Il faut beaucoup aimer les hommes, Partie II.

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Il faut beaucoup aimer les hommes, Partie II.

La suite !

– Une petite bronchiolite pas vilaine-vilaine. Voilà, dit-il
Ce « voilà » a valeur de conclusion. On pourrait le traduire par : maintenant que vous avez embolisé toute ma salle d’attente, que les patients qui viennent après vous vont râler car je suis en retard et que vous allez partir sans payer, je crois que nous pouvons nous quitter bons amis et sans trop de rancune.
La mère se lève, s’approche, touche son bras et dit dans un français approximatif :
– Vous donner moi paaapier savoir qui paaapa.
– Pardon ?
Elle montre son bébé, puis les deux hommes qui l’accompagnent :
– Vous donner moi paaapier savoir qui paaapa.
Titou a peur de comprendre.
– Vous voulez un test de paternité ?
– QUI PAPA ? LUI OU LUI ?
– Ah mais non/mais non, madame, c’est interdit en France cela, mais non/mais non !
– Interdit/interdit ?
– Interdit/interdit/interdit !
– Moi comment savoir qui papa ?
Titou réfléchit.
– Deux solutions s’offrent à vous : une longue mais gratuite, une rapide mais chère. La première, vous attendez qu’il grandisse et de voir auquel des deux il ressemble. Long mais gratuit. La deuxième, vous achetez un test de paternité sur Internet. Rapide, mais cher.
– Ça cher ?
– Cher.
– Combien ?
– Environ 200 euros, je pense.
Alors cette femme, cette mère, cet être humain, a ce geste formidable : elle écarquille les yeux devant le prix qu’elle juge exorbitant et balance sa main par dessus son épaule droite en poussant de la bouche un bruyantissime  » PFFFFF ! » ce que Titou traduira très justement par « On s’en balance, Hortense ! Va pour la solution longue mais gratuite ! »
Et là, savez-vous ce qui est arrivé ? Non ? Vous ne devinez pas la fin de l’histoire ?

Ils sont partis sans payer.

Il faut beaucoup aimer les Hommes, je veux dire : il faut VRAIMENT beaucoup aimer les Hommes.

– Luke, je suis ton père.
– Nooooooooon !

Star Wars, épisode V.

UN PAPA, UNE MAMAN !
Frigide Barjot : « Ma vie, mon œuvre » Volume XIV.

Il faut beaucoup aimer les Hommes.

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Photo : Le tampographe

L’histoire c’est J. -dit Titou, un très très très bon ami- l’écriture c’est moi. Merci l’ami !

Alors voila J.. Nous l’appellerons Titou.
Il ouvre la porte, la salle d’attente est pleine, la prochaine patiente est venue avec son bébé, ses quatre ados et deux immenses bonhommes qui s’accrochent à elle comme les moules à leur rocher. Ils sont venus sans carte Vitale, sans papier et repartiront probablement comme ils sont entrés, sans payer. L’écriture est parfois impuissante à transmettre un ressenti, donc allons droit au but : ce genre de situation donne juste envie de se pendre sauvagement avec le cordon de son stéthoscope (ou, comme dirait ma petite nièce « Tonton, t’as les boules, t’as les glandes, t’as les crottes de nez qui pendent ».)
Titou fait entrer l’arche de Noé, les gamins s’assoient sur les deux sièges de son bureau.
– Les enfants, vous allez être très gentils et laisser une place à votre mère.
Je sais, Titou est un peu old-school : il n’aime pas laisser debout une femme avec un bébé dans les bras et il tient la porte à ses copines. Toutes choses qui ont le don de révolter sa meilleure amie féministe et profondément misandre « les mecs ne sont que des taureaux reproducteurs abrutis par la bière et l’émission Turbo sur M6  » (phrase évidemment fausse puisqu’elle ne vaut que pour les supporters du PSG (1)).
Titou fait gentiment remarquer à la patiente qu’elle a pris rendez-vous pour une seule personne et que sa salle d’attente est pleine. La patiente lui répond que c’est dommage car ils sont quatre à être malades.
Titou regarde le cordon de son stéthoscope et se demande si il n’irait pas plus vite en enfoncant d’un coup sec et précis son marteau réflexe dans son oreille. Puis il se souvient qu’il y a des enfants dans la salle (il ne veut pas les choquer). Et surtout, en homme de goût, il refuse de mourir avant d’avoir vu l’épisode 7 de Star Wars (merci, oh merci Georges Lucas ! Je tiens beaucoup à mon ami).
Titou examine Boucle d’Or et les ours. Finalement, seul bébé est vraiment malade.

LA SUITE… DEMAIN ! Je vous préviens, ça vaut son pesant d’or !
Soyez patients !

(1) : pour les supporters du PSG, remplacer les trois lettres PSG par celles-ci : « OM ». Bon prince, je ne veux pas faire de jaloux.

– Je me suis armé de patience.
– Et ?
– J’ai tué le temps.

B. Scott

La femme qui avait vu.

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Alors voilà, visite à domicile chez Madame Homere, 92 ans. Elle me fait entrer, je trouve son regard étrange et, quand elle tend sa main, elle fixe le mur à travers moi.
– Je ne vois plus rien, dit-elle.
Elle est horrible, cette phrase, quand on y pense.
J’attrape sa paume, je la serre, elle est douce. Les rides détendent parfois les chairs et leurs donnent une élasticité que les peaux jeunes n’ont pas. Petite compensation de la décrépitude : on est vieux, mais moelleux.
Sa maison est remplie de papiers. Telles des colonnes d’un temple inachevé ou des stalagmites carrées, les tas de feuilles s’amoncèlent et je dois naviguer entre eux pour ne rien renverser. Elle connaît le chemin par cœur et marche d’un pas sûr vers sa chambre, la main droite devant elle, comme une prêtresse grecque en pleine divination.
Je l’installe sur son lit. J’examine. Tension artérielle, auscultation du cœur et des poumons.
Au mur, il y a des photos. Des milliers de photos. Que des nus et des couples enlacés. Des hommes avec des femmes, des femmes avec des femmes, des hommes avec des hommes. C’est beau. Des muscles et des nattes. C’est beau. Des mains larges et des épaules fines. Partout. C’est beau.
Je siffle :
– Et ben ! Toutes ces photos ! Elles sont MA-GNI-FIQUES !

Elle sourit. Elle dit que c’est elle qui les a prises, elle dit qu’avant elle était photographe et qu’elle aimait capturer la beauté des corps nus frappés par la lumière.
Elle dit que la lumière lui manque.

De la lumière ! Encore un peu de lumière !

Derniers mots de Goethe avant de mourir.

T’avais qu’à payer la facture EDF, mon poulet !

Réponse de Grunégonde, l’infirmière de Goethe, juste avant qu’il meure.

Votre serviteur est l’homme de la semaine et a droit au grand portrait du Nouvel Obs de cette semaine ! Ils ont A-DO-RÉ LE LIVRE ! Je suis joie et félicité ! Et je suis aussi strasbourgeois mercredi 8 janvier à 17 heures à la librairie Kléber ! Kiki vient ?

Le jour où j’ai décidé de devenir vraiment bilingue.

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Alors voilà, ils sont sympathiques et ne parlent pas un mot de français. Elle vient pour une cystite, il l’accompagne. Je parle PARFAITEMENT anglais puisque j’ai vu toutes les saisons de la série « Dexter » en version originale. Je sais donc dire « sang » « couteau » « meurtre » « assassinat » « massacre » et « putain de bordel de merde ». Pas facile à caser quand la patiente consulte pour une banale infection urinaire. En plus, je roule un peu les rrrrrr : « To be orrrr not to be ». Ou quand Shakespeare rencontre Cervantes sous acide.
Je lève la main, je montre cinq doigts à la patiente. Petite séance de prévention primaire :
– To éviter urinaire infection, you have to faire five choses :
1- drrrrrrink liquid. A lot of liquid.
Elle écarquille les yeux, j’ajoute une précision :
– De l’eau, hein ? Water ? No alcool ! Liquid comme water, yes ?
Elle comprend.
2- when you make popo, faut always clean from devant to derrière et neverrrrr derrière to devant ? Popo ?
Elle ne comprend pas, je tords mon visage comme si je poussais très fort, j’ai l’air d’accoucher ou de me transformer en Hulk, j’attrape un mouchoir et je montre : « from devant to derrière ! Ok ? »
Elle opine du chef et dit : « I understand » ce que je traduis par « je tiens debout dessous », mais qui veut dire en fait « j’ai compris ce que tu viens de dire et je le ferai scrupuleusement afin de ne plus avoir d’infections urinaires… »
3- always culotte in coton, neverrrr acrylique. Acrylique is bad. Verrrry verrrry bad ! Acrylique is Evil ? Do you comprends ?
Je ne sais pas comment j’ai réussi à mimer le coton, ou l’acrylique, mais elle a compris.
4- Never se retenir. If you want to make pipi, make pipi.
Là, j’ai mimé quelqu’un qui court aux toilettes.
Lui vivant, Marcel Marceau aurait eu beaucoup de soucis à se faire. Mais il est trop occupé à faire le mort pour s’inquiéter qu’un jeune médecin lui vole ses prérogatives artistiques. Sans rancune, Marcel !
Et là, nous touchons au bouquet final, dernière information :
5- Always go to faire pipi aprés you make love.
Aïe… Comment traduire « you make love ». J’ai bien des idées (plusieurs en fait, genre toupie japonaise ou brouette afghane) mais j’hésite…
– Make pipi aprés make love, do you comprends ?
Je pense au lotus renversé, au panda colérique ou encore au phénix exultant.
Finalement, je prends le bout de mon index droit, le bout de mon index gauche et je les colle l’un contre l’autre en mimant un mouvement de frottement du haut vers le bas. Éclair de compréhension dans mon auditoire, ils ont compris. Parfois il ne faut pas trop se creuser la tête, mais revenir aux fondamentaux.

Ma résolution pour 2014 ?
Je vais prendre des cours d’anglais, je veux dire : je vais vraiment prendre des cours d’anglais…

La vérité ne peut être atteinte qu’en rassemblant une grande variété d’erreurs.

Virginia Woolf

It’s sooooo trrrrou Vivi !

B.B.

Happy Christmas and happy new year à tous !

Le mystère des femmes, PARTIE I

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Photographie signée Benjamin & Isidore Juveneton de Adieu & à Demain, un site que je vous encourage à visiter parce que c’est SUBLIME.

L’histoire c’est Jiji, un interne, l’écriture c’est moi. Merci à lui !

Alors voilà madame Pêche qui vient en consultation de gynécologie. C’est sa troisième grossesse. Jiji la trouve rayonnante. Un teint de pêche. Sa peau est, littéralement, veloutée.
– C’est à chaque grossesse la même chose. Mon lupus me laisse tranquille;
Si tu changes beaucoup de lettres à lupus ( ET que tu donnes beaucoup de pixels à manger aux lettres ET que tu cliques sur ABRACADABRA), ça fait ça : ABRACADABRA.
(je sais, Houdini est une merde, JE suis un VRAI magicien !)
Madame Pêche montre des photos. Avant, pendant, après.
Jiji est subjugué ! Dieu que c’est beau, ce miracle opéré par les bébés sur le visage de leurs mères.
Comme le noyau qui, sentant la peau du fruit malade, en guérirait les chairs.
Jiji ne se lasse pas de regarder les photos. Lui aussi sait combien il est difficile de vivre avec un lupus, de porter ce masque rouge et douloureux.
– Cela a été très dur de tomber enceinte et de garder les bébés, j’ai fait beaucoup de fausses couches, mais une fois qu’ils sont là, bien accrochés, je sais que j’aurai un à deux ans tranquilles, sans poussée. Je pourrai me maquiller moins, sortir dans la rue et, même, me mettre un peu au soleil.
Voilà : trois enfants, presque six ans de répit et de vie « normale ».
– Mes bébés sont ma meilleure thérapie.

Jiji regarde cette femme. Il est content pour elle. Il donnerait tout pour passer une après-midi entière au soleil sans cramer comme un vampire. Même qu’il tomberait enceinte, juste comme ça, pour regarder la lumière en face. Juste comme ça.

FIN DE LA PARTIE I

La suite c’est… cette semaine !!! (Sauf si je meurs dans d’étranges circonstances et dans ce cas vous ne saurez jamais ce qui est arrivé à Jiji… Ce serait dommage…)

Le mystère des femmes, PARTIE II

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Photographie des sieurs Benjamin et Isidore Juveneton de Adieu et à Demain.

[…]

Madame Pêche était partie avec son noyau depuis longtemps quand l’interne et le chef reçoivent Madame Pasdebol. Derniers mois de grossesse. Son premier bébé.
Elle entre en s’appuyant sur une canne, se dandine péniblement jusqu’à la table d’examen et s’y échoue en poussant un petit cri de souffrance.
De jolies tâches de rousseur dessinent la carte de l’Australie sur ses joues. Elle connait bien son obstétricien : c’est lui qui a posé le diagnostic de sclérose en plaque.
(Si tu changes beaucoup de lettres à sclérose en plaque, ça fait : « cherche sur Google parce que Baptiste est fatigué »).
Devant elle, le chef explique à Jiji : madame Pasdebol se portait comme un charme lorsque, peu après la fin du deuxième mois, elle a ressenti des fourmis dans les jambes et a perdu le tonus de ses membres inférieurs.
Voilà : première grossesse et première poussée de sclérose en plaques.
On ne sait pas pourquoi chez certaines femmes la grossesse sera protectrice ou pourquoi, chez d’autres, elle déclenchera une pathologie auto-immune sagement endormie auparavant.
– J’ignorais c’qui me tombait dessus… D’toute façon, même si j’avais su, j’changerais rien. Je le voulais ce bébé, plus que tout au monde.
Elle sourit :
– Même maintenant, oui, même si ça veut dire qu’un jour je ne pourrai plus marcher. Je le voulais.
Posant sa main sur son ventre, elle adresse à son médecin cette phrase magnifique :
– On ne lui dira pas, hein ?

Non, on ne lui dira pas.

Et puis, que dire à cet enfant sinon qu’il se passe des choses mystérieuses dans le ventre des femmes enceintes.
Je veux dire : il se passe VRAIMENT des choses mystérieuses dans le ventre des femmes.

Comme la femme enceinte ne sait pas ce que son ventre prépare, nous ignorons quelles merveilles peuvent encore surgir du développement de la complexité cosmique.
Hubert Reeves

Voir un monde dans un grain de sable
Et un Ciel dans une Fleur sauvage
Tenir l’Infini dans la paume de la main
Et l’éternité dans une heure.

William Blake

EUX

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Je reçois souvent des demandes de pétitions : « aidez-nous à faire connaitre notre combat pour la protection de l’ALPCM (Amicale des Lanceurs de Patates Chaudes du Mans) » OU « je vous écris pour que vous nous aidiez à préserver le seul cinéma indépendant de notre village qui est menacé de fermeture. Bientôt, nous ne pourrons plus nous régaler de films en noir et blanc racontant pendant 4 heures 30 la vie d’un pêcheur de thon moldave qui, après avoir brûlé sa barque, découvre sa transsexualité et son désir de devenir berger ».
Bref, je ne peux pas faire suivre toutes les pétitions, même si J’ADORE le cinéma indépendant moldave et les concours de lancer de Gratins dauphinois.
Mais là, j’ai dit oui parce que c’est pour les gosses. À vous de voir si vous voulez signer ou non.

L’histoire c’est C., assistante sociale, l’écriture c’est moi, mais je n’ai pas touché à grand chose !

Alors voilà, IL a 5 ans, IL est accompagné de ses 2 demi-frères plus âgés et de leur mère.
IL est « tombé dans la baignoire ». L’infirmière arrive. Elle enlève le bonnet du petit, et découvre avec stupeur des « bleus vieux et des bleus neufs ».
Elle prétexte une radio pour pouvoir s’entretenir seule avec LUI.
« J’aimerais que TU m’expliques comment TU es tombé car je ne comprends pas bien ».
– Je n’ai pas le droit de raconter.
– Quelqu’un t’a-t-il poussé ?
– Je me suis fait gronder.
– Mais là on ne t’a pas que « grondé »…Bon, montre-moi comment on t’a « grondé »
Le petit mime un coup de poing… L’infirmière LE déshabille. Plusieurs hématomes sont disséminés sur tout le corps. Pendant ce temps, l’équipe retourne voir la mère de l’enfant.
Elle reste silencieuse, soutient violemment leur regard. Elle ne dit pas « oui », elle ne dit pas « non », elle se tait. Le grand frère de 8 ans prend l’équipe de court :
« C’est mon père qui lui a maravé sa gueule. Ce petit bâtard n’est qu’une merde… »

Si vous pouviez signer cette PÉTITION, je veux dire : si vous pouviez VRAIMENT signer cette PÉTITION

Pour que la maltraitance des enfants devienne « Grande cause nationale 2014 ».

Et partagez sur Facebook. Pour EUX.

Un grand pouvoir donne de grandes responsabilités.
Spiderman

La femme qui me serrait la main.

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Alors voilà la vieille et sage Me M. de J.
Son nom est compliqué car elle a, au cours de sa longue vie, gagné le droit d’ajouter une particule honorifique.
– J’ai beaucoup aidé en Asie, ils m’ont remerciée comme ça. J’y tiens, à cette particule.
Moi, je tiens à cette vieille dame. D’abord, elle est pleine d’humour. Ensuite, intellectuellement, elle est top : Jean D’Ormesson en jupe et rouge à lèvre.
On parle beaucoup.
La dernière fois, le chirurgien est passé. Il l’a interrogée sans ménagement et s’est montré très rude.
Devant lui, elle a été cinglante :
– Pour un professeur, vous me décevez beaucoup : autant d’études et si peu de diplomatie.
Sitôt parti, elle s’est mise à pleurer, je me suis excusé de l’attitude du big boss. Il a une blouse avec un badge bleu où il y a écrit « DOCTEUR » dessus. Comme c’est écrit très gros, il pense ce statut définitivement acquis…
Madame M. De J. progresse bien, je l’encourage à marcher quand je la croise dans le couloir : ce n’est peut-être rien, mais quand elle me voit, elle lâche le déambulateur pour me serrer la main. Je prends ça comme une grande marque d’affection : elle risquerait pas de se péter le col du fémur pour n’importe qui.
Madame M. de J. vit avec sa soeur et sa cousine. Peu avant sa sortie, elles sont venues nous dire :
– Gardez-la encore un peu, s’il vous plaît. Trois jours, deux jours, même un seul, mais gardez-la un peu. On respire enfin…
Et les deux vieilles colocataires de me peindre un tout autre tableau de Madame : acariâtre, autoritaire, directive, insultante. Un vrai tyran domestique.

En réalité, Mamie Nova est Tatie Danielle. Il y a de l’amertume dans ce yogourt au miel.

Je n’y ai vu que du feu. Peu importe, j’aime toujours autant sa compagnie et ses traits d’humour. Parce qu’elle me serre la main dans le couloir et que le reste ne me regarde pas. Je veux dire : cela ne me regarde VRAIMENT pas.

Etre humain est un long travail d’illusion.
Bernard Noël.

Alors j’en connais qui sont des travailleurs acharnés.

B.B.

L’homme qui savait compter.

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Merci beaucoup à l’équipe éditoriale d’AuFéminin.com pour leur très bel article sur le ROMAN :

http://www.aufeminin.com/livres-a-lire/5-bonnes-raisons-d-offrir-alors-voila-pour-noel-s223322.html

Et dans Psychologie Magazine :

ICI

Vous me faites un beau cadeau !

L’homme qui savait compter.

L’histoire c’est I. l’écriture c’est moi. Juste merci !

Pour raconter ou me contacter, c’est ICI

Alors voilà PaPi Laclasse, plutôt élégant sous son pyjama Damart bleu en velours. Il a des pantoufles noires, des yeux très verts. Il n’a plus beaucoup de cheveux et, sous son crâne, ses souvenirs s’envolent comme des grains de pissenlit malmenés par le vent d’autan.
Sa lande capillaire côtoie un disque dur déserté : avec l’âge, se rappeler est devenu une bataille de tous les jours. Chez PaPi Laclasse le Waterloo final a déjà eu lieu il y a longtemps et ses souvenirs étaient dans le mauvais camp ( celui où la retraite de Russie se nomme « Chambre 7 » et ressemble à un petit établissement pour personne âgée dépendante.)
– Tagada Pouêt Pouêt !!!! hurle-t-il à longueur de journée.
Très agité, M. Laclasse, une vraie pile électrique, rien à voir avec la batterie d’un iphone : lui, il dure…. Et que je mélange les classeurs des infirmières, et que je fugue de l’hôpital, et que je joue de la trompette imaginaire sur le bureau de la cadre, etc.
– Tagada Pouêt Pouêt !!!!
Il est inépuisable et épuisant.
– Tagada Pouêt Pouêt !!!!
Un jour, I., l’infirmière, a une idée :
– M. Laclasse : asseyez-vous là et comptez jusqu’à 10 000.
Me Laclasse s’exécute : 1,2,3,4,5,6,7,8,9,10,11,12,13,14,15… ( j’arrête là, vous avez compris… Vous pouvez continuer, mais vous rateriez la fin de l’histoire, alors je vous mâche le travail : 9 998, 9 999, 10 000 !)
3 jours de calme pour l’équipe. On ouvrirait pas le champagne en chantant « Mazel tov », mais presque !
Puis, fin de la lune de miel et rebelote : classeurs, fugue, cornemuse, cor de chasse, tagada-tsouin-tsouin.
L’infirmière :
– Si vous calculiez les décimales de Pi ?
Sésame ouvre-toi, Effet immédiat, mot magique, abracadabra, Shazam : PaPi Laclasse s’asseoit, gratte son vieux crâne pelé. Muni d’un stylo, il entame le calcul le plus looooooooooooooong du monde :
– 3,14159…
Il ne se souvient plus du nom de sa fille, mais les calculs, ça oui, il connaît. Et il compte. Assis sur son petit fauteuil rembourré, il compte. Parce qu’il aime vraiment ça, les chiffres. C’est un peu sa vie, les chiffres… Il y a longtemps, bien avant la dernière et grande bataille de Russie, il était professeur de Mathématiques à l’université.

J’ai oublié mon temps, et ses lieux…
[…]
Mais le soir quelques fois, des jeunes filles dansaient.

B. Scott

Tagada Pouêt Pouêt.

PaPi Laclasse

L’art de l’esquive par les carabins.

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Pour Mathilde, Joris et Samuel. Parce que je suis devenu vieux, maintenant…

Alors voilà, déjeuner au restaurant universitaire. Trois filles, trois garçons. Tous externes. Il y a du gingembre au menu.
– J’ai vu un patient ce matin, pour une urétrite. Écoutez, d’un point de vue STRICTEMENT anatomique, je n’avais jamais vu un engin pareil. Genre gourdin préhistorique. Rien que le prépuce devait faire 3 kilos 2 : une minerve pour bébé !
– T’exagères pas un peu là ?
– Non. Même que, quand il a une érection, il fait une syncope, je t’assure.
– Et son urétrite ? C’était quoi ?
[ vous remarquerez : il y a toujours un rabat-joie pour remettre le train d’une conversation passionnante sur les rails de détails bassement médicaux. Pfffff ! ]
– Un gonocoque. Il a chopé ça avec sa secrétaire.
– Trop bon le gratin de pâtes d’aujourd’hui !
[vous remarquerez ensuite : il y a toujours un autre rabat-joie plus concerné par son ventre que par la bagatelle…]
– Saviez-vous qu’à l’époque, on n’avait pas de curette de prélèvement alors on introduisait de petits parasols métalliques dans l’urètre, on ouvrait les baleines de l’appareil en grand et on raclait les bord ?
– T’es vraiment dégueulasse, tu sais ? Passe-moi le ketchup.
– Ben c’est pas ma faute si on faisait comme ça à l’époque ! Tiens, v’là ton ketchup.
– Combien ?
– Combien quoi ?
– Combien vous faites, les mecs ?
[ Oui, je sais, toutes les tables de tous les restaurants universitaires ont droit régulièrement à leur concours de b…s]
Grand silence, personne ne s’avance. Je dis en riant :
– Nota pour plus tard : aller à la papeterie acheter un double-décimètre !
Un ami dit en riant :
– Nota pour plus tard : contrairement à B., acheter plutôt un triple-décimètre.
Une de nos trois copines, taquine :
– Allez quoi ! Balancez, les gars !
Nous, en chœur :
– Ah ben non, mais c’est pas la taille qui compte.
Elle :
– C’est l’épaisseur.
Et la troisième, la plus discrète de toutes, celle qui ne parle jamais sans une EXCELLENTE raison de le faire, d’ajouter devant nos yeux effarés :
– Non, c’est le goût.

Fin des pâtes au gratin.
Pause café et mots croisés du 20 minutes, une amie s’isole. Son patient est mort ce matin. Il avait 6 ans. Personne ne veut la déranger. Ou alors on a peur, je ne sais pas. Et peut-être qu’on ne veut pas l’écouter.
Les concours de bites, c’est pratique, ça masque tout. Vraiment.

Quand on aura allégé le plus possible les servitudes inutiles, évité les malheurs non nécessaires, il restera toujours, pour tenir en haleine les vertus héroïques de l’homme, la longue série des maux véritables, la mort, la vieillesse, les maladies non guérissables, l’amour non partagé, l’amitié rejetée ou trahie, la médiocrité d’une vie moins vaste que nos projets et plus terne que nos songes : tous les malheurs causés par la divine nature des choses.

Marguerite Yourcenar

Hein ?

Nabilla, les anges de la télé-réalité 17.