Stupeurs et soumission !

Alors voilà, l’autre jour, sur Instagram, j’ai publié un petit mode d’emploi sur la marche à suivre en cas de maltraitance médicale. Dedans, j’expliquais que je demandais systématiquement aux patients l’autorisation avant de les examiner. Et que je le faisais AUSSI pour les enfants.

C’est important car dans une situation inégalitaire comme celle qui existe entre un malade et celui qui a autorité à le soigner, demander au patient s’il accepte d’être examiné, c’est rééquilibrer ce rapport de force. Et il n’est jamais trop tôt, et les patients ne sont jamais trop jeunes, pour ne pas remettre un peu de symétrie entre eux et nous.

Je vous donne un exemple : à l’hôpital, les patients sont nus, sous une robe uniforme, commune à tous les autres patients, ils sont allongés, ils ne connaissent pas la médecine et sont souvent seuls. Les soignants, eux, sont habillés sous des blouses nominatives, ils portent des badges avec leurs prénoms, ils sont debout, ils connaissent tout du problème médical des patients, et ils débarquent souvent à plusieurs dans leurs chambres.

Comment voulez-vous que le consentement soit libre et éclairé dans ces conditions ?

Pas besoin d’avoir un doctorat en psychologie cognitive pour deviner qu’il est très difficile de dire « non » quand six personnes diplômées que vous ne connaissez pas mais, qui, elles, ont lu votre dossier, vous regardent et disent « on va faire ça sur vous ! ».

Quand je reçois des témoignages de lectrices, qui m’expliquent qu’un médecin leur a demandé de retirer leur soutien gorge alors qu’elles consultaient pour un acouphène, je suis en colère et je me dis que ces situations n’arriveraient pas si nous expliquions aux patients ce que nous allons faire, et pourquoi nous allons le faire. J’ai l’impression que beaucoup de patients ignorent ce simple fait : ils peuvent refuser un examen, une thérapeutique, un geste.

Atténuer la soumission à l’autorité que représente le corps médical c’est aussi respecter le serment d’Hippocrate qu’on a prêté. Réduire le sentiment de vulnérabilité de nos patients quels que soient leurs âges c’est du soin AUSSI. Remettre le tissu d’un chemisier sur le ventre d’une adolescente après examen, c’est du soin aussi, poser un drap sur des jambes en cas d’examens gynécologique, c’est du soin aussi.

Demander si on peut examiner c’est du soin aussi.

Et cette question si elle est importante à poser aux adultes, elle l’est aussi, sinon plus encore, à poser aux enfants.

« Est-ce que tu acceptes que je t’examine ? »

On bombarde les enfants d’injonctions à établir des contacts physiques avec les adultes qu’ils le veuillent ou non, sous prétexte de convention sociale,  « fais-moi un bisou », « va faire un câlin à mamie » etc, etc.

(((La politesse c’est dire bonjour, et au revoir. Je suis dubitatif sur le fait de forcer un enfant par convention sociale.)))

Je n’ai aucune idée sur la manière dont ces injonctions aux contacts physiques chez les enfants peut avoir, plus tard, un impact sur les adultes qu’ils deviendront et leur appréciation de ce qu’est un consentement libre et éclairé, mais je sais qu’un cabinet médical peut et doit être un sanctuaire ET une bonne occasion à saisir pour faire prendre conscience ou pour rappeler aux enfants que : « Ton corps, c’est ton corps, et ce n’est pas celui des autres, et le médecin qui t’examine n’échappe pas à cette règle ».

Pour des raisons évidentes il est toujours bon de rappeler aux enfants -même par ce moyen détourné qu’est une simple question posée au cabinet médical- que son corps lui appartient et que nul n’en est dépositaire, encore moins les adultes, fussent-ils médecins.

8 réflexions sur « Stupeurs et soumission ! »

  1. estamine

    Excellent texte. Puissent vos collègues tous en prendre conscience…Comment agir pour que ce soit le cas ?

    Opérée récemment à l’hôpital, j’ai vu comme j’étais traitée comme un numéro, voire une plante verte qu’il fallait arroser à coup de perfusion, je ne pouvais savoir qui étaient les gens car mes lunettes avaient été mises de côté, j’ai subi une complication (globe urinaire) et personne ne voulait croire à ma douleur…36h avant qu’on ne prenne en charge mon problème, j’appelle cela de la maltraitance de patient…

    Concernant les enfants, les petits, comment réagissez-vous si un enfant de deux ans refuse l’examen (c’est la prétendue période du non, l’enfant a peur de l’inconnu, l’enfant a récemment vu une ribambelle de blouses blanches qui lui ont fait prises de sang et autres gestes désagréables…) ? La question du consentement de l’enfant me paraît vraiment très compliquée.

  2. JC

    On ne peut que saluer le fait de demander à un enfant s’il accepte d’être examiné, mais faut-il vraiment le préciser pour un adulte ?
    En tant qu’adulte , citoyen (dans une démocratie…) ou plus simplement d'”être doué de raison”, n’est-on pas TOUJOURS en position de dire non ?
    Il me semble qu’à un moment, il est temps d’être “grand(e)” et responsable (enfin, au moins quand on vit dans une démocratie) : on PEUT avoir des idées différentes des autres, on PEUT ne pas être d’accord et le dire, on PEUT même REFUSER (d’être touché(e), examiné(e), de suivre une instruction, etc).
    Ce n’est pas un luxe, meme si beaucoup voudraient le faire croire aux autres.
    Il faut oser dire non, si on est résolument opposé(e) à ce qui est proposé/dit/fait.
    Non ?! ;-p

    1. estamine

      JC, non, je crois qu’en position d’infériorité, seul(e) face à un médecin parfois accompagné d’internes, d’infirmières (donc en supériorité numérique), face à un spécialiste qui connaît son sujet et ne prend pas toujours le temps d’expliquer ses décisions et les alternatives (donc en supériorité intellectuelle), parfois dénudé(e), parfois les jambes écartées, parfois en position de faiblesse psychologique, de faiblesse physique, non, je crois que le(la) patient(e) n’a pas toujours le cran, la force, de dire non.

      Voilà pourquoi même à un adulte, le médecin se doit de faire cette proposition, surtout que cela ne coûte pas grand chose.
      Je salue les médecins qui peuvent comprendre cela.

  3. bbloisirs

    Comme j’apprécie ce message.
    Je me souviens d’une hospitalisation pendant une grossesse et d’un chef de service s’adressant à “son public” d’internes disant, en parlant de moi : “c’est une menace d’accouchement prématuré”. Il a été très surpris quand j’ai pris la parole pour lui dire que j’étais une femme et non une menace.
    La maltraitance , elle peut être physique ou psychologique, nous risquons effectivement d’être en état d’infériorité face au “savoir” du médecin, mais ce “savoir” ne devrait pas donner du pouvoir mais des DEVOIRS !

  4. Cath

    Eh bien… je suis hospitalisée et j’écris la nuit depuis mon lit. Ici, les internes et les infirmières m’ont demandé la permission de lever le drap pour m’examiner. D’abord surprise, j’ai apprécié. Il y a du respect et du progrès dans les rapports. En revanche, j’ai vu des patients impatients aux urgences et d’autres les calmer et leur expliquer que le docteur étant seul…oui, il y a des efforts de la part de tous.
    Il est 06 heures et Paris s’éveille.

  5. maud COUFFRANT

    BRAVO pour votre respect et votre belle humanité, une prise de position qui me donnerait pour un peu l’envie de croire encore en l’Homme !
    Cordialement
    Maud

  6. Maryse

    Merci.
    Merci pour tes mots.
    J’étais secrétaire médicale dans un service de chirurgie plastique d’un grand CHRU. Le vendredi, jour de la Grande Visite (ça mérite au moins des majuscules !), nous étions une bonne quinzaine à naviguer de chambre en chambre dans le sillage du grand patron (ben non, pas de majuscule pour lui !) dont moi, secrétaire qui n’avait rien à fiche là sauf qu’il exigeait ma présence pour que je récupère les nombreuses clichés photographiques qu’il faisait… tâche importante s’il en est !
    Outre l’agrégé, les chefs de clinique, internes, externes, l’infirmière du secteur, le cadre infirmier de l’unité, il y avait très souvent aussi 3 à 4 esthéticiennes qui suivaient une formation spécifique pour le maquillage des cicatrices et autres en milieu hospitalier (le CODES), beaucoup de monde dans une chambre pour un(e) seul(e) patient(e) effectivement , comme tu le dis, souvent mis nu(e) devant la troupe au grand complet.
    Je ne compte plus les fois où je me suis planquée dans le couloir en attendant, par respect pour les patients et parce que j’estimais n’avoir rien à faire là, surtout pour un prétexte aussi nul.
    Donc en tant qu’ex-professionnelle (retraitée depuis) merci…
    Et enfin j’ai eu à souffrir d’attouchements sexuels de la part d’un membre proche de ma famille, ça a entaché toute ma vie. Là encore, merci de rappeler à tous ces enfants que leur corps leur appartient et que nul n’a le droit d’en abuser, ni de le toucher sans leur demander leur avis ne serait-ce pour une raison valable comme un examen médical.
    Ton humanité me touche beaucoup, Baptiste. Merci, vraiment merci !

  7. Emma

    Le gyneco m’a dit je vais vous examiner
    Ok
    Douleur inhabituelle
    Je me tortille
    Il me demande de me détendre
    Oui mais non ça fait mal

    Il voulait juste me faire un décollement des membranes
    Et sans me prévenir parce que sinon “les femmes sont stressées”
    Je n’ai pas accouché plus vite
    J’ai été malade jusqu’à l’accouchement alors qu’avant je n’avais rien mais une grossesse parfaite
    Et surtout la violence psychologique

    Merci mille milliards de fois !

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