Archives de catégorie : Anecdotes

La solitude des gens dans le métro.

(Photo prise par moi-même, vous pouvez retrouver mes essais de photographies en amateur ICI)

Alors voilà, avant de faire médecine, j’avais les mêmes tabous que beaucoup par rapport au corps, ses sécrétions (crachats, vomissements, selles, urines, etc) et aussi le tabou de certaines maladies, comme si, le corps et l’expérience du corps, donc de la maladie, n’étaient pas les choses les plus partagées au monde,

Il n’y a pas moi, malade de ceci et cela d’un côté, et les autres, sains de corps et d’esprit. Ça n’existe pas, ça. Jamais.

Non. La normalité, c’est JUSTEMENT d’être emmerdé par des maladies, petites ou grosses, et par des troubles psychologiques qui nous font plus ou moins souffrir.

Je veux dire : tout le monde a mal quelque part, a un problème de peau, de ventre, ou ailleurs, a peur de ceci ou cela.

Quand vous prenez le métro, derrière cette apparence de normalité que nous affichons tous, il y a ce qu’on ne dit pas, ce qu’on tait et garde pour nous.

Telle fille à votre droite a de l’eczéma. Tel garçon ne s’en sort plus avec ses pellicules. Telle vieille dame a des troubles cognitifs, tel jeune homme à des difficultés à maintenir une érection, telle jeune fille se fait vomir parce que la société lui a toujours renvoyé une image négative de son corps.

Regardons-nous dans le miroir. Aimons la personne qui s’y trouve. Soyons indulgent avec elle et ses petits soucis. Pardonnons-lui ses erreurs, ses petits ratés. Et rappelons-lui que quand son corps ou son mental lui fait défaut, elle n’est pas une exception contre la multitude des gens qui iraient bien, non, non, elle est comme la multitude qui se cache derrière une apparence de normalité.

Ce qui est normal dans la vie, ce sont les hématomes.

Pas l’absence d’hématomes.

Alors cessons de mentir et cassons un peu tout ça.

Tenez, par exemple, moi, depuis mon installation en tant que jeune médecin généraliste, j’ai…

[la suite à lire ici, sur le site de France Inter]

La double peine.

Alors voilà, comment peut-on faire du sport ?

Vous allez me dire mais de quoi il parle ? Pour faire du sport, suffit de sortir de chez soi et d’aller courir ou nager !

La région Île-De-France a publié une liste des piscines offrant un accès aux personnes en situation de handicap.

Eh bien, à votre avis, sur les 437 piscines, combien ne permettent pas une circulation adaptée et fonctionnelle aux usagers déficients sensoriels ?

99,3%.

Inversement, combien d’entre elles répondent aux besoins en termes d’autonomie complète pour les personnes en fauteuil roulant (on entend par-là des aménagements où l’utilisateur est autonome sur TOUTE la chaîne de déplacement) ?

2,1%.

Oui, 2,1%…

Et ce n’est pas tout car comment s’y prend-on en France quand on vit en situation de handicap et qu’on veut… je ne sais pas… aller nager par exemple ?

Ben on ne fait pas. Car même si on arrive à trouver LA piscine qui a tout prévu pour nous, eh bien le plus difficile reste encore à faire : nous y rendre.

Le réseau de métro parisien est un entrelacs de lignes et d’arrêts, d’escaliers, de couloirs, d’escalators, d’escalators, d’escalators, puis d’escaliers encore.

Il n’y a pas toujours d’ascenseurs pour permettre aux personnes en fauteuil d’accéder aux quais. A vrai dire… il n’y en a quasiment jamais !

Sur 303 stations de métro, devinez combien sont accessibles aux personnes à mobilité réduite ?

Neuf. Oui, neuf.

J’ai énuméré beaucoup de chiffres, je voudrais terminer sur des visages : Leïla, Valérie, Grégoire, Marlène, Louise. Ce sont des personnes, des patients, des amis, toutes et tous en situation de handicap, ils sont 12 millions en France.

Je voudrais relayer leurs paroles ce matin :

« le sport nous on aimerait bien, mais ça reste une affaire de personnes valides pensée pour les personnes valides.

La quasi impossibilité pour nous d’accéder aux activités sportives n’est qu’une épreuve de plus dans un quotidien déjà malmené. Espérer un habitat inclusif, une scolarisation adaptée ou encore s’insérer facilement dans le monde du travail, par exemple.

Les personnes en situation de handicap subissent une double peine, une prison au carré si vous voulez : celle de la limitation dans le corps, et celle la limitation dans l’espace politique et politisé de la Cité. »

[Vous pouvez lire la suite de l’article sur le site de France Inter ICI ]

Nota : ce qui suit n’a aucun rapport avec le blog, mais je ne me voyais pas ne pas en parler, à celles et ceux qui m’ont connu petit interne en médecine, en 2010, ici… avant les romans, les traductions, les bd, l’adaptation au théâtre, la petite fatigue de cet été etc.

Hier soir nous sommes allés au restaurant et, tremblant, je lui ai fait ma demande.

Il n’a pas dit oui, il a fouillé dans son sac, en a sorti un petit écrin et dit, ému :

« Ça fait un an que j’emporte la mienne partout sans oser te le demander »

♥️🌈

#loveislove #visibilité

L’ordonnance de la honte.

Alors voilà, dans ma dernière chronique sur France Inter, je reviens sur une réalité que vivent beaucoup de nos concitoyens en situation de précarité. En France, actuellement, plus de 8 % vivent sous le seuil de pauvreté. Nous sommes 67 millions, cela signifie que près de 12 millions de Français vivent avec près de 1000€ par mois.

Quand on sait que le budget alimentaire mensuel moyen en France est de 385€ par foyer, qu’est-ce qu’il reste à nos concitoyens précaires ?

Il y a une réalité, en France, qui est mise sous le tapis, mais que nombre de soignants expérimentent au quotidien : celle des compléments nutritionnels oraux. Peut-être en avez-vous déjà vues en pharmacie, ce sont des sortes de petites bouteilles enrichies en glucides, lipides et protéines… Elles feraient probablement péter le score de l’application Yuka !

Ces compléments sont prescrits pour des patients cancéreux ou des personnes âgées en état de dénutrition.

Eh, bien, je ne connais pas de médecin qui n’aie pas, déjà, au cours de sa carrière, été amené à prescrire des compléments nutritionnels oraux en dehors de ces indications. Si la Sécu me demande, je nierais catégoriquement, mais oui, ça m’est arrivé d’en prescrire temporairement à des personnes trop pauvres pour avoir de quoi s’acheter à manger, et trop désociabilisées pour aller pointer à la banque alimentaire. On s’en sort avec les mains salies, et le sentiment d’avoir participé à un système fort avec les faibles mais faibles avec les forts.

Un jour de Noël, notamment. Ça a été son repas de Noël, à ce patient, parce qu’il était seul, ne voulait voir personne et a refusé que je l’aide. C’est le genre de prescription qu’on n’oublie pas, jamais.

La vérité c’est qu’en France, si t’es pauvre, tu as statistiquement plus de risques de manger mal, et de grossir, de développer des problèmes de santé.

Et aucune application nutriscore ne pourra changer ça, car manger bien ça reste cher, quoiqu’on dise, et que souvent, quand tu galères à bouffer, ton dernier souci n’est pas de vérifier avec une application ce que tu vas manger, mais sortir ta calculette pour voir ce que tu peux acheter.

La suite ICI

Baptiste

La rentrée !

“Ce jour-là, chère Virginie, tu m’as montré que, peut-être, rien n’est gratuit avec les hommes quand tu es une femme.”

Mon dernier billet dans le dernier numéro du génial magazine Psychologies (en kiosque tout le mois de septembre ! )

PS : rendez-vous au salon du livre de Nancy (14 et 15 septembre) à partir du samedi après-midi (avec une conférence le 15 à 14h en compagnie de Helene Rossinot, et aux fantastiques Utopiales du livre de Nantes le 31 octobre et 1er et 2 novembre !

Celui qui se dispersait.

(modèle : Anne-Laure Buffet, que vous pouvez lire ICI. Merci à elle d’avoir bien voulu poser pour moi)

Coucou

Je n’ai pas déserté le blog, mais je m’accorde une petite pause estivale.

C’est un peu dur en ce moment. Beaucoup de travail, et pas mal de difficultés à gérer certains patients aux pathologies compliquées.

Je me sens vide, comme si l’énergie qui m’habite habituellement s’était dispersée. Besoin de réunir mes forces. De les faire revenir.

Je ne vous oublie pas, je reviendrai en septembre avec de nouvelles histoires.

Prenez soin de vous,

Pour celles et ceux qui ont Instagram, vous pouvez me suivre là-bas, ou j’épanche mon amour pour les visages (et les bonzes sous la pluie !).

Lettre aux Francoise.

Ce texte est dédié à Nicole Metellus (orthophoniste et sauveur de petit garçon)

Alors voilà un an que je relaie des récits de patientes et patients sur cette antenne et je voulais terminer la saison par un témoignage qui me tient particulièrement à cœur, celui de Baptiste.

Baptiste est un petit garçon de sept ans qui zozote. Quand il parle tous les autres enfants se moquent. Alors il reste dans son coin et se tait.

Eh bien une femme va lui sauver la vie : elle s’appelle Françoise. Elle est orthophoniste (en vrai elle s’appelait Nicole mais si tu changes quelques lettres à Françoise, ça fait Nicole).

Je crois que l’enfance du petit Baptiste aurait été vraiment merdique sans les efforts de Françoise, la patience de Françoise, la bienveillance de Françoise, les appareils compliqués de Françoise, vous savez ces appareils pour apprendre à positionner correctement sa langue sur le palais.

Bref, le petit Baptiste a réussi à parler normalement, les autres enfants ont arrêté de se moquer (apparté : vous avez remarqué comme on dit « les enfants sont siiiiii méchants entre eux », comme si ça allait mieux ensuite, en grandissant, et que les adultes témoignaient plus de bienveillance les uns envers les autres. Total bullshit !).

Bref. Il y a des milliers, des Françoise en France.

Vous savez combien d’enfants sont concernés par les troubles du langage et de l’apprentissage ?

5% !

C’est l’une des premières causes de décrochage scolaire et d’isolement chez les jeunes.

Ça me paraissait important, pour ma dernière chronique de la saison, de rendre hommage à toutes les orthophonistes du monde et surtout, aussi, de prévenir les gens : grâce à ces soignantes, votre enfant peut mal tourner, et se retrouver à France Inter où il parlera de la vie des patients au micro tous les lundis, et finira la saison en remerciant le big boss Ali, la génialissime Alexia, les fantastiques Claire, Stephanie, Laura, Théo, Nicolas, etc . Et remercier les auditeurs qui ont permis au petit Baptiste qui avait 7 ans de régler ses comptes avec sa voix, et à enfin positionner la langue comme il faut, là, parfaitement sur le palais.

Alors merci à tous, merci à toutes, et merci aux Francoise.

Celui qui se posait des questions.

L’autre jour, un jeune interne, Alexandre, brillant mais inquiet, s’est confié : il avait peur d’être un mauvais soignant parce qu’il « n’aimait pas les gens ».

Il était gêné et un peu honteux de me confier ça, comme si j’allais lui jeter de petites fourchettes en fer dans les yeux pour l’obliger à aimer ses semblables.

J’ai pris le temps de la réflexion et je voudrais ici lui apporter un début de réponse :

– d’abord, je ne sais pas ce qu’est un bon médecin. Et je pense qu’on pourrait écrire des livres entiers qu’on n’obtiendrait pas le début d’une piste.

– ensuite, j’ai interrogé des patients et des patientes pour savoir ce qu’ils attendaient de leurs médecins. Eh bien : les patients ne demandent pas d’être aimés. J’aime mes parents mes sœurs mes amis, c’est déjà beaucoup. Ce que les patients demandent, en revanche, c’est d’être considérés et respectés en tant qu’individus. Ce qu’ils cherchent c’est une information délivrée dans des conditions de respect mutuel. Ce qu’ils demandent c’est que, une fois cette information délivrée, on les considère pour ce qu’ils sont : capables d’auto-détermination.

Il n’y a pas besoin d’aimer pour être en sympathie et bienveillant.

Il n’y a pas besoin d’aimer pour dire à une patiente :

« J’entends ce que vous dites »

Il n’y a pas besoin d’aimer pour dire à une patiente :

« Je vous crois quand vous dites “j’ai mal”»

Il n’y a pas besoin d’aimer pour demander à une patiente :

« Acceptez-vous que je vous examine ? »

Il n’y a pas besoin d’aimer pour demander à une patiente :

« Est-ce que vous avez peur ? Est-ce que vous avez des questions ? »

Il n’y a pas besoin d’aimer pour dire à une patiente :

« Je vais vous accompagner si vous voulez. Ce sera long, mais on fera ça ensemble »

Cependant, et je terminerai sur cela, Alexandre : pour exercer le métier de soignant c’est toi qui va avoir de beaucoup, beaucoup d’amour. Ce n’est pas vivable, sinon, toute cette souffrance. Et n’oublie pas, n’oublie jamais : la vie est belle.

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PS : je dédicacerai mes quatre romans samedi (à partir de 14h) et dimanche toute la journée au salon du livre de Saint Maur, à Paris.

Venez me taper la bise !

Le miroir.

(dernière photo de Jim Morisson avant sa mort. Je vous laisse deviner pourquoi cette photo perturbe tout le monde…)

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Alors voilà, Olga a 87 ans, et elle s’est cassé le col du fémur. L’opération est longue, dangereuse, et la convalescence… eh bien la convalescence est ce qu’elle est quand on a 87 ans.

Il lui faut réapprendre à se lever, faire quelques pas, et enfin marcher avec l’aide d’un déambulateur.

Emmanuelle, une collègue kinésithérapeute qui s’occupe d’Olga me raconte ses progrès, lents et incertains, les séances de renforcement musculaire et de reapprentissage à la verticalisation. Évidemment -ce serait trop facile, sinon- Olga souffre de troubles cognitifs sévères : les jours pairs, elle ne reconnaît pas sa fille, et les jours impairs elle pense qu’Emmanuelle est directrice d’école.

Emmanuelle m’explique qu’Olga est une battante:

« Elle a un sacré caractère, et même si elle oublie pourquoi elle ne peut plus marcher, elle se donne les moyens tous les jours d’y parvenir. Je fais tout pour qu’on y arrive. Et je vais au travail tous les matins en me disant que ça en vaut la peine. »

Évidemment, la vieille dame a été très diminuée par l’opération. L’objectif d’Emmanuelle est qu’elle arrive au bout de la pièce de rééducation avec le déambulateur, mais sans aide humaine.

Les séances de rééducation passent sans qu’elle n’arrive à faire plus de quelques mètres. Mais jour après jour, elle grignote des centimètres.

Finalement, au bout d’immenses efforts, vient un matin où Olga traverse d’un côté à l’autre la pièce de rééducation et arrive au bout, face à l’immense miroir qui orne le mur.

Elle l’a fait ! Elle a traversé – seule – la pièce de bout en bout ! Emmanuelle la kinésithérapeute est heureuse, mais la vieille dame se retourne vers sa soignante, l’air dubitatif.

« Qu’est-ce qui se passe, Olga ? » demande la jeune femme.

Et la vieille dame désigne son reflet dans le miroir, et dit :

« Non mais c’est à cette vieille de bouger ! Même si elle est âgée, moi, j’ai la priorité : j’étais là avant… »

Emmanuelle sourit : Olga qui ne sait plus reconnaître son reflet dans une glace a gagné une bataille, mais d’autres guerres l’attendent.

Comme pour la marche, Olga ne sait pas que c’est impossible, alors elle y arrivera peut-être. L’hôpital est un lieu où on se bat tout le temps, de 7 à 87 ans.

Et n’oublions pas : la vie est belle !

La bête.

Alors voilà pourquoi je suis moins présent sur les réseaux et le blog…

Parce qu’il y a ceux qui t’écrivent pour te demander des conseils médicaux et, quand tu leur dis que tu ne travailles pas sur facebook, que tu as déjà fait cela toute la journée au cabinet médical, et qu’il est quand même dimanche soir 23h20, t’envoient chier en mode « je vous pensais plus humaniste… »

Ah mais c’est à dire que… Non, pas de MAIS. Tu es corvéable à merci, Baptiste. Tu dois bosser tout le temps, t’es juste une bête. Une bête de somme.

Il y a celle qui, parce que deux semaines d’affilée, tu as eu le malheur d’enchaîner des chroniques tristes, décrète que « tu verses dans le misérabilisme et fais du tire-larme numérique ton fond de commerce »

(Ah mais c’est à dire que… Non, tu as bien compris, Baptiste : il faut alterner. Une semaine sur le suicide, une semaine sur les prouts. Une semaine sur un enfant qui meurt, une semaine sur les pieds qui puent).

Il y a cet éditeur que tu ne connais pas, mais qui, parce que tu n’as pas parlé d’un livre qu’il t’a envoyé en service de presse, raconte à des blogueurs littéraires que tu as « pris un melon énorme ».

(C’est d’ailleurs pour cela que je reste vivre à Toulouse et refuse de m’installer à Paris : le melon est trop dur à transporter jusqu’à Saint-Germain).

Il y a ces blogueurs littéraires qui t’accusent d’avoir pris le melon, parce que Monsieur Machin, éditeur parisien, le leur a dit.

Ah oui, mais… Non, Baptiste, si Monsieur Machin l’a dit c’est que c’est vrai. Aucun rapport avec ce service de presse dont tu n’as pas parlé ! Evidemment !

Il y a cette internaute qui t’écrit un pavé énorme où elle a compilé tous ses problèmes de santé depuis le CM2 (merci mais non merci, madame. Globalement, écouter des gens se plaindre, c’est mon boulot. Je NE VEUX PAS lire cela en rentrant de ma journée, je NE VEUX PAS lire d’autres souffrances, j’ai eu ma dose).

C’est la même internaute, qui, parce que tu ne lui as pas répondu en 48 h, t’écrit un petit « UP ☝🏻 » deux jours après (genre elle siffle son chien qui ne lui a pas rapporté le courrier à temps).

Ah oui, mais… Non, Baptiste, la dame souffre. Elle SOUFFRE, compris ? Tu dois l’écouter. Tu as déjà écouté 36 000 personnes dans la journée ? Tu as envie d’oublier que la maladie et les malades existent ? Faire une pause ? BEN NON. La dame souffre. Après elle, il y aura quelqu’un d’autre, et après tu iras dormir et demain matin il y aura ENCORE quelqu’un d’autre (il y a toujours quelqu’un d’autre, ça fait un mal de chien).

Ah et je vous ai parlé de celui qui te demande juste « un contact sur Toulouse… » ? Well, ça aussi c’est mon boulot : trouver le bon spécialiste pour le patient. J’ai pas envie de faire cela le soir quand je rentre. Je suis comme tout le monde : je veux regarder NETFLIX en imaginant que la vie est belle comme dans les séries Américaines.

Il y a cet internaute qui t’écrit « je vous adore. Merci d’exister. Hélas cela ne suffit pas, j’ai décidé d’en finir avec la vie »

Oui, mais là je suis sur mon vélo, monsieur, et je travaille, monsieur, et je suis déjà en train de soigner quelqu’un d’autre, monsieur. Alors tu te retrouves à chercher son adresse sur Google en contactant ses amis facebook et contacter des pompiers à l’autre bout de la France pour qu’ils aillent défoncer sa porte et t’appeler pour te dire « non mais il va bien, il voulait juste un peu d’attention ».

Ah mais il va falloir faire la queue, monsieur !

Ai-je parlé de celui qui écume internet pour retrouver ton vrai nom et ton cabinet médical puis t’écrit personnellement pour te demander de devenir son médecin traitant ?

Et quand tu as le malheur de lui dire que tu trouves cela « un peu intrusif et effrayant », il te fait culpabiliser en te faisant passer pour un connard insensible (toi ? Insensible ? Ah ah ah ah. Non).

Alors que toi, ben toi t’as juste envie d’éclater en sanglots et que les gens te foutent la paix avec leurs procès d’intention et te laissent écrire tes romans et soigner.

Juste écrire et soigner.

Si vous souhaitez partager un témoignage de soignante ou de soignée, écrivez-moi ICI , mais je ne veux/peux que partager vos témoignages, vous donner une voix. Pas les porter à votre place, ni les recevoir comme des gifles. Être un relai. C’est tout.

PS : le pire c’est qu’ils me disent « je comprends » quand je leur dis ne pas pouvoir les aider car je ne consulte pas sur Internet. Ils comprennent que dalle ! Ils mettent de côté une dimension psychologique insupportable. Quand vous êtes dix, vingt, trente cent à contacter un médecin sur internet et qu’il vous répond « non », vous le faites culpabiliser affreusement.

Car « j’aurais quand même pu lui répondre », pense le gentil médecin à 22h21 sur son canapé.

Il y pense jusqu’à 22h44, heure des poules, heure à laquelle il va dormir, épuisé, sans avoir pu profiter sereinement du peu de temps qu’il avait avec les siens (qui ont probablement aussi, d’ailleurs, un trou qui leur fait de l’air !).

Troisième fois qu’on vient me demander des conseils médicaux en MP cette semaine. C’est tous les jours.

En vrai, y répondre c’est aussi le travail du médecin (on gagne notre vie comme ça). Et me poser des questions c’est nul car ça me fait culpabiliser si je ne réponds pas.

Ici, je ne suis pas là pour bosser.

Donc merci d’arrêter svp.

PS 2 : de toutes façons, on mourra tous, alors inutile de paniquer.

Je serai aussi samedi à 15h30 à la librairie Rimbaud de Charleville-Mezieres pour une rencontre avec vous toutes et tous !

Les oiseaux se cachent pour mûrir.

Alors voilà, Lucile, une collègue infirmière, me raconte comment, le soir du 15 avril 2019, elle s’est occupée de Jeannine qui a eu, il y a quelques années, un accident vasculaire cérébral l’ayant laissée aphasique.

Jeannine était sportive et dynamique. Elle a aujourd’hui 83 ans et elle ne parle plus, ne bouge plus, n’intéragit plus.

Elle fixe Lucile, de ses grand yeux verts. Grands yeux que personnes ne peut traduire. Personne sauf son époux, Henri.

« Aujourd’hui, m’écrit Lucile, quand il m’a parlé de leurs 53 ans de mariage, j’ai pu observer l’amour que continue d’éprouver Henri pour elle ».

Henri est paisible, il évoque avec l’infirmière tous leurs souvenirs : l’histoire de sa rencontre avec Jeannine, puis de leur premier rendez-vous, puis la fois où Henri l’a demandée en mariage sur le parvis d’une célèbre cathédrale parisienne, quand elle est tombée enceinte, quand il est devenu papa, quand ils sont devenus propriétaires, puis les vacances, les coups durs, les deuils, les grandes joies, quand ils sont devenus grands-parents, etc etc.

Dans le dernier roman Virginie Grimaldi, « Quand nos souvenirs viendront danser », on trouve cette discussion entre une héroïne qui pourrait être Lucile, et un vieil homme, qui pourrait être Henri :

Le vieil homme dit, en parlant de son épouse :

– Vous savez que je n’ai jamais dormi sans elle ? Pas une seule fois !

– Vous vous sentez seule ? demande l’héroïne, et le vieil homme répond :

– Je ne me sens pas seul, je me sens incomplet.

Eh bien c’est cela que décrit Henri à Lucile.

53 ans de mariage. 53 ans, punaise !

« Pour le meilleur, dit Henri, avant d’ajouter à demi-mot en déposant un baiser sur le front de son épouse « Et pour le pire ». »

La conclusion de 53 ans de mariage tandis que, dehors, en ce 15 avril 2019, dans le ciel de Paris, Nôtre-Dame brûle.

Alors non, m’écrit Lucile, ce n’est pas qu’une triste journée que celle où a brûlé Notre Dame. C’est une journée qui appelle à vivre.

Nous sommes, tous et toutes, avec nos histoires, uniques, précieux. Nous sommes tous et toutes irremplaçables. Nous sommes toutes et tous, des cathédrales. Des monuments. Et c’est peut-être la leçon que nous devons tirer de ce drame, le dernier cadeau que Notre Dame nous offre, je veux dire : l’être humain est irremplaçable, la vie humaine est irremplaçable !

Les flèches tombent parfois pour nous rappeler qu’interroger le ciel seul dans son coin est stérile, qu’il y a des vivants à côté de nous, ici et maintenant, et que si peut redresser des murs, on ne peut pas relever les morts. La vie est belle.

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Si vous souhaitez partager un témoignage de soignante ou de soignée, écrivez-moi ICI.

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Je serai mercredi 22 mai à Lyon, 20h20, au théâtre Comédie de L’odeon.

Je dédicacerai mes livres à la fin de la représentation !

Je serai aussi samedi à 15h30 à la librairie Rimbaud de Charleville-Mezieres pour une rencontre avec vous toutes et tous !

Suivra Saint-Maur en poche le samedi 15 juin !

Vous pourrez aller voir la pièce à Avignon durant le festival du mois de juillet ! Dates et informations ICI !

PS : je suis moins présent qu’avant sur les réseaux, je vous écrirai dans la semaine un petit texte pour en expliquer la raison… bonne et douce journée à toutes et tous !

Baptiste