Go-go, Powers Rangers, Go !

(Un Bibi est caché dans cette photo, sauras-tu le retrouver ?)

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Vidéo sur les récentes polémiques concernant la présence de personnages gays/lesbiens/transgenres au cinéma (dans Powers Rangers, Harry Potter, ou plus récemment dans le dernier Disney, la Belle & La Bête.)
Précisons pour nos amis complotistes : je n’ai pas été rétribué par le lobby LGBT-reptilo-illuminato-judéo-maçonnique.
J’écris des romans pour vivre et, malheureusement, même si je voudrais que ce ne fût pas le cas, tout ce qui est dit dans cette vidéo est vrai. Enfin… Non. Une seule chose est erronée : on peut avoir vu Lalaland et se réveiller avec une furieuse envie de faire des claquettes.
Pour tout le reste, sources, données, chiffres et statistiques sont disponibles dans le « Rapport Gouvernemental TEYCHENNÉ sur l’homophobie et la transphobie à l’école » que je vous encourage à consulter ICI

En espérant que ça fasse un peu bouger les lignes et que vous ayez des munitions pour répondre aux (toujours) charmants et naïfs internautes qui commentent, un doigt candide dans la bouche, un autre rageux sur le clavier, « naaan mais c koi cette manie de vouloir mettre des pd et des goudous partout dans lé film et lé série !?!? ».

Cette manie, c’est la volonté de sauver des vies.

Baptiste Beaulieu

 

La Plainte.

Alors voilà ma patiente ne pleure pas, mais elle gémit. Et le gémissement sans les larmes je crois que c’est pire. Elle a 39 ans. Cancer ovarien. « Taches hépatiques suspectes ». En cours d’exploration. Elle sait que je sais qu’elle sait. Que ça va pas aller, que ça va pas le faire.Elle a deux enfants 4 et 6 ans.

J’écoute ce truc ignoble coincé dans sa gorge : La Plainte. 

La Plainte… Ce truc a toujours été dans la bouche, dans le ventre, dans les poignets tordus, dans les poings serrés de tous les hommes et de toutes les femmes. Depuis la nuit des temps. Depuis que la première femme a perdu le premier enfant. Que le premier homme a perdu la première femme. Depuis que le premier enfant a perdu les premiers parents. On se la passe de génération en génération. Comme une putain de malédiction. ELLE nous relie. ELLE nous rappelle combien nous sommes tous pareils, combien nous avons tous peur, combien nous voulons tous être aimés, et oh combien nous voudrions extensible le temps passé près de ceux qu’on aime.

Combien nous voudrions savoir où vont ceux qui s’en vont. 

La Plainte vient de là : nous ne savons rien.

Comment font les autres pour supporter le visage de l’autre qui souffre ? Comment font-ils, hein ?

Paraît qu’y en a qui bouffent pour compenser, qui se rongent les ongles, qui tapent dans des sacs. Qui tapent dans des voitures mal garées.

Paraît qu’y en a qui croient. Qu’y en a qui prient. 

C’est facile de croire. C’est facile la foi. Suffit d’ouvrir les yeux. De sonder le ciel étoilé. De frotter contre ses oreilles un épi de blé. De s’émerveiller. Ce qui serait difficile, c’est de ne pas croire !

Oui, le plus dur n’est pas de croire, le plus dur c’est d’espérer. D’espérer malgré La Plainte.


Je crois que c’est pour ça que je vous prends dans les bras lors de mes dédicaces. Parce que je ne peux pas le faire au cabinet médical. Et parce qu’au moment où on se serre, je me dis à chaque fois la même chose :

<<Il y a quelque chose de profondément incroyable dans ce monde mais je ne sais pas quoi. Tout, peut-être. >>

Les couleurs de la vie.

(((Pour Lorraine, que j’aime profondément. Quand je peux, j’aime rappeler que les personnes/trajectoires humaines dont je parle existent vraiment et ont des visages à regarder)))

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Alors voilà, un jour j’ai pris un train avec la pétillante et délicieuse romancière Lorraine Fouchet. La longueur du trajet aidant, Lorraine s’est confiée sur sa vie. Aujourd’hui, elle a 60 ans et a écrit 17 romans !
– Mais j’ai commencé comme toi, tu sais, Baptiste ? Quand j’ai passé mon bac, je voulais devenir romancière. Mais mon père nous a quittés brutalement un mois après mon bac. Un infarctus. La veille de sa mort, au téléphone, il m’avait dit que médecin était le plus beau métier du monde. Alors, même s’il n’était plus là, j’ai respecté son voeu… Une fois mon doctorat en poche, j’ai embauché à SOS Médecins, et j’ai soigné la nuit, le jour, aux quatre coins de Paris. Je n’étais pas malheureuse, mais je n’étais pas heureuse non plus. Simplement, je n’étais pas au bon endroit de ma vie.

Là, elle stoppe, puis sourit avec mélancolie.

– Un dimanche matin, un confrère situé avant moi sur la liste de garde est appelé pour rédiger un certificat de décès. Mon confrère, en lisant le nom de la morte, me fait alors cet incroyable cadeau : il me propose d’y aller à sa place. J’accepte, je roule jusqu’en bas d’un immeuble, je monte…

Silence.

– … j’entre dans la chambre, j’examine la dépouille de la patiente et je suis douce avec elle.

Silence. Lorraine regarde le paysage coloré qui passe à toute vitesse derrière la fenêtre, inspire profondément, murmure son secret :

« J’ai fait le certificat de décès de Marguerite Duras. »

Silence. Je sens bien ce que ce corps a suscité en elle de prise de conscience.

« J’étais dans cette pièce, avec le visage sans vie et sans couleur de cette femme qui, toute son existence, avait écrit et vécu librement, en se moquant du conformisme. J’étais dans cette pièce, seule avec Marguerite Duras, Marguerite Duras morte, et j’ai su, oui c’est un peu bizarre ce que je te confie là, j’ai su que rien ne serait plus jamais comme avant pour moi. Que je voulais être libre de vivre ma vie, que j’y avais droit, que c’était même pour cela que j’étais ici. Pour comprendre cela. Pour entendre cela : le chuchotement de la liberté. »

Silence.

– Un mois après, j’ai posé mon stéthoscope et je suis devenue romancière à plein temps. Avant, je me battais comme une lionne pour sauver tous mes patients. Maintenant je peux tuer mes personnages de papier ou les réanimer à l’envie ! Avant, je soignais les gens. Maintenant, j’espère que mes romans les aident à vivre.
Elle rayonne de joie en disant cela. Son dix-septième roman, est sorti le 30 mars, aux éditions Eloïse d’Ormesson. 

Il s’appelle « Les couleurs de la vie« . 

Ôde au pus.


Alors voilà, ami lecteur, je dois t’avouer un truc : j’adore sortir des trucs du corps humain. Sortir une écharde, vider un furoncle, évacuer un bouchon du conduit auditif constituent même LA RAISON pour laquelle je continue à soigner tous les jours ! Rien que ça !Évacuer.

Déloger.

Nettoyer.

Sortir.

Désobstruer. 

Et pour quoi ?

Pour regarder le corps revenir à la normale.

Pour le sentir sous mes mains retrouver son intégrité initiale.

Pour entendre : « Docteur ! C’est fantastique ! Je réentends ! »  

C’est très exactement ce que nous sommes incapables de faire le reste du temps, nous, les soignants. Une dépression, ça ne se videra jamais comme un abcès. J’aimerais prononcer les mots suivants : « je vais appuyer très fort ici, Madame, le pus va sortir, puis il emportera avec lui votre tristesse, votre désespoir, et votre envie d’en finir ». 

Une polyarthrite, une fibromyalgie, un viol, même, ça ne se vidange pas, ça ne se pousse pas hors d’un conduit quelconque du corps, afin de pouvoir le montrer au patient, « Regardez, madame ! On l’a eue, votre boulimie ! » Et, sous le regard dégoûté mais soulagé du patient, flanquer tout ça à la poubelle, enfermé dans un mouchoir, enfermé pour toujours. 

Mais on ne peut pas mettre la schizophrènie à la poubelle. On ne peut pas rabattre le couvercle sur les troubles du comportement alimentaire. 

Non, on ne peut pas.

Oh, comme j’aime les furoncles ! Et comme j’aime le bouchon de cérumen ! Et les échardes ! Et la constipation ! Et tous les corps étrangers ! Oh, comme je les aime ! Je les aime parce qu’ils procurent chez le patient une satisfaction immédiate, visible, palpable. Matérielle.

Je me sens soignant (et non plus un vil imposteur) quand je vide du pus, et quand j’évacue un bouchon de selles, ou vide un globe vésical. Ce dont je vous parle, c’est de cet instant précis, là, oui, quand la personne soupire de soulagement.
Alors, à cet instant précis, il m’est enfin permis d’espérer. 

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Dates de signatures (MISES À JOUR !) + une bonne nouvelle !

Vendredi 17 : 

Le 24 mars à Elancourt, à 17h Co-dédicace avec la génialissime Valérie Tuong Cong à la Librairie Le Pavé dans la mare.

Dimanche 26 : Salon du Livre de Paris à 11 heures 30 jusqu’à 13 heures. 

Lundi 27 : je serai ravi, dans le cadre de la super association « Lire pour en sortir », de rencontrer des détenu.e.s au centre pénitentiaire de Châlons. J’écris donc ça là, mais je ne suis pas sûr de vous y voir, sauf si vous êtes incarcéré.e.s d’ici là (François Fillon si tu me lis !).

ÉDIT : signature à la librairie du Mau, à Châlons, à 17h !!!!

Avril.

Samedi 8 et dimanche 9 : Printemps du livre de Montaigu.

D’autres dates arrivent, je vous tiendrai au courant !

PS : c’est une blague pour Fillon, hein. Parce que tout le monde sait qu’il n’ira jamais en prison (ne venez pas m’insulter en commentaires, messages privés ou par mails, s’il-vous-plaît…) Mais je serai vraiment au centre pénitenciaire de Chalons pour soutenir le projet de cette super association.

Enfin, je suis très honoré d’être président du Jury du concours littéraire organisé par le prestigieux mensuel « Psychologies ». Voilà. Je voulais vous le dire parce que tout ce qui arrive d’un peu fou dans ma vie depuis quatre ans c’est un peu grâce à vous, et que c’est parfois difficile d’expliquer (même après trois romans, et trois prix littéraires) qu’on peut être blogueur ET romancier, et qu’on a quelque chose à dire de different dans le costume de l’un COMME dans le costume de l’autre.

(((( je vous aime )))). 

Étretat, un 28 septembre.

Quand je ne suis pas au cabinet médical, je vais écrire mes romans dans une grande bibliothèque parisienne. Avec le temps, j’ai beaucoup sympathisé avec les employées. Aline, Véro, Marie-Pierre, Marie-Jo’ et Martine. Elles travaillent dans cette immense usine depuis vingt ans, déambulent le long d’immenses couloirs et d’interminables sous-sols couverts de livres, où elles ne voient jamais la lumière du jour.
Heureusement, y a les pauses cigarettes, à 10 heures et 16 heures. Elles ont pris l’habitude de m’emmener avec elles et on y rit très fort, ça gêne même parfois leurs collègues. Je les écoute parler de la vie, du temps, de sexe, de l’amour, des petits. Elles disent des bêtises, font des prouts avec la bouche, se fichent de ce que les autres entendent. Le rire de ces quatre femmes, ça rebondit sur les parois que la suie a recouvertes. Ça détache le gris des murs, ça lotionne les âmes.
Elles sont dans la vie, ces femmes ! Elles sont dans la vie !
Il y a Martine : la joie de vivre envers et contre tout. Pétulante, toujours joyeuse, et positive. Une sensibilité à fleur de peau et une bienveillance infinie même envers des gens qui ne le méritent pas. Le secret de Martine est le plus douloureux secret du monde : son fils a 17 ans pour toujours, mais elle n’en parle jamais. Alors je n’en dirai pas plus.


Il y a Véro : la cow-boy du groupe, un peu boxeuse, beaucoup rieuse, toujours un peu amusée par la situation. Une énergie folle. Je l’aime d’amour, cette femme. 

Sa blessure à elle, c’est son père. Elle n’arrive pas à oublier son père. Personne, dans la famille, d’ailleurs. Suffit qu’on évoque le patriarche et les larmes coulent. 

Un jour, pendant une pause clope, je l’ai entendue murmurer : « Pourquoi faut-il qu’on aime tant certaines personnes ? « . Elle a dit ça, puis a sorti une nouvelle cigarette et mi-riant, mi pleurant, elle a raconté une blague sur les pénis, ceux qui sont petits et ceux qui sont trop gros.


Il y a Aline. Elle, c’est son poids. Elle en rit tout le temps, et si vous n’en riez pas avec elle, la voilà qui vous attrape et vous serre contre son énorme poitrine. Elle est généreuse de partout, Aline. Peur de rien. Ni des remarques maladroites, ni des médisances. Enfin, c’est ce qu’elle prétend. Personne ne sait. Elle est belle, Aline. Elle babille, Aline. Elle bouscule les gens et les idées reçues. Elle emmerde les regards des gens et de la société sur son corps. Elle est libre. 

<< Tu sais ce que c’est « quelque chose » ? Non ? Tu empoignes un pénis dans une main, tu empoignes avec ton autre main ce qui dépasse. Eh bien tout ce qui dépasse ENCORE, crois-moi, ça, C’EST QUELQUE CHOSE !!!!!>>.


Il y a Marie-Pierre, le petit oiseau. Toujours un peu en retrait, le corps noyé dans ses tuniques informes. Si frêle, si mince… quand elle marche, on croirait voir un cintre. Elle parle pas trop, Marie-Pierre. Elle écoute. Mais du coup, on ne sait pas trop où elle a mal. Les autres du groupe, ça oui, on le sait. Mais pas Marie-Pierre. Il n’empêche, elle est là, à chaque pause clope. Muette. Taiseuse. Elle hoche la tête, fume, et c’est tout. On a l’impression qu’elle se cache de tout, qu’elle a peur de tout sauf quand elle est avec ses copines. Elle n’a plus parlé à sa famille depuis des années et personne ne sait pourquoi.

Enfin, il y a Marie-Jo’. Brune, la bonté faite femme. Incapable de voir le côté négatif des gens. Incapable d’a priori. Et solide avec ça. Un roc avec un coeur immense. Elle rit aux blagues, mais elle en fait peu. Elle n’a pas de secret. Elle est en vie et heureuse de l’être. Elle est aussi un peu cassée, mais on ne saura pas. Elle rit, c’est tout.


Voilà bien un truc que je retiens de ces femmes : à leurs côtés, en cinq ans, il ne me semble pas – jamais même – avoir effleuré de près ou de loin les côtés sombres de l’être humain. Pas de calcul. Pas de tricherie. Pas de jugement.
[…]
Un jour, Marie-Pierre ouvre la bouche et laisse échapper un murmure : elle a un cancer. Un cancer de la mâchoire. Trop de cigarettes. Trop de silences, peut-être. 

« Je vais être un peu absente, les filles » dit-elle, et c’est peut-être la première vraie phrase qu’on lui entend en vingt ans. 

[…]

Martine, Marie-Jo’, Aline et Véro sont parties en voiture. Véro tenait un pot à café, qu’elle serrait fort sur les genoux.

C’était en septembre, le 28. Un grand week-end à Étretat. Elles ont ri comme des bossues, dans la caisse. Elles ont mis la musique, et ont roulé jusqu’à la mer en racontant des bêtises sur les hommes. Les gros, les grands, les fainéants, les taiseux, les dociles, les connards tatoués, les connards pas tatoués, les rugbymen et les pas-rugbymen. 

[…]

Véro m’écrit :

<< Marie-Pierre est morte chez elle toute seule. On l’a emmenée parce que nous lui avions promis. Elle n’avait pas de famille Marie-Pierre. Enfin, si, c’était nous, sa famille… On a mis ses cendres dans un pot à café. Elle adorait le café. C’est moi qui ai jeté les cendres sur les falaises. Martine ne pouvait pas le faire, Marie-Jo a peur du vide et Aline, pour certaines choses, n’est pas très courageuse. Seulement comme je ne suis pas très douée, je n’ai pas pensé au vent et les cendres me sont toutes revenues sur le pantalon. Nous nous sommes plu à penser qu’elle voulait rester un peu avec nous. Et puis, Marie-Pierre ne savait pas nager, alors la jeter dans la mer… Ensuite on a mangé des moules-frites au resto parce que ça aussi on lui avait promis. On a pleuré, mais on a aussi beaucoup ri. Elle aurait aimé cela. Il faisait beau, y avait du soleil et Marie-Pierre aurait aussi adoré cela. >>


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Un texte à partager, écrit pour Marie-Pierre, à la demande de ses/mes copines,

Baptiste. 

C’est comme ça.

Alors voilà l’autre soir je suis sorti du cabinet et j’ai enfourché mon vélo. Sur la route, une voiture m’a frôlé, j’étais en colère alors j’ai crié au conducteur « Vas-y fais comme si t’étais tout seul, raclure ! ».

Je pédalais, oui, et vite en plus ! J’avais tellement envie de rentrer chez moi ! Un bus a klaxonné : j’étais sur sa voie, oui. J’étais sur sa voie ET j’étais en colère, alors j’ai brandi un doigt, un majeur, j’y peux rien c’est le doigt du milieu, le plus facile à tendre, c’est parti comme ça, et j’ai crié « Va chier ! » 

Je me sentais comme ça :

Plus loin une nana a klaxonné une mamie parce qu’elle ne traversait pas assez vite à son gout.
« Et tu vas faire quoi, imbécile, tu vas l’écraser ?!?!? » j’ai hurlé ça, oui, parce que j’étais en colère, c’est comme ça.

Je suis arrivé chez moi, enfin.
Là, j’ai gueulé sur l’adolescente stupide aux yeux bovins, celle du premier, celle qui fume ses joints dans les parties communes, celle qui laisse les mégots se consumer sur les escaliers en bois de l’immeuble et nous fera tous cramer un jour dans notre sommeil.

J’étais en colère, ce jour-là, je pensais à mon dernier patient. Un type rondouillard, aux joues épaisses et roses, et à l’air gentil, un type qui tenait une petite valise à roulettes et qui sanglotait dans mon bureau. Je pensais à lui et à ce que j’avais noté dans son dossier médical, parce que j’avais résumé « l’irrésumable » dans une seule phrase, parce qu’il y avait tout un roman dans cette phrase, un roman triste, dur, humain, parce que dans un monde juste on ne devrait jamais écrire ça, parce que dans un monde juste les aidants sont aidés, parce que ce soir-là j’ai écrit, oui, j’ai écrit sur un putain d’écran d’ordinateur froid et insensible :

« A quitté le domicile conjugal car ne supporte plus le cancer de sa femme. »


Et la seule chose qui reste, ces soirs-là, ces soirs où l’Amour est défait, où l’espoir fait défaut, la seule chose qui reste c’est rentrer vite chez soi.

Rentrer vite et essayer de faire rire les gens avec mon absence totale de talent graphique.

On n’y peut rien, c’est comme ça.

Le roi de Photoshop.

Alors voilà, mon premier patient vient pour un bouchon de cérumen. Je ne suis pas très réveillé, je fais du mieux que je peux avec la poire, évacuant de son oreille des petits morceaux d’une sorte de craie jaunâtre.À la troisième tentative, je baille, je me demande si j’ai pensé à régler un truc en rapport avec des travaux et une coupure d’eau à la maison (spoiler : la réponse est NON), du coup j’oublie de boucher la sortie d’eau de la poire, je presse et me retapisse la chemise d’une sorte de boue cérumineuse.

 (Vague impression d’être Daryl Hannah dans le film “Splash”). 

 Je suis comme ça : photo 1. 


Dixième patient : un bébé. Je l’examine, on papote avec la mère, ça a dû ennuyer le poupon, qui décide d’uriner sur mon pantalon. Cash.

“Vas-y petit, secoue toi la salade sur Tonton Baptiste, change-toi l’eau des olives sur le Docteur, il ne dira rien, c’est le métier qui rentre !”

 J’essaie de nettoyer ledit pantalon… avec de la solution hydro-alcoolique (mais pourquoi ?) et du septal (?!?!?… je me déteste tellement, parfois).

 Je suis comme ça : photo 2. 


Sortie du cabinet. Flemme de me faire à manger, allons prendre des nouvelles du petit traiteur chinois en bas de ma rue. Dans la queue, le type devant se tourne, se raidit, projette tout le contenu de son jus de lychee sur moi, puis bascule en arrière. Épilepsie. J’attends les pompiers avec lui. 

 Résumons: j’ai sur mes habits, 

 1-Du cérumen

 2-Du pipi de bébé 

 3-Du jus de lychee. 

 Ce ne sont plus des habits, c’est un Jackson Pollock : Photo 3. 


PS 1 : demain, j’amène des habits de rechange. 

PS 2 : OUI, en rentrant, j’avais une coupure d’eau. J’ai nettoyé mes fringues à la main et à l’eau minérale, en éprouvant TROIS sensations bien distinctes :

1- une certaine reconnaissance pour les machines à laver le linge,

2- une infinie compréhension pour les lavandières des temps jadis,

3- un vague (et très fugace) désir de mourir. 
Mais, maintenant, ça va mieux. 

Je suis comme ça : 

PS 3 : une de ces photos n’est pas Photoshoppée. Vous ne devinerez jamais laquelle !

PS 4 : je remercie Mme Marcellin qui m’a posé un lapin au cabinet, me donnant ainsi l’occasion de vous révéler toute l’étendue de mon talent sur Photoshop…

Petite parenthèse.

Coucou, 

Pas de texte ici cette semaine, car j’ai écrit sur un sujet qui me tient à cœur comme cette jeune femme a à cœur de raper ce parmesan (afin de préparer une délicieuse tartiflette au parmesan à sa cousine). 

C’est :

– ICI (pour le Huffington Post)

Ou :

– ICI (pour ceux qui préfèrent Médiapart, chacun sa crémerie, je ne juge pas )





BISOUS et courage (pour ceux qui en ont besoin). 

Victoria, David et moi.

Alors voilà, je vous raconte ce tragique et inoubliable jour qui marquera à tout jamais ma mémoire au fer rouge de la honte.Une patiente m’avait refilé une gastro (je crois que je vois même qui c’est…).

Pour être clair : je vomissais et chiais partout comme une poule, tentant de me consoler comme je pouvais, voyant là une excellente leçon d’humilité quand on a été l’invité, la veille, des cinq dernières minutes du JT de treize heures de France 2.

Malgré tout, me voilà obligé d’embaucher au cabinet (impossible de trouver un remplaçant, je porte des gants, et me drape dans ma vocation). Les heures et les patients me filent entre les doigts. J’ai des crampes d’estomac inimaginables… et de plus en plus besoin d’aller aux toilettes libérer le Kraken (ou, comme disait mamie, faire fonctionner la guillotine à boudin). 

La salle d’attente commence à se vider : je ne peux décemment pas aller au toilettes tant qu’il y a des gens qui risqueraient de m’entendre (ne mentez pas : on a tous eu ce genre de pensées). 

Soudain, ça y est. Salle d’attente vide. Je n’en peux plus… Ne me dites pas que je suis impudique d’écrire sur ce sujet. La vraie impudeur, c’est de cacher le corps et la réalité de ce qu’il est : l’être humain transpire, pleure, vomit, tousse, sent des pieds, et tombe parfois malade. C’est ça l’être humain, c’est pas David et Victoria Beckham, qui ne sont que des produits markétings destinés à complexer les petits garçons nuls en foot (je te hais, David, tu entends ? Je te HAIS !!!) et affamer les jeunes filles qui se trouveront toujours trop grosses, #photosencartonpâtebotoxéàlasaucehollywoodienne.

Je me glisse aux toilettes et là… festival. Libéré ! Délivré ! Je parachute un, deux, trois gothiques, je suis Louis Armstrong à moi seul, festival de saxophone, j’ai une fucking moto dans les fesses.

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*ici, insérez des prouts*

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(Je suis sûr que vous avez ri. C’est indémodable, les prouts, ça faisait déjà rire l’homo erectus dans sa grotte).

Hélas ! Trois fois hélas ! Le dernier patient avait laissé la porte ouverte…

Du coup, trois personnes attendaient en salle d’attente. 

La honte de ma vie. 

Et comme ces patients ne m’avaient jamais vu, et que je les sentais un peu gênés, un d’entre eux me fait, avec compassion et dans une tentative de briser la glace, « Vous savez si le médecin est déjà arrivé ? »
Je n’ai pas su quoi répondre. Mais je crois qu’il existe une dimension, un monde alternatif, où j’ai dit : « Je ne sais pas » et me suis assis à côté d’eux en salle d’attente.
Attendre.
Ce jour-là, j’aurais eu besoin qu’un médecin vienne s’occuper de moi. 
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Photo : L’hiver est rude ! Vous aussi, aidez ce gentil couple de pauvres hères qui n’ont plus rien à se mettre sur le dos en envoyant vos manteaux de fourrure Chanel, Hermès ou Kenzo à l’adresse suivante : 

Bibi Beaulieu

45 rue de la Guillotine à Boudin

33 666 Smecta-Sur-Saône

Le bâtisseur de cathédrale.

Alors voilà, il a travaillé dans le BTP et il a ses deux ménisques pétés à force de poser des bordures de 120 kg.Il m’écrit « j’ai un corps déglingué ».

Il raconte sa sciatique, aussi, et sa capsulite rétractile de l’épaule. 

Sa capsulite ? Le médecin de la sécu estime qu’elle n’est absolument pas liée à toutes ces heures passées à enfoncer 4 000 fiches de 35 cm dans de l’enrobé à coups de masse (3 kg, la masse…).

Il me dit que la seule chose qu’il a réussi à sauver, la seule partie de son corps à ne pas avoir été donnée à la pierre, ce sont ses mains. Il me dit « mes mains ne parlent pas, contrairement aux mains de mes collègues : les coups de marteau, les traces de goudrons… elles crient, leurs mains ».

Il écrit cette phrase exacte : « Ils ont les sacs de ciment qui leur transpirent par la peau ».

Il m’écrit « Moi, ma fierté c’est de pouvoir dire à mes enfants : Tu vois où tu marches sur cette place, j’ai posé le dallage.Tu vois ce bassin d’orage sur l’autoroute, c’est moi qui… »

Parfois, le soir, il leur dit :

« Tu vois la place de la cathédrale de Dax ? J’y ai cassé mon dos deux ans. »

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Il a 43 ans.