La femme qui n’avait pas pu.

Témoignage de X.

« Je suis infirmière, je travaillais dans un service de réanimation, nous avions reçu une femme de 43 ans qui venait d’accoucher à terme d’un bébé décédé (son premier bébé, après un long parcours PMA) et qui avait fait une hémorragie de la délivrance lors de l’accouchement.

Je rentrais dans son box à reculons, je ne savais pas quoi lui dire moi qui habituellement ai un contact facile avec mes patients.

Le fait de penser à sa douleur me tordait les boyaux et me donnait la nausée. Je prenais ses constantes, faisais ses pansements, passais ses poches de sang en murmurant à peine et je ressortais aussi vite que possible.

J’ai été une très mauvaise soignante, mais je ne savais pas comment faire autrement, j’avais envie de pleurer rien qu’en regardant cette femme, brisée par la douleur.

Alors je parlais peu et ressortais vite car j’avais les larmes aux yeux.

Et quand j’y repense, ma réaction me dégoute.

Et quand je lis tous ces témoignages de femmes racontant comment les soignants les ont aidées dans leur phase de deuil et de douleur, par leur gentillesse et leur écoute, je me dis que vraiment, non vraiment, j’ai été une très mauvaise soignante, et j’ai laissé tomber cette femme car c’était trop dur pour moi (quel égoïsme!).

Alors je vis avec ce sentiment et je fais au mieux pour être vraiment aidante, et chaque compliment de chaque patient me va droit au coeur, et me fait repenser à cette dame que je n’ai pas pu aider. »

57 réflexions sur « La femme qui n’avait pas pu. »

  1. Anne

    Dommage que dans votre formation ce type de situation n’ait pas été abordé… Ce n’est pas donné à tout le monde et ce n’est pas toujours possible d’improviser… Ce sont des compétences qui s’apprennent et qui s’exercent. Ne vous dévalorisez pas, vous serez plus à même de mieux répondre une prochaine fois.

  2. ANNAICK GRANIER

    Chacun fait ce qu’il peut, selon son ressenti ! Pourquoi vous fustiger ? Vous n’arriviez pas à parler à cette dame, peut être, si vous l’aviez fait en vous forçant, aurait elle ressenti votre malaise ? Peut être cela aurait rajouté à sa peine ? Votre problème n’était pas un manque d’empathie, mais un excès d’empathie ! Savoir trouver le juste milieu est difficile.

    1. Geneviève

      Je suis d’accord, c’est justement parce que vous étiez en empathie avec cette femme que les mots, les gestes restaient bloqués. Peut être que cette femme a senti votre “empêchement”, je le crois moi.
      Quand on lit votre témoignage sincère, on a (j’ai) certainement envie de vous consoler et certainement pas envie de vous juger…
      Soyez indulgente avec vous, soyons indulgents avec nous mêmes…

      1. Roche

        ce n’est pas de l’empathie mais de la sympathie (souffrir avec) que vous avez ressenti. Là est le problème: ne pas basculer de l’un vers l’autre!! Nous ne sommes que des êtres humains et parfois nos émotions prennent le dessus!! Heureusement que l’expérience nous aide et petit à petit on trouve plus facilement des mots pour les maux!

  3. Islita

    On fait tous ce qu’on peut, l’important c’est l’empathie et peut être que cette femme à ce moment là a aussi apprécié votre discretion et votre pudeur. Vous avez senti et compris sa peine, ne vous blâmez pas, tout le monde ne peut pas aider dans tous les cas et à tout moment. Vous en avez surement aidé d’autres et vous en aiderez d’autres. Merci pour eux.

  4. Chantal

    Et bien des fois c’est comme ça on ne peut pas…..parce effectivement on a des tripes et on prend de plein fouet la douleur de l’autre sans possibilité de distance !!! alors ne vous tourmentez pas vous faisiez partie d’une équipe et il y a bien quelque une ou quelqu’un qui a pu et su s’occuper de cette Dame. Le principal c’est de pouvoir passer le relai quand les circonstances parfois notre chemin de vie souvent ne nous permettent pas de faire face. Je vous embrasse.

  5. Chris, La Muse

    Oh non, vous n’avez pas été mauvaise. Vous êtes un être humain, avant tout.
    J’ai perdu mon bébé mort-né. Je me souviendrai toute ma vie de la sage-femme, elle s’appelait Éva.
    Elle n’a pas fait d’ingeusion (Si vous voyez ce que je veux dire), elle est restée discrète. Elle m’a dit que j’avais beaucoup de courage. Je lui ai demandé deux trois trucs, à ce moment-là, et pas avant, elle m’a répondu avec douceur.
    Je la remercie pour avoir été là, pour sa douceur. Et parfois, même souvent, je pense à elle, jeune soignante qui a dû rentrer le soir en pleurs.
    Je me permets de vous embrasser.
    Vous êtes formidable. N’en doutez jamais.

  6. SANNIER

    Vous êtes un être humain et donc imparfaite
    Vous avez été une mauvaise soignante, ce jour là… comme nous sommes tous mauvais parfois
    Le fait que vous en ayiez conscience vous aide a vous bonifier
    Courage et dorénavant, faites du mieux que vous pourrez

    1. Priscilla

      Je me permets de répondre, le fait qu’elle pense avoir été une mauvaise soignante ce jour là ne veut pas dire qu’elle l’a été, et votre affirmation me choque un peu.
      A mon sens , elle était au contraire tellement dans l’empathie qu’elle s’est trouvée submergée par ses émotions, et incapable de verbaliser, mais dans ces moments là je doute qu’il y ait des mots qui vous apaisent, et au contraire les banales platitudes d’usage sont e