La petite robe.

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Photo : ICI

L’anecdote c’est L., L’écriture c’est moi. Merci miss !
Spécial hommage aux aides-soignant(e)s aujourd’hui. Merci d’être là…

Alors voilà Mme Chanel.
Un jour, un crabe bleu vint poser ses bagages sous le joli corsage de la brunette/coquette/fluette Mme Chanel.
« Un crabe ? Dans mon corsage ? Et qui pourrait grandir en plus ! Prendre ses aises ! Se croire chez lui et étouffer son hôte jusqu’à la mort ? Qu’à cela ne tienne ! »
Mme Chanel commanda LA petite robe noire, celle dont elle rêvait depuis des mois, celle qui coutait horriblement cher, mais aussi celle avec laquelle elle se sentirait encore brunette, femme, très belle et très coquette, même très malade.
Quand la robe arriva, elle était trop grande : Mme Chanel se voyait moins fluette, mais entre temps la maladie avait fait son oeuvre alors…
Retour à l’envoyeur. Nouvelle commande : cette fois-ci, on optera pour la taille en dessous.
Seulement, entre temps, le nouveau traitement a eu des effets un peu gênant (les corticoïdes ne pardonnent jamais…).
Quand la robe revint elle était devenue trop petite. Mme Chanel, qui se sentait grosse et très malade, renvoya le tout.
Elle ne voulait plus entendre parler de la robe.
[...]
Ce qui suit m’a été raconté par l’aide-soignante :

- Mme Chanel est dans le coma. Son mari chuchote à son oreille  » Tu as reçu ta petite robe noire », puis il explique à l’aide-soignante toute l’histoire.

Mme Chanel s’est endormie une nuit.

« Nous l’avons lavée, puis nous lui avons mis sa petite robe noire, me dit E.. Elle est très belle et je t’ai écrit cette histoire sans vraiment savoir si tu en ferais quelque chose. Mais nous, l’équipe, ça nous avait complètement retourné ce truc avec la robe. »

Alors voilà, c’est fait, pour Mme Chanel et toutes les autres.

Frottis III : le re-retour (ou : « Être une femme dans un monde où les hommes parlent. »)

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L’histoire c’est Frottis, interne, l’écriture c’est moi. Merci Frottis ! Elle est d’actualité !
Vous aussi vous voulez raconter ? Suivez le guide : ICI

Cette histoire est pour Catherine A., qui m’inflige de sévères corrections ici et ailleurs.

Alors voilà Frottis entre dans la chambre, les deux patients regardent les informations télévisées. Ça parle manif pour tous, ABCD de l’égalité à l’école, etc.
Visiblement, les deux patients ne sont pas d’accord (litote élégante pour dire qu’ils s’engueulent sèchement ! Voire même, d’après ce que me dira Frottis « sont prêts à se crêper le chignon », une bien belle expression que nous n’utilisons que trop rarement, hélas… )
- Veulent transformer les filles en garçons et les garçons en fiotes, dit monsieur côté Porte.
- Vous dites n’importe quoi, répond monsieur Fenêtre qui enseigne la sociologie en fac.
Frott-frott examine monsieur Fenêtre en faisant mine de rien.
- Les études de genre, qu’est-ce que c’est ? dit Fenêtre en prenant l’interne à témoin. C’est essayer de comprendre comment la pression sociétale modifie la vision de son propre sexe et la manière de se conformer à un moule.
- Ça veut dire qu’on essaie de nous embobiner la tête avec des histoires à la Freud et compagnie, rétorque Porte.
Fenêtre remonte un sourcil embêté, il a vraiment envie de lui expliquer à monsieur Porte, à coups de gifle si besoin. Frottis sourit à l’un et à l’autre. Frottis n’aime pas la guerre et raffole des grattons de canard (aucun rapport, mais je voulais écrire cette phrase).
- Votre stéthoscope, là, sur le côté, pourquoi vous ne l’utilisez pas ? demande Fenêtre.
Il désigne un vieux stéthoscope que Frottis garde par sentimentalité, mais dont la membrane est déchirée.
- Il est foutu. C’est sentimental.
- Ahhhh ! hurle-t-il vers Porte. Voilà !
- Voilà quoi ? fait Porte.
- Une démonstration pratique de ce sur quoi porte mon domaine d’étude à la faculté. Je recherche comment les éléments de langage modifient notre vision du genre de façon inconsciente. Par exemple, quand on dit qu’un objet est « niqué » ou « foutu », qu’est-ce qu’on dit ? Tout le monde dit ça : l’écran de mon téléphone est niqué, mon carburateur est foutu, mon ascenseur est foutu, etc.
Frottis écoute les patients avec avidité. C’est une très bonne amie à moi et elle s’est dit : « Vous les gars, vous allez finir dans un blog ! Toi, on t’appellera monsieur Porte, et toi monsieur Fenêtre. »
- On dit quoi quand on dit ça ? On dit qu’un objet « niqué » ou « foutu » est dégradé, perdu, inutile. Ainsi, d’où vient le mot niqué ? Du verbe niquer. Et le mot foutu ? Du verbe « être foutu » ou « se faire foutre ». On en revient à l’éternelle misogynie selon laquelle un objet « pénètré » perd toute valeur, n’a plus d’utilité. On en revient aux racines de notre société patriarcale où la femme « non-vierge » perd tout intérêt.
- Bla-bla-bla, fait Monsieur Porte. Vous pouvez bien raconter tout ce que vous voulez, vous ne m’ôterez pas de la tête que des gens veulent imposer un modèle à d’autres. Un modèle non naturel. Avec des fiottes et des camionneuses.
- Et sinon, vous avez mal quelque part ? fait Frottis, conciliatrice.
Réponse authentique de Monsieur Fenêtre, excédé :
- Au ventre, mais seulement parce que je mange à coté d’un con. Mais je ne dirais jamais ça, car le mot « con » désigne étymologiquement le sexe féminin. Encore un bel exemple d’intrusion machiste dans nos éléments de langage.

Frottis sort de la chambre, se tourne vers l’infirmière : « Je pense qu’il va falloir vraiment procéder à un changement de chambre. »

Ensuite, Frottis est venue chez moi et nous avons mangé des grattons de canard en parlant de la guerre et des hommes qui la font.

« Mon Dieu, que l’homme est compliqué quand c’est une femme ! »
F. Dostoïevski (écrivain russe pas mal dans son genre..)

« Je ne vous le fais pas dire ! »
Conchita Wurstz (gagnante de l’Eurovision 2014, pas mal dans son genre aussi !)

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Certains ont vu dans le post précédent un réquisitoire contre l’accouchement à domicile et l’agriculture biologique. Ça devient fatigant de devoir se justifier à chaque fois.

1- Je suis intolérant au gluten, les magasins bio sont mes meilleurs amis, croyez-moi (il font des tartes au citron sans gluten délicieuses…)
Écrire ça me parait aussi stupide que lorsque la marionnette de Nadine Morano au guignol dit : « Je n’ai rien contre les arabes, j’adore le couscous. »
Bref, dommage d’en arriver là.

2- Croyez-moi, la pensée magique de cette femme qui voulait accoucher en pleine nature, je la respecte et je la partage. Quand j’aurai la chance de devenir papa, j’espère que mon enfant viendra au monde en haut du Mont Fuji, le jour d’une éclipse de soleil, entouré de marabouts et de chamans. Seulement, si la santé de la mère ou de l’enfant est en jeu, nous ferons l’impasse sur les gris-gris et les esprits de la forêt.

À bon entendeur !

Je vous embrasse, prenez soin de vous.

Naître BIO ou ne pas naître.

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Alors voilà nous étions partis très tôt, ça sentait le froid, le pin et les croissants.
Dans la voiture, j’ai demandé où nous allions. L’infirmier a regardé sa tablette et a lâché, lapidaire : « C’est bien paumé. »
Je n’ai rien demandé de plus, ça m’allait. Un peu de mystère, y a que ça de vrai dans la vie.
On a tourné, tourné, et tourné encore avant de trouver la bonne ferme. Un chien a aboyé, mais il nous a laissé passer. Au loin, nous avons entendu comme un bruit de train et quand on a sonné, personne n’a répondu.
- Tu es sûr que c’est la bonne adresse ? a demandé l’infirmier.
- Tu veux dire que je fais mal mon boulot ? a rétorqué l’ambulancier.
J’en ai déduit que oui, c’était la bonne adresse, et que non, l’ambulancier n’avait pas eu droit à son café/clope/croissant.
Un homme a couru vers nous :
- C’est là-bas, venez vite ! Il arrive, il arrive !
« Il » c’était le bébé. La femme de monsieur accouchait.
Champ de tournesol, madame Brebis-Qui-Chante-Dans-La-Vallée au milieu des fleurs jaunes, congestionnée de la tête aux pieds, les bras tendus vers le ciel.
- Non ! Ne n’emmenez pas ! Je veux qu’il vienne au monde au milieu d’un champ. Pas à l’hôpital. Non, et non, pas à l’hôpital. Je veux qu’il voie le ciel, la terre et le soleil qui se lève.
Nous entendions de la musique new-age, humions de vagues odeurs de fumette qui me rappelèrent le temps béni de mon adolescence (et un certain voyage à Amsterdam, dont je n’ai conservé qu’un souvenir très flou…).
Mme Brebis-Qui-Chante-Dans-La-Vallée et son mari ne lâchèrent rien :
- Nous VOULONS qu’il vienne au monde ICI.
Moi, je veux une tarte au citron sans gluten, je veux que ma barbe soit plus longue, moins rousse, moins frisée et mieux taillée, je veux que ça sente la violette quand les patients pètent, que Vladimir Poutine meure dévoré par des bichons maltais enragés, et surtout, surtout je veux un aigle royal comme animal de compagnie. Il s’appellerait Claude Popovitch et serait très gentil avec les souris. Je voudrais bien aussi caresser un chat qui s’appellerait Jean-Charles Yamahotō. Ce serait un chat très gentil : champion international d’origami, il mangerait du fromage frais en écoutant de la musique pakistanaise, serait incollable sur Heidegger et la métaphysique des mœurs.
Je veux plein de choses !
Malheureusement, comme dirait Conchita Wurstz la gagnante de l’Eurovision : « On n’a pas toujours ce qu’on veut dans la vie ! »
Surtout quand l’accouchement se présente aussi mal que celui de Madame-Brebis…
Dans l’ambulance qui nous ramenait d’urgence à l’hôpital, j’ai dit (plein d’enthousiasme, évidemment) à Madame Brebis-Qui-Chante-Dans-La-Vallée et son mari : « Vous savez, m’sieur, dame, si on change beaucoup de lettres à « Hôpital », ça fait : « Univers-tout-entier » ! »

Elle m’a regardé sans sourire, ce que je peux comprendre : elle était quand même en train d’accoucher.
Faut que j’arrête avec ces changements de lettres, faut vraiment que j’arrête…
Ah oui, j’oubliais… Bio ou pas, le bébé était magnifique : deux bras, deux jambes et des parents qui l’aiment déjà, avec ou sans champs de blé.

PS : si vous aimez la nourriture bio, partagez sur Facebook !! Si vous n’aimez pas ça, vous pouvez venir accoucher à l’hôpital. Ou m’envoyer un chat qui s’appellerait Jean-Charles. Merci !

PALPEZ-VOUS LES SEINS !

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Pour S. et E. qui se reconnaîtront et qui m’ont envoyé le plus joli mail jamais reçu…

Alors voilà, il y a quelques mois, je publiais un billet sur les bienfaits de l’autopalpation mammaire, Ce n’était pas, contrairement à ce qu’on pourrait croire, dans le but d’assouvir une quelconque paraphilie déviante qui me naîtrait du goût immodéré que j’ai à l’idée que des inconnues se pelotent les seins sous leurs douches. Non, ce n’était pas ça. C’était juste un petit point de prévention à l’échelle modeste qui est la mienne.
Je vous avais incité à vous palper les seins avec la même précaution langagière que l’homme s’apprêtant à énoncer quelques vérités ennuyeuses et qui pour les faire avaler plus facilement conclurait par « Je dis ça, je dis rien, mais palpez-vous les seins… »
C’était mon message.
J’avais reçu deux/trois mails de maris qui me remerciaient « depuis que Martine lit votre blog, tous les matins, elle se touche les seins sous la douche et notre vie sexuelle se porte mieux… »
Evidemment, je suis très heureux de participer à la paix des ménages mais l’objectif, c’etait celui-ci :

« [...] j’ai commencé ton roman, je repense aux bienfaits de l’autopalpation en lisant le passage qui en parle dans le bouquin. J’essaie sous la douche, je trouve une boule, dure, douloureuse. Branlebas de combat : mon (merveilleux) médecin me reçoit, m’envoie chez sa (elle aussi merveilleuse) confrère radiologue pour une mammographie. Ce n’est pas un kyste. On enchaîne par la micro-biopsie. 15 jours plus tard le verdict est sans appel : cancer du sein, grade III, très agressif. Je me suis fait retirer la tumeur il y a 2 jours. Les ganglions ne sont pas pris. Ca veut dire que le pronostic est bon. Cela n’enlèvera pas la chimio, ni la radio pour éviter les récidives. Je n’ai pas encore vu l’oncologue, et les résultats ne seront confirmés que dans un mois. Mais c’est un immense pas de fait. Et surtout il y a des êtres humains formidables dans le milieu médical, qui prennent les bonnes décisions, et vite. La Science aussi, avec tous ses progrès : chirurgie ambulatoire, je me suis déjà douchée, le fait que je pourrais aller à la piscine juste après la cicatrisation. Pourtant nous en avons perdu des êtres chers, à cause de ce putain de cancer. Et nous avons aussi vu tellement de combats.

Alors voilà, dans ta jeune carrière de médecin tu peux déjà dire que tu as sauvé une vie. Juste avec tes mots. MERCI.
Bien amicalement,
S. »

Je suis content d’avoir créé ce blog, mais s’il vous plaît, les filles : PALPEZ-VOUS LES SEINS !

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Instantané d’un médecin en visite.

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Alors voilà, ce matin, il faut lire en écoutant ça : MUSIQUE À ECOUTER IMPÉRATIVEMENT +++
Il est 8h12, première visite.
Il pleut.
Je descends de voiture, tout est gris.
Je suis un peu triste ce matin, sans savoir pourquoi. Ça m’arrive très souvent. La dernière fois, un de mes meilleurs amis m’a dit : « Je te regarde, et pour la première fois je me rends compte que tu ne sais pas sourire autrement qu’en ayant l’air triste ». C’est vrai. Même quand je ris, j’ai l’air triste. Et je ris beaucoup.
Il pleut sur ma petite voiture et je suis triste. J’aime bien cette idée-là : celle d’un monde en cohérence avec mes états d’âme.
Je m’approche de l’entrée. Le portail est en fer forgé, il est peint en blanc.
Je sonne, personne ne répond.
J’entre, les gonds grincent un peu.
Vague inquiétude.
C’est une immense maison, presque un manoir.
J’entends jouer du piano alors je cherche un piano.
Long couloir en bois, murs recouverts de livres, odeurs de cire et de vieille résine, de jasmin et d’un peu de mystère.
Je découvre une Mamie sourde comme un pot.
Dos tourné à l’entrée, elle joue du Bach dans une serre à orchidée, habillée en chemise de nuit rose.

Je m’assois derrière elle.

Ses doigts sur les touches… Elle ne joue pas, elle cueille des fleurs noires et des iris blancs. Elle cueille à toute vitesse.
Bach était jardinier.
Elle ne me voit pas, je reste quelques minutes à l’écouter. Peut-être cinq minutes ? Dix ? Je ne sais plus, mais je reste là, derrière elle. Je l’écoute.
Elle ne sait pas que je suis là et je ne veux pas l’interrompre.
[...MUSIQUE À ÉCOUTER...]
Visite terminée, je ressors, j’ai la conviction que je fais un métier vraiment formidable.
Il a cessé de pleuvoir
Alors je suis un peu moins triste.
Il y a quelque chose à deviner là-dedans, mais je ne sais pas quoi. Il me faudra y réfléchir un peu à tête reposée. Creuser la question… puis planter quelque chose.

J’ai mal à la tête et à l’univers tout entier.

Fernando Pessoa

PS 1 : je suis au salon du livre de Montmorillon ce week-End ! Venez chercher un free-hug. Et bise spéciale à Lily B. qui m’a ému comme personne le week-End dernier au salon de Nice…

PS 2 : les histoires drôles arrivent, mais en ce moment, je suis chagrin, alors le blog est chagrin. C’est cohérent. Baci a tutti !

La femme qui tournait une page.

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L’histoire c’est S., L’écriture c’est moi. Juste merci, tu es une chouette nana !

Aujourd’hui, les vétérinaires sont à l’honneur ! Si les véto veulent m’écrire leur histoire : ICI

Alors voilà, la dame avait dans les 40 ans, elle est venue voir S. en consultation pour euthanasier son vieux chat de 18 ans.
L’animal est maigre, déshydraté, à bout de force, en insuffisance rénale terminale (si, si, les chats aussi).
La dame est très belle, très digne.
Moment difficile, ce n’est pas la meilleure partie du métier de S.
Le chat est là, il s’endort, puis il n’est plus là. Et quand il n’est plus là, la dame caresse l’animal et explique à S. :
« Vous voyez docteur, il y a 18 ans, j’ai eu un très grave accident de voiture avec mon mari. Nous étions mariés depuis 2 mois. Il est mort sur le coup. Moi, j’ai fait 3 semaines de coma. Quand je me suis réveillée, j’étais paraplégique, j’avais envie de mourir, et quelqu’un m’a posé un chaton sur les genoux, dans mon fauteuil roulant. Aujourd’hui je suis debout, je remarche normalement, je n’ai plus du tout envie de mourir, et je me marie la semaine prochaine. Excusez-moi de pleurer comme ça. Mon chat est mort. C’est une page qui se tourne… ».

Je sais bien que mon blog n’est pas la chose la plus cynique du monde (et c’est peu de le dire !). Ici, je veux me faire du bien et faire du bien à ceux qui me lisent, ici je veux parler de bienveillance, parler de comment un chat a vraiment aidé une femme à se remettre debout.
Pour le cynisme, il y a le journal télévisé et tout ce que je n’écris pas sur ce blog, mais dans mes carnets (des dizaines de carnets !).

Prenez soin de vous tous,
Baptiste Beaulieu.

PS : je suis au salon du livre de Nice ce week-End ! Free-hug pour tous !

Le (re)retour de Frottis !

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Alors voilà le box 3, une femme pleure : Madame C. Elle a HORREUR des aiguilles. Or, on s’apprête à lui faire la pire de toutes les piqures, la gazométrie artérielle. L’infirmière a beau la rassurer, rien n’y fait. Frottis tente sa chance, sans obtenir de meilleurs résultats.
– Je ne veux pas ! Je ne veux pas !
Elle pleure, l’infirmière prépare son matériel. Frottis se sent démunie. Madame C. redouble de larmes.
Frottis, grande fan de Michael Jackson, prise d’une impulsion subite :
– Cause this is thriller, thriller night.
Elle commence la chorégraphie du clip.
– Qu’est-ce qu’elle fait ? s’exclame Madame C. entre deux reniflements.
– Elle danse, répond simplement l’infirmière, et moi je vais piquer.
Frottis, en joie :
– You know it’s thriller, thriller night.
L’infirmière :
– Elle danse ET elle chante.
– Et vous ?
– Je pique ! Je pique ET elle danse. Regardez-la.
Frottis, gesticule et hurle à tue-tête :
– You’r fighting for your life inside a killer, thriller tonight.
– Elle est folle.
– Je danse ! s’exclame Frottis.
– Elle est folle à lier, complète l’infirmière en train de piquer en douce.
Madame C., concentrée sur l’interne :
– Mais elle danse ! s’exclame-t-elle.
– Et elle chante ! répète l’infirmière, en prélevant son sang.
– Et vous ?
– Moi ? J’ai piqué.
– Vous avez piqué ?
– Et oui ! s’exclame l’infirmière.
– J’ai à peine senti la piqûre… C’est magique !
Frottis s’écroule sur une chaise, en sueur :
– Non : c’est Michael ! That is Michael !

On ne peut rien contre le Roi de la pop, je veux dire : on ne peut VRAIMENT rien contre le roi de la pop… (et contre l’hypnose occupationnelle).

Je vais vous raconter une histoire terrible de contraception orale. J’ai demandé à une fille de coucher avec moi et elle m’a dit non !
Woody Allen
(Rien à voir avec l’histoire du jour mais ça m’a fait rire…)

Si vous aimez, partagez sur Facebook/mail/Twitter ou pigeon voyageur !
Je vous souhaite un excellent week-end et prenez soin de vous…
Baptiste Beaulieu

Pourquoi Chef Lion m’écrit son histoire…

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L’histoire c’est Chef Lion, l’écriture c’est moi. Merci ! Si vous êtes soignant ou soigné, et que vous voulez parler, c’est ICI.

Alors voilà Chef Lion. Elle a une patiente, née le même mois qu’elle et la même année. Elle ont le même nombre d’enfants, habitent la même ville et connaissent les mêmes restaurants.
Mais Chef Lion n’a pas de cancer pulmonaire métastatique. Sa patiente tient 2 ans à coup de chimiothérapie et de rayons, le temps que ses enfants grandissent un peu…
Un jour son époux l’amène pour la millième fois dans le service. L’équipe fait ce qu’elle peut, mais la patiente part faire du poney multicolore quelques heures après.
Chef Lion est une lionne : « Je ne pleure pas, m’écrit-elle, on débute souvent le deuil de nos patients à l’annonce du diagnostic, alors je pleure rarement, car je suis prête, le plus souvent. »
Une semaine après, un soir, on sonne à la porte de chez elle.
Le mari de sa patiente, avec un énorme bouquet de fleurs :
- Ma femme voulait que je vous remercie après son départ, pour tout ce que vous avez fait…
Et il s’enfuit en courant.
Chef Lion cache son émotion, mais sa fille de 9 ans la voit.
- Qu’est-ce qui se passe, maman ?
Chef Lion explique :
- C’est le mari d’une de mes patientes, elle est morte, il m’apporte des fleurs pour me dire merci de m’être occupée d’elle.
Sa fille :
- Je ne comprends pas… il t’offre des fleurs pour te remercier alors que tu ne l’as même pas guérie ? C’est n’importe quoi ton métier !
Chef Lion n’est pas sûre que sa fille fasse médecine. Mais, elle, la Chef Lion, elle se souvient pourquoi elle fait ce métier, je veux dire : elle se souvient VRAIMENT de pourquoi elle fait ce métier.
Et c’est pour cela qu’elle me l’écrit.

S’il pouvait penser, le coeur s’arrêterait.
Fernando Pessoa

La poursuite (épuisante) du bonheur.

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Alors voilà, elle est entrée dans le cabinet comme une tornade :
- Vous avez vu ? c’est pas beau ça ? La trentaine, un corps de fashion victime, une liberté toute neuve et deux filles aussi belles que Kim Kardashian. Mon mari ? Fini ! Il est rentré au bled, je veux plus en entendre parler. Je veux vivre. M’a assez pourri la vie. Je mange de la salade le soir, je veux être belle cet été sur la plage. Et ma fille ? elle est pas belle, ma fille ? Franchement ? Regardez-la ! Le bas du visage, c’est son père. Le haut, c’est moi. Regardez-la. Elle est belle hein ? C’est pas vrai qu’elle est belle et douce ? Kim Kardashian, je vous dis !… Elle fait preuve d’initiative. Toujours à aider, à entreprendre. Elle ira loin, je vous dis. Comme sa mère. Wesh, wesh la famille !… Je parle beaucoup, mais je suis excitée. Je l’ai enfin foutu dehors et ça me fait un bien fou. Dieu soit loué. La liberté, docteur ! La liberté ! J’ai un nouveau copain. Je me sens femme. Et faut pas croire, je prie beaucoup. Pour mes filles, pour l’autre con et pour moi. Je prie, je prie, je prie… Je suis une sainte dans un corps de top-model. Un top, je vous dis ! Regardez ce profil ! C’est pas beau ça ?
- Vous venez pour quoi ?
- Je pense que je fais de la tension.
Vérification : elle fait de la tension.
- C’est le bonheur, docteur, ça fouette le sang !

(Véridique cette phrase.)

[bla-bla-bla]
Beaucoup de bla-bla-bla. Je vous les épargne parce que je suis cool.

Et quand elle part, elle dit :
- Vous êtes génial. Si vous allez au Maroc un jour, je vous donne une adresse. Vous serez blanchi nourri logé choyé. Comme mon fils. Allez, yala.
Elle m’embrasse sur la joue et file.
Je m’écroule sur mon siège, épuisé. Puis j’attrape un post-it : « Ceci est un message du Baptiste du mois de mai 2014 au Baptiste du futur, vieux et blasé et aigri et gras (1). Quoi qu’il arrive dans ta vie, quelle que soit la personne avec laquelle tu décideras de faire ta vie, n’oublie jamais qu’un bon divorce peut rendre heureux, je veux dire VRAIMENT heureux ! »

(1) : régulièrement j’écris des petites messages, des notes du « moi présent » au « moi futur », histoire de me démentir en cas de crise existentielle et de me remettre droit dans mes bottes. J’ai piqué l’idée à François Hollande ! (Non, je déconne ! Il fait pas ça, le président, la crise que ce serait !).

Toute est un et tout est une.

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Photo : « Les amoureux de Hasanlu ». Site archéologique. Iran

Alors voilà j’étais externe, j’étais presque un gamin quand j’ai lu sur un dossier à la case « Antécédents » de mon patient : « cancer du sein droit opéré ».
J’ai bien ri.
- Regarde ! Les cons ! Ils ont dû inverser les dossiers ou j’sais pas quoi !… Zont mis « cancer du sein » alors que mon malade est un homme. Si ça se trouve y a une patiente qui se promène quelque part avec marqué « cancer de la prostate » !…
Mon pote a ri, j’ai ri, on a ri.
Puis je suis entré dans la chambre.
C’était un homme d’une quarantaine d’années, plutôt sympa, grosse moustache et sourire gouailleur dessous.
- B’jour M’sieur !
J’ai montré son dossier en le tapotant d’un air docte :
- Comment va la poitrine ?
J’ai cru qu’il allait rire. Ben non. Il m’a dit que ça allait mieux et que les derniers résultats étaient encourageants. Puis il a retiré sa chemise.
Un téton à gauche, bien sûr, mais pas à droite.
Au niveau du téton droit se trouvait une grande cicatrice. Belle et propre. Un bout de thorax replié et recousu sur lui-même.
Il était un peu gêné quand même…
Pas autant que moi, bien sûr.
Je suis rentré chez moi, j’ai ouvert mes livres et fait mes
recherches…

Données factuelles et scientifiques (ou le moment le plus rébarbatif de cette anecdote mais vous allez voir ça se lit vite et c’est pas trop chiant) :

« 99 % des cancers du sein touchent les femmes.
Le cancer du sein chez l’homme est rare. Moins de 1 % de tous les cancers du sein. »

Mais ça existe…

Je me souviens de ces mots, lus sur le papier, et de cet homme, vu sur le lit d’une chambre d’hôpital.

J’ai refermé mon livre avec incrédulité. Je venais de comprendre quelque chose d’incroyablement beau, d’incroyablement fort et de vraiment, vraiment, vraiment incroyablement réconfortant pour le reste de ma vie : à bien des égards, l’homme est une femme comme les autres.
Alors tout irait bien.