Archives mensuelles : avril 2019

Instrumentalisation2.0

Photo : Caroline, mon modèle préféré… Suivez-moi ICI, où je me lance dans la photographie amateur.

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Alors voilà, le SYNGOF, le premier syndicat des gynécologues obstétriciens de France s’est dit prêt à entamer une grève des IVG pour rehausser le plafonnement d’un fond de garantie financier qui les aide en cas de faute.

Le SYNGOF, c’est ce syndicat dont le président, Bertrand de Rochambeau, avait comparé dans l’émission Quotidien l’IVG à un homicide.

Bien.

Imaginons un monde où ce serait les hommes qui porteraient les bébés dans leurs ventres, un monde où les femmes pourraient mettre enceintes les hommes chaque fois qu’ils ont un rapport sexuel.

Imaginons que dans ce monde-là des « andrologues obstétriciens », des gynécologues pour hommes, aient monté un syndicat.

Imaginons que ce syndicat regroupant 1600 professionnels entièrement dédiés à la santé sexuelle des hommes soit dirigé… par des femmes ! Bon c’est bizarre, mais pourquoi pas, hein… Maintenant, imaginez que la présidente de ce syndicat, Berthe De Rochambeau, revendique son refus d’accompagner les hommes dans la libre maîtrise de leurs testicules. Parmi TOUTES les spécialités médicales, elle a choisi la SEULE spécialité où elle savait dès le début qu’elle aurait à pratiquer des IVG !

Imaginez que ce syndicat représentant la seule profession au monde (avec les sage-femmes) ENTIÈREMENT dédiée à la santé sexuelle des hommes prétende, par la voix de son ancienne présidente Jeanne Marty, être prêt à « faire la grève des IVG », c’est-à-dire brader la SANTÉ des hommes et les DROITS des hommes à disposer librement de NOS corps !!!!

On serait choqué :

« Olala, mais c’est quoi ces nanas qui sont censées nous soigner, nous les hommes mais qui prennent en otage nos testicules et s’en servent comme leviers de négociation avec le gouvernement ! C’est anti déontologique !»

ÉVIDEMMENT, on se tournerait vers le Conseil de l’Ordre des médecins pour qu’il prenne des sanctions, mais comme le conseil de l’Ordre est AUSSI dirigé par des nanas, comptez pas trop là-dessus…

Eh bien ce syndicat existe dans le vrai monde, et son ancien président, Jean Marty, n’ignore pas que menacer de faire la grève des IVG suscitera une polémique.

On instrumentalise donc d’abord l’utérus des femmes ET on instrumentalise ensuite les voix des féministes car on sait qu’en s’indignant elles serviront de caisses de résonance à ces revendications.

Cette instrumentalisation au carré est indigne d’un syndicat de soignants ayant dédié leurs vies au service de la santé des femmes.

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Petit coup de gueule (ben oui, ça faisait longtemps)

(Dessin : Joséphin Bastiere, un artiste incroyable. Je vous encourage à visiter son site : ICI)

Alors voilà..,

L’autre jour, une jeune fille de 17 ans entre au cabinet médical et me demande :

« Bonjour, je voudrais savoir si le vaccin contre le papilloma virus est recommandé pour les jeunes lesbiennes ? ».

Que dire ? Je ne sais pas. J’en suis resté à l’idée très très floue que le papilloma virus -qui est responsable entre autre du cancer du col de l’utérus- s’attraperait essentiellement en passant des muqueuses masculines vers les muqueuses féminines.

Alors oui, j’ai eu de formidables professeurs de medecine, des hommes et des femmes extraordinaires, mais le cas particulier des lesbiennes, on ne me l’a pas appris à la fac.

Les études françaises sur le sujet sont inexistantes (presque autant que les lesbiennes invitées sur les plateaux TV pour causer de la PMA en ce moment, soit dit en passant).

Les seules études que j’ai pu trouver sont américaines et elles sont assez rares.

Rendons-nous compte : les personnes trans, bi, lesbiennes, gays, représentent 4 à 7% de la population et pourtant elles restent l’angle mort de nos facultés de médecine. Ce ne serait qu’une discrimination de plus si, en l’occurrence, l’angle mort n’était pas… mortel.

Parce qu’on ne nous l’enseigne pas, parce que la santé des minorisées sexuelles comme les lesbiennes n’intéresse personne, parce que la médecine est excessivement normative, parce que nous avons peur de dire à nos patientes « je ne sais pas madame on ne me l’a pas appris », parce que TOUT ÇA, les femmes lesbiennes sont en moyenne 4 fois moins vaccinées contre le Papiloma virus que les femmes hétérosexuelles.

QUATRE. FOIS. MOINS.

Aux USA, on estime que 35% des femmes lesbiennes ne se sont jamais vues proposer de frottis de dépistage parce que nous, les médecins, croyons qu’elles en ont moins besoin que les femmes hétérosexuelles. Ce qui est faux, ARCHI FAUX !

N’imaginons pas que l’homophobie, ou la lesbophobie, ou la transphobie se cantonne à de pauvres types bas du front dans la rue qui violentent des personnes transgenres à la sortie du métro Place de la République en criant « à mort les guouines et les Pd ».

Le cancer du col de l’utérus est le deuxième cancer féminin dans le monde (274 000 décès en 2002).

Combien de femmes lesbiennes mortes doucement, sans bruit, sans même savoir que la raison précise pour laquelle elles sont passées sous les radars diagnostics est que notre système de santé est hétéronormatif ? Combien ?