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Le bouquet des bouquets

On ne peut pas vraiment dire que ça a été de tout repos ces derniers mois.

J’ai vu des patients très ébranlés par les mouvements sociaux et la façon dont le gouvernement les a réprimés dans la rue, j’ai vu des patients effrayés par le coronavirus, j’ai accueilli la détresse de certains soignants, éreintés par la plus grande crise sanitaire depuis quarante ans, des soignants obligés d’aller au travail équipés de sacs poubelles en guise de surblouses, de masques périmés, des soignants tiraillés par des injonctions sanitaires se contredisant d’un jour à l’autre, des soignants à qui on a promis une meilleure reconnaissance, et qui aujourd’hui, découvrent que les conditions d’attribution de la fameuse prime COVID-19 eh bien ils n’y répondent pas pour x ou y raisons.

Ben oui on le dit pas assez mais la prime Covid, en fait, c’est :

– si tu as été soignant en zone rouge,

– qu’il y a eu plus de mille morts dans ton département,

– que tu es né un jour impair,

– que ton père s’appelle Maurice,

– ET que ton prénom commence par un C comme dans « Calle-toi là derrière l’oreille ».

Bref, le médecin que je suis n’a pas grand chose de positif à tirer de cette année 2020.

C’est donc Baptiste le romancier qui va prendre le relais. Quand je suis romancier, eh bien je vois les belles histoires derrière les maladies, les trajectoires qui se croisent et font jaillir un peu de beauté de tout ce merdier.

Oui, oui, et oui, il y a du beau en ce monde.

Et il y a les patients et il y a leurs histoires.

Il y a cette dame de soixante ans, elle vit seule, dans un petit appartement, et passe ses journées dans le noir, parce qu’elle a peur des pigeons et de mille autres choses à l’extérieur, et elle en a peur depuis très longtemps, bien avant le virus, bien avant la distanciation sociale. Elle a pris de l’avance sur le confinement. Elle vit emmurée vivante depuis dix ans. Ses seuls contacts ? Moi et l’infirmier à domicile qui passe tous les jours.

Chaque fois que l’infirmier ou moi allons la voir en visite, on lui dit d’ouvrir ses volets, pour aérer, et elle nous dit « oui oui, je vais le faire » mais elle ne le fait jamais, ou seulement le matin, durant une heure, pas plus, vers 8 heures 15, moment où elle entrouvre sa tombe en cachette, pour regarder passer en bas de chez elle son fils qui tient un petit garçon par la main…

« Il emmène mon petit-fils à l’école », nous dit la dame.

La dame ne parle plus à son fils depuis des années et je ne sais pas pourquoi, y a des milliers de raisons pour qu’on cesse de se parler dans une famille. Les raisons leur appartiennent. Et ne plus causer à son fils, c’est un crevecoeur pour cette dame. Une vraie souffrance. Elle me le dit. Elle le dit à l’infirmier.

L’autre jour, j’arrive chez elle et je vois, dans la pénombre du salon, un joli bouquet de fleurs en train de faner.

Qui vous a offert ce bouquet ?

C’est l’infirmier, me répond la dame. Il me l’a offert dimanche pour la fête des mères.

Voilà. Je pense que je vais terminer cette histoire sur ce geste-là d’un infirmier envers une dame un peu blessée, qui a blessé sans doute, mais s’est rappelé le temps d’une journée qu’elle était toujours une maman, grâce à son infirmier à domicile.

C’est ça être soignant, aussi je crois. Merci à l’infirmier. S’il m’écoute, je veux être comme lui quand je serai grand.

Edith

(Photo : ICI)

Alors voilà,

Chère Edith,

tu es entrée avec Louis, ton fils de 6 ans. Tu as débarqué au cabinet médical au dernier moment comme d’habitude, bien après la fin des consultations.

« C’est pour faire vacciner le petit »

Moi je l’aime bien, ton Louis. Il fait le tour du bureau, se met sur mes genoux, veut que je lui explique ce qu’est un stéthoscope, un otoscope, un marteau-réflexe, etc.

J’aime moins la façon que tu as de lui parler, Edith : une façon sèche, brutale, mais j’essaie de pas juger, car t’es toute seule à l’élever, que ça doit être difficile, et que le père s’est barré en te laissant la charge d’un monde entier qui pèse 25 kg aujourd’hui, et que ce foutu père n’est pas là pour partager avec toi le poids de mes désapprobations totalement subjectives.

Je sonde un peu quand même : comment ça va à la maison ? le moral ? Le boulot ?

Je ferme un peu les yeux quand tu me demandes un jour d’arrêt maladie par-ci par-là parce que tu sais plus comment gérer le petit.

Il n’empêche, ce jour-là, Louis ne voulait pas se faire vacciner.

Et il hurlait, et il tapait des pieds, et il avait peur, et il refusait de regarder ailleurs pendant que j’approchais l’aiguille de son bras, et j’étais fatigué, et j’ai essayé d’être patient, j’ai parlé avec Louis, j’ai parlé longtemps, je lui ai mis un dessin animé sur le telephone, mais rien, il hurlait, il avait peur, et toi tu voulais qu’on fasse le vaccin là, maintenant, tout de suite, parce que tu cours toute la semaine et n’a pas le temps de revenir… Alors on a vacciné Louis, dans des conditions nullisimes pour un gosse, avec lui qui pleure et la musique joyeuse du dessin animé derrière, et je m’en veux, de pas avoir trouvé le moyen de vous dire qu’il fallait revenir, mais tu me pressais pour que je le fasse, et Louis pleurait, et j’étais épuisé de ma journée, et y a eu une sorte d’alignement désastreux des astres, dont l’origine est peut-être qu’on vit dans une société où 2 millions de femmes sont mères célibataires, où elles représentent 85 % des familles monoparentales, et où une sur trois vit sous le seuil de pauvreté.

Et où c’est vous, les mères célibataires, et vos enfants, vous oui, qui payez la lâcheté de certains pères.

Pardon Edith.

Pardon Louis.

Gros bug et compagnie

Bonjour à toutes et tous,

Je me suis mal exprimé je suis vraiment désolé, je n’arrête pas le blog, simplement comme il bug en ce moment et que les articles sont publiés en 34 exemplaires et que vous recevez 34 mails, je suis un peu embêté et j’ai publié tous les derniers articles sur mon compte Instagram ICI.

Je suis vraiment désolé pour les bugs, et de parasiter vos boites mail. Vraiment.

Aujourd’hui je réponds à une de vos questions :

Pourquoi je suis plus fatigué en restant chez moi qu’en allant travailler comme d’habitude ?

(Vous allez voir c’est passionnant)

plusieurs raisons, la principale étant SELON MOI :

l’inconnu et le matraquage médiatique avec le décompte macabre du nombre de morts.

Quel rapport avec la fatigue ? Suivez-moi !

(« selon moi » n’étant pas un argument scientifique valide, et n’étant pas le moins du monde spécialiste en psychologie cognitive, j’ai enquêté pour vous…).

DONC : j’ai discuté pas plus tard qu’hier soir avec le docteur Sebastien Puma, qui est docteur en science cognitive à l’Université de Cergy Paris, je voulais comprendre les ressorts cognitifs qu’il y a derrière notre baisse de concentration, notre angoisse de ces deux derniers mois (je sais pas vous mais j’avais du mal à lire un roman, par exemple, et j’avais constamment l’esprit parasité) et celui-ci m’a expliqué qu’à chaque instant de notre existence, une partie non négligeable de notre conscience mobilise des ressources cognitives considérable pour évacuer l’idée de notre propre mortalité.

Par exemple, si je vous demande de me faire un calcul mental là maintenant tout de suite, votre capacité à me donner un bon résultat sera plus efficace si avant le calcul mental je vous ai posé une question neutre et sans affect comme « quel est votre dessert préféré, Adèle ?  » plutôt qu’une question comme « avez vous peur de la mort, Adèle ? ».

Eh bien depuis deux mois, on est toutes et tous confrontés à l’idée de notre propre mortalité et à celle de nos proches. Psychologiquement, c’est épuisant.

Et cela peut expliquer pourquoi vous n’avez pas réussi à lire un seul bouquin pendant ces deux derniers mois, bref ne culpabilisez pas ! Aussi pourquoi vous avez eu du mal à communiquer avec vos proches, ou même du mal à simplement leur passer un coup de fil, ou même trouvé que les journées passaient beaucoup plus vite que d’habitude)

Bisoussssss

Bonne et douce journée, tenez le coup, vous allez y arriver,

De l’espoir !!!!

Coucou à toutes et tous,

Aujourd’hui on parle pistes thérapeutiques et espérance!

Gardez à l’esprit que tout ce qui suit sont des hypothèses, des conjectures, des promesses.

Les anti-viraux :

Première petite mauvaise nouvelle, l’étude visant à l’association de Lopanivir & Ritonavir (deux anti-viraux utilisés de longue date dans le traitement du VIH), piste thérapeutique prometteuse, et privilégiée par l’INSERM (qui avait rejeté le Chloroquine) a échoué à démontrer une efficacité.

Est-ce à dire que tous les antiviraux sont inefficaces ? Sûrement pas.

Les anti-protéine S :

Le but d’un virus est de pénétrer dans nos cellules pour se reproduire le plus possible.

Le Coronavirus se fixe à nos cellules via une protéine qui s’appelle la protéine S.

Le hrsACE2 est un médicament prometteur qui n’inhibe pas cette fixation mais détourne le Coronavirus en ayant une meilleure affinité avec lui que le virus n’en n’a avec nos cellules (c’est pas clair du tout j’ai l’impression). L’équipe de scientifiques canadiens explique que cette molécule permet de diminuer la reproduction virale, et donc la charge virale (et donc les effets sur le corps du patient) en agissant comme un leurre.

Big up à l’équipe canadienne !

El Famoso BCG

Vous souvenez-vous du vaccin antituberculeux qui nous a tous laissé une cicatrice dégueulasse sur le bras ?

C’est aussi une piste prometteuse. Aucun rapport avec le Coronavírus a priori, mais l’équipe de scientifiques australienne explique que le vaccin antituberculeux a tendance à stimuler l’immunité innée, il serait donc un potentiel candidat pour nous aider à lutter dès le premier contact avec le virus.

Remercions l’équipe australienne qui est sur le coup !

Autre piste : Le plasma !

Le plasma, c’est le sang sans les globules rouges.

Ce liquide, chez les patients qui ont été contaminés et qui ont guéri du Coronavirus, il serait riche en anticorps.

En le transférant à des patients malades, on gagne du temps sur le développement de leur propre immunité, en leur refilant l’immunité de quelqu’un d’autre.

Reste à savoir si l’immunité contractée après avoir guéri du Coronavirus est profonde, durable, et protectrice.

Pensée pour l’équipe américaine qui se penche sur le sujet !

Ptdr, j’ai lâché la rampe là…

L’association hydroxy-chloroquine azithromycine.

Les premiers résultats ne sont guère encourageants, et le remède pourrait être pire que le mal :

https://www.medrxiv.org/content/10.1101/2020.04.16.20065920v1

Est-ce à dire que le professeur Raoult a fait perdre du temps à tout le monde, et mis en danger des milliers de patients à travers le monde en basant ses affirmations sur ses propres études publiées dans le journal scientifique de son propre institut sans relecture critique par des pairs, et dont la méthodologie est -disons le franchement- inexistante ?

Il existe encore d’autres pistes à explorer par d’autres équipes :

La perturbation du cycle de reproduction à ARN viral du virus, les anti parasitaires (eh oui, Mais pour le moment leur action est démontrée in vitro et pas in vivo) les anticorps neutralisants (grosse flemme de m’y pencher ce matin).

L’important c’est que nous gardions à l’esprit que pour une fois, l’économie et la recherche scientifique ont le même intérêt, et que nous sommes en train de faire des bonds de géant en matière de recherche Vérologique.

J’avais dicté virologique, mais ça a écrit Vérologique, je trouve ça incroyable. La vie nous réserve tant de surprises !

Remercions donc l’équipe française :

Quand l’économie de marché est menacée, elle sait trouver et récompenser les personnes qui pourraient la remettre sur pied. Son intérêt pour la science est vite convaincu, les motifs viennent tout seuls.

Bonne journée à toutes et tous.

On va y arriver ! C’est long, c’est difficile, mais on va y arriver ! On va y arriver !

Pas un héros.

Alors voilà…. Lire sur internet la litanie de personnes endeuillées, avoir peur en partant au boulot, avoir l’impression d’être une boule qui tourne avec d’autres boules dans une loterie infernale où personne ne veut être choisi.

Je n’ai plus d’ongles, je me les ronge au sang.

Parce que y a un truc qu’ils ne vous disent pas avec leur narratif à la con autour de l’héroïsme des soignants etc : tu te chies dessus. J’ai jamais eu aussi mal au ventre de ma vie. Et j’ai peur. Et j’ai envie de pleurer. Alors votre propagande héroïque idiote…

On ne se sacrifie pas, on est sacrifié. Par des politiques libérales inhumaines. Qui vont refaire l’Histoire après.

J’ai mal au ventre je suis déprimé et j’ai peur.

Je suis dégoûté. Et j’ai la haine contre celles et ceux derrière leurs ordis qui sont déjà en train de refaire l’histoire. « Oui mais non, mais le gouvernement fait du mieux qu’il peut, et bla-bla-bla »

Y a littéralement des soignants qui portent des sacs poubelles en guise de blouse, ou la police qui réquisitionne des voiles d’hivernage pour confectionner des blouses de fortune, mais non ! Y a Jean-Thierry Macronie qui sait, lui ! Il n’a pas foutu un pied à l’hosto depuis la crise mais il est là, lui, toujours prêt pour faire la retape de ce gouvernement qui matraquait les soignants manifestants y a même pas trois mois…

Petit planqué repu de lui-même et de ses consanguinités sociales.

J’ai envie de pleurer tout le temps.

Héros ?

Je pense à ce medecin en EHPAD au bord des larmes, qui est aussi mon ami. Il a reçu des instructions détaillant des protocoles de sédations terminales pour ses patients. Le problème ce n’est pas la sédation, c’est très bien d’accompagner les gens jusqu’au bout. Le problème c’est d’accompagner un patient qui -tout âgé qu’il est- aurait quand même eu droit en « temps normal » à une tentative de réanimation. Et ça meurt seul en EHPAD sans sa famille. Et c’est enterré seul.

J’ai envie de pleurer tout le temps.

Héros ?

(le plus dramatiquement drôle dans cette histoire ? Les instructions que mon pote a reçu pour les sédation terminale utilisent des médicaments qui ne sont plus sur le marché depuis cinq ans, et vive la France !)

En nous traitant en héros ils nous confisquent le droit d’avoir peur, et nous renvoient au silence.

Un héros ne dit pas qu’il a peur.

Il ne dit pas qu’il se chie dessus.

Il ne dit pas qu’il préférerait une blouse/masque plutôt que des louanges grotesques.

Héroïser c’est silencer.

PS : désolé pour les bugs à répétition et les articles ici affichés/envoyés trois quatre fois.

PS 2 : je tiens un journal d’information sur Instagram. Au jour le jour. Si vous voulez le suivre, c’est ICI.

Un peu d’épidémiologie (mais pour les nuls).

VOUS M’ÉCRIVEZ POUR ME DEMANDER QUAND FINIRA LE CONFINEMENT ?

UN DÉBUT DE (NON) RÉPONSE :

👉🏼

Je ne veux pas vous casser le moral, mais le pic épidémique (que nous vivons +/- actuellement ou dans les jours très proches) n’est pas le pic d’immunisation de la population.

Si nous nous déconfinons (🙄) trop tôt, il suffit qu’un seul porteur du COVID se balade et ce sera reparti pour 1 tour.

En gros, plus une population a attrapé (et guéri) d’un virus, et moins celui-ci peut circuler (il manque de “réservoir” pour se développer).

VOILÀ POURQUOI ATTENDRE UN PIC IMMUNOLOGIQUE MAXIMAL DE TOUTE LA POPULATION LE PLUS RAPIDE POSSIBLE (=jouer l’immunité de groupe) S’OPPOSE À LA VOLONTÉ DES POUVOIRS PUBLICS (LOGIQUE ET RAISONNABLE) DE POUVOIR ÉTALER AU MAXIMUM LE NOMBRE DE NOUVEAUX CAS POUR DIMINUER L’AFFLUENCE DANS LES HÔPITAUX (NOMBRE LIMITÉ DE RESPIRATEURS PAR RAPPORT À LÀ POPULATION : EN GROS, C’EST LA LOI DE L’OFFRE ET DE LA DEMANDE👉🏼IL FAUT DIMINUER LA DEMANDE CAR L’OFFRE MANQUE)

Je ne sais pas si je suis clair. Mais en gros cela signifie : PERSONNE NE SAIT QUAND NI COMMENT LE CONFINEMENT TERMINERA.

(LOL, LE MEC QUI SERT À RIEN😂😂)

En France, nous sommes bientôt en plein pic épidémique, MAIS pas immunologique, puisqu’il y a plus de monde confiné à la maison que dans les hôpitaux (je simplifie un max+++).

Si on utilise l’Italie comme miroir tendu vers nous depuis notre futur proche, la situation est plutôt “encourageante” (vous comprenez ce que je veux dire par encourageant, des gens en train de mourir, ce n’est jamais encourageant…).

Ainsi, en Italie, la baisse du nombre d’hospitalisations, notamment en réanimation, et du nombre de décès, se poursuit.

Malheureusement, cela ne veut pas dire que nous serons sortis de l’auberge d’ici deux semaines, le 15 avril, puisque je le redis, le pic épidémique n’est pas le pic d’immunisation de la population !

Le virus continue à trouver des réservoirs où se développer, notamment chez les personnes confinées qui n’ont pas ENCORE été exposées au COVID19.

C’est pourquoi la fin du confinement ne pourra se faire que de manière a priori progressive, et pour les personnes les moins à risque, c’est-à-dire sans comorbidité ou jeunes et robustes.

Les enfants et les personnes les plus de 65 ans, je pense qu’il ne faut pas y compter CAR :

-les enfants sont porteurs asymptomatiques.

-les plus de 65 ans car ils sont les plus à risque de développer une forme grave de la maladie. Surtout si présence d’une comorbidité.

PS : FLORENT PAGNY COMPOSE UNE CHANSON DONT IL REVERSERA LES DROITS AUX HÔPITAUX PUBLICS.

MEC, T’AURAIS PU COMMENCER PAR PAYER TES IMPÔTS EN FRANCE. T’ES UN ÉVADÉ FISCAL QUI RETAPE SON IMAGE À PEU DE FRAIS. ON TE DÉTESTE TOUS.

(Désolé pour les Majuscules mon ordi deconne toujours et j’ai pas le temps de corriger. Je crois qu’il est en colère, lui aussi… Désolé pour les fautes, aussi, j’écris vite).

PS 2 : bon, j’avoue, pour Florent Pagny, c’est moi qui ai mis les majuscules, pas l’ordinateur. 😒

Vergogna !

Alors voilà, on ne comptabilise pas les morts dans les EHPAD.

Quel prétexte ? Ce serait difficile de savoir si la personne est morte de vieillesse ou si elle est morte du Coronavirus.

C’est commode, hein ?!?!

Dans le même laps de temps, tu as 20 personnes âgées fiévreuses qui meurent en toussant dans un EHPAD des Vosges, 15 dans un EHPAD dans le Doubs. Mais non, « on ne peut pas certifier que c’est bien dû Coronavirus ».

Quelle blague !

Évidemment qu’on ne peut le certifier puisqu’on n’a plus de test ! Et que le personnel qui s’occupe de ces personnes âgées n’a pas suffisamment de matériel à disposition pour les protéger d’une éventuelle contamination…

Tout est fait pour alléger le chiffre journalier du nombre de morts, et par la même alléger l’ardoise gouvernementale.. Ne pas incriminer davantage les politiques de santé publique insensées qui, se succédant, ont conduit à ce désastre…

Oublier nos anciens. Les effacer eux et l’origine de leurs décès… Faire passer ça pour de la vieillerie. Puis les enterrer seuls, sans famille, confinement oblige.

Mais quelle honte ! Mais quelle ignominie !

C’est dégueulasse. Je n’ai pas les mots. C’est PROPREMENT dégueulasse.

Les vieux, on s’en fout.

Photo prise cet été.

Ma mère.

Avec mon père, ils gardent les enfants de ma soeur.

Ma soeur est soignante.

Elle travaille.

Elle a dû se résoudre à laisser ses enfants à mes parents le temps du confinement (qui durera plus de 15 jours, on le sait maintenant).

Son cabinet étant à 100 mètres de la maison de mes parents, elle va pic-niquer, assise dans le jardin, et les enfants mangent assis dans le salon, de l’autre côté de la fenêtre.

Ils ont 9 et 5 ans.

Leurs grands-parents ont 69 ans.

Trois générations séparées par une vitre.

Faudra qu’on questionne la façon dont certains relativisent la maladie parce qu’elle touche « surtout les plus de 70 ans ».

Je parle du modèle productiviste bien merdique de notre société : t’es vieux, tu produis moins, tu vaux plus rien.

Ce sont nos parents, nos grands-parents. Les vôtres. Les miens.

Ils furent ce que nous sommes. Nous serons ce qu’ils sont.

En guerre et contre tout.

Alors voilà,

En Guerre, on donne des ordres.

En Crise, on donne des moyens.

Devinez quel champ lexical on a choisi d’utiliser ?

Avant-hier soir, allocution d’Angela Merckel à la télévision allemande.

« C’est notre plus grand défi depuis la seconde guerre mondiale ».

Darmanin, ministre, l’autre soir : « pas de polémique en temps de guerre ».

Pauvre choix de mots, certes.

Mais surtout : j’ai peur.

Peut-être suis-je démesurément cynique, mais si j’étais un gouvernement ultra-libéral préparant les peuples à réduire leurs droits sociaux au prétexte patriotique, obligatoire, inévitable, d’une « économie de guerre », eh bien je ne m’y prendrais pas autrement.

La baisse de productivité, ce sera aux travailleurs et travailleuses de la payer. Et la pilule passe mieux quand on use et abuse d’un langage symbolique patriotique, belliqueux, sacrificiel.

Voilà pourquoi je me méfie du champ lexical héroïque et guerrier pour désigner le travail des soignants (« ils partent au front », « ils sont en première ligne », « c’est la guerre » etc).

Je vous renvoie à cet article de Marianne (pas vraiment un journal de gauche pourtant) : le gouvernement pense déjà l’après confinement, un projet de loi prévoit la limitation des congés payés, la fin des 35h, des licenciements facilités, etc.

On dira que c’est de la « relance économique ». Et en ayant abusé du narratif guerrier, héroïque, toute personne qui se lèvera pour protéger des acquis sociaux durement gagnés par nos anciens passera automatiquement pour un lâche ou un traitre à la nation. Parce qu’on sortira « de la guerre ».

Pourtant… Un virus ne nous fait pas la guerre. Quelle idée absurde… Un virus vit sa vie de virus.

C’est le capitalisme, l’épuisement des ressources naturelles, le productivisme effréné, voilà ce qui a déclaré la guerre à l’humain.

Apprendrons-nous quelque chose de cette épreuve ?

Coronaviedemerde

Est-ce que je viens de me faire agresser par un patient parce que je ne pouvais pas lui fournir de Gel hydro-alcoolique ?

Il semblerait bien que oui.

Est-ce qu’on se retrouve obligés de préparer un sac de denrées alimentaires pour une copine urgentiste qui finit trop tard pour faire des courses et n’a plus rien quand elle trouve du temps pour se rendre en épicerie ?

Il semblerait bien que oui.

Pensez aux soignant.e.s, les gens.

Rien ne sert de faire des réserves. Les magasins de bouffe seront réapprovisionnés, pas le moral des soignants.

Une amie me dit qu’elle ne sait pas quoi faire pour nous aider. Qu’elle se sent inutile en restant chez elle.

Eh bien sachez-le : en restant chez elle, elle nous aide.

Beaucoup.

Le but étant d’étaler au maximum les arrivées de patients, pour ne pas surcharger les services déjà débordés.

Rester chez soi, c’est permettre cet étalement dans le temps.

On sait que beaucoup de gens vont tomber malade, mais on a besoin qu’ils le fassent dans beaucoup beaucoup de temps.

Rester chez soi, c’est nous aider.

‪L’héroïsation du personnel soignant est un narratif commode pour dépolitiser nos revendications et nous enfermer dans une posture intenable : un héros, ça ne demande pas du personnel supplémentaire, ni ce truc un peu sale qu’on appelle des sous.

“Selon les statistiques du ministère de la Santé, l’hôpital a perdu 5,3 % de ses lits depuis 2013. À eux seuls, les établissements publics en ont perdu 13 631.”

Article du Parisien, ici.

Moi, je n’oublie pas.

Je n’oublie pas qu’il y a encore quelques semaines le gouvernement d’Edouard Philippe aspergeait de lacrymo les soignants qui manifestaient pour une meilleure prise en charge de leurs patients… et aujourd’hui ça joue du Hans Zimmer sur un piano chaque fois qu’on pète…

L’héroïsation est toujours un piège, car c’est une dépolitisation.

Quand la crise sera passée, on voudra du personnel supplémentaire et des sous, pas des monuments aux morts, pas des statues.

Courage et soutien à toutes et tous !🙏🏻💪♥️