Money, money, money

Alors voilà, il y a un sujet un peu tabou de la relation soignant/soigné : le paiement.

La patiente donne la carte bleue/le chèque/les espèces/la carte vitale.

Parfois, il arrive qu’au terme d’une consultation je conclus à l’inutilité de traiter (ce n’est jamais sans risque, un médicament, alors pourquoi médicamenter pour rien ?).

Eh bien, je ressens TOUJOURS un profond sentiment d’imposture quand je vois la patiente partir SANS ordonnance (même qu’un jour, je céderai peut-être à cette phrase horrible qu’ont certaines praticiennes éprouvant la même gêne que moi : « Il vous faut autre chose ? » ou alors « Ce sera tout ? »).

Des patientes paient (en vrai, elles ont avancé les frais de la consultation) et je ne leur ai rien donné en échange !

J’ai été « Payé pour RIEN » ai-je envie d’ajouter.

Ou plutôt non : mon produit de base, il est dématérialisé. Mon service, rémunéré par la société, c’est de délivrer une information. Le problème, c’est que le savoir, quand on le partage, ne se perd pas. La patiente n’est pas partie avec un petit bout de « ma boutique » comme avec le boucher, par exemple.

Quelle contradiction avec tout ce que notre société matérialiste et consumériste nous apprend des rapports humains !

Ici-bas, quand on paie, on paie TOUJOURS en échange de quelque chose.

Je devance les commentaires : écouter, réfléchir, et finalement prendre la responsabilité de ne prescrire « rien » c’est le point final d’un raisonnement basé sur la science et qui m’engage médico-légalement AUTANT que lorsque je prescris « quelque chose ».

Je SAIS donc que mon ressenti est irrationnel et erroné, je sais qu’une société qui accepte encore de rémunérer un savoir ne peut pas aller si mal qu’on le dit, et POURTANT je n’arrive pas à m’en défaire !!!!

Une amie, psychologue, et qui souffre autant que moi d’un syndrome de l’imposteur, m’a dit récemment :

« Ne te plains pas : au moins, toi, tes patients sont remboursés ! »

75 réflexions au sujet de « Money, money, money »

      1. lilimu

        Non, il existe énormément de choses gratuites ayant une valeur inestimable : la vie, le sourire d’un inconnu qui n’ignore pas notre existence, des moments agréables avec eux qu’on aime, un cadeau fabriqué avec 3 bouts de ficelle mais surtout avec amour, …
        En fait, je crois surtout qu’un certain nombre de choses payantes sont sans valeur, malheureusement… Mais la nécessité de nous les vendre impose de leur en attribuer une…
        🙂

  1. Anne-Laure

    Ah non, je m’insurge en faux!! Ce n’est jamais pour RIEN que l’on va chez le médecin…. même si on ne ressort pas avec une prescription….. on part de chez vous forcément rassuré, et plus serein…. et ça ça a un prix. Oui Monsieur!
    Vous n’êtes pas un imposteur, loin s’en faut….. ou alors des imposteurs comme ça j’en veux des milliers!

  2. CELLE QUI N'EXISTAIT PAS

    Moi, ce que je ne supporte pas, c’est de payer pour avoir une longue liste de médicaments qui, je sais et le médecin le sait, ne servira à rien qu’à me faire supporter les maladies et chacun de ces médicaments contrariera ou diminuera l’efficacité des autres.
    Et pour la psychologue, je ne supporte pas de faire un chèque et qu’elle le laisse traîner sur son bureau. Je sais qu’elle a du mal à l’encaisser (cela doit être votre amie), mais moi j’ai l’impression qu’elle me refuse son aide.
    Un malade qui sort sans médicament est un malade que vous avez écouté, conseillé, orienté et qui a fait un pas vers la guérison. Et cela n’a pas de prix.

  3. Rainette

    Pas d’accord cher Baptiste !
    Il y a toujours un échange, un conseil et peut être pas d’ordonnance mais tu as écouté et conseillé.
    Je trouve pire le psy ( celui qui ne prononce pas un mot pendant que tu t’étales sur son canapé) et qui au bout de 20mn te dit : bon ça fera 45 euro ! À la semaine prochaine !
    Là oui je trouve que c’est … amer ! Un mur (pas celui des lamentations) ne m’a jamais demandé de payer !

    1. Oona

      D’accord avec Rainette ! ou même le psychiatre qui a oublié de te donner une lettre pour la médecine du travail, qui te propose de passer entre 2 rdv pour la récupérer, qui te dit au moment clef (presque entre 2 portes !) “ça fera 45€” et toi, connement, fatiguée, lasse, dépitée, désespérée because burn out, bah tu paies. Et en rentrant chez toi, munie du précieux sésame (hors de prix) tu te souviens qu’il n’a même pas demandé ta carte vitale. Bref …

      1. SANNIER

        Le psychotique construit des châteaux en Espagne
        Le psychopathe y vit
        Et le psychiatre encaisse les loyers

        C’est juste une blague
        Votre psy est plus comptable que médecin
        Changez
        Vite

  4. Marité de Vos

    Ce que j’achète quand je vais chez le médecin ce n’est pas ‘ordonnance, c’est la consultation, l’examen de moi et de mon corps, la prise de tension, l’écoute du bruit de mes poumons si nécessaire, l’écoute de ce que j’ai à dire et j’emporte en partant les quelques instants où mon médecin m’a donné (vendu ?) toute son attention. C’est un produit tangible et que je peux décrire, je repars rassurée ou pas rassurée, j’ai quelque chose de précis à ressasser ou pas, ce qu’il a dit, ce qu’il a fait. Il m’est arrivé d’avoir affaire à des médecins qui n’écoutaient pas, ne répondaient pas à mes demandes ou symptômes et là, oui, je n’ai rien eu en échange de mon chèque, même si j’avais une ordonnance en partant. La différence entre ces médecins-là et les autres n’est pas une impression, ça n’est pas virtuel, ça se mesure. Avec un médecin comme toi, aucun doute, pas d’imposture.

  5. Tsuvane

    Et la tranquillité de l’esprit ? On vient vous voir parce qu’on pense avoir quelque chose qui va pas, et au final on est rassuré, rien ne cloche … moi je paierais tous les jours pour avoir ce genre de diagnostic !!!^^

  6. rach dominique

    Bonjour,
    Ce que je paie (j’avance l’argent ) en allant voir mon médecin c’est son savoir sur le corps et ses mystères, et en l’occurrence sur l’état du mien à un moment donné. Bon moi je repars toujours avec une ordonnance car j’ai un traitement au long court. Mais je préfèrerais repartir sans rien, signe de bonne santé. L’argent échangé avec mon médecin met de la distance entre lui et moi. Il m’a écouté, donné un conseil, ausculté, pris du temps pour moi… en le payant je ne lui suis redevable en rien, je n’ai pas à lui rendre cette écoute, ce conseil sur un autre sujet (non médical), en un mot nous sommes quittes. Je suis aide soignant en Ehpad et très souvent après avoir fait un soin à une personne agée elle me demande combien elle me doit. bien sur je lui répond rien, et très souvent elle est gênée et se demande comment me le rendre. En réglant ma consultation je suis libéré d’une éventuel culpabilité de ne pas rendre un service à mon médecin.
    J’aime bien vous lire. Bonne continuation

    1. geronimo

      Bonjour,
      quand le médecin vient à la maison il repart toujours avec une salade, une botte de radis, un chou, un pot de confiture…. (bon ben des fois quand il n’y a rien dans le jardin c’est un apéro…)
      Je lui paye la consultation mais j’aime bien ajouter un petit “cadeau” (pas parce qu’il ne mange pas à sa faim, ni pour qu’il me soigne mieux, juste pour lui dire merci).
      Ça lui fait plaisir ou ça fausse la relation médecin/patient?

  7. Anthony B

    Difficile et ô combien tabou que le sujet de l’argent, en particulier en France.
    Il n’y a pas à se sentir imposteur. Du moins pas pour cette raison. N’est pas un imposteur celui qui dit la vérité aux patients.
    Je ne suis pas médecin, mais je suis parfois patient (un patient bine impatient, trop LOL, j’ai pas pu m’empêcher de la faire). Le patient vient chercher des renseignements, vient faire une consultation, et repart avec une étude sur sa pathologie, et la manière de la soigner, même si c’est en ne faisant rien que la guéridon viendra.
    Serait-il mieux pour le médecin de savoir qu’il n’y a rien de particulier à faire à part attendre la guérison, mais soit prescrire des placébo pour le “fun”, soit donner un faux truc de grand-mère inefficace du style “reniflez un pot de moutarde deux fois par jour, en levant la jambe gauche et le bras droit, pour vous désinfecter le nez et soigner votre rhume”. C’est précisément dans ce cas qu’il y aurait imposture. Car le patient serait abusé.
    Et surtout, le coût de la consultation médicale ne rémunère effectivement pas “la maladie”, mais les informations obtenues pour la soigner. Si le médecin ne devait prendre aucun honoraire lorsqu’il ne fait pas d’ordonnance, il devrait alors faire varier le montant de la consultation en fonction de la gravité de la pathologie, de la longueur de la liste de médicaments, etc…
    Donc il n’y a pas à se sentir coupable.
    En rédigeant ce com, je me suis demandé si je n’étais pas inhumain quelque part, un peu vénal, en me disant que tout travail, tout service rendu mérite rémunération. Mais en y réfléchissant à deux fois, je trouve que c’est faire preuve d’humanité pour un médecin que d’être honnête avec ses patients, même si on leur fait payer le service rendu.

  8. Bertrouf

    Je suis allé voir Dany Boon en spectacle. Et bien figurez-vous que je suis ressorti sans ordonnance ! Le salaud !

    Message ironique évidement, pour illustrer pas l’absurde la différence entre un bien matériel et un bien immatériel, un service, qui mérite salaire tout autant.

    Un p’tit câlin Bibi ?

  9. Clarisse

    Bonjour Baptiste.
    Tu touches juste avec cet article. Le weekend dernier, j’ai dû prévenir un confrère (vétérinaire) inconnu d’un intense “bashing” au sujet de sa clinique. Le personnage à l’origine de tout cela ayant amené son chien en urgence dans un centre de référé (pas son vétérinaire traitant donc), pour une torsion d’estomac. Le praticien a reçu le chien en pleine nuit, a réalisé un diagnostic, des radios, une perfusion puis s’est posé la question de la chirurgie (on est toujours en urgence et au milieu de la nuit, en général pour ce genre de chirurgie, pronostic 50% de réussite, on appelle un second véto pour aider, c’est pour resituer le problème). Un devis a donc été fait, pour une prise en charge chirurgicale, à 1500€. Le praticien (une jeune consoeur, vraisemblablement salariée) a demandé un acompte d’1/3 de la somme au propriétaire. Il a refusé, n’ayant pris aucun moyen de paiement sur lui (et on apprend plus tard que de toute façon, pas de moyens du tout, au mieux l’acompte le mois prochain). Il y a un peu de flou à ce stade du récit du propriétaire, mais bon finalement, faute de moyens (et honnêtement vu le pronostic…) l’euthanasie a été demandée, et pratiquée… et évidemment non réglée. Et ce brave homme de s’insurger contre ces enfoirés de vétérinaires qui ne pensent qu’à l’argent, partage en public, déferlante de haine des bien pensants etc. Plusieurs vétérinaires ont tenté, vainement d’expliquer que si on faisait notre métier par vocation le plus souvent, avec dévouement aussi, on ne payait pas nos factures avec l’amour des animaux… J’ai du mal à retranscrire ici le mal-être dans lequel la haine de certains propos m’a placée pour plusieurs heures. Même expliquer que derrière la blouse il y avait un humain, qui avait potentiellement délaissé sa famille pour se rendre disponible n’a été reçu que par du mépris. Evidemment, les gens n’ont pas l’habitude de payer leurs soins, et aucune notion du coût de ceux-ci. Les tarifs des actes vétérinaires sont donc forcément exorbitants (chirurgie digestive + prise en charge de nuit + imagerie + surveillance soins intensifs on rappelle, 1500€… ceux qui savent combien ça peut coûter en humaine riront!). Nous encaissons régulièrement de plein fouet les critiques de ceux qui pensent (pensent-ils d’ailleurs???) que “c’est trop cher”, le vétérinaire “se gave”, j’en passe. Alors je t’en prie, surtout continue de facturer sans honte chacune de tes consultations, elles le méritent. Et un jour peut être j’arriverai à en faire autant 🙂

    1. Emmanuelle

      Clarisse, pour ce genre de chirurgie lourde, en France, un humain ne voit même pas passer la facture… ou bien un tout petit bout non remboursé par la sécu…
      Les gens sont rapides à cataloguer, quoi qu’il arrive… bon courage pour encaisser des propos inconsidérés !

    2. aurelie

      moi aussi, je suis vétérinaire, Clarisse, et les articles de Baptiste me parlent souvent ! Je suis tellement d’accord avec toi: si les patients avaient une idée du coût réel des soins, ce serait tellement bien.
      Je me suis faite traiter de “merde humaine” sur Facebook récemment car j’ai osé envoyer à une dame la facture de l’euthanasie de son chien… Ca fait vraiment mal…

  10. chris

    Moi ce que je déteste c’est quand le médecin me fait une prescription bidon de médicaments inutiles qui font que ta rhino d’une semaine ne va durer que 7 jours ….
    Franchement je suis certaine que le mien sait que je ne vais même pas aller les acheter ces médocs… une fois que je suis sûre que, bon je me sens fatiguée, le nez coule mais rien de grave et ça va passer je rentre chez moi: un bon bain, un bouquin, un thé, un peu de miel de mes abeilles si vraiment c’est grave (humour bien sûr) un peu de repos et je me bouge et … ça va mieux

    1. bili

      Excusez-moi, mais il me semble qu’il serait peut-être préférable de s’abstenir de consulter pour un rhume, plutôt que de râler contre le médecin qui fait la prescription ?

    2. J'ai de moins en moins de patience avec les saprophytes...

      @Chris: vous savez visiblement déjà quelle est la bonne attitude vis-à-vis d’un rhume… alors pourquoi consulter un médecin?? Vous allez contaminer toute la salle d’attente, dans laquelle patientent peut-être des immunodéprimés, vous faites porter à la sécu (donc tout le monde) le remboursement de votre consultation inutile, et vous allongez la durée de la consultation de votre médecin traitant qui a déjà tellement de boulot qu’il aimerait bien pouvoir consacrer davantage de temps aux “vrais” malades et rentrer chez lui à une heure décente. Alors pourquoi consultez-vous? Ah oui, suis-je bête, c’est pour chercher un arrêt-maladie, inutile lui aussi… dont vous faites peser le poids financier sur… re-tout le monde. Bref, ne crachez pas sur votre médecin qui, d’une certaine facon, prescrit de facon adaptée à votre comportement.

      1. Anne

        Je suis prof, si j’ai un truc viral genre rhume avec une bonne fièvre, j’ai beau savoir, sans avoir besoin de consulter un médecin, que la seule bonne solution c’est de rester chez moi un jour ou deux, il me faut un arrêt-maladie pour avoir le droit de ne pas aller contaminer mes élèves… Ma seule bonne foi ne suffit pas (ça s’appelle abandon de poste sinon, ne pas aller bosser sans justificatif). J’ai donc du mal à comprendre votre “arrêt-maladie inutile” (quand au poids financier, avec les jours de carence…).
        Je préfèrerai largement dormir dans ces cas là plutôt que de passer des heures au téléphone à tenter de décrocher un RDV pour finir à la maison médicale de garde, à partager mes miasmes avec ceux des autres… Heureusement, ça ne m’arrive qu’une fois tous les 4 ou 5 ans.

  11. Augustin

    Ne nous trompons pas: la démarche médicale, est une démarche intellectuelle; la conclusion n’est pas forcément une ordonnance de produits chimiques ou médicamenteux. Mais j’aime bien de temps en temps faire une ordonnance du style “Relisez Le Petit Prince de Saint Ex”
    Du style “Prière d’aider votre maman qui est fatiguée le soir à mettre le couvert ou débarasser la table et vider le lave-vaisselle..” pour les enfants qui n’aident pas leur mère et qui n’entendent pas ce que l’on entend à la consultation
    Ou du style “Prière d’acheter de la glace au chocolat” ordonnance pour la maman du petit qui va se faire opérer des végétations;
    On peut varier à l’infini;;; “prière de regarder le soleil se lever”
    “prière de lire une fable de La fontaine au moins une fois par semaine”….
    Mais mine de rien, ce genre d’ordonnance faite en souriant, je conseille de la scotcher sur le frigo de la cuisine pour que le patient en profite, et en la relisant se remémorer d’un instant important qu’a été cette consultation; une “ordonnance”, c’est un lien qui poursuit entre le patient et son médecin.
    Après, les honoraires, c’est autre chose, mais dans “honoraires” il y a un peu “honorer”. On peut faire des trucs incroyables pour 25 ou 30 euros…

  12. Berthelot Michel

    Cher Confrère,
    Un jour après une consultation un peu longue, mais riche en échanges, l’enfant de la patiente a demandé : « pourquoi tu donnes de l’argent au docteur, il ne t’a rien donné ? »
    Je lui est répondu que je vendais mes services et mon savoir. La maman était ravie de ma réponse.
    Médecin généraliste pendant de nombreuses années et maintenant retraité, je n’ai jamais culpabilisé de demander des honoraires après une consultation sans ordonnance. C’etait plutôt l’inverse !
    Si la consultation se terminait sans ordonnance, c’est que les échanges, l’écoute, les conseils avaient été utiles et bien reçus. Par contre, je pestais intérieurement contre le système qui ne valorisait pas cet acte vu le temps passé et les économies qu’en je faisais faire à la sécurité sociale !
    Confraternellement

  13. 40

    Oui, on n’ a pas la notion de ce que coûtent les soins en hôpital, de ce qu’ont coûté son opération, ou ses examens, ses médicaments même, on devrait toujours avoir la note qu’on soit remboursé ou non.
    Le véto c’est très très cher! Mais eux font de vrais devis. Le mien pousse vraiment à la consommation, enfin j’ai l’impression.

  14. granier annaick

    Mais enfin, il y a un tas de métiers ou on est payé sans donner rien de “tangible” en échange ! Tous les métiers du spectacle pour commencer, les métiers d art, ceux qui dispensent le savoir, tous les métiers d’accueil, j’en passe et sûrement pas les moindres, ils ne sont pas inutiles pour autant ! Chacun a son utilité et permettez moi de vous dire que je trouve un toubib plus utile qu’un footeux !!

  15. A.Pingouin

    Oh la la Baptiste, que faites-vous de la qualité de votre écoute ? Votre écoute, elle est inestimable. Il me semble qu’il y a quelque temps vous nous avez conseillé la lecture du livre du Docteur Philippe AÏm : Écouter, parler : soigner. Tout y est. La plupart de vos patients , a fortiori ceux pour lesquels vous ne prescrirez pas de médicaments, ont besoin d’être écoutés. C’est souvent en fonction de son écoute qu’on choisit son médecin.
    Moi, quand je vais voir mon médecin, je prépare mon chèque et mon premier geste, quand j’entre dans son cabinet, c’est de poser sur son bureau mon chèque et ma carte Vitale. Je ne sais pas quel sera le contenu de la consultation mais je sais que je serai écoutée, examinée si nécessaire et que je repartirai tranquillisée, ordonnance ou pas.
    Alors pas d’état d’âme Baptiste, votre écoute, elle n’a pas de prix !

  16. Emmanuelle

    Il me semble qu’en Asie, on ne paie le médecin (la consultation et l’ordonnance) que lorsque l’on n’est pas malade… dit en d’autres termes, le job du médecin est de garder le patient en bonne santé et il est payé pour ça… il ordonne donc plutôt un certain équilibre alimentaire, entre autres…

    J’ai tout de suite apprécié mon “nouveau” médecin (changement de lieu, changement de doc) quand il m’a dit “au vu des symptômes de votre fils, c’est un début d’otite, mais ça pourrait passer seul si c’est viral. Je vous prescris l’antibio parce qu’on est vendredi soir, mais vous attendez demain matin : s’il n’a plus de fièvre et plus mal à l’oreille demain, c’est que c’était viral, ne lui donnez rien.”
    Pour moi, c’est un soulagement d’entendre dire “ça va passer tout seul”, c’est vraiment ce que j’attends d’un médecin… alors courage pour affronter les regards surpris : ce qu’on paie chez le médecin, c’est le temps passé à diagnostiquer, pas le bout de papier !

  17. Anne

    A l’inverse, l’an dernier je suis allée trouver le médecin traitant d’un de mes très proches (pour ne pas le nommer …) car j’avais des choses pas très rigolotes à lui livrer (#metoo et compagnie)
    Je suis restée 1h30, il m’a écouté jusqu’au bout, sans mettre en doute ma parole (et ça fait du bien, vous ne pouvez pas imaginer !)
    Lorsque j’ai terminé, j’ai sorti mon chéquier. Il l’a repoussé d’un geste élégant de la main, et m’a dit qu’il n’était pas question que je le paye : “Il s’agit d’un entretien, pas d’une consultation”
    Je lui ai tout de même pris 1h30 de son temps, je ne suis même pas sa patiente …. J’ai insisté lourdement car il me semble qu’il avait tout de même travaillé non ? Rien à faire. Je n’en revenais pas, il ne voulait rien entendre. Et m’a même remercié d’avoir eu le courage de venir lui parler !
    Respect total à ce médecin, et bizzzz à vous Baptiste

  18. Conan

    Moi ce qui me choque… ce sont les patients qui viennent avec leur “liste de courses”… “alors vous allez me prescrire ça, ça et ça”
    Ceux là n’ont vraiment rien compris !!!

  19. Jean-Louis

    Bonsoir,
    Je lis souvent “alors voilà” et je vois que vous êtes médecin bien sûr, mais surtout et essentiellement un homme qui a de grandes qualités humaines à mes yeux. En médecine, à mon sens, l’écoute est primordiale et c’est souvent ce qui fait défaut hélas. Les consultations au 1/4 d’heure chrono sont devenues souvent la règle. L’écoute du patient n’a pas de prix à mes yeux. Un médecin qui écoute exprime une compassion et signifie qu’il a la volonté de soulager les maux dont souffre le ou la malade même si au terme de la consultation aucune ordonnance ne sera prescrite pour la bonne raison que le remède chimique possible ne fera rien de mieux que les bons conseils du médecin. Et là vous avez fait acte de conseil avisé et de soutien moral ce qui justifie amplement vos honoraires somme tout modestes et qui plus est seront remboursés par la sécurité sociale à laquelle nous cotisons. Poursuivez votre mission de vie qui est d’aider, de soulager, de conseiller et d’être à l’écoute des souffrances de vos patients.
    Bravo Baptiste, il en faudrait beaucoup comme vous.
    Jean-Louis

  20. Delphine

    Bonjour, j’avoue que je trouve votre ressenti non seulement irrationnel et erroné mais dangereux et contraire à l’image que j’aie de vous d’un médecin très attaché à l’interet de ses patients. Vous êtes médecin, pas boulanger. Vous ne me vendez pas des produits mais une expertise. Le service pour lequel vous êtes rémunéré dépend de la qualité de votre expertise, pas du nombre de baguettes/boîtes de médicaments que vous me prescrivez. Si l’on suivait votre ressenti, un médecin devrait être rémunéré en fonction du nombre de boites qu’il prescrit…………..
    Je pourrais comprendre que vous décidiez de ne pas être payé (bénévolat), par contre je me refuse à ce que la valeur d’un médecin dépende du fait qu’il prescrive des médicaments.

  21. GROSSAS Annick

    J’adore l’image !

    Toute la force réside dans la certitude que vous assurez un service (payant) du moment que vous donnez un verdict (avec ou sans ordonnance).

  22. Véro

    Je comprends tout à fait ce sentiment, même si bien sûr, ce n’est pas une ordonnance que le patient vient chercher … mais ce n’est pas facile de demander de régler la visite quand on est venu faire un constat de décès devant une famille éplorée … pas simple non plus quand on a appelé le SAMU pour un mari qui a fait un arrêt cardiaque et qu’il faut rattraper l’épouse complètement paniquée dans l’ambulance pour lui dire “et mes honoraires!” … J’ai la chance de travailler depuis des années dans un système de rémunération forfaitaire (Belgique). Nous sommes rémunérés (médecins-kinés et infirmiers travaillant en équipe) par une somme fixe versée chaque mois par l’assurance maladie pour chaque patient qui a choisi de s’inscrire dans notre centre médical. Nous bénéficions donc d’un budget fixe par mois (fonction du nombre total de patients inscrits chez nous) avec lequel nous assurons “la bonne santé” de tous nos patients. Le tarif est le même, que le patient vienne 10 x/mois ou jamais! Et le patient, lui, ne paye plus rien. Résultat: c’est bien plus facile de prendre du temps quand c’est nécessaire, mais aussi de déléguer certaines tâches , d’éviter des consultations inutiles qui peuvent se régler autrement, de limiter les visites à domicile demandées uniquement pour raisons de confort par le patient, d’aller voir les patients hospitalisés, de passer du temps à faire de l’éducation à la santé et de la prévention, mais aussi de refuser une prescription inutile ou un certificat … Il n’y a d’ailleurs plus beaucoup de pays qui ne se réfèrent qu’au système du paiement à la prestation pour les soins médicaux, la plupart font le plus souvent appel à des modes de rémunération mixtes (forfait + prestation) ou carrément forfaitaires. Je pense que c’est une évolution positive et beaucoup plus saine pour nous médecins!

  23. Nanou

    Quand je vais voir mon médecin pour un renouvellement d’ordonnance, 1 fois sur 2 il refuse que je le paie. Quand j’insiste il m’ausculte, parce que sinon il se sentirait aussi imposteur, sûrement. Mais il ne devrait pas. J’ai BESOIN de lui pour cette ordonnance. je dois le payer, c’est normal?

  24. Pilou

    A propos de la dernière illustration, sans doute très judicieuse, MAIS avez-vous pensé que nombre de personnes ne savent pas lire l’anglais ? Question de génération, de moyens financiers ou autres, alors est-ce une tare, une infirmité ? Dommage de ne pouvoir apprécier.

    1. Cath

      Bon, il y a GOOGLE TRANSLATE, on choisit la case gauche en précisant la langue ( anglais/English), on y recopie les mots ou la phrase anglaise, on fait cliquer le mulot, et on a la traduction en français (ou en ourdou) dans la case de droite. Elle est pas belle la vie ?
      ( Quelle est votre pire faiblesse / défaut ?
      L’honnêteté
      Je ne pense pas qu’il s’agisse d’une faiblesse
      Rien à foutre /fiche de ce que vous pensez). Feeling better ! (Ça va mieux ?) 🙂

  25. la grogniasse

    Il y a l’astuce de mon pédiatre pour me faire repartir systématiquement avec une ordonnance longue comme le bras : il écrit tout ce qu’il faut faire pour bien s’occuper d’un bébé, par exemple :
    – lavage du nez à chaque change,
    – alimentation : lait maternel, plus une cuillère de compote à la fin du repas
    – sommeil : essayer de supprimer la sieste de l’après-midi

    Les médecins “pour grands” pourraient bien écrire :
    – alimentation : essayer d’ajouter un fruit à chaque repas
    – en cas d’irritation de la gorge : infusion de tilleul et de fleur d’oranger, additionnée d’une cuillère à café de miel
    – pratiquer une heure de sport par semaine

    Et très sincèrement, je ne suis pas convaincue que ça ne servirait à rien, que d’écrire qu’on peut aussi se soigner sans avoir besoin d’un médicament remboursé.
    Et pour une maman, avoir une ordonnance qui dit qu’elle doit dormir toute une nuit (c’est pas le médicament le plus indispensable du monde, le sommeil?), ça peut aussi aider à demander au mari d’assurer sa part!

    1. Cath

      Moi je dirais infusion de sauge pour la gorge irritée (un copain toubib m’a donné ça à boire parce que je ne supporte plus la codéine). Avec du miel. Ça calme tout de suite la douleur ( et l’enquiquineuse qui chouine qu’elle a mal, qu’elle peut pas dormir etc etc) 😉

  26. TitPrune

    Je suis très contente quand je sors de chez le médecin sans ordonnance. Je me sens à la fois en bonne santé, bonne élève et fière 🙂

  27. fouzia

    J’adore tes états d’âme….tu en as une toi 😉
    Tu me fais trop penser à J.D. de Scrubs, chaque fois que je te lis depuis ces dernières années, je te vois en J.D. dans ma tête hihihi.
    Penses, remets en questions, refuse ce qui te semble injuste…Bref, continues d’être celui que tu es avec ce que cela implique de prises de tête constructives.

  28. Isa

    Bonjour ! Je me permets de faire le lien entre médecine et linguistique. Je sais, c’est pas évident au premier regard 😉 Sachant qu’une prescription est une description d’actions, la prescription médicale ne pourrait-elle pas prendre la forme d’un papier d’ordonnance sur lequel vous écririez la liste de vos recommandations (manger cinq fruits légumes par jour, arrêter la purée et les pâtes en même temps, marchez 2 kilomètres,…) . Comme ça tout le monde est content : le patient repart avec un papier du médecin ( quelque chose de tangible) et vous, augmentez les chances que vos propos soient suivis puisqu’ils sont écrits ! Possible ou suggestion à côté de la plaque ?

    1. Blablabla

      Prescrire “rien” n’est ce pas prescrire encore “quelque chose” ?
      Dans une version extrême de la proposition precédente, je vois bien “rien” écrit sur l’ordonnance 🙂

    2. Tijac

      Lorsque les patients viennent avec leurs résultats d’analyses, j’ai pris l’habitude de mettre des commentaires en face des résultats, toujours en majuscules pour qu’ils soient facilement lisibles (normal, excellent, à recontrôler dans 3 mois, avis spécialisé nécessaire, éviter le sel et les boites de conserves, faire un don du sang 1 à 2 fois/an pour diminuer la ferritinémie, etc, etc).
      Il n’y a ni signature, ni tampon, mais les patients apprécient beaucoup.

  29. Momo

    Quand je vais chez le médecin, c’est en général parce que j’ai un truc qui dure. Je veux juste m’assurer que je ne fais pas une connerie en n’allant pas chez le médecin. Je ressors évidemment avec une ordonnance, que je pose quelque part. Du coup le médecin est content (il m’a “soigné”), moi je suis content (je sais que c’est pas grave et que ça va passer) et la sécu est contente (j’ai balancé mon ordonnance vu que ça va passer sans médicament) 😀
    Bon ça marche pas pour tout le monde, ma copine ne guérit jamais de rien sans médicaments 🙁

  30. isabelle

    il m’arrive souvent de ne pas faire régler la consultation, et ce n’est pas lié au fait que j’ai prescrit ou pas un traitement, mais à plein d’autres facteurs, surtout circonstanciels; mais en fait le patient ne vit pas toujours très bien le fait de ne pas régler, il se sent fautif d’avoir pris du temps, redevable, voire il n’ose pas revenir par peur qu’à nouveau on ne le fasse pas régler. Ou bien il pense qu’on le préserve parce que le diagnostic est plus grave que ce qu’on lui a dit. Ou bien il pense que c’est parce qu’on n’est pas sûr de son diagnostic qu’on ne fait pas payer. Et même la sécu proteste quand on fait trop d’actes gratuits…

  31. fon

    J’ai emmené ma fille de 6 ans chez une psychologue. Avant de partir elle me voit payer et me dit “mais tu payes maman???”… Et la psychologue m’a raconté que ça étonnait tous les enfants. Je lui ai expliqué que oui, ce n’était pas un magasin où on achetait quelque chose de matériel mais qu’elle nous avait accordé du temps et qu’il fallait la payer en retour… Dur en effet à comprendre pour une enfant de six ans, mais tout de même, les adultes peuvent le comprendre, non? (Moi j’adore les médecins qui ne prescrivent rien. Etre rassuré, ça a un prix aussi ! J’ai horreur de me faire prescrire des “gouttes pour le nez” quand je suis juste venue vérifier que mon bébé n’avait pas d’otite…)

  32. sarah

    Je me demande :
    Pourquoi a t’on besoin de laisser une trace ?
    Pour se rassurer aux yeux des patients qu’on a bien fait notre boulot ?
    Pour se convaincre qu’on a réponse à tout ?
    Parce qu’il est plus facile de rassurer les patients avec des médocs qu’avec de l’écoute ?
    Je masse les gens. Pas de trace. Juste leur sourire. ou pas, des fois. Difficile au début de savoir si on fait du bon boulot. Syndrome d’imposteur. Comment je justifie de faire payer le même montant qu’un ostéo ou un médecin ou un kiné qui a étudié longtemps et qui a vocation à soigner ? Ou un garagiste qui te répare ta voiture. C’était mes questions.
    J’ai lâché. Je crois qu’il y a beaucoup d’égo dans le fait de vouloir laisser une trace. Se dire, se rassurer qu’on a bien travaillé. Et c’est bon quand on lâche ça. On devient libre d’être vraiment juste avec la personne en face.
    J’ai finalement répondu à ma question en pratiquant : je ne soigne pas, je ne guéris pas mais Je détends, je soulage, je redonne le sourire dans un environnement doux non médicalisé et je donne de ma personne pour tout ça. Oui ça vaut dignement 50 euros. Et je demande moins quand la personne ne peut pas payer. Tant que ça reste juste pour moi aussi.
    Bonne journée.

  33. Fridita

    Quand tu ressors d’une salle de concert , d’un théâtre, du cinéma, que tu refermes un livre, etc. repars-tu avec quelque chose d’autre que ce que l’on t’a donné à voir, à penser et à entendre?

    Il faut te décomplexer Baptiste, moi j’aime mon médecin parce qu’il ne me prescrit rien. En revanche des fois la pédiatre de mes enfants renouvelle mon ordonnance de pilule, car elle sait que mon prochain rdv gyneco est dans 3 mois et que je ne veux pas d’autres enfants…

    Bravo pour les petits bateaux dimanche soir. <3

  34. cecilouh

    Ne jamais oublier ou toujours se souvenir ( au choix) que pendant TOUT notre internat , la chose qu’on attend de nous (interne ) c’est la PRESCRIPTION . Personne m’a jamais demande si j’avais bien écouté , rassuré , si j’avais pris le temps de m’assoir et juste parler (je regardais Motus avec les patients)
    Je rêve (et ça fait presque 10 ans que j’ai signé ma dernière press à l’hosto) encore que je suis interne derriere mon chariot en me disant ” putain eNcore 5 À VOIR IL EST 13H ET J’AI PAS FAIT MES PRESS” , sueurs , angoisses , palpitations …..( t’aurais pas du regarder motus)
    Alors moi aussi , ça me fait tout bizarre de les laisser partir sans ordonnances mais je le fais de plus en plus souvent ( je progresse) et des fois je prescris de la musique , des livres, des films , des glaces, des blogs (:-°)) ou de voir des amis ( je feinte) .
    A bientôt Baptiste

  35. dom;

    oui, on a parfois l’impression de faire “rien” (juste écouter et/ou conseiller des choses simples)
    mais “faire rien” ce n’est pas “ne rien faire” , et ça peut être efficace (juste écouter , vous le savez bien c’est thérapeutique souvent ; mais bien sur écouter ne va pas de soi pour tout les soignants hélas!? )

  36. Giroflée

    Particulièrement réussis ces commentaires qui font le tour du débat sous tous les angles : humains, humour, déontologiques, etc… Vous êtes d’une telle empathie et d’une telle Humanité…que c’est nous qui devrions vous payer Baptiste !!! Plus sérieusement, votre écoute et votre tact ne sont certes pas tarifés mais ils valent et soignent bien davantage que toutes les prescriptions du monde ; )

  37. Marie-Eve

    Généralement je vais chez le médecin lorsque je suis trop malade pour travailler ou qu’une de mes fille est trop malade pour aller à l’école, mais je ne m’attend vraiment pas à avoir quoique ce soit de plus qu’un arrêt de travail lorsque c’est une gastro ou un autre truc viral dont les symptômes se soignent avec les médicaments qu’on a tous en réserve à la maison et qui s’achètent sans ordonnance.
    Et j’espère bien que je ne paye pas le médecin pour le papier d’arrêt de travail, ce serait vraiment glauque, l’argent que je lui donne rémunère la consultation, le fait qu’elle ait tout examiné pour vérifier que c’est bien viral, le jugement pertinent qu’elle est capable de porter après ses années d’étude et d’expérience, il y a peu d’argent aussi mérité que celui là 🙂

  38. herve cruchant

    Voilà que je recommence.

    La fabrique de la soumission a tellement bien fonctionné que nous avons admis comme une évidence incontournable que tout a valeur marchande. Que je demande conseil parce que je sens bien que je suis perdu dans ma vie ou de l’aide technique, médicale, pour tuer une maladie, enfin, toute idée de rapport avec autrui commence désormais par le portique : “çà coûte combien ?” ou “c’est cher ?” ou “il prend combien ?” ou encore “et le dessous de table ?”. Les arguments connexes arrivent en tsunami : “faut bien qu’ils mangent” ou “tu aurais fait tant d’années d’études…”…. Bref, “tout a un coût” paraît-il.

    Voilà que je recommence. Cependant, cette fois, je ne me mettrai pas ‘dans tous mes états’.

    Le génie absolu des marchands est de nous voir fait croire que les qualités humaines de nécessaire entraide, en premier lieu en raison de notre principale caractéristique d’espèce grégaire pouvait -que dis-je? devait- faire partie des mœurs économiques; sans distinctions. Et, pour faire court, comme le principe de ‘service’ se retrouve dans les religions elles-mêmes sous forme d’achats de grâces, d’indulgences et autres facilités aux membres du club, les esprits sont ouverts au ‘gagnant-gagnant’ monétaire. Vous savez bien que ce monde me révulse en raison du fait qu’il crée des valeurs, échelles de valeurs, élites, échelles des élites, pouvoirs, échelles des pouvoirs, etc. tout ceci dans le but de rendre sujet le bon peuple qui ne demande rien. Et lui montrer que, s’il ne demande rien, c’est un abruti volontaire. Donc, je consulte car il le faut (le cas du rhume) et je paye ‘normalement’ (l’Ordre est là qui veille).

    Celui qui aurait une vie détachée de tout cet échafaudage suspect pourrait très bien rencontrer un semblable et lui parler de ses état d’âme. C’est encore le rôle des Vieux dans une grande partie du monde. Viens donc t’asseoir sous l’arbre à palabres, mon ami. Ou bien écouterait-il l’histoire contée par le Griot. Et, de fumée en fumée autour du petit feu de bois, la morale des mots arrangerait son monde intérieur en désordre. Pas d’autre ‘valeur’, pas de ‘prix à payer’ autre que l’évidence de sauvegarder un équilibre parmi les vivants. Ni le Vieux ni le Griot ne veulent habiter sur la côte sud, plus ensoleillée; ou chanter dans les Palais, gagner des troupeaux de chèvres pour pouvoir faire les malins. Ou avoir des filles en masse. Il existe nombre de filles sur Terre qui n’aspirent qu’à vivre tranquillement loin des pacotilles. On dit même que c’est leur principale qualité en fait.
    Aimez-vous les uns les autres, disaient et disent encore les meneurs dans une phrase échappée de la fumée d’opium des peuples. Le Toubib qu’Anne a pu rencontrer pendant une heure et demi est de ce tonneau. L’acte de rencontre – dialogue est de cette espèce. Comment irait-on adjoindre une notion de valeur à cet échange d’humanité ?

    Dans le post précédent, je disais que, dans l’absolu, le métier de médecin (ou ‘soignant’, y compris les vétos, si vous voulez) était impossible, si l’on considère que les uns veulent soigner au mieux alors que les patients veulent guérir tout à fait. et que, de facto, par un biais dont les mentalités sont faites, toutes les responsabilités sont supportées par les toubibs. Etrange consensus.

    Le rapport entre la valeur marchande d’un service et le conseil assorti d’une ordonnance n’existe pas vraiment. Si, nous restons dans la logique monétaire, les tarifs doivent être affichés et respectés (pas ceux des conventions mais des tarifs type restaurant ou coiffeur : “menu “examen sphère orl” (ESO-01) chez le généraliste, comprenant mise à disposition d’une table d’examen standard, examen des deux oreilles avec exploration éclairée led, palpation des zones faciales externes au pavillon, bilan général et recommandations. ordonnance conforme. durée minimale 20mn nb: le courrier vers le spécialiste si nécessaire, est facturé en sus. tva incluse. carte vitale acceptée = 30€. en période estivale, promotion -25% renseignements au secrétariat)
    Sinon, la véritable médecine, celle des rapports humains d’aide et de conseils, de traitements et d’assistance… comment faire ? dans la normalité marchande, le patient lui-même devrait remplir une fiche d’éligibilité pour qualifier sa maladie. Etre dirigé vers le ‘bon’ toubib, ce dernier auto-désigné par une ‘loi du marché’ et rémunéré en fonction d’une cote d’amour. Au juste prix, en somme. Un commerce libre et non faussé à la mode commission européenne. J’ai constaté bien des à-côtés à cette méthode : enveloppe sous la table dans le monde chirurgical, dépassements d’honoraires chez un spécialiste pour avoir un rendez-vous dans un avenir décent -cette spécialiste exerçant au sein de l’hôpital public donc avec le matériel public- une autre possibilité étant d’aller à son cabinet en ville et ainsi de bénéficier d’une consultation dans les quarante-huit heures. on rencontre de tout et chacun le sait).
    Pour finir, je rapporterais cette anecdote : devant consulter un psy dans les meilleurs délais, j’ai eu la chance d’être accompagné par un homme dynamique et conscient de son rôle social. il faisait payer ses actes selon le tarif en vigueur. tout allait bien. sauf qu’un jour il a été convoqué auprès du conseil de l’ordre car il n’avait pas ajusté ses taris au barème nouveau décrété par les notables de la profession. Il faisait payer moins cher, voyez-vous. Moralité : un praticien qui s’occupe plus de médecine psychiatrique que de comptabilité, est limite délinquant. Gauchiste, peut-être, mais délinquant….

    Sur le cas de Bibi, je pense que le dialogue et l’explication doit faire partie de la fin de consultation. Car ne voit-on pas ici un manque flagrant de connaissance de la part du patient ? Si, en général, on raconte n’importe quoi à propos du monde des soignants, laissant la voie libre à toute une publication frapadingue, voire lourdement mensongère, celà montre bien que l’éducation populaire manque cruellement, là aussi. Puisque, à mon avis, ceci relève de la calamine sociale, les généralistes eux-mêmes ne pourraient-ils pas expliquer un peu leur métier et la manière dont ils pensent devoir l’appliquer. “Dans le bien du malade” dit-on quelque part.

    Que Mieux vous garde et protège nos toubibs complexés !

  39. Fred.

    Coucou! Un ami ayant fait ses études au Bénin m’a dit qu’à la fin de leur dernière année d’etudes,leur doyen leur a tenu ce discours : » vous avez terminé vos études,soyez assurés que vous serez de bons médecins,même si vous avez triché aux examens.Si vous n’avez pas triché,vous aviez le livre dans la tête ,c’est bien.Si vous avez triché,vous aviez le livre sur les genoux.Mais aucun de vous ne serait ici aujourd’hui s’il ne savait pas le plus important: savoir soigner,savoir rassurer,savoir utiliser le livre. »
    Sinon,Marcel Mauss a écrit «  Traité sur le don »un très beau livre,qui ne parle pas d’argent mais de la valeur de ce que l’on donne,dont doit être conscient celui qui reçoit,pour apprécier le don.

  40. Fred.

    Ah,et sur le don,j’aime bien cette histoire qui vient de l’autre côté de la Méditerranée:un pélican vivait sur une île avec ses cinq enfants,mais cette île fut ravagée par un immense incendie.Le salut était de rejoindre le continent mais les oisillons ne savaient voler et le pélican âgé,n’aurait pas la force de faire plusieurs voyages.Il prit un oisillon dans son bec et commença à survoler les eaux.Sais tu pourquoi je te sauve la vie demanda t’il à son petit? Oui,pour que plus tard je veille sur toi.Alors le pélican ouvrit son bec,laissa tomber le petit et partit en chercher un autre.
    En vol il posa la même question : sais tu pourquoi je te sauve? Et la réponse:Pour que je te sois dévoué dans tes vieux jours.Pélican ouvrit encore son bec,et repartit chercher un autre enfant.Sais tu pourquoi je te sauve demanda t’il encore ? Oui,pour que devenu grand,je sache me comporter en parent pour mes enfants.

  41. Alfred

    Pas lu tous les commentaires. Une suggestion peut-être déjà proposée : le praticien ne pourrait-il rédiger un petit compte rendu, résumant ses constatations lors de la consultation et concluant qu’il n’y a rien d’inquiétant et que dans l’immédiat il n’y a pas lieu de prescrire un traitement ?
    L’informatique permet de sortir rapidement ce genre de texte pré-rédigés, le patient pourrait ainsi ne pas partir “les mains vides” et avoir un point de référence pour sa prochaine consultation si aggravation…

    1. herve cruchant

      sauf que les assurances..
      sauf que çà encouragerait un marchandage …

      sauf que le métier de toubib est d’écouter et soigner
      le contrôle technique automobile (ou pas) en est un autre ….
      ceux qui ont été au “conseil de révision” (qui porte bien son nom) savent ce que je veux dire

  42. Anne-Laure

    Bonjour,

    Je lis votre blog avec intérêt depuis un bon moment, et c’est la première fois que j’ose réagir. En effet, ayant une maladie chronique (hypothyroïdie) diagnostiquée depuis un bonne dizaine d’années et sous traitement, je vais voir mon médecin traitant tous les six mois. Parfois, le renouvellement ne prend qu’une dizaine de minutes, examen et prescription (médicament + prise de sang de contrôle) compris, mais je sais que mon médecin, alors que j’affrontais des choses difficiles l’année dernière tout en ayant une bronchite qui ne guérissait pas bien (cause à effet, probablement), a pris un peu plus de temps pour écouter ce que j’avais à dire. Et ça, même si on paie la consultation, ça n’a pas de prix et ça m’a aidée à remonter la pente. Alors merci aux médecins qui prennent ce temps-là sans être payés plus cher.

    Cordialement

  43. Valérie

    Je ne pense pas qu’un patient attende forcément une ordonnance en sortant de chez son médecin traitant et ce patient ne pense aucunement qu’il est lésé s’il n’en a pas. En effet, si, comme c’est le cas dans nos campagnes, le patient a entière confiance en son médecin traitant qui le suit depuis des années et parfois même depuis la naissance comme c’est le cas pour les trentenaires de ma génération dans mon village, lorsque l’on rencontre un souci de santé, c’est la personne que l’on va voir pour être soigné mais aussi pour être rassuré et pour poser un diagnostic sur un souci qui nous tracasse. Si une ordonnance n’est pas nécessaire mais que l’on ressorte rassuré, vous n’avez aucunement à vous sentir gêné de faire payer le patient car vous lui avez certainement apporté plus qu’un traitement médicamenteux aurait pu le faire.

  44. Charles Josephine

    C’est réconfortant ce mot sur le paiement… je l’ai tellement éprouvé ce sentiment exactement décrit de l’imposture de marchander un savoir : le partage cela ne s’achète pas, le savoir partagé ne peut s’acheter; il ne nous enlève rien et même nous enrichit! Pourtant il faut des enseignants, des philosophes, des psychologues, des éducateurs… Toute forme de savoir doit se faire dans l’échange. Celui qui cherche à guider, à relever, à soulager est précieux et demande en retour plusieurs formes d’échanges puisque cherchant à les aider à vivre vise en retour à nous permette de vivre.
    Ainsi à 50 ans, médecin du travail, dans l’incapacité à délivrer un traitement, j’ai ouvert tous les canaux possibles pour partager le savoir de ceux qui se relèvent pour ceux qui tombent. Mais je suis salariée, ce qui efface illusoirement la part de contrat entre eux et moi, eux, ceux qui tombent.
    Et si j’hésite à revenir dans le sillon des médecins du soin,tellement mon métier est si souvent une imposture (et non un sentiment), c’est bien à cause de cette relation d’argent.
    Pourtant, notre savoir partagé métissé de nos expériences humaines fouillées en nous et fouillées en eux, quand elle approche quelque chose de juste, a la saveur de la nécessité.

  45. Oriane

    Sentiment d’imposture inverse en pharmacie, nous ne sommes payés qu’à la boîte, peu importe le conseil, le diagnostic, tout ce qui est immatériel.
    Comment faire son travail en toute déontologie, comment renvoyer les mains dans les poches un patient-client, lorsqu’on a passé 30min, 2h, avec lui et qu’on sait que ce sont autant de minutes non payées?
    Comment refuser la tendance actuelle de faire un “conseil payant” en ajoutant telle boîte de complément alimentaire à 40€ que le patient ne prendra jamais (soyons honnêtes) simplement pour ne pas fermer boutique (soyons honnête là-dessus aussi, ce ne sont pas les ordonnances qui nous font vivre) ?
    Surtout, comment convaincre le patient consumériste que repartir les mains vides, c’est pour son propre bien? Que se surmédiquer peut être dangereux, même au doliprane? Ou le patient qui culpabilise parce qu’il vous a pris 30 min d’attention et que vous lui dîtes de rentrer chez lui simplement accompagné de conseils gratuits et que pour “compenser”, il vous prend une boîte de doliprane?

    Il y a et aura toujours des dérives à chercher à rentabiliser ce qui est immatériel. La médecine est un art qui se doit d’être hors des soucis bassements matériels. Et pourtant, notre société nous rappelle à chaque seconde que nos finances doivent être une priorité si nous voulons exercer notre art.
    Difficile de ne pas se sentir un imposteur quand on cherche à prodiguer des soins par dévotion mais qu’on doit vendre avant de soigner… et parfois vendre sans soigner.

    1. Tijac

      Belle réflexion. C’est toujours intéressant d’avoir l’avis des autres professions de santé, d’autant plus quand on a l’habitude de travailler en équipe avec eux.

  46. Léa*

    C’est vrai que le conseil, l’échange on a un sentiment que c’est gratuit. L’ordonnance est un peu considéré comme la monnaie d’échange. Il faut repenser ça (je ne suis pas dans le secteur de la santé). Il faudrait mieux considérer le conseil et l’échange, ça peut avoir autant de valeur qu’une ordonnance qu’une prescription. Ça me fait penser à mon ancien médecin où je me plaignais de ma circulation merdique. Il me dit ”prend des palmes et tu fais des aller retour à la mer, il y a rien de mieux” 🙂

  47. MChristine

    Simple patiente, quand je repars sans ordonnance, je ne me sens pas lésée. Mon médecin a pris le temps de m’écouter, m’ausculter et de me rassurer sur mon inquiétude. Même sans ordonnance il a fait beaucoup. C’est moi qui repars avec un peu de honte de lui avoir pris du temps précieux pour un autre patient.

  48. lilimu

    Quant à moi, je vous dit surtout merci (et regrette que vous ne soyez pas mon médecin…).
    Je n’ai rencontré qu’un seul médecin dans ma vie qui osait ne rien prescrire quand ce n’était pas nécessaire… Les autres me prescrivaient quelque chose à chaque fois et certains me demandaient meme si j’avais besoin de quelque chose (oui, comme à l’épicerie, en somme).
    Celui qui agissait comme vous nous a prévenu dès que nous l’avons choisi comme médecin traitant (et il ne l’est plus, snif). Peut-etre devriez-vous faire pareil d’entrée de jeu et prévenir vos patients, anciens et nouveaux, que vous ne prescrivez pas coute que coute un médicament.
    En tout cas, c’est révélateur d’un certain problème dans le monde médical, je trouve, car cela montre bien qu’une très grande majorité de patients s’attendent toujours à repartir avec quelque chose parce que précisément une majorité de médecins ont cette habitude et nous la transmettent… C’est peut-etre un préjugé de ma part mais c’est mon ressenti et mon expérience personnelle qui parlent.
    Quant à votre amie, c’est dommage qu’elle pense cela, elle aussi. J’ai une maitrise de psychologie et, à de nombreuses reprises, au cours de mon cursus, il nous a été dit que faire payer une thérapie était nécessaire pour obtenir le plein investissement du patient.
    On nous expliquait que le tarif d’un psy pouvait s’adapter au budget du patient mais que dans tous les cas, il ne fallait pas que ce soit gratuit. Faire payer la consultation coute au patient et, comme ça lui coute, ça le conduit à s’investir, à s’engager activement dans sa thérapie. Et, en effet, une thérapie ne peut avancer que si le patient y met du sien (on occulte toutes les barrières naturelles qui empechent un patient d’avancer, hein ? Je parle ici de motivation. 🙂 ) car c’est avant tout le patient qui trouve ses propres réponses et pas le thérapeute qui les lui fournit.
    Mais peut-etre que c’est une idée fausse que de penser cela car, si votre amie regrette qu’une consultation psy ne soit pas remboursée, c’est peut-etre parce qu’elle juge qu’un patient peut très bien progresser sans y investir son argent…

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