Celui qui achetait du beurre.

J’ai reçu ce petit message de la part d’une soignante sur la dure réalité du métier, elle disait je cite « le système est injuste avec nous, on nous presse comme des citrons et je suis invivable chez moi, surtout lorsque je rentre et que ma famille me sollicite… j’ai envie de me cacher dans ma bulle seule, mais cela reste difficile à comprendre pour mes petits mecs. J’ai honte d’infliger mon mal-être à ma famille ! »

Ce message m’a touché parce que je m’y suis reconnu.

Car enfin quand je reçois une femme victime de violences conjugales, que je sais être victime de violence je veux dire, que je dois retirer les agrafes sur son crâne, que son mari attend en salle d’attente, que pensez-vous qu’on ressent ?

Eh bien une immense, une insupportable fatigue.

Que faire ?

Aller en salle d’attente casser la gueule du mari ? Non.

D’abord il est grand et je suis lâche.

Ensuite, et SURTOUT, ça rendrait la vie de cette femme beaucoup plus compliquée.

Alors après l’avoir invitée à porter plainte de toutes ses forces, toi tu es là, avec ta fatigue du monde, tu as mal à la tête et à l’univers tout entier, tu rentres chez toi, oh oui tu as hâte de rentrer chez toi, mais comme tous les soirs un type s’est garé devant l’entrée de ton parking, comme tous les soirs un type s’est garé là pour aller faire ses courses au Monoprix juste à côté. Et toi tu attends. Avec cette fatigue, et ce sentiment d’injustice et là, dans ta voiture, doucement, ça se transforme en colère. Ça gonfle. Alors un jour, après la énième injustice accompagnée au travail et qui te colle à la peau, la énième agrafée enlevée d’un front, tu descends de voiture et tu vas dans le Monoprix et tu achètes du Beurre, Lesieur 125 grammes. Et tu te retrouves à écrire sur la voiture du type mal garé, ce pauvre type qui prend pour tous les autres pauvres types, pour toutes les injustices, tu te retrouves à écrire : « CECI N’EST PAS UNE PLACE DE PARKING ! ». Mais comme t’es nul en cuisine, et que tu es très très fatigué et très très en colère, tu n’as pas assez de beurre, parce que tu appuies trop fort, parce que c’est le seul endroit où tu peux écraser ton poing, alors le type à la voiture mal garée découvre, écrit sur sa caisse, ce sibyllin message que n’aurait pas renié Magritte « CECI N’EST PAS » ce qui ne veut rien dire, on est d’accord. Et tu surprends tes voisins qui te regardent faire par la fenêtre, avec tes doigts plein de beurre, et tu entends ton voisin dire à sa femme :

« Mais si, mais si, Brigitte, je t’assure, c’est le médecin bienveillant qui écrit des romans et passe sur France Inter ! »

Alors que faire pour éviter que la fatigue se change en colère ?

Acheter du Lesieur en barrette de 250 grammes ?

[L’intégralité de ces chroniques est à retrouver sur le site de France Inter, ICI]

26 réflexions sur « Celui qui achetait du beurre. »

  1. Lorraine

    Par rapport à un autre débat sur les vaccins où on vous accusez d’avoir des actions de laboratoires pharmaceutique , ( attention, c’est de l’humourrrr) je dirai que vous avez des actions chez Lesieur car à chaque fois que vous êtes de mauvaise humeur vous acheté un pot de beurre pour écrire…
    Heu ce serait pas plus simple d’avoir des actions chez Bic et d’ecrire sur du papier

  2. marquis de Gothie ....

    Je comprends que les journées des soignants soient longues et fatigantes.. Oui je comprends que le cumul de toutes ces journées amènent à être à bout…. et à cela l’on ajoute les râleurs, les levés du pied gauche, les jamais contents, les mals garés et autres.. Oui je comprends qu’au bout d’un moment les réactions peuvent être surprenantes…. Et là je comprends également les forces de l’ordre qui ce font “tabasser” par les profiteurs des gilets jaunes et réagissent violemment.. oui ils ont ont marre aussi d’être au bout du compte les “soignés”…..

  3. Linky

    Expliquez aux victimes de violences conjugales qu’il existe tout un dispositif qui leur permet de fuir en sécurité. Elle doivent se rendre à l’asso la plus proche ou voir une assistante sociale pour accéder à un hébergement d’urgence où elle pourront prendre le temps de se refaire une situation en sécurité et loin du danger. Elles y seront accompagnées dans les demarches juridiques, la recherche d’un emploi et d’un logement. Listez une bonne fois pour toutes les assos de soutien aux viçtimes de violences du département ou de la région et notez sur un post it un ou deux numéros que les patientes contacteront après avoir été rassurées par vos explications. Sinon prévenez le commissariat afin de faire verbaliser l’intrus. C’est plus dissuasif que tenter de communiquer avec un sans gêne sans scrupules

    1. rga

      idioties..ce sont des personnes en grandes peurs… je n’ai jamais vu la moindre compassion envers ces personnes, et surtout pas de celles pour qui le malheur est un gagne-pain. A ôter le malheur et la misère, on se retrouverait vite au chômage.

      je ne parle pas de mon toubib de prédilection, évidemment, ni de tout ceux qui se battent au front. Disons que la sachante ” qui vient de recommander aux SDF de rester chez eux par grands froids, c’est un peu plus qu’un lapsus. un jône gillais

      1. Fred

        Éviter de se fatiguer ,je sais,c’est dur de refuser du monde,de paraître insensible…Comme je suis incapable de dire non,j’ai une secrétaire qui dit non à ma place,et un cabinet à double entrée ( pour sortir sans passer par la salle d’attente,mais aussi pour éviter d’être bloqué).A mes débuts,je me sentais harcelé par ma famille dès que je rentrais chez moi.j’ai même dit à ma femme que je commençais à comprendre les gens qui allaient au bistrot avant de rentrer chez eux.Puis on a trouvé une solution,grâce à un minuteur de cuisine: quand je rentrais,pendant une demi-heure,on ne me sollicitais pas,après c’était champ libre.
        Trouvé chez Dolto cette stratégie qu’elle utilisait: en rentrant chez elle elle disait : aujourd’hui c’est maman ourse ou : aujourd’hui c’est maman tigre.
        Une copine infirmier avait une famille très demandeuse,dont elle était le pilier. Comme c’était aussi une grosse bosseuse,je lui demandai comment elle faisait pour tenir.Réponse: tous les matins je m’enferme une heure et demie dans la salle de bain avec de la musique et là ils savent que même s’ils se cassent les deux bras,je ne sortirai pas.
        Pour ce qui est des femmes battues,et de toutes les situations de détresse: à nous de tendre la bouée. Si elle n’est pas prise,c’est que ce n’est pas le moment….
        Proverbe Persan : l’homme vertueux est comme l’arbre de santal qui parfume la hache qui l’abat.
        Ma maman,elle,n’achetait pas de beurre ( ça fond trop vite à Marseille) mais elle arrachait les essuie-glaces de toutes les voitures en stationnement gênant.

  4. Emmanuelle

    Merci ! Ca m’a fait rire… et rappelé des choses 🙂
    Le PQ, cela-dit, c’est plus sûr, ça tient bien, surtout quand il pleut, et au moins, avec les packs de 6 rouleaux, on est sûr de pas manquer…

    Courage !

    1. Da Costa Claudine

      Moi, j’y aurais mis en plus du PCul, une bonne dose de Conveen et Cérat de Gallien, des crèmes qui sont bien grasses et qui attachent la peinture du véhicule et en plus de la glue dans les serrures avec un gros kiki rose Voilà et tout ceci dans le calme et la sérénité

  5. Christine

    Je crois que beaucoup en ont marre. L aide soignant en a marre de la pénibilité de sa fonction, le malade âgé en a marre de l aide soignant qui en a marre ( quand le malade âgé peux encore se plaindre sinon il peux devenir le souffre douleur du soignant qui en a marre). La cadre de santé qui en a marre des remontées des familles qui en ont marre de constater des maltraitantes car cela va générer des arrêts de travail, des grèves, donc le recours à des intérimaires sinon le soignant excercera son droit de retrait, le médecin qui en a marre des recriminations car avec ses études il considère n être pas assez payé par rapport au salaire d un aide soignant, le chef de service qui en a marre des familles qui se plaignent car son égo ne lui permet pas d entendre des plaintes, le directeur/trice qui en a marre des plaintes des familles, des arrêts maladies et des grèves car tout cela va avoir des répercussions sur son évolution de carrière et ça il/elle ne le supporte pas (encore un ego démesuré). Il faudrait lui envoyer les policiers qui en ont marre.

  6. COURET

    Avoir un feutre dans la poche (il y en a avec différence sortes d’encre), c’est plus simple que d’aller acheter du beurre ou aitre chose au MONOPRIX….

    Check here to Subbscribe for new posts, en français ça s’écrit comment?

  7. bluetit

    milles merci pour m avoir fait rire
    j ai eu aussi de ces envies stupides qui nous passe par la tête
    mais celle ci non pur beurre pas encore
    gardez le beurre pour les tartes et achetez un puching ball
    bonne soirée
    bisous

  8. Anonyme d'internet, en colère teintée de fatigue mais debout

    Si tous les gens de bonnes volontés pouvaient arrêter de donner des conseils “pragmatiques” ou “de bon sens” à des gens qui expriment leur colère, leur découragement, leur épuisement, franchement, on s’en porterait mieux. Croyez-moi, Dr Beaulieu (Baptiste ? je ne sais pas quel mode d’adresse lui convient le mieux, mes respects et sympathies en tous cas) a probablement pensé à la salle de sport, au punching ball, au post it avec les numéros à donner aux femmes victimes de violences. Si c’était simple, si c’était un problème logistique, il l’aurait déjà réglé. Il exprime ici son humanité, sa vulnérabilité, ses émotions. S’il vous plaît, réfléchissez à en faire de même avant de donner des conseils. Ou à la limite partagez des choses qui ont marché POUR VOUS sans partir du principe que ça marchera aussi pour les autres.

    1. Huppe Faciés

      Oui,nul doute qu’il ne peut agir qu’avec ce qu’il peut il en fait beaucoup!merci de la justesse de votre réponse.c’est rigolo quand même d’avoir pensé au beurre! 🙂

  9. Doc of the Bay

    Petite histoire: généraliste, donc débordé-c’est un pléonasme- je suis assailli par les demandes urgentes et presque quotidiennes d’une dame qui aurait pu être ma grand-mère. Elle vient de perdre son mari est multiple les symptômes dont des thoracodynies qui me pousse à lui faire un ECG. La patiente m’agresse alors, me reprochant cet examen inutile parce que normal. Et là, je “pète un câble” ( celui déjà tellement tendu par tous les autres) et l’engueule.. Je passe un mauvaise nuit à me reprocher cette colère inélégante contre cette innocente veuve. J’ai honte. Quelques jours plus tard, téléphone de sa fille qui me dit: ” Qu’avez-vous fait à ma mère ? Elle est revenu de chez vous, a claqué la porte et depuis s’est remise à manger et a retrouvé toute son autonomie. Merci docteur !” La vieille dame, guérie, m’est restée fidèle mais prenait soin depuis lors de poser sur mon bureau une barre de chocolat en préambule à nos entretiens.. Saine colère et entorses culinaires font parfois bon ménage..Baptise je te mets une plaque de choc de côté si des fois ton automobiliste oubliait de t’en faire cadeau..

        1. Emmanuelle

          Ha oui, ça, quand numérobis est sortie de néonat, j’ai dû faire prendre 1kg à chaque membre de l’équipe, je pense… mais mon généraliste, jamais pensé… quelle bécasse ! M’en vais réparer ça le prochain coup !

  10. faribole

    ça doit être la saison des câbles qui pètent… Comme je désespère de faire venir le plombier (il ne répond plus aux messages, débordé qu’il est), … je lui ai écrit un poème… Du coup ça vient égayer un peu ma journée…

  11. Cath

    En lisant le billet, j’ai repensé à la séquence des « Intouchables » où Omar Sy coince le type qui se gare toujours devant la porte cochère , devant le panneau d’interdiction de stationner… c’était jouissif et nous étions tous « vengés ». Pas de violence, il explique fermement à l’indélicat que le panneau interdiction de se garer n’est pas une déco de Noël.
    Bon, moi, je n’ai pas de supermarché proche, et je refuse de gâcher du beurre. Par contre, je crois me souvenir que tu avais recueilli un matou. Alors, tu récupères les crottes du chat dans la caisse avec un petit sac, et tu tartines le pare-brise de l’indélicat récidiviste (sans te salir les mains’ et pas besoin d’écrire, tu peins en vrac). Effet garanti et compréhension accélérée du message, crois-en mon expérience.
    Pour la femme qui subit les sévices du conjoint, alors que celui-ci est dans la salle d’attente : je me demande ce qu’il y fait. J’irais bien lui offrir une boisson, additionnée de laxatif. Est-ce légal ? Peut-être pas. Mais ce n’est pas légal non plus de tabasser . On peut toujours expliquer qu’on a malencontreusement confondu sucre et dragées laxatives sous le coup du stress au regard de la situation de la patiente. Là, je sais que je ne suis pas de bon conseil, mais j’aimerais bien te faire sourire. Un petit peu.

  12. Nouille

    ça se peut aussi que le chauffeur de la voiture garée devant ta place de parking achetait du beurre car une enième personne était garée aussi devant sa place de parking …
    alors j’espère juste que ce genre de personnage aura un jour une diarrhée foudroyante, bloquée dans les embouteillages, avec une crise d’éternuements

  13. Tijac

    En dernière année d’ études de médecine, une BMW s’était garée derrière ma voiture et celle d’un autre étudiant et nous empêchait de sortir. Après 1/2 heure d’attente, j’ai commencé à dégonfler un pneu avant de la BMW, l’autre étudiant (très énervé lui aussi) a fait la même chose de l’autre côté de la voiture….bien évidemment le propriétaire est arrivé (enfin!!!) pile à ce moment……………..

  14. Korinn

    un petit bout de papier, propre et élégant, sur lequel est écrit un texte bien poli , joliment tourné …
    à la limite vieille France , sans être ampoulé, surtout pas moqueur ! et qui rappelle à l’indélicat ses devoirs…
    formule de politesse
    une belle signature (illisible of course)

    Et tu colles le haut avec de la colle scotch sur le pare-brise* 🙂 🙂 🙂 🙂 🙂
    quand le type arrive et veut ôter le papier qui se déchire…
    et que le haut de la feuille reste collé ….

    la satisfaction vient de ton imagination (débordante) qui le voit le week-end en train d’essayer de retirer le reste de papier

    j’en avais tout un stock quand j’habitais en face d’un PMU
    * (surtout) pas dans l’aire de visibilité

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