Les enfants, les tribus et les grenouilles.

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L’histoire c’est B., alias Titou, interne en pédiatrie, l’écriture c’est moi. Merci !

Si vous voulez raconter : c’est ICI !

Alors voilà Alexandre avait six ans. Il est venu avec maman, un ours en plastique dans chaque main et des douleurs abdominales.
- Tu as mal où ? demande Titou.
Alexandre montre le téton droit en plissant les lèvres. La mère dit que c’est le ventre. Souvent les enfants montrent le téton quand ils ont mal ailleurs. Le téton, ou le bras, ou la cuisse… Bref, ne jamais croire un gamin (mais qui a inventé l’expression « la vérité sort de la bouche des enfants ? ». Sûrement un enfant…).
- Tous les mois c’est pareil. Pendant deux/trois jours, il a mal.
On fait des examens au gosse. Une batterie. Des échographies. Des prises de sang. Des rendez-vous avec le spécialiste. Rien. Nada.
- Tous les mois, vous dites ?
- Tous les mois.
- À la même période ?
- À la même période.
Titou est dubitatif. Mais qu’est-ce qu’il a, ce gosse ?…
Alors Titou de souvient d’un reportage qu’il a vu la veille sur Arte et qui parlait de grenouilles et d’hormones.
- Il a combien de sœurs ?
- Quatre, répond maman.
- Elles sont réglées ?
- Oui.
- À peu près au même moment dans le mois ?
- Oui.
- Elles ont mal ?
- Elles ont leurs règles. Bien sûr qu’elles ont mal !
(((((Assertion discutable, mais dite en ces termes là alors je retranscris…)))))
- Il me vient une idée idiote. Est-ce que, par hasard, les douleurs d’Alexandre apparaissent au moment où vos filles sont réglées ?
La mère s’étonne.
- Ben maintenant que vous le dites, c’est au même moment, oui.
- On va faire quelque chose : chaque mois, quand vos filles ont leurs règles, vous leur demandez de prendre leur anti-douleur discrètement et de dire devant le petit qu’elles n’ont pas mal. Ça vous va ?
- Heu… Oui, d’accord.

Ils ont fait comme ça et ça a marché. Les filles ont dit qu’elles n’avaient pas mal et les douleurs du petit ont disparu. Plus rien. PFFFF ! Envolées !
Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour appartenir à une tribu ! Je veux dire qu’est-ce qu’on ferait VRAIMENT pas pour appartenir à une tribu !

Si vous aimez, partagez sur Facebook ! En bas à droite de chaque anecdote, comme d’habitude !

Et je serai le 6 octobre au soir pour une conférence/dédicace du LIVRE à partir de 19 h au domaine de Rombeau à Rivesaltes, près de Perpignan.

Chaque année, les golden blog awards récompensent les 20 meilleurs blogs français. Ça vous dirait de voter pour moi ? C’est ICI !
Vous pouvez voter une fois par jour. La clôture des votes est dans deux semaines. Merci !

La femme qui buvait du thé.

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L’histoire c’est L., l’écriture c’est moi. Merci !

Alors voilà, elle entre, fringante et blonde, le teint presque blanc, presque morte même, mais la plus belle morte que L. ait vue en dix ans d’études médicales. Elle a de longs cheveux blonds. Elle sourit beaucoup.
L. pense « manque de soleil-carence en vitamine D », mais la patiente réclame un « décontractant musculaire. »
- Vous avez mal ?
- Pas moi, mes clients.
- Vos clients ?
- Ils n’osent pas aller chez leur médecin, alors j’espérais que vous me donneriez deux ou trois boîtes d’avance.
L. apprend avec stupéfaction quel est le métier de Madame Masson.
- Ils me payent pour boire du thé sur leurs dos. Rien de plus. J’entre, ils sont à quatre pattes, nus. Je bois mon thé, puis je repars.
- Ils parlent ?
- Jamais. Ce sont des tables, docteur !… Enfin, ils veulent être des tables…
- Combien ?
- 200 € de l’heure. Je suis bonne à ça, très bonne même. Je fais « malencontreusement » tomber quelques gouttes de thé brûlant sur leurs dos quand je me sers, puis quand je bois.
- Ils ne font rien ?
- Je vous l’ai dit, ce sont des tables. Le mobilier, ça ne parle pas.
- Mais c’est tout, vous ne faites rien de plus ?…
L. pense infections sexuellement transmissibles, etc.
- Il y a des extras, mais c’est rare. Vous savez, il n’y a pas d’êtres humains sans névroses, il n’y a pas d’êtres humains sans fantasmes. J’ai des cadres supérieurs. Être rabaissés au rang de meubles, ça apaise une tension chez eux. Quelque part, je suis soignante.
[...]
- Au revoir madame.
- Au revoir docteur. (Elle hésite.) Vous voulez une carte ? J’ai des médecins parmi mes clients…
- Non merci, vraiment, je fais du tennis.
[...]
Plus tard, quand il m’écrira cette histoire : « Je ne sais pas pourquoi j’ai répondu ça. Du tennis ? C’est idiot, hein ? Mais j’ai pas pensé à autre chose. C’est sorti tout seul, comme ça… Je ne sais pas trop si tu feras grand chose de cette histoire, mais voilà… »

J’adore l’être humain, je veux dire : j’aime VRAIMENT l’être humain.

Si vous aimez, partagez sur Facebook ! C’est en bas à droite de chaque article ! Bonne journée à tous,
Baptiste Beaulieu

La femme qui était gourmande.

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L’histoire c’est M., l’écriture c’est M. Je n’ai touché à rien ! (Ben oui, les gens, je suis en vacances, moi !!!!)

ALORS VOILÀ une petite anecdote récoltée lors de mon « Pflegepraktikum » dans un hôpital non loin de la forêt Noire…
[...]
C’était mon tout premier stage à l’hôpital. J’arrivais fraîche comme une fleur, avec mes illusions et mon smartphone dans ma poche de blouse sur lequel j’avais pris bien soin de télécharger une application dico français-allemand (l’allemand d’une bachelière n’étant pas à l’abri des redoutables assauts de l’accent bavarois). Parachutée au service d’oncologie, je me retrouvais complètement perdue dans le ballet des infirmières qui sautillaient de chambre en chambre tandis que les substances chimiothérapeutiques poursuivaient, implacables, leur goutte à goutte toxique dans les avant bras des patients. A l’heure du repas, une patiente, dont on comptait les derniers jours à vivre, m’appela depuis sa chambre :
« C’est pour le gâteau fit-elle dans une moue, il est trop sec; vous n’auriez pas un peu de crème fouettée pour l’accompagner ? ». Je lui en trouvais.
Ce manège se répéta tous les jours jusqu’à ce que finalement, la dame à la crème se trouva tellement affaiblie par son cancer qu’elle n’était plus en mesure d’avaler quoi que ce soit de solide. On lui servit donc du bouillon de légumes.
Elle m’appela pourtant de nouveau pour le repas.
« Vous savez, j’ai toujours été une gourmande incorrigible… Alors le bouillon de légumes, là, ce n’est pas terrible…En fait, ce qui me ferait plaisir là, tout de suite, c’est de la crème fouettée. Un ÉNORME bol de crème fouettée à manger pure, comme ça, sans rien de plus à côté. Alors écoutez moi bien, vous allez sortir le porte monnaie de mon sac à main. Il y a 10 euros dedans et avec ce billet, vous irez à la Konditorei (pâtisserie) de la rue d’en face, vous allez demander un bol de crème fouettée avec une cuillère et avec le reste de l’argent, vous achèterez pour vous une grosse part de Schwarzwälder Kirschtorte. Vous êtes Française, il faut vous cultiver; vous ne pouvez pas continuer d’habiter en Allemagne sans avoir goûté ce merveilleux gâteau. C’était mon dessert préféré, avant. »
Je suis donc allée à la pâtisserie. Ils étaient un peu surpris par ma demande mais je suis finalement repartie avec le bol de crème fouettée avec une cuillère et ma part de gâteau (ça ressemblait à 20 bon centimètres de couches chocolat et crème alternées avec des cerises au kirsch, je crois que j’ai frôlé l’indigestion). La dame était aux anges. Elle s’est délectée de chaque cuillère. Elle est partie quelques jours après…
Maintenant, je ne peux m’empêcher de penser à elle dès que je croise une Konditorei. Mais très honnêtement, j’ai des doutes sur les capacités des estomacs français à digérer la fleur de la pâtisserie allemande.

Si vous voulez raconter : c’est ICI !

Prenez soin de vous et ne parlez pas aux inconnus !!

L’homme qui voulait qu’on prenne soin de lui.

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L’histoire c’est Frottis, l’écriture c’est moi ! Merci ! Et la photo est authentique : Nancy Reagan sur les genoux de Mister T de « l’Agence tout risque. » Allez savoir…

Alors voila il est arrivé, la cinquantaine, plutôt sympa, le nez bien pris et des huîtres dans chaque narine à chaque fois qu’il se mouche.
Frottis l’examine, c’est la saison des rhinopharyngites et monsieur Huitre ne dérogera pas à la règle.
(((( Minute théorie du complot : sans les virus créés par les illuminati, les franc-maçons, les reptiliens et le lobby LGBT, nous les médecins nous serions au chômage et la paix régnerait sur le monde pour les siècles et les siècles. Donc, surtout, continuez à sortir sans mettre de gants, de bonnet, d’écharpe et en portant des tongs… Merci pour nous ! )))))
- Vous travaillez demain ?
- Oui !
- Vous vous sentez d’y aller ?
- Il faut bien, répond Monsieur Huitre, un peu blasé.
- Vous êtes à votre compte ?
- C’est ça oui, profession libérale.
Frottis demande :
- Vous faites quoi ?
- Je suis médecin.
Frottis croit avoir mal entendu :
- Zêtes quoi ??
- Comme vous, je suis médecin.
- Ah…
Monsieur Huitre se tortille sur le siège : devant lui, Frottis pense très fort quelque chose du genre « Depuis quand les boulangers vont acheter leur pain ailleurs que chez eux ? »
Alors Monsieur Huitre, gêné, regarde par terre et dit :
- Parfois, j’aime bien aller chez le médecin à mon tour. J’ai l’impression qu’on prend soin de moi et que ma santé intéresse quelqu’un.

Et quand monsieur Huitre est parti, il a insisté pour payer, ce qui ne se fait jamais entre confrères.
« J’insiste vraiment, a dit monsieur Huitre, si je ne payais pas ça gâcherait tout… »

PS : faites une bise de ma part à votre médecin la prochaine fois que vous le verrez. Ils le méritent… Sinon, depuis la création du blog, je cumule 5 258 278 visites sur le site.
Je suis content. Mon petit catalogue de l’humanité va continuer longtemps.
J’en profite pour dire que le premier livre est traduit en suédois et qu’il sort dans toutes les bonnes librairies de Suède (couverture ci-dessous) et que mon deuxième livre est à la correction…

Je vous kiffe,
Prenez soin de vous,
Baptiste Beaulieu

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10 mégots de vocation, de tabac, et de tendresse. (SUITE)

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[SUITE DU POST PRÉCÉDENT]

Au commissariat : « Vous voulez porter plainte ? »
Attention, c’est LE moment de LA minute « Victor-Hugo-cul-cul-débile » dans ma tête : je pense à Jean Valjean et aux Chandeliers en argent. Je veux croire très fort qu’enfoncer la tête d’un homme sous l’eau ne lui apprendra pas à mieux respirer.
Alors je dis : « Non. Je veux qu’il se fasse traiter et surtout qu’il ne recroise plus jamais ma route. »
[...]
Tu rentres chez toi, tu penses au type, aux poings du type, aux tatouages du type, à la violence du type. Tout à coup, tu veux une clope. Tu te souviens que tu ne fumes pas, mais il te faut une clope. Ou du sexe. Tes colocs ne sont pas là, donc pas de clopes. Tu n’as personne dans ta vie, donc pas de sexe. Tu regardes le calendrier : ce n’est ni un jour pair, ni un jour impair, c’est un jour triste. Pas de fille, pas de garçon, pas de cigarette. Rien du tout. Nada. Néant. Rien.
Alors tu vas sur ton balcon, et tu fumes les mégots de tous les cendriers dans ton appartement, comme ça, les uns après les autres en réfléchissant sur la vie, la mort, l’amour et le destin.
[...]
Il faudrait inventer des mégots de sexe. Comme des ersatz de plaisir que les couples heureux et amoureux laisseraient traîner par terre, sur les trottoirs. Alors, quand on est seul et en manque de tendresse, on pourrait les ramasser sur le bitume.
Oui, il faudrait inventer des mégots de tendresse pour les soirs de coups durs.
[...]
Je réfléchis longtemps ce soir-là.
[...]
La médecine générale, c’est fini pour moi, j’ai décidé de me réorienter peu à peu. Je veux retourner aux Urgences. Mon équipe me manque : les infirmiers et aides-soignants me manquent. Mes anciens chefs me manquent (pas Chef Gueulard, hein !).
Les blagues potaches me manquent.
[...]
Deux jours passent.
Ça va mieux.
Comparution immédiate, il reconnaît les faits.
8 mois avec sursis, obligation de soins, mise à l’épreuve et interdiction de m’approcher moi ou le cabinet.
Il n’a pas fait appel.
J’ai écrit au président du TGI pour demander qu’il soit cool. L’avocate a lu la lettre. En gros, je dis : « Salut ma poule ! Le type, c’est un toxicomane. Je veux qu’il soit soigné, c’est tout. Et ne plus jamais le revoir. YOLO, poutou-poutou, Bibi. » (C’était mieux écrit que ça, hein, je précise …)
[...]
L’avocate qui s’occupe de l’aide aux victimes m’appelle :
- Je ne sais pas si cela vous aidera à aller mieux ou à pardonner son comportement, mais le type qui vous a agressé a un parcours compliqué. Son père a été jugé puis écroué au pénal pour viol et acte de barbarie sur son fils âgé de 9 ans. Votre agresseur s’est mis à consommer de la drogue à 12 ans.
- Ah.
- Ça va, Docteur ?
- Non. Je vais pleurer, puis dormir. Au revoir madame.
[...]
De cela il ressort, comme dit le poète, que « Nous vivons dans un monde où des cailloux traversent l’espace et ne savent pas pourquoi. »

P.S. : de cela, il ressort aussi que le lexomil est une invention bien utile et que les mégots c’est dégueulasse.
(Comme l’être humain ?).

« Nous vivons dans un monde où des cailloux traversent l’espace et ne savent pas pourquoi. »
B. Scott

YOLO : mot bizarre utilisé par les boutonneux pour dire que tu n’as qu’une seule vie. (You Only Live Once).

Facebook, Twitter, vous pouvez partager en bas à droite, mais on s’en fout un peu. Dans cent ans, nous serons tous morts, alors…

10 mégots de vocation, de tabac, et de tendresse.

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Alors voilà.
Le type fait deux mètres il entre dans ton bureau et te plaque contre le mur…
Je sais ce que vous vous dites : « ça commence plutôt bien, genre film porno des années 70. »
Ben non, désolé…
Parce que le type en question, voyez-vous, il t’oblige à lui rédiger une ordonnance de morphinique « tu le fais ou je te défonce la gueule ! ».
[...]
Toi, tu essaies de discuter, d’être posé et à l’écoute. Mais non. Il veut tout. Tout de suite. Il arme son poing en arrière, frappe, à côté de ta tête et te dit qu’il va te « démonter la gueule ». Alors tu t’assoies en tremblant, tu prends une ordonnance sécurisée et tu fais la prescription de produits stupéfiants. Parce que tu mesures 1 m 76, pèses 66 kg et que lorsque tu étais enfant, personne ne te voulait dans son équipe de foot tellement tu étais gringalet et nul en sport (vous savez le gamin qui reste sur le côté avec ses bouquins dans les films américains ? C’était moi ! Désolé, c’était la minute « Rémi sans famille » ou « Vivre dans un donjon avec la pneumonie ». Triste histoire, mais histoire vraie !)
[...]
Tu as peur. Quelque chose d’animal, de primaire. Tu lui dis : « Ce que vous faites est grave. À l’instant où vous passerez cette porte, j’appellerai la police. »
Il te dit : « Finis l’ordonnance et ferme ta gueule ! ».
(Vaut mieux : j’ai envie de vomir.)
[...]
Soupir.
« Je suis à peu près sûr, maintenant, qu’il n’a pas de carte vitale et qu’il partira sans payer… » ((((((cette dernière phrase est une blague, hein, je précise…)))))
[...]
Les patients en salle d’attente, quand ils te voient sortir tremblant et complètement choqué du bureau dix minutes après : « On a vu le monsieur nous passer devant, entrer dans le bureau, on a entendu des coups et crier et on s’est demandé si on devait prévenir la police… »
[...]
Ben oui bande de sombres cons, vous auriez dû. Après tout, ça ne se fait pas de passer devant tout le monde !
[...]
(Avec le recul je comprends. C’est une chose irréelle une agression, qui excède les petits murs étroits et abrutissants de nos quotidiens. Alors on n’y croit pas quand cela arrive.
Comment se dire « Tiens ! Et si je lisais tranquilou le Gala du 13 juillet 1976 dans la salle d’attente de mon gentil docteur qui se fait déglinguer juste à côté !… Ça alors ! Les Beatles se séparent et Freddy Mercury est gay !… » ?????
[...]
Tu vas au commissariat : « On l’a chopé, il est bien connu des services. Malheureusement, on ne devrait pas pouvoir le garder plus de 24 h. Il avait votre ordonnance sur lui et un couteau. Vous avez bien fait. Il était énervé contre vous et il a dit qu’il reviendrait mais ne vous inquiétez pas s’il vous arrive quoi que ce soit dans les prochains jours on saura à qui s’adresser.  »
Ah merci bien, inspecteur Harry, je suis rassuré.
[...]
Une précision : du début à la fin, les services de police ont été géniaux. À l’écoute, clairs, organisés, rassurants. Je sais qu’on les déteste parce qu’ils nous arrêtent sur le bas côté des routes pour nous taxer 90 € de dépassement de vitesse… Mais cela reste une force démocratique et de paix. Indiscutablement. Ils protègent.
[...]
Au commissariat : « Vous voulez porter plainte ? »
Attention, les amis, c’est LE moment de LA minute « Victor-Hugo-cul-cul-débile » dans ma tête : je pense à

LA SUITE LA SEMAINE PROCHAINE !
(Bruits de tambour comme dans les films à suspense.)

((((( JE VOUS PRÉVIENS, IL N’Y AURA TOUJOURS PAS DE SCÈNE PORNO, ET AUTANT VOUS LE DIRE TOUT DE SUITE : LE GRAND MONSIEUR MENAÇANT NE PAIERA PAS SA CONSULTATION.)))))

Je suis en vie, je vous kiffe,

Baptiste Beaulieu

L’homme qui va avec le soleil.

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Pour J. un de mes anciens (jeune) patients, croisé par hasard dans le métro.

Alors voilà, c’est la guerre.
D’un côté, Jean-Presque-Enfant, 24 ans, étudiant, amoureux, rieur et un peu fêtard. Il aime les balades en vélo, les oréos coupés en deux et les séries B. Pas vraiment un guerrier né.
De l’autre, toute une armée de petits crabes dégueulasses. Pas des Huns, des Wisigoths ou des Vikings, non. Bien plus barbares ! Des Lilliputiens ridicules, coiffés de casques en os. Leurs pinces sales résonnent de cliquetis inquiétants. Très bruyants. Aucun état d’âme.
Pour Jean-Presque-Enfant, ce sont des jours bien sombres qu’annonce cette armée miniature.
Ils ont frappé les premiers, là où ça fait mal : le testicule. BLÂM ! Droit dans les parties. Pas très fair-play, me direz-vous, mais à la guerre comme à la guerre.
Ils se sont avancés, horde sauvage, désordonnée et chitineuse. Ils ont dit : « Ola, Jean-Presque-Enfant ! On prend la bourse. Dans quelques mois, on prendra la vie ».
La pauvre gamin n’a pas eu le choix. Il a dû ranger ses livres de cours, remettre ses sorties à plus tard, affûter ses armes et recruter des mercenaires : « Oncologuatrix », « Chimiothérapeutus », « Infimierator » qu’ils s’appellent.
- Je suis trop jeune, a dit Jean-Presque-Enfant.
- Va falloir grandir vite, a répondu gravement Oncologuatrix, pas toujours très subtil.
La bataille a été sanglante. Pas de quartiers. Enfin presque : il a fallu trancher dans le vif. La machine à bébés ? Aux oubliettes. Remplacée par une jolie prothèse en forme de haricot. Belle illusion. De toute manière, les futurs petits Jeans dorment bien au frais dans un joli cocon réfrigéré.
Entre le Jean et le Prince des Crabes ? Ce fut un combat à mort. Aucun ne voulait lâcher l’affaire.
Un jour, devant moi, Jean s’est exclamé :
- Mais ce n’est qu’une paire de couilles, après tout ! Qu’est-ce que ça peut bien leur foutre ???
Bonne question… Qu’est-ce qu’il peut bien en faire, le Prince des Crabes et ses cellules terroristes ? Un testicule ! Pensez-donc !
Un vrai pilleur d’organes. Une charogne.
Les matins ont succédé aux matins. Le jeune homme devenu grand soldat a vomi plus souvent qu’à son tour. Son corps ! Des tranchées, des sillons dans la neige grêlés par les batailles… L’homme a maigri, s’est endurci le cuir. Il a hurlé bien fort qu’il ne céderait pas un pouce de terrain à la petite armée en carapaces.
- Je vais mourir. Mais vieux. Et j’aurai fait des bébés à Lise. Même que j’aurai 20 petits-enfants très turbulents. Même que je veux pouvoir leur dire « Les enfants ! Arrêtez de me les briser ! » Même que je veux leur dire ça.
Finalement, un jour, l’équipe a gagné. Jean est monté en haut d’une montagne immense, il a arraché la victoire finale, un drapeau rond et lumineux.
[...]
Maintenant, l’homme se promène parmi les gens dans le métro. Peut-être parmi vous… Peut-être même qu’il est assis sur le siège en face. Vous l’ignorez, mais c’est un immense chef d’armée. Lui, incognito, il sourit, il prend l’escalator, débouche en pleine lumière, parmi les vivants. Il pousserait bien un cri de guerre victorieux, mais les gens ne comprendraient pas, alors il laisse un large sourire s’épanouir sur son visage. Le soleil est là, en haut des escaliers, l’homme marche avec lui.

Malgré tant d’épreuves, mon âge avancé et la grandeur de mon âme me font juger que tout est bien.
Oedipe, Sophocle

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Une bise à tous.

La femme qui avait un « S » sur la poitrine (Ou, plus sobrement : Superman est une MERDE.)

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Illustration : il m’a proposé et j’ai dit oui à MEDESSIN GRAIN car c’est top.
Allez-y, son site est drolissime, génial, fin. Je préviens que parfois l’humour est très noir. Mais j’aime.

Alors voilà Superman.
Né sur la lointaine planète Krypton, c’est LE Surhomme par excellence : épiderme invulnérable, super-force, super-souffle, super-ouïe, super-vue (zoom, rayons X et lasers), vol et super-intelligence.

Et voilà Germaine Job, chambre 7, 92 ans, plus toutes ses dents, plus trop de cheveux.
Des bandages entourent la peau de ses bras et de ses jambes.
Elle s’allonge seulement sur le côté gauche : trop faible pour se tourner sur le droit. Germaine Job est aussi molle qu’un torchon mouillé.
Elle n’entend plus rien et ne voit plus rien : cécité bilatérale. Le diabète a fait des dégâts.
Je ne sais pas si elle sait voler à Mach 3, mais j’en doute : en tombant de sa simple hauteur, elle s’est brisé le col du fémur.
Quand on lui demande en quelle année nous sommes, Germaine Job répond 1971. J’ai vérifié : nous sommes en 2014. Et le président n’est pas Pompidou.
L’autre jour, sa famille lui a offert un peignoir Superman bon marché, rouge et bleu, avec un S jaune en travers de la poitrine.
L’infirmière me dit :
- Tu as l’air dans la lune, Baptiste.
Je pense : « Être Superman est facile, il suffit de naître extraterrestre. »
Et je dis :
- Être humain et vieillir, ça, c’est bien plus héroïque.
- Plus héroïque que quoi ?
Je souris, je pense au super-héros.
Bibi dénonce :  » Superman est une MERDE. »
((((( Tiens, prends ça dans les dents, kryptonien de mes c…)))))
Maintenant, quand je ne regarde pas les dessins animés le dimanche matin en buvant du chocolat chaud (faudrait être fou pour avouer adorer regarder les comics de France 3 du dimanche matin à 9 heures, alors qu’on a 29 ans et qu’on est médecin), je ne vous dirai pas que je substitue le visage de madame J. Ça me fait drôle : un mec tout costaud en collant (genre canapé en cuir qui marche) volant dans les airs avec un vieux visage de pomme tout ridé (ceci dans l’optique où je regarderais les dessins animés, mais ce n’est pas le cas, nous sommes bien d’accord, n’est-ce pas ?…)

Superman devrait porter un J sur la poitrine. Le J de Job.
Ou un H, oui, vraiment un H. Comme Humain.

Tu me demandes pourquoi j’ai envie de mourir ? Parce que quelque part il y a un arbre qui a mis 20 ans à pousser et servira à fabriquer les pages du livre de Nabila. Voilà pourquoi.

(aucun rapport avec l’histoire, mais j’ai trouvé ça drôle. Ou beau.)

P. S. : merci pour vos messages/cadeaux d’anniversaire, merci tout spécial à Claudie, Marie-Claire, Catherine A. (géniale Catherine A.) Sigmundt, Elle, Marthe L., Marinette, Sophie E., Thomas, Marie, Odile et tous les nombreux autres…
Le bouquin « Alors Voilà » vient d’être traduit en Corée, l’éditeur coréen m’a appelé hier : le livre fait un carton là-bas. Ils ont changé le titre du roman, et c’est quelque chose du genre : « Ma patiente va (peut-être ?) mourir, mais je la ferais rire avant ! »
J’adore les différences culturelles. Et je vous mets une photo de la couverture coréenne. Parce que ce blog est une vraie aventure, pour moi et pour tout ceux qui le suivent depuis le début ! Prenez soin de vous et mangez 5 fruits et légumes par jour.

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Une famille.

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Alors voilà, visite à domicile, j’entre : petit appartement, un buffet, des tapisseries, une photo du pape. Au milieu du salon, un lit médicalisé.
Une dame dort au milieu.
Elle est paisible entre les draps.
Moi, je trouve que ça sent un peu trop le déodorant d’ambiance, et je sais la vérité de cette odeur : quelqu’un veut camoufler la mort qui arrive en raclant les murs.
D’ailleurs, dans mon imaginaire, je ne peux plus sentir un déodorant pour toilettes sans avoir le ventre qui se tord et l’idée absurde que quelqu’un va mourir (le pire ? Air Wick « Pins des montagnes ». Il me fout des plaques rouges sur tout le corps celui-là…).
La patiente est avec ses deux sœurs et son petit frère. Ils l’accompagnent et se relaient. Ils viennent chacun des quatre coins de la France. Soins palliatifs à domicile. Il y a des pansements, des flacons, des médicaments partout.
Je prends la tension artérielle, je demande où elle a mal et si les traitements la soulagent. J’ai l’impression d’être inutile… Pendant 20 minutes et pour la somme de 33€ je suis le Don Quichotte de ce moulin à vent.
La fratrie s’occupe de sa sœur et s’en occupera jusqu’au bout.
On m’explique que la sœur malade ne voulait rien dire à personne au début , mais quand elle a été trop fatiguée, ça n’a plus été possible, ils ont bien compris qu’il y avait quelque chose de grave.
C’était la maison ou un centre de soins palliatifs.
Moi, je « subis » les photos.
Car les photos sont partout.
Enfants, vacances, école… De vieux clichés de famille.
L’aînée triture le cordon de sa robe de chambre, puis le resserre.
- On découvre, dit-elle.
(Je comprends qu’elle parle de la mort.)
- C’est important.
(Je comprends qu’elle parle de la mort de sa sœur.)
Sa main est agitée d’un petit mouvement concentrique, nerveux.
- Je mets les pansements là et là, je nettoie comme ça, je change la poche tous les deux jours. Est-ce que c’est bien, docteur ?
(Je comprends qu’elle parle d’amour.)

Ce jour-là, je suis sorti de chez eux, il pleuvait. J’ai gagné l’abri d’un porche, j’ai attrapé un téléphone et j’ai appelé mon père. On a parlé de tout et de rien. Ensuite, j’ai appelé mes deux grandes sœurs. L’une était inquiète pour son fils qui tousse, l’autre était inquiète pour sa fille qui a du mal à apprendre son alphabet. Du coup, je me suis retrouvé inquiet pour mon neveu et ma nièce. Enfin, j’ai appelé ma mère. Elle était inquiète pour tout le monde, comme d’habitude.

Je crois que j’ai de la chance.

(((((((( P.S. : si la première lecture vous paraît trop triste, remplacez le mot « mort » par le mot « gastro-entérite ». Voilà. )))))

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À bientôt et bonne journée !
Et vous pouvez me suivre aussi sur FACEBOOK
Baptiste Beaulieu.

La femme-carrousel.

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Alors voilà, je la reçois au cabinet, elle s’assoit devant moi, me dit qu’elle est heureuse, qu’elle n’est pas seule puisque l’enfant est là, qu’il a les yeux du père, que les hommes s’en vont, que son père est parti, qu’elle réussira comme sa mère a réussi avant elle, parce que c’est une loi immuable dans sa famille « les hommes s’en vont et c’est comme ça. Nous, les femmes, on reste ».
Je la regarde, son sourire est immense, il goberait la lune.
Elle rit, l’enfant pleure. Elle le prend, il pèse son poids de larmes le petit ! Elle le colle contre son sein et lui fait un grand manège de son corps. Sa poitrine énorme forme comme deux chevaux de bois très blancs, son thorax devient boîte à musique, elle chantonne une comptine, s’interrompt, la reprend, s’interrompt encore, me dit que c’est la vie qui est là, que la vie a besoin de chanson. Elle ajoute qu’elle voulait un enfant, que le père était jeune, qu’il était insouciant « il avait la vingtaine, et moi j’ai 40 ans. ».
Je la regarde, elle devient la plus grande mère du monde depuis que le monde est monde et je sais qu’elle y arrivera au moment parfait où, à force de douceur, de va et vient, son manège fonctionne : l’enfant s’endort.
[...]
- Chut ! Voilà, il dort. Écoutez-le ! dit-elle.
[...]
Elle est partie et j’ai enchaîné les consultations toute la journée, j’ai fait semblant d’être présent pour chacun des patients, mais c’était difficile. Je pensais à elle, la femme de 40 ans qui fait des manèges avec ses énormes seins blancs.
Le soir, aux actualités, le présentateur a dit en souriant qu’il y avait encore des morts quelque part et je me suis senti inexplicablement triste ET joyeux, désespéré ET enthousiaste, sans rien savoir d’autre de la vie que l’Homme est probablement mauvais, qu’il a d’étranges replis très sombres aux quatre coins des tissus de son âme, mais que quelque part dans tout ça, il y a des carrousels, des chansons et des femmes.

P.S. : pour ceux qui suivent aussi mes autres péripéties sur Facebook, mon tympan va mieux. Accident du travail et traitement en cours, mais ça m’a fait un mal de chien !… Merci aux lecteurs et à leurs conseils… Et mon anniversaire c’est samedi ! Envoyez vos petites culottes à l’adresse donnée dans le post précédent (je prends aussi les caleçons, mais le 02 août c’est un jour pair, alors…)