L’horizon indépassable.

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Photo : F. Kapkov



AVERTISSEMENT : on parle IVG.
 

Alors voilà : une consœur du syndicat des gynécologues de France propose aux femmes ayant recours à la pilule abortive de le faire durant un jour férié ou (attention, cela devient cocasse) de prendre un jour de congé (notamment au prétexte de l’égalité homme-femme).

Par confraternité, je ne dirais pas ce que je pense de toute cette polémique (même si, d’un point de vue physiopathologique, l’égalité homme-femme me parait un horizon indépassable tant que ces fichues gonzesses refuseront d’avoir des cancers de la prostate et ces fichus mecs de saigner une fois par mois).
Pas de commentaire, donc.
Mais un témoignage, à partager pour qu’on sache, humainement et dans la vraie vie, de quoi on parle :

Alors voilà S.
Lorsque S. essayait d’avoir un enfant, elle a eu un oeuf clair. 
« Non madame, vous n’êtes pas enceinte. Oui madame, il n’y a personne dans cet œuf. Oui, madame il faut quand même l’expulser. »

S. rentre chez elle.

<< Suite à la mauvaise nouvelle je ne me serais pas sentie de retourner au travail.
D’ailleurs tu rentres chez toi, avec tes cachets à prendre, tu te retrouves toute seule face à toi-même, et c’est dur d’avaler même une petite pilule. 
Pour mon cas c’était un oeuf clair, et c’était déjà très difficile d’y arriver. Alors pour les autres femmes… >>

S. sera arrêtée 10 jours.
Parce qu’après avoir saigné, S. a pleuré.
À vrai dire, S. a pleuré autant qu’elle a saigné.
S. a eu mal.
Dans la tête, le coeur et le corps.
S. a passé des nuits blanches.

Et elle a repris le travail. 

<< Je n’aurais pas pu me vider de mon sang assise à mon bureau en souriant à mes collègues, mes patrons et les divers interlocuteurs. Les premiers jours, je changeais de serviette hygiénique toutes les heures… >>

C’est une histoire parmi tant d’autres (et un caillou dans la chaussure de S., dans son parcours pour atteindre la maternité).

 << J’ai été choquée et meurtrie car le syndicat dit que ce n’était pas nécessaire que je sois arrêtée 10 jours, sous-entendant que j’ai abusé du système et qu’en plus mon comportement nuirait à mes concitoyennes, eu égard à l’égalité des sexes revendiquée.
En conclusion, j’ai chipoté quoi…
Moi je ne trouve pas. J’ai l’impression qu’en refusant ces arrêts de travail on cherche à « punir » les femmes. 
Personne ne devrait être punie pour cela.
Vous savez, moi, je n’oublierai jamais. >>

La seule vérité.

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Alors voilà pour ceux qui n’ont pas suivi, j’ai eu quelques soucis à cause du post précédent (lisez ICI). 

Je veux terminer sur une note positive. Dans mes messages/commentaires, il n’y avait pas que des messages qui empestaient l’homophobie :
– il y a cet homme, de 50 ans, séropositif, qui me dit avoir survécu au massacre du sida, après avoir vu tous ses amis partir… Il a fini tout seul à la terrasse d’un café, sans rien attendre d’autre de la vie qu’un sirop de fruits frais. C’est alors qu’un bolivien est arrivé. Olà, que tal ? De donde estas ? Depuis, il sont pacsés, et ils plantent des arbres au fin fond de l’Aveyron. Ils sont heureux.

– il y a ce jeune homme qui me dit qu’il a un amoureux, et qu’il l’aime comme un fou, mais qu’il a peur de lui tenir la main dans la rue, peur de devoir rendre des comptes à des gens qu’il connaît et qui n’approuveraient pas cet amour. Cela lui fait de la peine, mais << il est prêt à tous les sacrifices pour que son amoureux soit heureux. >>

En dessous de ce commentaire, il y a cette femme hétérosexuelle plus âgée qui lui répond qu’elle aussi elle n’ose pas tenir la main de son mari, parce qu’elle se trouve grosse et qu’elle a peur que les gens pensent : << mais qu’est-ce qu’il fait avec cette femme moche ?>>

L’espace d’une discussion Facebook, ces deux personnes se sont parlées et se sont entre-aidées.
– il y a aussi cette femme de 85 ans, qui m’écrit qu’elle a été mariée deux fois à deux hommes différents qui ne la rendaient pas heureuse. « À 80 ans, j’ai rencontré une femme formidable, je suis devenue lesbienne et je ne le regrette pas ». 
Nul besoin d’approuver l’orientation sexuelle des autres : elle ne nous regarde pas.

L’important, c’est d’aimer et d’être aimé (c’est très Disney, mais c’est, selon moi, la seule vérité en ce monde).

On le veut tous, je crois. On cherche tous ça, dans la vie : être aimé.

Si certains y arrivent, réjouissons-nous pour eux. 
Baptiste Beaulieu
PS : merci pour vos mots. 

Ont-ils su ?

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Alors voilà… Orlando… 50 morts…
Ils ont été tués parce qu’ils étaient ce qu’ils sont. Point final. Comme si on mettait fin à nos jours parce que nous sommes blonds, ou bruns, ou que nous avons une fossette au menton, une forte poitrine ou le muscle de l’épaule très galbé. 

À ceux qui pensent que les personnes choisissent d’être homos, lesbiennes ou transgenres, ce n’est pas un « choix ». On ne choisit pas d’avoir peur de tenir la main de la personne qu’on aime en public. On ne choisit pas de se faire assassiner par un terroriste dans un lieu de fête et de joie. 

Partout dans le monde les gens meurent parce qu’ils sont homosexuels, lesbiennes transgenres. 

À ceux qui disent que la gay pride ne sert à rien, et qu’il n’y a pas d’hétéro-pride : aucun hétérosexuel ne meurt parce qu’il est hétérosexuel. Aucun. On ne vous casse pas la gueule pour ça. On ne crève pas les pneus de votre voiture pour ça.

50…

Ont-ils eu peur ? Ont-ils su ? Ont-ils crié ? Ont-ils cherché une main secourable ? Ont-ils compris ? Ont-ils prié ? Ont-ils eu le temps de penser à leurs proches ? Une mère, un père, une soeur, un ami ? Ont-ils eu peur ?

ONT-ILS EU PEUR ?

Ont-il su qu’ils n’étaient pas 50, mais 1000, 10 000, 1 000 000 ? Comme tous les autres avant eux, les lesbiennes, les transgenres, et les homosexuels de l’Histoire qui furent tués pour aimer différemment, pour avoir ce tort là de ne pas entrer dans la bonne case ? D’être émus par le muscle d’une épaule où le renflement d’une poitrine ?

Ont-ils su qu’ils n’étaient pas seuls, hélas ?
Baptiste Beaulieu

Les couturier(e)s.

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Récit touchant de E., à partager :
Alors voilà, quand j’étais étudiante infirmière en soins palliatifs, on m’a proposé de m’occuper d’une vieille dame de 90 ans passés, dont le diagnostic était « extrêmement chiante », mais les chefs préféraient dire :

« Tu verras, c’est parfait pour les étudiants, les patientes exigeantes ! » 

J’aurais dû me méfier…

Le premier jour, elle me dit être ravie, car elle a besoin de quelqu’un pour lui faire telles ou telles commissions (pour ses dessins, par exemple, elle veut un crayon HB taille 2, graphite, noir profond, avec gomme blanche au bout, et manche biodégradable… « ce sera facile à trouver, ma p’tite ! »…). 

Moi, je lui fais ses courses, et m’investis dans la relation soignant-soigné.

Pourtant, elle sonne trente fois par jour : le repas n’est pas bien servi, sa tablette mal nettoyée, elle a envie de faire pipi, ou elle n’a pas envie de faire pipi et cela la tracasse… Etc. 

À chaque coup de sonnette, on me dit : « C’est ta patiente, va répondre ! ».

J’y vais, donc, j’y vais…

Un soir, je me souviens, nous parlons longtemps de la vie, de la mort, de son cancer… Sa motivation dans la vie, me confie-t-elle, est de laisser une trace, « un petit caillou, ma p’tite, je veux laisser un petit caillou avant de partir ! ».

Quelques jours avant la fin de mon stage, la patiente décède. Je me sentais un peu triste, même si elle m’avait bien cassé les pieds !

Je rapporte les blouses à la lingerie, et la semaine d’après je me fais engueuler par la lingère « Ça vous amuse de mettre des cailloux dans votre blouse ? Vous auriez pu bousiller ma machine à laver !!!  »

J’ai souri. Elle avait réussi son coup, ma vieille casse-pied, car ce jour-là j’ai choisi ma voie : je travaille dans un service de soins palliatifs, et je veille à ce que chaque étudiant ait sa « mamie exigeante ».

——
(Pour une fois, j’ai voulu mettre une photo de l’infirmière en question (avec son autorisation), pour montrer que les gens derrière mes histoires sont réels, et que dans ce pays où le tissu social se déchire nous sommes tous couturiers, chacun à notre manière. Si vous souhaitez raconter, c’est ICI. À partager…)

Chabadabada.

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L’histoire du jour, à partager, nous vient de S., médecin. Si vous voulez raconter, c’est ICI.

Alors voilà, je suis externe, une jeune femme d’une trentaine d’années arrive pour douleurs abdominales depuis 5 jours.

Interrogatoire.

Elle ne vit pas seule, même si son copain est absent pour la semaine.

– Me laissez-vous examiner votre ventre ?

Je palpe. La jeune femme présente un volumineux globe urinaire, sa vessie est un ballon de baudruche plein à craquer.

– Quand êtes-vous allée uriner ou à la selle pour la dernière fois ?

– À la selle ?

Là je repense à toutes les expressions utilisées pour dire « aller faire caca » : aller casser la faïence, aller exploser la céramique, re-cimenter le puits, débourrer un Twix, peindre un Picasso, lâcher la taupe du haut du toboggan, faire sortir Noir Désir de prison…

Elle me répond évasivement, j’ai du mal à comprendre. Alors, je m’assois un instant avec elle, discute de sa vie, de ses amours, de son travail.

– Je suis vraiment très amoureuse et c’est tellement triste quand il n’est pas là…

Après plusieurs minutes de conversation, quand je pense avoir réussi à établir une certaine connivence entre nous, elle me dit sur le ton de la confidence :

– En fait, je me réserve pour lui…

L’espace d’un instant, j’ai cru qu’elle parlait de sexe avant le mariage, mais non.

Avec son copain, elle ADORE les trips urologiques.

– Je dois faire quoi, Docteur ? elle dit en montrant son bas-ventre.

J’ai pensé « Faut secouer sinon la pulpe elle reste en bas ! », mais en vrai je me disais qu’il fallait vraiment que je revoie ma culture sexuelle…

Pour finir, elle a quand même ajouté qu’elle était « aussi constipée »…

Bref, ce jour-là, ma vision des êtres humains qu’on peut croiser dans la rue a changé pour toujours. 

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Aucun rapport ++++ mais je serai samedi 18 juin de 15 heures à 18 heures, là, avec une chevalier-libraire qui vaut le détour :

Madame BIM BAM BOUM.

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Alors voilà, elle se tient au milieu de la salle d’attente, BIM, BAM, BOUM, le visage tuméfié, multicolore. Le pan gauche de son pantalon est imbibé de sang, ça lui tombe dans le pied, elle a une tennis rouge, l’autre blanche. Elle est complètement ivre, elle se jette à mon cou :- Scusez-moi, ça vous embête si je passe devant ces gens ?

« Ces gens », les patients en salle d’attente, me fixent, mains resserrées sur leurs effets personnels, hochant leur tête de concert, l’air de dire « prenez la, docteur, on n’en veut pas, on n’en veut plus, c’est sale, ça pue, et c’est dangereux ». 

La Titubante entre. 

– M’suis battue et on m’a donné des coups d’poings et des coups de couteau et des coups d’pieds et je sais même pas pourquoi, et c’est dégueulasse !

Et, disant cela, elle enfonce un doigt noir de crasse dans une des sept plaies béantes de sa fesse. On voit le muscle. CHLAK ! CHLAK ! Tranché sept fois. Le grand glutéal, le rouge et le noir des caillots. Des trous, des trous, des trous ! Mon regard glisse, nauséeux, sur la boite de sushis de midi abandonnée dans la poubelle. 

– C’est une copine, docteur. J’ai pas compris pourquoi elle a fait ça. Au début, elle a voulu m’larder le visage. 

Ce faisant, elle lève ses bras, me montre comment elle s’est protégée. BIM BAM BOUM. Fière, la Titubante. S’est pas laissée faire.

– Kèke vous auriez fait à ma place ?

Je lève les mains, comme elle, mime un boxeur qui esquive : 

– Qu’est-ce que j’aurais fait ? Je me serai protégé, Madame, comme vous.

Mais, dans ma tête « À quel moment, tu t’es retournée pour présenter ton postérieur à l’agresseur ? »

J’appelle les Urgences. Deux heures plus tôt, m’informent-ils, ils ont DÉJÀ envoyé une ambulance, mais elle a refusé de monter dedans. Je proteste :

– Mais elle était ivre ! Là, elle a décuvé un peu. Elle sera d’accord. 

– On envoie une fois, pas deux.

Et ils raccrochent. Et je pense : « Et si c’était votre Fille, mecs ? Ou votre Soeur ou votre Femme ? Et si c’était juste un être humain, hein ?  »

J’appelle une ambulance privée pendant que la patiente fourre ses doigts souillés dans ses muscles, en couinant. Elle n’a pas de carte vitale, pas de CMU, pas d’AME… pas d’Acronyme, pas d’ambulance. OSEF ! (On S’En Fout !).

Je rappelle les Urgences :

– Dites-lui de sortir du cabinet, me disent-ils. Sur sa droite. De prendre la ligne B. Puis de sortir à Vauvegard d’Artois, puis la ligne A et là elle sort à « Hôpital Joseph Pointou ». 

– Vous vous moquez de moi ?!?!? (Là, je me débats avec les mains de madame qui fouillent son muscle de toute la longueur de ses doigts).

– Elle peut marcher ? Oui ? Elle prendra le métro.

Et ils raccrochent. Et la patiente m’explique : « Ce sont les keufs. Quand j’ai pas voulu monter dans l’ambulance -je le regrette hein, m’sieur- quand j’ai pas voulu monter dans l’ambulance, ils m’ont prise et amenée ici. »

Voila. Des flics l’ont jetée dans ma salle d’attente. Sans toquer à ma porte. Sans attendre que je termine ma consultation. Rien. Même pas un post-it :

<< Salut Doc Bibi,

on est pressé, voilà Madame BIM BAM BOUM. On ne sait pas quoi en faire. Soyez gentil avec elle, hein ? XOXO.

Signé : les keufs. >>. 

Ils l’ont prise et l’ont déposée là. Puis ils sont partis. 

En vrai, de bout en bout, cette histoire est celle d’une femme que personne ne voulait. Si vous la croisez dans la rue, vous la reconnaîtrez : elle est chaussée d’une tennis blanche, et d’une tennis rouge. 

Petit cadeau de Juin !

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Bonjour !Le premier jour du mois de juin, sortira un recueil de nouvelles écrit en amicale et prestigieuse compagnie (Martin Winckler et Agnès Ledig !). L’intégralité des bénéfices iront à l’EFS (et l’intégralité de mes droits d’auteur seront reversés aux deux orphelinats Pondichériens que vous connaissez déjà). 

C’est un grand honneur d’écrire aux côtés d’Agnès Ledig et Martin Winckler.

Prenez soin de vous,

Baptiste Beaulieu
PS : pour mon prochain roman (il devrait sortir pour être au pied de vos sapins de Noël ! ), j’ai besoin d’un prénom de femme. Plutôt Anna ou Maria ?

Lettre de Baptiste à Baptiste.

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Alors voilà, cher Baptiste, tu te souviens de Octopus Quichotte ? Le médecin généraliste qui n’aimait personne (hormis ses géraniums) ?

Il n’aimait pas les juifs, pas les homos, pas les noirs, les femmes, les vieux, les jeunes, les francs-maçons, le froid, le chaud, Berthe et Henriette, les tantes de sa femme. Je crois que même les ours, il ne les aimait pas. Octopus Quichotte, il aurait sauté à pieds joints sur un chiot en lui tapant dessus à coups de chaton !

Avec lui, tu avais reçu Fanny H. : à 24 ans, elle avait déjà consulté les plus grands neurologues du pays. Aucun n’expliquait pourquoi ses muscles la faisait tant souffrir, l’obligeant même à user de béquille pour se mouvoir. 

Ancienne sportive de haut niveau, les symptômes avaient surgi un jour, après un minuscule accident de deltaplane. 

Rien de grave, mais elle avait eu peur ce jour-là. Peur de mourir. Elle est, de toutes les peurs, la plus simple, la plus pure.

Le bon docteur avait été, comme son nom l’indique, bon avec Fanny.
« Oh ma belle, ça ne va pas mieux, et tes derniers résultats sont normaux, tiens le coup, on trouvera, tu verras, ça s’arrangera… Tiens le coup… »

Et que je te tapote la main, et que je te fasse des yeux doux, des yeux de cocker, et que je te pose mon tentacule sur l’épaule, et que je sois tout miel avec toi, même si le miel, quand on en mange trop, ça écœure.

Comme Fanny quittait le cabinet, il s’était tourné vers toi, cher Baptiste :

<< Complètement frappée celle-là, frappée de chez frappée !…>>
Toi, petit interne, tu n’avais rien osé dire. Il ne t’aimait pas, tu ne l’aimais pas, vous le saviez pertinemment tous les deux.
Cher Baptiste, ne lui reproche rien ! À vrai dire, aujourd’hui, je ne crois pas qu’il était méchant, juste fatigué, usé par l’humanité, et les afflictions des Hommes, toutes les afflictions.
Il y a longtemps que Octopus a pris sa retraite et retrouvé son jardin, son cher jardin dont il a pu s’occuper jusqu’à la fin.

C’est bien, dans ce métier, de laisser les patients aux confrères lorsqu’on ne les aime plus.

Toi, cher Baptiste, tu as gardé précieusement les souvenirs que tu avais sur le bon docteur Octopus. Tu t’étais dit : 

<< Je les raviverai un jour, grâce à ce blog. Dans 30 ans, vieux et gras, usé par le monde, je viendrai sur cette page et je lirai ce post de blog écrit par un autre, le jeune homme de 30 ans, plus jeune, plus aimant et aimable. Je viendrai pour me souvenir qu’une jeune fille blessée, même si cette douleur n’est pas organique, même si elle est « dans sa tête », cette jeune fille-là mérite mieux que du miel et un sourire hypocrite. >>

Mon cher Baptiste, mon cher moi du passé -ou du futur- si tu ne comprends pas, dans 30 ans, ce que tu as écrit aujourd’hui, alors ferme la porte de ton cabinet, ferme-la pour toujours, et va, cher Baptiste, joyeux et réconcilié, va soigner tes géraniums.

Amicalement, 

Un des nombreux Baptiste de ta vie.
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Merci à tous pour vos gentils mots à propos du prix Méditerrané ! J’en profite pour vous dire

– Mercredi prochain, je déjeune avec Bernard Pivot. Voilà. Fallait que je le dise.

– Je serai le 21 mai à 15 heures, à la librairie Lire aux éclats 26 avenue des Pyrénées 31830 Plaisance du Touch.

PS : vous ai-je parlé de cet étrange moment où tu dis adieu à tes personnages, tu te demandes si les lecteurs vont les accueillir chez eux comme il se doit, tu pleures un peu, parce que la fin est belle, qu’elle est ce que tu aurais voulu qu’elle soit quand cette histoire t’est arrivée cinq ans plus tôt et que tu n’as pas pu changer le cours des choses, alors tu pleures et tu implores l’univers de t’envoyer un signe, car la vie c’est aller de l’avant, tourner des pages, même les plus belles, même les plus symboliques.

Et là… BIMMMMMMM !

Une fiente de pigeon fend le ciel, tel un météore, puis s’écrase sur ta table.

Et toi, tu ris. Tandis que les gens à la terrasse du café se demandent pourquoi, tu ris.

Hey, les gens : 

je ris parce que j’ai demandé un signe et que je l’ai eu.

je ris parce que je n’ai pas demandé que ce signe revête une nature spécifique.

je ris parce que la fiente est tombée en épargnant mon ordinateur, mon eau, mon verre, mon carnet de notes. 

Sans déconner, elle est parfaite cette fiente !

je ris parce que rire est la plus noble forme de courage dans ce foutu bas-monde !

Juste un signe.

Merci l’Univers (si tout va bien, je largue le bébé à Nöel, aux pieds de vos sapins !).

Les femmes qui se levaient la nuit.

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Petit hommage aux infirmières (à partager) Merci D.

ALORS VOILÀ, elles me disent qu’elles sont infirmières libérales dans un canton rural. Un cabinet de 7 nanas, de tous les âges. « Nous faisons notre métier avec passion. Mais loin de nous le tralala bisounours qui peut y être associé ( le mythe de la vocation, le plus beau métier du monde, bla-bla-bla…). »

Elles me disent qu’elles savent que l’Humain peut être magnifique ou vil, dans les rapports relationnels comme dans la maladie. Elles voient de tout, de 7 à 77 ans comme dit la chanson, du bon, du mauvais, de la jeunesse et de la vieillesse. Ce sont leurs vies. C’est comme ça.

Il y a 2 jours elles ont enterré une patiente aimée, c’est ça qu’elles disent, « aimée ». 3 ans de soins, 3 fois par jour. Foutu crabe. Le temps passant, elles se sont attachées à la patiente. Elles connaissaient la vie de Mme Bella et Mme Bella connaissait les leurs. Puis Mme Bella est devenu Jacqueline, puis Jacqueline est devenue Jacquie, comme dans la phrase « Alors comment ça va Jacquie, aujourd’hui ? ».

Elles formaient une team, la « team bagarre ».

Elles évoquent les aller-retours nocturnes, parfois -souvent- pour rien : une pompe qui sonne, par exemple, un appareil débranché. Elles me parlent des petits pots pour bébé achetés spécialement pour elle, car Jacquie ne pouvait plus manger. Elles me parlent des cartes postales envoyées durant leurs vacances parce que « on voulait la faire voyager, au moins par procuration ». Elles me disent qu’elles ont fait leur métier. Sans calcul. Avec du coeur, de l’entrain et de l’huile de coude. Sans rechercher de gloire ou de reconnaissance. Mais elles ont été là jusqu’au bout, même quand le poney multicolore est passé. 

Alors quand, à la fin de la cérémonie religieuse, la famille a eu un mot de remerciement pour tout le monde, sauf elles, elles ont eu l’impression de recevoir sept claques. Une chacune.

Elles sont ressorties la tête basse, le coeur en berne. 

« Nous sommes des saint-Bernard, disent-elles. Le chien avec le tonneau de rhum, hein, pas le bonhomme avec une auréole ! Le saint-Bernard fera toujours son travail, vous réchauffera, vous donnera le rhum, et parfois même une léchouille. C’est normal, c’est son boulot. Un boulot de chien. »
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Merci à tous pour vos gentils mots ! J’en profite pour vous dire que je serai le 21 mai à la librairie Lire aux éclats 26 avenue des Pyrénées 31830 Plaisance du Touch. De plus, en attendant que mon futur roman soit dans vos librairies (je lui fais une petite beauté avant de l’envoyer à mon éditrice) je vous réserve une surprise pour début juin. Indice : c’est pour la bonne cause et en prestigieuse compagnie. Vous avez des idées ?

« L’écrivain vivant ».

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En deux jours, j’ai rencontré 1300 lycéens qui ont choisi mon second roman -Alors vous ne serez plus jamais triste- pour lui remettre le prestigieux « Prix Méditerranée des lycéens ». Des jeunes géniaux (z’ont voté pour moi ! 😂) qui m’appelaient « Monsieur » et m’ont offert des cigarettes dédicacées (photos) en disant « on est vachement contents de rencontrer un écrivain qui soit vivant ! »Mais surtout je retiendrai leurs dizaines de lettres de remerciements, expliquant combien mon livre les a touchés/émus/amusés et fait vagabonder leur imaginaire. 

Merci à eux. 
PS 1 : je verserai les 3000 € du prix aux deux associations que je soutiens. L’orphelinat Karengal et l’association « Volontariat Pondicherry ». Vous trouverez ICI les infos pour aider ces associations. 
PS 2 : spéciale dédicace à cette jeune lycéenne, émue aux larmes, toute tremblante, qui m’a dit au micro : « Au début, votre héros a envie de mourir, mais reprend peu à peu goût à la vie. Qu’est-ce que vous conseilleriez à une jeune qui pense comme lui ? »