Ôde au pus.


Alors voilà, ami lecteur, je dois t’avouer un truc : j’adore sortir des trucs du corps humain. Sortir une écharde, vider un furoncle, évacuer un bouchon du conduit auditif constituent même LA RAISON pour laquelle je continue à soigner tous les jours ! Rien que ça !Évacuer.

Déloger.

Nettoyer.

Sortir.

Désobstruer. 

Et pour quoi ?

Pour regarder le corps revenir à la normale.

Pour le sentir sous mes mains retrouver son intégrité initiale.

Pour entendre : « Docteur ! C’est fantastique ! Je réentends ! »  

C’est très exactement ce que nous sommes incapables de faire le reste du temps, nous, les soignants. Une dépression, ça ne se videra jamais comme un abcès. J’aimerais prononcer les mots suivants : « je vais appuyer très fort ici, Madame, le pus va sortir, puis il emportera avec lui votre tristesse, votre désespoir, et votre envie d’en finir ». 

Une polyarthrite, une fibromyalgie, un viol, même, ça ne se vidange pas, ça ne se pousse pas hors d’un conduit quelconque du corps, afin de pouvoir le montrer au patient, « Regardez, madame ! On l’a eue, votre boulimie ! » Et, sous le regard dégoûté mais soulagé du patient, flanquer tout ça à la poubelle, enfermé dans un mouchoir, enfermé pour toujours. 

Mais on ne peut pas mettre la schizophrènie à la poubelle. On ne peut pas rabattre le couvercle sur les troubles du comportement alimentaire. 

Non, on ne peut pas.

Oh, comme j’aime les furoncles ! Et comme j’aime le bouchon de cérumen ! Et les échardes ! Et la constipation ! Et tous les corps étrangers ! Oh, comme je les aime ! Je les aime parce qu’ils procurent chez le patient une satisfaction immédiate, visible, palpable. Matérielle.

Je me sens soignant (et non plus un vil imposteur) quand je vide du pus, et quand j’évacue un bouchon de selles, ou vide un globe vésical. Ce dont je vous parle, c’est de cet instant précis, là, oui, quand la personne soupire de soulagement.
Alors, à cet instant précis, il m’est enfin permis d’espérer. 

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Dates de signatures (MISES À JOUR !) + une bonne nouvelle !

Vendredi 17 : 

Le 24 mars à Elancourt, à 17h Co-dédicace avec la génialissime Valérie Tuong Cong à la Librairie Le Pavé dans la mare.

Dimanche 26 : Salon du Livre de Paris à 11 heures 30 jusqu’à 13 heures. 

Lundi 27 : je serai ravi, dans le cadre de la super association « Lire pour en sortir », de rencontrer des détenu.e.s au centre pénitentiaire de Châlons. J’écris donc ça là, mais je ne suis pas sûr de vous y voir, sauf si vous êtes incarcéré.e.s d’ici là (François Fillon si tu me lis !).

ÉDIT : signature à la librairie du Mau, à Châlons, à 17h !!!!

Avril.

Samedi 8 et dimanche 9 : Printemps du livre de Montaigu.

D’autres dates arrivent, je vous tiendrai au courant !

PS : c’est une blague pour Fillon, hein. Parce que tout le monde sait qu’il n’ira jamais en prison (ne venez pas m’insulter en commentaires, messages privés ou par mails, s’il-vous-plaît…) Mais je serai vraiment au centre pénitenciaire de Chalons pour soutenir le projet de cette super association.

Enfin, je suis très honoré d’être président du Jury du concours littéraire organisé par le prestigieux mensuel « Psychologies ». Voilà. Je voulais vous le dire parce que tout ce qui arrive d’un peu fou dans ma vie depuis quatre ans c’est un peu grâce à vous, et que c’est parfois difficile d’expliquer (même après trois romans, et trois prix littéraires) qu’on peut être blogueur ET romancier, et qu’on a quelque chose à dire de different dans le costume de l’un COMME dans le costume de l’autre.

(((( je vous aime )))). 

Étretat, un 28 septembre.

Quand je ne suis pas au cabinet médical, je vais écrire mes romans dans une grande bibliothèque parisienne. Avec le temps, j’ai beaucoup sympathisé avec les employées. Aline, Véro, Marie-Pierre, Marie-Jo’ et Martine. Elles travaillent dans cette immense usine depuis vingt ans, déambulent le long d’immenses couloirs et d’interminables sous-sols couverts de livres, où elles ne voient jamais la lumière du jour.
Heureusement, y a les pauses cigarettes, à 10 heures et 16 heures. Elles ont pris l’habitude de m’emmener avec elles et on y rit très fort, ça gêne même parfois leurs collègues. Je les écoute parler de la vie, du temps, de sexe, de l’amour, des petits. Elles disent des bêtises, font des prouts avec la bouche, se fichent de ce que les autres entendent. Le rire de ces quatre femmes, ça rebondit sur les parois que la suie a recouvertes. Ça détache le gris des murs, ça lotionne les âmes.
Elles sont dans la vie, ces femmes ! Elles sont dans la vie !
Il y a Martine : la joie de vivre envers et contre tout. Pétulante, toujours joyeuse, et positive. Une sensibilité à fleur de peau et une bienveillance infinie même envers des gens qui ne le méritent pas. Le secret de Martine est le plus douloureux secret du monde : son fils a 17 ans pour toujours, mais elle n’en parle jamais. Alors je n’en dirai pas plus.


Il y a Véro : la cow-boy du groupe, un peu boxeuse, beaucoup rieuse, toujours un peu amusée par la situation. Une énergie folle. Je l’aime d’amour, cette femme. 

Sa blessure à elle, c’est son père. Elle n’arrive pas à oublier son père. Personne, dans la famille, d’ailleurs. Suffit qu’on évoque le patriarche et les larmes coulent. 

Un jour, pendant une pause clope, je l’ai entendue murmurer : « Pourquoi faut-il qu’on aime tant certaines personnes ? « . Elle a dit ça, puis a sorti une nouvelle cigarette et mi-riant, mi pleurant, elle a raconté une blague sur les pénis, ceux qui sont petits et ceux qui sont trop gros.


Il y a Aline. Elle, c’est son poids. Elle en rit tout le temps, et si vous n’en riez pas avec elle, la voilà qui vous attrape et vous serre contre son énorme poitrine. Elle est généreuse de partout, Aline. Peur de rien. Ni des remarques maladroites, ni des médisances. Enfin, c’est ce qu’elle prétend. Personne ne sait. Elle est belle, Aline. Elle babille, Aline. Elle bouscule les gens et les idées reçues. Elle emmerde les regards des gens et de la société sur son corps. Elle est libre. 

<< Tu sais ce que c’est « quelque chose » ? Non ? Tu empoignes un pénis dans une main, tu empoignes avec ton autre main ce qui dépasse. Eh bien tout ce qui dépasse ENCORE, crois-moi, ça, C’EST QUELQUE CHOSE !!!!!>>.


Il y a Marie-Pierre, le petit oiseau. Toujours un peu en retrait, le corps noyé dans ses tuniques informes. Si frêle, si mince… quand elle marche, on croirait voir un cintre. Elle parle pas trop, Marie-Pierre. Elle écoute. Mais du coup, on ne sait pas trop où elle a mal. Les autres du groupe, ça oui, on le sait. Mais pas Marie-Pierre. Il n’empêche, elle est là, à chaque pause clope. Muette. Taiseuse. Elle hoche la tête, fume, et c’est tout. On a l’impression qu’elle se cache de tout, qu’elle a peur de tout sauf quand elle est avec ses copines. Elle n’a plus parlé à sa famille depuis des années et personne ne sait pourquoi.

Enfin, il y a Marie-Jo’. Brune, la bonté faite femme. Incapable de voir le côté négatif des gens. Incapable d’a priori. Et solide avec ça. Un roc avec un coeur immense. Elle rit aux blagues, mais elle en fait peu. Elle n’a pas de secret. Elle est en vie et heureuse de l’être. Elle est aussi un peu cassée, mais on ne saura pas. Elle rit, c’est tout.


Voilà bien un truc que je retiens de ces femmes : à leurs côtés, en cinq ans, il ne me semble pas – jamais même – avoir effleuré de près ou de loin les côtés sombres de l’être humain. Pas de calcul. Pas de tricherie. Pas de jugement.
[…]
Un jour, Marie-Pierre ouvre la bouche et laisse échapper un murmure : elle a un cancer. Un cancer de la mâchoire. Trop de cigarettes. Trop de silences, peut-être. 

« Je vais être un peu absente, les filles » dit-elle, et c’est peut-être la première vraie phrase qu’on lui entend en vingt ans. 

[…]

Martine, Marie-Jo’, Aline et Véro sont parties en voiture. Véro tenait un pot à café, qu’elle serrait fort sur les genoux.

C’était en septembre, le 28. Un grand week-end à Étretat. Elles ont ri comme des bossues, dans la caisse. Elles ont mis la musique, et ont roulé jusqu’à la mer en racontant des bêtises sur les hommes. Les gros, les grands, les fainéants, les taiseux, les dociles, les connards tatoués, les connards pas tatoués, les rugbymen et les pas-rugbymen. 

[…]

Véro m’écrit :

<< Marie-Pierre est morte chez elle toute seule. On l’a emmenée parce que nous lui avions promis. Elle n’avait pas de famille Marie-Pierre. Enfin, si, c’était nous, sa famille… On a mis ses cendres dans un pot à café. Elle adorait le café. C’est moi qui ai jeté les cendres sur les falaises. Martine ne pouvait pas le faire, Marie-Jo a peur du vide et Aline, pour certaines choses, n’est pas très courageuse. Seulement comme je ne suis pas très douée, je n’ai pas pensé au vent et les cendres me sont toutes revenues sur le pantalon. Nous nous sommes plu à penser qu’elle voulait rester un peu avec nous. Et puis, Marie-Pierre ne savait pas nager, alors la jeter dans la mer… Ensuite on a mangé des moules-frites au resto parce que ça aussi on lui avait promis. On a pleuré, mais on a aussi beaucoup ri. Elle aurait aimé cela. Il faisait beau, y avait du soleil et Marie-Pierre aurait aussi adoré cela. >>


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Un texte à partager, écrit pour Marie-Pierre, à la demande de ses/mes copines,

Baptiste. 

C’est comme ça.

Alors voilà l’autre soir je suis sorti du cabinet et j’ai enfourché mon vélo. Sur la route, une voiture m’a frôlé, j’étais en colère alors j’ai crié au conducteur « Vas-y fais comme si t’étais tout seul, raclure ! ».

Je pédalais, oui, et vite en plus ! J’avais tellement envie de rentrer chez moi ! Un bus a klaxonné : j’étais sur sa voie, oui. J’étais sur sa voie ET j’étais en colère, alors j’ai brandi un doigt, un majeur, j’y peux rien c’est le doigt du milieu, le plus facile à tendre, c’est parti comme ça, et j’ai crié « Va chier ! » 

Je me sentais comme ça :

Plus loin une nana a klaxonné une mamie parce qu’elle ne traversait pas assez vite à son gout.
« Et tu vas faire quoi, imbécile, tu vas l’écraser ?!?!? » j’ai hurlé ça, oui, parce que j’étais en colère, c’est comme ça.

Je suis arrivé chez moi, enfin.
Là, j’ai gueulé sur l’adolescente stupide aux yeux bovins, celle du premier, celle qui fume ses joints dans les parties communes, celle qui laisse les mégots se consumer sur les escaliers en bois de l’immeuble et nous fera tous cramer un jour dans notre sommeil.

J’étais en colère, ce jour-là, je pensais à mon dernier patient. Un type rondouillard, aux joues épaisses et roses, et à l’air gentil, un type qui tenait une petite valise à roulettes et qui sanglotait dans mon bureau. Je pensais à lui et à ce que j’avais noté dans son dossier médical, parce que j’avais résumé « l’irrésumable » dans une seule phrase, parce qu’il y avait tout un roman dans cette phrase, un roman triste, dur, humain, parce que dans un monde juste on ne devrait jamais écrire ça, parce que dans un monde juste les aidants sont aidés, parce que ce soir-là j’ai écrit, oui, j’ai écrit sur un putain d’écran d’ordinateur froid et insensible :

« A quitté le domicile conjugal car ne supporte plus le cancer de sa femme. »


Et la seule chose qui reste, ces soirs-là, ces soirs où l’Amour est défait, où l’espoir fait défaut, la seule chose qui reste c’est rentrer vite chez soi.

Rentrer vite et essayer de faire rire les gens avec mon absence totale de talent graphique.

On n’y peut rien, c’est comme ça.

Le roi de Photoshop.

Alors voilà, mon premier patient vient pour un bouchon de cérumen. Je ne suis pas très réveillé, je fais du mieux que je peux avec la poire, évacuant de son oreille des petits morceaux d’une sorte de craie jaunâtre.À la troisième tentative, je baille, je me demande si j’ai pensé à régler un truc en rapport avec des travaux et une coupure d’eau à la maison (spoiler : la réponse est NON), du coup j’oublie de boucher la sortie d’eau de la poire, je presse et me retapisse la chemise d’une sorte de boue cérumineuse.

 (Vague impression d’être Daryl Hannah dans le film “Splash”). 

 Je suis comme ça : photo 1. 


Dixième patient : un bébé. Je l’examine, on papote avec la mère, ça a dû ennuyer le poupon, qui décide d’uriner sur mon pantalon. Cash.

“Vas-y petit, secoue toi la salade sur Tonton Baptiste, change-toi l’eau des olives sur le Docteur, il ne dira rien, c’est le métier qui rentre !”

 J’essaie de nettoyer ledit pantalon… avec de la solution hydro-alcoolique (mais pourquoi ?) et du septal (?!?!?… je me déteste tellement, parfois).

 Je suis comme ça : photo 2. 


Sortie du cabinet. Flemme de me faire à manger, allons prendre des nouvelles du petit traiteur chinois en bas de ma rue. Dans la queue, le type devant se tourne, se raidit, projette tout le contenu de son jus de lychee sur moi, puis bascule en arrière. Épilepsie. J’attends les pompiers avec lui. 

 Résumons: j’ai sur mes habits, 

 1-Du cérumen

 2-Du pipi de bébé 

 3-Du jus de lychee. 

 Ce ne sont plus des habits, c’est un Jackson Pollock : Photo 3. 


PS 1 : demain, j’amène des habits de rechange. 

PS 2 : OUI, en rentrant, j’avais une coupure d’eau. J’ai nettoyé mes fringues à la main et à l’eau minérale, en éprouvant TROIS sensations bien distinctes :

1- une certaine reconnaissance pour les machines à laver le linge,

2- une infinie compréhension pour les lavandières des temps jadis,

3- un vague (et très fugace) désir de mourir. 
Mais, maintenant, ça va mieux. 

Je suis comme ça : 

PS 3 : une de ces photos n’est pas Photoshoppée. Vous ne devinerez jamais laquelle !

PS 4 : je remercie Mme Marcellin qui m’a posé un lapin au cabinet, me donnant ainsi l’occasion de vous révéler toute l’étendue de mon talent sur Photoshop…

Petite parenthèse.

Coucou, 

Pas de texte ici cette semaine, car j’ai écrit sur un sujet qui me tient à cœur comme cette jeune femme a à cœur de raper ce parmesan (afin de préparer une délicieuse tartiflette au parmesan à sa cousine). 

C’est :

– ICI (pour le Huffington Post)

Ou :

– ICI (pour ceux qui préfèrent Médiapart, chacun sa crémerie, je ne juge pas )





BISOUS et courage (pour ceux qui en ont besoin). 

Victoria, David et moi.

Alors voilà, je vous raconte ce tragique et inoubliable jour qui marquera à tout jamais ma mémoire au fer rouge de la honte.Une patiente m’avait refilé une gastro (je crois que je vois même qui c’est…).

Pour être clair : je vomissais et chiais partout comme une poule, tentant de me consoler comme je pouvais, voyant là une excellente leçon d’humilité quand on a été l’invité, la veille, des cinq dernières minutes du JT de treize heures de France 2.

Malgré tout, me voilà obligé d’embaucher au cabinet (impossible de trouver un remplaçant, je porte des gants, et me drape dans ma vocation). Les heures et les patients me filent entre les doigts. J’ai des crampes d’estomac inimaginables… et de plus en plus besoin d’aller aux toilettes libérer le Kraken (ou, comme disait mamie, faire fonctionner la guillotine à boudin). 

La salle d’attente commence à se vider : je ne peux décemment pas aller au toilettes tant qu’il y a des gens qui risqueraient de m’entendre (ne mentez pas : on a tous eu ce genre de pensées). 

Soudain, ça y est. Salle d’attente vide. Je n’en peux plus… Ne me dites pas que je suis impudique d’écrire sur ce sujet. La vraie impudeur, c’est de cacher le corps et la réalité de ce qu’il est : l’être humain transpire, pleure, vomit, tousse, sent des pieds, et tombe parfois malade. C’est ça l’être humain, c’est pas David et Victoria Beckham, qui ne sont que des produits markétings destinés à complexer les petits garçons nuls en foot (je te hais, David, tu entends ? Je te HAIS !!!) et affamer les jeunes filles qui se trouveront toujours trop grosses, #photosencartonpâtebotoxéàlasaucehollywoodienne.

Je me glisse aux toilettes et là… festival. Libéré ! Délivré ! Je parachute un, deux, trois gothiques, je suis Louis Armstrong à moi seul, festival de saxophone, j’ai une fucking moto dans les fesses.

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*ici, insérez des prouts*

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(Je suis sûr que vous avez ri. C’est indémodable, les prouts, ça faisait déjà rire l’homo erectus dans sa grotte).

Hélas ! Trois fois hélas ! Le dernier patient avait laissé la porte ouverte…

Du coup, trois personnes attendaient en salle d’attente. 

La honte de ma vie. 

Et comme ces patients ne m’avaient jamais vu, et que je les sentais un peu gênés, un d’entre eux me fait, avec compassion et dans une tentative de briser la glace, « Vous savez si le médecin est déjà arrivé ? »
Je n’ai pas su quoi répondre. Mais je crois qu’il existe une dimension, un monde alternatif, où j’ai dit : « Je ne sais pas » et me suis assis à côté d’eux en salle d’attente.
Attendre.
Ce jour-là, j’aurais eu besoin qu’un médecin vienne s’occuper de moi. 
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Photo : L’hiver est rude ! Vous aussi, aidez ce gentil couple de pauvres hères qui n’ont plus rien à se mettre sur le dos en envoyant vos manteaux de fourrure Chanel, Hermès ou Kenzo à l’adresse suivante : 

Bibi Beaulieu

45 rue de la Guillotine à Boudin

33 666 Smecta-Sur-Saône

Le bâtisseur de cathédrale.

Alors voilà, il a travaillé dans le BTP et il a ses deux ménisques pétés à force de poser des bordures de 120 kg.Il m’écrit « j’ai un corps déglingué ».

Il raconte sa sciatique, aussi, et sa capsulite rétractile de l’épaule. 

Sa capsulite ? Le médecin de la sécu estime qu’elle n’est absolument pas liée à toutes ces heures passées à enfoncer 4 000 fiches de 35 cm dans de l’enrobé à coups de masse (3 kg, la masse…).

Il me dit que la seule chose qu’il a réussi à sauver, la seule partie de son corps à ne pas avoir été donnée à la pierre, ce sont ses mains. Il me dit « mes mains ne parlent pas, contrairement aux mains de mes collègues : les coups de marteau, les traces de goudrons… elles crient, leurs mains ».

Il écrit cette phrase exacte : « Ils ont les sacs de ciment qui leur transpirent par la peau ».

Il m’écrit « Moi, ma fierté c’est de pouvoir dire à mes enfants : Tu vois où tu marches sur cette place, j’ai posé le dallage.Tu vois ce bassin d’orage sur l’autoroute, c’est moi qui… »

Parfois, le soir, il leur dit :

« Tu vois la place de la cathédrale de Dax ? J’y ai cassé mon dos deux ans. »

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Il a 43 ans. 

Le compas, le rapporteur, et les prouts. 

Pas de post cette semaine. 

À cause de Facebook (…). 

Pourquoi ? 

Je vois trop d’injustices dans mon métier. Elles me sont insupportables. On me reproche en messages privés d’y parler politique, mais mon métier EST politique. Comment je fais pour m’endormir sans colère devant la violence sociale, la précarité, la détresse morale ou la déchéance des corps ? Comment ? Je ne sais plus m’endormir sans colère…Or, comme je ne sais pas chanter, pas cuisiner, pas monter à cheval, que je n’aime pas le sport, pas les légumes, suis nul en GRS, ne connaît pas mes tables de multiplications et que j’ai un peu de bide, un physique passe-partout, que je danse avec la rigidité géométrique d’un compas et d’un rapporteur, la seule chose qui me reste c’est ma sensibilité, mes romans et mon boulot de médecin où je suis acteur et témoin. 

(bon, je fais aussi très bien les prouts avec la bouche). 

Les temps changent, un vent mauvais se lève et je me refuse à rester spectateur silencieux devant l’effondrement de certaines valeurs que je juge primordiales à mes yeux.

Si je ne ramenais pas ma grande gueule, je me trahirais, et je finirais par devenir une boule de pus avec un stéthoscope qui ne sait pas combien font 7 x 8.

Je tiens à être en accord avec moi-même (en gros, j’écris parce que sinon je suis constipé).
Prenez soin de vous,

Douce et agréable après-midi dominicale.

Une tragédie 2.0

Coucou
Pour les personnes qui ne sont pas sur Facebook et n’ont pas suivi la tempête de merde essuyée ces dernières semaines, j’ai écrit un texte dans le Huffington Post. Il est long, mais il est rédigé avec le coeur et il traite d’un sujet important. 

Je veux bien que vous preniez cinq minutes pour le lire jusqu’au bout et le partager. 

C’est ICI

Je vous souhaite une belle et douce journée.
AUSSI :
J’étais invité de la géniale émission « Grand bien vous fasse » d’Ali Rebeihi sur France Inter. Une heure sur l’écoute médicale.

Ne demandez pas ce que Captain Igloo vient faire ici, je ne sais pas. Je ne sais PAS du tout. 

La femme qui frappait aux portes.

Alors voilà… Madame Martin parle vite, respire vite, existe vite (faut visualiser le lapin blanc d’Alice qui ressasse : « En retard, en retard, je suis en retard ! ».) Elle court, avec son caddie vinyl jaune, ses soixante ans et son imperméable à gros imprimés floraux.- J’ai été adoptée. Quand j’avais six ans. Me souviens de rien. C’était l’Algérie, puis c’était la France, puis les années ont passé !
Léger retard cognitif : Madame Martin pense plus jeune que son âge. En elle demeurent le lapin blanc ET Alice.

– Mon père adoptif, Parkinson. Ma mère adoptive, cancer du sein, je crois. Ou alors c’était « un cancer pas du sein, mais un cancer quand même » (sic).

(Là, elle rit très fort).

– Je les ai pas laissés, promis. Jamais. Après tout ce qu’ils avaient fait pour moi… Je me suis bien occupée d’eux. 

Son débit de parole est rapide : il faut bien caler la fierté entre les mots et l’amour entre les lettres, alors elle tasse !

– Maintenant qu’ils sont partis, et que je suis sûre de ne plus les blesser, je peux me consacrer à mes voyages. 

Ses voyages ? Retrouver sa famille. 

En vérité, elle s’appelait Larbaoui avant d’être adoptée. C’est tout ce qu’elle sait sur ses origines. Elle s’est mise en tête que tous les Larbaoui de France sont potentiellement sa famille d’origine. Alors elle les appelle, les uns après les autres. Elle prend le train avec son caddie, et frappe aux portes. Elle cherche. 

– Y en a quelques-uns à Strasbourg. Je vais aller les voir.

L’année dernière, elle a sillonné Paris et Lyon.

Peut-être, un jour, sonnera-t-elle à votre porte ? Sachez qu’elle a attendu longtemps pour vous rencontrer.

J’espère qu’elle vous trouvera vite.

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Je rappelle (internet, je te connais si bien !) que les noms, sexes, âges et données géographiques sont systématiquement modifiés dans mes post.
Enfin, le très bon magazine CAUSETTE me fait l’honneur d’être leur grand portrait de Janvier. Quatre pages (ICI) pour parler médecine, famille, société, et situation des mères célibataires en situation de soin (rapport à mon dernier roman paru en octobre). 
Bonne soirée à toutes et tous…