La magie de Noël

20140203-112621.jpg

L’histoire c’est B. médecin, l’écriture c’est moi ! Mais c’est écrit en urgence…

Alors voilà mademoiselle Lapin, veille de Noël, qui cumule un peu les emmerdes.
Elle travaillait ce matin quand un jet de soude caustique a décrit une courbe dans les airs pour s’échouer droit dans son œil. La moitié du visage gros comme une patate, elle consulte un ophtalmo en urgence. Elle a perdu la moitié de son acuité visuelle :
– Il m’a dit que ça reviendrait, la cornée n’est pas touchée.
Elle a attendu 4 heures l’ophtalmologue qui ne lui a pas fait d’arrêt de travail « parce que le médecin traitant pourra vous le faire », puis elle vient s’échouer dans la salle d’attente de B. où elle a attendu encore une bonne heure.
– Comment ça va ? demande B. avec sollicitude.
Elle hausse les épaules.
B. a l’impression qu’elle pleure un peu. Comme il ignore si c’est l’acide ou le cœur, il regarde l’œil sain. Celui-ci pleure aussi. Merde, c’est le cœur !
– Qu’est-ce que tu vas faire ce soir ?
– Je viens de Bretagne. Toute ma famille et mes amis sont là-bas. Les quelques personnes que j’ai rencontrées sur la région travaillent ce soir. Je suis toute seule.
Elle hausse les épaules. Son air est si pitoyable que, si elle épluchait un oignon, c’est lui qui se mettrait à pleurer :
– Je vais rentrer et louer un film.
B. pense à sa famille, les treize personnes qu’il aime et qui l’attendent à la maison, alors il lui dit :
– Ah, mais non, c’est pas possible ça ! Faut que tu trouves quelqu’un, quelque chose à faire, des gens, un ami. C’est Noël ! C’est sacré Noël ! C’est SACRÉ !!!!
Elle le regarde et lâche avec une simplicité magnifique :
– Vous avez raison, je vais me trouver un plan cul.

On ne peut rien contre la magie de Noël, je veux dire : on ne peut vraiment rien contre la magie de Noël.

« Noël au balcon, enrhumé comme un con »
Mamie

« Il y a quatre âges dans la vie de l’homme : – celui où il croit au père Noël ; – celui où il ne croit plus au père Noël ; – celui où il est le père Noël ; – celui où il ressemble au père Noël. »
Lao-Tseu (ou Confucius. Ou mon grand-père, je ne sais plus lequel des trois a dit ça…)

Et partagez sur Facebook siouplait ! Siouplait ! Siouplait !

Un problème fumeux.

20140127-222306.jpg

Alors voilà, il entre, il regarde à droite, à gauche, semble écouter. Je dis « Bonjour », il sursaute, tend une main timide, attrape finalement la mienne et la serre très fort.
– Je m’appelle Hugo.
– Qu’est-ce qui vous amène ?
– Voilà, je suis pas ce que vous pensez hein, j’ai pas l’habitude c’était la première fois et je…
Il s’interrompt, penche sa tête sur le côté, la secoue, se redresse, se tait et mordille ses lèvres. Il est à l’affût de quelque chose.
On a un terme, nous les médecins, pour ce genre de patient : « Contact étrange ». Jargon croisé entre « Rencontre du troisième type » et « Ma bonne Germaine, j’ai comme dans l’idée que cette affaire-là va finir à l’hôpital psychiatrique le plus proche ».
– Je vous écoute, dis-je. Je suis là, vous êtes là, on peut discuter…
– J’ai fumé un joint il y a deux semaines. J’ai 17 ans, c’était le premier. Depuis, j’entends des voix et… je vois des choses… qui ne sont pas là.
[…]
Beaucoup de gens l’ignorent, mais le cannabis est connu pour déclencher des bouffées délirantes aiguës. Elles sont parfois annonciatrices de psychoses bien plus graves. La personne ne devient pas schizophrène à cause de ça, mais le pétard donne la petite pichenette de trop, celle qui fait s’écrouler tout le château de cartes d’une psyché fragile.
Hugo entrelace ses doigts et les tord dans tous les sens.
Il a peur.
Moi je suis un peu paumé. Si je n’ai pas d’avis définitif sur le cannabis (je tiens VRAIMENT à souligner ce point), je connais un jeune homme -il s’appelle Hugo- qui a changé le sien sur la question.

Le jour où je suis devenu une femme.

20140122-083515.jpg

Alors voilà, aujourd’hui je suis une femme.
Oui, parfaitement, une femme, comme maman, Josiane (la boulangère), Annie Cordy, Wonder Woman et Lindsay Lohan.
Avec des seins, un sac à main, des envies de fraises et tout et tout…
Le texte est à lire ici : AU FÉMININ.
Ils m’ont demandé d’écrire pour eux, j’ai dit oui. Si vous aimez, partagez sur Facebook et parlez-en à vos grands-mères !
Bonne journée à toutes et tous,

Signé : Sailor Moon (la vraie).

Comprenne qui pourra.

20140118-091917.jpg

L’histoire c’est vous, l’écriture c’est moi. Merci à J. !
Pour se comprendre il faut parler, alors si vous voulez raconter votre histoire, il faut cliquer ICI

Alors voilà c’était son père, et il était malade. Incurable.
Souvent, quand sa fille venait, l’infirmier entrait et parlait. Pas beaucoup, trois fois rien. Il passait sa main sur son front, puis il lui demandait à la fille comment elle allait. Il amenait des friandises, les préférées du patient. L’infirmier aimait bien le patient. La fille, elle, aimait qu’on prenne soin de son père : c’était cohérent et ce n’était pas compliqué.
Quand la maladie s’est aggravée, le père avait mal, la fille aussi, oui, c’est vrai, elle avait mal pour son père.
Les médicaments n’ont plus fait d’effet, on a mis une pompe à morphine. Le patient avait mal, il appuyait, la douleur s’enfuyait quelques temps. Là encore, les choses étaient simples.
Puis la morphine a perdu en efficacité, les douleurs se sont faites intolérables.
Comme avant, l’infirmier demandait à la fille si elle tenait le coup, mais les choses étaient devenues compliquées.
Un jour, avant de franchir la porte, il a dit :
– Surtout, n’appuyez pas sur ce bouton.
– D’accord, a dit la fille.
L’infirmier passait et repassait devant la chambre et, chaque fois, il disait en la fixant droit dans les yeux :
– Surtout, surtout, n’appuyez pas sur ce petit bouton, ici, là, le vert qui clignote.

Un jour, la fille a demandé à quoi servait ce petit bouton. Elle s’en doutait, bien sûr, mais elle avait très peur de le savoir.
L’aide soignante a dit que c’était les antalgiques, que si on appuyait trop longtemps on risquait d’entraîner une surdose. Le patient s’endormirait et il mourrait. Comme ça, simplement.

Comprenne vraiment qui pourra.

Vous arrivez devant Dieu. Vous pouvez lui poser une question parmi les QUATRE suivantes, laquelle choisissez-vous :

1- Quel est le sens de la vie ?
2- Pourquoi les Hommes souffrent ?
3- Pourquoi le chat ?
4- Pourquoi le La peint ?
5- Pourquoi le chat ?
6- Pourquoi le chat ?
7- Pourquoi poser la question du chat trois fois ?
8- Où est la subtilité d’avoir fait en sorte que un et un fassent deux ?
9- Que s’est-il vraiment passé dans la suite 2106 du Sofitel entre DSK et Nafissatou Diallo ?
10- Pourquoi y a-t-il dix questions ?

B. Scott

Il faut beaucoup aimer les hommes, Partie II.

20140111-120838.jpg

Il faut beaucoup aimer les hommes, Partie II.

La suite !

– Une petite bronchiolite pas vilaine-vilaine. Voilà, dit-il
Ce « voilà » a valeur de conclusion. On pourrait le traduire par : maintenant que vous avez embolisé toute ma salle d’attente, que les patients qui viennent après vous vont râler car je suis en retard et que vous allez partir sans payer, je crois que nous pouvons nous quitter bons amis et sans trop de rancune.
La mère se lève, s’approche, touche son bras et dit dans un français approximatif :
– Vous donner moi paaapier savoir qui paaapa.
– Pardon ?
Elle montre son bébé, puis les deux hommes qui l’accompagnent :
– Vous donner moi paaapier savoir qui paaapa.
Titou a peur de comprendre.
– Vous voulez un test de paternité ?
– QUI PAPA ? LUI OU LUI ?
– Ah mais non/mais non, madame, c’est interdit en France cela, mais non/mais non !
– Interdit/interdit ?
– Interdit/interdit/interdit !
– Moi comment savoir qui papa ?
Titou réfléchit.
– Deux solutions s’offrent à vous : une longue mais gratuite, une rapide mais chère. La première, vous attendez qu’il grandisse et de voir auquel des deux il ressemble. Long mais gratuit. La deuxième, vous achetez un test de paternité sur Internet. Rapide, mais cher.
– Ça cher ?
– Cher.
– Combien ?
– Environ 200 euros, je pense.
Alors cette femme, cette mère, cet être humain, a ce geste formidable : elle écarquille les yeux devant le prix qu’elle juge exorbitant et balance sa main par dessus son épaule droite en poussant de la bouche un bruyantissime  » PFFFFF ! » ce que Titou traduira très justement par « On s’en balance, Hortense ! Va pour la solution longue mais gratuite ! »
Et là, savez-vous ce qui est arrivé ? Non ? Vous ne devinez pas la fin de l’histoire ?

Ils sont partis sans payer.

Il faut beaucoup aimer les Hommes, je veux dire : il faut VRAIMENT beaucoup aimer les Hommes.

– Luke, je suis ton père.
– Nooooooooon !

Star Wars, épisode V.

UN PAPA, UNE MAMAN !
Frigide Barjot : « Ma vie, mon œuvre » Volume XIV.

Il faut beaucoup aimer les Hommes.

20140111-114654.jpg

Photo : Le tampographe

L’histoire c’est J. -dit Titou, un très très très bon ami- l’écriture c’est moi. Merci l’ami !

Alors voila J.. Nous l’appellerons Titou.
Il ouvre la porte, la salle d’attente est pleine, la prochaine patiente est venue avec son bébé, ses quatre ados et deux immenses bonhommes qui s’accrochent à elle comme les moules à leur rocher. Ils sont venus sans carte Vitale, sans papier et repartiront probablement comme ils sont entrés, sans payer. L’écriture est parfois impuissante à transmettre un ressenti, donc allons droit au but : ce genre de situation donne juste envie de se pendre sauvagement avec le cordon de son stéthoscope (ou, comme dirait ma petite nièce « Tonton, t’as les boules, t’as les glandes, t’as les crottes de nez qui pendent ».)
Titou fait entrer l’arche de Noé, les gamins s’assoient sur les deux sièges de son bureau.
– Les enfants, vous allez être très gentils et laisser une place à votre mère.
Je sais, Titou est un peu old-school : il n’aime pas laisser debout une femme avec un bébé dans les bras et il tient la porte à ses copines. Toutes choses qui ont le don de révolter sa meilleure amie féministe et profondément misandre « les mecs ne sont que des taureaux reproducteurs abrutis par la bière et l’émission Turbo sur M6  » (phrase évidemment fausse puisqu’elle ne vaut que pour les supporters du PSG (1)).
Titou fait gentiment remarquer à la patiente qu’elle a pris rendez-vous pour une seule personne et que sa salle d’attente est pleine. La patiente lui répond que c’est dommage car ils sont quatre à être malades.
Titou regarde le cordon de son stéthoscope et se demande si il n’irait pas plus vite en enfoncant d’un coup sec et précis son marteau réflexe dans son oreille. Puis il se souvient qu’il y a des enfants dans la salle (il ne veut pas les choquer). Et surtout, en homme de goût, il refuse de mourir avant d’avoir vu l’épisode 7 de Star Wars (merci, oh merci Georges Lucas ! Je tiens beaucoup à mon ami).
Titou examine Boucle d’Or et les ours. Finalement, seul bébé est vraiment malade.

LA SUITE… DEMAIN ! Je vous préviens, ça vaut son pesant d’or !
Soyez patients !

(1) : pour les supporters du PSG, remplacer les trois lettres PSG par celles-ci : « OM ». Bon prince, je ne veux pas faire de jaloux.

– Je me suis armé de patience.
– Et ?
– J’ai tué le temps.

B. Scott

La femme qui avait vu.

20140106-225133.jpg

Alors voilà, visite à domicile chez Madame Homere, 92 ans. Elle me fait entrer, je trouve son regard étrange et, quand elle tend sa main, elle fixe le mur à travers moi.
– Je ne vois plus rien, dit-elle.
Elle est horrible, cette phrase, quand on y pense.
J’attrape sa paume, je la serre, elle est douce. Les rides détendent parfois les chairs et leurs donnent une élasticité que les peaux jeunes n’ont pas. Petite compensation de la décrépitude : on est vieux, mais moelleux.
Sa maison est remplie de papiers. Telles des colonnes d’un temple inachevé ou des stalagmites carrées, les tas de feuilles s’amoncèlent et je dois naviguer entre eux pour ne rien renverser. Elle connaît le chemin par cœur et marche d’un pas sûr vers sa chambre, la main droite devant elle, comme une prêtresse grecque en pleine divination.
Je l’installe sur son lit. J’examine. Tension artérielle, auscultation du cœur et des poumons.
Au mur, il y a des photos. Des milliers de photos. Que des nus et des couples enlacés. Des hommes avec des femmes, des femmes avec des femmes, des hommes avec des hommes. C’est beau. Des muscles et des nattes. C’est beau. Des mains larges et des épaules fines. Partout. C’est beau.
Je siffle :
– Et ben ! Toutes ces photos ! Elles sont MA-GNI-FIQUES !

Elle sourit. Elle dit que c’est elle qui les a prises, elle dit qu’avant elle était photographe et qu’elle aimait capturer la beauté des corps nus frappés par la lumière.
Elle dit que la lumière lui manque.

De la lumière ! Encore un peu de lumière !

Derniers mots de Goethe avant de mourir.

T’avais qu’à payer la facture EDF, mon poulet !

Réponse de Grunégonde, l’infirmière de Goethe, juste avant qu’il meure.

Votre serviteur est l’homme de la semaine et a droit au grand portrait du Nouvel Obs de cette semaine ! Ils ont A-DO-RÉ LE LIVRE ! Je suis joie et félicité ! Et je suis aussi strasbourgeois mercredi 8 janvier à 17 heures à la librairie Kléber ! Kiki vient ?

Le jour où j’ai décidé de devenir vraiment bilingue.

20131231-092022.jpg

Alors voilà, ils sont sympathiques et ne parlent pas un mot de français. Elle vient pour une cystite, il l’accompagne. Je parle PARFAITEMENT anglais puisque j’ai vu toutes les saisons de la série « Dexter » en version originale. Je sais donc dire « sang » « couteau » « meurtre » « assassinat » « massacre » et « putain de bordel de merde ». Pas facile à caser quand la patiente consulte pour une banale infection urinaire. En plus, je roule un peu les rrrrrr : « To be orrrr not to be ». Ou quand Shakespeare rencontre Cervantes sous acide.
Je lève la main, je montre cinq doigts à la patiente. Petite séance de prévention primaire :
– To éviter urinaire infection, you have to faire five choses :
1- drrrrrrink liquid. A lot of liquid.
Elle écarquille les yeux, j’ajoute une précision :
– De l’eau, hein ? Water ? No alcool ! Liquid comme water, yes ?
Elle comprend.
2- when you make popo, faut always clean from devant to derrière et neverrrrr derrière to devant ? Popo ?
Elle ne comprend pas, je tords mon visage comme si je poussais très fort, j’ai l’air d’accoucher ou de me transformer en Hulk, j’attrape un mouchoir et je montre : « from devant to derrière ! Ok ? »
Elle opine du chef et dit : « I understand » ce que je traduis par « je tiens debout dessous », mais qui veut dire en fait « j’ai compris ce que tu viens de dire et je le ferai scrupuleusement afin de ne plus avoir d’infections urinaires… »
3- always culotte in coton, neverrrr acrylique. Acrylique is bad. Verrrry verrrry bad ! Acrylique is Evil ? Do you comprends ?
Je ne sais pas comment j’ai réussi à mimer le coton, ou l’acrylique, mais elle a compris.
4- Never se retenir. If you want to make pipi, make pipi.
Là, j’ai mimé quelqu’un qui court aux toilettes.
Lui vivant, Marcel Marceau aurait eu beaucoup de soucis à se faire. Mais il est trop occupé à faire le mort pour s’inquiéter qu’un jeune médecin lui vole ses prérogatives artistiques. Sans rancune, Marcel !
Et là, nous touchons au bouquet final, dernière information :
5- Always go to faire pipi aprés you make love.
Aïe… Comment traduire « you make love ». J’ai bien des idées (plusieurs en fait, genre toupie japonaise ou brouette afghane) mais j’hésite…
– Make pipi aprés make love, do you comprends ?
Je pense au lotus renversé, au panda colérique ou encore au phénix exultant.
Finalement, je prends le bout de mon index droit, le bout de mon index gauche et je les colle l’un contre l’autre en mimant un mouvement de frottement du haut vers le bas. Éclair de compréhension dans mon auditoire, ils ont compris. Parfois il ne faut pas trop se creuser la tête, mais revenir aux fondamentaux.

Ma résolution pour 2014 ?
Je vais prendre des cours d’anglais, je veux dire : je vais vraiment prendre des cours d’anglais…

La vérité ne peut être atteinte qu’en rassemblant une grande variété d’erreurs.

Virginia Woolf

It’s sooooo trrrrou Vivi !

B.B.

Happy Christmas and happy new year à tous !

Le mystère des femmes, PARTIE I

20131215-181309.jpg

Photographie signée Benjamin & Isidore Juveneton de Adieu & à Demain, un site que je vous encourage à visiter parce que c’est SUBLIME.

L’histoire c’est Jiji, un interne, l’écriture c’est moi. Merci à lui !

Alors voilà madame Pêche qui vient en consultation de gynécologie. C’est sa troisième grossesse. Jiji la trouve rayonnante. Un teint de pêche. Sa peau est, littéralement, veloutée.
– C’est à chaque grossesse la même chose. Mon lupus me laisse tranquille;
Si tu changes beaucoup de lettres à lupus ( ET que tu donnes beaucoup de pixels à manger aux lettres ET que tu cliques sur ABRACADABRA), ça fait ça : ABRACADABRA.
(je sais, Houdini est une merde, JE suis un VRAI magicien !)
Madame Pêche montre des photos. Avant, pendant, après.
Jiji est subjugué ! Dieu que c’est beau, ce miracle opéré par les bébés sur le visage de leurs mères.
Comme le noyau qui, sentant la peau du fruit malade, en guérirait les chairs.
Jiji ne se lasse pas de regarder les photos. Lui aussi sait combien il est difficile de vivre avec un lupus, de porter ce masque rouge et douloureux.
– Cela a été très dur de tomber enceinte et de garder les bébés, j’ai fait beaucoup de fausses couches, mais une fois qu’ils sont là, bien accrochés, je sais que j’aurai un à deux ans tranquilles, sans poussée. Je pourrai me maquiller moins, sortir dans la rue et, même, me mettre un peu au soleil.
Voilà : trois enfants, presque six ans de répit et de vie « normale ».
– Mes bébés sont ma meilleure thérapie.

Jiji regarde cette femme. Il est content pour elle. Il donnerait tout pour passer une après-midi entière au soleil sans cramer comme un vampire. Même qu’il tomberait enceinte, juste comme ça, pour regarder la lumière en face. Juste comme ça.

FIN DE LA PARTIE I

La suite c’est… cette semaine !!! (Sauf si je meurs dans d’étranges circonstances et dans ce cas vous ne saurez jamais ce qui est arrivé à Jiji… Ce serait dommage…)

Le mystère des femmes, PARTIE II

20131219-072246.jpg

Photographie des sieurs Benjamin et Isidore Juveneton de Adieu et à Demain.

[…]

Madame Pêche était partie avec son noyau depuis longtemps quand l’interne et le chef reçoivent Madame Pasdebol. Derniers mois de grossesse. Son premier bébé.
Elle entre en s’appuyant sur une canne, se dandine péniblement jusqu’à la table d’examen et s’y échoue en poussant un petit cri de souffrance.
De jolies tâches de rousseur dessinent la carte de l’Australie sur ses joues. Elle connait bien son obstétricien : c’est lui qui a posé le diagnostic de sclérose en plaque.
(Si tu changes beaucoup de lettres à sclérose en plaque, ça fait : « cherche sur Google parce que Baptiste est fatigué »).
Devant elle, le chef explique à Jiji : madame Pasdebol se portait comme un charme lorsque, peu après la fin du deuxième mois, elle a ressenti des fourmis dans les jambes et a perdu le tonus de ses membres inférieurs.
Voilà : première grossesse et première poussée de sclérose en plaques.
On ne sait pas pourquoi chez certaines femmes la grossesse sera protectrice ou pourquoi, chez d’autres, elle déclenchera une pathologie auto-immune sagement endormie auparavant.
– J’ignorais c’qui me tombait dessus… D’toute façon, même si j’avais su, j’changerais rien. Je le voulais ce bébé, plus que tout au monde.
Elle sourit :
– Même maintenant, oui, même si ça veut dire qu’un jour je ne pourrai plus marcher. Je le voulais.
Posant sa main sur son ventre, elle adresse à son médecin cette phrase magnifique :
– On ne lui dira pas, hein ?

Non, on ne lui dira pas.

Et puis, que dire à cet enfant sinon qu’il se passe des choses mystérieuses dans le ventre des femmes enceintes.
Je veux dire : il se passe VRAIMENT des choses mystérieuses dans le ventre des femmes.

Comme la femme enceinte ne sait pas ce que son ventre prépare, nous ignorons quelles merveilles peuvent encore surgir du développement de la complexité cosmique.
Hubert Reeves

Voir un monde dans un grain de sable
Et un Ciel dans une Fleur sauvage
Tenir l’Infini dans la paume de la main
Et l’éternité dans une heure.

William Blake