Archives mensuelles : janvier 2015

Cinquante Nuisances d’Earl Grey

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Une histoire envoyée par une lectrice. J’ai retouché par-ci, par-là, apporté ma patte, mais dans l’essentiel tout y est. Je ne sais pas si c’est mignon, gênant (éthiquement ça me pose quand même problème, mais c’est humain, alors ça a sa place ici…), génial, décalé ou tout à la fois. Ce qui est sûr, c’est une tentative comme une autre de réconciliation de soignant par une soignée ! Ce blog n’ayant pas d’autre buts que de chroniquer la difficulté des relations et communications humaines, il me paraît avoir toute sa place ici. Pensez-y dans vos commentaires… Merci V.

Miss V. m’écrit :

Alors voilà. Autant le dire tout de suite, c’est une histoire d’amour.
Des années que je retenais ma respiration à chaque consultation avec le grand docteur, des années à être pétrifiée à chaque mesure de tension artérielle, des années à réprimer des envies d’enlèvement et de séquestration. Je pensais qu’il avait remarqué mon trouble depuis longtemps déjà, à cause cette traîtresse de tension artérielle qui n’existe que dans son cabinet, à cause de mes bégaiements au téléphone, et de mes réponses brillantes à ses questions du genre « Et vous dormez comment ? » « Ben… sur le côté, Docteur ! »
Vous voyez le topo, non ? Mamie à un concert de Frank Michael.
Il faut croire que non, car depuis quelques rendez-vous, le Doc vit dangereusement : il m’attaque au charme. Si, si. « Grave », comme on dit dans ma banlieue : regard langoureux, voix douce, phrases affectueuses et blagues franchement coquines.
Entre extase et perplexité, je panique. Hého, c’est que je n’ai plus l’habitude, moi. Il fait quoi là, le Doc, hein !? Il veut amortir son défibrillateur ou faire la Une de Détective Magazine ?
Et puis, tout à coup, l’air de rien, comme ça, sans prévenir, il évoque ses difficultés conjugales : Madame ne le trouve plus à son goût. Que dire ? A part que moi, le Doc, je l’ai toujours trouvé bouleversant d’intelligence et d’humanité et pour tout dire sexy. Tellement que j’en ferais bien mon 4 heures, et mon midi aussi, et mon petit déjeuner pour les 30 années à venir … Bref. On se calme.
Un avantage de vieillir, c’est que l’on ne croit plus au Père Noël. Et puis, comme dit ma mère, jamais avare de compliments « c’est quand même pas ton physique qui l’intéresse ! »
Donc, 48 heures et 5 sachets de laitue iceberg plus tard… tout s’éclaire ! Diagnostic différentiel à la Docteur House : « il ne te drague pas, Nounouille : il cherche à se rassurer, nuance. »
Il est triste et il a peur. II pressent un célibat proche, une pension alimentaire, les gardes alternées et les gamins qui pleurent. Alors, il teste son pouvoir de séduction. Comme ça… pour voir… pour plus tard… au cas où… pour connaître sa valeur sur le marché de la barbe… Comme ça…
Ah la la… Humain, trop humain…
Alors, pour le rassurer un peu, j’ai fait ce que je m’étais promis de jamais faire : je lui ai dit tout le bien que je pensais de lui. Si.
Et je n’ai plus de tension artérielle. J’aurais vraiment dû faire médecine (et arrêter d’écouter ma mère…)

Post Scriptum :

Enorme nouvelle les amis ! Pour ceux qui ne me suivent pas sur Facebook (où je l’ai annoncé hier), les droits du deuxième livre « Alors vous ne serez plus jamais triste » viennent d’être achetés par la Pologne. L’éditrice polonaise est tombée sous le charme, je la cite :

 » Un livre magique, merveilleux et douloureux. J’étais émue et bouleversée, […] il était tout en moi dimanche. Quelles émotions, quelle tendresse ! […] Quelle idée surréaliste qui est du réalisme magique !… »

C’est très bon signe, d’après mon éditrice…
J’espère que vous aimerez aussi ! Et ce sera le 3 mars en librairie. Je vais faire un petit tour de france pour les dédicaces, je vais où je suis invité, c’est donc à vous de demander aux libraires.
Bises et prenez soin de vous !!!

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L’homme qui abimait le fond de ses poches.

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Alors voilà, la première odeur dont je me souvienne, c’est celle de la cannelle sur le gâteau. Le dimanche, si nous étions sages, ma mère nous faisait des gâteaux de Belem, la spécialité de Lisbonne. Une tuerie calorique à base de crème pâtissière finement saupoudrée de cannelle. Après la cannelle, vinrent bien d’autres odeurs évidemment, gazole, foin, pluie sur les tuiles chaudes en été (la meilleure ?), beaucoup d’odeurs. Et puis… Et puis… Et puis ce fut ma première année de médecine, le grand festival de la narine en feu. Celle de la javel, sur le sol les couloirs. Celle du box 6, ou un jeune complètement bourré vomissait tripes et boyaux. Je me souviens qu’il avait bu du vin, ou mangé de la raquette savoyarde (version sportive de la raclette), tout un programme !
Ensuite, l’odeur du diabétique en acidocétose. Pas désagréable, ça sent la pomme granny.
Une fois, j’avais dû faire des pansements d’une mamie qui vivait seule chez elle. Les plaies étaient si vilaines, si délabrées, on trouva sous les bandages de fortune de minuscules petits asticots blancs. Si vous doutez de la véracité de cette histoire, posez la question à un soignant de votre connaissance. Nous avons, tous, connu ça. Tous. Les asticots sur les plaies, image vivante de cette abominable Misère humaine, la vieille et immortelle Misère, celle qui va main dans la main avec Dame Solitude… Ensuite, il y a eu, pêle-mêle : l’odeur de ma première dissection, celle de ma première vaginite à Gardenerella Vaginalis, celle d’un accident de voiture sur l’autoroute. On avait atterri en hélicoptère, ça sentait l’essence et le sang. Celle de ma première évacuation de fécalum, sorte de gros bouchon fécal, etc.
Vous allez vous dire :
Bah !!!! Mais pourquoi il me raconte toutes ces choses tellement dégoûtantes ? Bah !!!!!
Et bien oui, pourquoi ? Parce que je suis un gros sadique qui Parce que l’autre jour, je me suis aperçu que, presque mécaniquement, depuis des années, je débouchais les bouchons du flacon de cannelle dans mes placards, j’en versais un peu de contenu dans les poches de mes manteaux, tous les matins, avant de partir au travail. Il est des petits gestes quotidiens qui, une fois répétés trop souvent, perdent leur sens premier. J’avais oublié pourquoi je faisais ça, et c’est en vous écrivant ces mots que je viens de m’en souvenir.
Quand je quitte le cabinet, ou l’hôpital, je plonge mes mains dans les poches, je les retire, les porte à mes narines. Alors je me souviens que j’ai été un jour un enfant sage qui ne savait rien de la douleur des Hommes et qui avait le droit de manger des petits gâteaux s’il avait été sage.

La femme qui avait de la suite dans les idées…

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Photo de… Je sais pas qui et, franchement, je veux pas savoir. Mais si vous voyez la même chose que moi, l’être humain est fichu, c’est sans espoir…

L’histoire m’a été envoyée par S., collègue, l’écriture c’est moi. Merci collègue !
Si vous voulez raconter, envoyez ICI

Alors voilà, c’était lors d’une garde de nuit en psychiatrie. J’accueille une femme, 60 ans, état maniaque (si tu changes quelques lettres à « état maniaque », ça fait :  » j’ai vendu ma maison, ma voiture, j’ai dépensé l’intégralité de mes trois comptes en banque, de mon assurance vie et de mon PEL, puis j’ai écumé les 4 magasins Foirefouille de mon département dans le seul but d’acheter 360 000 paires de chaussettes. En effet, je suis absolument, absolument, absolument persuadée-persuadée-persuadée que le cours de la chaussette-chaussette-chaussette en Moldavie va exploser bientôt et que je vais devenir riche, riche, riche. Qu’en pensez-vous docteur, hum ? »). Bref, elle est admise dans un état d’exaltation incroyable, elle se bidonne toute seule, fait des entrechats dans le couloir, dit aux gens qu’ils sont beaux, qu’elle veut les épouser là maintenant tout de suite, elle demande à tout le monde (en chantant, parce que sinon c’est pas drôle) s’il y a des anciens camarades de son école « Sainte Eugénie de la Coquillette », ça lui manque beaucoup, elle avait six ans, qu’est-ce qu’elle a aimé, c’était tellement chouette !..
Une belle femme, classe, pomponnée, l’air très digne malgré un flot de paroles incessant et délirant. Elle vit dans une banlieue chic d’une ville très chic, avec son « mari chic, très très chic, directeur d’une entreprise, et 3 enfants très chics, vraiment, mais alors vraiment très chics. Vous voyez, voyez, voyez ? »
Je la reçois en entretien dans le bureau. Je savais qu’elle était sous thymorégulateurs, je lui demande ce qu’elle prend comme traitement.
– De la fleur d’oranger, de la badiane, du musc…
La liste ne s’arrêtant pas de grandir, je la coupe doucement et lui dis avec un sourire que je parle des traitements qu’elle achète à la pharmacie.
– Ahhhhhhhh ! Ceux-là ! dit-elle en riant. Des produits Nuxe, des produits Caudalie…
Je ris de bon coeur avec elle de ses facéties, mais je n’aurai jamais la liste de ses traitements !
Elle me confie alors, à toute vitesse, LE grand dilemme qui la travaille en ce moment :
« J’aime vraiment mon mari, il est doux, beau, il sent bon, très bon, mais depuis que j’ai découvert Gad Elmaleh, je rêve de lui, il est beauuuu, et ses yeux bleux, je me sens redevenir midinette quand je le regarde !!! J’ai même pensé à tromper mon mari, vous savez, c’est horrible… »
Elle se met tout à coup à pleurer franchement, au bord du désespoir. Je lui serre la main, elle se console vite et reprend son histoire l’air mutin, séducteur et TRÈS inspiré.
« Mais vous savez, ce qui me retient, c’est que mon mari, c’est un sacré coup au lit !!! Si vous saviez !!! Oh la-la-la !!! C’est le meilleur, un vrai Dieu du sexe ! »
Je souris sans commenter son intime confession qu’elle étaye de positions, moments érotiques et compagnie…
Au moment de nous séparer, je me rappelle que j’ai besoin des coordonnées de son époux pour l’informer de l’état de sa femme et je lui demande donc un numéro où le joindre.
La patiente part alors dans un grand éclat de rire, secoue son doigt devant mon visage et me dit hilare « Coquiiiiiiiiiiine » !

Y a pas à dire, elle avait de la suite dans les idées ! Je veux dire, elle avait VRAIMENT de la suite dans les idées !

PS : merci pour vos commentaire sur FACEBOOK dans le post annonçant la sortie du deuxième livre. Ça fait chaud au cœur…

Voila.

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3/ Dates de dédicaces pour « Alors Voila » en Livre de Poche et « Vous ne serez plus jamais triste » déjà décidées :
– mardi 3 mars à la librairie Ombres Blanches à Toulouse à 18 heures;
– samedi 7 mars à la librairie Gibert Joseph de Toulouse à 15 h; Samedi 14 mars de 15h à 17h 

Cultura de Carcassonne, Livres en live

Dimanche 22 mars de 15h30 à 17h

Salon du livre de Paris, signature au Livre de Poche

Samedi 28 mars, à Asnieres, de 16h30 à 18h30 à la librairie nouvelle

Jeudi 2 avril

Librairie Les Petits Papiers à Auch

Vendredi 3 avril

Le Furet du Nord de Lille  

Mercredi 8 avril

Librairie Le Divan à Paris

Vendredi 10, à 18h

Librairie Le Failler à Rennes  (à l’Espace Ouest France) 

Samedi 11, dimanche 12 avril

Salon du livre de Limoges

Jeudi 16 avril à 18h Librairie Mollat à Bordeaux

Mardi 21 Avril à la librairie Kléber à Strasbourg. 

Jeudi 23 avril Librairie l’armitiere à Rouen à 18 heures !!!

Lundi 27 avril Librairie « la boîte à livres » à Tours. 

Mercredi 6 mai à 18h

Librairie Contact à Angers 

Jeudi 28 mai, librairie du théâtre à Bourg en Bresse.

 J’irai ensuite un peu partout en france, je vous dirais dès que j’ai les dates !! Mais sont déjà prévu Auch, Paris (Librairie Le Divan), Lille, Strasbourg, Bordeaux…. D’autres dates viendront, je vous tiendrai au courant, bien sûr. Pour que je vienne, il vous suffit de demander aux libraires, ce sont eux qui décident d’inviter les auteurs…

Cette année, j’ai décidé d’être le premier auteur AU MONDE à instaurer le premier système de « dédicaçomancie ». Une boîte, 20 papiers, une prédiction sur chaque papier, pendant que je signe, vous piochez, vous repartez avec votre livre et une prédiction pour 2015 ! Faut innover !
PS : l’un des 20 papiers comprendra la mention « syphilis torpide », histoire de se marrer !

2/Je suis aussi très heureux de vous annoncer que les droits de traduction du deuxième livre viennent d’être achetés par la Corée. Ils ont adoré le bouquin ! Le premier livre « Alors voilà » vient de paraître en poche, il est disponible dans toutes les (bonnes !) librairies avec en prime une nouvelle que j’ai écrit pour vous et qui est gratuite… Elle s’appelle « La mort est une garce » !

1/Chers vous,
Bon j’avais prévu de vous donner en avant-première la couverture et le titre de mon prochain livre la semaine dernière, mais après le drame, ça m’a paru déplacé.
Faut que je vous fasse part de quelque chose : la couverture et le titre tombent… comment dire… comme un cheveu triste dans la soupe triste d’un homme triste. Ce titre a été choisi avec mon éditrice et scellé il y a plusieurs semaines…

Le livre s’appellera : « Alors vous ne serez plus jamais triste ». J’ai mis de belles choses dedans, comme de la joie, de la poésie, et quelques larmes. Ce n’est pas vraiment une promesse que je vous fais : nous serons toujours un peu tristes. Moi, c’était Wolinski. Les autres aussi, bien sûr, TOUS les autres. Mais celui qui m’a volé Wolinski m’a volé la partie de ma vie qui ressemble vaguement à l’enfance.
Pourtant, l’humanité, les livres, la culture, la poésie, le dessin sont autant de combats qui se continuent, qui DOIVENT se continuer.

Etrangement, l’histoire de ce livre est celle d’un homme tombé qui essaie d’apprendre à se relever.
Nous ne sommes pas seuls, tous autant que nous sommes. Oui, je comprends, maintenant. Avant dimanche, j’avais l’impression que le monde entier ne se rendait pas compte du manque d’amour qui existe partout. Mais c’est faux. C’EST FAUX. Il y a de bonnes gens en ce monde. Des mains tendues et des pardons possibles.
Alors oui, la couverture et le titre sonnent étrangement après la tragédie, c’est comme ça. Voilà, tenez le coup.
Je vous embrasse tous et je suis avec vous, dans ce moment douloureux où l’espoir doit renaître.
Prenez soin de vous,

Baptiste Beaulieu

PS : cette année, pas de mots de passe, on n’a pas le temps pour ça. Ce sera Free-Hugs pour tous aux dédicaces. Voila.

PS 2: j’ai hâte que vous le lisiez pour avoir votre avis, vous m’avez bien aidé, sans le savoir…

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JE SUIS CHARLIE.

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Alors voilà, ils nous LES ont tués. Notez les majuscules. Moi, vous, nous tous, nous avons grandi avec eux. Parfois, ils nous faisaient grincer les dents.
 » Non ! s’exclamait-on. Ils y vont fort, là !  » mais on riait quand même. On riait. Parce que nous savions bien, au fond, que si eux n’allaient pas trop loin avec leurs crayons, d’autres le feraient avec les armes. Alors on riait.
Ils nous ont tué le RIRE. Notez les majuscules. C’est important le RIRE. Si, par hasard, vous vous trouviez perdu au fin fond de la forêt amazonienne, et que vous tombiez nez à nez avec la plus reculée des tribus Arawaks ou Yanomanis, vous seriez bien en peine de les comprendre. Vous agiteriez les bras, vous les entendriez baragouiner, ils vous entendraient baragouiner, ils agiteraient les bras à leur tour, mais de connivence, point.
Cependant, si… si… si une banane se décrochait d’un arbre à cet instant précis et vous tombait sur le coin du nez, si vous vous preniez les pieds dans quelques plantes vivaces et basculiez en avant, alors vous les verriez sourire et rire. Et vous ririez avec eux de votre malchance d’avoir été sous cette arbre à ce moment précis ou de votre maladresse à savoir correctement marcher dans la jungle.
Vous ririez.Ensemble.
Il y aurait connivence.
Il y aurait humanité.
Ils nous LES ont tués.
Ils nous ont tués le RIRE.
Et c’est le cœur de l’âme humaine qui saigne, celui du lieu sacré et précieux de la rencontre avec l’Autre.
Je ne publierai rien cette semaine. Je suis en deuil, je pleure. Nous sommes en deuil. Je, tu, il, nous sommes tous Charlie.
Pour le rire, pour la liberté d’expression, contre les dogmes aveugles et assassins. Moquons-nous de tous et de tout le monde.
Pour la République et la Démocratie.
Je vous embrasse,
Prenez soin de vous et riez,
VRAIMENT

Baptiste Beaulieu

Photos qui suit : ILS auraient ri, je pense. Chapeau les artistes, vous nous manquerez !.

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L’homme qui se sentait nul.

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Photo : Agence Reuters

Alors voilà, l’autre soir, j’ai dit à une ancienne co-interne :
– Parfois, je me sens nul.
Elle a souri, elle a dit que c’était normal, que tous les internes et les jeunes médecins avaient ce sentiment, que c’était sain, que l’inverse serait effrayant.
Et puis j’ai pensé à vous, à ce que je vous faisais partager. J’ai ajouté :
– J’ai l’impression d’être un imposteur. Je raconte nos histoires, les gens en conçoivent une image idéale. Ils s’imaginent que nous adorons ça, qu’on ne vit que pour ça, pour aider l’autre. C’est gnangnan.
Elle a haussé les épaules :
– Dis-leur la vérité.
Voilà. Putain, pourquoi j’y ai pas pensé avant !!!
Je pourrais vous dire que, parfois, je regarde ma montre, que je regarde par la fenêtre, que j’ai hâte – que je rêve, même – de quitter cet endroit, cabinet/hôpital c’est pareil, je rêve de m’enfuir de ce lieu qui pue le savon antiseptique, l’urine, la mort et la maladie, m’enfuir à toutes jambes.
Peut-être que je ne suis pas assez fort pour ça.
Parce que parfois je suis agacé, je soupire, je râle et quand je sors du vestiaire j’ai l’impression d’avoir été un mauvais médecin.
Je pourrais vous dire que les secondes sont lentes à passer quand on écoute la même patiente expliquer pour la deux cent cinquantième fois pourquoi elle a avalé deux cent cinquante pilules afin de mourir parce que les deux cent quarante neuf premières fois étaient un échec.
Je pourrais vous dire que c’est horrible de voir une grand-mère asperger sa chambre et son visage d’excréments, que je préfère la transformer en déesse primitive, parce que c’est plus facile de frayer avec des dieux qu’avec le corps humain brut et sans fard, plus facile de nettoyer un archétype mythifié plutôt qu’une une vieille femme démente pleurant et demandant sa mère.
« Où elle est ma mère ? Et pourquoi elle vient jamais me voir ? Elle est venue, dites, vous l’avez vue ? Dites-lui que je lui demande pardon pour les bonbons, je voulais pas… »

Je pourrais vous dire que c’est parfois insupportable de cruauté, l’être humain, que cela peut blesser au cœur et vous changer toujours. Que c’est terrible de voir des enfants dire « Notre mère, on l’aime pas. On l’a jamais aimée et on l’aimera jamais. Alors trouvez-lui un endroit où elle sera bien et ne nous appelez plus pour nous donner de ses nouvelles, sauf si c’est pour dire qu’elle est morte.  »
Je pourrais vous dire que, parfois, je compte les secondes qui me séparent du vendredi soir, du moment où je vais pouvoir aller danser à m’en dévisser les chevilles, à m’en faire tourner la tête, danser jusqu’à la première lueur de l’aube, jusqu’à trouver quelqu’un que je ramènerais chez moi et avec qui j’oublierai ces endroits.
Et il y a toutes ces histoires, que je tais, parce qu’elles ne sont pas « belles« , vraiment pas « belles« , ou pas racontables, pas « politiquement correctes » ou vraiment trop trashs.
Je pourrais vous dire tout ça, pour cesser d’avoir ce sentiment d’être un imposteur. D’être gnangnan.
Mais je ne peux pas. Et je ne veux pas. Je crois que les gens ont besoin de lectures plaisantes et d’aventures positives. Peut-être que je me trompe, mais je crois que les gens ont besoin de super-héros. Moi, en tout cas, j’en ai besoin.
La vérité ?
Les super-héros n’existent pas et, si je me trompe en affirmant cela, j’ai bien peur que ceux qui existent ne soient pas supers.
Choisir de voir le verre à moitié plein est un choix. Si on ne le fait pas, il reste la mort, la maladie, la violence et la merde.
Et quand on touille tout ça, on sait bien qu’il y a trop de questions sans réponses.
Tout est vraiment moins compliqué au pays des bisounours.
Je vous souhaite une EXCELLENTE ANNÉE 2015. Tout y sera pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.
Et si je me sens nul, c’est parce que j’aurais voulu vous faire rire en ce début d’année, mais j’y arrive pas. Pas aujourd’hui. Demain, la semaine prochaine, promis. Vraiment.