Une tragédie 2.0

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Coucou
Pour les personnes qui ne sont pas sur Facebook et n’ont pas suivi la tempête de merde essuyée ces dernières semaines, j’ai écrit un texte dans le Huffington Post. Il est long, mais il est rédigé avec le coeur et il traite d’un sujet important. 

Je veux bien que vous preniez cinq minutes pour le lire jusqu’au bout et le partager. 

C’est ICI

Je vous souhaite une belle et douce journée.
AUSSI :
J’étais invité de la géniale émission « Grand bien vous fasse » d’Ali Rebeihi sur France Inter. Une heure sur l’écoute médicale. 
Je serai en dédicace à Agen à la librairie Martin delbert a Agen le 4 février à partir de 15h et en confèrence en tant que parrain des blouses roses (une super association qui amène la lecture aux personnes hospitalisées) à partir de 11h à la salle Albagnac du Crédit Agricole. 

Le 9 février à Rouen à la librairie L’Armitière vers 18 heures. 

D’autres dates arrivent, je vous tiendrai au courant !


Ne demandez pas ce que Captain Igloo vient faire ici, je ne sais pas. Je ne sais PAS du tout. 

La femme qui frappait aux portes.

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Alors voilà… Madame Martin parle vite, respire vite, existe vite (faut visualiser le lapin blanc d’Alice qui ressasse : « En retard, en retard, je suis en retard ! ».) Elle court, avec son caddie vinyl jaune, ses soixante ans et son imperméable à gros imprimés floraux.- J’ai été adoptée. Quand j’avais six ans. Me souviens de rien. C’était l’Algérie, puis c’était la France, puis les années ont passé !
Léger retard cognitif : Madame Martin pense plus jeune que son âge. En elle demeurent le lapin blanc ET Alice.

– Mon père adoptif, Parkinson. Ma mère adoptive, cancer du sein, je crois. Ou alors c’était « un cancer pas du sein, mais un cancer quand même » (sic).

(Là, elle rit très fort).

– Je les ai pas laissés, promis. Jamais. Après tout ce qu’ils avaient fait pour moi… Je me suis bien occupée d’eux. 

Son débit de parole est rapide : il faut bien caler la fierté entre les mots et l’amour entre les lettres, alors elle tasse !

– Maintenant qu’ils sont partis, et que je suis sûre de ne plus les blesser, je peux me consacrer à mes voyages. 

Ses voyages ? Retrouver sa famille. 

En vérité, elle s’appelait Larbaoui avant d’être adoptée. C’est tout ce qu’elle sait sur ses origines. Elle s’est mise en tête que tous les Larbaoui de France sont potentiellement sa famille d’origine. Alors elle les appelle, les uns après les autres. Elle prend le train avec son caddie, et frappe aux portes. Elle cherche. 

– Y en a quelques-uns à Strasbourg. Je vais aller les voir.

L’année dernière, elle a sillonné Paris et Lyon.

Peut-être, un jour, sonnera-t-elle à votre porte ? Sachez qu’elle a attendu longtemps pour vous rencontrer.

J’espère qu’elle vous trouvera vite.

———
Je rappelle (internet, je te connais si bien !) que les noms, sexes, âges et données géographiques sont systématiquement modifiés dans mes post.
Enfin, le très bon magazine CAUSETTE me fait l’honneur d’être leur grand portrait de Janvier. Quatre pages (ICI) pour parler médecine, famille, société, et situation des mères célibataires en situation de soin (rapport à mon dernier roman paru en octobre). 
Bonne soirée à toutes et tous…

L’homme qui était chaud-patate.

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Alors voilà : patient, 45 ans, refuse de prendre son traitement. Je bataille vingt minutes, lui sors le grand jeu… Il finit par accepter, puis quitte le cabinet en me serrant fort la main et en disant, avec des intonations de VRP et l’air expert :
– Très belle négociation, Docteur.
Là, je suis chaud patate, je me sens prêt pour gérer le conflit israélo-palestinien. 

En plus, mes patients qui me trouvent trop maigre me ramènent des munitions :

Joyeux Noël à toutes et tous, à vos familles et à ceux que vous aimez…
Baptiste

Les bonnes recettes de tonton Bibi (pour un réveillon P-A-R-F-A-I-T).

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Ci-dessus : mon idée cadeau, pour un Noël original et hors des sentiers battus. Plus bas, mon idée recette à ne surtout pas manquer !

Alors voilà parfois, je rentre dans les églises aux heures de moindre affluence. Je m’installe dans le coin le moins fréquenté, puis j’enfile mes écouteurs.La musique vient.

Je cherche des yeux quelque chose. Pas les dorures, pas les sculptures. Plutôt le vide, c’est-à-dire tout ce qui n’est pas ni dorure ni sculpture. L’air aussi, peut-être. 

Je croise les doigts, je serre mes paumes l’une contre l’autre, je les tords vers le bas (je n’ai pas la réponse à ça, mais… peut-on prier vers le bas ?!?!) Je pense à des trucs. Très basique. J’ai tellement envie de Paix, j’ai l’impression d’être Miss France. Je ne suis pas chrétien. J’essaie de ne pas être une trop mauvaise personne. J’essaie d’aider. De comprendre. J’essaie surtout de regarder les visages des gens. De les regarder vraiment. 

Là, un type tend ses mains au-dessus des cierges allumés et s’y réchauffe : peut-être que cela ne sert à rien, les cierges… Que nos vœux ne sont jamais exaucés… Pourtant… Moi, j’ai vu un homme s’y chauffer les mains, alors ça doit valoir le coup d’en allumer de temps en temps.

Au dessus de nos têtes, y a des statues avec les bras écartés. On les regarde aussi, et on se dit que la possibilité d’une rencontre n’est pas à écarter, après tout. Peut-être certains y trouvent-ils même des étreintes. Moi, je cherche le vide, mais y a jamais de réponse dedans. Y a rien. Juste de la musique, et seulement parce que c’est moi qui l’ai mise dans mes oreilles. 

C’est peut-être ça, Dieu : la beauté qu’on a soulevée soi-même dans le tissu du silence.

Dieu, c’est la beauté provoquée. 

C’est ce que je vous souhaite pour les fêtes qui arrivent et cette nouvelle année : de la beauté provoquée et des visages entièrement regardés. 

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Nota, n’oubliez pas ci-dessous mon idée recette pour un réveillon réussi et inoubliable. Elle surprendra vos invités et sera l’occasion d’aborder des sujets de société importants, comme la surconsommation d’antibiotiques et ses conséquences lourdes et tragiques en terme de santé publique :

<< Tu veux être quoi quand tu seras grand, Jean-Kévin ?>> << Indifférent, maman.>>.      (3/3)

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Un des nombreux messages/commentaires reçus ces derniers jours (ce billet fait suite aux deux billets précédents).

Visiblement, Arya est à Serpentard… 

Alors voilà, il ne s’agit pas de cacher à un(e) patient(e) son état.

Il s’agit de ne pas l’humilier. 

Or, ne pas acabler un autre être humain au seul motif que ce n’est pas compassionnel parait insuffisant à certains… Soit, je l’entends. Après tout, un esprit froid, logique, implacable, pour qui la vérité prévaut sur tout, un esprit… comment dire… scientifique (?) adhérerait à cette idée.

Il convient donc, ce n’est pas sorcier, de nous pencher sur… les données scientifiques !
(Fred et Jamy, à l’aide !)

*bruit de camion qui se gare*

ATTENTION RÉVÉLATIONS :

Il est documenté scientifiquement que pratiquer la culpabilisation n’est pas efficace et entretient a contrario des comportements alimentaires personnels néfastes (voir liens plus bas, sous la photo, je ne peux pas détailler, je n’ai pas le temps. Un clic, et vous avez tout !). 

(C’est bon, Fred, et Jamy, vous pouvez repartir !)

*bruit de camion qui s’en va sur les routes de la connaissance*

Bien entendu que « obèse » est un terme médical. Pourtant, comme je l’ai lu dans vos commentaires, une langue est vivante et « vit » aussi à travers des glissements de sens. On imagine mal, en 2016, prescrire des vitamines pour un patient « débile », ou un traitement pour un « crétin »… et pourtant…! 
Je crois, à titre personnel, que la question nous incombe, à nous soignants, de savoir si nous souhaitons être des allié(e)s de ces patient(e)s ou nous inscrire dans la longue lignée de soignant(e)s culpabilisateurs auxquels ces patient(e)s sont confronté(e)s depuis l’enfance ?
Quand on sait que cette culpabilisation est inefficiente (et même néfaste) continuer de la pratiquer n’a aucun sens ! Certains diront (avec pertinence ?) que cela confine même à la maltraitance….

Nos professions sont basées sur des études méthodiques visant l’amélioration de la qualité de vie et la baisse des facteurs de risques présentés par nos patient(e)s. 
Je crois, encore une fois à titre personnel, que nous ne sommes pas les papas ou les mamans de nos patients. Nous sommes des scientifiques qui, parmi tous les champs d’investigation possibles visant à connaître les modalités du Monde énigmatique dans lequel nous évoluons, avons choisi celui nous permettant de devenir soignants.

Alors soignons « pour le plus grand bien possible » !

OUI, il y a bien plusieurs références à Harry Potter dans ce texte. Et d’ailleurs, pourquoi ce texte ? Parce qu’il y a des gens sur internet, ils sont TELLEMENT méchants, je suis sûr que leurs Patronus c’est Nellie Oleson :


Liens : 

(Désolé ils sont en anglais, je n’ai rien en français )
https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/25212272

http://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0070048

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/21760636

Une bonne journée.   (2/3)

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Samedi, je publiais ça sur mon blog :

UNE JOURNÉE DE MERDE

(En bref, j’y racontais comment la mention « obèse » sur un brassard de la marque Spengler avait fait pleurer une patiente).

Je viens de recevoir le message suivant de Spengler :

<< En réponse votre post en date du 10/12/16 à propos des brassards Spengler marqués « obèse »

Comme certains l’ont déjà dit dans les commentaires, effectivement le mot « obèse » est un terme médical que l’on retrouve dans les enseignements en études de médecine.

Et lorsque les médecins passent commande, ils utilisent ce terme également.

Nous comprenons que depuis un grand nombre d’années, ce terme est sorti du contexte médical et a été utilisé de manière très vulgarisée et peut légitimement être vécu comme une insulte.

Nous sommes fabricants français de tensiomètres depuis 1907. Nous fournissons de nombreuses institutions comme les pompiers, les hôpitaux, Médecins du monde… qui utilisent nos produits comme le docteur Beaulieu lui-même car tous en reconnaissent la qualité historique.

Ayant pris connaissance ce matin de ce post, nous venons de stopper la chaîne de fabrication du brassard portant cette mention.

Nous sommes dans l’obligation de vérifier auprès des instances réglementaires qui veillent à la qualité de nos produits et aux normes la possibilité de faire disparaître cette mention reconnue dans le monde médical.

Nous ne manquerons pas de vous tenir informés sous ce post ainsi que sur notre page facebook. >>

Je pense que je n’aurais JAMAIS écrit ce billet de blog sans vos différents témoignages que je reçois depuis quatre ans maintenant, notamment sur la grossophobie. Alors MERCI. 

Enfin, je précise que je ne suis pas ici pour recevoir des cookies, faire du bad-buzz ou jeter l’opprobre sur une entreprise qui fournit du matériel de qualité et du boulot à des gens. Je ne suis pas un moralisateur et je ne porte pas les SJW dans mon cœur (je vous laisse découvrir ce terme sur Google). 
Je suis juste un type qui n’aime pas voir pleurer sa patiente pour rien (elle SAIT qu’elle est obèse : vous, moi, la société, le cinéma, l’humour, l’Univers lui disent et lui répètent depuis l’enfance.)

La marque Spengler est connue de tous les médecins pour la qualité et la durabilité de leurs produits. 

Je les remercie de leur réactivité. 

Baptiste. 

Nota : nous faisons tous des erreurs. Il faut apprendre à vivre avec et les aimer. Comme l’homme et la femme sur la photo ci-dessous. 

(OUI, c’est de l’humour noir). 

Une journée de merde.     (1/3)

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Alors voilà :

1/ recevoir une patiente en surpoids,

2/ échouer à prendre sa tension avec un brassard standard,

3/ prendre un brassard adapté qu’on vient d’acheter,

4/la voir pleurer,

5/se sentir gêné,

6/entendre « c’est pas vous, c’est ce qui y a écrit sur votre brassard ». 

Comment j’explique à ma patiente pourquoi même un stupide brassard lui exprime ENCORE ce que TOUTE la société lui matraque DÉJÀ depuis l’enfance ?

Des crachats en maternelle au type qui la montre du doigt dans la rue à ses potes en se marrant (et tout le reste, brimades, et injures, et hontes, et railleries, et vexations terribles, que nous n’imaginons pas, que nous ne POUVONS pas imaginer pour la simple et bonne raison que nous ne sommes pas ELLE et ne le serons jamais), tu as été la goutte d’eau qui fait déborder le vase, petit brassard.

Alors MERCI Spengler, mais ma patiente SAIT qu’elle est obèse, mais moi, à cause de toi, j’ai humilié une patiente pour rien.

Voilà.

PS : anticipons les grincheux qui vont me rentrer dedans immanquablement, voulez-vous ? OUI, je sais que l’obésité est dans certains cas une maladie, et OUI, je sais qu’il ne faut pas cacher la maladie à un malade. Ici, je pointe l’inadéquation entre un objet aussi « inoffensif » qu’un brassard tensionnel et le renvoi -inattendu pour cette patiente- à une représentation douloureuse de sa maladie (le renvoi de ma malade à sa maladie, pour simplifier). 
Elle SAIT qu’elle est malade. Elle le sait déjà TROP.

Photo : moi, certains jours, quand ça dérape sur FACEBOOK

Une réflexion issue de mon quotidien au cabinet médical.

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Photo ci-dessus : « virilité grou grou ». 

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Photo ci-desous : ce que ça devrait être dans un monde idéal.


Alors voilà, Marie, médecin généraliste. Marie se rappelle une consultation. C’était il y a longtemps, quand « j’étais encore en stage chez un médecin ». Une jeune patiente venait d’avoir son premier rapport sexuel (rien d’anormal, m’écrit-elle, compte tenu de l’âge, des conditions, et du jeune homme choisi) lorsque, trois jours après, le père de la jeune fille l’avait amenée à son médecin généraliste (un « homme à la soixantaine bedonnante » m’écrit-elle) pour qu’il lui « prescrive un bilan MST et la raisonne »…

Le plus difficile dans tout ça, dit Marie, c’est que mon maître de stage a accédé à cette demande, et que je voyais bien la détresse dans les yeux de cette jeune fille. Pourtant, pas un instant je n’ai pas pu avoir la parole pour mener cette consultation ! Autant dire que depuis, je gère tout à fait différemment et surtout je prends les devants avec mes jeunes patients adolescents !

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Alors pour rebondir sur ce témoignage intéressant de Marie, y a ce « truc » que je constate (presque) tous les jours au cabinet médical, dans la façon dont les parents (les pères +++) parlent de leurs filles, et encore plus quand on aborde l’épineux problème de la puberté. Ce « truc » je le retrouve le soir sur FB, avec des panneaux comme celui posté en tête d’article… 

Alors : 

1- On voit rarement (jamais ?) les mêmes visuels sur les garçons;

2- Si on arrêtait de partager ces panneaux qui se veulent humoristiques, mais qui ne cessent d’entretenir l’idée que la fille (sa virginité, pour être exact) appartient au père : IL en serait le dépositaire, et IL déciderait du moment où IL saura s’en défaire puis l’offrir à l’homme/gendre de son choix ?

Sociologiquement, on aura tendance à valoriser la sexualité débutante de l’adolescent mâle et à la mettre en avant (genre : « c’est un petit tombeur ! » etc…), voir même à en retirer un sentiment de fierté (le nombre de fois que, en consultation, quand des parents parlent de leurs ados, j’entends « c’est un charmeur » avec un clin d’œil connivent dans ma direction ! Le tout accompagné généralement d’une grande tape dans l’épaule !). 

Pourtant, quand une fille du même âge (on va dire 14-16 ans) souhaite explorer SA sensualité, la société aura tendance à :

– la culpabiliser (« te comporte pas comme une pute ! » que j’ai déjà entendu au cabinet médical…);

– lui rappeler (insidieusement) que cette sexualité ne lui appartient pas mais appartient à son père (parfois, aussi, son frère).
Sur le panneau en tête d’article, à aucun moment le consentement de la fille n’est évoqué, on dirait plutôt qu’elle est la « propriété » de son père.

Ça me gêne, pas vous ?

Les femmes qui étaient d’accord.

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L’anecdote c’est Chef Sourire-En-Deux, l’écriture c’est moi.

(Je faisais mes gardes avec toi, sans me douter qu’un jour, je raconterais tes histoires ! La bise !)

Alors voilà Chef Sourire-En-Deux. Son visage n’est, d’un bord à l’autre, qu’un immense sourire où les lèvres n’en finissent plus de s’étirer. On dirait une nappe – ou un drap – plié en deux. Ce n’est pas une bouche, c’est un deltaplane.

Un matin, elle me raconte qu’elle aime son travail d’ urgentiste au SAMU.

– Sauver des vies, les prolonger, se battre… C’est un métier où tout va très vite. Les plaies de couteau, les infarctus, les accidents de voiture : pas de soucis, je gère.

Elle a juste UN point faible : les accouchements.

– Peur que cela tourne mal, peur de mal faire, pour le bébé, pour la mère. Là où les collègues trouvent la meilleure part du job, moi, j’ai la frousse.

Un soir, elle se souvient, on l’appelle pour une naissance qui s’annonce mal. Elle arrive avec l’équipe au domicile :

– Tu ne peux pas savoir mon soulagement en voyant la mère tenir son bébé dans les bras. Tout s’était bien passé. Et sans nous ! SANS NOUS !

Un peu euphorique, elle félicite Papa, Maman, et, après avoir vérifié que tout le monde va bien, elle déclare :  » Vous nous avez fait une belle petite crevette, madame ! Ça oui, une petite crevette adorable ! Et comment allez-vous l’appeler, la petite crevette ?  »

La mère sourit, gênée :

– Nous avions décidé d’appeler la crevette… Omar.

Instant de flottement. La femme regarde la médecin qui regarde la femme. D’un commun et tacite accord, elles baissent les yeux vers la « crevette » posée sur le ventre de la mère comme une belle pêche sur le port du Havre.

 » Finalement, conclut Chef Sourire-En-Deux, La mère et moi sommes tombées d’accord : le petit allait bien, et c’était VRAIMENT ça l’important.  »

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Nouvelles dates de rencontres avec vous en librairie :

Le Mardi 6 décembre à la Ludo mediatheque de Borderes et Lamensans (40270) à 19h.

Le mercredi 7 décembre à la maison de la presse Mondésir de Mérignac (à partir de 14 h jusqu’à 18h )
Le jeudi 8 décembre à la librairie Mollat de Bordeaux à 18 H. 

Mardi 13 décembre à la Librairie Une autre Page, de Croissy-Sur-Seine, à 18h. 
Mercredi 14 décembre, je serai à STRASBOURG, librairie Kleber 17h30 h. 
Jeudi 15 Décembre à NANCY à la librairie « le Hall du livre » vers 18h. 

PS : le 26 novembre, le blog fêtait ses quatre ans d’existence. Je voulais écrire un petit mot de remerciement à vous toutes et tous, puis j’ai oublié. J’oublie beaucoup (petite histoire drôle : ce matin, on a failli me couper l’électricité. A priori, il faut payer l’EDF, parce que si tu oublies, eh bien t’es puni… #têteenlair  Un jour, j’atterrirai. En attendant, je suis heureux qu’il existe une trêve hivernale). 

La délicatesse.

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L’histoire c’est Petit Bleu, si vous voulez raconter, c’est ICI

Alors voilà, je suis flic et je n’ai même pas 2 ans de maison ce soir de novembre-là… La soirée a été calme et on en a profité pour manger un morceau au central lorsque la radio nous appelle. « C’est pour un Delta-Charlie-Delta ». Une personne décédée à domicile. 

On repose les gamelles, puis on se rend sur les lieux.

On arrive devant l’appartement, la porte est entrouverte. Ouf, de la famille sur place ! Ça nous retire un poids…

Un couple nous accueille. Je me souviens de l’homme, la quarantaine, taillé comme un rugbyman, les yeux rouges. C’est le fils.

On demande si on peut rentrer. On s’essuie les pieds sur la paillasson. On serre la main. On dit bonsoir et on se sent immédiatement très con de l’avoir dit.
Il a la gorge nouée, le fils… Il a du mal à nous parler et nous désigne la chambre. Je le remercie et lui dis qu’il peut m’attendre dans le salon pendant que mon collègue relève son identité. Il a l’air soulagé. Personne n’aime voir le cadavre d’un proche…
J’entre dans la chambre, où je trouve une mamie comme toute les mamies : petite, très maigre, les cheveux blancs et la chemise de nuit. Elle est tombée de son lit et gît face contre le sol. A côté d’elle, une bouteille de gin bon marché et assez de médicaments pour ouvrir une pharmacie.

Constatation sans appel : mamie a décidé que 82 ans était un âge respectable pour mourir… Allez hop ! Alcool, drugs et rock’n’roll ! En route pour les nuages roses et les licornes arc-en-ciel…
Je vais parler au fils avec douceur. Il propose un café. Lui tourne à l’alcool et allume sa cigarette avec le mégot de la précédente. J’accepte le café, je devine qu’il a besoin de penser à autre chose, de retrouver des automatismes, de reprendre le contrôle sur la situation même si ça se limite à la préparation d’un Nespresso. 
En attendant, je réclame un médecin sur notre radio. Étrangement, vous pouvez être tout ce qu’y a de plus mort, tant qu’un médecin ne l’a pas déclaré, vous êtes officiellement toujours en vie. 

Après 3 heures d’attente et une dizaine de coups de téléphone à différents organismes, un médecin arrive. Je passerai les détails sur son besoin pathologique de jouer dans un épisode des experts à Miami et de mener l’enquête à notre place, toujours est-il qu’il constate le décès de mamie. 
L’histoire aurait pu/dû s’arrêter là. Merci docteur. Au revoir docteur.

Mais non. C’est à peu près à ce moment-là qu’il est venu parler avec le fils.

– Vous avez la carte vitale de votre maman ?

Surprise. Je ne suis pas médecin, alors je me dis que, peut-être, il doit bloquer sa carte pour éviter des fraudes ? J’en sais rien, moi.

– Non. Vous ne l’avez pas ? Ah mince. Vous avez la vôtre ?

Le fils :

– Euh… Oui…

(Dans ma tête, c’est « mais qu’est-ce qui se passe ? »)

– Vous pouvez me la passer, s’il vous plaît, je mettrai la consultation à votre nom.

(PUTAIN DE BORDEL DE MERDE ?!?!? J’ai dû mal entendre. J’interviens.)

– Excusez-moi docteur, mais l’officier de police judiciaire vous a fait une réquisition. 

(En clair ça veut dire qu’on l’oblige à venir et que c’est l’état qui paye.)

– Oh oui mais ça prend trop de temps. Alors que si monsieur me fait un chèque, je serais payé de suite, et de toute façon il sera remboursé par la sécu…
Je l’avoue là, à ce moment précis, j’ai eu envie de lui casser la gueule. Hélas, je suis quelqu’un de civilisé, alors je me suis retenu et on est reparti en pensant que les médecins étaient tous des bâtards qui te laisseraient crever sur le carreau si t’avais pas une carte vitale et un chéquier… 
…puis je suis sorti dans la rue et de l’autre côté j’ai vu le cabinet de LA Vétérinaire. Je me suis souvenu que ça faisait déjà 3 fois que je lui amenais des chiens errants. Pas de réquisition. Pas d’argent pour la consultation. A chaque fois elle les a auscultés pro bono, sans rien d’autre que le sens du devoir et peut-être aussi l’amour de ses « patients ». 

Alors je me suis dit que comme dans tous les métiers, il suffisait d’un seul médecin mal luné, désabusé ou souffrant d’un cruel manque d’empathie pour mettre à mal la réputation de toute une profession. 
Je suis rentré au commissariat en me rassurant que tout les médecins n’étaient pas comme lui. J’ai eu une petite pensée pour tous les urgentistes et leur travail ô combien difficile. J’ai eu une pensée pour ce fils de quarante ans qui pleurait sa mère et qui avait dû payer 70 euros pour qu’on lui certifie qu’elle était morte.

Alors au petit matin, sans échanger un mot, nous sommes rentrés dans nos maisons. 

Et on a tous appelé nos mamans.