Archives de catégorie : Anecdotes

Le miroir.

(dernière photo de Jim Morisson avant sa mort. Je vous laisse deviner pourquoi cette photo perturbe tout le monde…)

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Alors voilà, Olga a 87 ans, et elle s’est cassé le col du fémur. L’opération est longue, dangereuse, et la convalescence… eh bien la convalescence est ce qu’elle est quand on a 87 ans.

Il lui faut réapprendre à se lever, faire quelques pas, et enfin marcher avec l’aide d’un déambulateur.

Emmanuelle, une collègue kinésithérapeute qui s’occupe d’Olga me raconte ses progrès, lents et incertains, les séances de renforcement musculaire et de reapprentissage à la verticalisation. Évidemment -ce serait trop facile, sinon- Olga souffre de troubles cognitifs sévères : les jours pairs, elle ne reconnaît pas sa fille, et les jours impairs elle pense qu’Emmanuelle est directrice d’école.

Emmanuelle m’explique qu’Olga est une battante:

« Elle a un sacré caractère, et même si elle oublie pourquoi elle ne peut plus marcher, elle se donne les moyens tous les jours d’y parvenir. Je fais tout pour qu’on y arrive. Et je vais au travail tous les matins en me disant que ça en vaut la peine. »

Évidemment, la vieille dame a été très diminuée par l’opération. L’objectif d’Emmanuelle est qu’elle arrive au bout de la pièce de rééducation avec le déambulateur, mais sans aide humaine.

Les séances de rééducation passent sans qu’elle n’arrive à faire plus de quelques mètres. Mais jour après jour, elle grignote des centimètres.

Finalement, au bout d’immenses efforts, vient un matin où Olga traverse d’un côté à l’autre la pièce de rééducation et arrive au bout, face à l’immense miroir qui orne le mur.

Elle l’a fait ! Elle a traversé – seule – la pièce de bout en bout ! Emmanuelle la kinésithérapeute est heureuse, mais la vieille dame se retourne vers sa soignante, l’air dubitatif.

« Qu’est-ce qui se passe, Olga ? » demande la jeune femme.

Et la vieille dame désigne son reflet dans le miroir, et dit :

« Non mais c’est à cette vieille de bouger ! Même si elle est âgée, moi, j’ai la priorité : j’étais là avant… »

Emmanuelle sourit : Olga qui ne sait plus reconnaître son reflet dans une glace a gagné une bataille, mais d’autres guerres l’attendent.

Comme pour la marche, Olga ne sait pas que c’est impossible, alors elle y arrivera peut-être. L’hôpital est un lieu où on se bat tout le temps, de 7 à 87 ans.

Et n’oublions pas : la vie est belle !

La bête.

Alors voilà pourquoi je suis moins présent sur les réseaux et le blog…

Parce qu’il y a ceux qui t’écrivent pour te demander des conseils médicaux et, quand tu leur dis que tu ne travailles pas sur facebook, que tu as déjà fait cela toute la journée au cabinet médical, et qu’il est quand même dimanche soir 23h20, t’envoient chier en mode « je vous pensais plus humaniste… »

Ah mais c’est à dire que… Non, pas de MAIS. Tu es corvéable à merci, Baptiste. Tu dois bosser tout le temps, t’es juste une bête. Une bête de somme.

Il y a celle qui, parce que deux semaines d’affilée, tu as eu le malheur d’enchaîner des chroniques tristes, décrète que « tu verses dans le misérabilisme et fais du tire-larme numérique ton fond de commerce »

(Ah mais c’est à dire que… Non, tu as bien compris, Baptiste : il faut alterner. Une semaine sur le suicide, une semaine sur les prouts. Une semaine sur un enfant qui meurt, une semaine sur les pieds qui puent).

Il y a cet éditeur que tu ne connais pas, mais qui, parce que tu n’as pas parlé d’un livre qu’il t’a envoyé en service de presse, raconte à des blogueurs littéraires que tu as « pris un melon énorme ».

(C’est d’ailleurs pour cela que je reste vivre à Toulouse et refuse de m’installer à Paris : le melon est trop dur à transporter jusqu’à Saint-Germain).

Il y a ces blogueurs littéraires qui t’accusent d’avoir pris le melon, parce que Monsieur Machin, éditeur parisien, le leur a dit.

Ah oui, mais… Non, Baptiste, si Monsieur Machin l’a dit c’est que c’est vrai. Aucun rapport avec ce service de presse dont tu n’as pas parlé ! Evidemment !

Il y a cette internaute qui t’écrit un pavé énorme où elle a compilé tous ses problèmes de santé depuis le CM2 (merci mais non merci, madame. Globalement, écouter des gens se plaindre, c’est mon boulot. Je NE VEUX PAS lire cela en rentrant de ma journée, je NE VEUX PAS lire d’autres souffrances, j’ai eu ma dose).

C’est la même internaute, qui, parce que tu ne lui as pas répondu en 48 h, t’écrit un petit « UP ☝🏻 » deux jours après (genre elle siffle son chien qui ne lui a pas rapporté le courrier à temps).

Ah oui, mais… Non, Baptiste, la dame souffre. Elle SOUFFRE, compris ? Tu dois l’écouter. Tu as déjà écouté 36 000 personnes dans la journée ? Tu as envie d’oublier que la maladie et les malades existent ? Faire une pause ? BEN NON. La dame souffre. Après elle, il y aura quelqu’un d’autre, et après tu iras dormir et demain matin il y aura ENCORE quelqu’un d’autre (il y a toujours quelqu’un d’autre, ça fait un mal de chien).

Ah et je vous ai parlé de celui qui te demande juste « un contact sur Toulouse… » ? Well, ça aussi c’est mon boulot : trouver le bon spécialiste pour le patient. J’ai pas envie de faire cela le soir quand je rentre. Je suis comme tout le monde : je veux regarder NETFLIX en imaginant que la vie est belle comme dans les séries Américaines.

Il y a cet internaute qui t’écrit « je vous adore. Merci d’exister. Hélas cela ne suffit pas, j’ai décidé d’en finir avec la vie »

Oui, mais là je suis sur mon vélo, monsieur, et je travaille, monsieur, et je suis déjà en train de soigner quelqu’un d’autre, monsieur. Alors tu te retrouves à chercher son adresse sur Google en contactant ses amis facebook et contacter des pompiers à l’autre bout de la France pour qu’ils aillent défoncer sa porte et t’appeler pour te dire « non mais il va bien, il voulait juste un peu d’attention ».

Ah mais il va falloir faire la queue, monsieur !

Ai-je parlé de celui qui écume internet pour retrouver ton vrai nom et ton cabinet médical puis t’écrit personnellement pour te demander de devenir son médecin traitant ?

Et quand tu as le malheur de lui dire que tu trouves cela « un peu intrusif et effrayant », il te fait culpabiliser en te faisant passer pour un connard insensible (toi ? Insensible ? Ah ah ah ah. Non).

Alors que toi, ben toi t’as juste envie d’éclater en sanglots et que les gens te foutent la paix avec leurs procès d’intention et te laissent écrire tes romans et soigner.

Juste écrire et soigner.

Si vous souhaitez partager un témoignage de soignante ou de soignée, écrivez-moi ICI , mais je ne veux/peux que partager vos témoignages, vous donner une voix. Pas les porter à votre place, ni les recevoir comme des gifles. Être un relai. C’est tout.

PS : le pire c’est qu’ils me disent « je comprends » quand je leur dis ne pas pouvoir les aider car je ne consulte pas sur Internet. Ils comprennent que dalle ! Ils mettent de côté une dimension psychologique insupportable. Quand vous êtes dix, vingt, trente cent à contacter un médecin sur internet et qu’il vous répond « non », vous le faites culpabiliser affreusement.

Car « j’aurais quand même pu lui répondre », pense le gentil médecin à 22h21 sur son canapé.

Il y pense jusqu’à 22h44, heure des poules, heure à laquelle il va dormir, épuisé, sans avoir pu profiter sereinement du peu de temps qu’il avait avec les siens (qui ont probablement aussi, d’ailleurs, un trou qui leur fait de l’air !).

Troisième fois qu’on vient me demander des conseils médicaux en MP cette semaine. C’est tous les jours.

En vrai, y répondre c’est aussi le travail du médecin (on gagne notre vie comme ça). Et me poser des questions c’est nul car ça me fait culpabiliser si je ne réponds pas.

Ici, je ne suis pas là pour bosser.

Donc merci d’arrêter svp.

PS 2 : de toutes façons, on mourra tous, alors inutile de paniquer.

Je serai aussi samedi à 15h30 à la librairie Rimbaud de Charleville-Mezieres pour une rencontre avec vous toutes et tous !

Les oiseaux se cachent pour mûrir.

Alors voilà, Lucile, une collègue infirmière, me raconte comment, le soir du 15 avril 2019, elle s’est occupée de Jeannine qui a eu, il y a quelques années, un accident vasculaire cérébral l’ayant laissée aphasique.

Jeannine était sportive et dynamique. Elle a aujourd’hui 83 ans et elle ne parle plus, ne bouge plus, n’intéragit plus.

Elle fixe Lucile, de ses grand yeux verts. Grands yeux que personnes ne peut traduire. Personne sauf son époux, Henri.

« Aujourd’hui, m’écrit Lucile, quand il m’a parlé de leurs 53 ans de mariage, j’ai pu observer l’amour que continue d’éprouver Henri pour elle ».

Henri est paisible, il évoque avec l’infirmière tous leurs souvenirs : l’histoire de sa rencontre avec Jeannine, puis de leur premier rendez-vous, puis la fois où Henri l’a demandée en mariage sur le parvis d’une célèbre cathédrale parisienne, quand elle est tombée enceinte, quand il est devenu papa, quand ils sont devenus propriétaires, puis les vacances, les coups durs, les deuils, les grandes joies, quand ils sont devenus grands-parents, etc etc.

Dans le dernier roman Virginie Grimaldi, « Quand nos souvenirs viendront danser », on trouve cette discussion entre une héroïne qui pourrait être Lucile, et un vieil homme, qui pourrait être Henri :

Le vieil homme dit, en parlant de son épouse :

– Vous savez que je n’ai jamais dormi sans elle ? Pas une seule fois !

– Vous vous sentez seule ? demande l’héroïne, et le vieil homme répond :

– Je ne me sens pas seul, je me sens incomplet.

Eh bien c’est cela que décrit Henri à Lucile.

53 ans de mariage. 53 ans, punaise !

« Pour le meilleur, dit Henri, avant d’ajouter à demi-mot en déposant un baiser sur le front de son épouse « Et pour le pire ». »

La conclusion de 53 ans de mariage tandis que, dehors, en ce 15 avril 2019, dans le ciel de Paris, Nôtre-Dame brûle.

Alors non, m’écrit Lucile, ce n’est pas qu’une triste journée que celle où a brûlé Notre Dame. C’est une journée qui appelle à vivre.

Nous sommes, tous et toutes, avec nos histoires, uniques, précieux. Nous sommes tous et toutes irremplaçables. Nous sommes toutes et tous, des cathédrales. Des monuments. Et c’est peut-être la leçon que nous devons tirer de ce drame, le dernier cadeau que Notre Dame nous offre, je veux dire : l’être humain est irremplaçable, la vie humaine est irremplaçable !

Les flèches tombent parfois pour nous rappeler qu’interroger le ciel seul dans son coin est stérile, qu’il y a des vivants à côté de nous, ici et maintenant, et que si peut redresser des murs, on ne peut pas relever les morts. La vie est belle.

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Si vous souhaitez partager un témoignage de soignante ou de soignée, écrivez-moi ICI.

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Je serai mercredi 22 mai à Lyon, 20h20, au théâtre Comédie de L’odeon.

Je dédicacerai mes livres à la fin de la représentation !

Je serai aussi samedi à 15h30 à la librairie Rimbaud de Charleville-Mezieres pour une rencontre avec vous toutes et tous !

Suivra Saint-Maur en poche le samedi 15 juin !

Vous pourrez aller voir la pièce à Avignon durant le festival du mois de juillet ! Dates et informations ICI !

PS : je suis moins présent qu’avant sur les réseaux, je vous écrirai dans la semaine un petit texte pour en expliquer la raison… bonne et douce journée à toutes et tous !

Baptiste

Le garçon qui se réjouissait.

(Photo : moi quand j’entends le gouvernement dire que tout est fait pour améliorer les conditions de travail à l’hôpital)

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Alors voilà, on en parle peu et je ne sais pas si vous le savez mais les services des Urgences de plusieurs hôpitaux entrent en grève : en plus de Nantes qui rejoint les 17 services d’Urgences Parisiens, Mantes la Jolie, Valence, et Croix-rousse rejoignent le mouvement et ça me touche en tant que docteur, mais en tant que romancier aussi, puisque c’est dans un service d’urgence que se déroulait l’intrigue de mon premier roman.

Interne, j’ai beaucoup travaillé aux urgences et j’adorais ça. Parce que les services d’Urgences, c’est de l’humanité en boîte, du beau du bon du sale du violent du triste du joyeux, serrés comme des sardines, du jus de condition humaine concentré.

Pourquoi ne pas avoir voulu y travailler alors ?

Car un jour, je suis tout jeune soignant, et plein d’illusions, alors que je suis de garde, je m’occupe d’une ravissante patiente de 86 ans, qui doit être hospitalisée.

Élise, elle s’appelle.

Et vous savez, aux Urgences on passe presque autant de temps à examiner des malades qu’à se débrouiller pour leur trouver une chambre dans les services surchargés. Élise, 86 ans, attend sur un brancard que je lui trouve un vrai lit. Elle a attendu 6 heures.

6 heures !!!

Oui, oui. Moi je bataille comme jamais au téléphone pour elle et je la regarde, Élise. Seule, angoissée, incapable de trouver une position confortable. Et je me dis « avec son dos, un brancard… quand même ! ». Finalement, on m’appelle : « Baptiste c’est bon, il y a eu un décès dans le service, et du coup une place s’est libérée ! » et là, je me souviens parfaitement m’être exclamé «  SUPER !!!! » et m’être sincèrement réjoui : eh quoi, je viens enfin lui trouver un vrai lit ! Une vraie chambre ! Pas un couloir où circulent tellement de monde qu’elle est incapable de dormir…

Et puis je me rends compte que derrière mon « SUPER » si enthousiaste, il y a un être humain qui est mort, qui a « libéré la place ».

Et je quitte l’hôpital ce jour-là en me disant que je veux soigner, moi. Pas jouer aux chaises musicales avec les vivants et les morts. Et que plus jamais je ne veux me réjouir de la mort de quelqu’un : car ce n’est pas pour cela qu’on devient soignant. Non, non, et non : ce n’est pas pour cela.

Alors je ne suis pas politicien, je n’ai aucune idée de comment améliorer les choses. Mon travail, c’est essayer de soigner. Et quand on le fait mal, ou sous pression, ça amène à des erreurs et des absurdités, comme un jeune médecin qui aurait rêvé d’être urgentiste, mais qui a dû sacrifier cette vocation-là à cause de cette poudrière hospitalière où nous sommes censés incarner un certain idéal de vocation, d’humanité et de civilisation.

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Je serai mercredi 22 mai à Lyon, Comédie de L’Odéon, à 20h15, après la représentation de la pièce de théâtre adaptée de mon premier roman, pour une dédicace.

Venez !

Théâtre !

Voir les photos et la standing ovation à la fin de la représentation de rodage de mon premier roman adapté au théâtre, et être ému aux larmes !

Le début d’une nouvelle aventure…

Merci à tous ceux et toutes celles qui étaient là.

« Les 1001 Vies des Urgences »

• à Lyon du 14 au 24 mai

(Théâtre de la Comédie Odéon)

• à Avignon du 4 au 28 juillet

(Théâtre des Béliers)

Ensuite Axel Auriant (l’acteur principal) et la troupe tourneront en France…

Je mettrai les dates ici !

Ce qui me donne l’occasion de rappeler que la plupart des textes que vous lisez sur le Net ont demandé du travail et du temps à leurs auteurs sans que ça ne leur rapporte quoi que ce soit financièrement. Si vous aimez un artiste et que vous souhaitez pouvoir continuer à le lire, achetez ses œuvres, ses livres, et parlez-en.

La situation des auteurs en France est dramatique, mais c’est un drame silencieux, et qui n’intéresse malheureusement que le microcosme éditorial.

La culture est laissée à l’abandon (voir ici 👈), beaucoup d’auteurs galèrent à vivre de leur plume.

Moi, j’ai écrit 4 romans, qui ont été adaptés en BD, traduits dans de nombreuses langues, pourtant si je n’avais une activité professionnelle à côté, je ne pourrais pas vivre correctement et assumer une famille.

Merci beaucoup !

Baptiste

Les tomates, c’est la vie !

Photo, compte Instagram de Bibi, ICI. (Pour ceux qui l’ont lu, il s’agit du Richard qu’on trouve dans mon dernier roman !!!)

Alors voilà, c’est l’histoire de Jean-Pierre, un collègue aide-soignant qui travaille dans un service gériatrique de l’hôpital.

Son quotidien ? Prendre soin des personnes âgées.

Un jour, en été, ces dernières discutent de leurs anciens jardins respectifs etc… Elles parlent du goût des cerises de leur enfance, des pommes aux mille et une formes, des salades et des tomates cultivées avec amour.

Ah… les tomates !

Ayant lui-même un jardin, l’aide-soignant commence alors à apporter régulièrement des tomates de chez lui. Et il s’y attelle tout l’été, avec application.

« Non traitées, juste soleil et eau ! m’écrit-il avant de me détailler l’effet magique qu’ont ces tomates sur les patients.

« Leurs visages s’illuminent au moment du repas, et faut les voir croquer doucement dans mes tomates, fermer les yeux, et savourer. Ils en mangent tous. »

Il m’écrit que c’est bête, mais une simple tomate amène une complicité, même les moins bavards se mettent à discuter, et ils rient, et ils partagent quelque chose tous ensemble, alors ça efface la distance soignant-soigné, ce qui est précieux, parce que pas si fréquent, et ça facilite les soins ! Ce sont des moments où les vieux patients et les vieilles patientes ruminent moins, et se souviennent plus et surtout mieux, c’est-à-dire sans trop de mélancolie, de jolis morceaux de leurs vies.

Peut-être que le bonheur réside juste dans l’attention prêtée aux petites choses de la vie, et le malheur de la négligence dans laquelle on tient ces petites choses, peut-être, je ne sais pas, toujours est-il que, maintenant me dit Jean-Pierre, mon collègue aide-soignant, même les infirmières et certains médecins viennent squatter ce « moment tomate » afin d’en profiter pour expliquer les soins, et s’assurer qu’ils ont bien compris.

Franchement une tomate, c’est formidable !

Et je conclurai sur cette phrase magnifique d’Emile Zola, une phrase que j’ai affichée chez moi, tellement elle est juste :

« Rien n’est jamais fini : il suffit d’un peu de bonheur pour que tout recommence ! »

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Moi j’aime beaucoup quand vous venez me voir en dédicace, alors je m’en veux un peu quand je vous préviens la veille pour le lendemain.

En vrai, je suis débordé par le boulot numéro 2. Trop de malades.

Je serai demain au salon du livre de Limoges pour y signer mon dernier roman, « Toutes les histoires d’amour du monde ».

Et je prends les devants :

Je serai le 18 et 19 au salon du livre de Villeneuve sur Lot.

Et le samedi 25 en dédicace dans une magnifique librairie Rimbaud à Charleville-Mezieres (mais comme j’ai beaucoup de boulot au cabinet médical, j’ai pas eu le temps de me recentrer pour vous donner l’horaire…).

Je fatigue un peu dans un monde fatigué.

Vivement l’été et les rivières.

Vivement l’été et les mini-shorts.

Aussi, il reste quelques places pour la première de ma pièce de théâtre le 14 mai (et les jours suivants) à Lyon au théâtre de l’Odéon (ils ont ouvert les balcons !).

Réservations et informations ICI.

Bisous !

Instrumentalisation2.0

Photo : Caroline, mon modèle préféré… Suivez-moi ICI, où je me lance dans la photographie amateur.

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Alors voilà, le SYNGOF, le premier syndicat des gynécologues obstétriciens de France s’est dit prêt à entamer une grève des IVG pour rehausser le plafonnement d’un fond de garantie financier qui les aide en cas de faute.

Le SYNGOF, c’est ce syndicat dont le président, Bertrand de Rochambeau, avait comparé dans l’émission Quotidien l’IVG à un homicide.

Bien.

Imaginons un monde où ce serait les hommes qui porteraient les bébés dans leurs ventres, un monde où les femmes pourraient mettre enceintes les hommes chaque fois qu’ils ont un rapport sexuel.

Imaginons que dans ce monde-là des « andrologues obstétriciens », des gynécologues pour hommes, aient monté un syndicat.

Imaginons que ce syndicat regroupant 1600 professionnels entièrement dédiés à la santé sexuelle des hommes soit dirigé… par des femmes ! Bon c’est bizarre, mais pourquoi pas, hein… Maintenant, imaginez que la présidente de ce syndicat, Berthe De Rochambeau, revendique son refus d’accompagner les hommes dans la libre maîtrise de leurs testicules. Parmi TOUTES les spécialités médicales, elle a choisi la SEULE spécialité où elle savait dès le début qu’elle aurait à pratiquer des IVG !

Imaginez que ce syndicat représentant la seule profession au monde (avec les sage-femmes) ENTIÈREMENT dédiée à la santé sexuelle des hommes prétende, par la voix de son ancienne présidente Jeanne Marty, être prêt à « faire la grève des IVG », c’est-à-dire brader la SANTÉ des hommes et les DROITS des hommes à disposer librement de NOS corps !!!!

On serait choqué :

« Olala, mais c’est quoi ces nanas qui sont censées nous soigner, nous les hommes mais qui prennent en otage nos testicules et s’en servent comme leviers de négociation avec le gouvernement ! C’est anti déontologique !»

ÉVIDEMMENT, on se tournerait vers le Conseil de l’Ordre des médecins pour qu’il prenne des sanctions, mais comme le conseil de l’Ordre est AUSSI dirigé par des nanas, comptez pas trop là-dessus…

Eh bien ce syndicat existe dans le vrai monde, et son ancien président, Jean Marty, n’ignore pas que menacer de faire la grève des IVG suscitera une polémique.

On instrumentalise donc d’abord l’utérus des femmes ET on instrumentalise ensuite les voix des féministes car on sait qu’en s’indignant elles serviront de caisses de résonance à ces revendications.

Cette instrumentalisation au carré est indigne d’un syndicat de soignants ayant dédié leurs vies au service de la santé des femmes.

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Petit coup de gueule (ben oui, ça faisait longtemps)

(Dessin : Joséphin Bastiere, un artiste incroyable. Je vous encourage à visiter son site : ICI)

Alors voilà..,

L’autre jour, une jeune fille de 17 ans entre au cabinet médical et me demande :

« Bonjour, je voudrais savoir si le vaccin contre le papilloma virus est recommandé pour les jeunes lesbiennes ? ».

Que dire ? Je ne sais pas. J’en suis resté à l’idée très très floue que le papilloma virus -qui est responsable entre autre du cancer du col de l’utérus- s’attraperait essentiellement en passant des muqueuses masculines vers les muqueuses féminines.

Alors oui, j’ai eu de formidables professeurs de medecine, des hommes et des femmes extraordinaires, mais le cas particulier des lesbiennes, on ne me l’a pas appris à la fac.

Les études françaises sur le sujet sont inexistantes (presque autant que les lesbiennes invitées sur les plateaux TV pour causer de la PMA en ce moment, soit dit en passant).

Les seules études que j’ai pu trouver sont américaines et elles sont assez rares.

Rendons-nous compte : les personnes trans, bi, lesbiennes, gays, représentent 4 à 7% de la population et pourtant elles restent l’angle mort de nos facultés de médecine. Ce ne serait qu’une discrimination de plus si, en l’occurrence, l’angle mort n’était pas… mortel.

Parce qu’on ne nous l’enseigne pas, parce que la santé des minorisées sexuelles comme les lesbiennes n’intéresse personne, parce que la médecine est excessivement normative, parce que nous avons peur de dire à nos patientes « je ne sais pas madame on ne me l’a pas appris », parce que TOUT ÇA, les femmes lesbiennes sont en moyenne 4 fois moins vaccinées contre le Papiloma virus que les femmes hétérosexuelles.

QUATRE. FOIS. MOINS.

Aux USA, on estime que 35% des femmes lesbiennes ne se sont jamais vues proposer de frottis de dépistage parce que nous, les médecins, croyons qu’elles en ont moins besoin que les femmes hétérosexuelles. Ce qui est faux, ARCHI FAUX !

N’imaginons pas que l’homophobie, ou la lesbophobie, ou la transphobie se cantonne à de pauvres types bas du front dans la rue qui violentent des personnes transgenres à la sortie du métro Place de la République en criant « à mort les guouines et les Pd ».

Le cancer du col de l’utérus est le deuxième cancer féminin dans le monde (274 000 décès en 2002).

Combien de femmes lesbiennes mortes doucement, sans bruit, sans même savoir que la raison précise pour laquelle elles sont passées sous les radars diagnostics est que notre système de santé est hétéronormatif ? Combien ?

Joyeux anniversaire miss H.

Alors voilà,

Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de Madame Helmut, 104 ans.

Il y a 12 ans elle est arrivée seule au volant de sa voiture rejoindre sa chambre de la maison de retraite. Trop de deuils, trop de solitude, et à 92 ans elle ne veut pas être à la charge de son petit-fils.

Elle a mis dans son coffre ce qu’elle a de plus précieux dans la vie. À 92 ans, deux solutions : soit cela nécessite de faire un certain tri tellement on a accumulé de traces de notre passage sur terre, soit aucun tri n’est vraiment nécessaire tellement on n’en n’a plus vraiment grand chose à faire, de toutes ces choses matérielles qui nous paraissent si importantes à 30 ans.

Madame Helmut est belle, coquette, un peu précieuse, très digne, elle n’aime pas trop dépendre des autres, et que les autres s’inquiètent.

Depuis trois ans, elle ne quitte plus trop sa chambre à la maison de retraite, non pas par dépendance ou impotence, mais pour garder intact son univers, ses quelques livres (l’île au trésor de Stevenson, Peter Pan de James Mattew Barrie et la collection complète des œuvres de Jean D’Ormesson), sa musique, qu’elle écoute religieusement, et ses émissions littéraires, qu’elle adore (« surtout quand les critiques se disputent entre eux comme dans le masque et la plume » m’écrit Bernadette, l’aide-soignante qui veille sur elle).

Si je parle d’elle aujourd’hui c’est que, aujourd’hui, justement, elle ne veut pas fêter ses 104 ans ! Non, non, elle veut fêter ses 102 ans, 102 années vécues, 102 années de souvenirs, de joies, de peines, et non cette année 104 qu’elle entame à peine mais qui lui paraît trop lourde, aussi lourde que sa cent-troisième année. Alors, alors, alors, depuis deux ans, les aides-soignantes lui préparent un gâteau avec trois bougies en forme de un, de zéro et de deux.

Parce que pour madame Helmut, 102 ans, ça va, mais 103 ou 104, vous comprenez, ça commence à faire vraiment trop vieille.

Alors j’en profite pour :

– d’abord, saluer toutes les aides-soignantes et tous les aides-soignants qui nous écoutent, particulièrement Bernadette qui m’a confié cette histoire et souhaitait qu’on lui fasse la surprise,

– ensuite, pour souhaiter ici, un merveilleux anniversaire à madame Helmut, qui n’a, comme elle dit, « QUE 102 ans plus un jour ».