Des questions sans réponses…

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Alors voilà il était dans son fauteuil, il a voulu manger seul, il n’avait pas l’habitude… La bouchée est passée de travers : il s’est étouffé et il est mort.
Nous sommes arrivés, avec le pimpom rouge et jaune, l’attirail de guerre, etc. On a posé des perfusions, mis des drogues aux noms compliqués dans ses veines. On a enfoncé des tubes dans sa bouche, on a remplacé le mouvement de ses poumons par le cliquetis d’une machine.
Je crois qu’on l’a sauvé, oui, on l’a sauvé. On a été content, il a repris sa vie d’avant. Il était mort et nous l’avons récupéré. On a été content, oui…
[…]
Six mois plus tard. Une garde de nuit à l’hôpital. La mienne. Pas celle d’une co-interne, non, la mienne. Il FALLAIT que cela tombe pendant MA garde, comme un fait exprès. Une drôle de synchronicité.
On m’appelle dans un service.
Le même patient, une autre maladie (oui, oui, il y a des milliers de façons de mourir…) Je fais ce que je peux. Au petit matin, il meurt.

Est-ce ainsi que les Hommes meurent ?
On écrit : « Mort constatée à 6 heures 37″. Et voilà !
Ça parait très facile.

Donc, au petit matin, il meurt.

On me dit, on me répète, les chefs, les uns après les autres, les infirmières aussi (merci Pascaline…), que j’ai fait ce que je devais. Ça ne marche pas. Je me regarde dans le miroir, je me dis que j’ai 27 ans et que c’est un peu jeune pour se sentir coupable d’avoir tué un homme. On est quand même là pour sauver des Vies, non ?
Et puis, que signifie arracher un homme de la Mort un jour, pour se sentir coupable de l’avoir tué le lendemain ? Le Petit Dieu des Internes vous fait de ces blagues ! Ou alors je n’ai vraiment aucun sens de l’humour….

– Qu’est-ce qui est jaune et qui sent la peinture bleue ?
– Un pot de peinture jaune.

D’habitude, cette blague me fait rire. Pas ce matin. Je pense qu’elle a été inventée par le Petit Dieu des Internes. Un mauvais peintre qui n’a aucun humour, non ?

COUCOU, TU VEUX VOIR MON KIKI ?

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Alors voilà, je marche dans le couloir de l’hosto quand j’aperçois un vieil homme sur un brancard, le teint livide. Il est tellement pâle qu’en le voyant, plusieurs idées me traversent la tête :
1/ lui cuisiner un steak tartare;
2/ lui faire une intraveineuse de boudin noir,;
3/ lui faire boire un bol de O négatif cul-sec,;
4/ je ne sais pas, mais fais quelque chose, putain de bordel de merde !
Je dis à l’infirmière :
– Qu’est-ce qu’il a le monsieur de la 3 ? Il est plus blanc qu’un patient sous dialyse. On dirait un vendeur dans une épicerie bio !
(C’est vous dire combien il a l’air malade…)
– T’inquiète ! répond-elle, on s’en occupe. Si tu veux te rendre utile, fais-lui un sondage urinaire !
–D’acc o d’acc !
J’entre donc box 3, je me présente, je mets des gants, je soulève le drap, et là… Rien. Pas de pénis. Merde alors !… Pourtant mes cours d’anatomie sont formels : l’appareil reproducteur mâle ( ou pénis ) se situe au milieu et en bas du pubis, juste à côté des testicules que l’on appelle aussi « cerveau » chez l’homme du commun et « Diagonale du vide » chez l’homme politique…
J’appelle l’infirmière :
– Migraine !
[ en réalité, elle s’appelle Irène. Mais on lui a trouvé ce petit surnom charmant parce qu’elle parle très, très, très FORT !… Vous le voyez, aux urgences comme en Corée du Nord, on ne peut rien contre l’humour !]
– Oui, Bibi ?
Moi, chuchotant :  » Le monsieur a pas de kiki. »
– Quoi ? Qu’est-ce que tu dis ?!?
Moi, parlant sur la pointe des pieds (je sais ça n’existe pas cette expression, mais j’ai décidé de l’inventer :  » Parler sur la pointe des pieds « . À croire que j’ai envie de me faire de nouveaux amis, Bernard Pivot et les vendeurs des épiceries bio…). Donc, moi, parlant sur la pointe des pieds :  » Je dis que le Monsieur a pas de kiki… ».
– Mais qu’est-ce que tu racontes ?
– Je raconte que le Monsieur a…
– Oui, oui, j’ai compris. Allons voir ça de plus près !
Elle entre box trois, se présente, met des gants, soulève le drap, fronce les sourcils, se recule, se retrousse les manches, revient sur le patient, relève le drap et fouille dans les poils (désolé pour la précision, mais c’est aussi un peu ça notre métier.)
– Regarde, Bibi, c’est là.
– Ah…
Le vieux monsieur explose de rire :
– Ma femme a eu le même problème pendant 40 ans ! Ça m’a pas empêché de lui faire 4 enfants !
[…]
À la pause, je me souviens, j’ai appelé ma mère.
– Maman ?
– Oui ?
– Tu savais que la taille du pénis serait peut-être liée à l’imprégnation en testostérone de la mère durant la grossesse ? Je viens de me renseigner sur Google.
Silence.
– Heu… non. Pourquoi me dis-tu ça, Baptiste ?
– Pour rien, pour rien.
– Ah bon.
Silence gêné. J’ai pensé au monsieur de la 3.
– Maman ?
– Oui.
– Merci.
– Hein ?
Mais j’avais déjà raccroché, parce qu’aux urgences, on a le temps de rien. Vraiment.

PS 1 : je n’ai rien contre les vendeurs d’épicerie bio. C’est simplement que je tuerais mon chat pour faire un bon mot (même si, nous sommes d’accord, ça ne ferait rire personne. Je le sais, j’ai essayé…).

PS 2 : le PS 1 est une blague, je n’ai pas de chat… J’ai un chien !

PS 3 : sans transition, parce que je ne suis pas un garçon qui tourne autour du pot : si vous aimez cet article ou plus globalement le site en général, partagez sur vos réseaux sociaux et par pigeons voyageurs !

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À ma place ?

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Alors voilà Madame Ouija me dit qu’elle va mieux, que son fils est « parti » il y a quatre ans mais qu’elle le sent encore auprès d’elle.
Le matin, quand son mari dort, elle prend un stylo et laisse courir sa main sur le papier.
– C’est mon fils ! Mon fils qui me parle, dit-elle en souriant.
Je ne dis rien, je n’y crois pas, c’est tout. Comme le Père Noël, les sportifs espagnols non dopés, les M&M’s qui ne fondent pas dans la main, ou l’homéopathie ( vaste débat avec mon père qui y croit dur comme fer ! « Mais Baptiste, puisque je te dis qu’on a même soigné le chien avec des granulés, qu’est-ce qu’il te faut de plus ?!?!  » Hum, je sais pas, Papa, des essais cliniques randomisés multicentriques en double aveugle, par exemple ?)
Madame Ouija voit bien que je tique, alors elle farfouille dans son sac et me montre des feuilles. Des dizaines de feuilles. « Son fils » l’y rassure encore et encore, lui dit qu’il va bien et qu’il pense beaucoup à eux. Parfois,  » il  » dessine des animaux, des arbres, des bateaux et des quais de gares… elle serre très fort les feuillets. Ça l’aide, ou ça l’aliène, je ne sais pas.
– Il m’a parlé d’endroits où je ne suis jamais allée, de gens que je ne connaissais pas. C’est bien la preuve que c’est lui ? Non ?
J’esquive la question, je n’ai pas de réponse. Je lui demande comment va son moral. Elle me dit qu’elle va mieux depuis qu’il lui parle, car il lui dit qu’il est très heureux, que l’au-delà est une chose calme et douce, qu’elle ne doit pas avoir peur de la mort, et que tout est bien.
Je regarde les feuilles. Beaucoup d’écriture. J’entraperçois un chat, une maison… Tout est écrit/dessiné avec un trait un peu enfantin. Je suis un scientifique, alors je doute. Mais je ne dis rien. Mon rôle c’est de soigner, pas de sermonner, ou de faire tomber une superstition que je qualifierais de  » bienheureuse  » – puisqu’elle l’aide moralement.
Non ?… Vous feriez quoi à ma place ?…
Moi, j’écoute Madame Ouija et je me tais.
La vérité, c’est qu’elle me touche. J’aime bien les êtres humains. Pas tous. Mais certains, quand ils parlent à leur mort, je les aime plus que les autres.
Vous feriez quoi à ma place ?…

P.S. : pour détendre l’atmosphère, je vous annonce que dans le prochain post, je vous montrerai mon kiki. Voilà !

Avec un peu de chance, en croisant les doigts, en l’espérant très fort, en se disant que cela ne peut être autrement.

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Photographie : Austin Tott

Alors voilà il y a trois ans, on a soigné cette dame, Mme K.. Elle ne voulait pas de morphine, pas d’apitoiement et pas de larmes. Comme on s’inquiétait pour elle, elle a dit « Vous ne comprenez pas. Ce n’est pas que je vais mourir, c’est que je suis arrivée à la fin de ma vie ». Cette phrase, pour elle, c’était important.
Mme K. est morte il y a trois ans.
Je n’ai pas oublié, je l’ai écrit ICI. De tous les textes que j’ai écrits pour vous, c’est l’un de mes préférés.
[…]
L’autre jour, au cabinet, j’ai reçu un homme, la petite quarantaine effondrée de tristesse. Son père était en train de mourir :
– C’est mon père, ce sont nos souvenirs, l’enfance et le reste.
J’ai essayé de trouver les bons mots. Peine perdue, il était inconsolable (ou j’étais vraiment nul !)
– Papa me dit ne pas être triste, de ne pas m’apitoyer et d’aller de l’avant. Mais j’y arrive pas. C’est mon père… Il y a tout un tas de souvenirs qui remontent et… et…
Il n’a pas pu finir sa phrase, il était devenu un grand paquet de sanglots. Impossible de le toucher, impossible de le secouer. Il était plein de larmes et tout débordait.
Désemparé, je ne sais pas ce qui m’a pris. J’ai repensé à Mme K., et j’ai dit :
– Vous savez, votre père a eu une longue et belle vie. Il ne va pas mourir, il va arriver à la fin de sa vie. C’est différent. Vous comprenez ?…
Il a relevé la tête, il a semblé un peu choqué par ce que je venais de dire. Puis il a souri.
– Vous avez raison, ce n’est pas du tout pareil.
J’avais gagné.

Là, j’ai repensé à Mme K. Elle n’avait jamais été aussi vivante qu’à cet instant précis. Trois années se sont effondrées, deux lieux et deux temps se sont rejoints. Trois personnes, un bref instant, ensemble : Mme K. dans sa chambre d’hôpital, le fils de cet homme et moi.
Minute violon, New Age, yoga et Joséphine Ange-gardien (oui, je me suis forcé à mettre une pointe d’humour. Je ne voudrais pas que vous me preniez pour un garçon sensible…) : ça va vous paraître étrange, mais je crois que madame K. m’a tenu la main. Et je crois que, peut-être, avec un peu de chance, en croisant les doigts, en l’espérant très fort, en se disant que cela ne peut être autrement, TOUT est lié à TOUT dans ce monde.
Oui, avec un peu de chance, en croisant les doigts, en l’espérant très fort, et en se disant que cela ne peut être autrement…

(Sans transition, parce que je ne suis pas un garçon sensible : si vous aimez cet article ou plus globalement le site en général, partagez sur vos réseaux sociaux et par pigeons voyageurs !)

Les cordonniers mal chaussés… (partie II)

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(Suite du post ci-dessous)

Elle s’est pas loupée la puce. Je commence à retirer délicatement le pansement, la gamine hurle, mon ventre se tord.
Je me rends compte que c’est beaucoup plus facile quand c’est quelqu’un que vous ne connaissez pas (oui, vous pouvez sourire…) Je jette un coup d’œil rapide. C’est profond, ça saigne, et surtout, c’est ma nièce.
Je la prends dans mes bras, la rassure, la porte jusqu’à la voiture, démarre. Mon téléphone sonne.
– N’oublie pas qu’elle a six ans et qu’elle monte à l’arrière ! m’avertit sa mère.
– Pour qui tu me prends ! Je ne suis pas inconscient ! dis-je en arrêtant la voiture pour sortir et mettre ma nièce à l’arrière (dingue ça, j’avais zappé ce détail).
On arrive aux Urgences. Accueil.
– Voilà voilà.
Je bafouille, tends des papiers, fais tomber des cartes, dis que je suis le tonton. Elle me pose des questions, regarde la petite qui est aussi noire que je suis blanc, paraît surprise. Je souris, la petite grimace, la secrétaire d’accueil aussi. On s’assoit. On attend. Je lui donne mon téléphone pour qu’elle joue avec. Je pose ma tête sur sa coupe afro : c’est génial une coupe afro, tu poses ta tête dessus, Boïng-Boïng, ça rebondit, et tu peux t’endormir en sentant le monoï et la noix de coco. S’endormir oui, mais pas longtemps. Des portes s’ouvrent, des mauvaises nouvelles, des gens s’agitent. Je m’agite. On se regarde les uns les autres, quand l’un des patients est appelé il se lève et s’en va, tel un gagnant du loto ou du ticket d’or dans Charlie et la Chocolaterie.
Moi je reste avec ma petite Ompa-Lompa de nièce qui sent les îles et les larmes. Je lui suturerais bien sa jambe, mais je peux pas. C’est elle, ma petite Ompa-Lompa, et si elle pleure je vais pleurer. Je suis une mauviette qui sent la transpiration, la clope froide, et, maintenant, le monoï.
Impuissance et impatience. Finalement, la puce s’en sortira avec douze points de suture… six heures après !

Minute humour pour mes lecteurs qui sont soignants et pas patients : c’est quand même très horrible d’attendre aux urgences, je veux dire, c’est VRAIMENT horrible… Un peu comme attendre 24 heures la suite d’une histoire…

Les cordonniers mal chaussés…

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Alors voilà, j’étais rentré très tard de boîte de nuit, environ neuf heures du matin, quand ma mère m’a appelé pour me proposer de passer prendre le petit-déjeuner.
– Je te fais des crêpes, tu viens ?
L’appel du ventre. Je suis faible, j’ai dit oui.
Je suis arrivé en sentant la transpiration, la clope froide, et le petit relent d’alcool qui vous colle à la peau après les bonnes soirées. D’ailleurs, la mère ne s’y est pas trompée :
– C’est quoi cette odeur de fumée ? Tu fumes ? a-t-elle fait d’un air de tragédienne antique.
– Ben, maman, faut que je te dise la vérité : en réalité, je suis un train.
J’ai ri. Pas ma mère. J’ai mangé mes crêpes en pensant à mon lit et à ses draps propres. J’allais dormir comme un prince. Mon téléphone a sonné, ma sœur.
– L’école a appelé, ta nièce s’est fait mal, ils disent qu’il faut l’amener aux urgences, je suis coincée au boulot, tu peux aller voir ?
[Là, j’ai bien compris que j’allais pas pouvoir manger mes crêpes et que le dodo attendrait plus tard]
– Ok, ok, j’y vais.
J’adore ma nièce. Elle m’adore aussi, mais c’est normal : je suis le plus cool (et modeste) des tontons.
J’ai marqué des points le jour où, à l’âge de trois ans, elle est venue me demander si elle pouvait jouer avec son caca.
– Oui, ma chérie, mais seulement si c’est pour écrire un poème sur le caca.
(((((((Elle s’attendait à ce que je dise non : pour marquer des points avec les gosses, il faut les étonner. Enfin, c’est mon avis. )))))))
[…]
Elle s’est pas loupée la puce. Je commence à retirer délicatement le pansement, la gamine hurle, et je

LA SUITE DEMAIN À 9 heures 13 minutes 12 secondes. Je vous embrasse.

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Tous les enfants du monde.

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Alors voila, nous étions à cette table de restaurant. On plaisantait. Un groupe d’internes, c’est forcément un peu graveleux ( mais drôle, hein ! ). Comme je dis souvent, j’aime la vulgarité, elle me donne l’impression de ne jamais mentir.
Cette famille est venue s’installer à côté de nous. Le père, la mère, quatre adolescents. L’un d’eux, 12 ou 13 ans, cachait son visage au fond d’une capuche noire. Il portait des lunettes teintées. J’ai trouvé cela étrange : même dans le sud-ouest de la France, il n’y a plus de soleil à 23 heures (je sais, je viens de balancer un gros coup de pied dans la fourmilière !).
Le premier mot a fusé dans l’air comme Ariane dans un coin de Kourou :
– Sale con.
Puis deux autres, juste après, en saccade :
– Jacques est un connard.
Ça a été craché -ou glapi- plus que ça n’a été dit.
J’ignore ce qu’il y avait au menu ce soir-là, mais le gosse, lui, on lui avait servi un très mauvais syndrome de Gilles de la Tourette en entrée.
Saleté de Tourette. Ou de Gilles, je ne sais pas.
Imaginez-vous : premier rendez-vous avec une fille. Vous vous faites beau et là, entre deux œillades gênées, paf !, vous traitez Jacques de sale connard. Qui est Jacques ? Vous n’en savez rien. Mais vous l’avez traité haut et fort de « connard », et tout le monde a entendu.
Difficile d’arriver jusqu’au dessert avec la demoiselle…
J’ai réfléchi à cette phrase « J’aime la vulgarité, elle me donne l’impression de ne pas mentir. »
J’ai eu envie d’aller voir le gosse d’à côté, de lui retirer ses lunettes noires, de découvrir son visage. Lui dire de plus se cacher.
Souvenons-nous de toutes les fois où les parents rabâchent à leurs enfants « ne dis pas ça, c’est un gros mot ».
Et si les gens atteints par cet affreux syndrome n’étaient pas malades ? Et si, par une étrange bizarrerie de la nature, ils n’étaient que les porte-paroles de tous ces « gros-mots » que les enfants ravalent ? Comme une soupape verbale refroidissant la « marmite mondiale des gros mots » quand celle-ci menace de déborder ?
Voilà, voilà : chaque fois qu’un gamin ravale sa grossièreté, elle rejaillit ailleurs, dans la bouche d’un autre, portée par le vent messager et d’invisibles rails.
Oui, je crois que c’est ce qu’il faudrait leur dire, aux gosses avec leurs lunettes noires :  » N’ayez pas honte, gamins : par vous chantent tous les enfants du monde. N’ayez pas honte. Vraiment ».

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Illustration : Marie-Lys

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Les champs de Novembre, la nuit.

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L’histoire c’est J. L’écriture c’est moi. Merci…
Pour raconter, écrivez
ICI

Alors voilà, elle est arrivée aux Urgences pour « une crise de nerfs et crises de larmes », emmitouflée sous plusieurs couches de vêtements. Elle a enlevé manteau, veste et pull. Elle a dit qu’elle n’allait pas bien, que c’était son fils, et ce foutu mois de novembre qui approchait.
« On fait des enfants, mais on ne peut pas les protéger de tout, tout le temps. »
Elle a dit qu’elle n’y était pour rien, qu’elle n’avait pas voulu être une prison pour son propre fils.
Elle a parlé, parlé et parlé encore.
Il y a 13 ans, il avait 19 ans.
C’était le mois de novembre et c’était la campagne. Il est allé en boîte de nuit avec ses amis. Ensuite, il a voulu rentrer.
Il a pris la voiture et a conduit à peine 1 km.
Peut-être qu’il a regardé les étoiles et qu’il s’est dit que tout ça est immense, elle ne sait pas. Il a garé la voiture sur le bas-côté, près d’un champ.
Il avait bu, il avait dansé, il était fatigué, c’était plus raisonnable.
« Je ne sais pas ce qu’il a pensé. Elle était froide cette nuit de novembre, et même dans les voitures, les petits cristaux ont poussé sur les fenêtres. À quoi il a pensé, hein ? »
C’était très beau. C’était novembre, la campagne, le silence, et la nuit.
Le dossier du siège, il l’a reculé en arrière. Il avait un pull, il aurait pu le mettre, il faisait froid, sans doute, il ne savait pas, il ne sentait rien, il avait dansé et il avait bu. Il a roulé le pull en boule, a posé sa tête dessus. Il s’est endormi comme un enfant de 19 ans, la nuit autour, les étoiles au-dessus.
Et au matin quand que les pompiers l’ont trouvé, il n’avait pas bougé. Il était comme ça : les bras sur le torse, les poings serrés, les jambes un peu pliées.
– C’était mon fils, mon enfant, il était mort de froid.
C’était novembre, la campagne, le silence, et la nuit.

Que voulez-vous la nuit était tombée Que voulez-vous nous nous sommes aimés.
P. ELUARD

Pourquoi j’ai peur de la petite souris.

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L’histoire c’est Laurence, infirmière. Merci à elle. Pour raconter, c’est ICI.

Alors voilà Mme H.
Elle est démente. Comme ce mot est très laid, l’infirmière qui s’occupe d’elle préfère dire « pimpim ».
Pimpim, c’est chantant. Dit comme ça, on n’imagine pas que ce soit aussi terrible.
– Comment ça va madame H. aujourd’hui ?
– Oh ma chère Suzanne, c’était charmant ce spectacle de marionnettes hier soir !
Suzanne, l’infirmière, (qui s’appelle en réalité Laurence) ignore totalement de quoi elle veut parler.
– Quel spectace ? quelles marionettes ?
Parle-t-elle du défilé des internes, externes, chefs de clinique et chef de service ?
– Vous savez bien là, hier soir, juste après dîner.
– Ah oui, le journal de 20 heures.
Et madame H. de prendre ses mains et de leurs faire dessiner des cercles dans les airs en fredonnant « Ainsi font font font les petits marionnettes »
Madame H. retourne en enfance. Elle rit et dit des gros mots. Elle veut manger des sucreries et quand on lui dit non, elle se met à pleurer.
« Hier, m’écrit Laurence, elle a perdu son unique et dernière dent vraiment à elle. Elle l’a mise sous l’oreiller. »
– Pour la petite souris, a dit madame H.
Pimpim.
« L’équipe de nuit a glissé une pièce de deux euros à la place. »

Vous savez, parfois j’ai peur. Parce que je vais vieillir et je ne veux jamais devenir Pimpim. Je ne veux VRAIMENT jamais jamais jamais devenir Pimpim.

« Ainsi font-font-font les petites marionnettes, trois petits tours (humains) et puis s’en vont ».

Pour finir, quelques conseils de lecture : pour l’humour et la tendresse de son livre, le dernier Agnès Ledig, chez Albin Michel : ICI. Ensuite, pour la beauté des mots, le premier roman d’un jeune auteur INCROYABLEMENT talentueux, chez Gallimard, Étienne Raisson : ICI.

Les enfants, les tribus et les grenouilles.

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L’histoire c’est B., alias Titou, interne en pédiatrie, l’écriture c’est moi. Merci !

Si vous voulez raconter : c’est ICI !

Alors voilà Alexandre avait six ans. Il est venu avec maman, un ours en plastique dans chaque main et des douleurs abdominales.
– Tu as mal où ? demande Titou.
Alexandre montre le téton droit en plissant les lèvres. La mère dit que c’est le ventre. Souvent les enfants montrent le téton quand ils ont mal ailleurs. Le téton, ou le bras, ou la cuisse… Bref, ne jamais croire un gamin (mais qui a inventé l’expression « la vérité sort de la bouche des enfants ? ». Sûrement un enfant…).
– Tous les mois c’est pareil. Pendant deux/trois jours, il a mal.
On fait des examens au gosse. Une batterie. Des échographies. Des prises de sang. Des rendez-vous avec le spécialiste. Rien. Nada.
– Tous les mois, vous dites ?
– Tous les mois.
– À la même période ?
– À la même période.
Titou est dubitatif. Mais qu’est-ce qu’il a, ce gosse ?…
Alors Titou de souvient d’un reportage qu’il a vu la veille sur Arte et qui parlait de grenouilles et d’hormones.
– Il a combien de sœurs ?
– Quatre, répond maman.
– Elles sont réglées ?
– Oui.
– À peu près au même moment dans le mois ?
– Oui.
– Elles ont mal ?
– Elles ont leurs règles. Bien sûr qu’elles ont mal !
(((((Assertion discutable, mais dite en ces termes là alors je retranscris…)))))
– Il me vient une idée idiote. Est-ce que, par hasard, les douleurs d’Alexandre apparaissent au moment où vos filles sont réglées ?
La mère s’étonne.
– Ben maintenant que vous le dites, c’est au même moment, oui.
– On va faire quelque chose : chaque mois, quand vos filles ont leurs règles, vous leur demandez de prendre leur anti-douleur discrètement et de dire devant le petit qu’elles n’ont pas mal. Ça vous va ?
– Heu… Oui, d’accord.

Ils ont fait comme ça et ça a marché. Les filles ont dit qu’elles n’avaient pas mal et les douleurs du petit ont disparu. Plus rien. PFFFF ! Envolées !
Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour appartenir à une tribu ! Je veux dire qu’est-ce qu’on ferait VRAIMENT pas pour appartenir à une tribu !

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