Madame BIM BAM BOUM.

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Alors voilà, elle se tient au milieu de la salle d’attente, BIM, BAM, BOUM, le visage tuméfié, multicolore. Le pan gauche de son pantalon est imbibé de sang, ça lui tombe dans le pied, elle a une tennis rouge, l’autre blanche. Elle est complètement ivre, elle se jette à mon cou :- Scusez-moi, ça vous embête si je passe devant ces gens ?

« Ces gens », les patients en salle d’attente, me fixent, mains resserrées sur leurs effets personnels, hochant leur tête de concert, l’air de dire « prenez la, docteur, on n’en veut pas, on n’en veut plus, c’est sale, ça pue, et c’est dangereux ». 

La Titubante entre. 

– M’suis battue et on m’a donné des coups d’poings et des coups de couteau et des coups d’pieds et je sais même pas pourquoi, et c’est dégueulasse !

Et, disant cela, elle enfonce un doigt noir de crasse dans une des sept plaies béantes de sa fesse. On voit le muscle. CHLAK ! CHLAK ! Tranché sept fois. Le grand glutéal, le rouge et le noir des caillots. Des trous, des trous, des trous ! Mon regard glisse, nauséeux, sur la boite de sushis de midi abandonnée dans la poubelle. 

– C’est une copine, docteur. J’ai pas compris pourquoi elle a fait ça. Au début, elle a voulu m’larder le visage. 

Ce faisant, elle lève ses bras, me montre comment elle s’est protégée. BIM BAM BOUM. Fière, la Titubante. S’est pas laissée faire.

– Kèke vous auriez fait à ma place ?

Je lève les mains, comme elle, mime un boxeur qui esquive : 

– Qu’est-ce que j’aurais fait ? Je me serai protégé, Madame, comme vous.

Mais, dans ma tête « À quel moment, tu t’es retournée pour présenter ton postérieur à l’agresseur ? »

J’appelle les Urgences. Deux heures plus tôt, m’informent-ils, ils ont DÉJÀ envoyé une ambulance, mais elle a refusé de monter dedans. Je proteste :

– Mais elle était ivre ! Là, elle a décuvé un peu. Elle sera d’accord. 

– On envoie une fois, pas deux.

Et ils raccrochent. Et je pense : « Et si c’était votre Fille, mecs ? Ou votre Soeur ou votre Femme ? Et si c’était juste un être humain, hein ?  »

J’appelle une ambulance privée pendant que la patiente fourre ses doigts souillés dans ses muscles, en couinant. Elle n’a pas de carte vitale, pas de CMU, pas d’AME… pas d’Acronyme, pas d’ambulance. OSEF ! (On S’En Fout !).

Je rappelle les Urgences :

– Dites-lui de sortir du cabinet, me disent-ils. Sur sa droite. De prendre la ligne B. Puis de sortir à Vauvegard d’Artois, puis la ligne A et là elle sort à « Hôpital Joseph Pointou ». 

– Vous vous moquez de moi ?!?!? (Là, je me débats avec les mains de madame qui fouillent son muscle de toute la longueur de ses doigts).

– Elle peut marcher ? Oui ? Elle prendra le métro.

Et ils raccrochent. Et la patiente m’explique : « Ce sont les keufs. Quand j’ai pas voulu monter dans l’ambulance -je le regrette hein, m’sieur- quand j’ai pas voulu monter dans l’ambulance, ils m’ont prise et amenée ici. »

Voila. Des flics l’ont jetée dans ma salle d’attente. Sans toquer à ma porte. Sans attendre que je termine ma consultation. Rien. Même pas un post-it :

<< Salut Doc Bibi,

on est pressé, voilà Madame BIM BAM BOUM. On ne sait pas quoi en faire. Soyez gentil avec elle, hein ? XOXO.

Signé : les keufs. >>. 

Ils l’ont prise et l’ont déposée là. Puis ils sont partis. 

En vrai, de bout en bout, cette histoire est celle d’une femme que personne ne voulait. Si vous la croisez dans la rue, vous la reconnaîtrez : elle est chaussée d’une tennis blanche, et d’une tennis rouge. 

Petit cadeau de Juin !

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Bonjour !Le premier jour du mois de juin, sortira un recueil de nouvelles écrit en amicale et prestigieuse compagnie (Martin Winckler et Agnès Ledig !). L’intégralité des bénéfices iront à l’EFS (et l’intégralité de mes droits d’auteur seront reversés aux deux orphelinats Pondichériens que vous connaissez déjà). 

C’est un grand honneur d’écrire aux côtés d’Agnès Ledig et Martin Winckler.

Prenez soin de vous,

Baptiste Beaulieu
PS : pour mon prochain roman (il devrait sortir pour être au pied de vos sapins de Noël ! ), j’ai besoin d’un prénom de femme. Plutôt Anna ou Maria ?

Lettre de Baptiste à Baptiste.

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Alors voilà, cher Baptiste, tu te souviens de Octopus Quichotte ? Le médecin généraliste qui n’aimait personne (hormis ses géraniums) ?

Il n’aimait pas les juifs, pas les homos, pas les noirs, les femmes, les vieux, les jeunes, les francs-maçons, le froid, le chaud, Berthe et Henriette, les tantes de sa femme. Je crois que même les ours, il ne les aimait pas. Octopus Quichotte, il aurait sauté à pieds joints sur un chiot en lui tapant dessus à coups de chaton !

Avec lui, tu avais reçu Fanny H. : à 24 ans, elle avait déjà consulté les plus grands neurologues du pays. Aucun n’expliquait pourquoi ses muscles la faisait tant souffrir, l’obligeant même à user de béquille pour se mouvoir. 

Ancienne sportive de haut niveau, les symptômes avaient surgi un jour, après un minuscule accident de deltaplane. 

Rien de grave, mais elle avait eu peur ce jour-là. Peur de mourir. Elle est, de toutes les peurs, la plus simple, la plus pure.

Le bon docteur avait été, comme son nom l’indique, bon avec Fanny.
« Oh ma belle, ça ne va pas mieux, et tes derniers résultats sont normaux, tiens le coup, on trouvera, tu verras, ça s’arrangera… Tiens le coup… »

Et que je te tapote la main, et que je te fasse des yeux doux, des yeux de cocker, et que je te pose mon tentacule sur l’épaule, et que je sois tout miel avec toi, même si le miel, quand on en mange trop, ça écœure.

Comme Fanny quittait le cabinet, il s’était tourné vers toi, cher Baptiste :

<< Complètement frappée celle-là, frappée de chez frappée !…>>
Toi, petit interne, tu n’avais rien osé dire. Il ne t’aimait pas, tu ne l’aimais pas, vous le saviez pertinemment tous les deux.
Cher Baptiste, ne lui reproche rien ! À vrai dire, aujourd’hui, je ne crois pas qu’il était méchant, juste fatigué, usé par l’humanité, et les afflictions des Hommes, toutes les afflictions.
Il y a longtemps que Octopus a pris sa retraite et retrouvé son jardin, son cher jardin dont il a pu s’occuper jusqu’à la fin.

C’est bien, dans ce métier, de laisser les patients aux confrères lorsqu’on ne les aime plus.

Toi, cher Baptiste, tu as gardé précieusement les souvenirs que tu avais sur le bon docteur Octopus. Tu t’étais dit : 

<< Je les raviverai un jour, grâce à ce blog. Dans 30 ans, vieux et gras, usé par le monde, je viendrai sur cette page et je lirai ce post de blog écrit par un autre, le jeune homme de 30 ans, plus jeune, plus aimant et aimable. Je viendrai pour me souvenir qu’une jeune fille blessée, même si cette douleur n’est pas organique, même si elle est « dans sa tête », cette jeune fille-là mérite mieux que du miel et un sourire hypocrite. >>

Mon cher Baptiste, mon cher moi du passé -ou du futur- si tu ne comprends pas, dans 30 ans, ce que tu as écrit aujourd’hui, alors ferme la porte de ton cabinet, ferme-la pour toujours, et va, cher Baptiste, joyeux et réconcilié, va soigner tes géraniums.

Amicalement, 

Un des nombreux Baptiste de ta vie.
—–
Merci à tous pour vos gentils mots à propos du prix Méditerrané ! J’en profite pour vous dire

– Mercredi prochain, je déjeune avec Bernard Pivot. Voilà. Fallait que je le dise.

– Je serai le 21 mai à 15 heures, à la librairie Lire aux éclats 26 avenue des Pyrénées 31830 Plaisance du Touch.

PS : vous ai-je parlé de cet étrange moment où tu dis adieu à tes personnages, tu te demandes si les lecteurs vont les accueillir chez eux comme il se doit, tu pleures un peu, parce que la fin est belle, qu’elle est ce que tu aurais voulu qu’elle soit quand cette histoire t’est arrivée cinq ans plus tôt et que tu n’as pas pu changer le cours des choses, alors tu pleures et tu implores l’univers de t’envoyer un signe, car la vie c’est aller de l’avant, tourner des pages, même les plus belles, même les plus symboliques.

Et là… BIMMMMMMM !

Une fiente de pigeon fend le ciel, tel un météore, puis s’écrase sur ta table.

Et toi, tu ris. Tandis que les gens à la terrasse du café se demandent pourquoi, tu ris.

Hey, les gens : 

je ris parce que j’ai demandé un signe et que je l’ai eu.

je ris parce que je n’ai pas demandé que ce signe revête une nature spécifique.

je ris parce que la fiente est tombée en épargnant mon ordinateur, mon eau, mon verre, mon carnet de notes. 

Sans déconner, elle est parfaite cette fiente !

je ris parce que rire est la plus noble forme de courage dans ce foutu bas-monde !

Juste un signe.

Merci l’Univers (si tout va bien, je largue le bébé à Nöel, aux pieds de vos sapins !).

Les femmes qui se levaient la nuit.

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Petit hommage aux infirmières (à partager) Merci D.

ALORS VOILÀ, elles me disent qu’elles sont infirmières libérales dans un canton rural. Un cabinet de 7 nanas, de tous les âges. « Nous faisons notre métier avec passion. Mais loin de nous le tralala bisounours qui peut y être associé ( le mythe de la vocation, le plus beau métier du monde, bla-bla-bla…). »

Elles me disent qu’elles savent que l’Humain peut être magnifique ou vil, dans les rapports relationnels comme dans la maladie. Elles voient de tout, de 7 à 77 ans comme dit la chanson, du bon, du mauvais, de la jeunesse et de la vieillesse. Ce sont leurs vies. C’est comme ça.

Il y a 2 jours elles ont enterré une patiente aimée, c’est ça qu’elles disent, « aimée ». 3 ans de soins, 3 fois par jour. Foutu crabe. Le temps passant, elles se sont attachées à la patiente. Elles connaissaient la vie de Mme Bella et Mme Bella connaissait les leurs. Puis Mme Bella est devenu Jacqueline, puis Jacqueline est devenue Jacquie, comme dans la phrase « Alors comment ça va Jacquie, aujourd’hui ? ».

Elles formaient une team, la « team bagarre ».

Elles évoquent les aller-retours nocturnes, parfois -souvent- pour rien : une pompe qui sonne, par exemple, un appareil débranché. Elles me parlent des petits pots pour bébé achetés spécialement pour elle, car Jacquie ne pouvait plus manger. Elles me parlent des cartes postales envoyées durant leurs vacances parce que « on voulait la faire voyager, au moins par procuration ». Elles me disent qu’elles ont fait leur métier. Sans calcul. Avec du coeur, de l’entrain et de l’huile de coude. Sans rechercher de gloire ou de reconnaissance. Mais elles ont été là jusqu’au bout, même quand le poney multicolore est passé. 

Alors quand, à la fin de la cérémonie religieuse, la famille a eu un mot de remerciement pour tout le monde, sauf elles, elles ont eu l’impression de recevoir sept claques. Une chacune.

Elles sont ressorties la tête basse, le coeur en berne. 

« Nous sommes des saint-Bernard, disent-elles. Le chien avec le tonneau de rhum, hein, pas le bonhomme avec une auréole ! Le saint-Bernard fera toujours son travail, vous réchauffera, vous donnera le rhum, et parfois même une léchouille. C’est normal, c’est son boulot. Un boulot de chien. »
——-

Merci à tous pour vos gentils mots ! J’en profite pour vous dire que je serai le 21 mai à la librairie Lire aux éclats 26 avenue des Pyrénées 31830 Plaisance du Touch. De plus, en attendant que mon futur roman soit dans vos librairies (je lui fais une petite beauté avant de l’envoyer à mon éditrice) je vous réserve une surprise pour début juin. Indice : c’est pour la bonne cause et en prestigieuse compagnie. Vous avez des idées ?

« L’écrivain vivant ».

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En deux jours, j’ai rencontré 1300 lycéens qui ont choisi mon second roman -Alors vous ne serez plus jamais triste- pour lui remettre le prestigieux « Prix Méditerranée des lycéens ». Des jeunes géniaux (z’ont voté pour moi ! 😂) qui m’appelaient « Monsieur » et m’ont offert des cigarettes dédicacées (photos) en disant « on est vachement contents de rencontrer un écrivain qui soit vivant ! »Mais surtout je retiendrai leurs dizaines de lettres de remerciements, expliquant combien mon livre les a touchés/émus/amusés et fait vagabonder leur imaginaire. 

Merci à eux. 
PS 1 : je verserai les 3000 € du prix aux deux associations que je soutiens. L’orphelinat Karengal et l’association « Volontariat Pondicherry ». Vous trouverez ICI les infos pour aider ces associations. 
PS 2 : spéciale dédicace à cette jeune lycéenne, émue aux larmes, toute tremblante, qui m’a dit au micro : « Au début, votre héros a envie de mourir, mais reprend peu à peu goût à la vie. Qu’est-ce que vous conseilleriez à une jeune qui pense comme lui ? »

Le président Dalida, Bataille et Marx sont dans un avion…

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AVERTISSEMENT : on parle de Georges Bataille (et donc de pratiques sexuelles bizarres).



Alors voila, je suis dans l’avion -un vol de 8 heures- en train de lire COSMOS de Michel Onfray, et je viens de tourner la page 360. Ça parle Droit des animaux, tauromachie, etc, quand je décroche à la description de Georges Bataille se masturbant sur la dépouille de sa mère (vers la page 361, et oui…). Je referme le livre, essaie de dormir, pense à Georges, me réveille, change de position. Pas de bol, je suis tombé sur une voisine pour qui la ligne partant de notre accoudoir au siège devant est une ligne Maginot. Bataille de coudes, je la laisse gagner. Je m’assoupis, pense à Georges, encore lui, à sa maman, pauvre mère. Une hôtesse arrive, allume les lumières : Y aurait-il un médecin, s’il vous plait ? crie-t-elle.

Je me lève, peu sûr de moi (faudra que je vous parle de mon complexe d’imposture, un jour).

« Nous allons garder les plafonniers éteints et faire le moins de bruit possible » , m’avertit l’hôtesse, en écartant les rideaux donnant sur la première classe.

Là, je comprends : pourquoi demander en première classe s’il y a un médecin quand on peut réveiller les 250 gueux de la classe économique ?

<< Il ne faut pas déranger les passagers en classe Madras >> précise-t-elle, et je hoche la tête en songeant combien Marx aurait kiffé cette phrase.

En première, ça roupille sec. Champagne et petits fours. Obscurité et tranquillité. Madame Beauvisage, 82 ans, sur son siège, suante et palpitante. Hyperglycémie. Son mari lui tapote la main en chuchotant « Ça va aller mon amour, ça va aller, mon amour ». J’essaie d’examiner dans le noir et le silence total. Voulant vérifier ses pupilles, je sors mon téléphone sous le regard inquiet de Monsieur Beauvisage, « Ça va aller, mon amour », j’ouvre l’écran, fais glisser le tiret du bas vers le haut, me trompe en voulant appuyer sur l’icône « lampe torche », et là… Parmi TOUTES les musiques, mon iPhone choisit celle-là… il choisit vraiment CELLE-LÀ !

« Ciao amore » , Adieu mon amour.

De Dalida.

Adieu mon amour, quoi !

DALIDA ! (Ne me demandez pas pourquoi j’ai ça dans ma playlist, je ne sais pas – et je nierai tout).

J’essaie d’arrêter la musique, me trompe, verrouille mon écran, refrain, « adieu mon amour » , l’hôtesse sourit comme un robot, les gens se réveillent en maugréant, monsieur Beauvisage tapote et murmure, « Ça va aller mon amour », refrain, « Adieu mon amour », JE souris comme un robot. 

D’habitude, j’aime les synchronicités, elle me font dire que je suis au bon endroit au bon moment de mon existence. Là, j’aurais voulu être partout, mais ailleurs.

Vingt minutes plus tard, je retourne sur mon siège. J’ai laissé Onfray ouvert sur ma tablette, bien en évidence. Georges et l’histoire de sa maman, ça calme.

Je reprends ma lecture « le rapport Kinsey estime à 6 % le nombre d’êtres humains ayant eu un rapport sexuel avec un animal ».

Je lève la tête, regarde les 250 passagers :

Qui ? 

Et avec quoi ?

Sur le coté, ma voisine me sourit et s’écarte : la philosophie est aussi utile qu’un pet dans un ascenseur bondé. 

Le voyage va être long.
PS : en vrai, j’ai peur en avion, et Dalida est le seul truc qui m’apaise. Ça et le lexomil. Surtout le lexomil, d’ailleurs. Dalida le sait bien, elle.

Témoignage, partie 1.

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Il y a quelque semaines j’ai demandé si certain(e)s d’entre vous aviez déjà été discriminé(e)s à cause de votre poids. J’ai reçu environ 1200 témoignages (avalanche, BIMMMMMMM! dans ma face). Ainsi, le dernier jeudi de chaque mois pendant 4 mois, je publierai un post en rapport avec ça, parce que le monde du soin (et le monde tout court) a un problème avec les « gros(ses) ». Pour témoigner, c’est ici

Témoignage :
Elle me dit qu’elle a toujours été plus ou moins en surpoids, parfois cela était gérable, parfois non.
En 1997, elle avait 36 ans, elle était enceinte. Sa première grossesse.

Un grand ponte, spécialiste de l’amniocentèse de la clinique de X. à Paris :

« Merci de ne pas bouger. Déjà pour atteindre le liquide amniotique, avec votre masse de graisse, ça ne va pas être simple… »

Voilà. Le ponte était réputé pour son accouchement sans douleur, mais elle n’avait pas accouché, qu’elle avait déjà mal. Les réputations…

Elle me dit qu’elle n’a pas su quoi répondre : elle était enceinte, sensible. Trop. Au monde, aux autres, à son corps en train de changer. Elle en a versé des torrents de larmes.

Aujourd’hui, à 54 ans, elle vit seule.

« Je mesure 1,70 m pour un quintal. L’horreur… » me dit-elle.

Elle a bien réussi à perdre 30 kilos il y a une dizaine d’années, mais elle a tout repris.

Elle me dit qu’elle a un boulot de merde, qu’elle est graphiste indépendante. Son fils est majeur, elle n’a même plus l’obligation de l’amener à l’école. Elle ne marche plus. Stressée par le travail, elle se lève et se met directement à son ordinateur pour 12 heures d’affilée en moyenne. « Une vie de merde quoi… »

Ce poids la handicape, la peur la handicape, le jugement des autres la handicape. « Comment refaire ma vie ? »

On a beau lui dire qu’elle est belle, ce ne sont que des paroles.

Sa vie amoureuse ressemble au désert de Gobi.

Un jour, elle s’inscrit sur un site, rondetjolie.com.

Une cata.

Les hommes inscrits pensent que sortir avec une « grosse » doit être plus simple et qu’elle devrait s’estimer heureuse que quelqu’un daigne s’adresser à elle, voire même « aller plus loin ».

Bête et méchant.

« Et puis c’est se cataloguer, se mettre dans une case, alors que je suis une personne comme une autre… »

Sur adopteunmec.com, elle tombera sur un type. L’air gentil. Ils décident de se voir et de dîner ensemble. Et bien qu’il n’ait parlé que de lui au restau, il lui demande de l’inviter chez elle. Elle, pensant lui plaire, acceptera.

Après un flirt légèrement poussé, il doit partir.

Le lendemain, elle recevra ce texto :

« J’ai passé une super soirée, mais puis-je te dire quelque chose, si tu me promets que l’on restera amis après, parce que je t’adore ? »

Oui, vas-y… dit-elle.

Sa réponse :

« J’ai été trompé sur la marchandise… »

Elle envoie bouler le type, puis pleure une heure durant, non pas parce qu’il y avait des sentiments ou je ne sais quoi, mais parce qu’elle s’est sentie conne, vraiment conne. Pourtant, elle avait bien mis sa taille et son poids sur son profil… Alors ? Culpabilité d’être ce qu’elle est.

« Diabétique, hyper tension, je fais ce que je peux avec ce que j’ai. Pas évident tous les jours. Pour être sincère, je pense que les hommes – dans la plupart des cas et sans faire de généralités – vous diront toujours que ce qui compte, c’est la personnalité, l’âme, le mental… Mais dans la réalité, c’est le physique. »

Elle me dit que, la cinquante passée pour une femme, c’est plus que « casse-gueule ».

Elle n’y croit plus.

Les « tu as un charme fou, tu es sensuelle, gnagnagna », c’est du vent.

Elle devrait sortir plus, elle sait. S’occuper plus d’elle, elle le sait.

Mais il arrive un moment où l’on ne croit plus en rien.

« Plus rien à foutre de la bêtise crasse de certains hommes. »

En plus de tout cela, me dit-elle, elle s’appelle Aïcha, « genre de prénom à coucher dehors avec le bordel ambiant. »

Mais le moral est là et c’est le principal.

Tenir, c’est déjà tenir bon.

La part des anges.

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(aujourdhui, je relaie l’histoire de JL, collègue infirmier)

Alors voilà… Mme L., une vieille dame adorable, est morte. Avec une infirmière et un collègue élève infirmier nous sommes chargés de faire sa toilette mortuaire ; à 20 ans et sans grande expérience du corps humain, de la mort, et du « corps humain mort », ce n’est vraiment pas facile à assumer, autant dire que nous étions tous les trois pour le moins « tendus » (si tu changes quelques lettres à tendus tu obtiens « complètement désemparés »). Devant la porte de la chambre, une dizaine de personnes, sombres et graves, la famille qui, voisine de l’hôpital, est déjà là… Une pression supplémentaire dont nous nous serions bien passés.

Nous nous enfermons donc avec ce corps froid et blanc, TERRIBLEMENT froid et blanc, et commençons en silence à exécuter notre triste besogne dans un silence morne et solennel. Tout à coup, lors d’une manipulation difficile (la dame pesait vraiment, mais alors vraiment très lourd), le corps émet « un vent » aussi bruyant que malodorant ! Un énorme, énorme pet !

Et là, tout s’accélère …

Nous sommes pris d’un effroyable et inextinguible fou rire, à la hauteur de la tension qui pesait sur nos jeunes épaules et accentué par la présence de la famille derrière la porte, à moins de 5m de nous, ce genre de rire salvateur, qui préserve un peu de l’absurde, tragique et effroyable condition humaine. Très vite, l’infirmière, les deux mains crispée sur le bas-ventre, sent que sa vessie va lâchement l’abandonner. Vite, vite ! Elle doit sortir, les mains plaquées sur le visage et le corps secoué de spasmes ! Et se précipiter vers les toilettes devant la famille interloquée !
Après de longues minutes de récupération, nous terminons enfin notre travail et faisons entrer la famille, qui remarque nos yeux rougis et larmoyants mais ne fait pas de commentaire.

Deux jours plus tard, nous sommes tous les trois convoqués chez l’infirmière générale qui, à l’époque et pour nous, était une sorte de « Dieu le père » en blouse blanche. Nous nous doutons bien qu’il y a un rapport avec cet incident et c’est avec anxiété que nous pénétrons dans son bureau. Avec cérémonie, elle entreprend de nous lire une longue lettre de la fille de cette patiente décédée : une véritable déclaration d’amour et de reconnaissance à notre égard, intarissable sur nos qualités d’empathie et de compassion ; << …combien nous avons tous été particulièrement émus par les sanglots de l’infirmière et les larmes voilées des infirmiers ! Pour ça, merci. Merci infiniment. >> signait la fille de Mme L.

Lorsque, après les félicitations d’usage de la part de « Dieu le Père », nous sortons de ce bureau, le même fou rire nous reprend et, cette fois-ci, je crois que l’infirmière n’a pas le temps d’arriver aux toilettes…

——–

Note : Je viens de recevoir le très beau Prix Méditerranée des Lycéens pour mon deuxième roman ! 65 lycées, 2100 lycéens qui choisissent parmi 5 finalistes. Et ils ont choisi « Alors vous ne serez plus jamais triste », aux éditions Fayard. Ce qui est génial, avec les lycéens, c’est qu’ils ne trichent pas : s’ils n’aiment pas ton livre, ils ne te choisissent pas. Je voudrais les remercier eux, ainsi que le comité d’organisation (imaginez distribuer 5 romans à 2500 lycéens dans 65 lycées…)

Et merci à André…

Dédicaces en Martinique. 

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Photo : navette spatiale quittant la Terre. Ça fait relativiser les soucis quotidiens. 

Je serai samedi, de 10 h à 16 h, à la librairie Kazabulle au 135-137 rue Lamartine à Fort de France. Hâte de rencontrer mes lecteurs Martiniquais. Bonne journée à tous :)

Baptiste.
PS : je supprimerai ce message, mais cela s’est décidé en urgence et je voulais avertir les lecteurs qui name suivent pas sur Facebook. 

Une (banale) histoire de maltraitance(S).

Texte envoyé par une patiente (j’ai laissé tel quel). Je relaie ce texte de femme, car nous sommes tous concernés. Tous. La maltraitance médicale, c’est ça. Il faudrait que TOUS les étudiants dans les métiers du soin lisent ça. À partager. Nous traitons avec des âmes qui ont un corps, pas avec des corps sans âmes. 
Merci à C. (je n’ai pas mis de photos, parce que j’ai pas de mots devant ce qu’elle raconte…)

Alors voilà, c’est l’histoire d’une naissance et d’une séquelle, c’est l’histoire d’un corps, et des regards que l’on porte dessus, c’est l’histoire de mots que l’on entend pas, c’est l’histoire d’un homme et de femmes…

Ce 24 Mars 20xx, j’ai accouché d’un beau petit gars, 3,980 kgs…. Primipare, désir d’accouchement naturel, l’emmerdeuse au projet de naissance, pas vraiment soutenue, qui, après s’être rendue à la maternité a 1h du matin et errée dans les couloirs de la maternité pendant plusieurs heures sous les regards « rigolards » du personnel qui me disait, « alors, toujours pas de péri ?» , ben si… Une naissance belle, simple par rapport à tant d’autres (même si baisse de tension et hémorragie), mais un sentiment amer d’une dépossession de soi, de ce moment.. Je ne voulais pas d’épisio, je sais, c’est con, ça pourrait se déchirer, jusqu’à l’anus, jusqu’au périné…. Mais j’en voulais pas… on m’ a pourtant coupée, sans m’avertir, sans me demander, sans m’en parler… il m’a coupée comme un découpe un bout de steack à l’heure du déjeuner…. Cette épisio a eu du mal à cicatriser, des douleurs, des oedèmes, lorsque je m’en plaignais pendant les soins à la maternité, les aides soignantes me disait de ne pas faire ma « chochotte »…. Souffre, mais fais-le en silence s’il te plait… déni de mon corps, déni de ma douleur… douleur pour uriner, l’horreur d’imaginer aller à la selle pour la première fois depuis ce changement de corps..un interne a cependant compris, m’a donné une poche de glace à appliquer, pour le diminuer, ce satané oedème… j’avais une trompe d’éléphant gelée entre les cuisses, mais j’avais un beau bébé en bonne santé contre mon sein…

Une sortie de mater, s’asseoir à la maison sur une bouée, c’est marrant la bouée quand on a 26 ans et qu’on sait nager… ça tire pourtant, ça brule, ça gène… Mais bon, il paraît que c’est normal, et puis j’ai pas de quoi me plaindre, j’ai un enfant en bonne santé !

Rendez-vous quelques semaines plus tard avec le gynéco. Contrôle de l’épisiotimie :

<< – Douleur ?

– Oui.

– Ça va passer ! L’oedeme s’est bien resorbé, La cicatrice est belle, peut etre un peu serrée, mais ca va aller. >>

Première étreinte, parce que, même si on est devenu papa et maman, une fois que tout redevient un peu normal, on a envie de se retrouver, et puis, malgrè tout, on reste humain… La pénétration est douloureuse, dès les premiers mouvements, elle s’emplifie, terrible, inonde mon corps entier d’une douleur indescriptible… Culpabilité, serrer les dents, ne pas crier… faire un effort, il paraît que c’est normal la première fois après une épisio, un peu comme un nouveau dépucelage ? Mais mon mari, c’est pas un rapide, il veut faire les choses bien, lentement, il prend son temps, moi, je rêve que ça s’arrête, m’agrippe aux oreillers… il prend ça pour du plaisir, mon mâle. Et soudain, les larmes coulent, je ne peux pas, je m’écarte, lui demande pardon, pardon de ne plus être celle qu’il aimait, pardon de ne plus pouvoir partager ce plaisir…

Nous retenterons à plusieurs reprises, mais la douleur est toujours aussi intense, aussi envahissante, aussi déchirante… Quelques semaines plus tard, je revois l’obstétrictien qui m’a recousue, je lui fais part de mon malaise, de ma douleur… il dédramatise, et me dit, « Vous inquiétez pas, on reprendra cette épisio a votre prochain accouchement ! » Mais mon grand , tu n’as pas compris ! Je ne m’appelle pas Marie, et pour accoucher, ben faut faire un bébé et ça ne se fait pas par le nombril !

À plusieurs reprises dans les mois qui suivent, je reviens dans ce petit hopital où je ne suis pas écoutée… jusqu’au jour ou, par un beau mois de mai, une interne m’examine, et lorque je lui parle de mes douleurs, de mon absence forcée de vie sexuelle, de ce sentiment de honte… se met à regarder d’un peu plus près… et appelle ce fameux obstétricien, mon grand boucher…. Après une discussion -à laquelle je ne suis pas conviée- il m’indique qu’il va m’opérer, « reprendre l’épisio », qu’il me dit…

Ce matin-là, en juin, soit un an et 3 mois après la naissance de mon fils, je rentre à l’hopital en gynécologie… douche de bétadine, charlotte sur la tête, brancard, nue sous ma blouse…. Salle d’opération… Ça doit se dérouler sous anesthésie locale… L’équipe se prépare, je suis là, installée, pattes écartées, les gens s’affairent autour de moi, ça papote, ça rigole aussi…Moi je suis terrifiée… Il entre ,mon boucher, il entre, et sort sûrement d’une opération, enfin, je le suppose, et peut-être au fond de moi, l’espère, car il est là, à tourner dans cette salle, torse nu, torse poilu, et moi pattes écartées, avec mon sexe exposé…. Il est là et je ne peux plus l’écouter, je me renferme dans ma bulle, je vois ses poils et je voudrai juste m’enfuir.. il met une blouse et s’installe….. entre mes cuisses…. Une femme s’approche de moi, me parle. A-t-elle compris mon angoisse ?…. Elle s’asseoit à mes cotés, me prend la main, je m’excuse doucement…. Je demande à l’homme au ciseau ce qu’il fait… Besoin de me rassurer, de savoir, de comprendre, « va t’il recouper au même endroit ? Comment cela se passe ? Est-ce qu’il comprend pourquoi j’avais mal ?» il me demande de me taire, de le laisser travailler, que je l’embête avec mes questions sans arrêt… je serre un peu plus fort la main qui me tient, la serre à la broyer, et pleure, doucement, tout en m’excusant, doucement… à cette femme qui est à mes cotés.. elle me sourit, essuie les larmes qui ruissellent… Condamnée au silence, je ne peux que pleurer…. Je ne mesure pas le temps, juste ce sentiment de dépossession, encore…. Ce sentiment d’un corps objet, ce sentiment du regard d’homme sur mon corps meutri… Il a fini, il semble fier de lui… et s’en va… je suis rentrée, ai retrouvée ma copine la bouée… Mais une épisio, sans nouveau-né, ça fait pas trop dans les clichés…. Les gens ne comprennent pas forcément, et on a pas non plus envie d’en parler, hein…

Je n’ai jamais pu savoir pourquoi cette épisiotomie avait dû être reprise… je n’ai jamais compris les mots qu’avaient utilisés cette jeune interne pour faire comprendre mon mal, pourquoi….

Depuis, j’ai eu un autre enfant, une poupette, née en 2009…dans un autre hopital…. Toujours l’emmerdeuse au projet de naissance…. Aux premières contractions, un souhait de ne pas me presser, d’attendre le dernier moment, de profiter du calme de ma maison, de me respecter… un bain, un bon livre, mon ballon d’accouchement, des chansons, de la musique, le calme d’une nuit de novembre au coin du feu…Une arrivée tardive à la mater, à 7 doigts ! Une sage femme à l’écoute, encourageante, et respectueuse…. Une poupette arrivée 1h après avoir passée la porte de la maternité, sans péri, mais… coupée…..

Alors voilà, 3 épisiotomies et deux enfants… une douleur dans les chairs que je porterai toute ma vie… Des séances d’osthéopathie ont un peu amélioré, mais la zone reste très sensible… Mais je n’en parlerai plus…. Car la douleur est à présent intériorisée… on sert toujours un peu les dents au moment des rapports… l’alcool aide aussi, permet de s’évader et de mieux se détendre… ben oui, une épisio peut nous mener la… C’est con, je trouve, mais voila….