La colère.

Pour Hervé C.
Alors voilà, l’autre jour, j’ai vu en consultation un vieil homme. Il ne payait pas de mine. 80 ans bien tassés. Il vient pour un renouvellement, trois fois rien. On parle un peu lui et moi. HAD, FNASS, SSID, bla-bla-bla, on se perd dans les acronymes. En gros, il s’occupe de son épouse en fin de vie. 40 ans de vie commune. Ils touchent une petite retraite, tous les deux. C’est trop pour la CMU, pas assez pour offrir un cadeau à leur petit-fils à Noël. Il me dit ça en triturant un trou dans sa veste. Il touchait une aide spéciale pour les changes de son épouse, mais le gouvernement l’a supprimée. Alors il se débrouille : il met des chiffons dans la culotte, qu’il nettoie ensuite.<< Mais ce n’est pas efficace comme des vraies couches. C’est ma femme, et lui faire “ça” avec “ça”, c’est pas bien, non, c’est pas bien. >> qu’il dit en secouant la tête. 

Cela dure un 1/4 de seconde, mais je le vois, moi : le regard du vieux se trouble. IL SE TROUBLE. Je l’entends murmurer :

<< Je me sens indigne. >>

[…]

Finalement, ce patient s’en va. Le suivant me pose un lapin. 15 minutes de rab’. Je surfe sur le net en attendant, clique sur “Google Actualités”. Ça parle voyage ministériel à 14 000 € pour un “match de foot”, note de taxi à 400 000 € pour une responsable culturelle. Ça se gave bien, en haut lieu, ça se gave bien. Et la voix du vieux revient, elle résonne entre les 4 murs du cabinet, elle chevrote. 

<< Je me sens indigne. >>

J’ai comme un haut le coeur tout à coup et je m’entends penser : “Putain de merde, Baptiste, on vit quand même dans un monde sacrément violent.”

Chaque jour passe et, chaque jour, je vieillis dans ma tête. Si vous saviez comme je suis en colère et comme je suis vieux… Parfois, j’ai comme des envies de casser le monde. J’espère que j’arriverai à toujours vous raconter des histoires drôles. Des histoires sans violence, des histoires sans colère.

Et sans “vieillards indignes”.

“La peur mène à la colère, la colère mène à la haine, la haine mène à la souffrance.”

Maître Yoda

“Les hommes coléreux se font à eux-mêmes un lit d’orties.”

Samuel Richardson

78 réflexions au sujet de « La colère. »

    1. Sprintex

      Pour avoir eu besoin de faire appel à eux : je ne suis pas sûr qu’ils puissent faire quoi que ce soit. Si la retraite dépasse ne serait-ce que d’un euro le seuil fatidique, aucune aide à attendre malheureusement. Et ce n’est pas du à la bonne volonté ou la compétence d’une assistance sociale, mais des aides qui diminuent d’années en années.

    2. Aurore

      Bonjour je suis assistante sociale et d’accord avec toi, un entretien avec une assistante sociale permettrait de verifier si il a bien accès à ses droits exemple si ilne peut pas prétendre à la cmu il peut peut être prétendre à l’aide complementaire santé ce qui lui donnerait droit au TPN et au TSS! Ensuite travailler avec les services de l’APA… il est necessaire de travailler en partenariat pour aider le maximum de personnes!!!

  1. Fredix

    Que je me sente vieille dans la tête, c’est normal, je côtoie les humains depuis 54 ans, je sais c’est pas vieux mais j’ai appris en accéléré ! Mais qu’un jeune de 30 ans ressente la même chose que moi ça me fait de la peine !

  2. Grand33

    Bonjour Bibi

    Cette histoire tombe pile. je viens de rentrer à la maison la voiture pleine de couches et autres protections. Poue les cacher, oui je dis bien les cacher. Ma chérie qui bosse comme AMP dans une petite structure d’aide à domicile, a une inspection de l’ARS lundi et il est interdit d’avoir ces produits en stock pour aider les patients qui sont dans le cas de ton vieil homme.
    Alors voilà ceux dans haut se gavent et ceux d’en bas qui veulent aider ne le peuvent pas.
    C’est cela qui est indigne et pas ce brave homme.
    J’en profite pour embrasser Mr hervé c.
    La bise

    1. Cath

      “Il est interdit d’avoir ces produits en stock pour aider les patients”…
      On ne m’ôtera pas de l’idée qu’il y a des coups de pied au c… qui se perdent. Et dire qu’il y a des abrutis pour pondre ces règles et les justifier, et d’autres pour inspecter et s’assurer que la règle est suivie ?
      Je ne rêve pas, je cauchemarde en direct.
      Et je ne peux même pas me consoler en me disant que lorsque ces crétins se trouveront dans une situation de dépendance similaire, je les laisserai mariner dans leur m… parce que je ne le pourrai pas.
      Mais d’un autre côté, de savoir qu’il y a des Grands qui font la nique à ces abrutis, ça rassure.

    2. Suze Araignée

      Tiens, ça me rappelle une histoire… Un paysan que je connais (mon voisin quand j’étais haute comme trois pommes, en fait), s’est un jour retrouvé à dépasser les quotas de lait. Oui parce qu’en fait, si on s’échine à nous faire croire que le lait et les produits laitiers sont nécessaires à notre santé, ce n’est pas parce que c’est vrai (le lait de vache n’étant nécessaire qu’à la bonne santé des veaux, en toute logique), mais parce qu’en France, et plus largement en Europe, on produit trop, beaucoup trop de lait, à plus savoir qu’en faire (tout en poussant les éleveurs à élever des races qui produisent beaucoup de lait, tellement que ça épuise à mort les pauvres vaches). Donc, les éleveurs ont des quotas de lait à ne pas dépasser. Mais lui, ses vaches, dont les pis ne lisent pas les quotas, ont produit trop de lait. On lui a donc demandé de s’en débarrasser, de ce lait en trop. Il s’est donc tourné vers les Restos du Cœur, pour leur donner ce lait au lieu de le balancer. Et il a pu en donner un peu, mais un peu seulement. Parce que là aussi, y a des quotas à pas dépasser ! C’est gratuit, donc faut pas trop donner.

      Et voilà comment il s’est retrouvé forcé à jeter le lait en trop dans un pré, lait qui est sans doute aller gaiement polluer ruisseaux et nappes phréatiques, tandis que des humains ont faim et que des vaches meurent d’épuisement à produire du lait, du lait, beaucoup de lait, trop de lait…

      Oui, le monde marche sur la tête, vraiment.

  3. Mésange

    Hélas Baptiste, je crains qu’il n’y en ait de plus en plus de petites vieux dans ce cas… et même des moins vieux qui renonceront peu à peu à certains soins médicaux. C’est déjà commencé et avec notre monde qui bascule de plus en plus vite vers un libéralisme outrancier, cela ne peut qu’empirer.
    Je crains que sous peu beaucoup de petits vieux valides ne puissent plus s’occuper de leur conjoint, parce qu’ils seront obligés de continuer à bosser pour pouvoir survivre.
    Je ne comprends plus ce monde dans lequel on écrase les
    peuples, on les humilie en niant toute démocratie véritable. Je ne
    comprends pas ce désir de possession, d’argent et de pouvoir. La
    richesse n’est pas là où tous ces gens la placent.
    Comme toi, et comme beaucoup d’autres je suis en colère… peut-être que finalement, on ne la laisse pas suffisamment exploser…
    Douces caresses de plumettes

  4. Al

    Cher Baptiste,
    J’ai fréquenté ce lieu avec assiduité et un énorme plaisir. J’ai beaucoup ri, j’ai beaucoup pleuré, et je suis devenu accroc à votre style d’écriture, votre sensibilité et votre regard sur les hommes et le monde fabuleux des soignants.
    Je n’avais jusqu’ici jamais réagi, mais ce changement d’humeur résonne en moi. J’ai une dizaine d’année d’avance sur vous, et j’ai moi aussi vieilli et vu monter une colère sourde contre ce monde d’une injustice crasse.
    Je n’ai pas de conseil à donner, juste le témoignage que vous n’êtes pas seul dans votre cas. Je ne crois pas que le fait d’être en colère soit une mauvaise chose. La colère est une émotion qui a pour fonction de préserver son intégrité. Vous vous sentez agressé par ce monde, et comme je vous comprends.
    Utilisez cette colère comme énergie pour en faire quelque chose de bien et d’utile. Vous trouverez quoi.

  5. Al

    Et remarquez bien que Maître Yoda dit n’importe quoi, aussi grand maître Jedi soit-il.
    La peur et la colère sont deux émotions bien distinctes et aux fonctions bien différentes. Vous n’êtes pas condamné à la haine ou à la souffrance.

    1. oreclemage

      Je pense que vous ne comprenez pas les propos de Yoda, quand il dit que la peur mène à la colère, il faut comprendre la peur de perdre ceux à qui ou à quoi on tient provoque la colère, la colère est la résultante d’une frustration et la frustration est la résultante d’une peur.
      Ce qu’il faut comprendre de la citation de Yoda, c’est qu’il ne sert à rien d’être en colère, il faut agir. Car la colère engendre la haine qui engendre le malheur.
      C’est bien beau d’être en colère mais cela ne sert à rien, seul l’action est utile.

  6. Pat

    Je partage cette indignation . Il serait temps que “le bon peuple ” réagisse face aux privilèges qui ont été abolis à la Révolution française mais qui , tels des phénix sont ressortis de leurs cendres et ont réapparu dans le costume des gros bourgeois politicards .

  7. GABORIT

    Baptiste,

    alors là, c’est décidé, je ne lis plus le soir avant de me coucher. car je ressens de la lassitude, beaucoup de tristesse,mais c’est normal, après l’épreuve que tu viens de vivre.

    Tu fais de ton mieux pour soulager les autres, gardes confiance et prends soin de toi.

    c’est moi que te fais un heugh (?) ce soir.

  8. Soulalune

    C’est sain de ressentir de l’écoeurement face à cette injustice, et si le découragement te gagne, c’est que tu n’es pas et ne sera jamais ou blindé de suffisance ou aveugle par nécessité …
    Oui notre monde est violent, il n’est pas un seul jour où il ne me heurte, et cette pleine conscience me hante, alors je ” répare ” à ma façon (nous sommes nombreux, je ne me sens pas meilleure pour autant) , ici ou là, comme tu le fais toi aussi ..

  9. Claudia

    Il y a des colères qui sont saines je crois…
    Ces colères là veulent surtout dire que tu n’es pas résigné ou à tout le moins que tu n’es pas blasé au point de laisser glisser ton regard sans l’arrêter sur les choses pour les voir vraiment…
    Et peut-être que quelque part, ce regard qui s’arrête qui voit et qui “entend” c’est aussi du soin.

  10. lectrice boulimique

    La colère c’est la vie qui dit merde à la mort et qui l’envoie chier, avec ou sans couches !

    Merci Bibi de te et de nous mettre en colère grâce au vieux patient de Hervé, ce qui me fait aussi me demander ce que deviennent d’autres petits vieux: les pépés grecs, vous savez, ceux que le “régime crétois” huile d’olive-feta-soleil, sans autre médicament, conserve sains et gaillards jusqu’à cent ans… Sauf que désormais s’ils tiennent jusque-là les petits vieux grecs ils vont vraiment en chier: pensions rabotées de 30 à 40%, quand elles sont encore payées… alors ton budget couches, pépé Zorba, tu l’oublies (si tonton Alzheimer ne s’en est pas déjà occupé).

    La colère, c’est pas toujours spectaculaire. Comme celle que j’ai piquée tout récemment: le 17 juillet 2015.
    Le 17 juillet 2015 était le jour d’un événement “politique” qui n’a pas fait la Une des médias… Ce jour-là, la chancelière allemande Mme Angela Merkel a fêté ses 61 ans. 61 ans et toutes ses dents.
    Dures, les dents de la mère Merkel, assez dures pour mordre les citoyens grecs laissés exsangues par les dettes des banques privées, par les politiciens véreux, par les armateurs au magot planqué sous pavillon de complaisance, par l’église orthodoxe la plus riche propriétaire foncière du pays mais qui ne paie pas un rond au trésor public en matière d’impôt foncier puisque ce dernier n’existe pas et que l’Union européenne n’a pas jugé utile d’aider la Grèce de Syriza à le mettre en place au lieu de lui imposer une deuxième saignée d’austérité (crainte de voir des “gôôôchisss” donner des leçons à une Europe qui penche de plus en plus à droite ?)
    A 61 ans la toujours sémillante Angela dispose aussi d’une vessie encore en assez bon état pour nous la faire prendre pour une lanterne et faire oublier, sans l’aide d’Alzheimer, que si aujourd’hui l’Allemagne règne économiquement sur l’Union Européenne, c’est parce qu’en 1953 les Etats européens, ses créanciers, lui ont remis la moitié de sa Kolossale Kriegschulden (dette de guerre) et ont aménagé le paiement du reste…

    Dammed, voilà que je m’indigne, c’est grave docteurs Hervé et Bi Bi ? !

    P.S.: c’était mon quart d’heure trash
    P.P.S.: ami(e)s européenn(e)s allemand(e)s qui crèvent de faim tout en bossant dans des minijobs, je vous fais un free-hug et je vous souhaite bonne m… , euh, tout le bonheur du monde, car comme les Grecs vous en avez bien besoin. Il est sans frontières cet axiome que tout le monde connaît dans mes vertes campagnes wallonnes : “c’est toudis li p’tits qu’on spotche” (“c’est toujours les petits qu’on écrase”)

    1. marie

      complétement d’accord, comment qu’on dit, “je like”! les seniors crèvent aussi la dalle aux Etats Unis et en Israël, en France beaucoup de femmes d’agriculteurs se retrouvent dans une misère noire lorsqu’elles n’ont plus la force de travailler choses qu’elles ont fait toutes leur vie pour des clopinettes.

  11. adèle

    Echo en EHPAD : les toilettes faites avec un coin de serviette, parce que il n’y a ni gants en tissu ni gants jetables.
    Indignes pour les résidents, indignes pour les soignants ! 🙁

  12. heliotrope

    derrière la peur il y a la perte de confiance
    derrière la colère il y a le chagrin
    qui prend soin de vous Baptiste ?
    affectueusement

  13. hugo

    Salut je n habite plus en france depuis un moment. Mais ce que j en pense, c est que le problème peut effectivement venir des gens d en haut. Mais il viens tout autant des gens d en bas..
    Je m explique. Dans le pays ou j habite, pays autant développé que la France mais a la culture radicalement différente, les personnes âgées ne finissent généralement pas leur jour en maison de retraite. Mais dans leur familles. Entourées de ceux qui les aiment et les aide.
    Le gouvernement leur donne une pension. Et la famille les aide pour le reste.
    Bien sur quand ils sont trop malade. Un lit d hôpital ou dans un centre spécialisé est nécessaire. Mais il n est pas rare de voir des personnes de 90 ans et plus se ballader ou jouer a des jeux calmes dans la rue. Ou visiter des jardins, des forets.

    En France, le problème viens donc peut être d en haut. Mais il viens autant d en bas, ou les valeurs familiales ont entées délaissées. Ou un homme ou une femme en difficulté de 60 ou 80 ans ne se tourne pas vers sa famille mais vers un docteur ou une assistante sociale anonyme.
    Loin des yeux loin du Coeur. C est mieux d aller dans une maison de retraite, plutôt que de visiter son fils. Sa fille, son cousin, sa nièce ?
    Oui les ministres se gavent… Oui les valeurs familiales ont disparues…

    1. Nicoledl

      Bonjour Hugo, bonjour tous,

      Vous devez résider en Afrique…ou dans un pays où ces valeurs familiales ont encore cours, ici ce ne sont pas les parents qui ne vont pas visiter les enfants, ce sont les enfants et la vie qu’ils mènent, qui font qu’on “n’ a plus le temps” pour les parents.
      C’est peut-être aussi le fait que nous paraissons à âge égal moins vieux que nos parents ou grands parents, et que nos enfants pensent qu’on est “encore jeunes” et donc parfaitement capables de nous débrouiller et puis, ça leur donne bonne conscience !

      Pour en revenir au cas de ce vieux monsieur, je suis étonnée que l’équipe médicale n’ait pas la possibilité de l’adresser à une assistante sociale ou une association, à mon avis cela fait partie de l’esprit “soignant” au même titre que des cachets…
      J’ai remarqué l’indignation générale et j’y souscris, mais ne peut-on commencer par la “goutte d’eau” qui permettrait à ce vieil homme (qui pourrait être le père de beaucoup d’entre nous) de retrouver un peu de sérénité ?

      1. marie

        la cellule familiale d’antan a trois générations dans la même maison a fait dire a ma mutti (paix a son âme) , (“pas ça, pitiè!) ça créait des relations pas forcément épanouissantes voir asphyxiantes d’autocontrôle permanent. Après ne serait ce que pour trouver du travail il faut partir parfois très loin et donc trouver avec la personne concernée ce qui lui convient le mieux, lui demander ce qu’elle souhaite et toujours pour ma mutti ce qu’elle voulait c’est être chez elle tant qu’elle le pouvait et ne pas “vous emmerder” texto c’est ça réponse et je ferais pareil.
        Les enfants ne sont pas des assurances vieillesse mais des jeunes poussent à faire croitre et à rendre libres.

  14. Céda

    Baptiste:…Si Hervé C.se perd un jour,le ramener chez nous,tu sais où.merci.
    On t’aime.Ta colère me semble bien légitime.
    Il existe un monde meilleur…mais il est trés cher!(les Luthiers)

    1. marie

      H qui se perd ça ne ce peut ! avec toutes les fées lutines méllusines qui viellent sur lui faudrait qu’il nous fasse une crise d’entêtement de compette pour ne plus trouver le chemin. gros kisss

  15. Denise

    À cette misère humaine , j’y suis confrontée tous les jours, c’est vrai la colère est là, l’indignation est là aussi, je donne le maximum et je m’interdis de baisser les bras parce que ces gens plus matures que moi, ces gens là nous ont fait notre vie, notre chemin et il faut les remercier comme i faut et si tout le monde s’unit et s’indigne, on arrivera à leur permettre d’être digne de leur personne

  16. Lyse

    Chère Baptiste je suis une lectrice assidue de ton blog et de tes livres.
    En tant qu’accompagnatrice de personnes en fin de vie, je suis toujours très sensible et très proche de de tes écris.
    je comprends ta colère et elle est légitime, mais je voudrais juste dire quelque chose qui me tient particulièrement à coeur.
    Certes nos politiques quoiqu’il arrive devraient êtres irréprochables et d’une certaine manière montrer l’exemple, sauf que les choses ne sont pas aussi simples…
    En effet, je crois pouvoir dire que tous d’une certaine manière, nous sommes responsables de la société dans laquelle nous vivons. Que tous nous sommes plus au moins responsables de la pauvreté.
    – par ex en faisant en sollicitant du travail au noir
    – en essayant par tous les moyens de payer un minimum d’impôts.
    – en fraudant par çi par là ( pas grand choses mais de petites fraudes qui finissent par avoir un impact énorme sur la société )
    … et j’en passe …
    Tout cela représente un manque à gagner pour l’état.
    Alors oui, les politiques “devraient” surement mettre en pratique une certaine éthique, mais méfions nous aussi de nos petites “bassesses” que nous ne voulons pas voir et que nous minimisons la plupart du temps.
    Nous vivons dans une société éminemment individualiste, et à mon sens, pour lutter contre la pauvreté, il nous faudra bien passer de cet individualisme, au collectif, ou autrement dit à l’intérêt général.
    Et je ne vois pas pourquoi “les petites gens” que nous sommes ne pourraient pas aussi donner l’exemple !
    Continue comme ça et merci pour tout 🙂

    1. Eve

      J’admire ta droiture.
      Je suis profondément d’accord avec l’idée d’être chacun un exemple.
      Je suis en voyage depuis 18 mois et après avoir visité beaucoup du “tiers monde”, je suis au Canada.
      Un pays plus libéral que le notre et je ne me reconnais pas dans cette idée qu’un français qui vit là bas a annoncé fièrement : “moi je veux pas bosser pour les autres”. J’ai trouvé ça extrêmement violent et pourtant on l’entend tellement ce discours…

      Bon weekend à tous, gardez espoir. Il y a de très belles initiatives individuelles ET collectives dans le monde et en France.
      On rentre bientôt pour participer !

      Affectueusement,

      Eve

    2. Julie

      D’accord pour que chacun agisse avec droiture et respect. J’ai entendu parler d’un soignant qui intervenait en Ehpad pour visiter une dizaine de patients dans la journée… et se faisait rembourser une dizaine de déplacements pour cette même journée. ça fait combien de paquets de changes tout ça ?
      Bien sûr, j’espère que ça reste une exception et j’imagine que même si tout le monde agissait correctement ça ne résoudrait pas suffisamment la question du financement des aides, mais quand même ça serait déjà ça !

      1. Michel

        Les gens ne respecteront les règles que si leur “hiérarchie” ou leurs “chefs” sont exemplaires. Quand nous avons des “représentants du peuple” qui “oublient” de déclarer leurs revenus, quand on voit au quotidien des notables y compris dans les corps dirigeants de l’Etat employer eu noir des gens de maison, quand etc etc. mais pourquoi voulez-vous que le citoyen “lambda” se sente un quelconque devoir de probité ? Bien sur ça n’excuse pas, mais l’ambiance générale, elle commence d’abord par la tête. Mais c’est sur que si la base est pourrie, il est difficile d’avoir une tête honnête.

  17. Cath

    Le prix des couches pour les adultes… J’en suis restée comme deux ronds de flan. J’en ai d’abord acheté dans un supermarché, et la nuit, quand il a fallu aider la personne âgée, j’ai compris que j’irais acheter les suivantes ailleurs, pour son confort physique, et moral. Et j’ai perdu le ticket de caisse en rentrant à la maison. Je perds toujours les tickets de caisse en rentrant, ou j’oublie – je suis tellement fatiguée, c’est compréhensible- et puis les maths, c’est pas une science exacte, n’est-ce pas ? Par contre, la retraite non revalorisée et qui baisse (si, si), c’est une réalité…
    Et de voir ou lire que d’aucuns se gobergent sans vergogne, si ce n’est une vague excuse pour “expliquer” qu’ils ont fait une erreur, oui, c’est violent. Très violent.
    Courage BB, courage.

  18. Julie

    Je suis restée 4 ans au service de l’APA (allocation personnalisée d’autonomie, aide gérée par le département). J’ai connu la période où on pouvait encore octroyer une aide financière pour les protections urinaires (90 euros maximum par mois et cela en fonction des ressources. Parfois pas suffisant quand on sait que ça peut coûter 200 euros mensuel) et pour la téléalarme. Et puis un jour on nous a annoncé que ces deux aides seraient supprimées et que certaines heures d’aide à domicile allaient être réduites: trop de personnes âgées et pas assez d’argent. Sic… ben merde alors, comment on va annoncer ça lors de nos visites à domicile ?
    4 années où j’ai croisé beaucoup de personnes:
    – celles qui ne réclament rien mais auraient besoin d’aides
    – celles pour qui le reste à charge est trop important et prenne le minimum d’aide mais nous remercie quand même
    – celles qui ont une retraite (très) conséquente et s’insurgent du peu d’aide qu’on octroie mais les acceptent malgré tout parce qu’elles “y ont droit après tout”.
    – l’entourage solidaire, l’entourage absent
    – des M. Hervé, et tant d’autres !
    Le plus dur a été d’annoncer à la fin de la visite le montant de l’aide attribuée et voir la personne âgée et/ou ses enfants s’effondrer en réalisant que ce ne sera pas gérable. “Mais comment va t’on faire ?” Ces mêmes familles au revenu trop important pour un financement total et pas assez important pour pouvoir supporter le coût du reste à charge. Que répondre ?
    Alors oui, la colère, le sentiment d’injustice, je l’ai souvent ressenti face à ces personnes qui m’ont semblées si vulnérables à cet instant. Et moi, pauvre petite assistante sociale qui pensait venir en aide aux gens, je me retrouve à leur annoncer que les mois à venir vont être durs. Pas d’aide de la sécu, pas d’aide des caisses de retraite, pas d’aides des services sociaux, plus d’ide du département pour les changes.
    Démunie, impuissante, inutile.
    Et entendre que certaines personnes âgées font sécher leur protections urinaires sur le radiateur pour pouvoir les réutiliser le lendemain…

    Baptiste, ne te transforme pas en Sith s’il te plaît et reste du bon côté de la force. Le gouvernement ne peut/veut rien faire ? Il y a des personnes solidaires qui agissent (merci Grand33!), ça fait chaud au cœur.
    Que la force soit avec toi jeune Padawan, tu as encore beaucoup de temps avant de te sentir vieux (je sais, c’est facile à dire 🙂 ) Combattons la colère et la tristesse avec de grands éclats de rire et des histoires drôles et pleines d’espoir !

    ps: j’apprécie le retour des citations, c’est très sympa ! J’espère que tu en auras d’autres de ta mamie, elles égalent largement maître Yoda

  19. Anne de B.

    Cher Baptiste…
    Tu ne vieillis pas non. Tu es confronté à ce que beaucoup de personnes qui ont du coeur et qui sont engagées dans leur métier vivent. Et c’est ce qui marque ton humanité. Comme m’a dit un collègue un jour : c’est le jour où cela ne te touchera plus (d’une maniere ou d’une autre) qu’il faudra s’inquiéter.
    Tu as un coeur et une âme magnifiques. C’est une bénédiction et une malédiction. Big big hug

  20. Soulalune

    En être réduit à faire sécher les protections urinaires sur le radiateur ….
    “Que la vie est triste, mon amour, mon amour, que la vie est triste, mon amour, mon amour” … comme le chantait le beau Francis , pour les plus vieux …

  21. Nightingale

    Vu, plusieurs fois vu, l’odorant séchage des protections sur le radiateur… Et le partage familial d’une seule serviette de toilette flasque, grise et malodorante.
    nombreux sont les soignants qui récupèrent du matériel inusité et offert par des patients plus nantis et conscients de notre société du gaspillage. Les couches, des vêtements, du matériel de pansement ou des compléments protéinés, ainsi que divers autres accessoires qui facilitent le quotidien des malades sont ainsi redistribués, sous le manteau et avec simplicité, à d’autres humains à la dignité discrète (et à la reconnaissance souriante)
    La colère est là, mais la solidarité et la conscience de chaque petit geste d’humanité aussi.
    ESPOIR !

  22. Pauline

    Il y a tellement de choses qui peuvent mettre en colère.

    J’ai envie de te raconter l’histoire de M. c’est long tu ne m’en voudras pas j’espère.

    M. se retrouve seule à la rue avec sa fille de 18 mois. Elle est dehors près de notre bureau, quand ça arrive. On s’arrête parce qu’elle est une inconnue qui pleure sur le trottoir et elle nous raconte au bout d’un moment. Elle ne sait pas vers qui se tourner, le 115 est injoignable.

    A mon travail, on a quelques contacts avec des mairies du 93 et les centres d’accueil, on passe quelques appels … sauf qu’à chaque fois, même rengaine : “où est-elle domiciliée ?”…. …. (véridique)…
    Au bout de quelques coups de fils, on apprend très vite à ne plus dire que sa dernière adresse se situait dans le 95, parce que tout est territorialisé, c’est un sac de noeud. Le 115 est toujours saturé. On a l’impression qu’on ne peut rien faire par l’Administration, c’est juste sur l’humain qu’on peut compter.

    Pour M., l’histoire s’est bien terminé, si on se place sur du moyen terme (un an). Elle sera prise en charge par le 115 puis obtient un hébergement plus pérenne. Le fait d’avoir eu une petite fille en bas âge l’a surement aidé, plus peut-être que celle qui aurait eu un ado de 14 ans (où est la mesure ?)

    Mais il a fallu beaucoup de colère, et pas que, pour en arriver là. Deux colères au moins. la “colère-fureur-mpuissante” qui ne doit pas être un obstacle, et la ‘colère-indignation” qui pousse à faire basculer les montagnes.

    Colère pour se battre contre une bureaucratie peut-être nécessaire, mais dépassée par l’urgence et la saturation. Moi je voyais juste cette jeune femme à la rue avec sa poussette qui pleurait, terrorisée, sur le trottoir parce que la voisine qui l’hébergeait jusque là lui avait dit “dehors” au tel. Et qu’il est 14 heures, et qu’il y a encore 5 minutes elle avait un vague “chez elle”, et que là, elle voit passer tout le monde autour d’elle qui a un ENDROIT OU ALLER, dans 5 min ou dans 5 heures : son bureau, une réunion (une “réu”) ultra importante (forcément), boire un café avec un collègue, rentrer chez soi parce qu’on a pris une RTT, aller chercher les gamins à l’école…. la paix, la vie.

    On mesure pas à quel point on a de la chance de tout simplement savoir ce qu’on fait dans les prochaines heures, d’avoir toujours un endroit où aller.

    et cette autre colère : tous ces proches “de gauche”, et/ou soit-disant ” bons chrétiens cathos”, dont la première question était : “et il est où le père ?” et ” Elle a des papiers ?”… comment dire… je lui ai pas demandé son cv , ni fait subir un interrogatoire… elle est seule, elle me le dit, je le sens avec mon instinct, et si elle avait une solution viable, crois-moi, elle irait. Je me doute que l’enfant a un père, et si elle me dit qu’elle n’a nulle part où aller, ça inclut la question du papa…
    On est au 21 eme siècle et je sens encore cette méfiance envers “la fille mère” (si c’était un mec, on lui aurait demandé “où est la mère” ??).

    C’est encore ma colère contre un collègue de 60 ans qui a sa carte du Parti C…, qui s’en vante s’en cesse (“je suis un vrai de vrai, ça existe encore”), et qui m’explique agacé par mon histoire sur M et ma demande d’aide que “tu ne peux rien faire”, et qu “on ne peut pas gérer toute la misère du monde”. Et qui le soir rentrera dans sa belle maison de banlieue tranquille, ses 1000 mètres carré de jardin et sa piscine. “On peut rien faire”. Et il gagne 6000 nets par mois, et ne me propose même pas de l’aider à se payer une chambre pour quelques jours ou passer quelques appels.

    Mais à côté de cette méfiance, de cette colère, de cette LACHETE ordinaire, il y a quelques collègues qui se défoncent pour passer des coups de fils à des CCAS, à des assos, pour comprendre à qui ils peuvent s’adresser, il y a une amie qui bosse en asso, qui s’enflamme, et qu’est ce que ça fait du bien les enflammés, les indignés dans ces moments là !!
    et qui réussit à contacter la bonne personne au 115, il y a surtout des potes qui seront prêtes à l’héberger.

    Alors voilà Baptiste. Il y aura toujours des situations de colère. Des situations où tu as envie de foutre des baffes, de te battre, de crier, hurler. D’aller montrer la vraie vie à cette nana qui est trop bien pour prendre le métro et puis c’est le peuple contribuable qui paie, hein… pourquoi s’embêter.

    Elle aurait peut-être besoin de voir la vraie vie, celle de ceux pour qui un billet de 5 euros c’est de quoi finir le mois pour manger et pas 5 minutes de course en taxi.

    Mais je te jure, et j’ai à peu près ton âge, qu’il y a aussi toujours, à côté de la colère, de l’Humain. Du Beau. De la tendresse, de l’amour, et beaucoup d’autres choses. Je sais que tu sais, mais c’est important de se le répéter.

    Avec ton Monsieur “Vieil Homme”, l’Humain, le beau, c’est aussi ce blog, c’est son histoire que tu racontes. Ce sont les réactions que tu provoques. c’est cette émotion qui prend à la gorge quand on te lit, cette indignation, c’est ce rappel à nous lecteurs que globalement on a “de la chance.”
    C’est cette chaine, ces gens qui te lisent et se parlent entre eux. C’est l’indignation, aussi. L’indignation que provoque en toi le récit de Monsieur Vieil Homme”, elle rejaillira transformée, dans ton écoute renouvelée, approfondie, encore plus humaine pour d’autres patients.

    Elle t’aidera à préserver ça, à ne pas devenir un aigri ou un mec qui ,dans 20 ans, à ma question “M. n’a pas d’endroit où dormir ce soir avec sa fille de 18 mois”, NE REPONDRA JAMAIS de prime abord : “mais où est le père” ni “on ne peut pas porter toute la misère du monde mais sinon je suis un super mec de gauche”, mais seulement : “qu’est ce que je peux faire ?”
    Ecouter, raconter, lutter, s’indigner, agir, raconter c’est déjà agir, tout ça.

    Merci pour ta colère Baptiste. Merci pour tes histoires. Vraiment, MERCI.

  23. celle qui n4existait pas

    Bonsoir,

    Je présente mes excuses à qui me lira et qui en sera gêné. Ce n’est pas mon but mais je n’ai que le moyen des commentaires pour joindre Bibi et ce monsieur.

    Je suis quelqu’un de concret. La colère m’a abandonné, il y a bien longtemps car elle ne fait mal qu’à ceux qui l’exprime et pas à ceux auxquels elle est destinée.

    Je touche environ 50 euros tous les mois du conseil départemental pour les protections de mon mari. Je n’ai rien demandé mais la coordinatrice de la MDA m’a obtenu cette somme.
    Nous sommes à l’aise, je n’ai pas besoin de cette somme. J’allais la donner aux resto du cœur pour les aider. Je peux donc la donner à qui en a besoin.

    Ce n’est pas de la charité, c’est la juste répartition des efforts de chacun à la solidarité. Et tu peux me joindre à l’adresse indiquée pour mettre en place cette redistribution.

    J’ai connu ce problème du temps de mon enfance et je sais ce que cela fait dans le plus profond de moi. Si je peux aider mon prochain concrètement, je le fais sans rien dire. Mais là j’ai besoin de toi pour aider cet homme.

    Merci

  24. caroline

    J’ai pleuré, j’ai ragé et hésité à partager ensuite… Le monde part en couille, laisser nos aînés dans l’indignité nous rend, nous les jeunes, la relève, indigne d’eux et de leurs enseignements…. si nous ne sommes pas capable de faire les choix qui s’imposent pour assurer les vieux jours de nos vieux qui va le faire ? J’ai la rage oui ! Une rage à tout faire péter parce que que l’indignité de cette vieille dame n’a rien d’anecdotique…. On verra bien ce président “normal” sur ses vieux jours le cul crasseux comme tout le monde…Mais dans ses couches en or massif il chiera toujours de la merde sur le bas personnel chargé de le torcher…. Je hait cette République de merde ou la médecine à 2 vitesses va l’emporter ! Ou les mutuelles vont faire la loi et soit tu cotise et tu ferme ta gueule sur les soins au rabais qu’on te propose soit tu payes et tu as droit à l’élite… Fuck Fuck Fuck ce putain de système oligarchique…

  25. Raphy

    Je voudrais quand même ajouter un bémol à ces gentils commentaires :
    D’après les statistiques (oui, je sais, ça vaut ce que ça vaut), la population des retraités en France fait partie des moins malheureuses. Le niveau de pauvreté y est de loin la plus basse.
    Par ailleurs, il n’y a qu’à jeter un coup d’œil aux budgets des conseils municipaux, généraux et régionaux pour constater le niveau d’aide important accorder aux personnes âgées… Il a du se construire 2 ou 3 nouvelles maisons de retraite autour de chez moi au cours des 12 derniers mois. Pas sûr que le même effort ait été réalisé du coté des logements sociaux.
    Loin de moi l’idée de relancer une guerre de génération, mais il me semble quand même qu’un petit ré-équilibrage s’impose au profit des plus jeunes qui constituent notre avenir. Je rappelle à titre indicatif qu’une génération complète est sacrifiée depuis plusieurs années pour tenter de continuer à verser des retraites et des aides aux plus vieux.
    Je connais plusieurs personnes “jeunes” dans mon entourage qui ne pourront clairement jamais bénéficier de la moindre retraite plus tard. Que feront nous d’eux alors ? Leur situation sera bien pire que celle des retraité d’aujourd’hui alors qu’en toute logique c’est sur eux qu’on devrait investir…
    Faudrait voir à ne pas mettre la charrue avant les bœufs : pour offrir des couches, faut-il encore que d’une manière ou d’une autre quelqu’un les paie à un moment donné !

  26. Michel

    Tout ça me fait poser une question c** : si on a des couches pour adulte à donner et autres produits de toilette, à qui peut-on le faire ? Le secours catholique du coin ? Une autre association ? Je me vois mal me pointer à l’EPAD d’en face en leur disant : “tient, j’en ai dans un coin, je vous les donne”…

  27. Maï

    Bonjour,

    Je suis assistante sociale en palliatifs, que ta situation me parle.
    L’une des premières choses que je regarde quand on me parle retour à domicile c’est le régime de sécu pour savoir si le patient aura droit au fameux FNASS ou pas ! Car oui, les aides dépendent du régime de sécu et de retraite puis des niveaux de revenus. Et oui, ça peut laisser un goût très amer d’impuissance et de rage. Et je ne m’étendrai pas plus sinon on y sera encore demain.
    J’ai découvert il n’y a pas longtemps l’association “Avec vos proches”, je t’avoue que je n’ai pas encore eu le temps de les contacter mais leur site internet met en confiance. Il s’agit d’un numéro où l’on peut parler à des bénévoles. Des fois parler à des inconnus est libérateur et permet de livrer des choses que l’on ne peut pas dire à des proches ou à des professionnels en face à face. Parfois ça permet de mieux vivre une situation très très difficile.
    Bon courage et des fois je me dis que ce qui nous sauve c’est que nous sommes humains.

    La bise et merci pour tes écrits. Je les attends toujours avec impatience.

  28. genevieva

    je suis en colère de lire ce que cet homme âgé doit subir, et le commentaire de Raphy me gêne aussi
    je suis retraitée, veuve depuis peu, et j’ai connu les “couches” et la maison EPADH et pour tout cela j’ai dû vendre ma maison, après 46 années de travail intense et pas 35 h comme maintenant. Je connais bien le
    problème des jeunes qui ne trouvent pas de travail et suis inquiète pour l’avenir de mes 5 petits fils, mais ne
    pas dire que les retraités sont des nantis, ils aident leurs enfants pour la plupart ; il faudrait que le monde change et que l’on soit plus solidaires mais tant que l’argent sera roi nous n’en sortirons pas
    merci Baptiste de nous faire partager vos coups de gueule, il faudrait beaucoup de jeunes comme vous

  29. Suze Araignée

    Le monsieur, je lui aurais dit que ce n’est pas lui qui est indigne, mais notre société et son système capitaliste qui enrichit et favorise les riches et qui appauvrit les pauvres tout en les faisant passer pour les fautifs, les moins que rien, les parasites, les indignes…

    Remarque, une fois un travailleur social a qui j’expliquais récupérer des trucs dans les poubelles m’a dit que fouiller dans les poubelles, c’était “indigne”. Et ouais, je l’ai pris pour moi et j’ai fondu en larmes (pourtant dans mes bons jours je me dis plutôt que c’est comme jouer à Super Mario : t’ouvres le couvercle, et surprise ! tu tombes sur des trucs qui puent et tu perds des points, ou alors sur des trésors de toutes sortes – nourriture non périmée, métaux qui valent des sous, objets utiles encore en bon état voire neufs, une fois on a trouvé tout plein de matériel de sport, encore emballé, des raquettes de tennis, des clubs de golf, des cordes d’escalade… on s’est fait plein de sous – et là tu gagnes des points).

    Mais fin de divergation (je sais : ce mot n’existe point). Ce monsieur n’est pas indigne, non. Il fait tout ce qu’il peut avec les moyens qu’il a…

  30. Freehug

    Bonjour,

    Cette histoire me touche. Je n’ai pas envie de vivre dans une société où les puissants se remplissent les poches en expliquant aux autres que, bon, démerdez-vous un peu, c’est la crise. Pourquoi ne pas lancer une campagne de financement participatif pour ce monsieur ? Je suis prête à m’en charger et/ou à en parler sur les réseaux sociaux. Si on arrive à faire le buzz, c’est potentiellement des centaines d’euros qui vont tomber pour qu’un monsieur âgé n’ait plus à se sentir indigne. Qu’en pensez-vous ? (Il me faudrait évidemment son nom au minimum, et son RIB pour verser les dons sur son compte, est-ce possible de lui demander Baptiste Beaulieu ?)

  31. Eulalie

    Bonjour Baptiste (et les lecteurs-trices !),
    Pour une fois que je ne viens pas tous les jours, wahou le retour est fort !
    J’ai aussi le même âge que toi je crois, j’ai aussi ressenti une très forte colère, d’injustice, grandissante ces derniers mois jusqu’à me laisser envahir et ne plus pouvoir m’en dépêtrer. Et puis un jour, on m’a dit, avec sagesse bouddhique, que cette colère est saine (je n’ai pas tout de suite compris… j’étais très en colère!) car, comme l’ont écrits certains d’entre vous, cela signifie que je suis entière à l’intérieur, fidèle à mon être profond. Après, il faut utiliser cette colère comme un moteur, une force constructive… D’ailleurs, vu d’ici, le fait de prendre soin des humains et de partager voire pousser une gueulante publique quand il y en a besoin c’est déjà une façon d’agir. Ensuite, je crois beaucoup au fait de se mettre en réseau, parce que seul-e et en colère personnellement je trouve ça épuisant (surtout que si on est nombreux dans ce cas c’est une super énergie gâchée) ! Et puis ça permet aussi de se ressourcer et sentir que d’autres voies sont possibles.
    Je joins une vidéo avec Samdhong Rinpoché pour entretenir la force intérieure (“…la force…”) : https://www.youtube.com/watch?v=qK-cq4r8994&list=PLt3p-sRcXg3dBdG2UK4Cd24ZFn75o7o61&index=5 .

    * Et sinon moi aussi je suis fan des citations… surtout que la dernière fois j’ai cru à la première lecture que la citation de Ribéry était celle de Mamie, ah ah ah !! et super photo d’article !

    Tout plein d’énergie à toi, à vous, et à Hervé qui du haut de ses années écrit toujours avec son être en entier, merci pour ça !

  32. Herve CRUCHANT

    colère
    Drôle de monde, ah oui ! drôle de monde qui me saisit à l’improviste par l’une de mes qualités des plus abouties : la critique.
    Par soucis de clarté, je dois dire que je n’avais pas du tout envie de répondre à la provocation du post du jour. Je sais, j’en tiens une couche. L’ apophtegme clinquant plaqué au nom de Maître Yodah m’a convaincu de ne rien faire. “Que la Force soit avec vous” et basta. J’ai consulté Maître Yodah, lequel m’a rassuré : “ces mots, moi-même, n’ai jamais dit.” et il a ajouté une phrase en yodhlangue ancienne que je ose traduire ainsi “vert çà me rend de lire çà”.
    Que la Force soit avec Toi, ô Nain bio sublime et poilu, nanti de ces Fines Esgourdes démesurées que même la NSA et la DGSI t’envient.
    Mais, tel “l’œil qui était dans la tombe et regardait Cain”, la question suivante était dans mon ombre crânienne et me regardait d’un air stupide de question en manque de réponse : où en es-tu, toi, au fait, avec la colère?

    Je dois donc refaire un chemin de Damas. Et vous savez comme en ce moment, ce n’est pas du nanan, d’aller à Damas.

    J’ai passé le premier tiers de ma vie consciente à rassembler les préceptes des grands guides spirituels désignés de ce monde, avec les seuls moyens du temps jadis: les livres. Allant ici et là, picoti-picota, de Gandhi à Raymond Aaron, de la Fée Carabosse à Dante, en passant par l’inévitable ci-devant Monsieur De Nazareth et ses potes, les Grecs (déjà!) et les autres; Ivan Ilitch Oulianov et Lev Davidovitch Bronstein aussi. Il est possible que j’ai trouvé aussi du brun à moudre dans Disney ou le Docteur Schweitzer, celui qui avait mis sa tocante à l’envers. Du bon temps à lire et à supputer, à mélanger, à malaxer, à monter en neige toutes ces bonnes choses; rajouter un chouia de beurre, de Camus et de Saint-Ex, un bout de vanille de l’île Bourbon, un peu de Rome…laisser cuire comme il faut à feu mou. Et j’ai obtenu… un magnifique cake Yakafokon. Magnifique, certes, mais indigeste. Ouaille ? parce qu’en matière de bonne conduite et de bons sentiments, tu peux pas te mettre à ton compte, petit malin. Oualou! Avant de jouer au fidèle parmi les fidèles, celui qui mérite la médaille éternelle en chocolat, il faut s’inscrire dans un club idoine et laisser un chèque de caution. Choisir un genre, quoi. De ceux qui ont pignon sur le Tibre, la Moskova ou le 36.15 Akbar; à toi de voir. La lutte est rude entre les succursales des agents de voyage pour l’au-delà… Tu verrais les gestes commerciaux: il en a même qui t’offrent quatre vingts vierges, sous condition de paiement content et d’acceptation du dossier, réservé aux jeunes de moins de vingt cinq ans. Nanti d’un certificat de bonne conduite accompagnée et des résultats des tests d’agilité mentale qui prouve que tu sais prier la bouche pleine, tu entres dans le sérail et tu n’as qu’une voie à suivre, peinard : obéir et la fermer. C’est le comité central, présidé par un pontif esbaudit, sis à: “Rome, Vatican, via Italia” qui décide de tout ce qui devrait te conduire au ciel direct. Ou si t’es inscrit à un autre Rome, si tu as choisi un autre club, çà dépend, -(chaque obédience a son baba au rome). Voilà pour la manière. J’ai vu et vécu l’Arnaque, déclinée en saints versets, sourates et autres marmonnements subliminaux, j’ai fait des retraites à la Trappe et subi le servage aux offices. Tout se ressemble un peu, vois-tu. En fait, tout repose sur un principe génial et inattaquable par principe: le jokeur “dieu”. Fantastique comme çà règle toutes tes contradictions et autres doutes existentiels. Si t’as tout fait bien, au bout de la file, t’as une prière gratuite et une rémission renouvelable ad vitam. Plus un dépliant et un ticket pour rencontrer l’homme en blanc.

    La seconde partie de cette vie, toute faite de morceaux raboutés, a consisté dans la recherche de la vérité vivante, de la vivante réalité, de la vraie vie et de la véritable vérité vraie. Vraie, mais vive. Tu vois, on avait déjà une impression de tourner en rond dès le départ. Parce qu’un seul Club-Surnaturel çà ne m’allait pas bien. J’avais appris des silences et affabulations de mon père que, si on s’y prend convenablement, on peut vendre une télé couleur à un aveugle avec tous les bouquets Canal en plus même en version cryptée! C’est un exemple. Alors, si t’as le joker “dieu” dans ton pli, tu vois le topo ! c’est toi, le roi du pétrole. Je me suis dit que, bon, sans rien dire à personne, j’allais faire comme avant : me démerder seul et organiser mon trafic de principes d’humanité véritable peau d’homme en interne, de moi à moi. Ainsi, tu te fais pas chier, tu supprimes les intermédiaires et la distribution. Voilà. Un remix de jeu scout, remix de jeux de pitres et de vraie guerre coloniale allait me révéler la dimension de l’axe du bien, l’étendue d’un champ d’action digne de ma tendance naturelle et ce, à l’écart des barbus et ensoutanés du monde. les circonstances ont mis sur ma route une guerre bien dégueulasse entreprise contre de vrais acharnés de liberté -je te demande un peu!- que mon pays avait mis en colère en colonisant leurs terres des Aurès et de la Kabylie. Çà m’a mis dans la courbure du tudoifaire. Avec un peu de malchance, j’aurais pu alors, ‘par devoir’, tuer le père d’une amie qui m’est aujourd’hui très chère ! Passons sur ces choses, tellement bonnes pour l’homme et son accès au nirvana: Il paraît qu’il est permis de tuer si c’est sur ordre, avec panache, héroïsme et don de soi en option. Qu’il y a une morale dans tout, même le devoir national. Qu’il n’y a rien à dire dans la bénédiction des armes…que des expéditions salutaires vont répandre le bienfait de la colonisation et les principes de l’occident chez les indigènes, lesquels, sans nous, seraient demeurés sauvages. J’avais eu connaissance de plein de choses inouïes là-dessus en lisant Laurence d’Arabie… Linvington – I presume… Levy-Strauss, aussi… Galliéni… La croix et la bannière. L’homme nouveau. L’homme blanc des savanes et des forêts américaines nouvellement importé d’Europe….

    Troisième tiers. L’engagement social m’a permis de cotoyer et même de travailler avec tous ceux -tous, j’insiste- que vous haïssez aujourd’hui avec une attendrissante générosité car qu’ils n’ont jamais tenu leurs promesses électorales et que même s’ils le faisaient, ils deviendraient aussitot tellement suspects qu’ils seraient grillés à jamais à vos yeux. Tu notes que personne n’a jamais fait pareil avec les religions : si cela avait pu se faire, nous en serions enfin débarrassés pour toujours. Mais avec leur joker “dieu”, ils ont toujours le dix de der. Alors, là, dans le milieu “social”, je dois dire que j’ai vécu des moments dantesques, sublimes, magnifiques et formidables de fourberies, de bontés d’âmes bidons, de profiteurs cravatés, de mensonges et de magouilles, de lâchetés et de cocufiages, de coups bas, tordus, multiples, pervers, parfois d’une ingéniosité extraordinaire, à côté de la plaque, dessus, dessous… Tout. Et ce, de la droite vaticane à la gauche bolchevique. Participatif. Mutualiste. Coopératif et même révolutionnaire. Ouais, mon bon. Même révolutionnaire. On ne peut plus croire personne après avoir constaté qu’il est stupide de croire en quelque chose. Je m’étais consolidé en valeurs morales relatives.

    Tour terminé. Tant pis si c’était long, c’est pas moi qui l’ai voulu le premier. Nanère.

    Alors, on peut en parler ou non, de la colère ? Il me semble qu’on ne fait que cela depuis le début de la page, non? Tout au moins de la colère commune. Celle, justement, qui est répertoriée et recensée au grand livre des comportements humains admissibles. Voyons çà : c’est un péché mortel ! ouais, déconnes pas avec le péché mortel, mon gars. Sinon, zack!, direct grillade en enfer. Çà, c’est l’opinion des religions déistes. Et tu sais pourquoi, dans le tréfond ? Parce que la colère a pour origine une opposition farouche et définitive à une gène et, pour objectif, l’annihilation de cette gène. Imagines que t’en aies marre et que tu contestes un rite religieux; à part te dire que c’est la volonté de dieu de continuer dans l’opérette enchasublée, rien ne saurait arrêter la contestation qui te saisit d’un coup sous forme de colère. La colère est mal vue. Revenu des affres de la crise, tu regardes un peu si tu arrives à cerner une colère plus clinique, tu vois; une mécanique… Lectures…et bien on te dit que “les raisons de la colère sont pratiquement méconnues”. C’est pas beau, la colère, c’est pas bien et on s’en fout d’où çà vient, la recherche a autre chose à faire ! Par contre, le nombre de gens et de conseils qui te disent comment te calmer, rester dans le sens du vent social et la doxa, remplissent des caisses entières. Tout çà ne tient pas debout.
    Sauf qu’un jour e j’ai rencontré un mouvement de pensée qui permet de savoir, de canaliser et d’exprimer sa pulsion colère de manière saine, pour le corps et pour l’esprit. Et çà vient d’un courant bouddhiste, cette affaire là. La colère est une qualité qui consiste à faire progresser un état de faits auquel il manque de l’énergie. Coup de gueule pour un coup de collier, en somme. La stimulation neuronale va te booster le réseau, je te signale ! les connexions synaptiques vont chauffer et le corps cogite plus vite et mieux en participant. On sait les effets des endomorphines dans la course à pied, dans les situations de stress du au danger, lors d’un recours à une plus grande attention, les modifications organiques -débit respiratoire et sanguin augmentés, champ visuel rétréci, audition modifiée, odorat…- bref, la colère constructive, si on peut faire aussi court, est une qualité de défense, de survie et d’imagination créative. J’ai donc cette tendance naturelle à la rarissime colère constructive. L’un de mes points de déclenchement personnel est la confrontation avec l’observation de la pratique de la manipulation dans un but de soumission. Aussi, probablement, la complaisance dans la fainéantise mentale qui amène à laisser aux autres le pouvoir de diriger leurs avenirs, leur délègue la responsabilité de l’ignominie; une complicité par recel de saloperie par procuration. Exemple. Je suis farouchement pour la reconstruction sociale qui reconsidérerait la population féminine, non pas comme égale à celle des hommes, mais comme parallèle et supplémentaire à celle des hommes; donc féministe absolu, radical et … antiféministe de la tendance actuelle, intégratrice. Au risque de me voir insulté jusqu’à la fin des temps, je pense que les hommes sont configurés en mode “imbéciles” et que ne pas vouloir considérer cet état dans la perspective d’un changement radical de leurs relations avec les femmes place ces dernières dans une condition de compromission complice. Je suis pour une éducation culturelle des filles à parité égale avec celle des garçons. Pour une refondation du rapport homme/travail et de son rapport avec la richesse. D’une gouvernance des affaires communes hors de toute référence avec un quelconque paternalisme. Du partage en communauté des questions stratégiques de la nation : services publics sans fonctionnaires ad vitam de l’éducation, la défense, l’énergie, les transports, la santé, etc la liste étant librement débattue…pour une révision drastique des relations économiques, voire la sortie du capitalisme.
    Ma ligne de force humaniste est la suivante : “devenez ce que vous êtes”.

    Aujourd’hui, Je ne me mets plus en colère. Enfin, plus pour de vrai. Je hausse parfois le ton comme un acteur qui s’écroule sur scène et qui déclâme d’un air convaincu en baryton majeur, pendant un quart d’heure : “aaaahhh tu m’aaa tuéééé, salôpeuuu ! ahhh ahhh que les dents tetooomb’ et que le küte pèèèèleuuuu… aahhh… ahhh… qu’ai-je fais pour périrrinci par toi, fine lame qui changeâh mon amuuur en haiiii neuuu….”
    Mais tu vois, un faut garder calme et sang froid pour garder chaleur humaine. Non, je ne suis plus en colère commune. J’ai fait le tour du propriétaire; enfin, de leur propriétaire, de ces gens qui escroquent, mentent, volent, prient et marchandent. Ces joueurs de poker au jeu truqué; au joker-menteur. Qui ne donnent jamais rien pour rien. Te cracheraient dessus si tu leur souriais ‘pour rien’; ou crieraient au viol, à l’imposteur ! ne donneraient même pas une couche à un vieil homme pour qu’il la mette dans la culotte de sa dignité et puisse marcher droit comme un homme doit marcher dans sa vie, surtout si c’est dans un monde garni de faux culs, en disant qu’il est responsable de sa vieille femme qui meurt; qui doit mourir dans la dignité; dont lui est garant encore quelques moments. Je t’ai déjà dit il y a peu : je respecte la vie. Toutes les vies. Mais je module et ne distribue ma considération qu’à peu de voisins. Cet homme et sa femme, je les considère comme des proches, très proches, je les salue. Parce qu’ils souffrent? oui, j’avoue. Mais ce n’est pas là de la compassion. C’est qu’ils n’ont pas à être où ils se troiuvent, dans cette imposture sociale ignoble créée par d’autres. Que les comptables comptent si çà leur fait plaisir. Je m’en fous. Je pourrais même en être heureux pour eux si je savais que le bonheur passait malheureusement par la comptabilité de couches. Mais qu’ils ne créent jamais -jamais- le malheur. Cet à cet instant que commence ma folie, ma colère. Nul a le droit d’humilier et de rendre malheureux un autre être vivant. Comme il n’a pas à disposer de la vie d’autrui. Quelle que soit la circonstance.

    Maintenant que je ne crois plus en rien de ce à quoi on nous prétend devoir croire et que j’en suis soulagé. Maintenant que j’ai remplacé d’innombrables croyances proposées au catalogue des leurres par un petit nombre de certitudes bien humaines. Et que je suis -enfin- sur de moi, petit. Pour ne pas être plus long à expliquer ceci ou cela, je dirais: “ni oubli, ni pardon”. Je ne me mets plus en colère en voyant la misère répandue sur un peuple comme sème la semeuse sous prétexte de gagner une joute qui va engraisser un autre peuple qui pète ses ceintures avec la graisse de ses porcs cuisinés en choucroutes garnies. Je me discuterai plus de la dignité éternelle des mineurs fusillés d’Iquique ou de ceux qui demandaient un peu de pain quand le docteur Ernesto Rafael Guevara de la Serna est passé par là en moto avec son ami et que sa véritable vocation a éclos à ce moment précis, est devenue pareille à celle d’un Jésus de Santa Clara.
    La vie surpasse le droit de vivre.

    La colère et l’indignation effacent les paroles et les réponses. Quand elles se tarissent, arrive le silence déterminé, définitif, des rebelles. Alors, pendant que d’autres fourbissent leurs armes, les mots fusent. Rares et brûlants. La paix se construit et sa vie doit être surveillée. La générosité et l’humanisme aussi. Çà vaut parfois de combattre pour elles.

    On peut aussi tuer avec des mots.

      1. Grand33

        @Michèle : vous ne voyez pas le rapport ? Hervé vous raconte, à sa façon, comment 70 ans de colère et d’indignation n’ont servi à rien. Encore aujourd’hui on mange du cake “yakafokon” et un vieux Monsieur ne peux pas s’occuper “dignement” de la fin de vie de son épouse.
        Je voulais également vous dire que je trouvait le mot, logorrhée, excessif. Mais cela n’engage que moi ……
        Bonne journée

      2. dadbibi

        Certaines choses ne peuvent s;expliquer , certaines personnes ne peuvent les comprendre ,
        Heureusement beaucoup d’autres les ressentent .
        Pour paraphraser Monsieur H : Que mieux Vous garde

      3. Eulalie

        Ah ah retour à nouveau, merci Hervé !
        Michèle je crois qu’il vous manque le contexte, comme le dit Grand33 ce texte s’intitule “colère” les yeux grands ouverts ! Hmm mais je ne suis pas d’accord avec toi Grand lorsque tu dis que toutes ces années “de colère et d’indignation n’ont servi à rien”… ça évolue avec vous, ça vous garde vivant et détermine un cap de vie !
        La bisavous !

  33. Herve CRUCHANT

    @Michèle
    “… faudra m’expliquer le rapport entre cette logorrhée, et le monsieur qui n’a plus de quoi se payer des couches …”(sic)
    désolé, Michèle. je n’expliquerais rien du tout.
    mais voici un conseil en ce qui concerne ma tendance à la “logorrhée” : dès que tu vois mon nom, tu glisses sur le texte jusqu’au prochain ? ok ?
    que Mieux te garde et t’éclaire de sa lumière.

    1. lectrice boulimique

      réactions de lectrices, à votre choix
      a) lectrice affamée: tout ça à lire ? miam (et on attaque le buffet)
      b) lectrice fatiguée: tout ça à lire ? oulalaaaah… (et on passe au large)
      c) lectrice très occupée: tout ça à lire ? euh… (et on consulte sa montre pour évaluer le rapport entre temps disponible et temps nécessaire)
      d) lectrice impulsive: tout ça à lire ? hips (ça c’est si on a attaqué le buffet mais qu’en cours de dégustation on s’aperçoit qu’on a eu les yeux plus grands que le ventre)
      e) lectrice perfectionniste: tout ça à lire ? au fait logorrhée ça veut dire quoi ? (et on consulte un dictionnaire avant de se décider)
      f) lectrice boulimique: tout ça à lire et j’ai déjà fini ? remets m’en une portion hervé !

      Après dégustation, je dis bien après, on peut émettre une critique gastronomique argumentée… ou un rot de satisfaction 😉

      merci hervé pour tes réflexions alliant la profondeur et l’humour. double merci parceque même, parce que surtout si je ne suis pas d’accord avec tout, tu as l’immense mérite de me, nous faire utiliser ce qui nous sert à, on va dire pour faire court, penser-agir-compatir-faire une grooosse et saine colère et/ou une saine et grosse remise en question de nos certitudes
      et celles et ceux qui ne sont pas d’accord ont même le droit de l’écrire, avec liste de leurs arguments 😉

  34. Margot

    Fichtre, pardon, je recommence!
    Je disais donc: contre la colère, personnellement, j’ai trouvé le militantisme. Parce que la colère vient de la sensation d’impuissance il me semble, et que quand on ne peut rien faire face à une injustice, qu’on se sent cloué sur place, ça fait mal au corps, aux hormones, au stress, toussatoussa.
    Alors qu’entourée d’un groupe, ça se transforme en énergie créatrice qui vous porte, ça libère plein de trucs cools dans le corps, on se fait des amis. On ne subit plus, on agit, on sourit.
    Mais là aussi, on ne va pas (encore?!) changer le monde. Il faut y aller pas à pas, et bien se concentrer sur chacun de ces pas, qu’on nous a dit : un pas fait, une petite victoire à célébrer, même si ce pas est infime (contact pris avec un élu, manif organisée, tractage réussi, ou tout simplement gens sensibilisés, une petite graine de plantée pour peut-être le futur). Et quand on nous a dit ça – “célébrez vos infimes victoires, sinon vous allez vous épuiser” – j’ai décidé de le faire, sinon j’allais m’épuiser. Et je ne le voulais pas, parce que… comment dire: nous méritons vraiment de faire attention à nous et de, sans se rendre aveugle aux duretés de ce monde, de ne pas y laisser notre peau. C’est un vrai droit!
    Bon je te dis ça comme ça hein, tu en fais ce que tu en veux. Mais toi aussi tu fais ton colibri, et personne ici n’a envie qu’un médecin qui fait attention aux autres s’épuise en se frottant au monde.
    Et merci pour ton histoire, qui rappelle la misère à deux pas de chez nous, qui rappelle de faire attention à s’entraider. Je m’en rappellerai bien, et je suis sûre que c’est le cas pour de nombreux lecteurs.
    allez, la bise (je me permets)!

    1. Herve CRUCHANT

      @Margot et toutes les boulimiques !

      Attention, vous là ! je ne fais que raconter mes histoires, hmmm? “si le public en veut, je les sors dare dare, s’il n’en veut pas, je les remets dans ma guitare” disait l’ami Georges.
      Comme il disait de ses chansons -et les analogies douteuses s’arrêteront là- “elles sont à tout le monde”. Mes textes aussi. J’anti-hadopise grave !

      Quant à réagir à ce que j’écris, je vais vous faire une confidence : j’attends çà avec impatience; et j’espère qu’il y aura plein de discussions, de pour, de contre, de faut pas déconner, de ah vous zalor… Et si la partenaire est bonne on peut entamer un petit ‘tennis de blog’… woualà.

      Si quelqu’une veut rassembler mes textes et en faire une cale pour l’armoire normande donnée par l’aïeule, c’est tout bon. Vu ma propension à la bavardise, on peut envisager de remplacer un pied qui aurait subi les inondations de Paris en 1901. Et puis, je suis en délire d’écrire des textes que je n’ai jamais écrits auparavant (cherchez pas, là, l’auteur change quelques fusibles)….

      Aujourd’hui, gris et froid par chez nous. Je guette désespérément l’été qui n’arrive décidément pas 🙂 … mais çà ne me mettra pas en colère, rassurez-vous.

      Salut à toutes et bises à tout va ! Que Mieux vous garde.
      Epicétou !

      1. CédA

        @Hervé: eyyyy,et une tournante au ping-pong d’abrazos,aussi?
        Je recopie souvent tes écrits pour les lire et les relire,car j’y trouve tant de poésie,d’humour,malaxé à ton expérience de voyageur,qui s’est cogné à la vraie vie,sans compter tous ces livres,chansons ou articles que tu as lu et dont tu nous partages le bon jus…je recopie aussi des passages de post de Baptiste,des réflexions de sa grand-mère, pour m’ennivrer de leurs parfums…mon bloc de notes,j’ai pas l’intention de le glisser sous les pieds de l’armoire normande(que d’ailleurs, j’ai même pas l’armoire!)…à la limite,je rêverai plûtôt, d’avaler les boulettes de ces papiers pour m’en imprégner de l’intérieur…incurable boulimique et si heureuse de pouvoir vous retrouver ici.
        @Michèle:quand le partage se limite à” j’aime/j’aime pas”(et dans ce cas,pas de risque que ce soit” verbeux”)moi,ça me laisse sur ma faim…c’est peut être une histoire d’appétit,finalement,comme l’explique@lectriceboulimique…

  35. Question

    Une question plutot qu’une reaction… Après le décès de ma grand-ère, me je me suis retrouvé à la tête de toute une collection de matériel qui aurait pu servir à d’autres : chaises roulantes, lit médicalisé et son matelas anti-escarres neuf, protections de nuits, 3 sacs poubelles de médocs hors de prix et jamais ouverts, etc… Je voulais les donner à ceux qui comme Hervé en aurait eu besoin mais n’avaient pas les moyens de se les payer, mais à qui s’adresser ? J’ai cherché, cherché : en vain. J’ai finalement abandonné certains fauteuils roulants dans le hall de l’hôpital voisin, mais il me reste du matos… Une adresse en région parisienne ??
    Merci

    1. Libellule

      les services d’aide à domicile (SSIAD en ville, ADMR en milieu rural) récupèrent souvent et officieusement ce genre de fournitures pour leurs patients peu fortunés…

      1. Grand33

        Sachant comme je l’évoquais plus haut, c’est formellement interdit et en cas de controle de l’ARS c’est carton rouge.
        Mais système D à la française fait l’affaire !
        la bise

        1. Libellule

          Tout à fait !
          c’est pour ça que je précisais “officieusement”. Il paraît que dans certains départements la sécu récupère et gère le matériel médical qu’elle a financé à 100% aussi… là c’est officiel, mais je ne sais pas quels sont les départements concernés.
          bises aussi, Grand 🙂

    2. Nat

      Je donne plein de trucs sur donnons.org
      Ça doit marcher aussi pour ce genre de matériel.
      Sauf pour les médicaments, dans ce cas je les ramène dans une pharmacie.

  36. Liliane Valentin

    Je suis aussi scandalisée comme vus. Ma maman est décédée récemment et j’ai des articles tout neufs, paquets non ouverts (protections urinaires, gants de toilette jetables, bavoirs jetables, etc.. ) ainsi que ce que l’on appelle des pansements, dans leur boite et non-ouverts qui sont très chers et certains non-remboursés par la Sécurité Sociale (Duaderm hudrogel 17 tubes, Mepilex talon 15×22 cm, tube gras pansement vaseliné, coloplast pansements hydrocolloides 21 de 156 cm2, 2 boites, Aquacel Ag 10×12 cm pansement hydrofiber contenant de l’argent, Sterilux ES compresse de gaze 10×10 cm, Urgo bandes extensible 4mx17 cm 7 boites) Les médicaments ont été retournés à la Pharmacie qui les incinère et aucune association n’en veut et je trouve dommage car je n’arrive pas à jeter alors que tant de pays souffrent ainsi que des Français. Quoi faire. Il y aura un jour où le pays n’aura plus d’argent à distribuer mais pour l’instant, on me dit que tout est payé par la Sécu et les Mutuelles et personne n’est intéressé. Quel scandale!!! Je suis déçue de la France car venant des Pays-Bas, je me rends compte que la France est très mal gérée et que cela ira mal bientôt.

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