La Tendresse.

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L’histoire c’est C., l’écriture c’est moi. Merci miss ! Pour raconter, écrivez ICI

Pour les aides-soignant(e)s et les infirmièr(e)s, qui font un travail que personne d’autre ne pourrait faire. Big up, les copains !

Mme F ne parle pas. Elle ne suit pas du regard. Elle ne mange pas. Elle n’a pas l’air d’avoir mal. Quand Mme C. la voit la 1ère fois, elle se demande ce qu’on fera d’elle à l’hôpital.

Mme F a l’air d’avoir tout abandonné. Elle se laisse manipuler pendant les toilettes, sans jamais rien dire, la démence a gagné. Mme F. a des chiffons à la place des muscles, elle n’est plus grand-chose, une poupée, des yeux vides, un menton affaissé, une bouche ouverte qui se tait, un objet de chair qui jadis a parlé. << Tout est fini, se dit Mme C.>>

*

Mme C. est aide-soignante. Elle aime son métier, les gens, la vie tout ça tout ça.

Aujourd’hui Mme C. maintient Mme F. sur le côté, pendant que l’infirmière procède à la toilette de son dos et à la réfection du pansement d’escarre (malheureusement les tissus nécrosés et la fibrine dégagent une odeur abominable, il faut respirer par la bouche le temps de faire le soin, mais ça on l’apprend très tôt, devenir soignant c’est apprendre à respirer la bouche ouverte, c’est devenir un poisson hors de l’eau).

*

Tout à coup, sans prévenir (pourquoi?, personne ne sait, c’est la vie), Mme F. attrape le bras de Mme C.

*

Dans sa tête, C. espère qu’elle ne lui enfoncera pas ses ongles trop fort, parce que ça lui est déjà arrivé : c’est une spécialité des personnes âgées démentes de griffer avec leurs ongles juste après les avoir fourrés dans leurs couches. Oui, c’est vrai, ce n’est pas sale, mais c’est la vie, et c’est surtout celle de l’hôpital : les odeurs, les couches, les selles, parfois les cris et les griffures. Mme C. le sait : elle connait le job, elle connait les Hommes.

*

« Ne me griffe pas, Mme F., s’il te plaît, ne me griffe pas » pense très fort Mme C.

*

Au lieu de ça, Mme F. referme sa main délicatement sur l’avant bras de l’aide soignante, et là, comme ça, sans prévenir, elle se met à la caresser tout doucement, comme une plume qui va sur la peau, une plume qui effleure et dirait des choses lointaines et belles, des choses que Mme F. a laissées dans un coin de mémoire, dans un coin du passé. Ça parle de Tendresse et ça en parle jusqu’à ce que l’infirmière et Mme C. finissent son pansement.

*

Mme C. m’écrit :

« Je sais pas si c’est l’ocytocine, si c’est le manque de mon mec que je n’ai pas vu depuis 3 mois, ou si c’est simplement ma fibre humaine qu’elle a réveillée par ce simple geste, toujours est-il que j’ai éprouvé à ce moment un grand bonheur.

Elle m’a tellement touchée cette patiente, elle m’a apporté ce qui me manquait depuis des semaines. Je me demandais à quoi ça servait de garder en vie une patiente qui ne s’alimente plus, ne parle plus, ne bouge plus, ne (semble-t-il) pense plus. Finalement ça m’a fait réfléchir : y a pas que la raison ou le langage qui justifient la vie, il y a aussi ça, le non verbal, la chair, le toucher… Quelque chose s’est passé dans ma tête et dans mon corps, au contact de cette patiente. En fait ce qui m’a semblé fou, c’est que sans le vouloir, cette patiente m’a fait du bien. Et ça, Baptiste, c’est un peu le monde à l’envers… »

Non, non, Mme C., « Et ça », Mme C., cela s’appelle la Tendresse. Notez la majuscule, Elle est importante. Je veux dire, elle est vraiment importante. En ce début d’année, elle l’est même plus que jamais. Soyons tendres.

C’est dur, mais y a pire (Partie II)

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(Suite)

–Je l’appellerai et je me plaindrai, m’a répondu le patient en tremblant de rage.

–Je l’appellerai avant, j’ai son numéro personnel. Et croyez-moi, vous aurez de la chance s’il vous veut encore comme patient.

Je sais, c’était dur, mais mon cerveau reptilien a parlé, j’étais en mode « Jurassik Park ». Le patient a décampé, furibard, en renversant le pot de géraniums de l’entrée (ça aussi j’aime pas… Mais alors vraiment pas…). Je me suis retrouvé dans le cabinet, seul comme un con. J’avais tellement envie de paix, j’avais l’impression d’être miss France. 

Pendant quelques jours je me suis demandé pourquoi j’avais réagi si vivement, et pendant quelques jours je me suis mis à détester « tous les patients du monde ». Puis j’ai croisé madame J. au marché. Madame J., c’est la patiente qui était juste avant le grand monsieur furibard, celle à cause de qui j’ai eu 10 minutes de retard. « Merci de m’avoir écouté, a-t-elle dit les bras chargés de choux romanesco et de bananes, je vais obtenir l’agrément pour mon nouveau projet professionnel et j’arrête bientôt les médicaments… » Madame J. souffre du mal du siècle : la dépression.

Putain de métier, me suis-je dit dans mon lit ce soir-là en repliant la couette sur moi.

Oui, putain de métier. Enfin, ça pourrait être pire, je pourrais être branleur de dindons*, goûteur d’eau, voix de la SNCF, sexeur de poussins ou fendeur de porcs. Ou pire : moniteur d’auto-école ! (ça j’aime pas… Mais alors vraiment pas… J’ai du m’y reprendre 4 fois avant de décrocher mon permis…). 

Bref, ça a fait son travail dans la nuit : je vais continuer la médecine générale. Quand j’en aurai trop marre des hommes, c’est décidé, je me ferai vétérinaire (même si je suis un peu beaucoup allergique aux poils de chats et que j’ai un peu beaucoup une peur bleue des chiens, je sens que ce métier est potentiellement fait pour moi…). Et le jour où les animaux auront des montres, des horaires et des remarques acerbes dans leurs vocabulaires, je me ferai branleur de dindons*, fendeur de porcs ou goûteur d’eau. Ça va, m’est avis que j’ai de la marge ! En attendant, je vais continuer à prendre mon temps avec les Madames J. 

*Minute infos, pour ceux qui cherchent un emploi original et qu’on ne leur volera pas : « Dans certaines exploitations avicoles, l’une des tâches à accomplir est de masturber les dindons. En effet, ces animaux sont tellement engraissés qu’en cas d’accouplement, le poids du mâle écraserait la femelle. C’est pourquoi, au moment de la période de reproduction, des personnes doivent se charger de « flatter » le dindon pour récupérer le sperme qui sera réinjecté par la suite dans la dinde. » Voilà, ne me remerciez pas…

Nota : un célèbre animateur de radio d’origine grecque s’est glissé dans ce post, saurez-vous le découvrir ?

C’est dur, mais y a pire (PARTIE 1)

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Nouvelles dates de dédicaces ICI !

Alors voilà, il y a quelques temps, j’ai balancé sans réfléchir : « Basta la médecine générale, je retourne à l’hôpital ». C’était juste après l’agression, que je raconte ici. J’avais le cœur plein de doutes et un ventre vide, il m’aurait fallu plus de courage dans le premier et un peu moins de peur dans le deuxième. (Je vous avoue que je tressaille quand une porte claque. Je vous avoue aussi que quelque chose de moche s’est imprimé dans mon crâne, un foutu petit diable qui danse sur ma langue, et laisse un petit goût amer de défaite…) L’autre jour, au cabinet, un grand type s’est plaint : vous comprenez j’avais 10 minutes de retard… 10 minutes… Pour cela il a refusé de me serrer la main (ça j’aime pas… Mais alors vraiment pas…) et il m’a délivré deux/trois remarques acerbes (ça aussi j’aime pas…). Peut-être que s’il avait été moins grand, moins barbu, moins excité, moins « comme l’autre« , j’aurais mis de l’eau dans mon vin. Là, j’ai juste posé mon stéthoscope, griffonné le numéro d’un confrère, puis ouvert la porte.

–Sortez.

–Pardon ? a dit le type.

–Sortez de mon cabinet. Je ne veux plus vous voir, je ne tolère pas le manque de respect.

Il s’est levé, furieux, a fait remarquer que ce n’était pas MON cabinet, mais celui du médecin que je remplace.

–C’est très juste ce que vous dites, ai-je relevé très calmement. D’ailleurs, il me remerciera sûrement de vous avoir flanqué dehors.

–Je l’appellerai et je me plaindrai, m’a répondu le 

LA SUITE LA SEMAINE PROCHAINE ! (Ou avant si je touche terre !)

La jeune fille qui n’était pas écoutée.

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Nota : dates de dédicaces, ICI.

Alors Voila, j’ai une jeune patiente, au look gothique, qui veut écrire des livres. De l’imagination, elle en a. Du talent, aussi. Elle a surtout beaucoup, beaucoup, mais alors beaucoup de problèmes d’intégration à l’école. Pour tout dire, je dois bien vous avouer qu’elle me fait parfois un peu peur.

- Chacun a sa recette pour écrire un livre, me dit-elle avec un ton expert. Moi, j’écris la première version de l’histoire, c’est le moment le plus facile parce que je dis la vérité.

- La vérité ? je demande. 

- Ce qui est triste.

- Ah. Et après ?

- Je mens.

- C’est-à-dire ?

- Je rajoute des trucs beaux et joyeux. Alors j’obtiens la deuxième version de l’histoire, celle qui est acceptable.

Je réfléchis à ce qu’elle vient de dire, je ne sais pas si c’est la chose la plus triste ou la plus vraie que j’ai jamais entendue sur le monde et sur les hommes. Elle a des yeux très noirs, peut-être qu’elle voit le monde de la même couleur, peut-être qu’elle a raison…

Ensuite, elle me dit que c’est nécessaire, car la première version ne se vendrait pas en l’état. Elle a déjà fait tout un tas de pronostics sur comment vendre son livre, comment s’en sortir dans le milieu très difficile de l’édition. C’est ainsi qu’elle a écrit un livre ou elle raconte comment une jeune nonne se réveille un matin et se met à pondre des oeufs.

- Ça va marcher, c’est sûr !

Mademoiselle est en opposition avec ses parents, l’autorité, l’école, Dieu, les constructeurs de barrages, le monde entier, avec le système, etc. Je crois qu’elle n’a pas beaucoup d’amis. Je crois, aussi, que c’est pour ça que je l’aime bien. Parce qu’elle est seule, et parce qu’elle écrit. Elle écrit parce que les gens n’écoutent pas ce qu’elle a à dire.

Là, elle est en train d’écrire un deuxième livre, sur l’histoire d’un homme qui nait avec une deuxième tête greffée à l’arrière du crâne. L’histoire se finit de la manière suivante : un soir, contrairement à l’usage, l’homme s’endort sur le dos et manque d’étouffer son double, la deuxième tête. Alors il passe devant des juges, qui le condamnent à mort pour tentative de meurtre.

- Les juges sont très bêtes, ils le font décapiter.

- Et le double ?

- Avec son frère. (elle se barre la gorge avec l’index) à la poubelle. Alors, on condamne les juges pour négligence. On les décapite aussi.

Finalement, on décapite tout le monde et il ne reste plus personne. 

- Ce sera un livre très drôle ! ajoute-t-elle d’un ton enjoué.

C’est ma patiente. Ma jeune patiente. Elle est compliquée. Mais je l’aime bien, j’espère que j’arriverai à l’aider. Elle pense beaucoup à la mort. Elle lui a même dit bonjour deux/trois fois. Oui, j’espère que j’arriverai à l’aider. 

L’humain, c’est compliqué. Je veux dire, l’être humain est vraiment compliqué.

MA PART.

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Alors voilà, je me méfie beaucoup des enfants. Ce sont des adultes en pire (ou alors les adultes sont des enfants en mieux, c’est selon…). Ça court, ça crie, c’est souvent sale, ça nécessite toujours une part d’attention harassante…
J’étais pas très très chaud et puis… Et puis j’ai vu ce qu’ils font, ce que « c’est ». Cet orphelinat, à Pondicherry, c’est :
– Quatre grands bâtiments. Le dernier, ou YOUTH HOME, doit son terrain et sa construction au financement intégral de l’association Enfant des rues de Pondicherry

-Des cours de musique (par exemple, les enfants ont accès au « vennaï », un instrument ordinairement réservé aux Brahmanes. Pourtant, ces gamins, ce sont des hors castes, autrement dit des petits riens… La musique, le chant, le « vennaï », c’est important pour eux, ça leur dit cette vérité toute simple : « VOUS ÊTES IMPORTANTS ! » (là, essayez de visualiser une belle blonde qui lève le pouce en souriant, comme dans les vieilles pub pour les Mentos…)
– 135 gars
– 60 filles
J’ai vu un enfant : un jour, son père est parti bosser à Bombay. Il a vu des prostituées là-bas, quand il est rentré, il a refilé le VIH à son épouse enceinte. Ensuite, le bébé meurt, le père meurt, la mère meurt. Voilà, en quelques mots, pour faire court et évacuer le mélodrame. Maintenant, il vit ici, où pour lui donner vêtements + toit + lit + nourriture on a besoin de 100 roupies par jours, soit un euros quarante, soit 1/7 du prix d’un paquet de cigarette en France… Je dis ça, je dis rien…
Cet orphelinat, c’est aussi :
– 1200 kilo de riz par mois (mais je vous rassure, ils ne mangent pas que ça !),
– Un tailleur à temps plein (c’est lui qui est le plus occupé : rapiécer, rapiécer, rapiécer… le syndrome du canal carpien, il connaît pas…)
– Une cuisinière à temps plein (une sorte de Mamie Nova en sari au regard doux et aux dents rouges sang à cause du bétel chiqué), mais certains repas sont livrés gratuitement grâce à des sponsors car elle n’arrive plus à tout assurer seule…
– Une prière au début de chaque repas, mais plus un remerciement pour ce qu’ils ont dans l’assiette et au dessus de la tête qu’autre chose. Ici, c’est non confessionnel, pas de cours religieux, pas de prosélytisme… Il y a, cependant, une bible, un coran et des textes hindous si les enfants tiennent absolument à mal tourner (#roi-de-l’-humour…)
C’est un des seuls orphelinats où les garçons et les filles restent jusqu’à trouver une situation personnelle stable. (Cours journalier de couture, céramique et esthéticienne pour les filles, par exemple.)
3 repas par jour. On ne parle pas pendant le repas, on peut se resservir, mais il faut finir son assiette. C’est la règle (je pense faire pareil à la maison avec mes gosses plus tard).
L’orphelinat des filles est géré par des femmes (ainsi qu’un chien « acariâtre » et un agent de sécurité)
Le but étant d’intervenir en amont de la rue (et du trottoir…)
Celui des gars est géré par des hommes.
Deux grands dortoirs, 2 enfants par lit, des lits jumeaux uniquement (donc 4 enfant par lits jumeaux). 135 gars, plus 50 filles, je vous laisse faire le calcul du nombre de lits total, j’ai eu 10/20 en math au bac et, en me relisant, je comprends pas trop ce que j’ai fait avec les chiffres…
Il y a encore :
– Une aire de jeux,
– Un atelier de soudure, d’électricité, de menuiserie, de reliure,
– Plusieurs salles de classe,
– Des cours de danse et de chants carbatiques (la musique de la Lady-gaga hindoue du 16-ieme siècle ou un truc comme ça).
Bien sûr, le clou de la visite, ce qui réchauffe le cœur, ce qui emporté définitivement l’adhésion, c’est le tip-top du luxe : une machine à pop corn et à barbe à papa quand c’est la fête.
Aussi, chaque enfant a un oiseau dont il s’occupe. Certaines femelles pondent alors il faut s’occuper des bébés.
 » À cet égard, dit mon guide, on retrouve chez certains enfants le même comportement que chez les adultes.
– C’est à dire ?
– Ils ne s’en occupent pas. Ils les abandonnent.  »
Quand je vous disais que les enfants sont des adultes en pire !
J’ai aussi eu la chance de visiter deux autres associations, et qui m’ont l’air très sérieuses quand à l’utilisation des fonds étrangers investis (comptabilité contrôlée par l’état et un autre label indépendant dont j’ai encore une fois oublié l’acronyme…).
Ainsi, j’ai visité la Satya Special School, une école créée en 2003 par deux personnes :
1/ une femme motivée et admirable, elle s’appelle Chitra Shah, et s’est engagée dans cette colossale entreprise parce que « je suis une maman » ce qui me paraît une excellente raison (quand elle a décidé quelque chose, elle le fait; ce qui ne l’empêche pas d’être méga-bienveillante, genre « Je change les choses en mieux, doucement, mais sûrement… Et je sais aussi distribuer des salades de doigts dans la gueule quand il faut ! »);
2/un psychiatre, que je n’ai pas vu… Je ne sais donc pas pourquoi il fait ça, mais peut-être que c’est « parce que je suis un papa », ce qui, là encore, me paraîtrait être une raison suffisante…
Ils sont partis de rien, en sillonnant les villages, puis ils se sont dotés d’une petite ambulance, sorte de centre de soin volant.
10 ans après, ils s’occupent d’environ 600 enfants malades. Voila.
L’école fonctionne sur des volontaires (des européens, par exemple… qui travaillent dans le milieu dans la santé, par exemple… vous sentez venir le truc ? non ?…) mais aussi au moyen de 115 employés. Ils s’occupent de patients souffrants de trisomie 21, de victimes d’abus en tout genres, anoxie fœtale, anoxie à la naissance, épileptiques sévères, infirmité motrice cérébrale…
Tout ce que je peux dire, c’est qu’il est difficile de s’imaginer qu’ils aient pu être des enfants des rues, livrés à eux-même. Là-bas, les enfants sont heureux. Je le sais : je l’ai vu.
(Cette dernière phrase est importante, je vous demande donc de la relire deux fois…)
[…1…2…]
Bref, j’étais parti dans l’optique de faire retaper un dispensaire où j’avais déjà promené mon stéthoscope y a 4 ans et d’en faire un lieu d’accueil pour femmes de la rue. Je préfère aider ces orphelinats, parce que c’est plus « concret », le résultat est immédiat et assuré. Là-bas, j’ai observé des hommes et des femmes admirables faire des choses admirables. Je les aiderai donc en utilisant ce que vos achats « d’Alors Voilà » m’ont rapporté, de manière équitable entre les différents centres, sur une période s’étalant entre maintenant et huit ans, plus si je gagne plus avec le deuxième livre… Je reviendrai aussi; c’est mon cinquième voyage ici, y a pas de raison qu’il n’y en ait pas de sixième (sauf si je meurs dans d’atroces souffrances). Je vais aussi vous mettre à contributions. Beaucoup de professions médicales/para-médicales me lisent, y a pas de raisons qu’ils participent pas un peu !
Donc je vous laisse aller voir leurs sites, tout est expliqué là-bas (et j’ai trop de boulot pour servir d’intermédiaire !) Chaque site a une page CONTACT. Si possible, écrivez-leur en anglais. Ils répondent, ils sont gentils et ils bossent durs pour les gosses..
Le premier orphelinat que j’ai visité :

http://www.enfantsruespondichery.org

Pour ceux qui veulent aider financièrement (25€ par mois par enfant), en parrainant un enfant :

http://www.volontariat-inde.org/-Accueil-.html

C’est un deuxième centre aussi top que le premier (vous pouvez aussi aider le premier, bien sûr…) mais où les enfants ne sont pas orphelins. Leurs parents sont là, mais trop pauvres pour assurer couverts+école. On s’occupe aussi des personnes âgées. Malheureusement, les étrangers donnent de l’argent pour les enfants, pas pour les « vieux ». Malheureusement… Ma contribution dans ce centre ira donc essentiellement pour elles, les personnes âgées (et puis ça va quoi, les gosses y en a marre !!!).

Enfin, pour ceux qui veulent mettre la main à la pâte, en allant sur place (essentiellement, on a besoin de kinés, ostéo, aide-soignant, « physiotherapistes », infirmier, médecin… Ou tout simplement quelqu’un de motivé et qui n’est pas effrayé à l’idée de côtoyer des pathologies psychiatriques lourdes.) :

http://enfantsruespondichery.over-blog.org/pages/SATYA_SPECIAL_SCHOOL-1518088.html

Il faut voir directement avec eux. Je les ai rencontrés, je leur ai expliqué ce que je souhaitais faire, les fonds qui étaient les miens, et que certains de mes lecteurs seraient peut-être intéressés (n’est ce pas ? Hein ? Ne me faites pas mentir…)

Les photos (ça parle plus que des mots…) sont disponibles sur mon FACEBOOK.

Enfin, pour évacuer la question du pourquoi (qu’est-ce que j’évacue aujourd’hui !), je précise que je ne fais pas ça par humanisme, car je ne crois pas que l’humain doivent/méritent d’être sauvé (oui, je suis un cynique refoulé). Je ne le fais pas plus par soucis « humanitaire ». Je me méfie de l’humanitaire, et de ses motivations. Enfin, je ne crois pas qu’il y ait un paradis ou un enfer, je ne fais donc pas ça pour gagner l’un en fuyant l’autre.
Je fais ça car je suis comme le colibri dans cette histoire, avec le feu et la forêt.
Je fais ma part.
Point final.

Bises à tous !

PS : ma nouvelle inédite et gratuite est disponible ICI. Et rendez-vous dans les librairies pour des rencontres (dates ici)… D’ailleurs j’ai décidé d’être le premier auteur à instaurer le premier système de « dédicaçomancie ». Principe : une boîte, 20 papiers, une prédiction sur chaque papier, pendant que je signe, vous piochez, vous repartez avec votre livre et une prédiction pour 2015 ! Faut innover !
PS : l’un des 20 papiers comprendra la mention « syphilis torpide », histoire de se marrer !

Un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire, lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! »

Et le colibri lui répondit : « Je le sais, mais je fais ma part. »

Pensée magique, anthropologie et rougissement de jeunes filles.

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L’histoire c’est Dr M., l’écriture c’est moi. Merci ! Si vous souhaitez raconter, c’est ICI

Alors voilà, aujourd’hui, Bibi vous fait remonter le temps… 2010…2000…1990…1980… fin des années 70, le docteur M. est jeune remplaçant dans une petite ville…
Peu de monde en salle d’attente, effet concret de ce qu’on appelle entre nous « l’effet remplaçant » : J’ai tellement tellement mal !.. Je dois ABSOLUMENT aller chez mon médecin ! Quoi, vous aussi vous attendez ? Quoi ? C’est pas le docteur X., c’est le médecin remplaçant ? Celui qui n’a pas de lunettes et qui écrit bien ? Le jeune ? Ah… Je repasserai mourir demain dans ce cas…

(Croyez-moi, même 50 ans après, c’est toujours pareil, et pareillement vexant…)

Malgré tout, Docteur M. était bien occupé… Les consultations s’enchaînaient en flux tendu, quand ce fut enfin au tour de Miss Betty Boop. Impossible de la rater : un vrai bonbon pour les yeux… petite, accorte, maquillée (trop ?), une coupe à la Jessica Rabbit. Belle, rousse, et jolie.
Docteur M. l’a fait entrer, puis s’asseoir.
– Bonjour.
– Bonjour.
– Vous ?.. a commencé M.
Elle a penché la tête sur le côté, a rougi. Timide ou mutine ?
– Je viens… pour… un renouvellement de pilule.
Après les questions d’usage et les examens habituels à cette époque, M. lui a fait l’ordonnance et la lui a tendue. Mais son air inquiet l’a interpellé.
– Ça va ?
-Docteur, puis-je vous poser une question ?
-Mais bien sûr, mademoiselle.
(On parlait un peu comme des robots, à l’époque… On parlait en noir et fer-blanc)
– Ce n’est pas pour moi, a-t-elle dit en rougissant de plus belle, mais pour ma soeur… elle prend la même pilule que moi, et… son mari est parti en déplacement depuis quelque temps et… (Son visage était franchement cramoisi maintenant, elle s’inquiétait vraiment beaucoup pour sa sœur)… elle a fait la connaissance d’un autre homme… Je, enfin elle, ma soeur, est très inquiète, et…
– … Et ?.. l’a encouragé Docteur M.
Réponse véridique (et magnifique quand on a un master d’anthropologie comme Bibi !) de la patiente :
– Et ils ont fait l’amour 5 fois dans la nuit, alors je voulais savoir : pensez-vous que cette pilule est assez forte pour ça ?
[…Je vous laisse apprécier la beauté anthropologique de cette question… Pensée magique, quand tu nous tiens ! ]
– Vous savez, lui a répondu Docteur M., il n’y a pas de pilule forte ou pas forte… Ne vous en faites pas… enfin que votre soeur ne se fasse pas de souci.
Elle est partie comme elle était venue. Belle, rousse, et jolie.

On ne peut vraiment rien contre l’amour fraternel, je veux dire : on ne peut VRAIMENT rien contre l’amour fraternel !..

Dates de dédicaces, ICI.

Erreur :(

Salut à tous, je suis en Inde et ceux qui me suivent sur Facebook ont pu constater que j’éprouvais quelques difficultés à poster (un euphémisme !)
Je posterai donc dès que j’y arrive ! En gros j’ai pas mis à jour mon IOS et WordPress me le fait payer en refusant mon presse-papier électronique (capish ?)
Prenez soin de vous,
B

PS : dates de dédicaces ICI

VROUM-VROUM-VROUM

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Alors voilà, caserne du SAMU on attendait de partir en intervention.
Dans la caserne, deux sonneries peuvent retentir :
– une pour les sorties en voiture,
– une pour l’HELICOPTERE.
Toute la journée, j’ai attendu et répété : « je veux voler, je veux voler, je veux voler ».
21 heures, en hiver.
« Je veux voler, je veux voler, je veux voler ».
Ça a sonné.
Hélicoptère.
Et nous sommes partis, aigle métallique vrombissant dans le drap de la nuit.
[…]
Hélicoptère : Vroum-Vroum-Vroum-Vroum.
Moi : je vole, vole, je vole !
Infirmière du SAMU : Calme-toi !
Moi : Mais je vole !
Infirmière : Cal-me-toi, O-K ?
Moi : Ok… puis, chuchotant : je vole, je vole, je vole…
[…]
Il y avait ces routes, chenilles jetées des mains d’un diamantaire géant dans un geste parfait, une coulure immense de strass et de paillettes.
Qui a fait ça ? Un géant ? Non, les hommes. Oui, nous ! Oui, voilà ce que les hommes ont fait et que la nuit révèle : des coulées d’émeraudes, de jaspes et de rubis.
[…]
Radio : Pompiers-Rapport préliminaire-Accident de la voie publique-Traumatisme crânien-Perte de connaissance-Incarcération dans le véhicule-46 ans-Femme.
Hélicoptère : Vroum-Vroum-Vroum-Vroum.
Moi : je vole, je vole, je vole.
Infirmière : CALME-TOI…
[…]
Nous volions sur ces mers, vers la femme accidento-via-publiquisée, incarcéro-véhiculisée et traumatismo-cranialisée, nous volions et au sol les lieux piquetaient leurs chemises en velours de nouvelles couleurs. Ambre, jade, topaze, lapis-lazulis…
Bien sûr, il y avait cette malade, loin, là-bas. Bien sûr, je ne l’oubliais pas. D’ailleurs, on allait la sauver, revenir au réel. Et le réel serait ? Une femme coincée dans une boite métallique qui saigne dans son crâne. Je n’oubliais pas… Je n’oubliais rien, je m’évadais un peu…
[…]
Moi : je vole, je vole, femme-métal-sang-cavité crânienne, je vole, je vole…
Hélicoptère : Vroum-Vroum-Vroum-Vroum
[…]
Sous nos pieds ? Des gens qui passaient, dormaient, étaient nus et s’aimaient peut-être, s’aimaient un peu, s’ils avaient de la chance.
Je devais avoir l’air trop admiratif, l’infirmière m’a dit d’un ton blasé :
– C’est le noir, ça gomme tout. Comme l’aplat de la neige en hiver. Ça te passera.
– Je vole, je vole, je vole !
Elle a ri. J’ai regardé la lune, j’ai pensé à quelque chose d’idiot :  » Icare ne serait pas mort s’il avait attendu la nuit.  »
Il aurait dû. Et pour rester en vie et, surtout, surtout, parce que c’est beau une ville la nuit. On y rêve un peu, et on y va sauver des femmes.

Si vous aimez, partagez !

PS : je mettrai à jour régulièrement les infos sur le LIVRE à paraître sur CE LIEN, pour ne pas surcharger le blog en promo et bla-bla-bla. Il y aura les dates de dédicaces et les salons du livre… Dans une semaine, je serai à Pondicherry pour ce que vous savez ! et c’est un peu grace à vous et au LIVRE que mon projet s’accélère…Bises à tous !

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Deux vies.

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Texte envoyé par D., une lectrice… C’est très beau… Je n’ai touché pas grand-chose… Si vous voulez raconter, c’est ICI.

Alors voilà. C’est l’histoire de deux êtres et du temps qui passe.
Lui est né pendant la Première Guerre mondiale, entre deux permissions de son père. Elle est née plus tard, la même année qu’Edmonde Charles-Roux. Ils se rencontrent à l’adolescence, se marient parce qu’à l’époque, quand tu veux t’aimer tu te maries et à l’âge où l’on n’est pas sérieux elle est déjà maman.
Ils auront trois fils, l’un avant la Seconde Guerre, l’un pendant, le dernier après.
C’est l’époque où il y a du travail et des Italiens qui viennent en France. Lui est riche : il a un vélo. Pour son travail, il va chercher des blocs de glace qu’il rapporte sur le porte-bagage. C’est l’époque où il n’y a pas de frigo et où on peut laisser les vélos à la gare sans antivol et sans crainte. Pour différencier les gens c’est facile : « les Italiens, ils étaient comme nous, sauf qu’ils n’avaient pas de vélo ».
Ils prennent leur retraite. Elle lit des histoires à ses petits-enfants. Il bricole pour ses belles-filles, elle tricote et cuisine. Le soir, ils lisent ou regardent la télévision l’un à côté de l’autre. Les petits-enfants grandissent et elle leur raconte encore des histoires : « J’étais au fond du bus avec ton grand-père, il ne voulait pas aller au STO et il n’avait pas ses papiers ; les Allemands ont commencé à contrôler le devant du bus puis quelqu’un les a appelés et ils ont arrêté, mais sans ça… »

Ils vont fêter leurs soixante-dix ans de mariage.
Cette année-là, un poney multicolore est venu chercher un de leur fils et annuler la fête. Il a fallu les conduire à l’enterrement car ils ne voyaient plus bien, à cause des larmes ou de leur âge. Ils marchent plus doucement. Lui trébuche souvent. Il fait de fréquents séjours à l’hôpital d’A., et toujours les médecins le guérissent.

Ils vont fêter leurs soixante-quinze ans de mariage.
Ou plutôt, ils ne les fêteront pas parce qu’ils ne sont toujours pas remis de l’absence de leur fils, ni de celle de son frère qui l’a rejoint entre-temps.
Ils deviennent arrière-grands-parents. Il devient sourd. Elle devient aveugle. Ils deviennent dépendants des autres, eux qui étaient là pour les autres toute leur vie. Il fait une mauvaise chute, puis une autre. Il retourne à l’hôpital d’A. (très beau), puis à la clinique de B. (très moche), puis on l’envoie à C. pour une convalescence d’un mois. Elle passe ses journées auprès de lui dans une chambre de quelques mètres carrés. Et les médecins le guérissent, toujours.
Ils vont fêter leurs quatre-vingts ans de mariage…mais dans quel état ?
J’espère que d’ici là, il n’arrivera rien à leur dernier fils. Leur dernier fils, c’est mon père.

Cinquante Nuisances d’Earl Grey

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Une histoire envoyée par une lectrice. J’ai retouché par-ci, par-là, apporté ma patte, mais dans l’essentiel tout y est. Je ne sais pas si c’est mignon, gênant (éthiquement ça me pose quand même problème, mais c’est humain, alors ça a sa place ici…), génial, décalé ou tout à la fois. Ce qui est sûr, c’est une tentative comme une autre de réconciliation de soignant par une soignée ! Ce blog n’ayant pas d’autre buts que de chroniquer la difficulté des relations et communications humaines, il me paraît avoir toute sa place ici. Pensez-y dans vos commentaires… Merci V.

Miss V. m’écrit :

Alors voilà. Autant le dire tout de suite, c’est une histoire d’amour.
Des années que je retenais ma respiration à chaque consultation avec le grand docteur, des années à être pétrifiée à chaque mesure de tension artérielle, des années à réprimer des envies d’enlèvement et de séquestration. Je pensais qu’il avait remarqué mon trouble depuis longtemps déjà, à cause cette traîtresse de tension artérielle qui n’existe que dans son cabinet, à cause de mes bégaiements au téléphone, et de mes réponses brillantes à ses questions du genre « Et vous dormez comment ? » « Ben… sur le côté, Docteur ! »
Vous voyez le topo, non ? Mamie à un concert de Frank Michael.
Il faut croire que non, car depuis quelques rendez-vous, le Doc vit dangereusement : il m’attaque au charme. Si, si. « Grave », comme on dit dans ma banlieue : regard langoureux, voix douce, phrases affectueuses et blagues franchement coquines.
Entre extase et perplexité, je panique. Hého, c’est que je n’ai plus l’habitude, moi. Il fait quoi là, le Doc, hein !? Il veut amortir son défibrillateur ou faire la Une de Détective Magazine ?
Et puis, tout à coup, l’air de rien, comme ça, sans prévenir, il évoque ses difficultés conjugales : Madame ne le trouve plus à son goût. Que dire ? A part que moi, le Doc, je l’ai toujours trouvé bouleversant d’intelligence et d’humanité et pour tout dire sexy. Tellement que j’en ferais bien mon 4 heures, et mon midi aussi, et mon petit déjeuner pour les 30 années à venir … Bref. On se calme.
Un avantage de vieillir, c’est que l’on ne croit plus au Père Noël. Et puis, comme dit ma mère, jamais avare de compliments « c’est quand même pas ton physique qui l’intéresse ! »
Donc, 48 heures et 5 sachets de laitue iceberg plus tard… tout s’éclaire ! Diagnostic différentiel à la Docteur House : « il ne te drague pas, Nounouille : il cherche à se rassurer, nuance. »
Il est triste et il a peur. II pressent un célibat proche, une pension alimentaire, les gardes alternées et les gamins qui pleurent. Alors, il teste son pouvoir de séduction. Comme ça… pour voir… pour plus tard… au cas où… pour connaître sa valeur sur le marché de la barbe… Comme ça…
Ah la la… Humain, trop humain…
Alors, pour le rassurer un peu, j’ai fait ce que je m’étais promis de jamais faire : je lui ai dit tout le bien que je pensais de lui. Si.
Et je n’ai plus de tension artérielle. J’aurais vraiment dû faire médecine (et arrêter d’écouter ma mère…)

Post Scriptum :

Enorme nouvelle les amis ! Pour ceux qui ne me suivent pas sur Facebook (où je l’ai annoncé hier), les droits du deuxième livre « Alors vous ne serez plus jamais triste » viennent d’être achetés par la Pologne. L’éditrice polonaise est tombée sous le charme, je la cite :

 » Un livre magique, merveilleux et douloureux. J’étais émue et bouleversée, […] il était tout en moi dimanche. Quelles émotions, quelle tendresse ! […] Quelle idée surréaliste qui est du réalisme magique !… »

C’est très bon signe, d’après mon éditrice…
J’espère que vous aimerez aussi ! Et ce sera le 3 mars en librairie. Je vais faire un petit tour de france pour les dédicaces, je vais où je suis invité, c’est donc à vous de demander aux libraires.
Bises et prenez soin de vous !!!

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