qui ne sont plus sur le marché depuis cinq ans, et vive la France !)

En nous traitant en héros ils nous confisquent le droit d’avoir peur, et nous renvoient au silence.

Un héros ne dit pas qu’il a peur.

Il ne dit pas qu’il se chie dessus.

Il ne dit pas qu’il préférerait une blouse/masque plutôt que des louanges grotesques.

Héroïser c’est silencer.

PS : désolé pour les bugs à répétition et les articles ici affichés/envoyés trois quatre fois.

PS 2 : je tiens un journal d’information sur Instagram. Au jour le jour. Si vous voulez le suivre, c’est ICI.