L’enfant qui aimait sa mère.

Pour A. et S.

L’histoire c’est Docteur S., l’écriture c’est moi.

Alors voilà Madame Sapho qui vient avec son fils, Thomas, 13 ans.
Depuis quelques semaines, Thomas accumule les mauvais résultats scolaires et témoigne d’un comportement de petit merdeux.
– Qu’est-ce qui cloche, Thomas ? demande Docteur S.
– Rien.
– Tu en veux à ta mère ? Parce qu’elle a refait sa vie ?
– Non…
– Parce qu’elle vit avec une femme ?
Haussement d’épaules.
– Elle fait ce qu’elle veut.
– C’est parce que tu te poses des questions sur ton père ?
Madame Sapho ne pipe pas un mot. Il y a 13 ans, elle est partie en Belgique avec sa compagne. C’est là-bas que Thomas a été conçu.
– Parfois, c’est vrai, je me demande depuis quand j’étais congelé, dit Thomas. Peut-être que le sperme venait du moyen-âge ?
– Tu sais bien que ce n’est pas possible.
– Parce qu’il n’y avait pas de congélateur à l’époque ?
– C’est ça, oui, parce qu’il n’y avait pas de congélateur à l’époque.
[Silence]
– Tu as des questions sur le mode de vie de ta mère ? Sur la façon dont deux femmes peuvent s’aimer ?
Ce qui, en gros, revient à demander « mais comment fait maman avec maman quand les piles du vibromasseur sont à plat ? » Les docteurs ne sont pas toujours très subtils…
– Non ! Je m’en fiche, c’est ma mère, je veux qu’elle soit heureuse.
– On se moque de toi ou de ta mère à l’école ?
– Non ! Ils ne le savent pas et ça ne les regarde pas.
[Silence]
Madame Sapho détourne le regard, son corps se tord en avant de douleur rentrée.
Thomas se met à pleurer.
– Elle me manque, dit-il, ma mère me manque…
Madame Sapho attrape la main de son fils et serre.

La compagne de Madame Sapho est partie d’un cancer du sein il y a deux ans. Parfois, les meilleures explications sont aussi les plus simples, comme un ado qui déconne à plein tube parce qu’un de ses parents est mort et ne reviendra pas.

Sitôt que je vois ton visage,
ma voix se brise,
Ma langue sèche dans ma bouche,
un feu subtil court sous ma peau,
mes oreilles deviennent sourdes,
mes yeux aveugles.
Mon corps ruisselle de sueur,
un tremblement me saisit toute,
je deviens plus verte que l’herbe.
Je crois mourir…

Poème de Sapho, entre -650 et -580 avant J.C.

Vous pouvez écouter le dernier album de Carla Bruni et de Frédéric Francois… ou vous pouvez partager cet article sur Facebook/Twitter/mail, etc !

La bise à tous, c’est toujours un plaisir de vous retrouver ici +++…
Baptiste B.

Un gars dur.

L’histoire c’est J., infirmier, l’écriture c’est moi. Juste merci !
Pour raconter, c’est ICI

Alors voilà il arrive grand, cassé en deux tellement il est grand, gras aussi, un peu rouge, la voix éraillée mais douce, la peau pelée et sèche.
C’est le Père GéantVert
Un gendarme dirait « tiens, voilà un client pour nous… »
Un boucher dirait « tiens v’la l’équarrisseur ! »
J. est infirmier, il dit donc « tiens, v’la un patient. »
– Qu’est-ce qui vous amène ?
Réponse laconique :
– Mal à la main.
L’infirmier commence à dérouler le bandage de fortune que s’est confectionné Père GéantVert.
– Racontez-moi, demande J.
Nouvelle réponse toute aussi lapidaire :
– J’ai mis la main où je devais pas.
– C’est à dire ?
((((( Oui, les soignants sont chiants, ils aiment bien savoir le pourquoi du comment, ça permet de savoir quel traitement donner, pour quoi et comment…))))
– J’étais aux champs, je poussais la machine pour sillonner la terre… (Haussement d’épaules.) …et j’ai mis la main où je devais pas !
Lampion clignotant dans la tête de l’infirmier : TÉTANOS FIESTA ! TÉTANOS FIESTA ! TÉTANOS FIESTA !
– La machine était propre ?
Magnifique réponse du Père GéantVert :
– Ben oui, c’est ma terre qu’elle sillonnait !…
(Évidemment.)
– J’avais pas le temps de rentrer, je me suis occupé de la plaie en enveloppant le tout avec ma chaussette.
– Votre chaussette ?
– Ben oui, j’avais rien d’autre ! Pas de bandage, rien…
– Elle était propre, cette chaussette ?
Magnifique réponse :
– Ben non, c’était une chaussette !
(Évidemment.)
– Vous avez désinfecté, au moins ?
– Non, non, j’ai pas eu le temps de refaire le bandage…
– C’était quand ?
-Trois jours.
J. ouvre le pansement et là, savez-vous ce qu’il trouve ?
LA chaussette, celle qui est sale (parce que sinon c’est pas rigolo…)
Depuis trois jours.

Il y a des gars durs, je veux dire : il y a VRAIMENT des gars durs.

La dame qui voyait ses morts.

L’histoire c’est B., l’écriture, c’est moi. Merci !
Pour raconter votre histoire si vous êtes patient :
ICI

Alors voila Mme U., 56 ans. Elle consulte sous la pression de son mari.
On est le 26 mai.
Elle :
– Non, non je vous assure tout va bien, je ne sais pas pourquoi mon mari m’envoie. Il ne s’est rien passé, n’en parlons plus.
Son époux n’est pas du même avis : l’autre jour, il l’a surprise devant la télé en train de manger des pistaches et de parler à ses parents.
Le Hic ? Il était 2 heures du matin, le bol de pistaches était vide et ses parents sont morts quand elle avait 16 ans.
– J’ai eu un petit moment d’égarement, c’est tout. Je ne les vois plus.
Le mari secoue la tête. Hier soir, encore, elle était en pleine discussion avec sa mère décédée et s’adressait, assise dans le salon, à un canapé vide.
On est le 26 mai.
Batterie d’examens, confirmation diagnostic. Pour B., le nom d’une maladie qu’on n’oublie plus jamais, le nom que toute notre génération a entendu rabâché par les médias, sans vraiment croire que cette maladie existe.
Image bovine d’une tache blanche maculée de tache noire qui flagelle sur ses jambes avant de s’écrouler sur le côté.
On est le 26 août, fin du stage de B., Mme U. s’en va faire du poney multicolore.
26 mai —> 26 août : trois mois de calvaire.
Mme U., 56 ans, la maladie qui a terrorisé toute une génération, la maladie qui existe VRAIMENT : Creutzfeld Jacob.
La maladie de la vache folle.
Un nom bien inapproprié pour une dame qui prenait l’apéro avec les fantômes de son enfance.

Les enfants sont les symptômes des parents.
Françoise Dolto

Parfois l’inverse est vrai aussi.
BB

La femme qui voulait être heureuse (et qui avait bien raison !)

Alors voilà, elle est entrée avec son conjoint. Tous les deux s’appellent par des surnoms prout-prout, mais qui font du bien. Je préfère manger trop de sucre et avoir des boutons que de boire du vinaigre… Et la vie de couple nous transforme très vite en de jolis cornichons aigris. Donc, merci à eux !
Mamour par-ci, mamour par-là, ma douce, mon tibidi, etc.
Ils sont là, un sourire jusqu’aux oreilles, des problèmes médicaux loin d’être insolubles, même pour un bébé(otien) médecin tel que moi… Bref, c’est LA consultation parfaite !
– Qu’est-ce qui vous rend aussi heureux ?
(((((Ben oui, amis lecteurs, quand je vois des gens nager dans le bonheur, je demande comment kilfont, des fois que le mode d’emploi soit pas trop compliqué à suivre…))))
– Je change de métier, du coup je déménage et il me suit. On reprend tout à zéro.
(((((Ah ? Ce serait donc si simple le bonheur ? Une histoire de reboot ? On appuie sur le bouton reset ?))))
– Au début, ce n’était qu’une vague envie, un projet un peu fou… J’en ai parlé en riant à mon patron. Je pensais qu’il rirait aussi. Il m’a dit « Tu es trop vieille pour recommencer » alors le lendemain je lui donnais ma démission et me voilà ! Prête à tout recommencer !
Je regarde cette femme et je me dis que j’ai beaucoup de chance de faire ce travail, de rencontrer des mamours, bichettes, ma douce and co. Cette femme-là vient de me démontrer que la vie n’est faite que de retournements lumineux et solaires, que le vent gonfle d’autres voiles et que, toujours, les cartes changent de mains : l’existence est bruit, agitation, mouvement. Et quoi ! Rien n’est figé ! Les lignes bougent ! Tout est courant, circulation et rythme. La vie des Hommes ne s’arrête jamais de changer.
Je lui souhaite bon courage et elle s’en va avec son mamoureux.

Elle a 50 ans et va devenir infirmière.

J’annonce officiellement l’arrêt de ma profession de médecin : j’ai décidé de devenir ventriloque pour chèvres en Moldavie, là où tout n’est que « calme, luxe et volupté ». Amen.
(Evidemment, le contenu du blog risque de changer un peu…)
Prenez soin de vous et changez tout si vous devez changer tout pour être heureux, même (surtout) si on vous dit trop vieux pour y arriver….
(quand je dis « changez tout » je ne parle pas, évidemment, de la lecture assidue de ce merveilleux blog écrit par ce merveilleux medecin et qui commence par ces deux merveilleux mots « Alors voilà »… Ça, gardez-le. Partagez-le même sur Facebook ou par mail… Puis plaquez tout et rejoignez-moi en Moldavie !… Yala !)

Yala !
Sœur Emmanuelle.

Viens-là !
Emmanuelle (dans le fauteuil en osier…)

Oui-oui découvre le dépistage !

Pour F., un des meilleurs virus qu’on puisse attraper en matière d’amitié.

Alors voilà, l’autre jour, la nana de la station service :
– Vous prendrez de l’essence ou du diesel ?
– Ben j’en sais rien, moi.
– Votre voiture elle roule à l’essence ou au diesel ?
– Je sais pas, d’habitude je mets le truc de la pompe couleur jaune.
Elle, des yeux ronds comme des soucoupes :
– C’est du diesel, monsieur !
Après des années d’ignorance, je découvre avec stupéfaction que le truc de la pompe jaune a un nom. Ça s’appelle du diesel et, a priori, c’est très important.
[…]
Tout ça pour dire que je suis parfois un peu oublieux…
[…]
J’ai 28 ans, des nuits bien remplies (on peut tous mourir demain…) et, comme on dit « Les cordonniers sont toujours les plus mal chaussés » (sauf M. Louboutin : lui, il est pété de tunes).
Aussi quand un ami me propose de l’accompagner au CDAG (centre de dépistage anonyme et gratuit), je n’ai pas pensé que j’avais un ordonnancier à moi et que je pouvais me prescrire les examens biologiques que je désire.
Non.
J’ai pensé « Chouette, j’y suis jamais allé ! » ou plutôt ça : « Chouette, je n’y suis jamais allé POURTANT je suis médecin ! »
[…]
Allez ! Je vous emmène avec moi ! Go with Oui-Oui ! Tchou-tchou ! C’est la chenille qui redémarre ! (Précision : j’écris sous l’emprise du champagne, un peu d’indulgence s’il vous plait.)
[…]
Salle d’attente. Une fille, deux garçons. Bientôt, deux filles et trois garçons. Ça se remplit vite. On attend. Ça va, ça vient. J’ai pris un ticket. Je me mets à avoir peur, parce que même si on fait toujours très attention, on ne peut pas s’ôter de la tête l’idée que peut-être… Bref…
On se regarde et on joue à « Kiki pourrait être malade » : « 1,2,3, vive la foire aux Chlamydia ! 4,5,6, pour toi ce sera la syphilis ! 7,8,9, t’aurais pas dû jouer à faire l’hélico pendant cette teuf, 10,11,12, fallait pas mettre un pied dans cette part… Oups ! »
Comme on peut être cruel, quand on a peur !…
On attend… On attend… Mais qu’est-ce qu’il met comme temps le patient avant nous !
Échanges de regards discrets, on essaie de voir pourquoi l’autre est là, on imagine des choses. Peut-être des histoires d’amour, peut-être beaucoup plus basique. Nous sommes des animaux et, ATTENTION RÉVÉLATION (Tremblez, théorie du complot, franc-maçons et zone 51 !), comme les animaux, on boit, on mange, on défèque, on urine, on se lave et on « coït ». Parfois, on fait l’amour et là, c’est différent. Mais ça reste un besoin naturel : faire l’amour c’est comme respirer, mais on est deux (ou quatre si on a de la chance et un trèfle, treize si on est malchanceux et qu’on a ses entrées avec l’ex-patron du FMI…)
La porte s’ouvre, le médecin sort, le patient aussi. Enfin, LES patients ! Une mamie et un papi d’au moins 80 ans, la mine réjouie et leurs résultats à la main. Mamie passe devant moi, je la regarde pantois et stupide. Elle agite son papier, murmure à son vieux : « C’est négatif, mon calisson ! »
Avant, j’avais peur de vieillir, je veux dire : avant, j’avais VRAIMENT peur de vieillir (et d’arrêter de respirer à deux).

Bref, si vous n’avez rien à faire et envie de jouer à »Kiki pourrait être malade » je vous conseille d’aller vous faire dépister chez votre médecin ou dans un centre de dépistage et de ne pas oublier de vous « chausser » même si vous n’êtes pas cordonnier….
Pour vous et les personnes avec qui vous respirez.
La liste est là !
Et merci pour vos messages de félicitations pour la traduction italienne !
Je vous donne la couverture polonaise dès qu’elle est prête !

Stranger in the night, syphilis in the morning !
Gaspard Proust

C’est le printemps ! On devrait tous être en train de courir nus dans les champs et baiser plutôt que s’occuper des vieux !
Entendu pendant mon internat…

L’homme-chandelle.

7 heures, dans un couloir des Urgences.
Je déteste commencer ma journée par une tentative de suicide.
Mme Didon a avalé 14 comprimés d’une boîte, 9 d’une autre, 8 d’une troisième.
Elle s’est réveillée, deux jours plus tard, assommée par les drogues. Sa sœur la giflait en appelant les secours.
Les premiers bilans biologiques confirment notre examen : elle survivra. Le foie en vrac et contre sa volonté, mais elle survivra.
Dans son box, elle pleure en fixant le mur blanc. J’ignore ce qu’elle y voit, mais son regard s’y colle avec l’insistance d’un Velcro neuf.
J’entre :
– Je me suis ratée, dit-elle en guise de salutations.
Je lui explique qu’elle a réussi, puisqu’elle est en vie.
– Vous ne comprenez pas.
– C’est vrai, je ne comprends pas, mais je peux vous raconter une histoire.
Encore crevé par la fiesta de la veille, je prends un siège et m’affale contre le brancard comme au comptoir d’un bistrot qui s’appellerait « Au café Maxence, café de la dernière chance ».
Je lui raconte l’Histoire, la Grande, la Belle, celle que je sors à chaque fois que ma route de soignant croise celle d’un prétendant au suicide.

« J’étais en stage avec un médecin généraliste. Le docteur Octopus Quichotte. Un être exécrable, vous le détesteriez. Nous recevons M. Lazare, un patient handicapé. Son fauteuil roulant est trop imposant pour franchir l’entrée, il accède au bureau par la sortie. Examen de routine, on le déshabille. Son bras gauche est collé au thorax par de la chair. Ses deux jambes sont rétractées sur les cuisses par des brides, il les replie dans une position affreuse. Son corps est un champ de bataille tordu par les cicatrices. Partout, d’anciennes brûlures au troisième degré. L’image qui me vient ? Une bougie qui a fondu. Le feu n’a rien épargné, surtout pas la mèche de la chandelle : son visage coule, sa joue droite donne l’illusion d’une larme de cire. Pourtant, son moignon de lèvres sourit immensément. Il parle de ses projets, de ses voyages récents, de sa nouvelle compagne enceinte. Elle porte leur premier enfant. Il est fébrile à l’idée d’acheter des pots de peinture bleue ou rose. Il préfèrerait un pot rose, mais un petit garçon serait aussi un miracle.
Je regarde cet homme, marqué par le feu. Je le regarde vivre, enthousiaste et gai. Je ne comprends pas. Quelque chose m’échappe. Il quitte le cabinet. Le bon docteur Octopus Quichotte se tourne vers moi :
– Devine comment il s’est fait ça !
Ça : litote informelle pour désigner la transfiguration du corps sain en coulée de lave.
– Il y a quatre ans, il a mis de l’essence dans l’habitacle de sa voiture et a foncé contre un mur. Il voulait mourir. »

Mme Didon m’écoute.
– Quand j’ai vu cet homme, il était heureux.
Je n’ajoute rien. Je soulève mon coude du comptoir et ne paie pas ma consommation. Je recule mon tabouret et quitte le « Café Maxence, café de la dernière chance » en plantant là une serveuse aux grands yeux tristes.
Je n’ai pas grand-chose dans la vie, mais j’ai des histoires. Je rencontre des gens couchés ou en fauteuil roulant, des existences qui interrogent mon humanité. Je ne suis pas égoïste : ces questions, je les partage avec d’autres patients. Je tricote entre elles des destinées humaines.

(FAYARD© Tous droits réservés.)

Salut à tous ! Comme vous voyez, la traduction italienne est bien avancée (« La vie n’est pas grave » magnifique titre pour le roman !), pour une sortie dans quelques semaines au pays de Dante ! Suivront Japon, Espagne, Allemagne, Russie, Taïwan, Suède, Pologne, Corée, etc. (Cet aparté est pour ceux qui me suivent depuis le début et font partie de l’aventure !)
J’ai encore reçu des demandes d’éclaircissements à propos du livre.
Il s’agit d’un vrai livre avec une vraie trame narrative où j’ai intégré les meilleures anecdotes du blog et les meilleures anecdotes (selon moi) non publiées sur le blog (et donc inédites). Je vous ai donné la première page du livre, parce qu’un exemple vaut mieux qu’un long discours etc…
Le roman est disponible ici : LIVRE

Chez votre libraire ce serait mille fois mieux ! Je kiffe les libraires ! En plus, avec un peu de chance, le vôtre est un(e) grand(e) suédois(e) blond(e) célibataire qui vient de se faire larguer… (Riez pas, ça m’est arrivé !).

Une femme française.

Photo Duy Ha Min, styliste : DROOPS CREATION, artiste que je ne saurais trop vous conseiller de découvrir si vous aimez la mode et le stylisme. Ce styliste a de l’or entre les doigts !

Alors voilà, elle est entrée avec ses rides et son manteau. Elle a mis un sourire sur les premières, s’est débarrassé du deuxième.
Elle a dit bonjour et sa poignée de main était ferme, engageante.
Avant, elle a retiré son gant, doigt après doigt, comme ces femmes dans un film en noir et blanc. D’ailleurs, son foulard était comme ça : noir, blanc et serré.
Elle a reculé la chaise sans faire de bruit, s’est assise.
Je me suis senti obligé de m’excuser pour mon retard. Elle a dit « Vous avez une jolie montre, mais moi j’ai le temps. »
Le ton de sa voix était calme, posé. Elle a expliqué pourquoi elle venait et s’est laissé examiner avec une confiance totale.
Quand j’ai énoncé le plan de traitement que je souhaitais mettre en place, elle a hoché la tête :
– Essayons ça !
Puis elle a sorti son chéquier. J’ai demandé si elle avait une carte vitale.
– Oui, mais ce n’est pas la peine.
– Mais… Vous ne serez pas remboursée !
Elle a souri :
– J’ai les moyens de payer. Je préfère que les 23 euros de ma consultation aillent à quelqu’un qui ne le peut pas. C’est à ça que sert la Sécurité Sociale, non ?
– Vous êtes sûre ?
Elle a été catégorique.
(J’ai mis des majuscules à Sécurité Sociale : à sa façon de le prononcer, ça avait l’air d’être quelque chose d’important pour elle.)
Entre nous, je dois vous confier quelque chose : j’ai pensé très fort que c’était une caméra cachée ou un poisson d’avril (quand tu les fais en février, tu attrapes beaucoup plus de monde…).
Elle s’est levée, m’a serré la main, a remis ses gants, lissant l’espace entre ses doigts l’un après l’autre, a rapproché la chaise du bureau -sans faire de bruit.
Il y a, dans toute véritable élégance, une autorité naturelle évidente : je lui ai remis son manteau. Je ne me suis pas dit que j’avais l’air d’un serveur du Fouquet’s en train de rhabiller Nadine de Rothschild.
Ça m’a paru… normal.

La suite ?
Elle est partie en disant merci.
La classe existe encore, je veux dire : la classe existe encore vraiment.

La véritable élégance consiste à ne pas se faire remarquer.
George Brummell

Nota : je serai à Bordeaux à la librairie Mollat (avoir Mollat pour son premier roman, c’est comme être baptisé à Saint Pierre de Rome !) à 18 h ce jeudi 20 février pour une rencontre/conférence/dédicace autour de mon LIVRE !
La bise…

Mais où est Charlie ? DTC ! (Épisode 2)

« Les choses qui ne se font pas (ou mal) », épisode I.

[ VOUS ARRIVEZ À LA FIN DE L’HISTOIRE, LE DÉBUT C’ÉTAIT JUSTE AVANT (EN DESSOUS) ]

Bis repetita : il y a des choses qui ne se font pas. On a tous été jeune.
Personnellement, je n’ai rien contre les tampons hygiéniques (1), mais s’enfoncer un, deux puis trois tampons hygiéniques imbibés de vodka dans les fesses pour que l’alcool traverse la muqueuse et fasse planer plus vite, ça, mesdames et messieurs, c’est une chose que même dans les pires recoins torturés de ma psyché je n’aurais pu imaginer. Et dieu sait que, comme tout le monde, j’ai mon lot de névroses et de débordements. Mais ça, non, vraiment, ça ne se fait pas.
Il faut surveiller nos gosses : parfois, ils sont VRAIMENT effrayants.
Si vous ne me croyez pas, levez-vous, allez sagement voir votre ado avachi sur le sofa devant « Les Anges de la télé réalité SAISON 16 » et demandez lui ce que signifie le titre du post d’aujourd’hui et, plus particulièrement, le « DTC » posé en exergue.
Alors ? N’ai-je pas raison ?

(1) : petit message à l’attention des gens déprimés. Je crois que si on m’avait dit, il y a trois ans, que j’écrirais cette phrase surréaliste  » Personnellement, je n’ai rien contre les tampons hygiéniques » et qu’elle serait lue par des milliers de personnes, j’aurais éclaté de rire. MORALITÉ : personne ne devrait être sûr de ce que lui réserve la vie jusqu’à la dernière seconde du dernier jour de son existence. Personne.
Prenez soin de vous, toujours.
BB.

« La jeunesse montre l’homme comme le matin montre le jour. »
John Milton
Extrait de Paradis retrouvé

« Si l’on veut retrouver sa jeunesse, il suffit d’en répéter les erreurs. »
Oscar Wilde

Qu’importe le tampon, pourvu qu’on ait l’ivresse !
Daniele

Mais où est Charlie ? DTC ! (Épisode 1)

Photo : Le génialissime site : Laissez Parler Les Petits Papiers

Dans la série : « Les choses qui ne se font pas (ou mal) », épisode I.

L’histoire (pour une fois soumise à caution car cela me parait hautement improbable, plutôt une légende urbaine qu’une réalité hospitalière…) c’est François, l’écriture c’est moi !

Alors voilà Charlie, vous savez, Charlie des livres « Mais où est Charlie ? », le petit bonhomme habillé avec un pantalon bleu et un bonnet rouge. Charlie est un peu con-con : il est toujours perdu au milieu d’une foule et le but du jeu est de le retrouver le plus vite possible.
La dernière fois, je gardais ma nièce.
6 ans, la peau très noire, les dents tres blanches et tellement d’énergie qu’on croirait un oréo monté sur transistor et lâché du haut d’une pente.
J’étais un peu fatigué de lui courir après. Alors j’ai pris une photo de « Mais où est Charlie ? », j’ai supprimé Charlie avec Photoshop et je lui ai donné :
– Tiens ma chérie, cherche.
Elle a cherché… pendant LONGTEMPS. J’étais, enfin, tranquille.
Ça ne se fait pas. Il y a plein de choses qui ne se font pas.
Exemple :
Quand Jackie arrive aux urgences complètement ivre, on peut mettre son ivresse sur le compte de l’adolescence. On a tous été jeune.
L’interne François :
– Tu as bu quoi ?
– Rien du tout ! répond Jackie en hoquetant.
– Tu as quand même 2 g à la prise de sang !
– C’est pas que j’ai beaucoup bu, c’est que mon pote il m’a dit de faire un truc pour que ça monte plus vite.
– Faire quoi ?
Le jeune se tortille.
– C’est un peu gênant…
– Dis-moi.
– Zêtes sûr ? Le dites pas à mes parents, c’est trop la honte !

[…]

LA SUITE (INCROYABLE) CETTE SEMAINE !

PS : je serai à Bordeaux chez Mollat le jeudi 20 février à 18 heures. Le salon du LIVRE de Paris et d’Arcachon m’ouvrent leurs portes, je vous tiens au courant…
PS 2 : les traductions du LIVRE à l’étranger avancent, l’Italie ouvre le bal pour une sortie très bientôt !

Memento Mori

L’histoire c’est Docteur O., l’écriture c’est moi. Juste merci !

Alors voilà, Docteur O. est entré dans la chambre de ce patient. Il ne se souvient plus de son nom. Juste une chose : d’habitude, dans cette chambre, on rit. Une manière comme une autre pour le patient d’éloigner la maladie. C’est potache, ça ne vole pas haut, mais on se marre bien.
Là, le malade est blême. Il accueille Docteur O. en désignant la fenêtre :
– Il y avait un moucheron. Il s’est empêtré dans une toile. Je l’ai regardé, il s’agitait en tout sens et plus il s’agitait, plus il s’empêtrait. À 14 heures 31 minutes, il a cessé de se débattre. Je pense qu’il est mort, mais il est trop petit pour qu’on voie ses yeux.
Le patient parlait encore et encore. Il était intarissable sur les soubresauts de la bête. Sans méchanceté ou attrait morbide, non. Juste une sorte de curiosité naturaliste.
Il y avait quelque chose, dans ce moucheron en train de mourir. Ça lui a paru important. Suffisamment pour qu’il note l’heure de sa mort, suffisamment pour qu’il en parle…
Quand Docteur O. a pu en placer une, il lui a annoncé les très, très, très bons résultats de ses analyses. L’homme allongé a paru immensément soulagé et a arrêté de parler de la lente agonie qui s’était jouée au bord de sa fenêtre.
Docteur O. se souvient distinctement de la scène. D’abord à cause de cette histoire de moucheron, en plein bal mortifère, ensuite parce que ce n’est pas si fréquent d’annoncer de bonnes nouvelles.
Après, ils ont parlé de tout et de rien, le doc avait assez de temps pour en perdre un peu. Puis ils ont fait comme d’habitude, ils ont vraiment ri.
Mais c’était différent :  » je crois que lui et moi on pensait à la pauvre bête. Enfin, lui seulement. Moi, je pensais à mon patient et à ce qu’il avait bien pu voir dans cet insecte. Avant que j’amène la bonne nouvelle sur un plateau. »

« Memento mori »
Locution latine.

« YOLO ! »
La même chose, mais chez les jeunes.

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