L’égoutier

Alors voilà,

Il dit qu’il est pas venu,

Pas envie, pas pu,

Il dit qu’il avait du travail,

Deux mois sans son traitement,

Mais je vois bien qu’il ment,

.

.

(À la naissance, pas de gare de triage,)

.

.

Je creuse, j’explore, je sonde,

Il dira plus tard,

« C’est le trésor public,

J’avais pas assez d’argent,

J’attendais un dégel de mes comptes,

J’attendais une mutuelle »

.

.

(À la naissance, pas de gare de triage,)

.

.

Je lui dis de venir quand même,

Qu’on peut soigner gratis,

Que tous les médecins le font,

De temps en temps,

Que la vie est dure,

On le comprend,

Mais il sursaute,

« Je veux pas la charité,

Moi je veux payer »

Ses doigts salis d’un travail,

Que nos bonnes âmes,

En leurs gouvernements,

Ne voudraient pas,

S’agitent, retombent sous la table,

.

.

(À la naissance, pas de gare de triage,)

.

.

Son regard pur se ferme, fuit,

C’est la nuit sur son visage,

Tout est pâle,

« Je veux pas parler de ça »

L’argent, comment on en manque,

Comment on en trouve,

Ça le regarde,

L’argent, tout le monde le sait,

L’argent c’est sale,

Comme les doigts,

Les doigts salis,

D’un travail,

Que nos bonnes âmes ne voudraient pas…

.

.

(À la naissance, pas de gare de triage,

Et toi le petit médecin,

Jour après jour,

Visage après visage,

La rage, la rage, la rage.)

——

PS : y aurait-il parmi vous un/une personne habitant à Cologne en Allemagne et qui serait disponible pour y passer un peu de temps avec moi entre le 11 et 15 mars pour m’aider dans des démarches familiales compliquées ? Désolé pour la demande qui paraît sans doute saugrenue quand on ne connaît pas de quoi il est douloureusement question.

Merci du fond du coeur !

(je serai au salon du Livre de Paris le samedi 17 et dimanche 18 mars. Enfin, le romancier Martin Winckler et moi-même serons reçus pour une conférence/rencontre en duo autour de nos romans le 29 mars à la librairie Gibert Joseph de Toulouse !!!)

33 réflexions au sujet de « L’égoutier »

  1. Dame Moi

    Merci Baptiste pour ce joli message qui parle au cœur, si joliment, si pudiquement, qui me parle
    Le silence comme un aveux, qu’il faut savoir parfois décrypter
    Le travail, ce devrait plutôt être ce qui élève l’homme
    des bises pour tes démarches

  2. Lys18

    La dignité de cet homme est admirable.
    Son portrait est touchant,sensible.
    Merci Baptiste,encore et toujours.
    PS: Je ne connais personne à Cologne…

  3. Kahina

    Bonsoir.
    Merci de partager ce texte. Je te suis sur Instagram mais je ne rate pas une de tes publications de blog.
    Malheureusement j’habite à 8000km de la métropole donc c’est râpé pour Cologne.
    Aura-t-on la chance de te voir un jour à Mayotte ?

  4. Fric

    Mon cher Baptiste oui le monde est dur parfois mais grâce à vos textes il s’illumine souvent, comme je vous envie vous serez en merveilleuse compagnie, cet homme est aussi merveilleux que vous, j’ai lu en souvenir d’andré entre autres de lui…; bon couragepour votre recherche.

  5. Emmanuelle

    Ce sont les mêmes qui ne vont aux Restaus du Coeur que s’ils peuvent en être bénévoles (“je prends pas sans donner, moi”), les mêmes qui dans un réseau d’échange de savoirs seront extrêmement contrariés de n’avoir à offrir qu’un café et un merci à celui ou celle qui sera venu montrer comment utiliser un traitement de texte pour faire un CV et en a profité pour tout mettre en forme et corriger les fautes…
    Les mêmes qui quand on est coincé sur un bord de route tendront la main sans réfléchir à ce qu’ils ont à y gagner…
    Ce sont ceux qui arrivent en souriant dans les amphis de fac après avoir dormi dans la voiture ou sous un porche, et rendent le TP 2h en retard en s’excusant “j’ai pas de chambre, madame, dans la voiture j’peux pas travailler”…
    Ca force le respect et ça rend bien humble… merci pour la piqûre de rappel !

  6. hermione59

    Venez-vous bientôt dans le Nord ? Lille ? Valenciennes ? Je suis orthophoniste, spécialisée en rééducation cancéro cervico-faciale ( voix, parole, déglutition ) Et je suis tombée amoureuse de votre blog. 10 ans de pratique en hospi, de quoi écrire un bon petit chapitre lol. Actuellement, je suis en invalidité type 2 suite à un gros burn out surmenage extrême ( la rééduc de mon petiot +1 boulot à 50 km de chez moi, ça dooonne … 170 km/h sur l’autoroute ) et découverte de bipolarité. Mon mari et mon fils ont le syndrome d’asperger ( ah si vous connaissez, vous êtes le premier généraliste … J’ai eu droit à des levées de sourcils pour tous les autres ) et mon mari a la maladie de Recklinghausen ( pas de sourcil levé ??? Vous m’épatez !!!! ). Bref une maladie orpheline, deux TSA et une bipolaire avec 3 TS à son actif… Finalement,ce sera 2 chapitres pour la petite dame. Hyper-empathie pathologique m’a sorti mon psychiatre avec les variations thymiques et les phases de déréalisation bien trempées ( idéal pour la vie avec 2 “autistes” ). 3 dossiers MDPH… Sécu… ALD… Arf … Je prends 3 chapitres en fait . Bon allez, fermé le bureau des pleurs. Mais Baptiste… MERCI !! Vous êtes un HUMAIN et ça devient si rare dans ce monde protocolaire et hypocrite ( même les “Hippocrate” deviennent des …crites ). Mais vous, non. Bon j’arrête avant de me mettre à pleurer . A bientôt

        1. Arwen

          Oui réellement, et malheureusement
          Actuellement en France, c’est très difficile pour une femme de se faire diagnostiquer, et je sais de quoi je parle. Pour moi, ça a été facile, mais pour ma fille ça a été très compliqué, alors que c’est une enfant et que ses troubles sont marqués

  7. Marie

    On ne peut aider que ceux qui le veulent bien, merci de nous le rappeler c’est bien la dignité là.
    Bravo pour ce que vous faites, dites, écrivez.

  8. isabelle v.

    Le médecin de ma fille applique le tiers payant. OK, il reste une part à payer, mais on n’a pas à avancer la totalité de la consultation. Et il le fait pour tout le monde, pas besoin de dire, demander…
    Après, pour la part restante, il peut y avoir pour ton patient la possibilité de rembourser un euro par semaine pour pas avoir l’impression de demander la charité.

  9. Cia

    Quand je propose de l’aide à quelqu’un et que je ressens sa gêne ou sa réticence, je lui raconte en deux mots combien j’ai traversé dès galères plus jeune, combien on m’a aidée et que je n’ai pas toujours eu l’occasion de rendre la pareille à ces gens formidables. Que je me sens redevable d’une certaine façon et que maintenant que la vie est généreuse avec moi, je partage sans attendre un retour en échange.

    1. Florimelle

      Bonjour Cia,

      La lecture de cet article de Baptiste et surtout de votre commentaire m’ont fait pensé à ces quelques mots de Jean-Claude Ameisen dans sa belle et lumineuse émission radio “Sur les Epaules de Darwin”.

      “Tout sourire d’enfant est d’abord un écho au sourire d’une mère.
      Tout mot que nous prononçons,
      Toute langue que nous parlons,
      Tout geste,
      Toute main tendue vers l’Autre,
      Toute joie,
      Toute plainte,
      Tout soin,
      Tout espoir,
      Toute consolation…
      Sont d’abord un écho au sourire, à la langue, à une main tendue, à un soin que nous avons reçu de quelqu’un qui l’avait reçu… et qui l’a rendu à qui ne lui avait encore rien donné.
      Dans tout partage, dans tout don, il y a le souvenir d’un don ancien.

      Tout don est un contre-don.

      Un contre-don, rendu non pas à qui nous a donné, mais rendu à d’autres. Nous avons reçu avant de donner, et donner c’est se souvenir que nous avons commencé par recevoir.” Jean-Claude Ameisen

      En vous souhaitant une belle fin de journée,
      Florimelle

  10. CELLE QUI N'EXISTE PAS

    Bravo pour ce poème. Il ne reste plus que la musique à mettre. J’hésite entre une pavane ou une musique enlevée car il y a de la tristesse mais de l’espoir dans ce poème.
    Quand j’aide quelqu’un, je lui indique que le meilleur remerciement c’est que demain il aide une autre personne comme il peut, comme il doit. Et qu’un sourire, c’est déjà une aide quand l’autre est dans la détresse.
    Mon médecin fait le tiers-payant total et elle n’a jamais perdu d’argent (d’après elle), juste un peu de temps de secrétariat.
    Non, je n’habite pas Cologne et Ich spreche kein Deutsch.

    P.S. : “Check here to Subscribe to notifications for new posts” : cela ne fonctionne pas et cela n’a jamais fonctionné

  11. Léa

    Ah, l’argent et les médecins! Il y a plusieurs années, l’un de mes endants a dû subir une intervention chirurgicale. Le chirurgien demandait un dépassement de 300€, non pris en charge par ma mutuelle. Ma vie était difficile, veuve avec 6 enfants. Tout en restant discrète, je lui ai fait comprendre que je ne pouvais pas. 2 phrases m’ont marquée pour toujours. Le médecin s’est tourné vers mon ado. et lui a dit: si ta mère veut te faire opérer à la va-vite sur un coin de table , qu’elle aille à l’hôpital. Puis à moi: si je ne demande pas de dépassement, je ne mangerai pas à ma faim…

    Après une discussion serrée, j’ai payé la moitié. C’etait un excellent chirurgien, mon enfant a été bien opéré, mais ce médecin, sur le plan humain, était digne de mépris.

    Dieu merci, la plupart des médecins sont admirables

    1. Pandora

      Vous n’avez pas ru de chance, sur mon lieu de travail , les chirurgiens sont arrangeant et baissent assez souvent leurs dépassements d’honoraires (voire les annulent) quand les patients leur en font la demande.

  12. Florence

    Bonjour Baptiste et merci pour ce nouveau partage.
    Je fais des maraudes le soir 2 fois par mois depuis 5 ans auprès des sans-abris, leur dignité c’est d’accepter et de refuser notre aide, notre don, c’est du temps, d’accepter leur acceptation ou leur refus, rester humain de part et autre. J’aimerais que l’argent soit remis à sa juste place, c’est à dire après la santé et la vie, la joie et le lien. Ce que vous nous racontez est la vraie vie vécue par des hommes/femmes. Merci.
    Je n’habite pas à Cologne. Je porte mon intention que vous trouviez une aide qui réponde à vos attentes.
    Bonne journée.

    Florence

  13. Tijac

    Ce patient a tout perdu ou plutôt on lui a tout pris…..la seule chose que l’on ne peut pas lui prendre c’est sa dignité. Alors oui, c’est compliqué de négocier car il ne transigera jamais sur sa dignité. Il faut donc l’amener sur un autre terrain, petit pas par petit pas. C’est de l’improvisation pure, sans filet.
    Parfois, à la fin de la négociation, on réussit avec une phrase banale, mais lourde de sens pour le patient :
    – dites moi un merci qui vient du fond du cœur , c’est devenu quelque chose de rare de nos jours, cela vaut tout l’or du monde.
    – faites moi un sourire , avec ce temps de merde que l’on a aujourd’hui cela illuminera ma journée.
    Parfois c’est l’échec, mais le patient a vu que vous tenez à lui, que vous n’en avez pas rien à foutre.
    Par le passé, les laboratoires pouvaient nous donner des échantillons gratuitement. Cela simplifiait bien les choses : pour le patient qui se retrouvait “dans la merde”, il était relativement facile de négocier pour lui donner des boites qui ne nous avaient rien coûté….

  14. Vero

    Bonjour Baptiste
    Ce patient peut, peut être, bénéficier de la mutuelle payée par la secu. Ce n’est pas la CMU complémentaire.
    Je vous, je lui, souhaite bon courage.

  15. Hervé CRUCHANT

    Il y a ceux qui savent et ceux qui prétendent savoir. Il y a les vieux qui savent mais n’ont la parole que dans des lieux dédiés à la voix des vieux, aménagés par les jeunes. Ces derniers disent, par leurs attentions innocentes aux manifestations bien peignées : ‘voilà une institution pour vous les seniors d’ex élite; restez-y, rentrez dans ces cavernes, mourrez-y sous les ors et les médailles si vous pouvez, tissez des drapeaux comme on tisse des suaires, construisez-vous des stèles et des monuments mais, surtout, foutez-nous la paix. Il y a ceux qui inventent la vie nouvelle, celle de demain, balaient devant votre porte en vous poubelisant au besoin évident de la nation; une vie faite des idées reconstruites fantasmées au gout du jour et vendues par des cousins marchands malins dont l’adresse postale est au Panama. S’ils étaient plus attentifs, moins pressés de subtiliser les magots de la république, ces néocons verraient que les idées neuves sont d’une ancienneté étonnantes; repeintes,grattées, poncées, peaufinées par une morale transcendantale, ce sont les mêmes de génération en génération. Celles qui créent de la richesse, du pognon, de la braise, du blé, des pépettes. Comme vous voulez. Que bien peu de nouveau arrive au rivage d’un cloaque qui se renouvelle depuis toujours.
    Tant pis. Cela laisse à quelques uns, balancés dans un recoin par le flux, entre la marge et le cabanon, le loisir de poétiser, de rêver, d’inventer des histoires, ou un grand méchant loup, et une ignoble sorcière, ou bien une princesse qui dort et un abruti motocycliste qui vient la réveiller… enfin, tout un monde fictif comme si celui que nous hallucinons n’était pas assez suffisant, déglingué comme çà.

    Il y a des années de cela, avant qu’aujourd’hui vienne faire le malin avec son opium, ses mensonges et ses promesses, j’occupais le temps de mes vingt ans+ à préparer le monde du xx° siècle à la conquète de l’espace. De la Lune à Mars, en prenant en exemple les cousins d’amérique devenus soudain raisonnables, classe moyenne pavillon-pelouse-garage-bagnole et permanentes Jackie K. Une belle entreprise qui ne visait pas la guerre le long de l’american way of life. Sympa, pour un gars comme moi qui rèvait petit : mon attirance allant plutôt vers la planète Vénus Apparemment, vite vu, tout allait bien pour faire oublier Little Rock, l’Alabama, le KKK, les Virginies, le Texas, le Viet Nam ou pire.
    Ceci m’occupait le jour.
    Mais les paroles d’Angela, de King, de Malcom, de Dylan ou Bess, la grand messe païenne de Woodstock.. les penseurs du Quartier Latin et les étudiants de Nanterre. Une presse vraiment informantive; pensez donc que le Monde, journal, était une source d’inspiration pour la Gauche; était même parfois gauchiste ! On voulait virer le nazi Papon, avoir la pilule pour les femmes qui auraient disposé de leur corps, des radios libres, l’application des Droits de l’Homme et de la laïcité telle qu’écrite dans la constitution de 58 qu’on voulait -déja- jeter avec l’eau du moins ministre de l’information. Et michel. et le docteur pons. et pasqua. tous, en fait.. Chaud devant. Le 22 mars viendrait de Nanterre avec son Mouvement, ses slogans, les occupations et les manifs pavées.
    La nuit. En mai.
    Je raconte çà parce qu’il y a eu un certain nombre de contacts soignants-soignés à cette période. Les Ouvriers, les Etudiants. le syndicat qui laisse pourrir. et déjà et toujours et encore un peuple de citoyens attentiste. Qu’est-ce qui a vraiment changé, camarade ?
    Donc, le jour le boulot et la nuit la bigorne.

    Durant une de ces gardes idéologique surréalistes de la Sorbonne, occupés la plupart du temps à inventer des slogans magnifiques, à décliner le verbe aimer à tous les temps, des occupants avaient fouillé le monument sous toutes ses coutures, dans tous ses recoins les plus intimes. Et nous avions découvert des choses étranges. L’un des ‘camarades’ du moment avait annoncé “– Eh, les gars, savez-vous où on met les thèses une fois soutenues ?” Des propositions avaient fusé : “A la Seine!” “On les brûle” “on s’en fout de cette merde bourgeoise” “fait pas chier, dis où c’est, Marcel!” enfin, de tout. Le gars avait laissé le temps au silence pour revenir . Il dit “Moi, je sais où c’est. C’est dans les caves. On peut y aller par les égoûts”. L’élan révolutionnaire avait levé quelques acharnés aux cris de “On y va!” sans culotte. La suite, vous l’imaginez; on a vu une dizaine de types gars et filles se lever et partir en expédition dans les égouts. Au début, nous étions une douzaine nous ne remonterons qu’à cinq ou six. Descente aux caves, passage d’une voie assez étroite dans le mur de pierres de taille et plongée dans le concret par un escalier; puis arrivée dans les égoûts. Cette balade m’a laissé un souvenir intemporel. Une marche branchée avec la cour des miracles de Villon, une sourde jubilation venue, qui sait, d’un réconfort d’appartenir -enfin- à un courant politique distinct : crypto-gauchiste de base ! l’époque était au besoin d’être, de vivre, de se souffler sur la braise. Et voilà que nous entreprenions cette l’incroyable méharée dans les boyaux de béton humide du bas, destinés à charrier les eaux de pluie du Quartier Latin Paris France. A chaque croisement, une plaque de rue était scellée, identique à celle de la rue au-dessus de nous. Nous prenions d’un côté alors que nous laissions l’autre tuyau retomber dans l’oubli le silence et le mystère. Parfois, on entendait le chuintement de pneus sur la voie aérienne. Comme des souffles de chats démesurés crachant du feu dans des ténèbres. ou des bruits intestins comme des bribes de circulation d’un métro inexistant ou le raclement d’une armoire divine déplacée par Zeus pour se faire de la place avant la prochaine nouba. Ces bruits étaient d’autant plus étranges que tout était arrêté par la grève générale en surface. Celui qui n’a pas vécu l’autoroute de nuit sans lumière et sans un chat n’a rien vu ! seul, un automobiliste avait crevé. arrêté au milieu de la piste comme un vaisseau absurde; il avait demandé où on pouvait trouver un garage ouvert. Question dingue ! et nous, on avait répondu que nous avions bien une idée pour abandonner le capitalisme rampant mais pas un garage roulant. Il avait dit bn, , tant pis, merci. et il était parti directement vers les maisons au bord de l’autoroute en annonçant “je vais demander une roue; en a bien un qui a une roue à me préter”. Plus tard, j’ai su que le gars avait été accueilli dans le noir à bras ouverts car à cette époque, tout le monde était frère, et qu’il avait eu une roue à peu près compatible pour rentrer chez lui.
    Après une petite demi-heure de marche, nous sommes arrivés devant une dalle qu’il a fallu pousser ,sans effort, pour découvrir ‘la’ cave dont le sol clair fait de sable grossier dénotait dans le décor. Je me rappelle que notre guide a trouvé un interrupteur en céramique blanche et qu’il a allumé une ampoule pendue à deux fils gaînés de tissus, comme on en faisait à cette époque. Sous nos yeux, des piles et des piles de manuscrits. Les fameuses thèses. L’ensemble était alibabesque ! J’ai ramassé quelques ouvrages aux titres dignes de flatter les ‘profs mandarins réactionnaires’ que nous abhorrions. Pour ma part, j’ai été attiré par un titre qui m’a bien plu : “Etude de la variation du volume de la bosse d’un dromadaire de la Plaine du Drâa, Maroc, en fonction de son âge, son emploi et son origine.” Pour l’obtention d’un diplôme de sciences naturelles-zoologie, je crois. Pour satisfaire aux arcanes de la société qui a besoin d’humilier pour délivrer des accessits hypocrites. Car, avons-le, tout le monde s’en foutait de tout ce travail, tous ces efforts dispensés pour flatter un sens dément d’une société vérolée. Sinon, ces textes auraient du être placés dans une bibliothèque où ils auraient vécu une existence de conseils, de références, de tuteurs. Cette étude gare de triage vite faite avait été rédigée par une demoiselle Françoise dont j’ai perdu le nom. La couverture était illustrée par la tête d’un chameau en train de rigoler à l’idée que je le découvrirais un jour dans un coin du sous-sol parisien. J’aime beaucoup les camélidés avec leurs yeux espiègles, leurs dents de fumeurs de havane, et leurs vrais cils de gourgandine en partance pour le bal des débutantes.
    Notre petite troupe de cinq a été saisie d’une sorte de retenue; de respect oserais-je dire, en marchant dans ce lieu. Sans véritable raison, sans émotion particulière. Et l’envie première de s’attribuer un volume ‘en souvenir’ n’a pas duré; si jamais elle avait effleuré les esprits comme ce fut mon cas. A la surface, on refait le monde à volonté en invoquant le Che ou Mao ou Jésus, c’est permis. Dans cet endroit de mémoires, on ne pille pas une tombe comme une vulgaire sépulture de pharaon !
    Voilà. Les égoûtiers et les gares de triages.

    Brel conclut ainsi sa chanson ‘Mon enfance’ (titre approx.) par ces mots génialement mis en musique :
    je volais, je le jure
    je jure que je volais

    je n’étais plus barbare
    *
    et la guerre arriva…
    **
    et nous voilà ce soir….”

    Que Mieux réhabilite à vos yeux le petit boyau-égoût pour eau de pluie, trop souvent oublié, délaissé derrière les gros émissaires infâmes aux comportements de nonce apostolique, accueil douteux des hordes sauvages de gros rats métropolitains crapuleux prétextes à des soap operas télévisés abscons

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