L’homme qui voulait être aimé.

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Alors voilà, y a deux ou trois semaines, juste avant Noël, j’ai vu un flic. Un vrai de vrai. Un poulet, comme on dit. Disons les choses franchement, il est venu chercher son traitement antidépresseur et sa prolongation d’accident du travail. Il était triste. Vraiment très triste.

« Les gens qu’on arrête ne nous aiment pas, les gens qu’on protège non plus.« 

Il est là, avec sa tête toute désabusée. J’écoute. C’est le genre de consultation qui ne demande pas beaucoup d’efforts intellectuels, mais qui engage beaucoup émotionnellement. On écoute et c’est tout.

« J’ai jamais eu la prétention d’être un héros, mais je voulais aider les autres. Pas être détesté. »

Il me dit qu’il s’en tire pas trop mal. L’an dernier, un de ses collègues a sorti son arme de service pour se tuer.

« Une fois, on nous a traité d’enculés dans la rue. Avec le collègue, on a baissé la tête. On a fait semblant de ne pas entendre. On s’est senti tellement mal après, on n’osait même plus se regarder. Chaque fois que je croisais ses yeux, je savais qu’il pensait à ce moment là… Alors la fois d’après, quand on s’est à nouveau fait insulter, on a ramené nos gueules, ça a viré au lynchage et ça nous a valu un procès. Et maintenant j’ai mon poignet pété. Et j’ai mal un peu partout. Et j’arrive plus à me motiver pour me lever le matin. »

Il dit qu’il en a aussi marre de travailler la nuit.

« Je suis fatigué de dormir toute la journée, et de me lever le soir. Vous savez pourquoi la nuit c’est bleu blanc rouge ? Bleu, c’est la police. Blanc, c’est vous, les soignants. Et rouge, les pompiers. »

Ils baisse encore la tête. Il ne fait que ça. Monter et descendre la tête, en manière de commisération lasse. Je l’examine. Quand il sort sa carte, je lui dis que je ne fais jamais payer les forces de police. C’est un mensonge, mais aujourd’hui je décide de mentir à un de mes patients. Ça m’arrive souvent. Je m’en fous. Je mens.

Il me demande pourquoi. Je dis que c’est parce que j’ai eu un problème, une fois, au cabinet, et qu’ils ont été là. Soyons clairs : je ne dis pas que je suis un être profondément irrationnel, guidé par ses instincts et une trop grande sensibilité/sensiblerie ? Impressionnable ? Je suis impressionnable.

L’inspecteur Colombo me regarde, les yeux ronds comme des soucoupes. Ses prunelles disent : je suis flic et vous m’aimez bien. Vous n’allez pas me traiter d’enculé, de connard, ou de fils de pute.

Il était authentiquement heureux et surpris.

Le lendemain, il laissait une boîte de chocolats au secrétariat.

J’ai trouvé qu’on vivait quand même dans une société vraiment bizarre et je me suis souvenu que si on change quelques lettres à « poulet » ça fait « gardien de la Paix ».  

Le festival de la nouille, PARTIE II

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Photographie d’un carnet de santé (conseil général des Bouches-du-Rhône), où vous remarquerez que le petit garçon grandit fièrement, pendant que la petite fille, elle, doit se préoccuper de son poids… 

(SUITE) 

J’appelle l’hôpital mère-enfant le plus proche. Je tombe sur une infirmière qui ne sait pas et que je dérange, je tombe sur une sage- femme qui ne sait pas et que je dérange, (la prochaine fois, j’appelle ma copine Agnès Ledig, super écrivain, et humainement c’est un peu une Royce-rolls de femme). Finalement, je tombe sur un interne qui ne sait pas et que je fais carrément chier : <<Ça m’emmerde.>>. En inhumain dans le texte. 

<< Ah oui, mon gars, mais moi j’ai une gamine sous le nez qui pleure toutes les larmes de son corps et qui se souviendra toute sa vie de ton refus, espèce de sale crevure, raclure de fond de bidet… >>

J’ai pas vraiment pensé à ça : devoir de confraternité, bla-bla-bla, etc. J’ai envie de hurler, j’ai envie de taper contre un mur, j’ai envie de tuer Kim Jong-Un et Christine B. (ou de chopper la deuxième pour taper sur l’autre, histoire de ne pas me salir).

Finalement, ça m’a pris presque une heure, et les patients se sont accumulés dans la salle d’attente comme des dominos.

Elle est repartie, Nana, avec la marche à suivre. Juste avant son départ, je sais pas ce qui m’a pris, je lui ai demandé : <<Les médecins que vous aviez vu, c’était des hommes ?>>

Elle a dit oui, a séché ses larmes et elle s’en est allée.

Patient suivant : mycose du gland ! Alleluia, il était temps ! Le festival de la nouille en feu reprend !

Et moi, j’ai toujours pas eu le temps de faire ma sieste. 

J’ai envie d’un câlin. 

Je vais prendre un Xanax. 

Le festival de la nouille, PARTIE I.

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Alors voilà, les patients entrent et sortent à toute vitesse. J’ai pas eu le temps de manger, j’ai pas fait passer la douane à mon café et pire que ça, j’ai même pas eu le temps de faire ma sieste : mon petit péché mignon, ma came, c’est me mettre entre 13 heures et 14 heures environ 15 minutes sur la table d’examen. Là, je prends mon téléphone, puis je pionce. J’ai une application, un truc tordu qui reproduit les bruits utérins et est sensée vous endormir en deux secondes (Freud aurait froncé les sourcils…). Chez moi, ça marche mieux qu’un Xanax. D’ailleurs, si le paradis existe, il doit ressembler à ça : 28 degrés Celsius, une table d’examen entre 13 heures et 14 heures, puis le bruit monotone d’un coeur maternel en train de battre.

Mais pas aujourd’hui. Aujourd’hui, c’est festival. « Festival de la nouille » pour être exact : problème de gonocoques, problème de miction, mycose, etc., bref, Festival de la nouille en feu. 

Soudain, une jeune fille en larmes entre dans mon bureau. Je ferme la porte, elle me bégaie dessus en restant debout, toute prête à repartir, l’air de dire « Ne me secouez pas, je suis pleine de larmes » et vous savez quoi ? Elle EST pleine de larmeS. 

- B-bonjour j-je voudrais savoir si v-vous faites d-des in-interruptions mé-médicamenteuses de gr-grossesse. [reniflement / larmes / reniflement]. J’ai déjà vu deux médecins, qui ont refusé. Je ne sais plus quoi faire, ni à qui m’adresser.

Moi : tête de caribou. Je viens d’apprendre – avec Stupéfaction (cherchez pas, c’est une copine qui m’accompagne depuis ce début d’année pourri) – que des médecins refusent d’aider les patientes à procéder aux interruptions médicamenteuses de grossesse. Clause de conscience. A priori, c’est comme « ça » qu’on appelle « ça ». Clause, pas close (je sais, mais pourrait y avoir confusion sémantique…). Je n’ai pas d’avis sur la clause de conscience (autorisée), mais j’ai un avis sur le refus de soin et d’orientation d’une patiente…

Je regarde la jeune fille :

- Venez, je ne l’ai jamais fait, mais on va apprendre la marche à suivre ensemble. Je ne vous laisserai pas tomber.

Je prends mon téléphone, j’appelle le planning familial pour avoir des renseignements. Fermé. Nous sommes en plein pendant les fêtes.

J’appelle l’hôpital mère-enfant le plus proche. Je tombe sur une infirmière qui 

La suite, DEMAIN !

Des bises,

Baptiste Beaulieu

(PS: grève des transports en Belgique oblige, me venue au Petit Filigrane est décalée ! Je vous en dis plus quand j’en saurais plus…)

Le pas de côté.

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Alors voilà, on m’avait prévenu : « tu sais en France les deuxièmes livres sont toujours plus durs que les premiers, les gens pensent que tu publies un deuxième parce que le premier a marché, bla-bla-bla… » et c’est vrai que c’est dur… Mais j’aurais pu faire un « Alors voilà 2″, j’aurais pu « servir la soupe« , mais j’avais pas envie de raconter la même chose, j’ai envie de parler de TOUTES les choses. Rien n’est plus risqué dans le milieu éditorial que de changer de « niche éditoriale » pour une autre : risque de perdre les critiques, risque de perdre les lecteurs, etc… 

Vous savez quoi ? Je m’en moque ! Je suis médecin, je suis pas écrivain ! J’ai même pas de patron ! Je raconte donc ce que je veux quand je veux comme je veux ! Et dans quelques années, je vous écrirai même un roman porno !.. (riez pas, j’ai commencé un truc, c’est très chaud, y a des ours et des patrons du FMI…) J’ai la faiblesse de croire que, quand on affectionne un auteur, c’est à cause de son univers, de sa façon particulière de faire un pas de côté et de vous parler de ce qui fait l’humanité en l’homme. Je veux passer ma vie à faire des pas de côté. Je veux pas marcher sur les routes, je veux des ornières et des fossés !

Un jour je vous le promets, je vous écrirai un roman porno. Parce que j’aurai fait ce pas de côté et que je vous emmènerai avec moi dans une histoire. En attendant, je vous ai écrit un livre qui s’appelle « Alors vous ne serez plus jamais triste » et le Figaro Littéraire (je sais, j’en reviens toujours pas) en est tombé amoureux.

Pleine page et critique élogieuse.

Le Figaro Littéraire, quoi… Pfff ! 

Je vous raconte ça parce que certains d’entre vous me suivent depuis le tout début, quand j’étais encore un petit étudiant d’une petite ville du sud-ouest de la France. C’est notre victoire à nous…

Je vous embrasse mille fois, et je vous donne rendez-vous demain pour une nouvelle anecdote. 

Baptiste Beaulieu

PS : le manteau que je porte sur la photo s’appelle « Augustin Le Manteau ». Retenez bien ce prénom et ce manteau. Un jour, je vous raconterai son histoire. Elle est belle. 

PS 2 : je serai le Mardi 21 avril à la Librairie Kléber à Strasbourg, et le Mercredi 22 avril à 16h30 à… Bruxelles ! Vive la BELGIQUE !!! au Petit Filigrane ! Juste après, Jeudi 23 avril à 18h, je serai à la Librairie L’Armitière à Rouen … Les autres dates c’est ICI ! 

Éloge du cuisinier.

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L’histoire c’est T. comme Tim, l’écriture c’est moi. Merci T. !

Si vous voulez raconter, c’est ICI !

Alors te voilà, toi, Tim, tu m’écris, tu me lances un « SALUT! » jovial et spontané, (j’apprécie beaucoup), tu me dis que tu aimes mes histoires parce que là « tout de suite », t’as pas mal besoin de te réconcilier avec ton toubib, alors « lire ton blog, m’sieur Beaulieu ça me rappelle que derriere le bureau, sous la blouse blanche y’a toujours un bonhomme et que c’est déjà pas mal. »

Tu me dis que je ne posterai pas ce message, tu le sais bien, c’est pas intéressant, mais tu veux profiter de mes oreilles virtuelles parce que tu pourras au moins faire semblant que quelqu’un t’écoute, alors qu’un arbre, le vent, Dieu, ils sont bien connus pour leur « rien à foutre, démerde-toi »…

Ensuite tu écris des mots tout simples : « Alors voilà, j’ai mal au bras », c’est ça que tu dis : tu as mal et c’est au bras, point. Même qu’il y a des jours où il s’endort et pour le réveiller tu dois faire le chimpanzé, l’agiter à tout berzingue au-dessus de ta tête, et que finalement, peut-être que t’as pas si mal au bras, puisque que quand il déconne, il te suffit de ne rien faire, à part le chimpanzé, de temps en temps, quand il est tellement endormi qu’il pourrait être mort… Et puis ça t’arrange peut-être aussi de penser ça, parce que le truc c’est que t’es comme tout le monde, t’as mieux à faire que d’être malade, t’es cuisinier et la cuisine c’est un peu de la médecine préventive : ça te prend tout ton temps, y a des fois où tu te flinguerais vu l’ingratitude du taff, mais t’as 10% du temps où la satisfaction procurée te rappelle que jamais au grand jamais tu voudrais d’un autre boulot, parce que non seulement tu nourris les gens, et nourrir les gens c’est basiquement les aider à pas mourir (oui, oui, c’est exactement à ça que ça sert, manger), mais en plus tu te tues à la tâche en essayant qu’ils y prennent leurs pieds, tu veux les rendre heureux aux moins 10-15 minutes dans leur journée, sur 24 heures c’est pas grand-chose, mais c’est ce que tu fais, tu les aides à vivre. Même que pour leurs trente petites secondes de soupirs satisfaits, tu te donnes quinze heures dans la journée, tu te fais mal au bras, et eux ils oublient, retournent au travail, à leurs vies et aux choses vraiment importantes. Et toi tu restes derrière tes fours, tu vis pour qu’ils puissent souffler au moins pendant ces trente MINUSCULES secondes, ça marche pas toujours, tu le sais, mais quand ça marche ton vrai salaire se trouve là.

Alors oui, t’as mal au bras, Tim, mais t’as mieux à faire et BASTA!..

Seulement t’en as parlé à une amie infirmière, elle t’a fait peur, un peu, elle a parlé caillot, leucémie, « t’inquiète c’est surement rien, mais va consulter, mieux vaut prévenir que guérir, bla-bla-bla… »

Hem, merde, ça fait un peu flipper quand même, alors tu prends un rendez-vous chez ton médecin que t’adores parce qu’il ne t’a jamais prescrit autre chose que du repos et du jus d’orange le matin, médecin que tu vois une fois tous les ans surtout pour ta « tendinite » (y a rien à faire, m’sieur, désolé, ça vous fera 23€) et de la bobologie.

Mais là tu as un peu peur quand même, seulement tu dois repousser le rendez-vous « because boulot » que tu ne peux pas refuser, parce que sinon factures-pas-payées et la rue pour ta pomme, et ton toubib qui devait pas passer une très bonne journée t’engueule et te refuse un autre rendez-vous.

En fait, tu te dis que c’est ta faute, mais du coup tu te dis que tu te soigneras quand t’auras le temps, jamais en fait, jamais, jamais, alors tu fais l’autruche, tu bosses et tu fais le chimpanzé.

Et, tu sais quoi, Tim ? Ton docteur sait peut-être pas que t’es derrière tes fours et que t’essaies de rendre la vie des gens un peu moins grise (c’est pas cinquante nuances de gris en moins, mais juste une ou deux ça te suffit, tu me dis que ça te rend heureux…), ton doc. le sait peut-être pas, mais nous, ici, on le sait, maintenant, oui, oui, on le sait.

Merci Docteur Tim.

Vraiment. 

PS : Arrrrgh! Je sais que je n’ai pas publié la semaine dernière mais j’ai perdu mon carnet avec les anecdotes. Il est petit, marque Clairefontaine, couleur bleue, avec des histoires d’êtres humains dedans.

La Tendresse.

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L’histoire c’est C., l’écriture c’est moi. Merci miss ! Pour raconter, écrivez ICI

Pour les aides-soignant(e)s et les infirmièr(e)s, qui font un travail que personne d’autre ne pourrait faire. Big up, les copains !

Mme F ne parle pas. Elle ne suit pas du regard. Elle ne mange pas. Elle n’a pas l’air d’avoir mal. Quand Mme C. la voit la 1ère fois, elle se demande ce qu’on fera d’elle à l’hôpital.

Mme F a l’air d’avoir tout abandonné. Elle se laisse manipuler pendant les toilettes, sans jamais rien dire, la démence a gagné. Mme F. a des chiffons à la place des muscles, elle n’est plus grand-chose, une poupée, des yeux vides, un menton affaissé, une bouche ouverte qui se tait, un objet de chair qui jadis a parlé. << Tout est fini, se dit Mme C.>>

*

Mme C. est aide-soignante. Elle aime son métier, les gens, la vie tout ça tout ça.

Aujourd’hui Mme C. maintient Mme F. sur le côté, pendant que l’infirmière procède à la toilette de son dos et à la réfection du pansement d’escarre (malheureusement les tissus nécrosés et la fibrine dégagent une odeur abominable, il faut respirer par la bouche le temps de faire le soin, mais ça on l’apprend très tôt, devenir soignant c’est apprendre à respirer la bouche ouverte, c’est devenir un poisson hors de l’eau).

*

Tout à coup, sans prévenir (pourquoi?, personne ne sait, c’est la vie), Mme F. attrape le bras de Mme C.

*

Dans sa tête, C. espère qu’elle ne lui enfoncera pas ses ongles trop fort, parce que ça lui est déjà arrivé : c’est une spécialité des personnes âgées démentes de griffer avec leurs ongles juste après les avoir fourrés dans leurs couches. Oui, c’est vrai, ce n’est pas sale, mais c’est la vie, et c’est surtout celle de l’hôpital : les odeurs, les couches, les selles, parfois les cris et les griffures. Mme C. le sait : elle connait le job, elle connait les Hommes.

*

« Ne me griffe pas, Mme F., s’il te plaît, ne me griffe pas » pense très fort Mme C.

*

Au lieu de ça, Mme F. referme sa main délicatement sur l’avant bras de l’aide soignante, et là, comme ça, sans prévenir, elle se met à la caresser tout doucement, comme une plume qui va sur la peau, une plume qui effleure et dirait des choses lointaines et belles, des choses que Mme F. a laissées dans un coin de mémoire, dans un coin du passé. Ça parle de Tendresse et ça en parle jusqu’à ce que l’infirmière et Mme C. finissent son pansement.

*

Mme C. m’écrit :

« Je sais pas si c’est l’ocytocine, si c’est le manque de mon mec que je n’ai pas vu depuis 3 mois, ou si c’est simplement ma fibre humaine qu’elle a réveillée par ce simple geste, toujours est-il que j’ai éprouvé à ce moment un grand bonheur.

Elle m’a tellement touchée cette patiente, elle m’a apporté ce qui me manquait depuis des semaines. Je me demandais à quoi ça servait de garder en vie une patiente qui ne s’alimente plus, ne parle plus, ne bouge plus, ne (semble-t-il) pense plus. Finalement ça m’a fait réfléchir : y a pas que la raison ou le langage qui justifient la vie, il y a aussi ça, le non verbal, la chair, le toucher… Quelque chose s’est passé dans ma tête et dans mon corps, au contact de cette patiente. En fait ce qui m’a semblé fou, c’est que sans le vouloir, cette patiente m’a fait du bien. Et ça, Baptiste, c’est un peu le monde à l’envers… »

Non, non, Mme C., « Et ça », Mme C., cela s’appelle la Tendresse. Notez la majuscule, Elle est importante. Je veux dire, elle est vraiment importante. En ce début d’année, elle l’est même plus que jamais. Soyons tendres.

C’est dur, mais y a pire, PARTIE II. 

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(Suite)

–Je l’appellerai et je me plaindrai, m’a répondu le patient en tremblant de rage.

–Je l’appellerai avant, j’ai son numéro personnel. Et croyez-moi, vous aurez de la chance s’il vous veut encore comme patient.

Je sais, c’était dur, mais mon cerveau reptilien a parlé, j’étais en mode « Jurassik Park ». Le patient a décampé, furibard, en renversant le pot de géraniums de l’entrée (ça aussi j’aime pas… Mais alors vraiment pas…). Je me suis retrouvé dans le cabinet, seul comme un con. J’avais tellement envie de paix, j’avais l’impression d’être miss France. 

Pendant quelques jours je me suis demandé pourquoi j’avais réagi si vivement, et pendant quelques jours je me suis mis à détester « tous les patients du monde ». Puis j’ai croisé madame J. au marché. Madame J., c’est la patiente qui était juste avant le grand monsieur furibard, celle à cause de qui j’ai eu 10 minutes de retard. « Merci de m’avoir écouté, a-t-elle dit les bras chargés de choux romanesco et de bananes, je vais obtenir l’agrément pour mon nouveau projet professionnel et j’arrête bientôt les médicaments… » Madame J. souffre du mal du siècle : la dépression.

Putain de métier, me suis-je dit dans mon lit ce soir-là en repliant la couette sur moi.

Oui, putain de métier. Enfin, ça pourrait être pire, je pourrais être branleur de dindons*, goûteur d’eau, voix de la SNCF, sexeur de poussins ou fendeur de porcs. Ou pire : moniteur d’auto-école ! (ça j’aime pas… Mais alors vraiment pas… J’ai du m’y reprendre 4 fois avant de décrocher mon permis…). 

Bref, ça a fait son travail dans la nuit : je vais continuer la médecine générale. Quand j’en aurai trop marre des hommes, c’est décidé, je me ferai vétérinaire (même si je suis un peu beaucoup allergique aux poils de chats et que j’ai un peu beaucoup une peur bleue des chiens, je sens que ce métier est potentiellement fait pour moi…). Et le jour où les animaux auront des montres, des horaires et des remarques acerbes dans leurs vocabulaires, je me ferai branleur de dindons*, fendeur de porcs ou goûteur d’eau. Ça va, m’est avis que j’ai de la marge ! En attendant, je vais continuer à prendre mon temps avec les Madames J. 

*Minute infos, pour ceux qui cherchent un emploi original et qu’on ne leur volera pas : « Dans certaines exploitations avicoles, l’une des tâches à accomplir est de masturber les dindons. En effet, ces animaux sont tellement engraissés qu’en cas d’accouplement, le poids du mâle écraserait la femelle. C’est pourquoi, au moment de la période de reproduction, des personnes doivent se charger de « flatter » le dindon pour récupérer le sperme qui sera réinjecté par la suite dans la dinde. » Voilà, ne me remerciez pas…

Nota : un célèbre animateur de radio d’origine grecque s’est glissé dans ce post, saurez-vous le découvrir ?

C’est dur, mais y a pire, PARTIE I.

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Nouvelles dates de dédicaces ICI !

Alors voilà, il y a quelques temps, j’ai balancé sans réfléchir : « Basta la médecine générale, je retourne à l’hôpital ». C’était juste après l’agression, que je raconte ici. J’avais le cœur plein de doutes et un ventre vide, il m’aurait fallu plus de courage dans le premier et un peu moins de peur dans le deuxième. (Je vous avoue que je tressaille quand une porte claque. Je vous avoue aussi que quelque chose de moche s’est imprimé dans mon crâne, un foutu petit diable qui danse sur ma langue, et laisse un petit goût amer de défaite…) L’autre jour, au cabinet, un grand type s’est plaint : vous comprenez j’avais 10 minutes de retard… 10 minutes… Pour cela il a refusé de me serrer la main (ça j’aime pas… Mais alors vraiment pas…) et il m’a délivré deux/trois remarques acerbes (ça aussi j’aime pas…). Peut-être que s’il avait été moins grand, moins barbu, moins excité, moins « comme l’autre« , j’aurais mis de l’eau dans mon vin. Là, j’ai juste posé mon stéthoscope, griffonné le numéro d’un confrère, puis ouvert la porte.

–Sortez.

–Pardon ? a dit le type.

–Sortez de mon cabinet. Je ne veux plus vous voir, je ne tolère pas le manque de respect.

Il s’est levé, furieux, a fait remarquer que ce n’était pas MON cabinet, mais celui du médecin que je remplace.

–C’est très juste ce que vous dites, ai-je relevé très calmement. D’ailleurs, il me remerciera sûrement de vous avoir flanqué dehors.

–Je l’appellerai et je me plaindrai, m’a répondu le 

LA SUITE LA SEMAINE PROCHAINE ! (Ou avant si je touche terre !)

La jeune fille qui n’était pas écoutée.

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Nota : dates de dédicaces, ICI.

Alors Voila, j’ai une jeune patiente, au look gothique, qui veut écrire des livres. De l’imagination, elle en a. Du talent, aussi. Elle a surtout beaucoup, beaucoup, mais alors beaucoup de problèmes d’intégration à l’école. Pour tout dire, je dois bien vous avouer qu’elle me fait parfois un peu peur.

- Chacun a sa recette pour écrire un livre, me dit-elle avec un ton expert. Moi, j’écris la première version de l’histoire, c’est le moment le plus facile parce que je dis la vérité.

- La vérité ? je demande. 

- Ce qui est triste.

- Ah. Et après ?

- Je mens.

- C’est-à-dire ?

- Je rajoute des trucs beaux et joyeux. Alors j’obtiens la deuxième version de l’histoire, celle qui est acceptable.

Je réfléchis à ce qu’elle vient de dire, je ne sais pas si c’est la chose la plus triste ou la plus vraie que j’ai jamais entendue sur le monde et sur les hommes. Elle a des yeux très noirs, peut-être qu’elle voit le monde de la même couleur, peut-être qu’elle a raison…

Ensuite, elle me dit que c’est nécessaire, car la première version ne se vendrait pas en l’état. Elle a déjà fait tout un tas de pronostics sur comment vendre son livre, comment s’en sortir dans le milieu très difficile de l’édition. C’est ainsi qu’elle a écrit un livre ou elle raconte comment une jeune nonne se réveille un matin et se met à pondre des oeufs.

- Ça va marcher, c’est sûr !

Mademoiselle est en opposition avec ses parents, l’autorité, l’école, Dieu, les constructeurs de barrages, le monde entier, avec le système, etc. Je crois qu’elle n’a pas beaucoup d’amis. Je crois, aussi, que c’est pour ça que je l’aime bien. Parce qu’elle est seule, et parce qu’elle écrit. Elle écrit parce que les gens n’écoutent pas ce qu’elle a à dire.

Là, elle est en train d’écrire un deuxième livre, sur l’histoire d’un homme qui nait avec une deuxième tête greffée à l’arrière du crâne. L’histoire se finit de la manière suivante : un soir, contrairement à l’usage, l’homme s’endort sur le dos et manque d’étouffer son double, la deuxième tête. Alors il passe devant des juges, qui le condamnent à mort pour tentative de meurtre.

- Les juges sont très bêtes, ils le font décapiter.

- Et le double ?

- Avec son frère. (elle se barre la gorge avec l’index) à la poubelle. Alors, on condamne les juges pour négligence. On les décapite aussi.

Finalement, on décapite tout le monde et il ne reste plus personne. 

- Ce sera un livre très drôle ! ajoute-t-elle d’un ton enjoué.

C’est ma patiente. Ma jeune patiente. Elle est compliquée. Mais je l’aime bien, j’espère que j’arriverai à l’aider. Elle pense beaucoup à la mort. Elle lui a même dit bonjour deux/trois fois. Oui, j’espère que j’arriverai à l’aider. 

L’humain, c’est compliqué. Je veux dire, l’être humain est vraiment compliqué.

MA PART.

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Alors voilà, je me méfie beaucoup des enfants. Ce sont des adultes en pire (ou alors les adultes sont des enfants en mieux, c’est selon…). Ça court, ça crie, c’est souvent sale, ça nécessite toujours une part d’attention harassante…
J’étais pas très très chaud et puis… Et puis j’ai vu ce qu’ils font, ce que « c’est ». Cet orphelinat, à Pondicherry, c’est :
– Quatre grands bâtiments. Le dernier, ou YOUTH HOME, doit son terrain et sa construction au financement intégral de l’association Enfant des rues de Pondicherry

-Des cours de musique (par exemple, les enfants ont accès au « vennaï », un instrument ordinairement réservé aux Brahmanes. Pourtant, ces gamins, ce sont des hors castes, autrement dit des petits riens… La musique, le chant, le « vennaï », c’est important pour eux, ça leur dit cette vérité toute simple : « VOUS ÊTES IMPORTANTS ! » (là, essayez de visualiser une belle blonde qui lève le pouce en souriant, comme dans les vieilles pub pour les Mentos…)
– 135 gars
– 60 filles
J’ai vu un enfant : un jour, son père est parti bosser à Bombay. Il a vu des prostituées là-bas, quand il est rentré, il a refilé le VIH à son épouse enceinte. Ensuite, le bébé meurt, le père meurt, la mère meurt. Voilà, en quelques mots, pour faire court et évacuer le mélodrame. Maintenant, il vit ici, où pour lui donner vêtements + toit + lit + nourriture on a besoin de 100 roupies par jours, soit un euros quarante, soit 1/7 du prix d’un paquet de cigarette en France… Je dis ça, je dis rien…
Cet orphelinat, c’est aussi :
– 1200 kilo de riz par mois (mais je vous rassure, ils ne mangent pas que ça !),
– Un tailleur à temps plein (c’est lui qui est le plus occupé : rapiécer, rapiécer, rapiécer… le syndrome du canal carpien, il connaît pas…)
– Une cuisinière à temps plein (une sorte de Mamie Nova en sari au regard doux et aux dents rouges sang à cause du bétel chiqué), mais certains repas sont livrés gratuitement grâce à des sponsors car elle n’arrive plus à tout assurer seule…
– Une prière au début de chaque repas, mais plus un remerciement pour ce qu’ils ont dans l’assiette et au dessus de la tête qu’autre chose. Ici, c’est non confessionnel, pas de cours religieux, pas de prosélytisme… Il y a, cependant, une bible, un coran et des textes hindous si les enfants tiennent absolument à mal tourner (#roi-de-l’-humour…)
C’est un des seuls orphelinats où les garçons et les filles restent jusqu’à trouver une situation personnelle stable. (Cours journalier de couture, céramique et esthéticienne pour les filles, par exemple.)
3 repas par jour. On ne parle pas pendant le repas, on peut se resservir, mais il faut finir son assiette. C’est la règle (je pense faire pareil à la maison avec mes gosses plus tard).
L’orphelinat des filles est géré par des femmes (ainsi qu’un chien « acariâtre » et un agent de sécurité)
Le but étant d’intervenir en amont de la rue (et du trottoir…)
Celui des gars est géré par des hommes.
Deux grands dortoirs, 2 enfants par lit, des lits jumeaux uniquement (donc 4 enfant par lits jumeaux). 135 gars, plus 50 filles, je vous laisse faire le calcul du nombre de lits total, j’ai eu 10/20 en math au bac et, en me relisant, je comprends pas trop ce que j’ai fait avec les chiffres…
Il y a encore :
– Une aire de jeux,
– Un atelier de soudure, d’électricité, de menuiserie, de reliure,
– Plusieurs salles de classe,
– Des cours de danse et de chants carbatiques (la musique de la Lady-gaga hindoue du 16-ieme siècle ou un truc comme ça).
Bien sûr, le clou de la visite, ce qui réchauffe le cœur, ce qui emporté définitivement l’adhésion, c’est le tip-top du luxe : une machine à pop corn et à barbe à papa quand c’est la fête.
Aussi, chaque enfant a un oiseau dont il s’occupe. Certaines femelles pondent alors il faut s’occuper des bébés.
 » À cet égard, dit mon guide, on retrouve chez certains enfants le même comportement que chez les adultes.
– C’est à dire ?
– Ils ne s’en occupent pas. Ils les abandonnent.  »
Quand je vous disais que les enfants sont des adultes en pire !
J’ai aussi eu la chance de visiter deux autres associations, et qui m’ont l’air très sérieuses quand à l’utilisation des fonds étrangers investis (comptabilité contrôlée par l’état et un autre label indépendant dont j’ai encore une fois oublié l’acronyme…).
Ainsi, j’ai visité la Satya Special School, une école créée en 2003 par deux personnes :
1/ une femme motivée et admirable, elle s’appelle Chitra Shah, et s’est engagée dans cette colossale entreprise parce que « je suis une maman » ce qui me paraît une excellente raison (quand elle a décidé quelque chose, elle le fait; ce qui ne l’empêche pas d’être méga-bienveillante, genre « Je change les choses en mieux, doucement, mais sûrement… Et je sais aussi distribuer des salades de doigts dans la gueule quand il faut ! »);
2/un psychiatre, que je n’ai pas vu… Je ne sais donc pas pourquoi il fait ça, mais peut-être que c’est « parce que je suis un papa », ce qui, là encore, me paraîtrait être une raison suffisante…
Ils sont partis de rien, en sillonnant les villages, puis ils se sont dotés d’une petite ambulance, sorte de centre de soin volant.
10 ans après, ils s’occupent d’environ 600 enfants malades. Voila.
L’école fonctionne sur des volontaires (des européens, par exemple… qui travaillent dans le milieu dans la santé, par exemple… vous sentez venir le truc ? non ?…) mais aussi au moyen de 115 employés. Ils s’occupent de patients souffrants de trisomie 21, de victimes d’abus en tout genres, anoxie fœtale, anoxie à la naissance, épileptiques sévères, infirmité motrice cérébrale…
Tout ce que je peux dire, c’est qu’il est difficile de s’imaginer qu’ils aient pu être des enfants des rues, livrés à eux-même. Là-bas, les enfants sont heureux. Je le sais : je l’ai vu.
(Cette dernière phrase est importante, je vous demande donc de la relire deux fois…)
[…1…2…]
Bref, j’étais parti dans l’optique de faire retaper un dispensaire où j’avais déjà promené mon stéthoscope y a 4 ans et d’en faire un lieu d’accueil pour femmes de la rue. Je préfère aider ces orphelinats, parce que c’est plus « concret », le résultat est immédiat et assuré. Là-bas, j’ai observé des hommes et des femmes admirables faire des choses admirables. Je les aiderai donc en utilisant ce que vos achats « d’Alors Voilà » m’ont rapporté, de manière équitable entre les différents centres, sur une période s’étalant entre maintenant et huit ans, plus si je gagne plus avec le deuxième livre… Je reviendrai aussi; c’est mon cinquième voyage ici, y a pas de raison qu’il n’y en ait pas de sixième (sauf si je meurs dans d’atroces souffrances). Je vais aussi vous mettre à contributions. Beaucoup de professions médicales/para-médicales me lisent, y a pas de raisons qu’ils participent pas un peu !
Donc je vous laisse aller voir leurs sites, tout est expliqué là-bas (et j’ai trop de boulot pour servir d’intermédiaire !) Chaque site a une page CONTACT. Si possible, écrivez-leur en anglais. Ils répondent, ils sont gentils et ils bossent durs pour les gosses..
Le premier orphelinat que j’ai visité :

http://www.enfantsruespondichery.org

Pour ceux qui veulent aider financièrement (25€ par mois par enfant), en parrainant un enfant :

http://www.volontariat-inde.org/-Accueil-.html

C’est un deuxième centre aussi top que le premier (vous pouvez aussi aider le premier, bien sûr…) mais où les enfants ne sont pas orphelins. Leurs parents sont là, mais trop pauvres pour assurer couverts+école. On s’occupe aussi des personnes âgées. Malheureusement, les étrangers donnent de l’argent pour les enfants, pas pour les « vieux ». Malheureusement… Ma contribution dans ce centre ira donc essentiellement pour elles, les personnes âgées (et puis ça va quoi, les gosses y en a marre !!!).

Enfin, pour ceux qui veulent mettre la main à la pâte, en allant sur place (essentiellement, on a besoin de kinés, ostéo, aide-soignant, « physiotherapistes », infirmier, médecin… Ou tout simplement quelqu’un de motivé et qui n’est pas effrayé à l’idée de côtoyer des pathologies psychiatriques lourdes.) :

http://enfantsruespondichery.over-blog.org/pages/SATYA_SPECIAL_SCHOOL-1518088.html

Il faut voir directement avec eux. Je les ai rencontrés, je leur ai expliqué ce que je souhaitais faire, les fonds qui étaient les miens, et que certains de mes lecteurs seraient peut-être intéressés (n’est ce pas ? Hein ? Ne me faites pas mentir…)

Les photos (ça parle plus que des mots…) sont disponibles sur mon FACEBOOK.

Enfin, pour évacuer la question du pourquoi (qu’est-ce que j’évacue aujourd’hui !), je précise que je ne fais pas ça par humanisme, car je ne crois pas que l’humain doivent/méritent d’être sauvé (oui, je suis un cynique refoulé). Je ne le fais pas plus par soucis « humanitaire ». Je me méfie de l’humanitaire, et de ses motivations. Enfin, je ne crois pas qu’il y ait un paradis ou un enfer, je ne fais donc pas ça pour gagner l’un en fuyant l’autre.
Je fais ça car je suis comme le colibri dans cette histoire, avec le feu et la forêt.
Je fais ma part.
Point final.

Bises à tous !

PS : ma nouvelle inédite et gratuite est disponible ICI. Et rendez-vous dans les librairies pour des rencontres (dates ici)… D’ailleurs j’ai décidé d’être le premier auteur à instaurer le premier système de « dédicaçomancie ». Principe : une boîte, 20 papiers, une prédiction sur chaque papier, pendant que je signe, vous piochez, vous repartez avec votre livre et une prédiction pour 2015 ! Faut innover !
PS : l’un des 20 papiers comprendra la mention « syphilis torpide », histoire de se marrer !

Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! »

Et le colibri lui répondit : « Je le sais, mais je fais ma part. »