Archives de catégorie : Anecdotes

Si c’est gratuit c’est que nous sommes le produit.

Alors voilà, l’autre jour, j’ai été attiré par une Publications sur Facebook, un homme aux cheveux blancs, une bonne bouille. Je ne prononcerai pas son nom pour ne pas lui faire de pub. Appelons-le Docteur Tartuffe.

Sa vidéo est intitulée :

« UN MÉDECIN DIT TOUTE LA VÉRITÉ SUR LES VACCINS ! »

Bon, déjà, quelqu’un qui prétend dire « toute la vérité »sur quelque sujet que ce soit n’est pas crédible. Mais passons !

Le langage de docteur Tartuffe est technique, mais compréhensible, et plutôt convaincant.

Durant 10 minutes, il dézingue la vaccination, et ça fait vraiment peur. Une phrase a particulièrement retenu mon attention :

«  Mon rôle c’est de vous dire de sortir des croyances et chercher les vraies vérités vous-mêmes. »

J’A-DO-RE car, en bon élève appliqué, ni une ni deux, j’applique son conseil et je tape le nom de cet homme sur Google et… DEUX.MINUTES.TRENTE ! C’est le temps qu’il m’aura fallu pour découvrir que cet homme est effectivement médecin, qu’il est passé plusieurs fois devant un juge en raison d’une suspicion de proximité avec la secte du temple solaire (vous savez là, ceux qui se suicidaient en masse pour permettre à leurs âmes de rejoindre d’autres planètes), qu’il se dit chaman et médium, capable d’entrer en communication avec « des êtres qui vivent non pas sur notre plan matériel, mais dans des mondes de lumière » et plus intéressant encore ce confrère a créé une maison d’édition dans laquelle JE VOUS LE DONNE EN MILLE il publie ses PROPRES livres anti-vaccins, anti-cancer, anti-sida etc. Des livres qu’on peut trouver sur Amazon.

Dans celui intitulé :

« Sortez de l’hypnose collective: La fin des grands mensonges » il nous explique la manière dont les Illuminati ont pris le pouvoir en vue d’instaurer un nouvel ordre mondial. Vas-y mon gars ! On a hâte de savoir !

Alors je vous passe la manière dont il parle du cancer, qui ÉVIDEMMENT se guérit beaucoup plus facilement qu’on ne le croit, ça fera une belle jambe à mon grand-père, à ma tante, à mon oncle, tous trois morts du cancer, et aux familles de malades qui nous écoutent. Pépé, si tu m’entends, j’aurais aimé mieux te connaître et partir à la pêche avec toi !

Mon but n’est pas de dire « la médecine traditionnelle a raison, toutes les médecines parallèles ont tort ».

Mon but est de dire aux gens que j’ai pu trouver sur internet que cet homme qui vend des livres a créé sa propre fondation, laquelle jouirait de quatre grandes belles propriétés dans lesquelles docteur Tartuffe se propose pour 120 € de l’heure de vous apprendre à guérir de la polyarthrite rhumatoïde et du SIDA grace à votre urine (faut la boire hein, d’après lui) :

« Quand le sida est arrivé aux États-Unis, certains malades se mettaient à boire leur urine et en trois jours ils faisaient de la course à pied »

36 millions de morts depuis l’apparition du virus, des millions de familles endeuillées. Et tout ça pour quoi ? Pour rien ! Il suffisait que les malades boivent leur pipi comme le dit le gentil monsieur sur Internet. Dingue, hein ?

Alors vous allez vous dire : où veut-il en venir ?

À ça : ses vidéos sont partagées des milliers de fois sur facebook, notamment sur des réseaux africains comme africa média, etc.

On ne va pas se mentir : il existe une inégalité des chances de survie entre un enfant soigné à Neuilly d’une encéphalite rougeoleuse et un enfant malade au fin fond du Soudan. Passons, mais pas trop : je considère que cet homme a du sang sur les mains. Et Facebook et Twitter qui le laissent divaguer sur les internets ont aussi du sang sur les mains.

Les fake news ne sont pas anodines. Faisons attention à ce que nous partageons, renseignons-nous sur les personnes qui nous parlent derrière l’écran et exerçons notre esprit critique.

Comme le dit Molière dans la scène 1 de l’acte V du Tartuffe :

« Démêlez la vertu d’avec ses apparences, ne hasardez jamais votre estime trop tôt ».

Si on change quelques lettres à cette phrase on obtient : « Boire son pipi n’a jamais guéri personne, je vous l’assure, méfiez-Vous ! »

Tout clic, que ce soit un like, un partage, un commentaire, de NOTRE part, tout cela favorise la visibilité et nous engage, en tant que citoyen.

Et n’oublions pas : Si c’est gratuit c’est que nous sommes le produit.

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Je reprends la route pour venir à votre rencontre dans les villes suivantes signer mon quatrième roman :‬

‪Brive : 10 et 11 novembre‬

‪Strasbourg : 12 novembre à Kléber, 17h30‬

Demain, à partir de 16h, maison de la Presse de Mérignac, avec Philippe, grand empereur des libraires…

‪Rennes :24 novembre La Nuit des temps à 17h‬

Angouleme : le 1 et 2 décembre avec la librairie Cosmopolite

5 décembre, Librairie, La Litote, 14 avenue Joseph Fitte à Vic en Bigorre, à partir de 19h15.

Toulouse : librairie Ombres Blanches le 8 décembre 2018 À 15h30 !

Grenoble : 13 décembre FNAC Victor Hugo 18h

Lyon : 14 décembre FNAC Bellecour 18h

Bourg-En-Bresse : 15 décembre Librairie du Théâtre vers 16h

‪Hâte de vous rencontrer et/ou retrouver !‬

Et merci aux libraires, et aux lectrices qui m’aident à lancer cette bouteille à la mer dans une mer de lecteurs.

Prenez soin de vous toutes et tous,

B

#lookingforannelise

Les 500 000 Marie

(Photo : ICI)

Alors voilà… Aujourd’hui je veux parler du visage de Marie.

Marie est une femme, elle a la soixantaine, et elle est grand-mère.

Mais surtout, Marie boit.

Beaucoup.

Ses amis ne le savent pas.

Elle ment à tout le monde, tout le temps.

Même ivre morte, Marie soutient que non, elle n’a aucun problème avec l’alcool.

Elle refuse d’aller chez le médecin, parce qu’elle sait qu’il pourrait découvrir son secret.

D’ailleurs, Marie ne fait jamais de prise de sang : son taux de Gamma GT la trahirait. Elle a peur qu’on voie qui elle est vraiment à l’intérieur. Enfin, ce qu’elle croit être vraiment.

Elle se hait d’être si fragile.

Quand Marie garde ses petits-enfants, elle a hâte qu’ils repartent le dimanche soir. Elle a hâte et a honte d’avoir hâte. Elle les aime pourtant, mais quand ils s’en iront, elle pourra continuer de se saouler, mais sans se cacher.

Marie est dans l’alcool comme le moucheron dans la toile. Elle n’en peut plus de se débattre alors elle dit à sa fille de ne plus lui amener les petites. Car Marie a peur d’avoir un accident de voiture.

Elle a tellement honte qu’elle préfère renoncer à sa propre famille, Marie. À ses petites-filles !

Marie s’entoure de femmes qui ont le même problème. Pour se déculpabiliser. Se sentir moins seule, même si elle sait la vérité, Marie : on peut être plusieurs dans une solitude immense.

Le temps passe.

Parfois, Marie ne dessaoule pas pendant des jours. Un matin, Marie n’a plus de mari. Son amoureux est parti.

Elle ne parle plus à sa fille.

Avant, Marie avait une maison, mais elle a oublié. Elle a perdu son adresse. Marie est à la rue. Marie a froid, elle a faim, elle est violente. Marie crève. Marie pourrait être notre sœur, notre mère, notre tante, notre collègue, notre voisine. Marie n’existe pas, je ne l’ai jamais rencontrées. Ou plutôt si, elle existe, et elle existe TROP mais on ne le sait pas, c’est tabou ça, l’alcoolisme féminin.

Sachez-le : les Marie sont 500 000 en France, alors j’en ai probablement souvent rencontrées sans le savoir. Comme vous.

La romancière Cathy Galliègue, dans son dernier roman « Et boire ma vie jusqu’à l’oubli » pose ces mots dans la bouche de son héroïne :

« J’attends la nuit, cherche une porte-cochère pour m’y rouler en boule et boire avec dégoût, m’essuyant la bouche du dos de la main entre deux gorgées, jetant aux passants qui oseraient tourner la tête vers moi le regard de la mort. Je ne suis plus rien, coiffée, maquillée, debout, mais plus rien, et personne ne le sait. »

Je parle de ce roman parce qu’il aborde le sujet tabou de l’alcoolisme féminin, et qu’il le fait avec délicatesse et beaucoup de justesse. Il sort la poussière de sous le tapis, comme on dit. J’ai contacté la romancière ce week-end, je lui ai demandé pourquoi elle avait écrit ce très beau roman.

Elle m’a répondu ces mots bouleversants :

« L’alcool a mangé mon enfance, ma Marie à moi s’appelait maman, et nous ne nous parlons plus depuis dix ans. Alors j’ai écrit pour que les femmes concernées comme ma mère puissent parler. Et qui sait ? Peut-être même reparler à leurs filles ? ».

Cathy Galliegue a écrit, et moi, aujourd’hui, je parle. Pour toutes les Marie qui nous écoutent, et leurs familles.

Vous n’êtes pas seules.

La bouteille à la mer…

Coucou !

Mon quatrième roman sort aujourd’hui et le journal 20 minutes vous propose de lire les premières pages en exclusivité !

C’est

👇🏼

ICI

Merci aux lectrices et lecteurs pour vos premiers retours aussi enthousiastes et dithyrambiques !

À lire ICI ou ICI !

Je suis tellement heureux de le voir s’envoler vers vous…

Je reprends la route pour venir à votre rencontre dans les villes suivantes :

Paris 15 : Le Divan, CE SOIR, 19h

Gibert Toulouse ce vendredi à 19h

Cultura Balma : le 24/10 avec Agnes Ledig à 20h

Nantes : festival des Utopiales le 4 novembre

Brive : 10 et 11 novembre

Strasbourg : 12 novembre à Kléber, 17h30

Mérignac : 17 novembre, maison de la Presse !

Rennes :24 novembre La Nuit des temps à 17h

Angouleme : le 1 et 2 décembre avec la librairie Cosmopolite

Toulouse : librairie Ombres Blanches le 8 décembre 2018

Grenoble : 13 décembre FNAC GRAND PLACE 17h30

Lyon : 14 décembre FNAC Bellecour 17h30

Bourg-En-Bresse : 15 décembre Librairie du Théâtre vers 16h

Hâte de vous rencontrer et/ou retrouver !

Et merci aux libraires, booktubeurs, booktubeuses et autres qui m’aident à lancer cette bouteille à la mer dans une mer de lecteurs.

Prenez soin de vous toutes et tous,

B

#lookingforannelise

Mon bureau, Monoprix, et du v…i.

Alors voilà… Aujourd’hui je veux absolument vous parler de mon bureau, au cabinet médical.

Je veux avoir ici une petite pensée pour lui suite à… l’incident.

Imaginez : une maman entre, me salue, puis dit :

« Docteur, regardez tout ce qu’il vomit » en sortant un sac plastique rempli de ce que vous pouvez imaginer, sac qu’elle pose ensuite sur mon bureau, hyperfière de tout ce que le corps de son petit garçon est capable d’excréter.

Elle l’a posé sur le bureau. Comme ça. Plof !

Et ce qu’endure mon bureau, mon pauvre bureau en PVC personne ne peut le décrire. Il n’y a pas de mot. PARCE QUE : qui pourrait comprendre à part peut-être le bureau d’un autre médecin !

D’ailleurs, je les imagine bien, la nuit venue, qui se téléphonent entre eux.

« Moi on m’a déjà fait ça avec des taenia, hein » se plaindrait celui du gastroentérologue en bas de ma rue.

Non mais vraiment.

Qu’est-ce que j’aurais dû faire quand cette femme a déposé ce sac au plastique si fin, rempli de vomi, hein, les amis ? Mon Dieu, je revois le vomi bomber la fine couche de plastique, et ce plastique qui s’étale, qui s’étale sans fin comme une galette ou une bombe à eau. Mais mon dieu, non… Je comprends qu’elle soit fière, cette mère, c’est le bébé de son bébé, quelque part, mais quand même… Je ne sais pas ce que j’ai pensé en voyant… ÇA !

Peut-être que j’ai vu dans ma tête le capitaine Kurtz, vous savez, Marlon Brando dans Apocalypse Now, celui qui a un gros gros gros stock de Napalm a écouler, et je l’ai entendu commander dans ma tête : « Brûle-le-sac ! Brûle le bureau ! Brûle-la-maman ! Brûle-tout, brûle-tout Baptiste ! »

Vous savez, les amis, le bureau du médecin n’a pas le vie facile. Non mais j’ose à peine toucher le mien ! Entre les mouchoirs usagés, les pieds posés sans gêne pour montrer un panaris ou le petit bouton entre les orteils, le dentier balancé à la va-vite ALORS qu’à côté la table d’examen n’attend QUE ça !!!!

Et derrière tout ça, cette question existentielle : ils sont étanches au moins, les sacs Monoprix ?

Vous savez, les amis, j’écrivais cette chronique et je pensais, « Punaise, je ne souhaite pas à mon pire ennemi d’être réincarné en bureau de médecin ! » et tout à coup je me suis souvenu qu’un bureau de médecin ce n’était pas SEULEMENT ça. Me suis souvenu de toutes les fois où quelqu’un a dit, en tapotant du bout des doigts ce petit bureau, des phrases comme :

« Docteur, je vais mieux ! »

« Docteur, je me marie ! »

« Docteur je suis enfin enceinte »

Ou même : « j’ai enfin maigri » qui rappelle cette autre phrase « j’ai enfin grossi »

Ou encore cette phrase magnifique : « j’ai pas peur, Docteur ! »

Et, enfin, peut-être ma préférée d’entre toutes :

« Vous savez, Docteur, je vais me battre !»

Et là oui, définitivement je peux le dire, les amis, je ne souhaite finalement pas à mon pire ennemi d’être réincarné en bureau de médecin : il aurait trop de bons moments et ce serait trop bien pour lui !!!

(Vous pouvez retrouver cette chronique sur le site de France Inter, ici)

Rencontres avec vous.

Mon quatrième roman, « Toutes les histoires d’amour du monde » sort le 17 octobre.

Je serai à la librairie parisienne Le Divan mercredi 17 octobre pour une dédicace/soirée de lancement à partir de 19h00.

Suivront (à vos agendas !) :

– la librairie Gibert Toulouse le vendredi 19 octobre à 19h00

– mercredi 24 octobre / Cultura Balma Toulouse : événement spécial, rencontre-dédicace en couple avec Agnès Ledig à 20 heures !!

– samedi 10 et dimanche 11 novembre / Foire du livre de Brive (😀)

– lundi 12 novembre à Strasbourg, librairie Kléber vers 19h (horaire à préciser !)

– samedi 24 novembre : Librairie La Nuit des temps à Rennes dédicace à 17h00 et rencontre à 19h00

– samedi 1er et dimanche 2 décembre / Salon Angoulême en poche avec la librairie Cosmopolite (Pascal ♥️)

– samedi 8 décembre / Librairie Ombres blanches Toulouse (horaire à venir !)

Puis suivront Lyon, Lorient, Bourg-En-Bresse (Lydie🙏🏻), Mérignac(Philippe😘), Grenoble (Sandrine) et bien d’autres selon les librairies qui m’invitent (je suis un garçon facile😃). Bref, c’est vous qui demandez aux libraires.

À bientôt ?

♥️

Baptiste

PS : ça, c’est le sourire de joie et de fierté de mon éditrice qui tient pour la première fois mon roman entre les mains…

Comme je la comprends… et comme il me tarde !

Je le serrerai lundi dans mes bras. Et j’aurai une pensée particulière pour la femme qui, quelque part, ne l’a pas encore lu et qui compte tellement pour moi.

#roman #mazarine #histoire #aventure #tresor #amour #guerre #mystere #bouteillealamer

Eloïse.

Le visage d’aujourd’hui est le visage d’une soignante. Elle s’appelle Eloïse et, l’autre nuit, elle m’a écrit une lettre qui commence par ces mots :

« Bonsoir Baptiste,

Je ne sais pas tellement pourquoi c’est à vous que je m’adresse ce soir. Peut être parce que je suis finalement PLUS marquée que je ne veux bien me l’avouer. »

Eloïse m’explique ensuite qu’elle travaille de nuit aux urgences pédiatriques. Elle devait être en vacances, mais ils sont en sous effectif depuis deux mois, alors elle a été rappelée. Encore. Et elle a accepté de revenir. Encore.

« Parce que, écrit-elle, j’aime mes collègues, et j’aime mes petits patients !!!! »

Puis Éloïse me raconte qu’un père amène sa fille.

Il pensait qu’en venant aux urgences, soit il aurait une CONSULTATION RAPIDE et ressortirait avec une ORDONNANCE RAPIDEMENT, soit il aurait une CONSULTATION RAPIDEMENT qui aboutirait à une HOSPITALISATION RAPIDE.

« Mais voilà, m’écrit Eloïse, DÉJÀ, la salle d’attente était pleine, ET MOI j’étais seule avec un interne. »

Toujours est-il que c’est arrivé : cet homme a levé la main sur Eloïse.

Elle a eu peur. Très peur. Et c’est une première dans le cadre de son travail.

« Sur le coup, m’écrit-elle, je tente de garder le maximum de sang froid possible. Je demande aux parents qui ont entendu le père monter dans les tours de ne pas s’en mêler, pour éviter que cela dégénère. Je demande à mon agresseur de rejoindre sa femme et sa fille parce qu’il fait peur aux autres enfants. Puis je m’effondre. Je pleure. Panique. Fais une hypertension sévère à 21/13. »

L’administrateur vient, constate les problèmes d’effectifs, rédige un rapport « d’évènement indésirable » -c’est comme ça qu’on dit- puis Eloise doit reprendre son travail, avec le sourire, mais avec quelques larmes qui sortent toutes seules de temps en temps, avec le sang qui tambourine dans sa tête, et les yeux rougis à cause de cet « événement indésirable ».

Elle se sent vidée, comme elle me l’écrit :

« Le pire dans tout ça, Baptiste, je ne sais pas contre qui je dois être le plus en colère, contre la direction qui supprime des postes à tout va, épuisant mes collègues qui se retrouvent en arrêt maladie, ou contre ce père.

Les agressions verbales nous en subissons régulièrement elles ne devraient déjà pas exister, Baptiste. Les agressions physiques n’en parlons pas.

J’aimerais que les gens sachent qu’on travaille 1 WE sur 2, les jours fériés, à Noël ou au jour de l’an.

J’aime mon métier. Vraiment. Je n’en changerai pour rien au monde. »

Et Eloïse conclut par ces mots :

« Merci de m’avoir lu. Je me sens déjà mieux pour ce soir.  »

Voilà, le texte que je voulais partager avec vous.

Alors Eloïse, tu vois, moi, je ne peux pas faire grand chose d’autre que ça, lire, relayer ton témoignage sur ce « monastère blanc qui n’avoue ni sa prière ni sa misère crasseuse. Propre et impeccable comme un scalpel. » disait l’écrivain Claude Luezor.

Je ne suis pas un homme politique, je suis romancier et médecin. J’écris des romans et j’essaie de soigner les gens. On a tous un moment comme ça dans nos carrières de soignants, où tout bascule. Moi, c’était il y a trois ans. Mon agresseur a quitté le cabinet en claquant la porte. Quelques temps après il a été condamné à plusieurs mois de prison ferme pour m’avoir menacé avec un couteau. Eh bien tu sais quoi, COPINE Eloïse, COLLÈGUE Eloïse, COMPAGNON DE GALÈRE Eloïse ? Depuis ce jour, je ne peux plus entendre une porte claquer sans avoir le ventre noué. Ça s’est gravé dans mes intestins, je crois. Là. Je veux te dire, Eloïse, à toi et aux collègues, que je suis de tout cœur avec vous toutes et tous.

Et que si je suis un peu triste d’avoir eu à relayer ici ton « ÉVÉNEMENT INDÉSIRABLE », je suis fier d’avoir pu porter ta voix et celles des soignants ici.

Toutes les histoires d’amour du monde.

Coucou à toutes et tous,

Ça fait combien de temps, ici ? Six ans ? Sept ? Je ne sais plus.

Merci à celles et ceux, fidèles au poste, et aux nouveaux arrivants et arrivantes.

Le temps passe…

(Mais non, chut, ce n’est pas de la nostalgie que tu ressens, là…)

J’ai écrit un nouveau roman et je m’apprête à retourner sur les routes à votre rencontre (n’hésitez pas à demander à vos libraires de contacter ma maison d’édition pour me faire venir. Je me déplace toujours avec plaisir et il y aura des free-hugs !)

Je crois n’avoir jamais rien tenté d’aussi ambitieux que ce quatrième opus.

Deux ans d’écriture et de recherches. Je n’ai jamais été aussi exigeant envers moi-même, envers mes éditrices (merci infiniment à vous, les filles🙏🏻♥️).

480 pages.

La Guerre, l’Amour, celles et ceux qui les font.

Quant à toi qui me lis : j’ai tellement hâte que tu participes à cette aventure…

Parce que oui, je ne te l’ai pas encore dit, mais ce roman que tu vas lire, quand tu l’auras terminé, je te demanderai de participer.

Participer à quoi ?

À une chasse au trésor mondiale.

Car ce roman n’est pas qu’un livre.

C’est une bouteille à la mer lancée dans une mer de lecteurs. Je cherche quelqu’un. Mon père et moi cherchons quelqu’un.

Ton rôle ?

Je vais avoir besoin de toi pour peigner le museau à la Guerre et au Temps qui passe.

Rien que ça ?

Oui, rien que ça. Prépare-toi bien ! Rendez-vous le 17 octobre ! Prêtes ? Prêts ?

Ce qu’en pensent les malades.

Aujourd’hui je veux parler à toutes les personnes qui nous écoutent, qui souffrent peut-être de DÉPRESSION et à qui de bonnes âmes viennent régulièrement recommander de, je cite, « SE BOUGER pour que ça aille mieux ».
Dire ÇA à une personne déprimée est aussi ABSURDE que si on balançait à un type avec un vitiligo, un psoriasis, ou de l’eczéma : « MAIS FROTTE FORT, ÇA PARTIRA !!!! » C’est nul. Ça marche pas. Ça culpabilise et c’est tout.
Je suis médecin, mais je suis aussi romancier. J’ai demandé sur internet à mes lecteurs souffrant d’affections en tous genres de me donner un aperçu des phrases maladroites qu’ils ont pu entendre de la part de soignants ou de proches…
Par exemple, dire à une femme qui n’arrive pas à avoir un enfant qu’elle -je cite- « doit arrêter d’y penser, parce qu’on connaît la belle-soeur de la voisine de notre coiffeuse qui a enfin réussi comme ça, en arrêtant d’y penser ! » ça ne marche pas. Mais surtout, en disant ça, on sous-entend que la femme est peut-être un petit peu responsable de son état, et que la fertilité est quelque chose qu’elle pourrait a priori maîtriser : « Ben oui quoi, si tu sais pas domestiquer tes follicules ovariens à 20 ans t’as raté ta vie… »
Non mais est-ce qu’on se rend compte combien c’est VIOLENT pour une femme d’entendre ça ?
Un malade faisait remarquer que c’est à peu près aussi débile que de balancer à un asthmatique : « Vas-Y Bruno !!! Respire profondément, ça va aller !»
Bah non, connard, si je pouvais respirer profondément, je serai pas en train de faire une crise d’asthme !!
Il y a derrière ces remarques cette idée qu’on pourrait contrôler/maîtriser son corps, son esprit, ses pensées.
Pourtant, on ne dira pas à une personne souffrant d’un cancer « moi perso je te conseille de mieux contrôler ta prolifération cellulaire, mais bon, je dis ça je dis rien »
Ben oui, DIS RIEN !
Car en vrai balancer à quelqu’un que son problème est dans la tête, ça ne console pas. Tout simplement parce que ce serait dans le pied, ce serait pareil. Ça reste à l’intérieur de nous et il faut batailler avec ça. Avec cet autre qui nous veut du mal. Cet autre qui nous ressemble, qui est nous. La dépression, c’est une méchante maladie auto-immune de la conscience. Ça existe, ça se mesure, avec des appareils compliqués, de l’imagerie compliquée, et ça se traite dans beaucoup de cas avec de vrais médicaments comme n’importe quelle autre maladie.
« La dépression frappe au hasard : c’est une maladie, pas un état d’âme. » écrit l’écrivain et poète Tahar Ben Jelloun. Et il a raison : si le bonheur était seulement affaire de choix, on vivrait tous dans un pays où les parkings des aéroports sont gratuits, manger du chocolat fait maigrir, et où David Bowie continuerait de chanter !
Alors QUE DIRE ?
Là aussi, j’ai demandé aux malades. Leurs réponses ?
D’abord, on ne dit rien. On ÉCOUTE. Ensuite rappeler à la personne qu’elle n’est pas seule, qu’elle compte pour nous, qu’on est là quand elle veut, que si on est désolé devant sa souffrance, elle peut parler sans crainte de nous blesser, que ce n’est pas sa faute si elle a mal.
Et qu’on peut l’accompagner chez le médecin.
Ah oui, et les internautes que j’ai interrogés étaient à deux doigts de rédiger une pétition pour ça : arrêtez de sortir cette phrase horrible, stupide, insupportable, pour quiconque a déjà connu un grand, un gros, un terrible chagrin d’amour : « Mais oublie-la ! » ou « Arrête de penser à lui » ou pire encore « Un de perdu dix de retrouvés ». Ben non, un de perdu, un de perdu.
S’il vous plaît arrêtez. Vraiment.

On est d’accord, hein, les gens ?

Une chronique de l’émission Grand bien vous fasse​ à retrouver sur le site de France Inter ICI!

Elle s’appelait Liliana Herrerai

Alors voilà, aujourd’hui je veux vous parler du visage de Liliana Herrera, une argentine de 22 ans morte cet été d’une septicémie suite à un avortement clandestin.
Pourquoi clandestin ? Parce que le projet de loi visant à légaliser le libre accès à l’avortement a été rejeté par le Sénat argentin.

En tant que médecin accompagnant des femmes souhaitant avorter, j’avais prévu de vous énumérer quelques éléments purement factuels, à savoir :

En France, 1 femme sur 3 avorte au moins une fois dans sa vie. 1/3 des Françaises de votre entourage.
Évidemment ce chiffre augmente dans les pays où l’accès à la contraception est difficile.

D’ailleurs, en parlant de ça, sachez que 3 avortements sur 4 sont pratiqués sur des femmes DÉJÀ sous contraception ! Pilule, stérilet, même préservatif. Tout simplement parce qu’aucune contraception n’est infaillible.
Pour la pilule, par exemple, le taux de grossesse est de 8%, c’est-à-dire que sur 100 femmes qui la prennent, 8 tombent enceintes sur une année d’utilisation. Sur ces 8 femmes, que font celles qui ne veulent pas ou ne peuvent pas poursuivre une grossesse ?
Elles ont recours à l’avortement, et elles y ont recours que ce soit autorisé OU pas. Les chiffres ne mentent pas : il y a la même proportion d’IVG dans les pays où celle-ci est légalisée que dans les pays où elle ne l’est pas. LA.MÊME.PROPORTION !!!
Ce que je veux dire c’est que quoi qu’on pense de l’IVG, une femme qui ne veut pas avoir d’enfant TROUVERA un moyen de ne pas avoir d’enfant.
La différence ? Dans les pays où elle est illégale, le taux de mortalité pour ces femmes est 35. FOIS. PLUS. ÉLEVÉ. Vous vous rendez compte ? Combien de Liliana Herrera ? Là maintenant au moment où nous parlons ? Soit l’IVG est illégale et les femmes meurent. Soit l’IVG est légale et ces femmes survivent ET ont le choix.
Pensons-y chaque fois que les opposants à l’IVG se font appeler les “pro-vie”. Si la légalisation de l’avortement n’a JAMAIS fait augmenter le nombre des IVG pratiquées, il est certain que cette légalisation a fait diminuer le taux de mortalité par rapport à l’IVG clandestin.

Tournons le problème à l’envers : si les hommes risquaient de tomber enceints à chaque fois qu’ils ont un rapport sexuel, l’IVG serait un droit inaliénable et inscrit dans la constitution. Oui, je crois que si chaque fois qu’un homme jouissait avec une femme en engageant son corps / sa santé / sa responsabilité / sa carrière pour les 80 ans à venir, on pourrait lire aux frontons des mairies :

« LIBERTÉ ÉGALITÉ FRATERNITÉ IVG »

Ne parlons même pas des tampons et des serviettes hygiéniques qui seraient remboursés par la Sécu, mais ça c’est un autre débat.

Bref, j’avais prévu de vous dire tout cela, mais je préfère vous donner un chiffre : 500 000.
C’est le nombre d’IVG clandestines par an estimées par les ONG en Argentine.
Combien de femmes seront condamnées à mourir, à être mutilées ? Combien de Liliana Herrera ?
Combien de souffrances évitées si le sénat argentin avait légalisé l’IVG cet été ?
Le cinéaste Pino Solanas a prononcé cette phrase :
« Arrêtons l’hypocrisie d’une classe dirigeante qui sait que les riches peuvent avorter de façon sécurisée alors que les plus pauvres sont condamnées à l’infection ou à la mort ».
Je crois qu’il a raison. Alors j’ai amené une photo, c’est bête je sais, on est à la radio, mais maintenant tout est filmé.
N’oublions pas son visage : elle avait 22 ans, elle s’appelait Liliana Herrera et elle est morte d’une septicémie parce qu’elle était une femme pauvre dans un monde où les lois sont dictées par des hommes riches.
N’oublions pas son nom, n’oublions pas son visage.
Elle s’appelait Liliana Herrera.

Texte et vidéo à retrouver sur le site de FRANCE INTER

Ce qu’on connaît…

Le visage d’aujourd’hui est celui de Jeannine, 95 ans, une belle vieille dame que j’ai reçue un jour au cabinet médical.
Elle était voutée, ridée, tremblante, le pas mal assuré, la vue trouble, bref, arborait tous les stigmates de la vieillesse, avec bien sûr, comme disait mon grand-père « les oreilles remplies de semoule » : elle était sourde comme un pot.
Je regarde sa prise de sang : nickel. Pas de sucre. Pas de cholestérol. Pas d’inflammation. Et des reins qui pètent le feu.
Je l’examine. Lui trouve une tension artérielle un peu élevée. Pas grand-chose. Rien qui ne justifie d’ajouter un nouveau médicament à la liste déjà longue comme le bras de pilules en tous genres qu’elle doit déjà prendre tous les matins.
Jeannine me demande :
Combien, la tension ?
Je lui explique (en parlant fort pour traverser la semoule) :
« Un peu élevée, mais c’est pas grave »
Je ne vais pas aller l’embêter avec un régime sans sel à 95 ans et encore moins avec des médicaments.
– Vous êtes sûr, docteur, que ce n’est pas grave hein ?
– Oui, oui, ne vous inquiétez pas.
Et voilà qu’elle me fait répéter une fois, deux fois, trois fois, de quatre manières différentes, que non, avoir un peu de tension artérielle à 95 ans, ce n’est pas grave.
Elle me l’a fait répéter combien de fois, à votre avis ?
Sept fois. SEPT-FOIS.
Et je dois bien avouer qu’à la cinquième, moi, du haut de mes 27 ou 28 ans, c’est à dire du haut de cette facilité-là que confère un jeune âge, je commence un peu à me sentir irrité de devoir répéter et impuissant à la rassurer.
Allons, 95 ans ! Et elle s’inquiète pour un peu de tension artérielle ? Mais il faut bien savoir rendre les clefs, un jour, non ?
J’étais, et le suis encore un peu j’espère, ce qu’on appelle communément « un petit con ».
Car soudain, elle lâche d’une petite voix fluette, cette petite voix enfantine qu’adoptent certaines personnes très âgées, cette petite voix capable de dire papa ou maman pour parler de leurs géniteurs morts des années plus tôt, avec ce ton voix de l’enfance revenue donc, elle lâche :
« C’est que, docteur, moi, je ne veux pas mourir ».
Voilà. MOI, docteur, je ne veux PAS mourir.
Ce n’était plus une vieille dame qui parlait. C’était l’humanité toute entière.
Qui a peur. Qui doute. Qui ne sait pas s’il y a un après.
C’était Norbert De Varenne, dans Bel-Ami, qui jette à Bel-Ami ces quelques mots :
« mon corps, mon visage, mes pensées, mes désirs ne reparaîtront jamais. Et pourtant il naîtra des millions, des milliards d’êtres qui auront dans quelques centimètres carrés un nez, des yeux, un front, des joues et une bouche comme moi, et aussi une âme comme moi, sans que jamais je revienne, moi. »
Oui, on peut avoir 20 ans et ne plus avoir envie de vivre.
Mais on peut avoir 95 ans et avoir la même boulimie d’exister qu’à 14 ans.
On peut avoir 95 ans, se découvrir de la tension artérielle et avoir peur.
Parce qu’on veut pas descendre la pente, pas tout de suite, ou alors pas trop vite.
Parce qu’on veut encore grappiller un jour aux mois qui restent, une heure aux jours, une minute aux heures.
Oh, pas longtemps, ce qu’on peut, une seconde, mais quand cette seconde se termine on en veut encore une, puis une autre encore. Parce que c’est la vie et que c’est tout ce qu’on connait. Qu’on veut sentir, respirer, toucher, goûter, aimer, pleurer encore un tout petit peu. Toucher la neige une dernière fois. Voir la mer une dernière fois. Et, quand cette dernière fois est passée, on en veut une autre et une autre encore.
PARCE QUE C’EST TOUT CE QU’ON CONNAÎT.