Cinquante Nuisances d’Earl Grey

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Une histoire envoyée par une lectrice. J’ai retouché par-ci, par-là, apporté ma patte, mais dans l’essentiel tout y est. Je ne sais pas si c’est mignon, gênant (éthiquement ça me pose quand même problème, mais c’est humain, alors ça a sa place ici…), génial, décalé ou tout à la fois. Ce qui est sûr, c’est une tentative comme une autre de réconciliation de soignant par une soignée ! Ce blog n’ayant pas d’autre buts que de chroniquer la difficulté des relations et communications humaines, il me paraît avoir toute sa place ici. Pensez-y dans vos commentaires… Merci V.

Miss V. m’écrit :

Alors voilà. Autant le dire tout de suite, c’est une histoire d’amour.
Des années que je retenais ma respiration à chaque consultation avec le grand docteur, des années à être pétrifiée à chaque mesure de tension artérielle, des années à réprimer des envies d’enlèvement et de séquestration. Je pensais qu’il avait remarqué mon trouble depuis longtemps déjà, à cause cette traîtresse de tension artérielle qui n’existe que dans son cabinet, à cause de mes bégaiements au téléphone, et de mes réponses brillantes à ses questions du genre « Et vous dormez comment ? » « Ben… sur le côté, Docteur ! »
Vous voyez le topo, non ? Mamie à un concert de Frank Michael.
Il faut croire que non, car depuis quelques rendez-vous, le Doc vit dangereusement : il m’attaque au charme. Si, si. « Grave », comme on dit dans ma banlieue : regard langoureux, voix douce, phrases affectueuses et blagues franchement coquines.
Entre extase et perplexité, je panique. Hého, c’est que je n’ai plus l’habitude, moi. Il fait quoi là, le Doc, hein !? Il veut amortir son défibrillateur ou faire la Une de Détective Magazine ?
Et puis, tout à coup, l’air de rien, comme ça, sans prévenir, il évoque ses difficultés conjugales : Madame ne le trouve plus à son goût. Que dire ? A part que moi, le Doc, je l’ai toujours trouvé bouleversant d’intelligence et d’humanité et pour tout dire sexy. Tellement que j’en ferais bien mon 4 heures, et mon midi aussi, et mon petit déjeuner pour les 30 années à venir … Bref. On se calme.
Un avantage de vieillir, c’est que l’on ne croit plus au Père Noël. Et puis, comme dit ma mère, jamais avare de compliments « c’est quand même pas ton physique qui l’intéresse ! »
Donc, 48 heures et 5 sachets de laitue iceberg plus tard… tout s’éclaire ! Diagnostic différentiel à la Docteur House : « il ne te drague pas, Nounouille : il cherche à se rassurer, nuance. »
Il est triste et il a peur. II pressent un célibat proche, une pension alimentaire, les gardes alternées et les gamins qui pleurent. Alors, il teste son pouvoir de séduction. Comme çà… pour voir… pour plus tard… au cas où… pour connaître sa valeur sur le marché de la barbe… Comme ça…
Ah la la… Humain, trop humain…
Alors, pour le rassurer un peu, j’ai fait ce que je m’étais promis de jamais faire : je lui ai dit tout le bien que je pensais de lui. Si.
Et je n’ai plus de tension artérielle. J’aurai vraiment dû faire médecine (et arrêter d’écouter ma mère…)

Post Scriptum :

Enorme nouvelle les amis ! Pour ceux qui ne me suivent pas sur Facebook (où je l’ai annoncé hier), les droits du deuxième livre « Alors vous ne serez plus jamais triste » viennent d’être achetés par la Pologne. L’éditrice polonaise est tombée sous le charme, je la cite :

 » Un livre magique, merveilleux et douloureux. J’étais émue et bouleversée, […] il était tout en moi dimanche. Quelles émotions, quelle tendresse ! […] Quelle idée surréaliste qui est du réalisme magique !… »

C’est très bon signe, d’après mon éditrice…
J’espère que vous aimerez aussi ! Et ce sera le 3 mars en librairie. Je vais faire un petit tour de france pour les dédicaces, je vais où je suis invité, c’est donc à vous de demander aux libraires.
Bises et prenez soin de vous !!!

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L’homme qui abimait le fond de ses poches.

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Alors voilà, la première odeur dont je me souvienne, c’est celle de la cannelle sur le gâteau. Le dimanche, si nous étions sages, ma mère nous faisait des gâteaux de Belem, la spécialité de Lisbonne. Une tuerie calorique à base de crème pâtissière finement saupoudrée de cannelle. Après la cannelle, vinrent bien d’autres odeurs évidemment, gazole, foin, pluie sur les tuiles chaudes en été (la meilleure ?), beaucoup d’odeurs. Et puis… Et puis… Et puis ce fut ma première année de médecine, le grand festival de la narine en feu. Celle de la javel, sur le sol les couloirs. Celle du box 6, ou un jeune complètement bourré vomissait tripes et boyaux. Je me souviens qu’il avait bu du vin, ou mangé de la raquette savoyarde (version sportive de la raclette), tout un programme !
Ensuite, l’odeur du diabétique en acidocétose. Pas désagréable, ça sent la pomme granny.
Une fois, j’avais dû faire des pansements d’une mamie qui vivait seule chez elle. Les plaies étaient si vilaines, si délabrées, on trouva sous les bandages de fortune de minuscules petits asticots blancs. Si vous doutez de la véracité de cette histoire, posez la question à un soignant de votre connaissance. Nous avons, tous, connu ça. Tous. Les asticots sur les plaies, image vivante de cette abominable Misère humaine, la vieille et immortelle Misère, celle qui va main dans la main avec Dame Solitude… Ensuite, il y a eu, pêle-mêle : l’odeur de ma première dissection, celle de ma première vaginite à Gardenerella Vaginalis, celle d’un accident de voiture sur l’autoroute. On avait atterri en hélicoptère, ça sentait l’essence et le sang. Celle de ma première évacuation de fécalum, sorte de gros bouchon fécal, etc.
Vous allez vous dire :
Bah !!!! Mais pourquoi il me raconte toutes ces choses tellement dégoûtantes ? Bah !!!!!
Et bien oui, pourquoi ? Parce que je suis un gros sadique qui Parce que l’autre jour, je me suis aperçu que, presque mécaniquement, depuis des années, je débouchais les bouchons du flacon de cannelle dans mes placards, j’en versais un peu de contenu dans les poches de mes manteaux, tous les matins, avant de partir au travail. Il est des petits gestes quotidiens qui, une fois répétés trop souvent, perdent leur sens premier. J’avais oublié pourquoi je faisais ça, et c’est en vous écrivant ces mots que je viens de m’en souvenir.
Quand je quitte le cabinet, ou l’hôpital, je plonge mes mains dans les poches, je les retire, les porte à mes narines. Alors je me souviens que j’ai été un jour un enfant sage qui ne savait rien de la douleur des Hommes et qui avait le droit de manger des petits gâteaux s’il avait été sage.

La femme qui avait de la suite dans les idées…

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Photo de… Je sais pas qui et, franchement, je veux pas savoir. Mais si vous voyez la même chose que moi, l’être humain est fichu, c’est sans espoir…

L’histoire m’a été envoyée par S., collègue, l’écriture c’est moi. Merci collègue !
Si vous voulez raconter, envoyez ICI

Alors voilà, c’était lors d’une garde de nuit en psychiatrie. J’accueille une femme, 60 ans, état maniaque (si tu changes quelques lettres à « état maniaque », ça fait :  » j’ai vendu ma maison, ma voiture, j’ai dépensé l’intégralité de mes trois comptes en banque, de mon assurance vie et de mon PEL, puis j’ai écumé les 4 magasins Foirefouille de mon département dans le seul but d’acheter 360 000 paires de chaussettes. En effet, je suis absolument, absolument, absolument persuadée-persuadée-persuadée que le cours de la chaussette-chaussette-chaussette en Moldavie va exploser bientôt et que je vais devenir riche, riche, riche. Qu’en pensez-vous docteur, hum ? »). Bref, elle est admise dans un état d’exaltation incroyable, elle se bidonne toute seule, fait des entrechats dans le couloir, dit aux gens qu’ils sont beaux, qu’elle veut les épouser là maintenant tout de suite, elle demande à tout le monde (en chantant, parce que sinon c’est pas drôle) s’il y a des anciens camarades de son école « Sainte Eugénie de la Coquillette », ça lui manque beaucoup, elle avait six ans, qu’est-ce qu’elle a aimé, c’était tellement chouette !..
Une belle femme, classe, pomponnée, l’air très digne malgré un flot de paroles incessant et délirant. Elle vit dans une banlieue chic d’une ville très chic, avec son « mari chic, très très chic, directeur d’une entreprise, et 3 enfants très chics, vraiment, mais alors vraiment très chics. Vous voyez, voyez, voyez ? »
Je la reçois en entretien dans le bureau. Je savais qu’elle était sous thymorégulateurs, je lui demande ce qu’elle prend comme traitement.
– De la fleur d’oranger, de la badiane, du musc…
La liste ne s’arrêtant pas de grandir, je la coupe doucement et lui dis avec un sourire que je parle des traitements qu’elle achète à la pharmacie.
– Ahhhhhhhh ! Ceux-là ! dit-elle en riant. Des produits Nuxe, des produits Caudalie…
Je ris de bon coeur avec elle de ses facéties, mais je n’aurai jamais la liste de ses traitements !
Elle me confie alors, à toute vitesse, LE grand dilemme qui la travaille en ce moment :
« J’aime vraiment mon mari, il est doux, beau, il sent bon, très bon, mais depuis que j’ai découvert Gad Elmaleh, je rêve de lui, il est beauuuu, et ses yeux bleux, je me sens redevenir midinette quand je le regarde !!! J’ai même pensé à tromper mon mari, vous savez, c’est horrible… »
Elle se met tout à coup à pleurer franchement, au bord du désespoir. Je lui serre la main, elle se console vite et reprend son histoire l’air mutin, séducteur et TRÈS inspiré.
« Mais vous savez, ce qui me retient, c’est que mon mari, c’est un sacré coup au lit !!! Si vous saviez !!! Oh la-la-la !!! C’est le meilleur, un vrai Dieu du sexe ! »
Je souris sans commenter son intime confession qu’elle étaye de positions, moments érotiques et compagnie…
Au moment de nous séparer, je me rappelle que j’ai besoin des coordonnées de son époux pour l’informer de l’état de sa femme et je lui demande donc un numéro où le joindre.
La patiente part alors dans un grand éclat de rire, secoue son doigt devant mon visage et me dit hilare « Coquiiiiiiiiiiine » !

Y a pas à dire, elle avait de la suite dans les idées ! Je veux dire, elle avait VRAIMENT de la suite dans les idées !

PS : merci pour vos commentaire sur FACEBOOK dans le post annonçant la sortie du deuxième livre. Ça fait chaud au cœur…

Voila.

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Chers vous,
Bon j’avais prévu de vous donner en avant-première la couverture et le titre de mon prochain livre la semaine dernière, mais après le drame, ça m’a paru déplacé.
Faut que je vous fasse part de quelque chose : la couverture et le titre tombent… comment dire… comme un cheveu triste dans la soupe triste d’un homme triste. Ce titre a été choisi avec mon éditrice et scellé il y a plusieurs semaines…

Le livre s’appellera : « Alors vous ne serez plus jamais triste ». J’ai mis de belles choses dedans, comme de la joie, de la poésie, et quelques larmes. Ce n’est pas vraiment une promesse que je vous fais : nous serons toujours un peu tristes. Moi, c’était Wolinski. Les autres aussi, bien sûr, TOUS les autres. Mais celui qui m’a volé Wolinski m’a volé la partie de ma vie qui ressemble vaguement à l’enfance.
Pourtant, l’humanité, les livres, la culture, la poésie, le dessin sont autant de combats qui se continuent, qui DOIVENT se continuer.

Etrangement, l’histoire de ce livre est celle d’un homme tombé qui essaie d’apprendre à se relever.
Nous ne sommes pas seuls, tous autant que nous sommes. Oui, je comprends, maintenant. Avant dimanche, j’avais l’impression que le monde entier ne se rendait pas compte du manque d’amour qui existe partout. Mais c’est faux. C’EST FAUX. Il y a de bonnes gens en ce monde. Des mains tendues et des pardons possibles.
Alors oui, la couverture et le titre sonnent étrangement après la tragédie, c’est comme ça. Voilà, tenez le coup.
Je vous embrasse tous et je suis avec vous, dans ce moment douloureux où l’espoir doit renaître.
Prenez soin de vous,

Baptiste Beaulieu

PS : cette année, pas de mots de passe, on n’a pas le temps pour ça. Ce sera Free-Hugs pour tous aux dédicaces. Voila.

PS 2: j’ai hâte que vous le lisiez pour avoir votre avis, vous m’avez bien aidé, sans le savoir…

JE SUIS CHARLIE.

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Alors voilà, ils nous LES ont tués. Notez les majuscules. Moi, vous, nous tous, nous avons grandi avec eux. Parfois, ils nous faisaient grincer les dents.
 » Non ! s’exclamait-on. Ils y vont fort, là !  » mais on riait quand même. On riait. Parce que nous savions bien, au fond, que si eux n’allaient pas trop loin avec leurs crayons, d’autres le feraient avec les armes. Alors on riait.
Ils nous ont tué le RIRE. Notez les majuscules. C’est important le RIRE. Si, par hasard, vous vous trouviez perdu au fin fond de la forêt amazonienne, et que vous tombiez nez à nez avec la plus reculée des tribus Arawaks ou Yanomanis, vous seriez bien en peine de les comprendre. Vous agiteriez les bras, vous les entendriez baragouiner, ils vous entendraient baragouiner, ils agiteraient les bras à leur tour, mais de connivence, point.
Cependant, si… si… si une banane se décrochait d’un arbre à cet instant précis et vous tombait sur le coin du nez, si vous vous preniez les pieds dans quelques plantes vivaces et basculiez en avant, alors vous les verriez sourire et rire. Et vous ririez avec eux de votre malchance d’avoir été sous cette arbre à ce moment précis ou de votre maladresse à savoir correctement marcher dans la jungle.
Vous ririez.Ensemble.
Il y aurait connivence.
Il y aurait humanité.
Ils nous LES ont tués.
Ils nous ont tués le RIRE.
Et c’est le cœur de l’âme humaine qui saigne, celui du lieu sacré et précieux de la rencontre avec l’Autre.
Je ne publierai rien cette semaine. Je suis en deuil, je pleure. Nous sommes en deuil. Je, tu, il, nous sommes tous Charlie.
Pour le rire, pour la liberté d’expression, contre les dogmes aveugles et assassins. Moquons-nous de tous et de tout le monde.
Pour la République et la Démocratie.
Je vous embrasse,
Prenez soin de vous et riez,
VRAIMENT

Baptiste Beaulieu

Photos qui suit : ILS auraient ri, je pense. Chapeau les artistes, vous nous manquerez !.

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L’homme qui se sentait nul.

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Photo : Agence Reuters

Alors voilà, l’autre soir, j’ai dit à une ancienne co-interne :
– Parfois, je me sens nul.
Elle a souri, elle a dit que c’était normal, que tous les internes et les jeunes médecins avaient ce sentiment, que c’était sain, que l’inverse serait effrayant.
Et puis j’ai pensé à vous, à ce que je vous faisais partager. J’ai ajouté :
– J’ai l’impression d’être un imposteur. Je raconte nos histoires, les gens en conçoivent une image idéale. Ils s’imaginent que nous adorons ça, qu’on ne vit que pour ça, pour aider l’autre. C’est gnangnan.
Elle a haussé les épaules :
– Dis-leur la vérité.
Voilà. Putain, pourquoi j’y ai pas pensé avant !!!
Je pourrais vous dire que, parfois, je regarde ma montre, que je regarde par la fenêtre, que j’ai hâte – que je rêve, même – de quitter cet endroit, cabinet/hôpital c’est pareil, je rêve de m’enfuir de ce lieu qui pue le savon antiseptique, l’urine, la mort et la maladie, m’enfuir à toutes jambes.
Peut-être que je ne suis pas assez fort pour ça.
Parce que parfois je suis agacé, je soupire, je râle et quand je sors du vestiaire j’ai l’impression d’avoir été un mauvais médecin.
Je pourrais vous dire que les secondes sont lentes à passer quand on écoute la même patiente expliquer pour la deux cent cinquantième fois pourquoi elle a avalé deux cent cinquante pilules afin de mourir parce que les deux cent quarante neuf premières fois étaient un échec.
Je pourrais vous dire que c’est horrible de voir une grand-mère asperger sa chambre et son visage d’excréments, que je préfère la transformer en déesse primitive, parce que c’est plus facile de frayer avec des dieux qu’avec le corps humain brut et sans fard, plus facile de nettoyer un archétype mythifié plutôt qu’une une vieille femme démente pleurant et demandant sa mère.
« Où elle est ma mère ? Et pourquoi elle vient jamais me voir ? Elle est venue, dites, vous l’avez vue ? Dites-lui que je lui demande pardon pour les bonbons, je voulais pas… »

Je pourrais vous dire que c’est parfois insupportable de cruauté, l’être humain, que cela peut blesser au cœur et vous changer toujours. Que c’est terrible de voir des enfants dire « Notre mère, on l’aime pas. On l’a jamais aimée et on l’aimera jamais. Alors trouvez-lui un endroit où elle sera bien et ne nous appelez plus pour nous donner de ses nouvelles, sauf si c’est pour dire qu’elle est morte.  »
Je pourrais vous dire que, parfois, je compte les secondes qui me séparent du vendredi soir, du moment où je vais pouvoir aller danser à m’en dévisser les chevilles, à m’en faire tourner la tête, danser jusqu’à la première lueur de l’aube, jusqu’à trouver quelqu’un que je ramènerais chez moi et avec qui j’oublierai ces endroits.
Et il y a toutes ces histoires, que je tais, parce qu’elles ne sont pas « belles« , vraiment pas « belles« , ou pas racontables, pas « politiquement correctes » ou vraiment trop trashs.
Je pourrais vous dire tout ça, pour cesser d’avoir ce sentiment d’être un imposteur. D’être gnangnan.
Mais je ne peux pas. Et je ne veux pas. Je crois que les gens ont besoin de lectures plaisantes et d’aventures positives. Peut-être que je me trompe, mais je crois que les gens ont besoin de super-héros. Moi, en tout cas, j’en ai besoin.
La vérité ?
Les super-héros n’existent pas et, si je me trompe en affirmant cela, j’ai bien peur que ceux qui existent ne soient pas supers.
Choisir de voir le verre à moitié plein est un choix. Si on ne le fait pas, il reste la mort, la maladie, la violence et la merde.
Et quand on touille tout ça, on sait bien qu’il y a trop de questions sans réponses.
Tout est vraiment moins compliqué au pays des bisounours.
Je vous souhaite une EXCELLENTE ANNÉE 2015. Tout y sera pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.
Et si je me sens nul, c’est parce que j’aurais voulu vous faire rire en ce début d’année, mais j’y arrive pas. Pas aujourd’hui. Demain, la semaine prochaine, promis. Vraiment.

Un crime au paradis.

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L’anecdote c’est F., orthophoniste (!!!!), l’écriture aussi ! J’ai retouché à peine (juste quelques coupes). Si vous voulez raconter votre histoire, c’est LÀ ! N’hésitez pas ! Faut juste commencer votre récit par « Alors voilà. »

Alors voilà, j’ai une PMP (Petite Mamie Préférée) dans la maison de retraite où je suis en stage. Ma PMP, elle est minuscule, toute fripée, super vulgaire et presque toujours de mauvaise humeur. En un mot, irrésistible. Elle se tient très droite et elle complexe sur ses cheveux trop fins. Elle n’y voit plus grand chose, mais se maquille quand-même tous les jours : un rouge à lèvre rouge pétard qui la rendrait très élégante si elle le centrait sur ses lèvres au lieu de déborder sur les joues. Elle a des aventures torrides avec des PPSV (Petits Pépés Soutenus par du Viagra). Elle insulte les autres aide-soignantes quand elles me font des remarques désagréables : « Salopes !, elle dit, vous n’en n’avez pas assez de nous emmerder que vous vous attaquez à la petite ! » et elle m’invite tout le temps à boire le thé, même si elle me trouve un peu idiote. Elle me le rappelle régulièrement en secouant la tête d’un air désolé et en soupirant « ma pauvre fille, t’es vraiment pas étanche» (faut dire aussi : qui confond Nana Mouskouri et Dalida, hein ?!).
Ma Petite Mamie Préférée, je l’aime, même si elle me trouve carrément trop basanée (elle dit « cosmopolite » sur un ton qui me donne envie de courir me repeindre en beige). En tout cas, ma PMP, à chaque fois qu’elle le peut, elle me fait venir en douce dans sa chambre, où elle a tout préparé soigneusement : un joli plateau, une théière, deux tasses, un cake aux fruits confits (sérieux, ils ont quoi les anciens, avec les cakes aux fruits confits?).
Tant que ma PMP n’ouvre pas la bouche pour déverser un flot ahurissant de propos orduriers, tout en elle respire la douceur, la féminité et la fragilité, y compris son éternelle robe verte un peu défraîchie et son ravissant collier de perles – honnêtement, c’est une question qui me travaille : est-ce qu’elle ne porte QUE cette robe verte qu’elle lave tous les soirs, ou est-ce-qu’elle la porte seulement les jours où je suis là, ou peut-être qu’elle l’a en plusieurs exemplaires identiquement usés?).
Bref.
Aujourd’hui, à l’heure du goûter, j’avais l’impression d’être sur un petit nuage en regardant ses petites mains fines et parcheminées verser avec grâce le breuvage bouillant et parfumé dans deux tasses de porcelaine à fleurs blanches et roses, jusqu’au moment où ma PMP a sorti de sa poche un énorme couteau, sorte de croisement bâtard entre un sabre et une hache de bûcheron. J’ai regardé le couteau et je me suis fais une petite blague nulle dans ma tête , qui sonnait à peu près comme ça : « C’est pour couper le cake dégueulasse ou pour débiter des éléphants et des baleines en petit morceaux ce truc ? ». Et là ma PMP a lèvé des yeux brillants, fait un petit sourire en coin et elle m’a dit : « Alors, tout de suite ça fait plus ambiance Agatha Christie, hein ?»

(((((Je vous souhaite à tous une bonne fête du solstice d’hiver un très joyeux Noël !
Profitez de ces moments de partage…
Je vous embrasse très fort, prenez soin de vous.
Baptiste Beaulieu. )))))

PS : j’ai reçu des tonnes de messages me demandant mon avis sur la grève actuelle des médecins concernant le tiers payant gratuit généralisé. Je ne le donnerai pas. Ce blog est aussi le vôtre. Il n’a jamais eu de visée politique, ce n’était pas mon intention en le créant, et ça ne le sera jamais. Pour ça, j’ai les colonnes du Huffington Post où je me suis déjà exprimé sur Taubira (ICI) ou la gay-pride (ICI).
À titre personnel, je soutiens mes collègues. Enfin, contrairement à ce que j’ai pu lire sur les réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter, nous ne sommes pas des nantis.
À titre personnel, je ne pars pas en week-end à Genève faire du ski.
Je vais à Courchevel.

Baptiste Beaulieu

PS : le truc de Courchevel, c’est une blague.

Des choco-BN, de la compote et Ursula Ciprine.

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Alors voilà, chaque année, les nouveaux doctorants sont conviés à se rendre au Conseil de l’Ordre. Là, au cours d’une grand-messe d’intronisation et de tapage dans le dos, on mange des chocos-BN et on boit du jus de chaussette froid en écoutant différents intervenants expliquer les mille et une manières/raisons/façons, de se retrouver avec un procès aux fesses (je sais ce que vous vous dites :  » qu’est-ce qu’il a comme chance, quand même, ce Baptiste Beaulieu ! « ).
Un vieux docteur gentil nous prévient :  » Un procès, ça peut vous tomber dessus de partout : du patient que vous ne connaissez pas, du patient que vous connaissez depuis 30 ans, de son boucher, de son voisin, et surtout, surtout, ça peut venir de qui à votre avis ?
Silence de mort.
– Alors, des idées ? De qui le médecin doit-il le plus se méfier ?
Bibi, pas à l’aise avec les histoires qui mêlent robe noire, blouse blanche et case-prison, lève la main :
– De la future ex-femme du médecin ?
[ Je sais, c’est moyen, mais je tuerai ma mère pour faire un bon mot. Ce qui ne ferait rire personne, il est vrai (je le sais j’ai déjà essayé avec le chien)…]
Rire dans l’assistance. Un médecin sur l’estrade hoche gravement la tête, on sent que son divorce lui a coûté une blinde. Un autre sourit et opine du chef, on sent qu’il est encore très amoureux.
–Des confrères ! Il faut se méfier des confrères ! avertit vieux Docteur-très-gentil.
Je regarde mon voisin de gauche, ma voisine de droite. Y a-t-il un Judas dans la salle ?
Ma collègue de droite, Nelly B., est chirurgienne plasticienne : elle a déjà rempli trois carnets de notes, en surlignant en rouge plusieurs titres de chapitre, et dessinant des têtes de mort un peu partout dans la marge. On voit bien qu’elle est très concernée par la question.
Je lui souris, prend une voix de fausset et je fais :  » Docteur ! C’est horrible ! Je vous avais demandé des seins en forme de poires… pas en compote ! »

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C’est officiel, après cette blague foireuse visant à la détendre, je n’ai plus du tout de chance avec Nelly B., ma douce et belle voisine de droite… M’en fous, c’est jour impair.
*larmes*
*soupirs*
*jefiniraimavieseuletmangéparmes58chats*

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Mon collègue de gauche, médecin légiste, semble avoir entrepris le premier concours mondial de lancé de peaux mortes. Il se les arrache avec les dents, les décolle au bout de ses doigts, puis recrache le tout dans les profondeurs obscures situées entre les sièges.
Je le regarde, lui souris, et je fais :
- Médecine légale... Un procès ? Pffff ! Si tu fais une erreur, elle sera vite enterrée, c'est l'avantage du métier.

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C’est officiel, bla-bla-bla…
*re-larmes*
*re-soupirs*
*jefiniraimavieseuletmangéparmes58chats*

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Ensuite, le monsieur nous distribue plein de papiers juridiques, détaillant de A à Z « Comment ne pas finir sa vie derrière les barreaux en se faisant appeler Ursula Ciprine par ses co-détenus… », puis il me dit, les yeux dans les yeux :
–Le plus important, c’est la communication. Vous devez parler avec vos patients, pour vous comprendre. Ok ?
Cette fois-ci, c’est moi qui hoche la tête. Je comprends, je comprends vraiment (n’est-ce pas Nelly B. ?).
Communiquer, c’est ce que j’essaie de faire avec vous depuis deux ans maintenant.

Est ce que ça marche ?

Merci à tous !

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Pour ceux qui ne me suivent pas sur Facebook, voilà en haut la photo que je publiais hier soir à 18 h 20, avec le texte ci-contre :

Aaaaaaaah ! Ça y est j’ai fini !! Voila le manuscrit du deuxième livre ! J’ai bossé dur !
Maintenant je l’envoie à mon éditrice, croisez les doigts avec moi en espérant qu’il soit accepté…
J’ai tenu compte de certaines de vos remarques à propos du premier, certains de vos commentaires aussi…mon éditrice m’a dit qu’elle le lirait d’ici 3-4 jours, je vous tiens au courant de son avis et de ce qu’elle en pense dès qu’elle me le dit.
Croisez les doigts avec moi, je meurs de trouille !
Merci à tous ceux qui me suivent depuis le début, qui me lisent, qui m’encouragent à continuer. Cette aventure est aussi la vôtre ! On y va tous ensemble !

Et voilà en bas la photo que je publiais ce matin aux aurores, avec le texte ci-joint juste sous la photo :

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RÉPONSE DE MON ÉDITRICE CETTE NUIT !
Je suis juste à mille et un mètres au dessus du sol !
Merci, merci à tous…
PS : regardez l’heure à laquelle elle m’a écrit !
PS 2 : il ne me reste plus qu’à trouver un titre, je ne peux pas trop vous demander votre avis sans vous dévoiler trop de l’intrigue, mais je peux vous demander si vous préférez plutôt les titres courts ou les titres longs ???
Je ferai un sondage avec vos réponses…
Bises et merci encore à tous de participer à cette folle aventure avec moi !!!

EN UN MOT : MERCI À TOUS !

(Quoi ? Ça fait trois mots ? Alors juste « merci », du fond du cœur…)

PS : pour répondre à une question qui revient souvent, je me déplace toujours pour les dédicaces, mais il faut que ce soit les lecteurs (vous !) qui demandent aux libraires, puis les libraires appellent ma maison d’édition.
Mais sinon, je vais partout en france !!! Comme le père Noël !

Ma petite boîte à outil

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Petite leçon de vie venant d’une sage-femme !
Alors voilà, en tant que sage-femme, je me dois de me former régulièrement.
Or, il y a 3 ans, j’ai entrepris une formation en accompagnement émotionnel, avec une sage-femme : Ariane Seccia.
Cette formation a changé ma pratique auprès de mes patientes, et plus largement ma vie…
À ce point !
En trois mots, j’y ai appris que bébé, on se construit sur les bases du contexte dans lequel on arrive. Vous, moi, tous les bébés. Grossesse désirée ou bébé « ohlala ! » ? Bébé fille : après trois grandes sœurs ou après trois grands frères ? On se construit aussi sur les cartons familiaux (pas ceux des déménagements, ceux qui percutent – Bim !), sur plusieurs générations.
À partir de 2 ans environ, notre mental prend les rennes et met en place des stratégies de survie pour ne pas revivre les mêmes impactages émotionnels (ceux qui étaient dans les cartons). Le perfectionnisme en est une : « Je fais tout parfait, tout bien, rien qui dépasse, comme ça, on m’aimera… ».
Ça vous parle ? Je sens que oui…
Si vous saviez le nombre de perfectionnistes qui peuplent cette terre …
Mais, ce n’est pas le tout de comprendre d’où l’on vient et pourquoi le mental fonctionne ainsi. L’idée, c’est quand même d’arrêter de se prendre la tête.
C’est là que j’en arrive à ma petite boîte à outils. Oh, ce sont des petites phrases de rien du tout, mais remises dans leur contexte, elles fonctionnent comme des mantras, capables de tordre le cou à ce p…. de mental qui nous pourrit la vie avec ses stratégies de survie.
Le plus universel ?
« Je fais de mon mieux, dans le respect de moi-même, avec les cartes de l’instant, le reste appartient à la vie ».
Hein que ça ressemble à des petites phrases de rien du tout, mais quand vous faites de votre mieux, TOUT EN VOUS RESPECTANT (c’est là que tout se joue), avec le contexte dans lequel vous êtes, eh bien, vous lâchez toute culpabilité, toute pression, toute peur de mal faire puisque vous faites de votre mieux, et que le reste appartient à la vie.
Il y en a un que j’aime bien aussi : « Et alors ? ».
Vous êtes épuisé, vous vous affalez dans le canapé (respect de vous-même ! ) au lieu d’affronter votre table à repasser, et votre ado part au lycée le lendemain avec un T-Shirt chiffonné.
Et alors ?
Ben alors rien…
Ah si, les gens vont penser du mal de vous (même pas sûr)…
Et alors ?
Ben alors toujours rien…
Si les gens pensent du mal de vous, il y a un autre outil intéressant : « Le mode grillage ». Imaginer qu’on est un morceau de grillage et que tout jugement vous passe au travers sans même vous faire plier…

Je suis tellement étonnée des bienfaits de ces petits outils que j’en ai une boîte complète dans mon sac à main (de l’avantage d’être une femme), pour les distribuer autour de moi, dès que quelqu’un que je croise a le cœur qui vrille à cause d’un mental en mode survie.
Du coup, avec ma double nationalité « sage-femme / romancière », j’ai également décidé de saupoudrer mes romans de quelques outils, comme ça, l’air de rien, puisque mes personnages, aussi réels que dans la vraie vie ont un mental tout pareil que nous…
Et figurez-vous que ça leur fait du bien aussi, à mes personnages

Alors, si je n’avais qu’une chose à vous dire, c’est de faire de votre mieux en prenant soin de vous respecter, et si ça ne convient pas aux autres, mettez vous en mode grillage et dites-vous « Et alors ? », au fond de vous, tout au fond de vous, en cachette de votre mental…
Le reste appartient à la vie…
Agnès Ledig

[Agnès Ledig est sage-femme et écrivain. Ses livres s’arrachent comme des petits pains (Prix maison de la presse il y a deux ans !) et c’est un honneur pour moi qu’elle publie dans mes colonnes. Ses deux derniers livres sont sortis ce mois-ci. « Pars avec lui » et « 13 à table » qui est un recueil de nouvelles dont les recettes iront aux Restos du cœur. Merci à elle de participer à une meilleure compréhension entre le monde des soignants et le monde des soignés !]