La colère.

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Pour Hervé C.
Alors voilà, l’autre jour, j’ai vu en consultation un vieil homme. Il ne payait pas de mine. 80 ans bien tassés. Il vient pour un renouvellement, trois fois rien. On parle un peu lui et moi. HAD, FNASS, SSID, bla-bla-bla, on se perd dans les acronymes. En gros, il s’occupe de son épouse en fin de vie. 40 ans de vie commune. Ils touchent une petite retraite, tous les deux. C’est trop pour la CMU, pas assez pour offrir un cadeau à leur petit-fils à Noël. Il me dit ça en triturant un trou dans sa veste. Il touchait une aide spéciale pour les changes de son épouse, mais le gouvernement l’a supprimée. Alors il se débrouille : il met des chiffons dans la culotte, qu’il nettoie ensuite.<< Mais ce n’est pas efficace comme des vraies couches. C’est ma femme, et lui faire « ça » avec « ça », c’est pas bien, non, c’est pas bien. >> qu’il dit en secouant la tête. 

Cela dure un 1/4 de seconde, mais je le vois, moi : le regard du vieux se trouble. IL SE TROUBLE. Je l’entends murmurer :

<< Je me sens indigne. >>

[…]

Finalement, ce patient s’en va. Le suivant me pose un lapin. 15 minutes de rab’. Je surfe sur le net en attendant, clique sur « Google Actualités ». Ça parle voyage ministériel à 14 000 € pour un « match de foot », note de taxi à 400 000 € pour une responsable culturelle. Ça se gave bien, en haut lieu, ça se gave bien. Et la voix du vieux revient, elle résonne entre les 4 murs du cabinet, elle chevrote. 

<< Je me sens indigne. >>

J’ai comme un haut le coeur tout à coup et je m’entends penser : « Putain de merde, Baptiste, on vit quand même dans un monde sacrément violent. »

Chaque jour passe et, chaque jour, je vieillis dans ma tête. Si vous saviez comme je suis en colère et comme je suis vieux… Parfois, j’ai comme des envies de casser le monde. J’espère que j’arriverai à toujours vous raconter des histoires drôles. Des histoires sans violence, des histoires sans colère.

Et sans « vieillards indignes ».

“La peur mène à la colère, la colère mène à la haine, la haine mène à la souffrance.”

Maître Yoda

“Les hommes coléreux se font à eux-mêmes un lit d’orties.”

Samuel Richardson

La femme qui pensait que…

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L’histoire c’est Frottis, interne, l’écriture c’est moi. Si vous voulez raconter, c’est ici !

Alors voilà, Madame Via Errata a 24-25 ans, elle vient pour des brûlures vaginales. 

Frottis attend sur le côté qu’elle se déshabille, puis elle commence l’examen.

– Depuis quand avez-vous ces symptômes ?

– Quelques jours.

À l’examen, Frottis retrouve de nombreuses brûlures punctiformes, dispersées un peu partout sur la muqueuse vaginale. 

– Excusez-moi, demande Frottis après l’examen et l’interrogatoire d’usage, mais avez-vous des rapports sexuels réguliers ?

– Oui…

– Protégés ?

– Oui, oui…

– Est-ce que… Hum… Vous avez… des pratiques sexuelles… irrégulières ?

– C’est à dire ?

– Est-ce que vous introduisez des corps étrangers dans vos voies génitales ?

Si tu changes beaucoup de lettres à « pratiques sexuelles irrégulières » ça fait « jouer à 250 000 nuances de Grey avec son homme en respectant la sacro-sainte consommation des 5 fruits et légumes par jour, mais par des voies inusitées ».

La patiente explose de rire. 

– Pas du tout ! Je prends la pilule, c’est tout.

Frottis regarde les petites brûlures de plus près, puis se redresse violemment.

– Que voulez-vous dire par « je prends la pilule » ????

[…]

Madame Via Errata :

<< Ben personne m’a jamais dit que c’était par la bouche… Alors comme les enfants viennent d’en bas, qu’ils y rentrent et qu’ils en sortent, moi je pensais que… >>.

“Il vaut mieux être vaguement correct, que complètement dans l’erreur.”

Mamie
« J’ai claqué beaucoup d’argent dans l’alcool, les filles et les voitures de sport – le reste, je l’ai gaspillé. »

Frank Ribéry

Pour Rebecca.

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Ne pouvant écrire sur le sujet, j’ai repris les mots d’une cousine, Rachel.
Alors Voila, hier nous avons enterré ma petite cousine Rebecca. Elle avait 17 ans, était américaine, venait d’intégrer la prestigieuse université de Notre-Dame. Dans la nuit précédent le drame, elle avait sorti une lettre écrite l’année dernière : c’était sa lettre d’intention, comme il est de coutume aux USA. Vous écrivez vos souhaits au début de l’école secondaire, enfermez la lettre, puis vous la rouvrez en fin de dernière année.

Dans ce document, elle avait consigné une liste de 3 vœux : 

# 1 Aller en Espagne.

# 2 Embrasser un garçon sous la pluie comme dans les films.

# 3. Sauver une vie.

L’année de ses 17 ans, elle avait réussi à exaucer les vœux # 1 et # 2 de cette liste.

Et le 2 Juillet, alors qu’elle marchait sur un trottoir, elle a sauvé la vie de son ami Ben en le poussant hors de la voie d’un véhicule qui venait en sens inverse. Ce faisant, Rebecca a sacrifié sa propre vie. Cette histoire est triste, pourtant le dynamisme et la joie de vivre de Rebecca nous oblige à en faire une histoire sur l’amour. Alors, prenez un moment et embrassez la personne que vous n’embrassez pas souvent. Embrassez-la puis faites-le encore. Et dites-lui « je t’aime ». Dites-le lui encore et encore. Je sais que c’est très banal d’écrire cela, mais nous sommes beaucoup à, chaque matin, pouvoir ajouter un jour de plus à nos 17 ans, à pouvoir dire « je t’aime » à ceux que nous aimons. Perdre quelqu’un qu’on aime est comme regarder le soleil en fâce. Les yeux brûlent, les rétines brûlent, on est aveugle de douleur. Puis le temps passera et nous pourrons de nouveaux regarder le ciel sans s’aveugler. On pourra de nouveau compter les étoiles. Toutes les étoiles plus une.

Rest in peace little Rebecca, je t’aime.

Merci à tous pour vos messages sur Facebook, je les transmettrai à la famille. Prenez soin de vous et à la semaine prochaine pour continuer ensemble de réconcilier soignants et soignés.

POURQUOI LA GAY PRIDE EST IMPORTANTE.

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Article à partager en masse s’il vous plait. J’hesitais à le mettre sur le blog, puis je me suis dis « C’est ton blog, tu fais ce que tu veux ». Pour ceux que cela heurte, je m’excuse d’avance.
Alors voilà, une ville, c’est d’abord des rues. Dans ces rues, des gens marchent. Parfois, ils manifestent. Ils ont des banderoles avec ces slogans:

– « un papa, des roustons, une maman, des nichons » (quelle belle vision naturaliste et zoologique du genre humain!)

Ou, nettement moins poétique:

– « la france a besoin d’enfants, pas d’homosexuels ». Slogan qui, nous sommes d’accord, n’est pas de nature homophobe. D’ailleurs, si vous remplacez le mot « homosexuels » par les mots « juifs » ou « noirs » vous obtiendrez un slogan qui n’est absolument pas antisémite ou raciste…

Il y a donc:

1-nos rues,

2- les adultes qui manifestent,
3- des banderoles avec le mot « enfants » dessus.
Les enfants…Dans nos villes, les rues sont bordées d’immeubles. Avec des façades. Sur les façades, des fenêtres. Derrière ces vitres, il y a parfois des adolescentes et des adolescents. L’estime de soi, la confiance en soi sont des processus psychologiques qui se construisent pas à pas. C’est compliqué un adolescent. Tout en creux, en plaies et en bosses. Souvent mal dans sa peau et fragile. Une vraie éponge. Très influençable.

Avec des désirs compliqués, parfois jugés honteux. Et des pulsions, aussi, très souvent morbides (si, si je vous assure on en reçoit plein aux Urgences. L’autre nuit, j’ai consolé un gamin qui voulait mourir parce qu’il aimait les garçons : « il y avait une dame de la manif, elle disait au journaliste de la télé que j’étais pédophile »).

Pourquoi la gay-pride est-elle importante?

Une fois par an, les enfants de nos villes peuvent regarder derrière leurs fenêtres et voir des femmes et des hommes: nombreux, différents, dansant et chantant. Certains portent des couleurs criardes.

Certains s’habillent en femmes quand ils sont hommes, d’autres s’habillent en hommes quand elles sont femmes. Ou, rien de tout ça: des marcheurs se fondent dans la masse anonyme, hétérosexuels, homosexuels, lesbiennes, bisexuels, transsexuels, ils défilent tout simplement. Tout simplement. Et ils ont l’air heureux. C’est fondamental le bonheur: on espère tous y arriver un jour.

La gay-pride est importante.

Pas seulement pour ceux qui sont en bas et qui défilent. Elle est importante pour ceux qui sont en haut: pour nos ados. Elle est là pour leurs adresser des messages différents de « La France a besoin d’enfants, pas d’homosexuels » ou « Un papa des roustons, une maman des nichons » et autres âneries dont la fulgurance idéologique ne fait aucun doute…

Ces messages, portés par cette foule différente, disent ceci: « N’aie pas peur. Qui que tu sois, n’aie pas peur. Tu n’es pas tout(e) seul(e). Ce que tu es et qui tu aimes n’est pas grave. Seule la mort est grave, petit(e) ».

Un(e) adolescent(e) se découvrant homosexuel(le) a huit fois plus de risque de passage à l’acte suicidaire qu’un(e) autre adolescent(e). Il y a plusieurs dizaines de milliers de tentatives de suicides chaque année en france chez les adolescents. C’est la deuxième cause de mortalité à cet âge là.

La deuxième cause de familles brisées. Près d’une tentative de suicide sur deux est liée à la non acceptation de son orientation sexuelle. À cause de nous, les adultes, il y a peu de chance que ce compte macabre baisse en 2015…

Vous croyez que nous les avons aidés ces derniers mois? À s’accepter? À prendre confiance en eux? À éprouver de l’estime pour ce qu’ils sont? Vous croyez que nous les avons aidés à grandir? À s’épanouir? À être heureux? Honte à nous: on se dit « adultes », citoyens, père, mère, on manifeste, on dit vouloir défendre des valeurs, protéger nos enfants…

Les adolescents mal dans leurs peaux se moquent de savoir ce qu’il en est du mariage, de l’adoption, de la PMA ou de la GPA. Ils se moquent de ces problèmes d’adultes. Mais ils voient, ils entendent, ils interprètent (souvent à côté de la plaque: ce sont des adolescents). Ces gamins regardent dehors, tout en bas, les rues se remplir de monde, de banderoles aux messages douteux, ils voient des coups échangés avec la police, des vitrines brûlées, des gaz lacrymogènes monter vers eux. Ils entendent aussi les slogans…

Le nombre d’enfants jetés de chez eux à cause de leurs orientations sexuelles est en augmentation constante depuis le débat sur la loi Taubira (plus 35% de demande d’hébergement d’urgence auprès de l’association Le Refuge). En France, un adolescent se suicide toutes les 48 à 72 heures à cause de son orientation sexuelle (environ 180 suicides par an, chiffres de l’INPES France) Que peut-on ressentir quand on est mis à la rue à l’âge de 14 ans? Et par les gens qu’on pensait aimer et être aimé en retour?

Des choses terribles ont été dites ces derniers mois sur l’homosexualité. Voulez-vous savoir une chose? Elles ont été entendues. Par nos enfants. Parmi ceux-ci, certains se cherchent et ne savent pas encore qui ils sont. Leurs souffrances adolescentes s’impriment en marque indigne sur nos consciences d’adultes.

Honte à nous tous! Notre incapacité d’adulte à mener un débat apaisé sur la question est un miroir déformant tendu vers leur mal-être adolescent. Honte à nous tous!

Des gosses meurent tous les jours à cause de ça. Rappelons à nos mémoires les noms de Tyler Clementi, Seth Walsh, Billy Brown, Belinda Allen, etc… Ils avaient 13, 14 ou 15 ans, etc… Elles aimaient les filles. Ils aimaient les garçons. Ils se sont suicidés. Ils aimaient. Honte à nous tous.

La gay-pride est importante. J’irai défiler. Pas parce que je suis hétérosexuel, homosexuel, lesbienne, transsexuel ou bisexuel. J’irai défiler pour ce gamin qui a pleuré l’autre soir dans mes bras, pour nos adolescentes et nos adolescents. Ceux qui sont derrière leurs fenêtres et veulent mourir. Pour leur dire de ne pas avoir peur, ils ne sont pas seuls. Pour leur dire que ce n’est pas grave d’aimer.

Seule la mort est grave.

Baptiste Beaulieu

À partager en masse s’il vous plait…

La femme qui se souvient. 

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L’Histoire c’est E. Sì vous souhaitez raconter, c’est ICI.

Alors voilà, au cours de ces derniers mois, elle a dû être hospitalisée deux fois. Des séjours de courte durée, certes, mais durant lesquels elle a vécu plus intensément. En même temps se mêlaient de la douleur, de la peur, de la fatigue, de la solitude, de la compassion, des sourires… Du partage, aussi… Pourtant, ce qui a fait exploser son petit cœur, c’est la nourriture de l’hôpital…

Elle avait beaucoup d’appréhensions par rapport à ce que les gens racontent. Pourtant, aujourd’hui, elle a du mal à comprendre cette aversion. Enfin si, elle pourrait l’entendre. Mais non. Je vous explique : si le premier repas n’est pas passé, le deuxième, en revanche… dès les premières bouchées de ce riz trop ferme qui s’agrège en petites boulettes dures, les sensations, les souvenirs, tout a refait surface. Elle est en primaire. Ses copains-copines se précipitent en direction des tables pour retourner les verres et voir l’âge qu’ils ont. Le plus jeune nettoiera la table après manger. On y verse l’eau au goût de javel, eau qui finira de toute manière renversée sur la toile cirée. Un camarade hurle, la bouche pleine de semoule, la projetant sur la table. Un autre avale, en guise d’entrée, le dentifrice donné par la campagne de prévention dentaire qui a eu lieu le matin même.  » Juste parce que c’est trop bon ! » dit-il. Ailleurs, on essaie de piquer la cerise rose fluo dans la salade de fruits du voisin. On déguste le poisson trop cuit qui baigne dans la sauce au vieux goût de moules. Avec la langue, on pousse dans un grand sourire la mousse au chocolat entre les dents pour écœurer ses compagnons. Un autre s’y essaie avec le petit suisse. Une autre avec de la compote, compote qu’on mangera avec le pain à la croûte trop sèche. Et merde ! Il n’y a plus de pain !

Ce geste, elle se surprend à le refaire instinctivement des années plus tard, à l’hôpital, dans sa fausse Danette saveur vanille. À l’hôpital, la nourriture est la même qu’à la cantine. Le poisson pané-doré-fluo orange tout flasque, les mi-épinards, mi-crème. Les carottes vichy. La viande rouge trop cuite. Tous les repas pris à l’hôpital auront le même goût, celui de son enfance. Celui d’avant la maladie. Et pour rien au monde elle n’en laisserait une seule miette. Le lendemain midi, on lui apporte son plateau repas : lentilles molles et rondelles de saucisson desséchées. Une des internes qui passe se tourne vers elle et lui dit « Courage on mange la même chose que vous ! ».

Et la patiente, dans sa tête : « Quelle chance vous avez ! »

Elle a 16 ans, 18 ans, 37 ans, peu importe, les souvenirs n’ont pas d’âge, pas de barrière non plus, puisqu’ils viennent d’abattre un petit bout de sa maladie.

Elle sourit.

Elle est, enfin, prête à remanger. 

Mamie.

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Alors voila, je suis allé voir ma grand mère ce week-end… J’avais des souvenirs dans la tête : des Noëls, des odeurs de cheminée, des parfums de caramel et des éblouissements enfantins devant ces papiers cadeaux qui se dépliaient entre mes mains comme des tentes immenses faites en mille et une couleurs. Lorsque j’étais enfant, ma grand-mère m’avait offert une montre Swatch où se lisait sur le cadran « La terre n’est pas une vallée de larmes  » et c’était comme une promesse qu’elle me faisait. Mais ma grand-mère est en institution, maintenant. Elle me dit bonjour, parle de tout et de rien… Innocemment, elle omet d’évoquer nos prénoms ou nos activités. Je crois qu’elle ne sait plus vraiment ni qui je suis ni ce que je fais. Quelqu’un a eu la gentillesse de déposer sur sa table de nuit un de mes romans, mais elle ne l’a pas ouvert. Je regarde le livre et je me rends compte qu’ouvrir un livre c’est lui donner la forme d’une proue de navire, tel un vaisseau qui va où les mots nous emmènent. C’est bizarre de penser cela, non ? Mamie ne sait plus transformer un livre en proue de navire. Elle ne sait plus, tout simplement, ouvrir un livre. Pourtant, l’été, quand elle nous gardait, elle nous faisait faire nos dictées, veillait à ce qu’on remplisse correctement nos cahiers de vacances…

Maintenant, des « voyous » viennent dans sa chambre dormir sur son lit; « ils m’écrasent » dit-elle. C’est pourquoi elle a prévenu les infirmières : elle restera dans son fauteuil. Le jour, la nuit. Ça fait deux ans qu’elle dort dans son fauteuil, guettant ces voyous qui surgissent dans sa tête. Elle a les fesses rouges. Elle enlève les pansements, les roule et les jette dans la cuvette des toilettes. Bientôt ce seront les escarres, la souffrance, puis la mort. 

Une de mes grandes sœurs lui donne des photos de mes neveux et nièces, mais ma grand-mère n’en veut pas, « les voyous les voleront. L’argent, ils n’en veulent pas, mais les photos des petits, ils les prennent… »

Je suis dans sa chambre, je regarde son vieux visage, ses vieilles mains qui tremblent. C’est TELLEMENT plus facile quand c’est la mamie des autres, quand c’est quelqu’un qu’on ne connait pas…

Enfant, la mienne nous préparait des gâteaux pour « le goûter de 4 h ».

C’est loin.

J’ai longtemps cru que c’était ça, l’amour. Des gâteaux pour « le goûter à 4 h. »

Dans la voiture qui me ramène, je regarde ma montre. Mamie a pleuré quand nous l’avons quittée. 

Le re-re-retour de Frottis (et d’un certain dictateur nord-coréen).

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1, 2, Alors voilà, 1, 2, 3, je fais du sport, 1, 2, 3, je n’aime pas ça, 1, 2, 3, c’est mon calvaire-minute, 1, 2, 3 celui où « je-transpire-comme-un-cochon-à-l’abattoir »… Ben oui, j’ai 30 ans bientôt, je suis gourmand, feignant, et je me rappelle très bien de mes cours sur les maladies cardio-vasculaires… Bref, toutes les conditions sont réunies pour s’encrouter dans le gras et mourir subitement à 35 ans avant d’avoir écrit le grand livre que j’ai en tête (une relecture queer de la vie de Kim Jong Un). Donc je sue, souffre et discute avec une copine qui sue et souffre à mes côtés. On s’entre-motive, c’est sûr, le gras ne passera pas. Ma pote, c’est Frottis, vous la connaissez (sinon, lisez ICI), maintenant elle est médecin en milieu carcérale, j’ai donc plein de questions à lui poser :
– Dis, Frottis, t’aurais pas une anecdote ou deux qui trainent ????

(qu’est-ce qu’on ferait pas pour ses lecteurs…)

– Ben écoute non, là, je vois pas…

Silence. Derrière son visage congestionné, je sens qu’un truc cloche. 

– Tu as l’air tristounette ?

(oui, je dois être un des derniers êtres humains âgé de 29 ans à dire encore tristounette…)

– J’ai perdu un patient cette nuit.

– Ah.

Silence. Le coach surexcité hurle  » ALLEZ ! Vous sentezzzzz la chââââleuuuuur ??? » Perso, je sens rien. Ah, si, j’ai mal. 

– Frottis ?

– Oui ?

– Il était jeune ?

– Ben oui, la cinquantaine.

– Merde.

– Comme tu dis…

Silence. Moi, vers Frottis qui soulève des haltères :

– C’était quoi ? 

– Infarctus.

– Merde.

– Comme tu dis…

– Tu tiens le coup ?

– Bof…

– Le plus dur, ça a du être pour la famille*…

Frottis sourit :

– Ah non, ça c’est encore le seul point positif.

– il était en prison pour ça.

– C’est à dire ?

Haussement d’épaule :

– Ben il a tué sa femme et ses enfants y a dix ans avec une hache, puis il a mis le feu à la baraque…

Silence. Moi :

– Ah…

Le coach remet ça : ALLEZ ! Vous sentezzzzz la chââââleuuuuur ???

On fait un drôle de métier, je veux dire, on fait vraiment un drôle de métier…

*(Je vous assure, rien n’est pire qu’annoncer un décès aux familles (à part peut-être avoir six ans et devoir s’enquiller les choux de bruxelles à la béchamel de sa grand-mère. Quoique… être le tonton de Kim-Jong Un est pas mal aussi…).)
PS : je serai à la librairie AB à Lunel demain à 19h30 et le Mercredi 17 juin de 19h à 20h à la Librairie Cosmopolite à Angoulême, puis Samedi 20 juin au Salon du livre de Vannes ! Venez !!!

La mélodie.

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Message reçu d’une collègue. Je n’ai touché à rien. Ou presque (J’ai laissé volontairement les fautes). C’est pour cela que j’écris ce blog : je vous alpague avec des histoires de vibromasseurs pour mieux pouvoir vous livrer le genre de témoignage qui suit. Ha ! Ha ! Ha ! Ha ! (*rires diaboliques*). Sì vous souhaitez raconter, c’est ICI !
Témoignage :
« Je me permet de t’écrire ce matin, nuit difficile.

[…]

Je suis un peu perdue et j’ai besoin d’une oreille avertie, si possible connaissant le milieu médical, et qui aura assez d’humanité pour comprendre ce que je ressens ce matin.

[…]

Je suis une petite interne, actuellement en stage dans un hôpital « général ».

Garde aux urgences, cette nuit. Le service ne désemplit pas, les entrées se succèdent, l’attente est longue.

Enfin, vers 2h, le rythme s’apaise. Je suis seule avec l’équipe soignante, je ne dis pas non à une petite pause.

Une infirmière m’appelle dans les étages.

Une de ses patiente est très douloureuse, elle souhaite que je vienne jeter un coup d’œil. Je monte vite fait, j’arpente les couloirs déserts, j’aime ce calme.

J’arrive dans le service. Prend rapidement connaissance du dossier de Mme C.

Pas joli-joli.

Mme C, a 40 ans, un mari, deux garçons de 12 et 15 ans.

Et Mme C n’a pas vraiment tiré le gros lot à la grande loterie de la vie.

Elle affronte depuis des années un vilain crabe, genre costaud, un multirécidiviste, qui a repoussé sans faillir les assauts de multiples chimiothérapies. Il a même eu l’audace de disséminer ses petits un peu partout. Le corps de Mme C est un champs de bataille, infiltré par l’ennemi.

Mme C est hospitalisée depuis quelques jours, cela devenait trop difficile à la maison, trop de douleurs, trop de lassitude.

Je rentre dans la chambre. Je la vois, toute frêle sous les draps. Son visage est cireux, crispé dans une grimace de douleur. 

Je m’approche d’elle, lui parle, pas de réponse.

Seulement des gémissements, encore et toujours, comme une litanie.

Sa respiration est difficile, bruyante, forcée.

Je prends sa main. Elle a de toutes petites mains, des mains de petite fille, soignées.

Je regarde ses mains et pense à tout ce qu’elles ont fait : construit des châteaux de sable et de cartes, étreint, caressé, bercé ses enfants.

Autour de nous, le service fonctionne en sourdine: bips lointains des perfusions, ronflements, une télévision un peu plus loin.

Je reste plusieurs minutes, au chevet de Mme C. à lui tenir la main, […]. Je suis tétanisée, au bord du gouffre.

A ce moment, je ne sais pas pourquoi, mais l’image qui me vient en tête est celle du naufrage du Titanic. Les musiciens du paquebot qui continuent à jouer alors que tout est perdu.

J’imagine les organes de Mme C, qui s’éteignent une dernière fois, prêts à subir l’assaut final du crabe, et qui continuent de faire travailler ce corps pour les derniers instants. Ils jouent leur dernière mélodie.

Je ne veux pas que cette dernière mélodie soit une plainte, une souffrance.

Je retourne consulter le dossier avec l’infirmière, qui découvre la patiente en même temps que moi.

Aucune indication sur la démarche à suivre dans ce cas. Nous sommes seules toutes les deux dans cet hôpital peuplé de centaines d’êtres vivants, perdues, et nous devons prendre une décision tellement lourde ! 

C’est la première fois que je suis confrontée à ce cas (oui, j’ai toujours eu des gardes tranquilles sans vraie urgence !)

Pas de sénior disponible, évidement, ils dorment et ne veulent pas être réveillés.

De nouveaux, ces gémissements insupportables.

Je prends ma décision, soulager ses douleurs avant tout.

Le cocktail classique Morphine-Hypnovel.

Le liquide s’écoule lentement dans les veines de Mme C.

Enfin, au bout de longues minutes, son visage s’apaise.

Nous appelons sa famille, sa maman et son frère, qui sont ses personnes de confiance.

Ils arrivent rapidement sur les lieux.

Leur détresse est palpable, tellement émouvante.

Nous discutons longuement, ils acceptent et comprennent ma décision.

« Faites qu’elle ne souffre pas, je vous en supplie… »

Ils parlent déjà d’elle au passé, dans cette chambre, je suis mal à l’aise. Mme C les entend-t-elle ?

[…]

Mme C est partie chevaucher les arc-en-ciel sur son poney multicolore, au petit matin, dans son sommeil, apaisée par le traitement, entourée des siens.

Apaisée, vraiment ? Ce matin, je suis en plein tourment. Ai-je pris la bonne décision ?

J’ai laissé cette jeune patiente mourir, sans même essayer quoi que ce soit.

Mme C, que voulait-elle vraiment ? 

J’ai laissé partir sans lutter une fille, une sœur, une épouse, une maman, une amie…

Avait-elle des désirs qui ne pourront pas être exaucés par ma faute ?

Mon esprit est vide et les images de cette nuit me reviennent en boucle.

Je suis perdue.

Toutes ces années d’études ne m’avaient vraiment pas préparée à ça, je veux dire vraiment pas.

J’espère juste, que Mme C, sur son poney, pourra comprendre et me pardonner.

Voila Baptiste, désolée pour ce pavé, je suis désolée de déposer ainsi lâchement une partie de ce fardeau sur toi, (ce qui n’est pas mon intention à la base, comprenons-nous bien, je ne souhaite pas me dédouaner !) j’ai besoin de parler ce matin, à chaud. Je n’ai pas voulu m’épancher sur le sujet avec mon chef ce matin, la dernière chose dont j’avais envie, était de recevoir en consolation des phrases toutes faites que les médecins aiment bien sortir dans ces moments-là.

Ce matin, je souhaite juste savoir, que quelque part en France, il y a un médecin qui connait mon histoire et, peut-être la comprend.

Je te souhaite un bon week-end.

Et surtout, continue avec toutes ces histoires, n’arrête jamais!  »

Voilà. C’est cela qui se passe la nuit dans les hôpitaux…

L’homme qui ne trouvait pas les mots…

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Sì vous voulez raconter, c’est ICI !

Alors voilà, elle me dit qu’elle ne mange plus. Ses notes en classe s’effondrent.

Je l’examine, lui fais tirer la langue. Son haleine de morte me touche de plein fouet, je vois ses dents, un peu cariées, un peu déchaussées.

Des mâchoires qui crient famine. 

Je pourrais lui demander « Pourquoi tu te fais vomir ?  » mais c’est trop tôt. Je dis :

Pourquoi tu ne manges plus ?

Elle ne me répondra pas, pas comme ça. Je me tourne, m’assois à côté d’elle sur la table d’examen. 

Elle parle. Doucement, d’abord, puis la parole se libère. Elle veut être bonne. Bonne partout. À la gym, à la natation, à la danse, en cours de français et de mathématiques. 

Pourquoi tu veux être bonne ?

Elle baisse la tête. Ses longs cheveux bruns, elle les perd par poignées entières. 

Pour ne pas être mauvaise, répond-elle, et c’est d’une logique imparable, même moi je n’y aurais pas pensé. 

Ne pas être mauvaise, c’est être pure. Elle veut être pure. 

Pas de taches.

La jeune fille aux cheveux noirs a remarqué : quand elle se prive d’aliments suffisamment longtemps, ses cycles se dérèglent et elle parvient à ne même plus avoir ses règles. Elle se rassure. Elle ne risque pas « d’accidents », ne salit pas ses petites culottes. Quelque part, elle reste encore une enfant.

Moi je ne sais pas quoi lui dire. Je préfère me taire, je risque d’aggraver les choses.

Qu’est-ce que je peux pour elle ? Je me sens tellement… impuissant… Merde, ça sert à quoi de lire des livres compliqués si je suis incapable de trouver les mots ?

Les cours d’anthropologie reviennent dans ma tête, je m’imagine, me levant brusquement et dressant devant elle un grand tableau blanc où je dessine des schémas compliqués en adoptant un ton professoral :

 » Chère Mademoiselle B., toute l’histoire de l’Humanité s’est construite sur des systèmes de couples contraires. Ainsi, le froid et le chaud, le sec et l’humide, le salé et le sucré, le gros et le maigre, puis, évidemment, le jour et la nuit, le bien et le mal… En toute logique, au sein de ces valences opposées, une hiérarchisation s’est faite, et il a fallu statuer qui, entre le féminin et le masculin, l’emporterait.

Et la vie, c’est-à-dire le mouvement, la chaleur, le jour, le soleil, s’opposèrent à l’immobilité, au froid, à la nuit, à la lune. Malheureusement, le sang (humeur chaude, mobile, vitale) a toujours été considéré comme le « carburant » de l’existence, la substance la plus noble. Les femmes, parce qu’elles perdaient le leur une fois par mois, parce qu’elles étaient « incapables de le garder » contrairement à l’homme, se virent déchues de leur statut d’égale à égal. »

Et de conclure 6 000 ans d’anthropologie masculiniste d’un sec claquement de baguette contre le tableau :

« Comme la face du monde aurait changé, si les hommes avaient saigné aussi ! »

Ça ne s’est jamais passé ainsi. Je n’ai tout simplement pas trouvé les mots. J’ai été nul et je ne l’ai pas soignée. 

Alors je vous pose une question : à quoi ça sert de lire des livres compliqués ?

Peut-être qu’on ferait mieux de vivre tout nus… abandonner la civilisation… boire l’eau à même le lit des ruisseaux… Qui me suit ?

Une aventure inoubliable.

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L’histoire, c’est X. Sì vous voulez raconter c’est ICI

Et vous pouvez lire en écoutant cette chanson composée par une lectrice : ICI et qui aborde le thème bien connu… Du gynécologue !

Alors voilà… C’est sa toute première insémination artificielle et elle a mal au ventre. Envie de vomir. Elle se présente 30 minutes en avance. Salle d’attente, puis chambre de transfert, où elle s’installe en position gynécologique. Ses doigts de pieds s’entortillent convulsivement sur les étriers. À sa droite, une petite fenêtre s’ouvre comme par magie sur le labo et la tête du biologiste apparaît. Il annonce fièrement combien de spermatozoïdes on va inséminer.

« Faites ! Faites ! » dit-elle, mais elle pense qu’elle n’a rien demandé… Sans doute que le biologiste a besoin d’échanger avec quelqu’un…

Puis le gynéco entre. Il pourrait être son père et il a l’humour d’un médecin qui a passé les trois quarts de sa vie entre des cuisses de femmes :

 » Alors vous voyez, moi, là, je lui dis : « Votre enfant, vous l’avez allaité ? » et elle me répond : « Non. J’l’ai eu à l’hiver ! » Ah, ah, ah ! »
Voila, voila. Fin de la démonstration. 

Avant de procéder à l’insémination, il nettoie son col avec du sérum physiologique. Il en met bien partout sur la petite compresse en proclamant « Et un petit coup d’eau bénite ! ».
Très impressionnée, la patiente souligne que si ça marche, c’est promis, elle écrira au Vatican pour leur vanter le prodige, même si ce n’est pas dit qu’ils apprécient, bien que le pape -élu la veille- affiche un air plus ouvert.
Surprise du gynécologue :

– Un nouveau pape vient d’être élu ?
– Ben oui, suite à la démission de son prédécesseur…

(faut vraiment qu’il sorte un peu la tête d’entre les cuisses des femmes).

Ils discutent un bon moment de ce nouveau pape et des autres, histoire de meubler un peu les silences (puis tant qu’à faire, en position gynécologique, autant rester sur un terrain neutre…)

Puis la biologiste ouvre la petite fenêtre du paradis, dit « Voilà, voilà ! » et transmet au médecin la sainte semence. Le praticien commence à inséminer tout ça, puis lève sa tête -que la patiente voit apparaître entre ses cuisses- et prononce ces mots en toute bonne foi : « Allez, pensez à votre mari ».

Que se passe-t-il à cet instant précis ?

Je vous livre stricto sensu les mots de la patiente : « Et là… Ce fut l’horreur car je ne pus m’empêcher de penser au pape. A l’actuel, à l’ancien, aux anciens… L’horreur ! La papamobile, la colombe qui se pose sur la tête de Jean-Paul, la fumée blanche qui s’échappe de la cheminée comme une métaphore de l’insémination, le pape apparaissant au balcon, bénissant la foule, s’endormant et bavant sur son fauteuil, poignardé dans les années 80… Plus je m’efforçais d’arrêter de penser au pape, plus les images emmagasinées depuis des années ressortaient. Une horreur, un traumatisme.
Bref, cela passa, enfin. Je me rhabillai, allai passer 30 minutes allongée avant de refaire ma vie, détournant le regard alors que je passais devant une église.

14 jours plus tard, un coup de fil du service m’apprit que mon taux de bêta hcg était inférieur à 5. Ce fut curieusement la première fois que j’éprouvais un soulagement à cette annonce. Le même gynécologue procéda à mon transfert d’embryon, après ma FIV. Cette fois-là, il fit des sortes de gargarismes bouddhico-tibétains au moment fatidique « Rhom-Rhom-Rhom-Rhom-Rhom !!!! Rhom-Rhom-Rhom-Rhom-Rhom !!!! Rhom-Rhom-Rhom-Rhom-Rhom !!!! « . J’ai pas compris pourquoi. Faut vraiment qu’il enlève sa tête d’entre les cuisses des femmes. »

Et elle conclut son message de la façon suivante :
« je lis ton blog depuis que je côtoie beaucoup beaucoup les médecins, c’est-à-dire depuis que je suis prise en charge en PMA. Bon, nous avons maintenant « coupé le cordon » puisque mon mari a coupé le cordon de ma fille il y a trois mois. »
Mazeltov !

PS : je signerai vos livres dans vos villes :

Samedi 6 juin & dimanche 7 juin

Salon du livre de Nice

Vendredi 5 juin à 18h

Librairie Passion Culture à Orléans 

Vendredi 12 juin à 19h30

Librairie AB à Lune

Samedi 13 juin de 10h à 13h

Librairie Sanchez à Bruguiere

Mercredi 17 juin de 19h à 21h

Librairie Cosmopolite à Angoulême 

Samedi 20 juin et dimanche 21 juin

Salon du livre de Vannes.

Prenez soin de vous !