L’homme-chandelle.

7 heures, dans un couloir des Urgences.
Je déteste commencer ma journée par une tentative de suicide.
Mme Didon a avalé 14 comprimés d’une boîte, 9 d’une autre, 8 d’une troisième.
Elle s’est réveillée, deux jours plus tard, assommée par les drogues. Sa sœur la giflait en appelant les secours.
Les premiers bilans biologiques confirment notre examen : elle survivra. Le foie en vrac et contre sa volonté, mais elle survivra.
Dans son box, elle pleure en fixant le mur blanc. J’ignore ce qu’elle y voit, mais son regard s’y colle avec l’insistance d’un Velcro neuf.
J’entre :
– Je me suis ratée, dit-elle en guise de salutations.
Je lui explique qu’elle a réussi, puisqu’elle est en vie.
– Vous ne comprenez pas.
– C’est vrai, je ne comprends pas, mais je peux vous raconter une histoire.
Encore crevé par la fiesta de la veille, je prends un siège et m’affale contre le brancard comme au comptoir d’un bistrot qui s’appellerait « Au café Maxence, café de la dernière chance ».
Je lui raconte l’Histoire, la Grande, la Belle, celle que je sors à chaque fois que ma route de soignant croise celle d’un prétendant au suicide.

« J’étais en stage avec un médecin généraliste. Le docteur Octopus Quichotte. Un être exécrable, vous le détesteriez. Nous recevons M. Lazare, un patient handicapé. Son fauteuil roulant est trop imposant pour franchir l’entrée, il accède au bureau par la sortie. Examen de routine, on le déshabille. Son bras gauche est collé au thorax par de la chair. Ses deux jambes sont rétractées sur les cuisses par des brides, il les replie dans une position affreuse. Son corps est un champ de bataille tordu par les cicatrices. Partout, d’anciennes brûlures au troisième degré. L’image qui me vient ? Une bougie qui a fondu. Le feu n’a rien épargné, surtout pas la mèche de la chandelle : son visage coule, sa joue droite donne l’illusion d’une larme de cire. Pourtant, son moignon de lèvres sourit immensément. Il parle de ses projets, de ses voyages récents, de sa nouvelle compagne enceinte. Elle porte leur premier enfant. Il est fébrile à l’idée d’acheter des pots de peinture bleue ou rose. Il préfèrerait un pot rose, mais un petit garçon serait aussi un miracle.
Je regarde cet homme, marqué par le feu. Je le regarde vivre, enthousiaste et gai. Je ne comprends pas. Quelque chose m’échappe. Il quitte le cabinet. Le bon docteur Octopus Quichotte se tourne vers moi :
– Devine comment il s’est fait ça !
Ça : litote informelle pour désigner la transfiguration du corps sain en coulée de lave.
– Il y a quatre ans, il a mis de l’essence dans l’habitacle de sa voiture et a foncé contre un mur. Il voulait mourir. »

Mme Didon m’écoute.
– Quand j’ai vu cet homme, il était heureux.
Je n’ajoute rien. Je soulève mon coude du comptoir et ne paie pas ma consommation. Je recule mon tabouret et quitte le « Café Maxence, café de la dernière chance » en plantant là une serveuse aux grands yeux tristes.
Je n’ai pas grand-chose dans la vie, mais j’ai des histoires. Je rencontre des gens couchés ou en fauteuil roulant, des existences qui interrogent mon humanité. Je ne suis pas égoïste : ces questions, je les partage avec d’autres patients. Je tricote entre elles des destinées humaines.

(FAYARD© Tous droits réservés.)

Salut à tous ! Comme vous voyez, la traduction italienne est bien avancée (“La vie n’est pas grave” magnifique titre pour le roman !), pour une sortie dans quelques semaines au pays de Dante ! Suivront Japon, Espagne, Allemagne, Russie, Taïwan, Suède, Pologne, Corée, etc. (Cet aparté est pour ceux qui me suivent depuis le début et font partie de l’aventure !)
J’ai encore reçu des demandes d’éclaircissements à propos du livre.
Il s’agit d’un vrai livre avec une vraie trame narrative où j’ai intégré les meilleures anecdotes du blog et les meilleures anecdotes (selon moi) non publiées sur le blog (et donc inédites). Je vous ai donné la première page du livre, parce qu’un exemple vaut mieux qu’un long discours etc…
Le roman est disponible ici : LIVRE

Chez votre libraire ce serait mille fois mieux ! Je kiffe les libraires ! En plus, avec un peu de chance, le vôtre est un(e) grand(e) suédois(e) blond(e) célibataire qui vient de se faire larguer… (Riez pas, ça m’est arrivé !).

88 réflexions au sujet de « L’homme-chandelle. »

  1. MarionLR

    Ça ne se traduit pas en italien “alors voilà”?
    Bonne chance pour ton aventure internationale Bibi… Ça doit faire bizarre de voir son bébé parler autant de langues alors qu’il est encore tout jeune!!!!
    Bizabibi

  2. Claire

    C’est un magnifique passage qui m’avait beaucoup émue à la lecture de ton livre…
    Oui, “La vita non è grave !”, mais aussi “What a wonderul life !”
    Rien n’est jamais figé, et souvent, il existe de petits (ou grands !) miracles !

    La couverture italienne est belle, plus téussie que la “nôtre”, je trouve 😉
    BIses !

  3. doume

    Des couleurs qui claquent pour l’exubérance italienne, c’est magnifique ! 🙂
    Bravo Bibi, vous allez pouvoir danser au pied du Colisée ! 😉

  4. EmiSoRa

    Bonjour Baptiste, je ne commente jamais, mais comme aujourd’hui tu es de passage chez Mollat, cette magnifique librairie, j’en profite pour te féliciter… J’ai découvert le blog via Penseesderonde suite à l’article du Monde, et ce jour là je n’ai pas été très productive au travail car j’ai du passé au moins 3h a remonter le fil du blog en me disant a chaque fois “une dernière et j’arrête !” Comme pour un bouquin en somme…
    Bref je ne pourrais malheureusement pas être chez Mollat aujourd’hui, et d’ailleurs il n’y a rien de malheureux a ça, car si je ne peux pas venir c’est parce que je viens de donner la vie a mon merveilleux 3′ petit garçon… Alors voilà, bonne journée, je pense a toi et je suis fière d’avoir un tout petit peu contribué via les visites du blog a la naissance de ton premier bébé de papier…
    Emilie
    PS : il faut que je change de pseudo, ce sera désormais EmiMaSoRa… Si un jour je recommence

  5. Grand33

    Bonjour Bibi,

    Cette petite brève de comptoir me rappelle une citation qui faite le lien entre Mme Didon et Mr Chandelle :
    “la vie ne vaut rien …. mais rien ne vaut la vie ! ”
    la bise
    et encore désolé pour ce soir

  6. Dany

    Bonjour,
    Je ne commente jamais mais suis dès que je peux le blog et ai lu the livre que j’ai adoré. Un collègue l’a lu aussi, on en parle souvent.
    Trop contente car ce soir, je viens chez Mollat si tout va bien et j’en suis ravie.
    Je travaille dans un hopital sans être soignante….

    A ce soir j’espère

    Dany

    1. Cilou

      Au contraire… ça montre que l’espoir est toujours permis, qu’un lendemain qui chante est toujours possible… même (surtout ?) quand on a atteint le fond.

  7. Mandyvanille

    Dans un de mes premiers stages j’étais en oncologie… Le médecin m’explique qu’un patient en rémission d’un crabe qui lui rongeait la gorge refuse à présent de s’alimenter, qu’il veut mourir… Alors je vais le rencontrer. Je me fais toutes mes théories de débutante (il n’a plus de courage, de se battre, il a peut être mal ou perdu le goût des aliments et donc celui de la vie…) Et puis je rencontre un homme affaibli mais qui au fil de mes visites s’avère souriant, presque heureux de me raconter son histoire. Pourtant il ne mange toujours pas 🙁 Un jour il me raconte que déjà il y a quelques années il s’est tiré une balle dans le ventre pour en finir… Mais il est là… Et c’est là que je ne vois rien d’autre à lui dire que c’est quand même extraordinaire cette force de vie en lui, mince il a survécu à une balle et à un crabe! “Il y a quelque chose en vous qui a envie de vivre, vous avez quelques choses à transmettre” lui dis je. Il a souri et a parlé de son petit fils qu’il voyait si peu…. Il a quitté l’établissement quelques jours plus tard, j’espère avec un appétit d’ogre mais surtout il avait appelé sa fille et son petit fils..

  8. Alice

    Pour avoir fait une TS; et m’être retrouvé dans un service de pédo/psychiatrie (oui quand on fait çà adolescent on vous fout soit avec les enfants, soit avec des adultes en psychiatrie)..

    Et je t’avoue malheureusement BIBI, que lorsque tu as envie d’en finir, le mec qui vient te voir avec ce genre de discours tu as juste envie de lui foutre ta main dans la figure ..
    Alors on va me dire que “oui aujourd’hui tu es heureuse d’être en vie” je ne suis pas sûre, depuis j’ai perdu mes parents, ma famille, des proches qui ont été emportés par la maladie .. une vie de galère .. et je t’avoue que j’ai toujours cette petite idée en tête, un jour peut être je pourrai être enfin tranquille

    p.s: si tu pouvais dire à tes collègues de pédo psy d’éviter de laisser des ados en rute rentrer dans les chambres de gamines endormies çà serait une bonne chose merci 😉

    1. marie

      Ça ne prévient pas quand ça arrive
      Ça vient de loin
      Ça c´est promené de rive en rive
      La gueule en coin
      Et puis un matin, au réveil
      C´est presque rien
      Mais c´est là, ça vous ensommeille
      Au creux des reins

      Le mal de vivre
      Le mal de vivre
      Qu´il faut bien vivre
      Vaille que vivre

      On peut le mettre en bandoulière
      Ou comme un bijou à la main
      Comme une fleur en boutonnière
      Ou juste à la pointe du sein
      C´est pas forcément la misère
      C´est pas Valmy, c´est pas Verdun
      Mais c´est des larmes aux paupières
      Au jour qui meurt, au jour qui vient

      Le mal de vivre
      Le mal de vivre
      Qu´il faut bien vivre
      Vaille que vivre

      Qu´on soit de Rome ou d´Amérique
      Qu´on soit de Londres ou de Pékin
      Qu´on soit d´Egypte ou bien d´Afrique
      Ou de la porte Saint-Martin
      On fait tous la même prière
      On fait tous le même chemin
      Qu´il est long lorsqu´il faut le faire
      Avec son mal au creux des reins

      Ils ont beau vouloir nous comprendre
      Ceux qui nous viennent les mains nues
      Nous ne voulons plus les entendre
      On ne peut pas, on n´en peut plus
      Et tous seuls dans le silence
      D´une nuit qui n´en finit plus
      Voilà que soudain on y pense
      A ceux qui n´en sont pas revenus

      Du mal de vivre
      Leur mal de vivre
      Qu´ils devaient vivre
      Vaille que vivre

      Et sans prévenir, ça arrive
      Ça vient de loin
      Ça c´est promené de rive en rive
      Le rire en coin
      Et puis un matin, au réveil
      C´est presque rien
      Mais c´est là, ça vous émerveille
      Au creux des reins

      La joie de vivre
      La joie de vivre
      Oh, viens la vivre
      Ta joie de vivre BARBARA

    2. titou59

      @ Alice : c’est si bien dit, et comme je te comprends. C’est vrai que quelqu’un qui n’a jamais eu ces sombres idées en tête ne peut pas comprendre. Essayer d’imposer sa joie de vivre à quelqu’un qui ne pense qu’au suicide, c’est aussi une erreur et peine perdue, car plus on déprime, plus on se noit dans les idées noires et plus le bonheur des autres et leur joie de vivre vous étouffe et vous noie …
      Il faut l’avoir vécu, il faut le vivre, pour comprendre.
      @ Marie : c’est un très joli texte, tellement “vrai”. Une lutte de tous les jours pour ne pas sombrer.

      1. Mésange

        C’est vrai, Titou, il faut l’avoir vécu pour le comprendre.

        Mais je voudrais aussi tellement que ceux qui ont ces idées-là ou qui les mettent hélas en pratique nous expliquent à nous qui ne savons pas, à nous qui parfois passons à côté sans voir leur mal-être, qu’ils nous aident à comprendre, à saisir un éventuel petit fil qui nous permettrait de les retenir du côté de la vie.
        Parce qu’il y a ceux qui font une TS et ceux qui les aiment. Et je peux te dire que pour ceux qui les aiment, c’est aussi vraiment très très très difficile… juste comprendre…
        Pouvoir refaire pencher la balance du côté des ressources inconnues n’est peut-être pas du ressort de ceux qui aiment mais de ceux qui aident à se remettre debout, comme Baptiste ou d’autres soignants ou simplement de gens totalement extérieurs : je ne sais pas… Ce que je sais c’est la force du sentiment d’impuissance de ceux qui aiment.
        Et là aussi, Titou, cet autre côté de la TS, il faut l’avoir vécu pour le comprendre…

    3. martine

      @ Alice pour ton PS malheureusement tout à fait d accord avec toi .Pour le reste je comprends mais le rôle d un bon médecin est d essayer de redonner envie.Mais sans être très entouré c est difficile ,je te souhaite beaucoup de courage pour affronter tes démons et surtout de rencontrer les bonnes personnes pour t y aider .

    4. jane

      La vie n’a rien d’un long fleuve tranquille sinon elle ne serait pas si précieuse… Les galères c’est la vie Marie. Elles existent pour te rappeler les moments de bonheur, de paix (entre autres, pour faire chier aussi :p) Ne sois pas heureuse d’être en vie si tu ne le souhaites pas, juste ravie de ne pas être morte pour avoir l’occasion de bouquiner le livre de Bibi 🙂 Sourire

  9. Conils

    Heureuse de pouvoir venir à la conférence/dédicace de ce soir chez Mollat. J avais hâte de lire le livre mais n avais pas voulu l acheter espérant pouvoir le faire lors d une rencontre dans cette superbe librairie qu est Mollat… Et ce soir ce sera chose faite.

  10. Annick

    Comme l’a dit Socrate : “beaucoup de gens pensent à vivre longtemps, peu à bien vivre” et Mme DIDON pensait vivre peu, mais grâce à vous, elle va peut-être vivre longtemps…. quel miracle d’être là au bon moment !
    bonne journée
    une fan

  11. P.

    J’aurais bien voulu te dire félicitations en italien, mais je ne parle pas un mot… Du coup, pour compenser : toute mes ficelles de caleçon (toutes mes félicitations quoi), pour ton exportation à l’étranger !

  12. Herve CRUCHANT

    Le désespoir-réaliste, lucide, est aussi un éloge à la vie. Pas celle qu’on pratique tous les jours mais celle qu’on connait. Pour l’avoir entendue dans une chanson de ruelle au soleil d’un autre hémisphère. Pour l’avoir vue dans un câlin de mère avec son enfant dans les planches d’un taudis. Pour avoir compris, dès la plus petite enfance, qu’il va falloir exister parmi tous ces semblables, qui ont semblablement peur.

    Le désespoir-réaliste, c’est avoir, à chaque instant du jour, recours à la force de résister au dénigrements, à la méchanceté sarcastique, devenue ordinaire comme ce racisme ordinaire qu’on ne remarque même plus quand on le rencontre ou le découvre, crachat sur la chaussure.

    Je ne soigne pas ceux qui ont besoin de soins. Je ne dirai pas comment ils doivent être, ces soignants là. Je sais seulement que je suis bien quand je suis secouru. J’ai le mal en patience mais l’empathie fragile, qui a besoin d’attentions. Je sais aussi que soigner c’est gommer les distances. Se sentir en commun. Partager à égalité de droits et de devoirs la misère d’exister. Comme si le partage était une finalité.

    Le désespoir-réaliste, lucide, c’est de savoir que l’amour existe. Et la tendresse aussi. Qu’il est trop souvent vain de les dire et de les montrer. Le sarcasme et la démolition font figure de forces et de vertus. Le désespoir-réaliste, lucide, c’est de ne croire en aucun opium du peuple, de rester debout, et de répandre ses caresses à qui ose encore passer à portée de ses tendresses. Peu de monde aime à reconnaître qu’il a peur et besoin d’être considéré.

    Le désespoir-réaliste, lucide, est aussi un éloge à la vie. A ne pas dire basta quand à l’évidence c’est la seule réponse raisonnable face au cataclysme exagérément ralenti que nous avons construit. Le désespoir-réaliste, lucide, est aussi un éloge au courage de se confier à l’incertitude du moment de cesser d’exister alors qu’on a tous les moyens de décider du cours de ses propres lucidités.

    Le désespoir-réaliste, lucide, c’est de savoir que le bonheur existe à l’horizon du monde. D’aller vers lui. Et de savoir que la Terre est ronde.

    1. Catherine d'Argentine

      @Herve:…”que le bohneur existe a l’horizon du monde”…j’en sais quelque chose:…grace au Doc,grace a ses textes,et ses paroles…un jour,j’ai eu la chance de vous rencontrer,vous les etoiles-humaines lecteurs/trices de ce blog…@ALICE:Je ne connais pas de mot assez beau,pour te redonner de l’espoir,mais bien humblement,je t’ouvre mes bras et te serre fort dedans,meme si c’est seulement virtuellement…je cotoie des gens qui baissent parfois les bras devant l’injustice qu’ils doivent affronter ET je dois t’avouer que je comprend leur desarroi,mais pourtant parfois,je suis le temoin de leur rencontre avec des personnes significatives,qui les aide a rebondir… la resilience permet parfois d’ ouvrir les portes qu’on croyait verrouillees a jamais,

    2. Albigène

      @Hervé Cruchant

      Désespoir, réaliste, lucide …. Entre l’optimisme raisonné et le pessimisme aveugle je choisirai toujours l’homme révolté. Il se cache derrière l’homme au désespoir, réaliste, lucide. Et il est beau !
      Merci Hervé.

    3. Rofine

      Hervé, j’adhère à ton texte de toute beauté.

      “Savoir que l’amour existe et la tendresse aussi” ces sentiments exprimés par ceux qui nous entourent nous aident dans les moments difficiles de la vie et à reprendre pied dans la réalité.

  13. nevousinquiétezpas

    Merci pour ce post et bravo pour le livre qui fait des petits outre-frontières !
    Un titre original dans une autre langue valant mille fois mieux qu’une traduction (trahison ?) approximative, j’aime beaucoup celui en italien. « La vie n’est pas grave » répond tellement bien à « seule la mort est grave ».

  14. Laurent

    Superbe anecdote comme toujours!
    Au passage, ravi que ton livre rencontre un si franc succès! Et comme tu le dis, mieux vaut l’acheter en Librairie : c’est toujours plus agréable de parler avec un(e) vendeur/vendeuse plutôt qu’avec un robot!

  15. Robichon Justine

    Je suis très heureuse pour toi que ce livre fonctionne si bien !!! Il va être lu dans tellement de pays et réconcilier tellement de personnes !
    Personnellement j’ai adoré et si j’avais pu je l’aurais lu en une nuit !!

    Dans ces moments là je suis très fière de faire partie de ceux qui suive ton blog et tes histoires depuis le début… Dès la première histoire je suis tombé sous le charme de ton écriture et de ton humanité et même depuis le Sénégal je continue de suivre tes postes. Continue tes histoires s’il te plait, vraiment !

    Merci

  16. Cmoi

    Tu dis ne pas avoir grand chose dans la vie a part tes histoires que tu partages avec nous tes histoires qui malgré leur gravité sont tellement belles, tellement vraies, tellement justes, sans jamais sombrer dans le voyeurisme ou le macabre, je tenais a te dire que il y a encore 7 mois de cela tu n’étais pas assis a côté de moi ( bien que tu aurais pu être trognon en stérile) mais ce fut tout comme et tes histoires m’ont aidées a tenir le coup et parfois a ne pas sombrer, alors BiBi ne dis pas que tu n’as pas grand chose dans la vie tu as tes merveilleuses histoires, et crois moi VRAIMENT elles sont tout sauf inutiles.
    Merci bisous

    1. Mésange

      Et en plus Bibi, tes HISTOIRES, non seulement elles aident certains à tenir mais en plus elles créent des liens magnifiques entre de parfaits inconnus… Elles font aussi sortir des mots qui étaient là, tapis dans un recoin de nous, des mots qui se taisaient attendant LE moment pour se dire.

      Quand on te dit que tu es un brin magicien, toi le conteur d’histoires, toi le tisseur de liens (et pas seulement soignants/soignés!), tu peux vraiment nous croire!

  17. Herve CRUCHANT

    @Alice.

    J’ai un mot à te dire, juste avant d’aller dormir un peu. A chuchoter plutôt. Parce que je sens les choses comme toi. Et je veux qu’on me laisse tranquillement disposer de mes idées à moi; tout comme toi.
    Dans nos têtes elles se baladent pas toujours gentiment. Et elles rencontrent des voiles et des fumées qui les attirent vers des lieux maudits. Je le sais bien. On ne peut pas s’en défaire mais on peut être plus fort que ces ombres là. Parce que c’est toi qui est dans ton corps et que tu es la maîtresse de tout ce grand bazar que nous sommes. Je chuchote parce que je vais te dire mon secret: quand quelqu’un que j’aime a de ces angoisses et de ces idées de vouloir avoir la paix en dehors de tout, il me les raconte dans sa tête. A distance. En silence. N’importe où dans le monde, n’importe où dans le temps. Et je reçois son message. Bien sur que si. Et bien sur que çà marche ! Je le fais moi-même quand çà va vraiment mal ou que je pense malgré moi -çà t’arrive aussi, hein?- : je raconte tout à quelqu’un que j’aime et qui sait que je peux lui parler en silence. Je sais bien qu’il y en a qui disent que j’ai réinventé l’ange gardien. Tu parles ! Ni ange ni gardien. Surtout pas gardien. Tu vois ce que je veux dire ? On peut faire un essai. Il suffit que je sache que tu es d’accord et il suffit de le faire quand tu le veux. Tu me diras?
    Aller, Alice, je vais au lit. Si je sens une onde, c’est peut-être toi qui viens pour essayer de me faire peur. Tu es pleine de malice et un peu espiègle, je crois, Alice. A demain ? Moi, c’est “Hervé”.

      1. Catherine d'Argentine

        …’C’EST UNE PLUME D’ANGE…OH RASSUREZ-VOUS…JE NE VOUS DEMANDE PAS DE ME CROIRE,JE NE VOUS LE DEMANDE PLUS…UNE NUIT,JE FAISAIS UN REVE DESOPILANT,QUAND JE FUS REVEILLE PAR UN FRISSON DE L’AIR…”CLAUDE NOUGARO

    1. Mésange

      @ Alice
      Hervé a su trouver les mots justes que bien des lecteurs de cette page cherchaient vainement : trop gnagnants, trop “copain-copain”, trop enjoués, trop sombres, trop ci et trop là… y’a plein de cerveaux qui ont cherché des mots… pour toi, Alice.

      Moi, je n’ai pas trouvé les mots. Alors j’ai décidé de te donner l’une de mes plumettes… à moins que tu ne préfères profiter de ma dernière plume d’aigle, celle que je m’offre dans mes “grandes” victoires (qui pourraient paraître si dérisoires à certains) : tu peux la serrer aussi fort que tu veux, la caresser, caresser ta joue (ou ce que tu veux!!!) lui parler pour de vrai ou lui adresser des mots silencieux, la tordre, pleurer dessus, la brandir dans un éclat de joie et de rire… elle est à toi. Et si un jour tu avais envie de la déchiqueter parce que tu es trop mal, fais-le : elle est un brin magique et te reviendra aussi douce et attentive qu’avant…
      Juste pour que tu saches, Alice, que sur le blog de Baptiste, il y a des gens qui te sont inconnus qui pensent à toi : tu n’es donc plus tout à fait seule…

  18. Cath

    Pour Alice, et aussi Titou 59
    Je m’appretais à écrire qu’il ne fallait pas garder ces idées tourmentées en tête, de celles qui font croire que si on arrête tout, on ne souffre plus.
    Je voulais écrire de les chuchoter au papier, à ceux qui peuvent écouter tout simplement.
    Hervé Cruchant a finalement mis en mots ce qui est difficile à dire quand on ne veut pas assommer de bons sentiments la personne en face.
    Voilà. Le silence n’est pas nécessairement synonyme de vide.

  19. Rofine

    @ Alice et @ Titou 59
    Vous êtes venus dans le blogàbibi en toute confiance et vous avez raison.
    Vos messages m’ont touchée, vous avez vécu des émotions trop fortes qui vous semblent difficiles à surmonter et que ” nous autres ” ne pouvons pas comprendre. Pourtant, vous avez su l’exprimer avec vos mots et rien que cela c’est important pour vous.
    Maintenant que nous sommes plusieurs à vous avoir répondu, vous voyez que vous n’êtes plus seuls : continuez à venir ici et partageons un petit bout de chemin ensemble…

  20. Mésange

    Je viens de lire sur la page Facebook d’Alors Voilà un nouveau message d’Evelyne concernant André, son mari. Pour ceux qui ne vont pas sur Facebook et souhaitent avoir de leurs nouvelles, voici ce message :

    a ceux qui m’ont soutenu …
    André s’en ai sorti …il a survécu a TOUT; purpura, amputation,pneumopathie,phlébite du foie ect….
    et il est là ..
    pour finir amputation des 2 premières phalanges main droite tous les doigts ,2 phalanges index gauche (il est gaucher) moitié pied droit et jambe gauche coupée sous le genoux ….donc beaucoup +
    mais il est là ; il a fait ses 1er “pas” avec sa prothèse gauche ..
    il a encore la droite a essayer et plein de rééducation a faire …mais..
    IL EST LA ! ! !!
    merci d’avoir été là quand j’étais perdue ….
    une autre vie commence pour nous
    merci docteur,merci…..

    Pour ceux qui ont envie de connaître Evelyne et André et leur histoire à la fois si douloureuse et si pleine d’espoir : https://www.alorsvoila.com/lhomme-qui-nous-avait-dans-le-nez#comments
    Le 1er post d’Evelyne était le 29 octobre à 9h58.
    Abrachauds à tous

    1. marie

      mille merci Mésange c’est top de penser aux cop’s afacebookées, c’est extrêmement émouvant de lire ” il est là” je ne sais pas si Évelyne et André passent par là des fois, en tout cas je vous fais des giga mégas bises, vous avez pris le bon camino .

        1. marie

          à un point que tu ne peux même pas imaginer, une armée de guérisseurs , des cœurs battants venus de partout qui on entendu ton appel , là tu vois les mots n’existent plus c’est une communion fraternelle pour pulser la Vie, trop merci à Baptiste pour ces moments uniques et rafales générales de cilous. Et VRAIMENT André c’est trop la classe, respect.

      1. doume

        Merci à toi d’avoir donné des nouvelles et bon courage à André pour sa rééducation.
        Tu sauras le soutenir, j’en suis certaine et de nouveau la vie sera belle, différente, mais belle.
        Bisoux.

  21. Pivoine

    Je regrette tant que D. n’ait pas croisé, sur sa route de souffrance, une personne telle que toi Baptiste … en choisissant la corde, impossible de se rater hélas , et comme Mesange l’a si bien dit, ceux qui l’ont aimé sans le comprendre doivent vivre avec ce poids immense et toutes les questions auxquelles ils ne trouveront jamais de réponses …
    10 000 suicidés par an en France, 60 000 personnes directement touchées … ça en fait des tonnes de kleenex froisssés et des milliers de nuits blanches, sans parler de la honte qui colle encore au suicide … et qui fait répondre, comme une ultime trahison “de maladie” à la question “de quoi est-il
    mort?”
    Ce poids, cette honte, ces regrets et remords, sont miens pour toujours et j’ai du mal à sourire depuis …

    1. Catherine d'Argentine

      @PIVOINE:je ne pretendrais pas te faire sourire,ce serait pretentieux de ma part,mais je lis tes mots,comme j’ai lu ceux de Mesange,qui prete ses plumes meme celle d’aigle pour caresser les vagues a l’ame et je voudrais etre un de ces milliers de kleenex virtuels,parfois…alors,je me glisse sur ta joue pour t’offrir un baiser qui vient de mon coeur,ma main serrant la tienne…abraducoeur…vraiment.@MESANGE:Merci,pour nous,les SANS-facebook…pour nous transmettre ces nouvelles d’Evelyne et Andre…je pense bien souvent a eux…leur passage ici,a laisse une marque de tendre chaleur dans mon coeur…abrachaudspleins de ma part,a toi,a ton mari…et a eux.

    2. Mésange

      Pivoine, très clairement, je ne nie absolument pas la souffrance, le poids des regrets, la quantité de questions de ceux qui restent ou qui ont vécu une TS dans leur entourage proche. Mais… est-ce que ne pas comprendre doit engendrer la honte et les remords?

      Des regrets assurément… Regrets de ne pas avoir vu, de ne pas avoir compris, de ne pas avoir entendu la souffrance… de ne pas avoir disposé des “bons” outils et des connaissances au bon moment … de n’avoir pas su, peut-être même de n’avoir pas voulu voir le degré de mal-être parce qu’ils étaient eux aussi dans l’impossibilité de gérer cela…

      Mais honte? Honte de quoi? Honte de notre propre impuissance? Honte d’un geste accompli par un autre, fut-il si proche, qui n’a pas pu lui aussi trouver les mots pour dire la force de son mal-être, qui n’a pas su trouver le chemin de l’écoute des siens ou de tiers ou pour qui elle a été insuffisante?

      Mais des remords pour quoi? En général, qu’ont fait de mal ceux qui restent? Ils n’ont pas su, pas compris… mais avaient-ils eux-même les ressources et les connaissances pour savoir et comprendre, pour être dans une écoute particulièrement fine? Savaient-ils eux-mêmes vers qui se tourner pour aider celui qui souffrait s’ils avaient perçu cette souffrance?

      Je regrette vraiment que nous puissions ressentir de la honte et des remords face à une TS (ratée ou hélas réussie). Doit-on s’auto-punir en plus de notre propre souffrance et de nos questions?,… juste pour avoir été des humains avec toutes leurs lacunes et leur ignorance, avec leurs propres émotions, avec les mots qu’ils ne savaient pas dire, les gestes qu’ils ne savaient pas faire… alors qu’ils se trouvaient face ou à côté d’autres humains dans une telle souffrance que seuls des professionnels ou des tiers moins impliqués pouvaient peut-être les aider.

      Tu vois, je suis aussi questions… Mais je suis aussi cet être humain qui à un moment de sa vie n’avait pas toutes les cartes en main pour répondre à l’intensité trop bien cachée d’une souffrance difficilement exprimée.

      1. martine

        Ça ne préviens pas et ça arrive ça viens de loin ….. Alors comment tu aurai pu anticiper? Mésange à raison , alors honte de quoi de ne pas avoir ete extralucide Pivoine .

        1. Mésange

          @ Pivoine
          Si ces mots peuvent t’aider à retrouver plus souvent le sourire et l’apaisement alors j’en suis très heureuse.

          Mais ne t’étonnes pas si parfois les mots redeviennent seulement des mots… et que tu as soudain du mal à pouvoir les croire… Y’a des phases comme ça, des phases d’incroyance aux mots d’apaisement, des phases de déni d’espérance en des moments meilleurs. Parce que c’est trop long, parce que c’est trop dur, parce que… nous sommes humains et pétris d’émotions!
          Et puis un jour apparaît l’un des soleils de Cath, peut-être un peu pâlot au début mais peu à peu il devient plus brillant et plus chaud… Et un autre jour, on se retourne et on se dit : “moi j’ai vécu ça! moi, j’ai SURVECU à ça!… finalement j’étais bien plus fort(e) que je ne le pensais.” Alors l’on reçoit l’une de ses plus belles plumes d’aigle…

          @Marie
          J’aime quand tu nous trouves des chansons ou des poésies ou que tu les crées : elles sont toujours justes et belles. Merci.

          PoutousSoleil à tous

      2. Cath

        C’est vrai, la Mésange a raison : remords et honte ne deraient pas avoir de place chez ceux qui sont là et qui restent désemparés. Ses mots sont ou devraient être un baume.
        Garder le souvenir de ces absents blessés sans retour, oui. Souffrir du gouffre creusé par leur départ, c’est incontestable, hélas. Mais il ne faut pas laisser ces sentiments vous submerger. Ils peuvent vous aveugler et vous étouffer lentement, vous empêchant de voir le soleil, les mille autres soleils de la vie qui vous entourent.

  22. marie

    Le soleil pâle de l’hiver nous délivre de nos ombres
    Avec minutie, nous comptons les heures sombres
    Notre cerveau s’abrutit de funestes errances
    Il circonvolutionne le désespoir à outrance.
    Je regarde circonspecte, la vitrine de l’armurier
    Des lames, des balles, des fusils altiers.
    Je suis là, debout, devant le magasin de la mort, en Vie
    Des idées étranges visitent mon esprit
    Maman m’a abandonné d’amour
    Pas le temps, trop pressurée, occupée toujours
    Papa m’a au trois quart occis, par mélancolie
    Pas eu le temps de s’aimer, malade, raccourci de vie
    Mes frères, mes sœurs… partis
    Trop dur, fuir, fuir, déguerpis.
    Chaque jour est un gain d’irrémédiable perte.
    Alors je m’ébroue, je scrute comme une folle l’herbe verte
    Parce que sur la colline là-bas, il y a un sourire
    Il m’attend, moi seule sait le faire jaillir.
    Sur le chemin, mille minuscules cailloux d’espoir
    J’y vais pieds nus, aérienne, sans encensoir
    Dans le sous bois, une brassée de Lumière
    Enveloppant chaque charme de la clairière,
    Plantée là comme un chêne millénaire, l’Éternel retour,
    Du fond de mon cœur, la Force de l’Amour.

    je dédie ce petit poème à mes frangines et frangins dans la galère qui n’y croient plus, prenez le temps d’écouter votre cœur et prenez attention aux minuscules petits cailloux de rien du tout , ils balisent votre chemin de renaissance.

  23. jane

    Ce texte Bibi est l’expression parfaite de ce que les Bouddhistes nomment “Mujo”, c’est à dire l’impermanence des choses… J’aurais aimé pouvoir soufflé ce mot à l’oreille de tous les suicidaires que j’ai connus et ou perdus (hier n’existe pas et demain non plus, mais l’espoir est fondamental)
    Merci pour ton livre
    Beaux voyages Doc

  24. Lise

    Petite anecdote du lundi midi, pour illustrer la manière dont le livre de notre bibi fait doucement son chemin ….
    Samedi matin, petit tour hebdomadaire avec les enfants à la bibliothèque municipale du petit bourg dans lequel je vis …
    Je m’approche avec mon grand garçon des casiers dans lesquels sont déposés les livres qui ont été demandés par un lecteur et qui arrivent tout droit de la bibliothèque départementale
    Là, mon regard est rapidement attiré par cette couverture que je connais bien ….
    Y’a pas bibi, ça fait du bien de voir que ton livre marche fort : d’abord, parce que tu mérites ce succès, mais avant tout parce que j’ai envie de croire que cela signifie que les idées qu’il véhicule ont du sens pour un grand nombre de gens, et ça me réconcilie (un peu) avec l’espèce humaine …

  25. Mésange

    @ Alice et Titou et Pivoine
    “Peut-être n’y a-t-il pas d’inconnus dans la vie, mais des Hommes, oui, beaucoup d’Hommes, que nous n’avons pas encore rencontrés.” Doc Bibi dans “VOIR” 9 août 2013

  26. titou59

    @ Alice, Pivoine, Mésange : vous parlez tellement bien de la dépression et de ses conséquences. Comme vous l’avez dit, c’est difficile pour ceux quirestent et qui sont face à une incompréhension totale, face à une sorte de culpabilité (qu’ils n’ont pas à avoir). Surtout que les signes avant-coureurs ne sont pas “lisibles” par tous. Un suicidaire ne va jamais dire “je veux mourir” ou “je vais me suicider”. Il n’osera pas mettre des mots sur son mal-être, par peur, par pudeur, ou juste parce qu’il se dit que personne ne peut le comprendre. Il dira “j’en ai marre, je suis si fatigué” … “j’aimerais tellement pouvoir me reposer”, “j’aimerais que ça s’arrête” … sans compter la volonté de se cacher aux autres, et de ne montrer qu’une façade. Faire semblant que tout va bien, faire le pitre, dire beaucoup (trop) de blagues, faire rire son entourage, s’entendre dire “ha mais quel bout en train” et faire semblant jusqu’à ce qu’il soit trop tard et que le mal être soit complètement imprégné en soi, et c’est là que l’incompréhension arrive pour la famille, les amis … Tout “allait bien” pourtant, sans avoir vu que ce n’était qu’une image, celle que tout le monde voulait voir. Ce qui est difficile aussi c’est de se dire “si j’avais su, j’aurais peut être pu l’aider, lui montrer que la vie est belle, j’aurais du faire quelque chose pour lui remonter le moral” sauf qu’un dépressif, un vrai, pas la personne qui a juste un coup de mou (ce qui nous arrive à tous un jour ou l’autre), ce dépressif là a une perception tronquée de la réalité qui ne lui permet plus de faire face. Tout lui semble trop dure à vivre, trop difficile à surmonter, il ne voit aucune échapatoire, il a rééllement l’impression, la sensation que tout irait mieux s’il n’était plus là. Il ne voit aucune solution que celle de “tout arrêter”. Et quand ces personnes ont des enfants, un conjoint, il arrive qu’ils soient tous emmenés pour le dernier voyage avec eux. Leur perception de ce qu’est la réalité est tellement négative, qu’ils sont persuadés que la vie sera VRAIMENT trop dure pour eux (enfant, famille) et que c’est la seule solution pour qu’ils aient une vie meilleure. Ce n’est pas un besoin de faire mal ou autre, ils sont juste dépassés par les évènements, dépassés par leur vie. Je ne les excuse pas, mais je comprends leur fonctionnement. J’avais eu un psychiatre comme professeur à l’école d’infirmière et il avait réussi à nous expliquer comment était un dépressif, comment il fonctionnait, comment il réagissait (il nous mimait des expressions, des attitudes), il nous a rééllement fait “toucher du doigt” la réalité psychiatrique de la dépression. Celui qui souffre de dépression luttera toute sa vie pour tenter d’avoir une vision plus réelle de ce qui l’entoure, luttera contre ses idées noires, contre cette perception tronquée qui ne lui montre que des abîmes et qui occulte les solutions.
    Ce n’est pas très gaie ce que j’ai écrit, et je m’en excuse, mais il y a tant à dire sur la dépression et sur ce qu’elle fait faire à ceux qui en sont atteint, malgré parfois toute l’attention que la famille peut leur apporter.
    Allez bisouilles à tous
    Chris

    1. Cilou

      Merci Chris de nous expliquer clairement…

      Pour ceux qui ne sont pas confrontés à cette maladie, c’est difficile d’appréhender avec exactitude ce que traversent les dépressifs. On accepte l’idée que c’est une maladie, que ce n’est pas de la mauvaise volonté. Mais ce n’est pas évident de se mettre dans leur peau. Je pense que tant qu’on n’a pas traversé ça on ne peut pas vraiment comprendre. Mais je crois qu’on peut essayer de soutenir, malgré tout. Il faut juste excuser les maladresses de ceux et celles qui, dans un élan d’amour ou d’amitié, essaie d’insuffler maladroitement un peu de joie de vivre, en espérant que si ça ne suffit pas, ça apaisera au moins l’espace d’un instant, des souffrances qu’on a du mal à concevoir.

      1. Albigène

        Comme l’écrit Titou59 il y aurait beaucoup à dire et à écrire sur cette maladie qu’est la dépression dont le risque majeur est le suicide. Que de fois j’ai entendu les mots “il ou elle est déprimé” ; ça ne veut rien dire “déprimé”..
        S’il est difficile de trouver les mots de réconfort juste il est facile de ne pas prononcer ceux qui vont “enfoncer” la personne victime de cette maladie. Car la dépression est bien une maladie, parfois liée à des facteurs exogènes (perte d’un être cher, divorce, perte d’un emploi etc) mais parfois elle surgit sans que les fondations de la “maison” soient instables, sans facteur déclenchant extérieur. Et ce n’est pas une maladie de riche comme j’ai pu l’entendre.
        Je voudrais faire un parallèle avec les gestes de premiers secours que tout le monde devrait connaître. S’ils ne permettent pas d’agir, parfois, dans une situation très délicate ou imprévue ils permettent de ne pas faire les mauvais gestes, ou de ne pas les laisser pratiquer pas des incompétents. Pour la dépression il faut apprendre les mots à ne pas dire. Je pourrais en citer plusieurs les ayant trop entendus dans une période lointaine mais noire de ma vie : “secoue toi”, “regarde le bon côté des choses”, ” regarde Untel il vit des choses tragiques et il n’est pas déprimé”, “je ne comprends pas… tu as une épouse charmante et une enfant adorable”, “ne te laisse pas aller !” et tant d’autres…
        A l’inverse, montrer son soutien et son amour ou affection c’est dire : “Je t’aime, peu importe ce que tu dis ou fais”, “On peut s’en sortir, il y a des gens qui peuvent nous aider pour ça”, “dis moi ce que je peux faire pour toi là, maintenant”, •”Je ne peux pas imaginer à quel point ça doit être difficile”, “ne pense jamais que tu es seul(e) pour combattre cette maladie”…..
        Les maux, les mots… c’est pénible pour l’entourage et un sacré challenge que d’être présent, à l’écoute mais pas pressant.
        Les jours rallongent, le printemps arrive et demain est toujours un autre jour.
        Des cilous à ceux qui veulent bien les prendre au vol….Oh ! une mésange !

        1. Save Our Souls

          cette relation d’aide et d’amour que tu décris, c’est si beau et trop rare, si seulement j’en avais eu la chance, Dieu sait où j’en serais aujourd”hui! Imaginez la personne dépressive sans proches, amis qui la soutiennent et qu’au contraire la famille enfonce….DUR DUR! Alors @Alice je te comprends si bien, trop bien, et t’envoie mes condoléances et compatis de tout mon coeur.

    2. Cath

      Non, ce n’est pas très gai, mais c’est la réalité. Et on essaie de comprendre. On ne peut qu’essayer de comprendre pour peut-être essayer d’endiguer.
      Moi, ce qui m’alerte et me fait peur, ce sont les gens qui précisément ont un sourire plaqué sur le visage, comme un masque pour cacher l’effroi et la douleur.
      La première fois, je n’ai pas compris.
      La deuxième fois, j’ai reconnu ce sourire, et j’ai observé en disant que quelque chose n’allait pas, jusqu’au moment ou le sourire s’est désintégré. Il s’agissait d’un film documentaire qui recueillait les témoignages de survivants de l’horreur. Je garderai toujours à l’esprit ce visage qui se désintègre sous mes yeux, mettant à nu cette souffrance indicible et infinie.
      On prend là la mesure de son impuissance à aider, à soulager, et on ne peut qu’admirer tous ceux qui s’emploient à tenter de ramener à la vie ces naufragés.

    3. Mésange

      M’est avis que je vais énoncer pas mal de banalités et peut-être faire froncer les sourcils des soignants de cette maladie qu’est la dépression, mais bon, le printemps arrive et au printemps, une mésange, ça ne peut pas s’empêcher -sauf grand chambardement- de pépier et de gazouiller!… (((J’adore m’absoudre par avance!!! 🙂 )))

      Chris, tu me diras si je me trompe… mais il me semble que parmi les moments essentiels dans une dépression (et je n’arrive pas à y trouver un ordre chronologique), il y a :
      – le moment où la personne dépressive arrive à prendre conscience que “quelque chose ne va pas” dans ses modes de pensée et de fonctionnement actuels
      – le moment où elle accepte d’essayer de faire quelque chose pour elle et de rencontrer un tiers qui pourra (peut-être) l’aider en lui proposant certes son écoute et/ou des médicaments mais aussi des outils pour améliorer sa perception de la réalité, pour mieux se connaître aussi (savoir reconnaître ses faiblesses… mais aussi ses forces, savoir comment contourner ses idées noires…) Je trouve cette notion d’outils essentielle sinon la personne dépressive pourrait sombrer à nouveau : enlevez les béquilles écoute et médicaments… après quelques temps de bien-être, souvent c’est un nouveau plongeon. Par contre, avec des outils de connaissance de soi, il y a moyen d’éviter de sombrer à nouveau.
      – le moment où l’entourage immédiat reconnaît cette dépression et l’accepte vraiment comme une maladie … en arrêtant d’employer les mots cités par Albigène par exemple, mais souvent aussi avec tous les excès d’un entourage aimant quand l’un des siens est malade!

      C’est vrai que l’entourage est souvent perçu comme empêcheur de se terrer sous la couette, de ruminer, de dormir (pour mieux fuir la réalité… mais ce n’est pas perçu comme une fuite par le malade qui se sent extrêmement fatigué).
      En même temps, il me semble que l’ami qui vient vous chercher (pas vous inviter par téléphone… la personne dépressive ne bougera pas d’un poil et dira “je suis trop fatiguée”), il me semble donc que cet ami qui vient vous chercher pour une marche, un cinéma ou toute autre activité et vous oblige à vous bouger fait oeuvre de guérison. Même si le malade peste et rage et râle, s’il sort de dessous sa couette, cela ressemble fort à une petite victoire et pour l’aidant et pour la personne dépressive.
      Sûr que ça ne fonctionne pas à tous les coups et que ça dépend de la profondeur de la dépression : l’aidant familial ou amical doit pouvoir encaisser les rebuffades… mais quand ça commence à fonctionner et de plus en plus régulièrement, c’est que le malade doit être sur le bon chemin, non?

      Là où ça se complique hélas, c’est qu’il n’y a pas qu’un type de dépression et que certaines sont bien plus profondes et graves que d’autres, parfois encore mieux cachées et/ou plus dramatiques.

      Là où ça se complique encore, c’est que les outils de connaissance de soi et les mots « mal-être/bien-être/mieux-être » attirent parfois des gens bien peu recommandables se présentant comme des personnes ressources de premier ordre et sachant vite se rendre indispensables pour mieux emprisonner le malade dans d’autres filets…
      Et là, la mésange arrête ses pépiements parce qu’elle sait que d’autres personnes sur ce blog sont bien plus compétentes (*) qu’elle pour parler “de ces gens bien peu recommandables”… Et puis, peut-être qu’un jour notre Doc Bibi va nous amener sur ce sujet, sait-on jamais!
      (* en ce qui concerne la dépression, point de compétences particulières, juste comme Albigène, une période sombre où gazouillis et pépiements n’existaient plus)

      1. Albigène

        @Mésange

        Bel oiseau à plumes d’aigle…. Nous savons qu’il est plus facile de soigner le corps que l’âme et que beaucoup de choses ont été écrites sur la dépression. Il etait une fois une amie qui venant d’achever la lecture d’un bouquin de Philippe Labro decrivant sa (ses) depression me demanda de bien vouloir le lire pour luyi dire, si, dans la “vraie vie” c’était comme ça. Je dois dire que ce roman dépeint très bien ce que vit un dépressif, sa descente au troisième sous sol, ses doutes face aux praticiens et aux traitements et son retour vers la lumière. Cet ouvrage est “tomber sept fois, se relever huit” écrit par Philippe Labro. Il a osé révéler sa traversée du désert et son retour à la vie ; il y décrit mieux que quiconque cette maladie. Il a été édité chez Albin Michel et chez Gallimard en plusieurs formats.
        Douce journée…..

    4. Pivoine

      Titou, merci pour ces explications … moi, je n’ai rien vu venir bien que , après le geste fatal, et des heures de questionnement, j’ai pu enfin “voir” des signes qui ne m’avaient pas alertée . Je n’avais pas tous les éléments en main pour les interpréter comme des alertes, et les réaliser trop tard renforce la culpabilité du survivant …

  27. Marguerite

    Cette injurieuse condescendance face au suicide…Comme si au final, on était juste des abrutis ignorant que le bonheur/l’amour/les câlins existaient…Ils existent sans doute, mais ils ne font pas le poids, c’est tout.
    Je sais bien que les médecins ne l’envisagent pas ainsi, mais “sauver” les suicidaires, c’est leur cracher au visage avec le sentiment du devoir accompli.

    1. marie

      une nuit j’ai rêver d’une dame que j’appréciais beaucoup, elle me disait “dites à mes filles, que je regrette, je regrette, je regrette”. quelques mois auparavant elle avait appuyé sur la gâchette d’un fusil de chasse , tuée sur le coup, mon injurieuse condescendance l’aurait peut-être sauvée.

  28. Save Our Souls

    quand on est au fond de ce gouffre immense, l’amour et les câlins des proches, de la famille sont la seule chose qui vaille mais comment on fait quand on a plus personne?

  29. nots

    Cette note me fait penser aux gens qui vous répondent quand vous avez une peine de coeur “pense aux petits éthiopiens qui n’ont rien à manger” ou “pense à ces mères qui ont perdu un enfant dans le conflit israelo-Palestinien” ou …
    Alors que précisément, ce jour là, cette minute là, la chose la plus grave, la plus triste qui vous arrive, c’est que ce connard d’Edmond/Marc/Arthur/Poutine 😉 vous ait quitté pour Paulette/Vanessa/Georges/le Chat.
    Les Ethiopiens, la faim dans le monde, le virus Ebola, on s’en fout.
    Y a pas de hiérarchie dans la peine.

  30. Kael

    Bonjour,

    Je voudrais offrir le livre à une amie taiwanaise.
    Y-a-t-il déjà une date de sortie prévue pour cette version ?

    Merci d’avance !
    Et bonne continuation,
    Kael

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