Le diplômé de la Faculté internationale d’Oesophageologie de Diphtériland

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<< Docteur, c’est ma Sonja, ma petite de six ans. Elle ne mange plus depuis une semaine et a perdu deux kilos. Le week-end dernier, elle a avalé de travers. Seulement, y a un an, sa tante, ma soeur, est décédée devant nous d’une fausse route. Alors… Alors…>>

Alors voilà, comme dirait l’autre, viens avec moi, Sonja, je dis en tapant dans mes grosses mains d’adulte et en prenant ma grosse voix de docteur. 

Je fais grimper l’enfant sur la table d’examen. 

– On va regarder si ton œsophage fonctionne bien. Tu vois ce que c’est, l’oesopage ?

– Le chauffage ?

– Non l’oe-so-pha-ge. 

(Que le premier qui a pensé à un jeu de mot avec « l’oesophage central » se dénonce !) Je sors mon stéthoscope, mon otoscope, mon manomètre, tout ce qui, de près ou de loin, est impressionnant pour un enfant de six ans, même les grosses lunettes à sutures (je sens que je regrette déjà la photo…). Le grand jeu, quoi.

Je lui explique ce qu’est l’oesophage. Je teste ses réflexes, lui écoute les poumons, le coeur, lui palpe les ganglions, le bidou. La petite est rigide comme une baguette en bois, très tendue : on sent que le docteur, hein, c’est sérieux.

– Tu vois, là, ta jambe qui saute quand je donne ce petit coup de marteau sur ton genou ? Eh bien c’est un signe qui ne trompe pas : ton œsophage fonctionne parfaitement. Tu ne risques rien si tu mâches et que tu avales lentement. Tu comprends ?

Elle hoche lentement la tête, je retire mes grosses lunettes. 

– Sonja, je suis absolument formel : tout va très bien. Tout. Je suis diplômé de la Faculté internationale d’Oesophageologie de Diphtériland. C’est une Université entre l’Écosse et l’Egypte, quelque part en haut à droite. Tu vois où c’est ?

Elle fait oui de la tête.

– Tu vas manger, maintenant ?

Nouveau hochement de tête. 

– Promis ?

– Oui, monsieur le Docteur.

Ils sont partis. 

J’étais content. Pas content de lui avoir menti, non. D’ailleurs, peut-être que j’aurais pas dû, je ne sais pas. Mais j’étais content du clin d’œil que m’a lancé la maman. En douce. Elle est en plein divorce et c’est un peu difficile pour elle, en ce moment. 

Plus tard, au téléphone, elle me dira : C’est à cause de mon ex-mari, quand la petite a avalé de travers il lui a dit : « Recrache ou tu vas mourir comme ta tante ! »

Je comprends pas ce qui peut passer par la tête d’un adulte pour dire une idiotie pareille à une gosse de six ans. Je veux dire, je comprends VRAIMENT pas ce qui peut passer par la tête d’un adulte pour dire une idiotie pareille.

Photo : moi, recevant mon diplôme d’Oesophageologue de la Faculté internationale de Diphtériland. 

Deux fois plus. 

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Alors voilà,

Je serai 2x plus dispo ce matin.2x + souriant.

2x + à l’écoute.

Je vais être humain et opposer à toute cette barbarie l’humanité, l’écoute, le sourire, l’empathie, tout. Je vais même essayer de rire avec mes patients les plus chiants, ceux qui ne sourient jamais.

Que faire d’autre contre le terrorisme ? Que faire d’autre pour rapiécer le tissu social en train de se déchirer ?

Ce matin, je vais essayer d’être couturier. La lutte est là, aussi. 

Je vous aime tous et toutes. Voilà. 

Baptiste Beaulieu.

La docteurE.

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Légende : « Mon Dieu, Hélène ! Tu ne peux pas aller à la plage ainsi, c’est obscène !!! »

Témoignage de W.

Alors voilà, je cumule plusieurs tares : j’ai été diplômée de la Faculté de médecine à 24 ans, je suis une femme, je suis blonde. À l’époque, j’avais de longs cheveux blonds, des petites jupes, un air candide.

Cerise sur le gâteau, j’ai choisi de faire la gériatrie. Autant d’années pour soigner des personnes âgées ? Oui, autant.

Ma grosse erreur ? Choisir un métier où tu soignes des gens dont les enfants sont plus âgés que tes propres parents. Dans cette société productiviste, soigner des « vieux » est un choix sans prestige. Mais je soigne des « vieux », voire même souvent des « vieux déments ».

J’ai eu droit à tout le sexisme du monde :

– de la part des patients : Quand est ce qu’on verra un vrai docteur ? Vous pensez pas qu’on va écouter l’avis d’une gamine ? Vous n’êtes pas un peu trop blonde pour être médecin ? Vous avez couché combien de fois pour réussir ?

– de la pat des soignants : Tu veux bosser ici ? Ok mais tu prends ta pilule, hein. Tu veux le bip de garde, viens le chercher : il est sur moi et je suis nu dans mon lit. Tu viens prendre ta douche avec moi ? Tu laisses la porte de la chambre de garde ouverte ? Ça va c’est de l’humour quoi, merde ! T’es pas rigolote !
Puis j’ai vieilli, j’ai coupé mes cheveux courts.

Je suis toujours femme, je suis toujours gériatre, je suis toujours blonde, mais j’ai 37 ans. J’en ai tellement entendu que je regarde les pauvres stagiaires avec pitié (c’est horrible à dire, mais plus jolies vous êtes, pire ce sera). Blindez-vous, les filles, mais surtout, surtout, ne vous laissez pas marcher dessus.

J’ai dû bosser deux fois plus, élever la voix quatre fois plus, en rabrouer des tas. Je ne suis pas un canon de beauté. Juste une femme qui sait qu’elle fait un métier formidable, qui le fait le mieux possible, et qui aime tellement son travail qu’elle marche au-dessus des abrutis sans se faire chier dans les bottes. 

Mais parfois… Parfois, je rêve que je suis un homme. Que mon avis est entendu en réunion, que je n’ai pas d’emblée à prouver ma compétence, qu’on ne me demande pas de porter une jupe quand je fais un exposé…

Parfois, je rêve qu’on m’écoute simlement comme la professionnelle que je suis.

Une DocteurE en médecine.

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Le 24 août en librairie, vous m’aurez dans la poche.

#livredepoche

#prixméditerranée

#commentvaMorandini? 

#tropdehashtags

L’histoire honteuse arrivée à un mec qu’je connais…

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(Photo : ancêtre du radar de recul. Quand ça grouine, t’es trop près du mur. #merciAudi #cestlavie #désolé #jaipastrouvédautresphotos)

Alors voilà, il est possible qu’un jeune médecin (qui n’est pas moi) ait récemment écrit une tribune sur le massacre de Orlando.
Il est possible que ce médecin (qui n’est pas moi) ait reçu suite à cela des menaces de mort, des insultes, et qu’un type chelou se soit renseigné sur son adresse personnelle.

Parce qu’il a beaucoup de gens qui tiennent à lui, ce jeune médecin s’est vu offrir une bombe lacrymogène dernier cri « au cas où » (Notez bien : je ne fais que répéter ce que ce jeune médecin m’a dit…).

Le jeune médecin, un matin, avant d’aller au travail, était tout nu dans son salon. Il tournait la bombe dans tous les sens : « peut-être y-t-il une sécurité à retirer pour que ça marche  ? ». Il se voyait mal découvrir comment fonctionne le truc au dernier moment !

Ni une ni deux, il ouvrit la fenêtre de chez lui, vérifia la bonne orientation de la bombe et la testa. Pshitttttt… Un grand nuage toxique s’élança et se dispersa. Du liquide lui coula sur la main mais, comme il ne sentit rien, le jeune médecin songea « Bof, je pensais que ça serait plus impressionnant… » et fit alors ce que font 90 % des hommes le matin.

Il se gratta les testicules.

((((( ces parenthèses ne sont pas des parenthèses, mais un cri muet de douleur )))))

Le jeune médecin (qui n’est pas moi) écrivit à un ami neurologue pour savoir comment faire passer l’incendie qui s’attaquait à son scrotum (on prend parfois de mauvaises décisions, il avait des amis dermatologues, pourtant ce fut son ami neurologue qu’il appela à l’aide… Les mystères du cerveau, allez savoir…).

Quelques instants plus tard, notre jeune ami (vraiment, mais alors vraiment idiot) bailla.

Oui et alors, me direz vous ?

Eh bien après avoir baillé, il se frotta les yeux.

C’est ainsi qu’il arriva au travail, boitant, les yeux rouges et enflés, à temps pour recevoir un texto de son ami neurologue :

« J’ai demandé à un pote, il est formel. Pour tes testicules : tu dois les rouler dans la farine ».

Ce matin-là, le jeune médecin fut VRAIMENT reconnaissant aux gens qui l’aimaient de ne pas lui avoir offert de taser. 

#mercimaman

#mercipapa

La bibi-team. 

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Alors voilà. 

Demain, à Paris, je présente le manuscrit de mon nouveau roman devant toute ma maison d’édition. Je porte cette histoire depuis des années. Y aura de la poésie, un enfant, un voyage mystérieux, et une mère qui trimballe un très lourd secret. 

J’ai assez peur, je dois vous dire.

(Mais je sais que vous êtes là ! Et pour ça, merci.)

L’horizon indépassable.

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Photo : F. Kapkov



AVERTISSEMENT : on parle IVG.
 

Alors voilà : une consœur du syndicat des gynécologues de France propose aux femmes ayant recours à la pilule abortive de le faire durant un jour férié ou (attention, cela devient cocasse) de prendre un jour de congé (notamment au prétexte de l’égalité homme-femme).

Par confraternité, je ne dirais pas ce que je pense de toute cette polémique (même si, d’un point de vue physiopathologique, l’égalité homme-femme me parait un horizon indépassable tant que ces fichues gonzesses refuseront d’avoir des cancers de la prostate et ces fichus mecs de saigner une fois par mois).
Pas de commentaire, donc.
Mais un témoignage, à partager pour qu’on sache, humainement et dans la vraie vie, de quoi on parle :

Alors voilà S.
Lorsque S. essayait d’avoir un enfant, elle a eu un oeuf clair. 
« Non madame, vous n’êtes pas enceinte. Oui madame, il n’y a personne dans cet œuf. Oui, madame il faut quand même l’expulser. »

S. rentre chez elle.

<< Suite à la mauvaise nouvelle je ne me serais pas sentie de retourner au travail.
D’ailleurs tu rentres chez toi, avec tes cachets à prendre, tu te retrouves toute seule face à toi-même, et c’est dur d’avaler même une petite pilule. 
Pour mon cas c’était un oeuf clair, et c’était déjà très difficile d’y arriver. Alors pour les autres femmes… >>

S. sera arrêtée 10 jours.
Parce qu’après avoir saigné, S. a pleuré.
À vrai dire, S. a pleuré autant qu’elle a saigné.
S. a eu mal.
Dans la tête, le coeur et le corps.
S. a passé des nuits blanches.

Et elle a repris le travail. 

<< Je n’aurais pas pu me vider de mon sang assise à mon bureau en souriant à mes collègues, mes patrons et les divers interlocuteurs. Les premiers jours, je changeais de serviette hygiénique toutes les heures… >>

C’est une histoire parmi tant d’autres (et un caillou dans la chaussure de S., dans son parcours pour atteindre la maternité).

 << J’ai été choquée et meurtrie car le syndicat dit que ce n’était pas nécessaire que je sois arrêtée 10 jours, sous-entendant que j’ai abusé du système et qu’en plus mon comportement nuirait à mes concitoyennes, eu égard à l’égalité des sexes revendiquée.
En conclusion, j’ai chipoté quoi…
Moi je ne trouve pas. J’ai l’impression qu’en refusant ces arrêts de travail on cherche à « punir » les femmes. 
Personne ne devrait être punie pour cela.
Vous savez, moi, je n’oublierai jamais. >>

La seule vérité.

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Alors voilà pour ceux qui n’ont pas suivi, j’ai eu quelques soucis à cause du post précédent (lisez ICI). 

Je veux terminer sur une note positive. Dans mes messages/commentaires, il n’y avait pas que des messages qui empestaient l’homophobie :
– il y a cet homme, de 50 ans, séropositif, qui me dit avoir survécu au massacre du sida, après avoir vu tous ses amis partir… Il a fini tout seul à la terrasse d’un café, sans rien attendre d’autre de la vie qu’un sirop de fruits frais. C’est alors qu’un bolivien est arrivé. Olà, que tal ? De donde estas ? Depuis, il sont pacsés, et ils plantent des arbres au fin fond de l’Aveyron. Ils sont heureux.

– il y a ce jeune homme qui me dit qu’il a un amoureux, et qu’il l’aime comme un fou, mais qu’il a peur de lui tenir la main dans la rue, peur de devoir rendre des comptes à des gens qu’il connaît et qui n’approuveraient pas cet amour. Cela lui fait de la peine, mais << il est prêt à tous les sacrifices pour que son amoureux soit heureux. >>

En dessous de ce commentaire, il y a cette femme hétérosexuelle plus âgée qui lui répond qu’elle aussi elle n’ose pas tenir la main de son mari, parce qu’elle se trouve grosse et qu’elle a peur que les gens pensent : << mais qu’est-ce qu’il fait avec cette femme moche ?>>

L’espace d’une discussion Facebook, ces deux personnes se sont parlées et se sont entre-aidées.
– il y a aussi cette femme de 85 ans, qui m’écrit qu’elle a été mariée deux fois à deux hommes différents qui ne la rendaient pas heureuse. « À 80 ans, j’ai rencontré une femme formidable, je suis devenue lesbienne et je ne le regrette pas ». 
Nul besoin d’approuver l’orientation sexuelle des autres : elle ne nous regarde pas.

L’important, c’est d’aimer et d’être aimé (c’est très Disney, mais c’est, selon moi, la seule vérité en ce monde).

On le veut tous, je crois. On cherche tous ça, dans la vie : être aimé.

Si certains y arrivent, réjouissons-nous pour eux. 
Baptiste Beaulieu
PS : merci pour vos mots. 

Ont-ils su ?

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Alors voilà… Orlando… 50 morts…
Ils ont été tués parce qu’ils étaient ce qu’ils sont. Point final. Comme si on mettait fin à nos jours parce que nous sommes blonds, ou bruns, ou que nous avons une fossette au menton, une forte poitrine ou le muscle de l’épaule très galbé. 

À ceux qui pensent que les personnes choisissent d’être homos, lesbiennes ou transgenres, ce n’est pas un « choix ». On ne choisit pas d’avoir peur de tenir la main de la personne qu’on aime en public. On ne choisit pas de se faire assassiner par un terroriste dans un lieu de fête et de joie. 

Partout dans le monde les gens meurent parce qu’ils sont homosexuels, lesbiennes transgenres. 

À ceux qui disent que la gay pride ne sert à rien, et qu’il n’y a pas d’hétéro-pride : aucun hétérosexuel ne meurt parce qu’il est hétérosexuel. Aucun. On ne vous casse pas la gueule pour ça. On ne crève pas les pneus de votre voiture pour ça.

50…

Ont-ils eu peur ? Ont-ils su ? Ont-ils crié ? Ont-ils cherché une main secourable ? Ont-ils compris ? Ont-ils prié ? Ont-ils eu le temps de penser à leurs proches ? Une mère, un père, une soeur, un ami ? Ont-ils eu peur ?

ONT-ILS EU PEUR ?

Ont-il su qu’ils n’étaient pas 50, mais 1000, 10 000, 1 000 000 ? Comme tous les autres avant eux, les lesbiennes, les transgenres, et les homosexuels de l’Histoire qui furent tués pour aimer différemment, pour avoir ce tort là de ne pas entrer dans la bonne case ? D’être émus par le muscle d’une épaule où le renflement d’une poitrine ?

Ont-ils su qu’ils n’étaient pas seuls, hélas ?
Baptiste Beaulieu

Les couturier(e)s.

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Récit touchant de E., à partager :
Alors voilà, quand j’étais étudiante infirmière en soins palliatifs, on m’a proposé de m’occuper d’une vieille dame de 90 ans passés, dont le diagnostic était « extrêmement chiante », mais les chefs préféraient dire :

« Tu verras, c’est parfait pour les étudiants, les patientes exigeantes ! » 

J’aurais dû me méfier…

Le premier jour, elle me dit être ravie, car elle a besoin de quelqu’un pour lui faire telles ou telles commissions (pour ses dessins, par exemple, elle veut un crayon HB taille 2, graphite, noir profond, avec gomme blanche au bout, et manche biodégradable… « ce sera facile à trouver, ma p’tite ! »…). 

Moi, je lui fais ses courses, et m’investis dans la relation soignant-soigné.

Pourtant, elle sonne trente fois par jour : le repas n’est pas bien servi, sa tablette mal nettoyée, elle a envie de faire pipi, ou elle n’a pas envie de faire pipi et cela la tracasse… Etc. 

À chaque coup de sonnette, on me dit : « C’est ta patiente, va répondre ! ».

J’y vais, donc, j’y vais…

Un soir, je me souviens, nous parlons longtemps de la vie, de la mort, de son cancer… Sa motivation dans la vie, me confie-t-elle, est de laisser une trace, « un petit caillou, ma p’tite, je veux laisser un petit caillou avant de partir ! ».

Quelques jours avant la fin de mon stage, la patiente décède. Je me sentais un peu triste, même si elle m’avait bien cassé les pieds !

Je rapporte les blouses à la lingerie, et la semaine d’après je me fais engueuler par la lingère « Ça vous amuse de mettre des cailloux dans votre blouse ? Vous auriez pu bousiller ma machine à laver !!!  »

J’ai souri. Elle avait réussi son coup, ma vieille casse-pied, car ce jour-là j’ai choisi ma voie : je travaille dans un service de soins palliatifs, et je veille à ce que chaque étudiant ait sa « mamie exigeante ».

——
(Pour une fois, j’ai voulu mettre une photo de l’infirmière en question (avec son autorisation), pour montrer que les gens derrière mes histoires sont réels, et que dans ce pays où le tissu social se déchire nous sommes tous couturiers, chacun à notre manière. Si vous souhaitez raconter, c’est ICI. À partager…)

Chabadabada.

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L’histoire du jour, à partager, nous vient de S., médecin. Si vous voulez raconter, c’est ICI.

Alors voilà, je suis externe, une jeune femme d’une trentaine d’années arrive pour douleurs abdominales depuis 5 jours.

Interrogatoire.

Elle ne vit pas seule, même si son copain est absent pour la semaine.

– Me laissez-vous examiner votre ventre ?

Je palpe. La jeune femme présente un volumineux globe urinaire, sa vessie est un ballon de baudruche plein à craquer.

– Quand êtes-vous allée uriner ou à la selle pour la dernière fois ?

– À la selle ?

Là je repense à toutes les expressions utilisées pour dire « aller faire caca » : aller casser la faïence, aller exploser la céramique, re-cimenter le puits, débourrer un Twix, peindre un Picasso, lâcher la taupe du haut du toboggan, faire sortir Noir Désir de prison…

Elle me répond évasivement, j’ai du mal à comprendre. Alors, je m’assois un instant avec elle, discute de sa vie, de ses amours, de son travail.

– Je suis vraiment très amoureuse et c’est tellement triste quand il n’est pas là…

Après plusieurs minutes de conversation, quand je pense avoir réussi à établir une certaine connivence entre nous, elle me dit sur le ton de la confidence :

– En fait, je me réserve pour lui…

L’espace d’un instant, j’ai cru qu’elle parlait de sexe avant le mariage, mais non.

Avec son copain, elle ADORE les trips urologiques.

– Je dois faire quoi, Docteur ? elle dit en montrant son bas-ventre.

J’ai pensé « Faut secouer sinon la pulpe elle reste en bas ! », mais en vrai je me disais qu’il fallait vraiment que je revoie ma culture sexuelle…

Pour finir, elle a quand même ajouté qu’elle était « aussi constipée »…

Bref, ce jour-là, ma vision des êtres humains qu’on peut croiser dans la rue a changé pour toujours. 

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Aucun rapport ++++ mais je serai samedi 18 juin de 15 heures à 18 heures, là, avec une chevalier-libraire qui vaut le détour :