Archives mensuelles : novembre 2018

L’enfant qui chantait nos visages.

(La photographie est de mon fait, si vous voulez suivre ce que je mitraille, c’est ici.)

Alors voilà, il s’appelle Miran, et c’est un enfant Syrien de 11 ans que je rencontre au cabinet médical en soignant son papa.

Ses parents sont réfugiés.

Quand Miran entre au cabinet, il me prend dans les bras comme si nous étions amis de longue date et il me serre fort contre lui.

Les patients en salle d’attente, qui ont tout vu, sourient en coin.

Moi, je reste les bras ballants, lui tapote l’épaule, sans savoir comment réagir.

Pendant que ses parents s’installent à mon bureau, le petit commente les objets qu’il voit en les pointant du doigt (je ne comprends rien), il sourit, il a l’air heureux de tout.

Ses parents, aidés d’une traductrice, m’expliquent que Miran souffre d’un handicap mental léger.

Il est toujours comme ça.

La traductrice raconte la fuite depuis leur ville natale, les longs trajets en camion, les nuits sans dormir, la faim, la soif, le froid, la peur au ventre, le passage périlleux sur la Méditerranée, les passeurs, l’argent qui passe de main en main, les humiliations, la mort omniprésente.

Pendant TOUT l’entretien, Miran est perché sur la table d’examen où il a grimpé tout seul et où il se balance d’avant en arrière, le sourire aux lèvres, en chantant, heureux. Je pipe rien, je ne parle pas syrien, mais elle est incroyablement BELLE cette berceuse.

A la fin, alors que l’oisillon Miran est encore sur sa branche, à chanter, je me permets de demander aux parents :

« C’est beau. On dirait une prière ou un poème… Elle signifie quoi, cette chanson ?

La traductrice m’explique.

Miran ne chante pas.

Il récite.

Quand Miran est content, à l’aise (et il l’est souvent à l’aise avec les inconnus), il aime s’asseoir et réciter la liste de TOUTES les personnes qu’il a rencontrées depuis qu’il est né. Il les connaît toutes par cœur, ces personnes ! À force de répéter leurs noms ! Et, tous les jours, il ajoute de nouveaux noms. Toutes celles qui croisent sa route depuis sa naissance dans un pays en GUERRE jusqu’à son arrivée dans un pays en PAIX.

Une liste immense. Des visages. Des dizaines de visages. Qu’il honore. En chantant leurs noms.

Et il commence toujours par celui des personnes de son quartier. Son quartier, son enfance, qu’il a quitté avec ses parents. Combien de morts parmi ces noms-là ?

Peut-être que, si on attend assez longtemps, il dira mon nom ? Peut-être qu’un jour, si vous le rencontrez et qu’on lui laisse assez de temps pour aller au bout de sa récitation, il chantera votre nom, Miran. Parce que Miran est heureux, tout le temps, et que même s’il est dans un monde bien à lui, il se souvient de nous tous.

Lors de leur départ, le père a dit en me serrant la main : « je suis enchanté de vous avoir rencontré »

S’il savait combien c’est moi qui suis enchanté de l’avoir rencontré lui, et son enfant dont on se moque souvent dans la rue, ou dans les salles d’attente, sans savoir que c’est l’humanité toute entière, les vivants comme les morts, qui est chantée et célébrée par sa bouche.

Ça m’a bouleversé et je voudrais que les personnes qui nous écoutent soient bouleversées comme j’ai été bouleversé.

On est tellement beaux, nous, les humains, quand on veut, quand on peut. On est tellement incroyablement beaux que c’est aveuglant. Faut se battre pour ça, le reste c’est de la misère

, d’ailleurs l’humain c’est 90% de misères pour 10% de beauté brute, mais il faut se battre pour ça. Vraiment. Pour les petits garçons du bout du monde qui s’installent un matin sans vous prévenir sur votre table d’examen, puis qui chantent les morts et les vivants.

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Toutes mes chroniques sont disponibles sur le site de France Inter, et vous pouvez vous abonner au podcast ICI.

Les dates et les lieux de dédicaces de mon dernier roman sont à retrouver dans la précédente chronique.

Merci à celles et ceux qui lisent AUSSI ce que j’ai à crier dans mes romans.

Vous savez.

Si c’est gratuit c’est que nous sommes le produit.

Alors voilà, l’autre jour, j’ai été attiré par une Publications sur Facebook, un homme aux cheveux blancs, une bonne bouille. Je ne prononcerai pas son nom pour ne pas lui faire de pub. Appelons-le Docteur Tartuffe.

Sa vidéo est intitulée :

« UN MÉDECIN DIT TOUTE LA VÉRITÉ SUR LES VACCINS ! »

Bon, déjà, quelqu’un qui prétend dire « toute la vérité »sur quelque sujet que ce soit n’est pas crédible. Mais passons !

Le langage de docteur Tartuffe est technique, mais compréhensible, et plutôt convaincant.

Durant 10 minutes, il dézingue la vaccination, et ça fait vraiment peur. Une phrase a particulièrement retenu mon attention :

«  Mon rôle c’est de vous dire de sortir des croyances et chercher les vraies vérités vous-mêmes. »

J’A-DO-RE car, en bon élève appliqué, ni une ni deux, j’applique son conseil et je tape le nom de cet homme sur Google et… DEUX.MINUTES.TRENTE ! C’est le temps qu’il m’aura fallu pour découvrir que cet homme est effectivement médecin, qu’il est passé plusieurs fois devant un juge en raison d’une suspicion de proximité avec la secte du temple solaire (vous savez là, ceux qui se suicidaient en masse pour permettre à leurs âmes de rejoindre d’autres planètes), qu’il se dit chaman et médium, capable d’entrer en communication avec « des êtres qui vivent non pas sur notre plan matériel, mais dans des mondes de lumière » et plus intéressant encore ce confrère a créé une maison d’édition dans laquelle JE VOUS LE DONNE EN MILLE il publie ses PROPRES livres anti-vaccins, anti-cancer, anti-sida etc. Des livres qu’on peut trouver sur Amazon.

Dans celui intitulé :

« Sortez de l’hypnose collective: La fin des grands mensonges » il nous explique la manière dont les Illuminati ont pris le pouvoir en vue d’instaurer un nouvel ordre mondial. Vas-y mon gars ! On a hâte de savoir !

Alors je vous passe la manière dont il parle du cancer, qui ÉVIDEMMENT se guérit beaucoup plus facilement qu’on ne le croit, ça fera une belle jambe à mon grand-père, à ma tante, à mon oncle, tous trois morts du cancer, et aux familles de malades qui nous écoutent. Pépé, si tu m’entends, j’aurais aimé mieux te connaître et partir à la pêche avec toi !

Mon but n’est pas de dire « la médecine traditionnelle a raison, toutes les médecines parallèles ont tort ».

Mon but est de dire aux gens que j’ai pu trouver sur internet que cet homme qui vend des livres a créé sa propre fondation, laquelle jouirait de quatre grandes belles propriétés dans lesquelles docteur Tartuffe se propose pour 120 € de l’heure de vous apprendre à guérir de la polyarthrite rhumatoïde et du SIDA grace à votre urine (faut la boire hein, d’après lui) :

« Quand le sida est arrivé aux États-Unis, certains malades se mettaient à boire leur urine et en trois jours ils faisaient de la course à pied »

36 millions de morts depuis l’apparition du virus, des millions de familles endeuillées. Et tout ça pour quoi ? Pour rien ! Il suffisait que les malades boivent leur pipi comme le dit le gentil monsieur sur Internet. Dingue, hein ?

Alors vous allez vous dire : où veut-il en venir ?

À ça : ses vidéos sont partagées des milliers de fois sur facebook, notamment sur des réseaux africains comme africa média, etc.

On ne va pas se mentir : il existe une inégalité des chances de survie entre un enfant soigné à Neuilly d’une encéphalite rougeoleuse et un enfant malade au fin fond du Soudan. Passons, mais pas trop : je considère que cet homme a du sang sur les mains. Et Facebook et Twitter qui le laissent divaguer sur les internets ont aussi du sang sur les mains.

Les fake news ne sont pas anodines. Faisons attention à ce que nous partageons, renseignons-nous sur les personnes qui nous parlent derrière l’écran et exerçons notre esprit critique.

Comme le dit Molière dans la scène 1 de l’acte V du Tartuffe :

« Démêlez la vertu d’avec ses apparences, ne hasardez jamais votre estime trop tôt ».

Si on change quelques lettres à cette phrase on obtient : « Boire son pipi n’a jamais guéri personne, je vous l’assure, méfiez-Vous ! »

Tout clic, que ce soit un like, un partage, un commentaire, de NOTRE part, tout cela favorise la visibilité et nous engage, en tant que citoyen.

Et n’oublions pas : Si c’est gratuit c’est que nous sommes le produit.

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Je reprends la route pour venir à votre rencontre dans les villes suivantes signer mon quatrième roman :‬

‪Brive : 10 et 11 novembre‬

‪Strasbourg : 12 novembre à Kléber, 17h30‬

Demain, à partir de 16h, maison de la Presse de Mérignac, avec Philippe, grand empereur des libraires…

‪Rennes :24 novembre La Nuit des temps à 17h‬

Angouleme : le 1 et 2 décembre avec la librairie Cosmopolite

5 décembre, Librairie, La Litote, 14 avenue Joseph Fitte à Vic en Bigorre, à partir de 19h15.

Toulouse : librairie Ombres Blanches le 8 décembre 2018 À 15h30 !

Grenoble : 13 décembre FNAC Grand Place 17h30

Lyon : 14 décembre FNAC Bellecour 17h30

Bourg-En-Bresse : 15 décembre Librairie du Théâtre vers 16h

‪Hâte de vous rencontrer et/ou retrouver !‬

Et merci aux libraires, et aux lectrices qui m’aident à lancer cette bouteille à la mer dans une mer de lecteurs.

Prenez soin de vous toutes et tous,

B

#lookingforannelise