Avec un peu de chance, en croisant les doigts, en l’espérant très fort, en se disant que cela ne peut être autrement.

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Alors voilà il y a trois ans, on a soigné cette dame, Mme K.. Elle ne voulait pas de morphine, pas d’apitoiement et pas de larmes. Comme on s’inquiétait pour elle, elle a dit « Vous ne comprenez pas. Ce n’est pas que je vais mourir, c’est que je suis arrivée à la fin de ma vie ». Cette phrase, pour elle, c’était important.
Mme K. est morte il y a trois ans.
Je n’ai pas oublié, je l’ai écrit ICI. De tous les textes que j’ai écrits pour vous, c’est l’un de mes préférés.
[...]
L’autre jour, au cabinet, j’ai reçu un homme, la petite quarantaine effondrée de tristesse. Son père était en train de mourir :
– C’est mon père, ce sont nos souvenirs, l’enfance et le reste.
J’ai essayé de trouver les bons mots. Peine perdue, il était inconsolable (ou j’étais vraiment nul !)
– Papa me dit ne pas être triste, de ne pas m’apitoyer et d’aller de l’avant. Mais j’y arrive pas. C’est mon père… Il y a tout un tas de souvenirs qui remontent et… et…
Il n’a pas pu finir sa phrase, il était devenu un grand paquet de sanglots. Impossible de le toucher, impossible de le secouer. Il était plein de larmes et tout débordait.
Désemparé, je ne sais pas ce qui m’a pris. J’ai repensé à Mme K., et j’ai dit :
– Vous savez, votre père a eu une longue et belle vie. Il ne va pas mourir, il va arriver à la fin de sa vie. C’est différent. Vous comprenez ?…
Il a relevé la tête, il a semblé un peu choqué par ce que je venais de dire. Puis il a souri.
– Vous avez raison, ce n’est pas du tout pareil.
J’avais gagné.

Là, j’ai repensé à Mme K. Elle n’avait jamais été aussi vivante qu’à cet instant précis. Trois années se sont effondrées, deux lieux et deux temps se sont rejoints. Trois personnes, un bref instant, ensemble : Mme K. dans sa chambre d’hôpital, le fils de cet homme et moi.
Minute violon, New Age, yoga et Joséphine Ange-gardien (oui, je me suis forcé à mettre une pointe d’humour. Je ne voudrais pas que vous me preniez pour un garçon sensible…) : ça va vous paraître étrange, mais je crois que madame K. m’a tenu la main. Et je crois que, peut-être, avec un peu de chance, en croisant les doigts, en l’espérant très fort, en se disant que cela ne peut être autrement, TOUT est lié à TOUT dans ce monde.
Oui, avec un peu de chance, en croisant les doigts, en l’espérant très fort, et en se disant que cela ne peut être autrement…

(Sans transition, parce que je ne suis pas un garçon sensible : si vous aimez cet article ou plus globalement le site en général, partagez sur vos réseaux sociaux et par pigeons voyageurs !)

Les cordonniers mal chaussés… (partie II)

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(Suite du post ci-dessous)

Elle s’est pas loupée la puce. Je commence à retirer délicatement le pansement, la gamine hurle, mon ventre se tord.
Je me rends compte que c’est beaucoup plus facile quand c’est quelqu’un que vous ne connaissez pas (oui, vous pouvez sourire…) Je jette un coup d’œil rapide. C’est profond, ça saigne, et surtout, c’est ma nièce.
Je la prends dans mes bras, la rassure, la porte jusqu’à la voiture, démarre. Mon téléphone sonne.
– N’oublie pas qu’elle a six ans et qu’elle monte à l’arrière ! m’avertit sa mère.
– Pour qui tu me prends ! Je ne suis pas inconscient ! dis-je en arrêtant la voiture pour sortir et mettre ma nièce à l’arrière (dingue ça, j’avais zappé ce détail).
On arrive aux Urgences. Accueil.
– Voilà voilà.
Je bafouille, tends des papiers, fais tomber des cartes, dis que je suis le tonton. Elle me pose des questions, regarde la petite qui est aussi noire que je suis blanc, paraît surprise. Je souris, la petite grimace, la secrétaire d’accueil aussi. On s’assoit. On attend. Je lui donne mon téléphone pour qu’elle joue avec. Je pose ma tête sur sa coupe afro : c’est génial une coupe afro, tu poses ta tête dessus, Boïng-Boïng, ça rebondit, et tu peux t’endormir en sentant le monoï et la noix de coco. S’endormir oui, mais pas longtemps. Des portes s’ouvrent, des mauvaises nouvelles, des gens s’agitent. Je m’agite. On se regarde les uns les autres, quand l’un des patients est appelé il se lève et s’en va, tel un gagnant du loto ou du ticket d’or dans Charlie et la Chocolaterie.
Moi je reste avec ma petite Ompa-Lompa de nièce qui sent les îles et les larmes. Je lui suturerais bien sa jambe, mais je peux pas. C’est elle, ma petite Ompa-Lompa, et si elle pleure je vais pleurer. Je suis une mauviette qui sent la transpiration, la clope froide, et, maintenant, le monoï.
Impuissance et impatience. Finalement, la puce s’en sortira avec douze points de suture… six heures après !

Minute humour pour mes lecteurs qui sont soignants et pas patients : c’est quand même très horrible d’attendre aux urgences, je veux dire, c’est VRAIMENT horrible… Un peu comme attendre 24 heures la suite d’une histoire…

Les cordonniers mal chaussés…

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Alors voilà, j’étais rentré très tard de boîte de nuit, environ neuf heures du matin, quand ma mère m’a appelé pour me proposer de passer prendre le petit-déjeuner.
– Je te fais des crêpes, tu viens ?
L’appel du ventre. Je suis faible, j’ai dit oui.
Je suis arrivé en sentant la transpiration, la clope froide, et le petit relent d’alcool qui vous colle à la peau après les bonnes soirées. D’ailleurs, la mère ne s’y est pas trompée :
– C’est quoi cette odeur de fumée ? Tu fumes ? a-t-elle fait d’un air de tragédienne antique.
– Ben, maman, faut que je te dise la vérité : en réalité, je suis un train.
J’ai ri. Pas ma mère. J’ai mangé mes crêpes en pensant à mon lit et à ses draps propres. J’allais dormir comme un prince. Mon téléphone a sonné, ma sœur.
– L’école a appelé, ta nièce s’est fait mal, ils disent qu’il faut l’amener aux urgences, je suis coincée au boulot, tu peux aller voir ?
[Là, j'ai bien compris que j'allais pas pouvoir manger mes crêpes et que le dodo attendrait plus tard]
– Ok, ok, j’y vais.
J’adore ma nièce. Elle m’adore aussi, mais c’est normal : je suis le plus cool (et modeste) des tontons.
J’ai marqué des points le jour où, à l’âge de trois ans, elle est venue me demander si elle pouvait jouer avec son caca.
– Oui, ma chérie, mais seulement si c’est pour écrire un poème sur le caca.
(((((((Elle s’attendait à ce que je dise non : pour marquer des points avec les gosses, il faut les étonner. Enfin, c’est mon avis. )))))))
[...]
Elle s’est pas loupée la puce. Je commence à retirer délicatement le pansement, la gamine hurle, et je

LA SUITE DEMAIN À 9 heures 13 minutes 12 secondes. Je vous embrasse.

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Tous les enfants du monde.

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Alors voila, nous étions à cette table de restaurant. On plaisantait. Un groupe d’internes, c’est forcément un peu graveleux ( mais drôle, hein ! ). Comme je dis souvent, j’aime la vulgarité, elle me donne l’impression de ne jamais mentir.
Cette famille est venue s’installer à côté de nous. Le père, la mère, quatre adolescents. L’un d’eux, 12 ou 13 ans, cachait son visage au fond d’une capuche noire. Il portait des lunettes teintées. J’ai trouvé cela étrange : même dans le sud-ouest de la France, il n’y a plus de soleil à 23 heures (je sais, je viens de balancer un gros coup de pied dans la fourmilière !).
Le premier mot a fusé dans l’air comme Ariane dans un coin de Kourou :
– Sale con.
Puis deux autres, juste après, en saccade :
– Jacques est un connard.
Ça a été craché -ou glapi- plus que ça n’a été dit.
J’ignore ce qu’il y avait au menu ce soir-là, mais le gosse, lui, on lui avait servi un très mauvais syndrome de Gilles de la Tourette en entrée.
Saleté de Tourette. Ou de Gilles, je ne sais pas.
Imaginez-vous : premier rendez-vous avec une fille. Vous vous faites beau et là, entre deux œillades gênées, paf !, vous traitez Jacques de sale connard. Qui est Jacques ? Vous n’en savez rien. Mais vous l’avez traité haut et fort de « connard », et tout le monde a entendu.
Difficile d’arriver jusqu’au dessert avec la demoiselle…
J’ai réfléchi à cette phrase « J’aime la vulgarité, elle me donne l’impression de ne pas mentir. »
J’ai eu envie d’aller voir le gosse d’à côté, de lui retirer ses lunettes noires, de découvrir son visage. Lui dire de plus se cacher.
Souvenons-nous de toutes les fois où les parents rabâchent à leurs enfants « ne dis pas ça, c’est un gros mot ».
Et si les gens atteints par cet affreux syndrome n’étaient pas malades ? Et si, par une étrange bizarrerie de la nature, ils n’étaient que les porte-paroles de tous ces « gros-mots » que les enfants ravalent ? Comme une soupape verbale refroidissant la « marmite mondiale des gros mots » quand celle-ci menace de déborder ?
Voilà, voilà : chaque fois qu’un gamin ravale sa grossièreté, elle rejaillit ailleurs, dans la bouche d’un autre, portée par le vent messager et d’invisibles rails.
Oui, je crois que c’est ce qu’il faudrait leur dire, aux gosses avec leurs lunettes noires :  » N’ayez pas honte, gamins : par vous chantent tous les enfants du monde. N’ayez pas honte. Vraiment ».

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Illustration : Marie-Lys

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Les champs de Novembre, la nuit.

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L’histoire c’est J. L’écriture c’est moi. Merci…
Pour raconter, écrivez
ICI

Alors voilà, elle est arrivée aux Urgences pour « une crise de nerfs et crises de larmes », emmitouflée sous plusieurs couches de vêtements. Elle a enlevé manteau, veste et pull. Elle a dit qu’elle n’allait pas bien, que c’était son fils, et ce foutu mois de novembre qui approchait.
« On fait des enfants, mais on ne peut pas les protéger de tout, tout le temps. »
Elle a dit qu’elle n’y était pour rien, qu’elle n’avait pas voulu être une prison pour son propre fils.
Elle a parlé, parlé et parlé encore.
Il y a 13 ans, il avait 19 ans.
C’était le mois de novembre et c’était la campagne. Il est allé en boîte de nuit avec ses amis. Ensuite, il a voulu rentrer.
Il a pris la voiture et a conduit à peine 1 km.
Peut-être qu’il a regardé les étoiles et qu’il s’est dit que tout ça est immense, elle ne sait pas. Il a garé la voiture sur le bas-côté, près d’un champ.
Il avait bu, il avait dansé, il était fatigué, c’était plus raisonnable.
« Je ne sais pas ce qu’il a pensé. Elle était froide cette nuit de novembre, et même dans les voitures, les petits cristaux ont poussé sur les fenêtres. À quoi il a pensé, hein ? »
C’était très beau. C’était novembre, la campagne, le silence, et la nuit.
Le dossier du siège, il l’a reculé en arrière. Il avait un pull, il aurait pu le mettre, il faisait froid, sans doute, il ne savait pas, il ne sentait rien, il avait dansé et il avait bu. Il a roulé le pull en boule, a posé sa tête dessus. Il s’est endormi comme un enfant de 19 ans, la nuit autour, les étoiles au-dessus.
Et au matin quand que les pompiers l’ont trouvé, il n’avait pas bougé. Il était comme ça : les bras sur le torse, les poings serrés, les jambes un peu pliées.
– C’était mon fils, mon enfant, il était mort de froid.
C’était novembre, la campagne, le silence, et la nuit.

Que voulez-vous la nuit était tombée Que voulez-vous nous nous sommes aimés.
P. ELUARD

Pourquoi j’ai peur de la petite souris.

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L’histoire c’est Laurence, infirmière. Merci à elle. Pour raconter, c’est ICI.

Alors voilà Mme H.
Elle est démente. Comme ce mot est très laid, l’infirmière qui s’occupe d’elle préfère dire « pimpim ».
Pimpim, c’est chantant. Dit comme ça, on n’imagine pas que ce soit aussi terrible.
– Comment ça va madame H. aujourd’hui ?
– Oh ma chère Suzanne, c’était charmant ce spectacle de marionnettes hier soir !
Suzanne, l’infirmière, (qui s’appelle en réalité Laurence) ignore totalement de quoi elle veut parler.
– Quel spectace ? quelles marionettes ?
Parle-t-elle du défilé des internes, externes, chefs de clinique et chef de service ?
– Vous savez bien là, hier soir, juste après dîner.
– Ah oui, le journal de 20 heures.
Et madame H. de prendre ses mains et de leurs faire dessiner des cercles dans les airs en fredonnant « Ainsi font font font les petits marionnettes »
Madame H. retourne en enfance. Elle rit et dit des gros mots. Elle veut manger des sucreries et quand on lui dit non, elle se met à pleurer.
« Hier, m’écrit Laurence, elle a perdu son unique et dernière dent vraiment à elle. Elle l’a mise sous l’oreiller. »
– Pour la petite souris, a dit madame H.
Pimpim.
« L’équipe de nuit a glissé une pièce de deux euros à la place. »

Vous savez, parfois j’ai peur. Parce que je vais vieillir et je ne veux jamais devenir Pimpim. Je ne veux VRAIMENT jamais jamais jamais devenir Pimpim.

« Ainsi font-font-font les petites marionnettes, trois petits tours (humains) et puis s’en vont ».

Pour finir, quelques conseils de lecture : pour l’humour et la tendresse de son livre, le dernier Agnès Ledig, chez Albin Michel : ICI. Ensuite, pour la beauté des mots, le premier roman d’un jeune auteur INCROYABLEMENT talentueux, chez Gallimard, Étienne Raisson : ICI.

Les enfants, les tribus et les grenouilles.

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L’histoire c’est B., alias Titou, interne en pédiatrie, l’écriture c’est moi. Merci !

Si vous voulez raconter : c’est ICI !

Alors voilà Alexandre avait six ans. Il est venu avec maman, un ours en plastique dans chaque main et des douleurs abdominales.
– Tu as mal où ? demande Titou.
Alexandre montre le téton droit en plissant les lèvres. La mère dit que c’est le ventre. Souvent les enfants montrent le téton quand ils ont mal ailleurs. Le téton, ou le bras, ou la cuisse… Bref, ne jamais croire un gamin (mais qui a inventé l’expression « la vérité sort de la bouche des enfants ? ». Sûrement un enfant…).
– Tous les mois c’est pareil. Pendant deux/trois jours, il a mal.
On fait des examens au gosse. Une batterie. Des échographies. Des prises de sang. Des rendez-vous avec le spécialiste. Rien. Nada.
– Tous les mois, vous dites ?
– Tous les mois.
– À la même période ?
– À la même période.
Titou est dubitatif. Mais qu’est-ce qu’il a, ce gosse ?…
Alors Titou de souvient d’un reportage qu’il a vu la veille sur Arte et qui parlait de grenouilles et d’hormones.
– Il a combien de sœurs ?
– Quatre, répond maman.
– Elles sont réglées ?
– Oui.
– À peu près au même moment dans le mois ?
– Oui.
– Elles ont mal ?
– Elles ont leurs règles. Bien sûr qu’elles ont mal !
(((((Assertion discutable, mais dite en ces termes là alors je retranscris…)))))
– Il me vient une idée idiote. Est-ce que, par hasard, les douleurs d’Alexandre apparaissent au moment où vos filles sont réglées ?
La mère s’étonne.
– Ben maintenant que vous le dites, c’est au même moment, oui.
– On va faire quelque chose : chaque mois, quand vos filles ont leurs règles, vous leur demandez de prendre leur anti-douleur discrètement et de dire devant le petit qu’elles n’ont pas mal. Ça vous va ?
– Heu… Oui, d’accord.

Ils ont fait comme ça et ça a marché. Les filles ont dit qu’elles n’avaient pas mal et les douleurs du petit ont disparu. Plus rien. PFFFF ! Envolées !
Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour appartenir à une tribu ! Je veux dire qu’est-ce qu’on ferait VRAIMENT pas pour appartenir à une tribu !

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La femme qui buvait du thé.

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L’histoire c’est L., l’écriture c’est moi. Merci !

Alors voilà, elle entre, fringante et blonde, le teint presque blanc, presque morte même, mais la plus belle morte que L. ait vue en dix ans d’études médicales. Elle a de longs cheveux blonds. Elle sourit beaucoup.
L. pense « manque de soleil-carence en vitamine D », mais la patiente réclame un « décontractant musculaire. »
– Vous avez mal ?
– Pas moi, mes clients.
– Vos clients ?
– Ils n’osent pas aller chez leur médecin, alors j’espérais que vous me donneriez deux ou trois boîtes d’avance.
L. apprend avec stupéfaction quel est le métier de Madame Masson.
– Ils me payent pour boire du thé sur leurs dos. Rien de plus. J’entre, ils sont à quatre pattes, nus. Je bois mon thé, puis je repars.
– Ils parlent ?
– Jamais. Ce sont des tables, docteur !… Enfin, ils veulent être des tables…
– Combien ?
– 200 € de l’heure. Je suis bonne à ça, très bonne même. Je fais « malencontreusement » tomber quelques gouttes de thé brûlant sur leurs dos quand je me sers, puis quand je bois.
– Ils ne font rien ?
– Je vous l’ai dit, ce sont des tables. Le mobilier, ça ne parle pas.
– Mais c’est tout, vous ne faites rien de plus ?…
L. pense infections sexuellement transmissibles, etc.
– Il y a des extras, mais c’est rare. Vous savez, il n’y a pas d’êtres humains sans névroses, il n’y a pas d’êtres humains sans fantasmes. J’ai des cadres supérieurs. Être rabaissés au rang de meubles, ça apaise une tension chez eux. Quelque part, je suis soignante.
[...]
– Au revoir madame.
– Au revoir docteur. (Elle hésite.) Vous voulez une carte ? J’ai des médecins parmi mes clients…
– Non merci, vraiment, je fais du tennis.
[...]
Plus tard, quand il m’écrira cette histoire : « Je ne sais pas pourquoi j’ai répondu ça. Du tennis ? C’est idiot, hein ? Mais j’ai pas pensé à autre chose. C’est sorti tout seul, comme ça… Je ne sais pas trop si tu feras grand chose de cette histoire, mais voilà… »

J’adore l’être humain, je veux dire : j’aime VRAIMENT l’être humain.

Si vous aimez, partagez sur Facebook ! C’est en bas à droite de chaque article ! Bonne journée à tous,
Baptiste Beaulieu

La femme qui était gourmande.

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L’histoire c’est M., l’écriture c’est M. Je n’ai touché à rien ! (Ben oui, les gens, je suis en vacances, moi !!!!)

ALORS VOILÀ une petite anecdote récoltée lors de mon « Pflegepraktikum » dans un hôpital non loin de la forêt Noire…
[...]
C’était mon tout premier stage à l’hôpital. J’arrivais fraîche comme une fleur, avec mes illusions et mon smartphone dans ma poche de blouse sur lequel j’avais pris bien soin de télécharger une application dico français-allemand (l’allemand d’une bachelière n’étant pas à l’abri des redoutables assauts de l’accent bavarois). Parachutée au service d’oncologie, je me retrouvais complètement perdue dans le ballet des infirmières qui sautillaient de chambre en chambre tandis que les substances chimiothérapeutiques poursuivaient, implacables, leur goutte à goutte toxique dans les avant bras des patients. A l’heure du repas, une patiente, dont on comptait les derniers jours à vivre, m’appela depuis sa chambre :
« C’est pour le gâteau fit-elle dans une moue, il est trop sec; vous n’auriez pas un peu de crème fouettée pour l’accompagner ? ». Je lui en trouvais.
Ce manège se répéta tous les jours jusqu’à ce que finalement, la dame à la crème se trouva tellement affaiblie par son cancer qu’elle n’était plus en mesure d’avaler quoi que ce soit de solide. On lui servit donc du bouillon de légumes.
Elle m’appela pourtant de nouveau pour le repas.
« Vous savez, j’ai toujours été une gourmande incorrigible… Alors le bouillon de légumes, là, ce n’est pas terrible…En fait, ce qui me ferait plaisir là, tout de suite, c’est de la crème fouettée. Un ÉNORME bol de crème fouettée à manger pure, comme ça, sans rien de plus à côté. Alors écoutez moi bien, vous allez sortir le porte monnaie de mon sac à main. Il y a 10 euros dedans et avec ce billet, vous irez à la Konditorei (pâtisserie) de la rue d’en face, vous allez demander un bol de crème fouettée avec une cuillère et avec le reste de l’argent, vous achèterez pour vous une grosse part de Schwarzwälder Kirschtorte. Vous êtes Française, il faut vous cultiver; vous ne pouvez pas continuer d’habiter en Allemagne sans avoir goûté ce merveilleux gâteau. C’était mon dessert préféré, avant. »
Je suis donc allée à la pâtisserie. Ils étaient un peu surpris par ma demande mais je suis finalement repartie avec le bol de crème fouettée avec une cuillère et ma part de gâteau (ça ressemblait à 20 bon centimètres de couches chocolat et crème alternées avec des cerises au kirsch, je crois que j’ai frôlé l’indigestion). La dame était aux anges. Elle s’est délectée de chaque cuillère. Elle est partie quelques jours après…
Maintenant, je ne peux m’empêcher de penser à elle dès que je croise une Konditorei. Mais très honnêtement, j’ai des doutes sur les capacités des estomacs français à digérer la fleur de la pâtisserie allemande.

Si vous voulez raconter : c’est ICI !

Prenez soin de vous et ne parlez pas aux inconnus !!

L’homme qui voulait qu’on prenne soin de lui.

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L’histoire c’est Frottis, l’écriture c’est moi ! Merci ! Et la photo est authentique : Nancy Reagan sur les genoux de Mister T de « l’Agence tout risque. » Allez savoir…

Alors voila il est arrivé, la cinquantaine, plutôt sympa, le nez bien pris et des huîtres dans chaque narine à chaque fois qu’il se mouche.
Frottis l’examine, c’est la saison des rhinopharyngites et monsieur Huitre ne dérogera pas à la règle.
(((( Minute théorie du complot : sans les virus créés par les illuminati, les franc-maçons, les reptiliens et le lobby LGBT, nous les médecins nous serions au chômage et la paix régnerait sur le monde pour les siècles et les siècles. Donc, surtout, continuez à sortir sans mettre de gants, de bonnet, d’écharpe et en portant des tongs… Merci pour nous ! )))))
– Vous travaillez demain ?
– Oui !
– Vous vous sentez d’y aller ?
– Il faut bien, répond Monsieur Huitre, un peu blasé.
– Vous êtes à votre compte ?
– C’est ça oui, profession libérale.
Frottis demande :
– Vous faites quoi ?
– Je suis médecin.
Frottis croit avoir mal entendu :
– Zêtes quoi ??
– Comme vous, je suis médecin.
– Ah…
Monsieur Huitre se tortille sur le siège : devant lui, Frottis pense très fort quelque chose du genre « Depuis quand les boulangers vont acheter leur pain ailleurs que chez eux ? »
Alors Monsieur Huitre, gêné, regarde par terre et dit :
– Parfois, j’aime bien aller chez le médecin à mon tour. J’ai l’impression qu’on prend soin de moi et que ma santé intéresse quelqu’un.

Et quand monsieur Huitre est parti, il a insisté pour payer, ce qui ne se fait jamais entre confrères.
« J’insiste vraiment, a dit monsieur Huitre, si je ne payais pas ça gâcherait tout… »

PS : faites une bise de ma part à votre médecin la prochaine fois que vous le verrez. Ils le méritent… Sinon, depuis la création du blog, je cumule 5 258 278 visites sur le site.
Je suis content. Mon petit catalogue de l’humanité va continuer longtemps.
J’en profite pour dire que le premier livre est traduit en suédois et qu’il sort dans toutes les bonnes librairies de Suède (couverture ci-dessous) et que mon deuxième livre est à la correction…

Je vous kiffe,
Prenez soin de vous,
Baptiste Beaulieu

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