La femme qui n’avait jamais vu d’hommes heureux.

Témoignage PERSONNEL (notez les majuscules) donc unique, j’insiste encore, et ne valant QUE pour elle. Il nous vient de I., merci à elle. Les commentaires irrespectueux iront à la poubelle (si, si, je vous assure ne me tentez pas !). Je le pose ici car il a sa place dans mon petit catalogue d’humanité. Je n’ai pas d’avis sur la question et si j’en avais un soyez sûr qu’ils serait en tout point parfaitement politiquement correct.




Alors voilà, elle s’est assise en face de moi et elle a dit :

<< Docteur, je vous ai écrit un texte, parce que c’est plus facile.>> 

Elle me tend un papier, et je lis :

<< Avant, j’étais une pute. J’aime ce mot, pute ; on lui enlève souvent ses lettres de noblesse mais pour moi pute c’est un métier, un art et une nécessité dans notre société.

Huit ans que je n’ai pas mis ma blouse de pute. Que je ne choisis plus mes dessous avec un sérieux redoutable. Que je n’inspecte plus mon corps comme un outil de précision. Que je ne me farde plus de mon sourire de miss France. Bref 8 ans que je ne rends plus service à ces messieurs.

Ces messieurs : mon travail, mon amour, ma crainte et ma détestation. Je les ai plus aimés que je ne les ai détestés. Certains bons, certains lâches, certains dangereux, certains nauséabonds. La société dans mon lit. Un panel représentatif, sous moi et sur moi.

J’ai eu de tout, du très jeune au très vieux. De l’Apollon à l’handicapé grabataire. Je n’acceptais pas tout et tout le monde, je pouvais choisir ma clientèle. J’étais ma petite entreprise et toutes les filles peuvent pas en dire autant… Seule, j’étais seule. Aux commandes de mon corps, d’abord, et seule devant leur bite ensuite. J’aime aussi ce mot bite. Quand on veut le rendre noble on dit pénis. Moi la bite elle me fait penser a une taupe quand elle dort. C’est complexe, une bite. Peut-être même plus qu’un vagin et sa vulve. J’aime aussi ce mot vulve. Vulve. Celui-là, il me fait rire. Je l’aime vraiment bien. Je ne suis pas là pour partager mes goûts sémantiques. Je vous dis cela parce que je crois que si on change quelque lettres à pute ça peut faire << doctoresse ou super-héro du cul >>. Glorifierai-je ce métier pour me déculpabiliser ? Pour accepter le fait d’avoir vendu mon corps, mon temps et mon écoute ? Certainement.

Mais d’un autre côté, je pense sincèrement que j’ai préservé quelques femmes de se faire violer dans un coin sombre d’un parc, préservé quelques femmes mariées de se sentir obligées d’accepter en elle leur homme après une journée harassante ou simplement quand le plaisir n’était plus au rendez-vous. 

J’ai sauvé des hommes face à leurs doutes d’eux-même, de leur dégoût face à leur corps (beaucoup d’homme détestent leur corps, mais on n’en parle pas, on dit qu’il n’y a que les femmes pour ça). Je les ai sauvés de leur honte face à leurs désirs, de leur colère fâce aux femmes.

Médiatrice entre leur ÇA et le SURMOI de la société. J’essayais au mieux de panser leurs plaies et guérir leurs bobos.

Comme vous, je pense, j’ai dû comprendre, toucher, laver et écouter leur corps. Entendre, analyser, deviner et accepter leurs pensées.

J’aimais ce travail, différent chaque jour, parsemé deci-delà de quelques habitués auxquel on s’attache, mais qui, au fond, nous désespère quelque peu.

Je me sentais utile aux autres. J’aimais donner un peu de tendresse à ce monde brutal. 

Mais parfois je voulais qu’ils disparaissent, que ce flot de misère humaine cesse de se répandre sur mes draps, qu’ils aillent les vivre ailleurs leurs problèmes ; je ne voulais plus les voir ni les approcher. Envoyer tout valdinguer et élever des chèvres dans les Galápagos (je sais y en a pas là-bas, mais d’ou l’idée de génie !).

Pourtant, finalement, le matin au réveil, je savais que ma journée n’allait pas être vaine. J’allais sauver, apaiser, écouter quelqu’un.

Parce que soyons honnête, ça peut AUSSI être dur d’être un homme dans ce monde. J’aimerais que les gens comprennent un tout petit peu que les Putes ne sont peut-être pas parfaites, ni parfaits, mais ils ont à charge un pans de la société qui souffre. Voilà, c’était mon histoire. >>

Je replie le papier, lève la tête. La Dame en face de moi me regarde faire, prend une longue inspiration, puis elle lâche :  

<< Je n’ai jamais croisé de clients heureux. >>

162 réflexions au sujet de « La femme qui n’avait jamais vu d’hommes heureux. »

  1. Le Norcy

    Merci. Ces mots sont lourds de sens, mais c’est aussi rappeler que les hommes sont des femmes comme les autres. Que nous avons tous nos faiblesses.
    Témoignages à la fois triste et tendre.
    Bisous papillon, pour Bibi qu’il soit un homme heureux.

  2. DOMINIQUE

    Je ne risque pas d’être désobligeante à son égard, à LEUR égard. Une amie, pute aussi, a fait un scandale au centre des impôts parce qu’un employé avait mis “infirmière” dans la case profession. Elle voulait que soit écrit noir sur blanc “prostituée”. Or, cette profession n’existe pas pour notre chère administration. Ils ont cédé, avec leurs moyens “massage et soins du corps”.
    Et je peux vous dire qu’elle a combattu avec fermeté et courage son cancer du sein, de l’ablation à la reconstruction en passant par la chimio. Tout en me racontant comment elle faisait pour dissimuler à ses clients l’absence d’un sein… Maintenant elle va mieux, pense à la retraite, une retraite vaillante aussi, je pense.

  3. Rainette

    Oh comme cette lettre est touchante et combien la vision de ce “plus vieux métier du monde” me semble juste. Il n’y a que la professionnelle attentive et dévouée (il y en a dans tous les métiers) qui sache aligner ces pensées. Celle dont ce métier a été un choix.
    Vais-je dire que c’est une belle personne ?
    Et pourquoi pas !!!!
    Amicalement à toi et à elle.

  4. Myriam FdF

    Certaines petites réflexions portent à sourire (une taupe endormie ?! ) mais tout ce texte est d’une infinie tristesse… enfin, je le ressens comme ça. Il est aussi rempli de courage, beaucoup de courage : déjà, pour exercer, ensuite en parler et enfin assumer. Chapeau bas devant cette dame.

  5. Perrine

    Le plus important dans la vie c’est d’aimer çe qu’on fait, qu’importe ce que les autres peuvent en penser. Et si son métier apporte du bonheur, c’est encore plus honorable. Et beau aussi.
    Par contre, le coup de la taupe me laisse perplexe… Va falloir que j’étudie ca de plus près… Manque de chance, je n’ai pas de taupe sous la main pour faire une vraie étude comparative…

  6. Fabymary POPPINS

    Merci pour cette lettre qui est touchante et je ne risque pas de faire de comms irrespectueux, car j’en fais jamais, je respecte trop l’humain pour ça et j’ai un profond respect pour ces femmes qui n’ont pas la vie facile, quel que soit le chemin qui les a amenées à ce métier, car c’en est un, elles doivent être respectées et surtout pas jugées. Et en effet comme elle le dit elles sont aussi psys, amies, amantes, confidentes et pansent les plaies de l’âme de plus de gens surement que l’on imagine, alors madame, chapeau bas, vous êtes une femme droite et fière, et ne changez pas. Merci Baptiste pour ce témoignage

  7. Soulalune

    Merci pour cette belle lettre ..
    Et bravo pour ta résolution à virer les commentaires agressifs/irrespectueux , nous y gagnerons tous du temps et de l’énergie !
    Des grosses bises Baptiste ♡

    1. Baptiste Beaulieu

      J’ai vraiment hésité à le poster. Mais je l’ai fait car c est un ressenti brut, un temoignage brut. Je voulais rien toucher. Pas couper. Pas retrancher. Apres, oui je suis gêné par certaines choses. Très. Donc n’hésitez pas à commenter !!! Quand je disais que je couperai je parlais des commentaires haineux envers les travailleurs travailleuses du sexe….

      1. Marie

        Bonjour,

        Je n’ai aucune haine envers les putes comme elle dit.
        Seulement, expliquer que sa fonction évite à certaines femmes d’être violées, c’est assez dur à entendre pour les femmes.
        Comme si les violeurs potentiels dont elle parle ont besoin d’un remède, d’une attention. De se vider quelque part. Pas de se contrôler.
        On se focalise un peu trop sur le bien-être de ces gens à la morale médiocre, on oublie que les femmes, les principales intéressées, ont des droits.
        Comme si je disais que j’allais voir un gigolo pour éviter de violer mon conjoint épuisé par le travail, le soir. C’est d’une dureté inouïe.

        Ce qui me pose problème dans la prostitution, n’est pas de vendre son corps, mais de se donner le droit d’acheter le corps des autres, le corps des femmes.
        Consentir à un rapport tarifé n’est pas le désirer.
        La quasi-totalité de la clientèle est masculine, et les prostituées sont majoritairement femmes et trans. Très peu d’hommes, et parmi ceux-là, beaucoup reçoivent des clients homosexuels.

        Le mal dans le fait d’acheter le corps d’une femme, c’est qu’on s’imagine pouvoir acheter n’importe quelle femme…! Personne n’est et ne doit être à vendre.
        Que celle qui n’a jamais été traitée de pute ou reçu une proposition d’un homme qui voulait se la payer lève la main.

        Je comprends le témoignage de cette femme, mais sa façon d’envisager certains aspects de son métier me met très mal à l’aise.

        J’espère que vous comprenez.

        1. Laudela

          j’ai tendance à la polémique donc ma réponse va peut être faire bondir. au vu de la longévité de ce travail, au vu de sa présence partout dans le monde, dans le plus petit recoin de cette fichue planète, au vu de nombreux récits de “putes” concordants, ne pourrait on pas à un moment arrêter de dire que les hommes doivent se controler et chercher plutot la cause de ce besoin en pemanence de sexe pour certains? Parce qu’ils ne sont pas tous comme ca, les hommes, on est bien d’accord, ils ne sont pas tous dépendants de l’acte sexuel, il y en a même qui ne sont pas super motivés (sisi c’est possible). Donc au lieu de toujours traiter ces clients comme des sous hommes, ne faudrait il pas entendre ce qu’ils disent? Pour trouver une solution qui convient aux deux parties ?
          Et pour ce qui concerne la coté tarifé de cet acte sexuel , la femme mariée qui ne travaille pas et qui attends son mari jambes ouvertes est donc aussi une prostituée, factuellement..
          Bref, moi je remercie cette femme, parce que oui, malheureusement, dans la société dans laquelle nous vivons, il y a des hommes qui n’ont pas accès au sexe (moche, handicapé, pauvre, choisissez) d’autres qui ont été élevés dans une famille où le sexe est tabou et sale, et d’autres qui ont de vrais soucis mentaux. Elle devrait être considérée comme une experte et on devrait pouvoir l’inviter à des colloques sur la sexualité/sexologie. Parce que contrairement aux femmes lambda, elle sait de quoi elle parle.

  8. Chloé

    Bonjour, personnellement je trouve ce texte assez dérangeant, dans la mesure où est livré “brut de brut” ce qu’elle pense…et je ne sais pas quoi en penser, parce qu’il me semble qu’il serait difficile de penser sans juger, or je ne connais pas son métier en terme de vécu.
    C’est sûrement ça qui est intéressant dans ce post : nous y est transmis UN vécu personnel.
    Il y a sûrement plusieurs niveaux de lecture à son mot, j’imagine que ça vaut le coup de le lire plusieurs fois.

    Je bute sur le passage où elle explique qu’elle pense sincèrement avoir permis à des femmes d’éviter le viol ou à des “femmes mariées obligées d’accepter en elle leur homme”, et (que cela corresponde à une réalité ou non, quoi qu’il en soit ça correspond à sa réalité) je me dis qu’il y a encore du “boulot” sur la relation homme-femme…

    Et plus bêtement j’ai buté sur sa tournure de “si on change quelques lettres à pute”, toi qui adore caser cette ritournelle dans tes posts ; c’est à se demander si elle ne sait pas à qui elle a à faire ! (Ou alors c’est la dernière tournure à la mode et je ne suis pas au courant)

    1. Herve CRUCHANT

      Chloé… je sens un petit regret que cette pute soit si normalement humaine, qu’elle n’emploie pas les artifices cosmétiques de la langue et du style pour s’exprimer. Je trouve, au contraire, qu’elle est bien dans le monde; notre monde. Et puis cette manière enfin tranquille te organique de différencier vagin et vulve, par exemple. Cette pudeur de parler d’elle sans s’avachir dans la technique ou la délation. Finalement de nous parler de nous tous et toutes dans ce que nous avons de plus naturel : le sexe. Et aussi de partager l’immense angoisse de notre conscience d’être. Mais, ce naturel -qu’elle écrit, qu’elle ne dit pas, c’est un signe- est parsemé de “si j’ai évité” et de “rendre service”, etc. Une pute qui aurait de la dignité et un cœur grand comme çà, çà peut choquer les principes de certains et leur idées du “putement-correct”. Tant mieux. J’irais bien faire le tapin avec elle. Pas pour la prostitution, pour la tchatche. J’ai toujours aimé rire et blaguer avec celles qui veulent bien. Çà évite de saluer les notables qui violent leur soubrette-esclave étrangère dans leurs antichambre de voleurs de vie. (çà, je crains que le Patron le vire à la poubelle, c’est vraiment indicible, non, Chloé?).

  9. Gisèle

    Mais c’est magnifique et trés triste. Comment pourrait-on être irrespectueux de l’humanité de cette femme?
    Merci Baptiste de vos histoires.

  10. marie

    chaque mot de cette histoire est juste, clairvoyant, tout y est vrai…. dans l’échelle de mes valeurs les putes et les gardiens de prisons aussi sont des métiers indispensables à la paix sociale tant que l”on n’aura pas atteint un niveau d’évolution pour qu’ils n’existent plus….hautement respectables , plus que les ministres, conseillers en tous ce qu’on voudra, coachs tout univers, salle de sport ,intello du ça et du moi. Ils sont les fantassins aux pieds nus, en première ligne face au désespoir qui ne dit pas son nom. En prise direct avec la vraie misère, la lie diront certains… alors qu’il ne suffirait de parler qu’au coeur .
    j’aime pa

    1. marie

      j’aime pas, j’aime vraiment pas entendre sale pute ou enculé de maton bon ceci dit mon insulte à moi c’est salop de banquier (grand pourvoyeur de mal a travers le monde!!!!!!!!) chacun son fantasme insultatique . Lisez Brigitte Fontaine

          1. Cath

            Essaie “fesses de rat” ma Bleue : cela a l’immense avantage de surprendre ton monde et surtout de ne peiner personne, même pas un rat 😉

          2. marie

            “aud” quand tu es devant le guichet de TA banque qui a “le bons sens près de chez vous” et qu’ils te disent “non on ne peux pas vous avancer 50 francs pour finir la fin de mois….la banque la plus riche de France ne peut pas prêter 50 francs à sa cliente qui lessive d’agio depuis 10 bonnes années…oui je sais procrastination et budget ça le fait pas…. .par contre des années plus tard, folle jeunesse dépensière passée et assise financière nettement plus conséquente que jadis , le directeur himself de l’agence t’appelle sur ton 06 pour savoir pourquoi tu as changé de banque ” il y a un malentendu nous pouvons revoir nos positions ” chante beau merle . Alors oui je sais il y des banquiers sensibles et compréhensifs, en pas tout a fait 40 ans j’en ai rencontré deux !!!! trois avec vous Dadbibi…..et en fait a y réfléchir je ne dis pas salaud de banquier ….je dis juste “banquier” ….on va dire que j’ai un mauvais karma avec la finance, pardon Saur pour le désagrément et merci pour l’aud et non Cath je mettrai pas les rats dans le coup (smiley qui fait risette)

        1. DADBIBI

          Bonjour Saur , il en va des banquiers comme de toutes professions ,grâce au travail de certains vous avez l’argent pour acheter votre maison ou vous faire plaisir , d’autres sont des bandits .En ce qui me concerne j’ai toujours essayer de faire mon métier correctement et d’enseigner une certaine éthique à mes enfants , je suis très fier de celui qui écrit ce blog , visiblement il a retenu quelques petites choses de son”salaud de banquier” de père .
          Bien à Vous ;

          1. Jenny

            Haha, si vous saviez comme j’admire votre réponse.
            Vous avez raison d’être fier de votre fils, mais vous pouvez aussi et surtout être fier de vous.

            Portez-vous bien et parlez toujours aussi honnêtement!

        1. Herve CRUCHANT

          Il n’y a pas de hasard. Passer de la pute au banquier a quelque chose de poignant. Quand t’as pas de fric, tu ne peux attendre de service ni de l’une ni de l’autre. Au mieux un “dégage, connard”. Par contre… alors, c’est un “Bonjour, Monsieur. Comment vont les enfants ?” Ce qui est con (mot écrit à dessein) c’est que ces deux activités soient des commerces. Si une pute ne fait pas payer, c’est une “salope”. Si le banquier ne retire pas des intérêts, c’est “l’Abbé Pierre”. Dure, la vie… qui montre, en fin de compte, que rendre service généreusement, c’est un défaut social…chez certains adeptes d’une certaine société. Bon. A part celà, je préfère la pute : elle fait payer d’avance mais elle ne retire de la transaction que la substantifique moëlle. Alors que le banquier te prète l’argent des autres à son profit au taux qu’il veut. En plus, si t’es Grec, vaut mieux aller chez les putes que chez le banquier, de nos jours. Chez les premières, tu te fais rincer service compris; pas chez le second. Enfin… Je repense à Chloé en tout bien tout honneur…finalement, elle voudrait peut-être rétablir les maisons closes sous contrôle de la Santé Publique; des sortes de sanisettes, quoi. Il n’y a pas que des adeptes. Et puis çà va tuer l’initiative des entrepreneurs individuels détaxés. La loi Macron pourrait-elle s’appliquer à cette profession (je parle des péripatéticiennes, pas des DAB -jeu de mot utilisant l’argot ancien-). A entendre Mme Lagarde Présidente du FMI, lequel est, à mon avis, un repaire de proxos, elle verrait d’un bon œil une loi Macron 2, pourquoi pas 3 et ainsi de suite… On est loin du sujet ? “pas si tant”. Mais loin de rendre service et à soulager la misère humaine, oui, surement. Alors, pour qui vais-je voter dans ce sondage, d’après vous?

  11. Cel

    Les tabous sont toujours dérangeants surtout dans notre société judéo-chrétienne.
    Sa sincérité, son analyse… Son témoignage nous met face à nos propres tabous, celui du sexe hypocrite.
    Effet secondaire à ce texte : la chanson du Zizi de Pierre Perret me trotte dans la tête depuis…

    Merci à elle.

  12. Laetitia

    Puisqu’elle vous connaît, elle connaît votre blog. J’en déduis donc qu’elle attend nos commentaires. Et cela m’interpelle.
    Je n’ai pas d’avis sur ce métier si ce n’est que je n’aime pas l’idée de monnayer son (mon, nos) corps. Je n’aime pas l’idée selon laquelle les hommes (puisqu’il s’agit essentiellement d’eux) aient de tels besoins qu’il faille qu’ils aient recours à des femmes (ou hommes) et se déculpabilisent en laissant un billet… La prostitution, choisie ou non (ce qui est déjà un débat) est pour moi le reflet d’une domination d’un être sur l’autre et n’a rien à voir avec le respect de l’humain. Si, vraiment le but est de soulager une partie la “société” pourquoi ne pas avoir recours au bénévolat ?

    1. David

      Bénévolat surement pas. c’est vraiment ne pas avoir compris le service qu’elle a rendu. Est-ce qu’un médecin ou un psychologue soigne bénévolement ?
      La prostitution est avant tout une transaction. Un service contre rémunération. Même si celui-ci inclut l’intimité charnelle du fournisseur dudit service. Et c’est la que ça coince pour beaucoup depuis des lustres dans les consciences. Le commerce d’une intimité. Et la transaction garde la distance nécessaire à l’exercice.
      J’ai utilisé le verbe soigner, car c’est bien le point clé non seulement de son message mais aussi de l’envie de le partager par cette tribune (parce qu’elle n’est pas venue voir notre hôte pour une verrue ou une vilaine toux, soyons clair)
      “Moi aussi, à ma manière, j’ai soigné”. Reconnaissance de son effort, de son choix, dans une société qui ne leur reconnait toujours pas un statut.
      Car oui, des sexualités mal vécues, ou pis encore, pas vécues, pour les plus déficients en estime de soi d’entre nous, sont des souffrances. Et de ces souffrances aux formes multiples elle en a vu et revu. Les éponger mérite son salaire.
      Paysage médiatique hyper-sexualisé, jusque dans les pubs pour des céréales, les impératifs martélés de la performance, de la beauté, du caractère ultime et sacralisé de l’orgasme. Et d’un autre coté, cet accomplissement que doit être le couple heureux. Le fameux “grand amour”, des films romantiques, qu’il nous faudrait tous trouver. Les pressions sur l’homme, déjà fait de désir de par sa nature de reproducteur, sont multiples et constantes. Elle(l’auteure) nous rappelle que tout une partie de ces hommes gèrent mal ces pressions. Et cela se traduit par des manifestions diverses: frustrations, estime de soi en souffrance, replis, déni de la condition féminine, perversions, violence ….

      1. Chloé

        Bonjour, autant je suis d’accord qu’une sexualité non vécue ou pas vécue peut être source de souffrance ; autant pointer du doigts les “pressions” exercées par “la société” pour expliquer (entre autres) perversions et violences, je trouve que c’est léger, et un peu raccourci…
        Quant à invoquer les pressions liées aux désirs eux-mêmes liés à la “nature de reproducteur” ça me choque, parce que quand violence et perversions s’exercent l’on n’est plus, à mon sens, dans le domaine de la reproduction mais plutôt de la prédation.
        Des lectures pour compléter celle de cet article ?
        Puis-je me permettre de suggérer :
        – Dr Kpote : http://monsieursexuel.blogg.org/
        http://www.commentpeutonetrefeministe.net/2014/11/30/lutter-viol-education-garcons-culture-du-viol/
        – la bande dessinée “Les crocodiles” http://www.lelombard.com/albums-fiche-bd/crocodiles/crocodiles,2894.html

        1. David

          Je ‘avais pas la prétention de faire le tour de la question et de proposer l’analyse clef en main du pourquoi du comment. Si on y a cru, alors oui on peut considérer que ç’est un peu succint, raccourci. Ce qui pourrait me choquer ce sont les guillemets que vous mettez aux pressions sociétales, qui pour moi sont bien réelles, prégnantes, omniprésentes. Vous chutez sur mon évocation de la reproduction. Je dis simplement que la source première du stéréotype “les hommes pensent d’abord avec leur b…” est due au fait de nos natures biologiques profondes. Le raccourci, je ne le fais justement pas entre cet état de fait naturel et les frustrations, perversions, violences, qui sont alors des manifestions de divers cheminements, évolutions ou traumas.
          Mais l’humain est ainsi fait : il pense, il gamberge, il jauge, il idéalise, il convoite. il galvaude, il se lasse.
          Mon “procès” si il y en avait un, est peut-être celui du fait que l’on ne voit plus, en tant que société, la somme de tout le psyché et les enjeux qu’on l’on a rajouté autour de l’acte sexuel, qu’il soit récréatif ou reproducteur. Cette somme d’obstacle ou plutôt de pré-requis, à ce qui aurait du rester du domaine du simple et du décomplexé.
          Je vous prie de croire que mes syllogismes n’ont en aucun cas voulu légitimer des déviances. Tout au plus expliciter, maladroitement. Car autant l’avouer, si ce n’était pas clair : je fais partie de ceux dont l’estime de soi est un peu défaillante et dont l’accès à la gente féminine est pour le moins malaisé. Alors probablement que le prisme avec lequel je vois son propos à elle, m’invite à aller dans son sens. Je vous remercie pour vos invitations à des lectures. Je vais “potasser” ça.

      2. Margot

        Bonjour
        Sans vouloir m’en prendre en aucune façon à l’auteure de cette lettre, je ne suis pas d’accord avec vous Monsieur. Pressions il y a, certes, sur les hommes, comme sur les femmes. Il faut donc revenir à la source de ces pressions (et probablement, notamment, légiférer plus en matière d’espace public occupé par les publicités). Eviter les frustrations, en parlant, en démontant les images de la perfection martelées partout.
        Mais si certains en payent d’autres pour évacuer leur frustration, cela ne va-t-il pas renforcer la violence de ces uns envers ces autres, et la frustration de ces autres envers ces uns? Je parle là des relations hommes – femmes. Je ne suis pas certaine que les hommes qui vont voir les prostituées soient plus respectueux et moins violents envers les autres femmes après. Je pense qu’au contraire, ils peuvent ainsi intégrer, entériner un schéma de domination. Pas tous hein. Mais ça peut. Respectueusement à tous.

        1. David

          Vous commencez par dire que vous n’êtes pas d’accord et puis vous terminez par “Pas tous hein , mais ça peut” validant que votre contre-argument ne va concerner qu’une partie des clients. on pourrait donc dire que quelque part nous sommes d’accord sur une partie de cette clientèle. Évidemment que tous ne sont pas dans une démarche, consciente ou inconsciente, de rendez-vous thérapeutique avec une prostituée. D’autres y confortent des excès. Bien sûr.

          Comme vous le dites avec votre “pas tous”, on aurait tort de généraliser le niveau de respect envers les femmes des hommes qui vont voir des prostituées. Il doit avoir des degrés bien divers. Certains par exemple, sont dans la colère, d’autres dans l’incompréhension (elle ne sont vraiment pas comme nous), d’autres dans une sorte de désespoir ( vraiment je n’arrive à rien avec elles), certains “utilitaristes” (puisque ma femme me boude) et d’autre encore sociopathes objectivant (un trou c’est un trou) …

        2. Suze Araignée

          L’ex-pute que je suis est totalement d’accord avec ce que vous (tu ?) dites là, Margot. Perso j’ai pas l’impression d’avoir soigné qui que ce soit, juste de servir d’exutoire à leurs délires pervers et/ou sadiques…

    2. Xavier

      Bonjour Laetitia.
      Juste sur ce point (monnayer son corps) : un maçon, ouvrier du bâtiment, ou n’importe qui faisant un travail physique monnaye son corps.
      La construction de notre société fait qu’il est plus acceptable socialement et moralement parlant de monnayer ses biceps, son dos ou sa force physique que ses organes génitaux, mais conceptuellement c’est la même chose.

      1. Margot

        si c’était exactement la même chose, ça me ferait la même chose d’aider une grand-mère à porter ses valises que d’aider mon voisin à se décrisper la nouille?
        Conceptuellement, c’est sûr, c’est la même chose.
        Dans son âme, non, pas pour tout le monde, croyez-moi.

      2. Laetitia

        Xavier,
        Un travailleur, quel qu’il soit, monnaye son savoir-faire, son expertise, pas son corps. Le corps, même s’il souffre de son activité, lui appartient. Et l’intimité est à mes yeux encore plus essentielle à conserver. Je suis payée pour ce que je sais faire. Mon corps je le donne, l’offre, le partage avec qui j’ai ENVIE, comme j’en ai ENVIE.
        D’ailleurs, j’ai parlé de monnayer son “corps”, tout son corps. Un(e) prostitué(e) monnaye tout son corps, son être et je ne sais pas comment il/elle fait pour retrouver une intimité, conserver l’estime de soi.
        En cela, je suis entièrement d’accord avec Margot.

        1. Marie

          Monsieur Xavier, vous êtes, je le pense, fort naïf.
          Dites-moi donc si vous accepteriez pour 100€ de l’heure, que l’on vous impose des relations sexuelles type sodomie, fellation, et compagnie, plusieurs fois par soir, pendant ne serait-ce qu’un mois ? L’argent sera rapide, certes, mais le taux de suicides et de troubles physiques, psychiatriques, auquel vous vous exposerez exploseront, bien plus que pour n’importe quel autre emploi. Coïncidence ?
          Voilà pourquoi autant de jeunes femmes et jeunes hommes pauvres préfèrent encore un emploi physique payé 8€ net de l’heure plutôt que de se vendre les parties intimes.
          Acheter le corps d’une personne ne peut en aucun cas se comparer à l’achat d’un gâteau ou d’un meuble.

  13. Seingalt

    Témoignage intéressant.
    Je réagirais juste sur un point:
    Cette phrase:
    “La société dans mon lit. Un panel représentatif”

    Personnellement, je suis un homme, hétéro, sexuellement actif avec un taxu de etstostérone dans la bonne moyenne et je ne suis jamais allé voir une pute, ni une prostituée, ni une péripatéticienne (ce mot me semble plus adapté, parce que son sens premier se réfère à des gens qui réfléchissent, ce qui ce texte démontre amplement…).

    Non pas par manque d’envie ou de besoin, ou d’opportunités, mais par respect, pour elles et pour moi.

    Et je sais pour en avoir discuté parfois avec des amis que je ne suis pas un cas unique, loin de là.

    Alors, non, on ne peut pas dire que les hommes qui sont passés dans le lit de cette dame, que je respecte pour ce qu’elle fait, sont représentatifs de la société dans son ensemble.

    1. Caroline

      Etymologiquement, “péripatéticienne” signifie “celle qui déambule de long en large”, et l’école de philosophes à laquelle vous pensez et qui vous a conduit à cette erreur philosophait tout en se promenant de ci de là, d’où leur nom.
      Respectueusement,
      Caroline

  14. Thalie65

    Effectivement, ce post a le mérite de faire réfléchir sur la question de la prostitution. Ce qui me va particulièrement ici c’est que cette dame exerce avec conviction son métier et de son propre chef. N’est pas sous la coupe d’un mac ou ne fait pas ses passes, à priori, pour se payer ses shoots.
    Ce qui me dérange un peu plus ce sont finalement certains commentaires qui laisseraient à penser que ce métier relève du sacerdoce et serait presque à considérer comme un art noble.
    Loin de moi de penser du mal de cette dame et des autres putes en général mais soyons néanmoins honnêtes : je préférerais que ma fille ou fils soit docteur, profs ou éléctricien mais ne se prostitue pas.

    1. Chloé

      “Ce qui me dérange un peu plus ce sont finalement certains commentaires qui laisseraient à penser que ce métier relève du sacerdoce et serait presque à considérer comme un art noble.”
      > Merci, parce que j’avais ce genre de pensées en tête mais je ne savais pas comment l’exprimer sans paraitre abrupte.

  15. Ari Jethro

    Stupéfiant. Pourtant je ne peux m’empêcher de penser que la lettre est amputée, mais de quoi? D’un fantôme probablement.
    En tout cas merci pour ce témoignage.

    1. Raphy

      Il y a une partie évidente de l’histoire qui a disparue : c’est l’introduction, ou comment elle en est arrivé là…
      En rentrant en bus du boulot il y a quelques temps, j’ai traversé un quartier “chaud”. Et là, garé dans une de ces fameuses fourgonnettes, une dame à l’âge visiblement déjà assez avancé attendait au milieu d’autres filles beaucoup plus jeunes. Toujours la même question : pourquoi, comment ? Et toujours plein de réponses possibles à imaginer.
      Même si l’idée de “Mamie arrondie ses fins de mois” m’amuse un peu, j’avais déjà ressenti une forme de tendresse pour elle comme aujourd’hui pour la Dame de Bibi.
      Je n’ai vraiment pas envie de l’insulter elle, mais plutôt de hurler contre l’hypocrisie de notre société.
      Cela fait des millénaires que l’homme n’a rien inventé en matière de sexe. Rien. Et pourtant, aujourd’hui encore, toujours les mêmes tabous, toujours les mêmes névroses. Le clou du spectacle : nos très chers sénateurs qui refuse de pénaliser les clients de la prostitution………….
      Alors qu’il suffit de regarder la chose en face 5 minutes pour introduire une sympathique activité ludique d’une part, et pour se rendre compte à quel point le sujet est finalement extrêmement banal d’autre part.
      Ça fait très longtemps que je suis pour l’ouverture de centres médicaux spécialisés (ou de maisons closes, c’est comme vous voulez), justement pour que les choses soient claires et sous contrôle pour tout le monde.

      PS: Je suis ravi d’avoir fait connaissance avec DADBIBI, surtout dans ce contexte 😀 (même s’il est banquier).

  16. Lionel

    ….Beau témoignage en effet , mais si elle n’a jamais vu d’homme heureux (et je la crois volontiers) , je ne pense pas que l’on ait vu beaucoup de putes heureuses non plus. Si quelque unes choisissent , l”immense majorité subit malheureusement ce que ne peux que qualifier d’esclavagisme… ne nous voilons pas la face !

    1. Libellule

      Je partage vos doutes.

      En lisant, je ne peux m’empêcher de penser à une étude sur les SDF, qui montrait qu’après quelques années dans la rue, ils s’auto-convainquaient d’avoir CHOISI cette vie car ils y trouvaient des avantages (la liberté notamment… liberté de quoi, quant on voit la violence quotidienne de leur situation ?).

      Or dans la prostitution aujourd’hui, il n’y a pas que du beau : tarifs en chute libre à cause de la concurrence mise en place par des réseaux mafieux qui exploitent des clandestines (du coup les prostituées hors de ces réseaux doivent baisser leur tarif et/ou accepter des pratiques plus “dures”), obligation de se cacher car les lois sont plus dures avec elles, donc moins visibles elles sont aussi moins protégées de la violence, du vol, etc.. Conduites à risque pour leur santé due au stress du métier, qu’on peut noyer dans diverses addictions en prétendant que c’est “fun”…

      Alors dans quelle mesure le courrier de cette dame reflète-t-il la réalité de sa vie ? de la vie des prostituées en général ? ou de ce qu’elle souhaiterait que sa vie soit pour être plus supportable ?
      Je ne sais pas.
      Mais j’apprécie que Baptiste l’ait publié, et l’ait présenté avec les réserves qui permettent de mieux comprendre sa démarche.

  17. jerome

    Beau témoignage, bien sur, même si…. Ce qui me dérange en fait, c’est qu’elle ai écrit cette lettre. “Parce que c’est plus facile”, oui bien sur, mais ce bout de papier me semble être plus qu’un témoignage à son médecin.

    Ce qui me gène c’est qu’elle connaisse les activités littéraires de son médecin, qu’elle connaisse son blog. De là à écrire ce témoignage en espérant être publié…. Je n’ai rien contre, mais ça peut introduire un biais. On ne raconte pas forcement la même chose à son médecin dans le secret de son cabinet, qu’à des milliers de lecteurs potentiels. Surtout si on veut être publié, et qu’on a peut être un message à faire passer.

    Et pour moi il nous est permis de prendre ce témoignage avec certaines réserves.
    Je comprend que Baptiste ai hésité à le publier (sujet hautement polémique), j’aurai hésité aussi, mais pas forcement pour les mêmes raisons.

    Après sur le fond, je suis un humaniste. J’aime l’Homme avec ses qualités et ses défauts, ses forces et ses faiblesses. Les pulsions sexuelles font parties de l’humanité, je ne crois pas qu’atteindre le plus haut degré de civilisation y changera quoi que ce soit.
    Et chacun de nous vendons notre corps en travaillant : le mineur vend ses poumons, le kiné vous tripote tout le corps, et même Baptiste vend son cerveau. Mais le sexe est tabou. Tant pis.

      1. Chloé

        Ce qui induit en erreur c’est le fait qu’elle te donne du “Docteur” en début de lettre (pour ma part c’est ce qui m’a laissé pensé qu’elle avait été reçue en consultation ).

      2. Rose Simon

        j’espère que mon commentaire de ce matin n’est pas passé à la trappe ?Je n’en vois pas trace, et si c’etait le cas, je recommencerai…Mais pas avant demain !
        cordialement,
        Rose

  18. Narah

    Je trouve important de publier ce genre de texte. C’est un rappel de l’humanité de ce métier : vendre du plaisir et de la tendresse à ceux qui n’ont pas trouvé quelqu’un pour leur en donner. Que ce n’est pas contre les prostitués qu’il faut lutter mais bien contre les macs et tous ceux qui organisent la traite d’êtres humains. Car la prostitution est une chose horrible quand c’est de l’esclavage (comme toute forme d’esclavage) mais que ça peut être une chose belle quand c’est consenti. Et je ne peux que rejoindre Raphy sur la légalisation de la prostitution via des centres médicaux spécialisés ou tout autre système ce qui permettrait de protéger correctement les personnes qui choisissent d’être putes tout en continuant à lutter contre les esclavagistes. Qui d’ailleurs auraient peut-être un commerce moins florissant si les clients avaient une alternative légale peut-être plus chère mais moins dangereuse : la pénalisation des clients serait bien plus logique dans ce contexte.

    1. Suze Araignée

      On retrouve souvent, dans les discours, cette dichotomie entre, d’un côté, celles qui sont esclaves (et là tout le monde s’accorde pour dire que c’est horrible, et effectivement, ça l’est) et de l’autre côté, celles qui auraient “librement choisi”. Sauf que le libre arbitre absolu n’existe pas, et existe encore moins dans cette activité que dans les métiers habituels. Oh, je veux bien croire que certaines le vivent bien, j’irai pas nier leur vécu ou leur ressenti, mais quand même… plus de 90% des prostituées ont été abusées sexuellement dans l’enfance. Aux USA, l’âge moyen de la première passe est de 14 ans. Librement consenti, vraiment ? À ce compte-là, l’anorexie est librement consentie aussi (ces personnes peuvent manger à leur faim)…

      Jamais eu de mac, mais non, j’ai pas choisi de me faire payer pour être (encore) violée de façon “libre”.

  19. Cath

    Bon, à l’origine, je ne voulais pas commenter, mais…

    Tout d’abord, un petit point d’histoire de la langue française : il est faux de penser que “pute” est le diminutif de “putain”. En ancien français, les deux formes correspondent aux deux déclinaisons de la langue. Le cas sujet (quand le mot est sujet donc), “pute”, et le cas régime (pour toutes les autres usages de complément) “putain”. Je n’ai pas trop écouté les cours d’ancien français, je l’avoue, parce que ça m’enquiquinait et que j’y roupillais tranquille (cours magistral et TD). Mais enfin, j’ai retenu cela (et opéra, cheval et chevaux, channel, etc).

    Ensuite, j’ai lu dans un des commentaires que quelqu’un parlait de “plus vieux métier du monde”. Faux. Ce n’est pas un métier, et si il faut distinguer le plus vieux métier, voyez donc le proxénète – qu’il soit prêtre voulant financer la construction de ses temples (je vous renvoie à l’histoire des différentes civilisations antiques) ou simple margoulin usant de son emprise pour profiter de la faiblesse, de la situation des individus qu’il prostituera pour en tirer profit. Et je vous préviens, la bassesse n’attend point le nombre des années. A mon grand désarroi et pour ma plus grande désillusion sur le genre humain.

    Q’une femme se prostitue, qu’elle soit “aux commandes” et décide de son propre chef, il n’y a pas à juger.
    Mais pour ce qui est du chapitre des maisons closes, permettez-moi de vous renvoyer aux témoignages des “pensionnaires”, à celui de ceux et celles qui se sont réellement penchés sur la question en considérant uniquement la condition de l’humain, et non les considérations d’hygiène, de soi-disant protection et autres piteuses excuses qui ne servent qu’à camoufler une entreprise génératrice de profits et de violences endurées. J’ai encore à l’esprit les remarques d’enquêteurs spécialisés qui avaient vu de près les ravages de ces “vitrines”. Parce que gardez bien à l’esprit que lorsque vous visitez les quartiers rouges de villes comme Amsterdam ou Hambourg, vous ne voyez précisément que la vitrine policée pour le touriste. Mais vous n’irez pas voir plus loin les conditions sordides pour les femmes, hommes, enfants contraints et réduits en esclavage – je n’ai pas d’autre mot pour le décrire. Il faut avoir le coeur bien accroché, et une sacrée maîtrise de soi pour affronter ces découvertes et les situations qui en découlent.

    Alors, comme je l’ai dit, il n’y a pas à juger celui ou celle qui décide de se prostituer, en toute liberté et toute connaissance de cause.
    Mais que l’on m’épargne les rengaines sur le “métier” ou la “sécurité” des maisons closes. De grâce.

    1. lili

      Comment dire…ce texte ne m’emeut pas,je dirais même qu’il m’agace un peu.Je ne pense pas que son auteure puisse etre une prostituée,ce texte est trop ce qu’on attend qu’il soit.C’est pas comme ça dans la vraie vie ,enfin je ne crois pas.Il n’y a pas de reelle emotion et tout ça manque vraiment d’authenticité.Baptiste j’adore vraiment votre blog mais là j’ai comme un gout amer dans la bouche…(un tout petit gout amer, faut pas que j’en rajoute quand même!)

      1. Baptiste Beaulieu

        Bon… Bonjour. Alors je vais être concis :
        – Ce texte est authentique. Je n’ai fait que corriger les fautes d’orthographe.
        – Il m’a été remis par une lectrice (pas une patiente, j’insiste).
        – Les tics de langages sont un hommage que fait la lectrice à certains de mes propres tics de langage
        – Je ne sais pas quoi dire de plus… Mais cette lectrice je communique avec elle. Beaucoup. Elle est brillante et diplômée d’une grande fac de lettres. C est son temoignage. À moins de vous donner son nom (ce que je ne ferai pas) je ne vois pas comment vous persuader de son authenticité.
        Après je sais que c’est l’époque des théories du complot etc. si vous voulez absolument un coupable, ce sont les reptiliens. Ou les Illuminati mais ce texte est vrai, il est le fruit d’une correspondance entre cette femme et moi.
        Voilà !
        🙂
        Bonne journée !!

        1. carl

          he oui, il existe de “putes” qui sont comme elle….. j’ai connu une femme qui m’a dit avoir “pratiqué” alors qu’elle avait un diplôme d’ingénieur, elle n’était pas dans le besoin mais en avait eu envie. C’est dérangeant pour certains car cela va a contre courant des idées généralement admises.

  20. didique

    Pour rebondir sur le commentaire de lili, finalement peu importe que cela soit authentique ou non ! En tout cas, moi je ne doute pas de la véracité de l’expérience de cette dame, la force de ce témoignage est dans ce que cela éveille en chacun de nous “les biens nés” qui n’avons pas eu à passer par ces expériences, que nous soyons du côté homme ou du côté péripatéticienne (moi j’aime bien ce mot qui résonne un peu comme pharmacienne ! qui vend du soin aussi !!! Tiens tiens !!!)
    Par contre ce qui me surprend c’est le coup de gong final : “jamais de clients heureux”….. Quelle tristesse, avoir fait tant d’effort pour écouter, sauver, apaiser….. mais j’espère que cette Dame a été heureuse tout de même puisqu’elle dit avoir aimé son métier !!
    Et maintenant bon repos à son corps qui semble (de ce que je comprends d’entre les lignes ) quand même garder des meurtrissures.

  21. Paul

    Je suis très étonné par les commentaires parce que… Euh, comment dire… Elle est vraie cette histoire ?

    J’ai beaucoup de mal à croire une situation où une femme viendrai vous voir en consultation pour vous donnez un billet comme ça (vous ne donnez aucun détail sur comment ce texte est arrivé entre vos mains, mais c’est ce que la phrase d’introduction laisse supposer) et pour quelle raison donner un texte comme ça ? Porter un témoignage sur votre blog ? Sinon vous publiez le texte d’une patiente sans son accord ? Après je peux comprendre que certains détails puissent être superflus…

    Dans tous les cas l’auteure doit être une grande fan du blog, parce que le texte reprend certains tics d’écriture des ses posts (que j’apprécie par ailleurs assez pour pouvoir les repérer).

    Bref, je n’écris pas pour vous blaisser, la situation me parait juste un peu étrange.

    1. Baptiste Beaulieu

      Bon… Bonjour. Alors je vais être concis :
      – Ce texte est authentique. Je n’ai fait que corriger les fautes d’orthographe.
      – Il m’a été remis par une lectrice (pas une patiente, j’insiste).
      – Les tics de langages sont un hommage que fait la lectrice à certains de mes propres tics de langage
      – Je ne sais pas quoi dire de plus… Mais cette lectrice je communique avec elle. Beaucoup. Elle est brillante et diplômée d’une grande fac de lettres. C est son temoignage. À moins de vous donner son nom (ce que je ne ferai pas) je ne vois pas comment vous persuader de son authenticité.
      Après je sais que c’est l’époque des théories du complot etc. si vous voulez absolument un coupable, ce sont les reptiliens. Ou les Illuminati mais ce texte est vrai, il est le fruit d’une correspondance entre cette femme et moi.
      Voilà !
      🙂
      Bonne journée !

      1. Seingalt

        Je ne sais pas… ou plus…
        J’avais cru à cette histoire, mais à la réflexion, les arguments de Paul font sens aussi…
        La mythomanie existe, ce n’est pas à un médecin que je vais apprendre ça.
        Ni que la notoriété et les écrivains attirent les personnes qui en souffrent.
        Et en ayant rencontré deux cas extrêmes dans ma vie, je dois dire que ce texte me semble aussi peut-être un peu trop en ligne avec ce qu’il devrait idéalement être…
        Mais bon, je suis peut-être injuste, le doute demeure.
        PS: faut dire aussi que je viens de lire l’excellent “La Main coupée” de Blaise Cendrars, ou il y a un très beau portrait d’un (probable) mythomane de grand talent, ça peut jouer…

        1. Baptiste Beaulieu

          La dame vient, me donne ce message, puis nous continuons de communiquer. Elle est belle, dans ce qu’elle écrit. Je ne me suis pas posé une seule seconde la question de son authenticité. Et à vrai dire, j’aime l’être humain pour ce qu’il est, pas pour ce qu’il dit :
          – Si c’est une ancienne prostituée et qu’elle a écrit ce qu’elle a ressenti, alors ce texte est beau
          –si c’est une ex-prostituée et qu’elle a fantasmé sa vie de prostituée pour mieux l’accepter alors ce texte est beau
          – Si elle n’a jamais été prostituée et qu’elle a inventé ce texte, qu’elle est une “imposteur”, et que ce texte est sorti car elle avait besoin d’inventer une autre vie que la sienne,alors ce texte est beau.

          Voilà ce que je sais.
          PS : et objectivement, pour communiquer avec cette lectrice je n’ai AUCUN doute sur ce qu’elle a vécu. AUCUN.

          1. Seingalt

            Merci pour le retour.
            C’est une bonne manière de voir les choses, effectivement.
            Et sans doute la seule manière de voir les choses quand on est un écrivain.
            En tant qu’amoureux des belles lettres je ne peux qu’y souscrire.

      2. Rose Simon

        J’espère,cher Baptiste, que mon commentaire de ce matin sera publié integralement, après “modération” je suppose, car pour l’instant je n’en vois pas trace…ET pourtant, quel débat exceptionnellement passionnant !
        Rose

  22. DOMINIQUE

    Sur ce sujet, qui n’est pas facile je le reconnais, pourquoi ne pas envisager une organisation de la profession ? Déclaration de commerçant, avec bien sûr encadrement : visites médicales, préservatifs gratuits, carte spécifique, accès à des associations pour leur reconversion, par exemple. Cela permettrait aussi de réguler à terme la “prostitution sauvage” avec toutes les violences liées à la clandestinité. Travailleurs du sexe qui auraient droit -enfin- à un statut officiel, avec la possibilité de porter plainte si violences physiques. La clandestinité suscite tellement d’abus.
    Mais quel est l’homme -ou la femme- politique qui oserait proposer une loi qui, comme celle interdisant les bordels, dite “loi Marthe Richard”, porterait son nom ? Il n’est sans doute par encore né !

    1. Cath

      Juste pour compléter votre information : une prostituée qui subit des violences, viol ou vol pour n’en citer que auelques unes – et ce dans le cadre même de son exercice- a parfaitement le droit de porter plainte. Et cela arrive tous les jours en France. Et ne croyez pas que ces plaintes soient ignorées.

      Quant à la loi qui porte le nom de Marthe Richard, il a fallu une femme, et une qui ait du cran pour faire face aux meutes de l’époque. Parce qu’elle pensait aux femmes, “aux pensionnaires” que je mentionnais plus haut, à celles qui voulaient fuir ces enfer et que même la police de l’époque ” ramenait” au bercail.
      Mais vous avez raison, il ne semble pas encore né l’homme qui aura le cran de donner son nom à la loi qui pénalisera le client de la prostituée, à celui qui “aborde” dans la rue la prostituée ou tout autre femme d’ailleurs. On appelle cela du harcèlement, et ce n’est même pas punissable dns le labyrinthe législatif actuel.

  23. patiente

    Vraie ou pas, cette histoire présente l’avantage de nous faire réagir !!! Et c’est bien.
    Je pense qu’un jour le Doc pourra faire un post sur ceux qui DONNENT de leur temps, leur énergie, qui OFFRENT leur savoir et leurs compétences pour améliorer la vie de ceux qui sont en galère !!! Si, si, ça existe !!! on les appelle des bénévoles !!!!
    Et je précise à David que, au quotidien, J’écoute, je panse, je donne à manger, je réconforte des gens en souffrance car, bénévole, je le suis depuis 10 ans… Mon salaire à moi, c’est de savoir que j’ai apporté un peu de bien-être à des personnes moins gâtées par la vie.

  24. Grand33

    Bonjour Bibi,
    Personnellement, la prostitution “consentie” ne me dérange pas vraiment. La traite de l’être humain, par contre m’insupporte.
    Voilà juste pour détendre :

    C’est une mère et son fils dans un taxi. Le taxi passe dans une rue avec des prostituées, et l’enfant demande :
    – Maman, maman, les dames elles font quoi là ?
    La mère un peu embêtée et ne répond pas. Son fils redemande :
    – Maman, maman, les dames elles font quoi là ?
    La mère ne répond toujours pas. Et le gamin d’insister ….
    – Heu alors et bien…. elles attendent leur mari qui rentre du travail.
    Alors le chauffeur de taxi intervient bruyamment :
    – Y’en a marre, il faut appeler les choses par leur nom, les dames ce sont des putes, hein, des putes, t’as compris petit !
    Silence de mort dans le taxi pendant un moment. Ensuite l’enfant continue et demande:
    – Mais maman, les dames elles peuvent avoir des enfants ?
    Et la mère :
    – Bien sur, mon chéri.
    – Et maman, qu’est ce qu’ils font quand ils sont grands leurs enfants ?
    Et la mère :
    – Ils deviennent chauffeurs de taxi ……

    La bise

  25. Julie

    Je suis bien contente de lire un témoignage d’une prostituée (“pute” je n’arrive pas à le dire). D’habitude on entend et on lit beaucoup d’avis de la part de journalistes, politiciens, associations, etc. Mais les principales intéressées, plus rarement. Merci Baptiste de lui avoir permis de s’exprimer ici (j’espère que tu n’as pas eu besoin de supprimer beaucoup de commentaires haineux).
    Alors, bon… il y a certaines choses sur lesquelles je ne suis pas d’accord. Notamment lorsqu’elle pense avoir évité à certaines filles d’être violées ou à certaines femmes mariées de subir les assauts de leurs maris. Mince ! Mais, une femme ne devrait pas avoir à se prostituer pour protéger d’autres femmes. Certes, elle ne le fait pas dans ce premier but, mais tout de même ça me dérange profondément. Le problème ce sont ces hommes qui ne sont pas capables de se “contrôler” (et je suis gentille), et là on soulève une question de fond qui est les relations hommes/femmes. (excusez moi, je suis un peu fatiguée et un peu malade du coup je n’arrive pas à exprimer clairement ma pensée, j’élabore mal, mais d’autres commentateurs y sont très bien parvenus alors ça va !)
    Par contre la fin me touche tout particulièrement. Et oui… quel homme heureux paierait pour avoir du sexe, de l’affection, de la tendresse ? Je pense aux hommes qu’elle décrit, les “vieux”, les “handicapés grabataires”, peut être même les très grands timides… tous ceux pour qui le contact charnel n’est pas permis (à cause du contexte, de la société, je ne sais pas, je vous laisse en trouver la raison). Récemment sur Facebook je suis tombée sur un post concernant une émission de radio qui dit “La grève de câlins amène à la mort plus rapidement que la grève de la faim”. J’ignore si c’est vrai, mais je suis certaine que le manque de contact et de chaleur humaine peut nuire gravement à la santé ! Alors oui, ok… lorsque cette femme dit qu’elle trouve son ancien métier “une nécessité dans notre société”, de ce point de vue là je peux l’entendre.
    Pour les inconditionnels de Kaamelot, je repense à cet épisode: Perceval va à la taverne et demande au tavernier de lui envoyer une fille. il insiste pour qu’elle parle la langue. Le tavernier ne comprend quel intérêt il y a à cela. Quelques temps plus tard on retrouve Perceval avec la fille, la tête posée sur ses genoux. Il parle, il parle… Dans toute sa sensibilité il lui raconte son mal être, ses doutes, sa tristesse, ses attentes… J’ai toujours beaucoup aimé cet épisode. On en retient ce qu’on veut, on interprétera comme on veut, moi je le trouve touchant.

    NB: Baptiste, j’espère que tous tes avis ne sont pas “politiquement corrects “, oh ! J’aime bien quand tu parles avec tes tripes. Mais je comprends que tu ne te prononces pas sur cet écrit. C’est dur hein ? Bises bises 🙂
    NB2: j’ai mis des NB au lieu des PS, c’est pour Hervé

  26. Ahava

    Je ne commente plus ou presque car je n’ai rien à ajouter…Je passe juste par là pour dire que je continue de lire. Tout le monde a très bien exprimé ce que je pourrais redire une millième fois, mais je m’abstiendrai.
    Continue. 🙂

  27. Herve CRUCHANT

    Putain de sujet !!! Ah, oui, çà énerve un max, ces commentaires ! C’est pas que je juge ou quoi, mais je trouve que notre petit monde est vraiment très petit dans sa tronche !!! Mais dans une société où parler de son salaire est pire que de montrer sa pilosité annale -ce qui n’a aucun intérêt, j’avoue- n’est pas surprenant. Mais qu’avez vous tous à chipoter avec vos sexes et l’idée que vous en avez ? Et l’idée que vous avez de son emploi ? Qui va rester dans la simplicité et le naturel, ici ? Appeler vagin un vagin, vulve une vulve ? Personne !!! Personne, sauf…Marie-Madeleine qui parle tranquillement de la vraie vie. Elle ne parle jamais de morale, d’interdits, de mots tabous. Elle dit ce qu’elle vit. Et voilà.

    Allez donc chercher ces trucs qui vous gènent pour vous démarquer de “ce monde du sexe”. Bull shit ! Quelle monstrueuse hypocrisie. Personne n’a eu envie, besoin, a été curieux (et zeu) de passer à l’acte, de voir de quoi t’est-ce qu’il est question quand un élan terrible vous pousse à savoir ce que sexualité veut dire? Personne ici ne parle de rapports humains, sociaux, des sentiments. Sous prétexte que lorsqu’on fait ce job, on met ses sentiments au vestiaire. Je recommande vivement l’écoute d’un ancien reportage (il y en a plusieurs mais celui là est fameux) de Là-Bas Si j’y Suis (lien net éponyme) sur une vielle pute genevoise qui parle de son job et de ses clients. C’est juste juste et juste tendre. Humain. Je ne dis pas ce que je pense des propos de Manokontact, ou un pseudo comme çà, parce qu’une vie active et surtout si c’est une activité de pute, n’est jamais un lieu commun dégoulinant de bon sens. Ou alors c’est parole divine venant du créateur du ciel et de la Terre. J’ai déjà dit que je ne parlerai plus à ce genre d’individu définitif et rédhibitoire; sans jeux de maux.

  28. Ernest

    Salut,
    Bien intéressant comme “je n’ai jamais croisé de CLIENTS heureux” devient “la femme qui n’avait jamais vu d’HOMMES heureux” en titre. Vous croyez honnêtement que c’est pareil ?
    Et vous publiez ce témoignage juste quand la question de la pénalisation du client est en pleine discussion…

      1. Caroline

        Ménon, il a peut-être voulu dire qu’elle n’avait jamais croisé d’homme heureux DANS LE CADRE DE SON METIER… Alors que votre titre laissait supposer qu’elle n’avait jamais vu d’homme heureux TOUT COURT. Jamais ! Nuance :o)

  29. adèle

    J’ai du mal à croire à la vocation de la prostitution, mais je suis pleine de préjugés.
    J’ai connu une sympathique maquerelle. Je ne sais pas comment elle traitait “ses” filles, on n’en a jamais parlé (et elle ne m’a jamais écrit).

    La vie, qui est parfois (souvent ?) une grosse s.l.p. (et non pute) oblige les uns et les autres à faire des choix qui n’en sont pas.

    Elle, était diplômée d’une grande fac de lettres et est devenue pute. C’est ainsi. J’espère surtout qu’elle lit toujours. L’astragale, d’Albertine Sarrazin ? 🙂

    Actuellement je travaille en EHPAD, j’apprends des bribes de la vie des résidents, c’est souvent surprenant, parfois terrible.

    Qui peut jamais prétendre connaitre un homme, une femme ?

    NB Madame, j’espère que vous fréquentez aussi les blogs sur les livres, il y en a de délicieux, comme
    http://www.bricabook.fr ou http://www.insatiablecharlotte.wordpress.com
    Venez nous rejoindre !

  30. Nico

    C’est très touchant, d’autant plus pour moi qui le lit à un moment où je ne pense pas être heureux.

    Pourtant il y a une arnaque : elle dit “je n’ai jamais vu de client heureux” et le titre a remplacé CLIENT par HOMME. Alors oui j’entends que l’homme qui va voir une prostituée le fait à un moment où il n’est pas heureux. Cela ne l’empêche pas d’avoir été heureux avant ou de l’être plus tard.

    Pour être provoquant : n’est-ce pas son travail de leur vendre du bonheur ? Est-ce possible ?

    1. Baptiste Beaulieu

      Salut !
      Bonne remarque… C’est pas voulu. Je travaille au cabinet j’écris des articles pour des journaux je rédige des romans et des billets de blog. Parfois, le temps me manque pour approfondir certaines subtilités du langage. Mea Culpa !
      Des bises, Nico !

  31. Biquette

    Comme il me semble long le chemin vers l’égalité femme-homme! Cela m’attriste profondément, vraiment.
    J’ai plus de questions que de réponses toutes faites! Pourquoi penser q’une femme a moins de désir, moins de besoins qu’un homme? Comment imaginer qu’avoir une passe avec une pute évite des viols? Les prostitué(e)s sont-ils(elles) libres et consentant(e)s? Le sexe est-il une marchandise comme une autre?
    Je ne juge pas les personnes, ni les prostituées, ni leurs “clients”, je regrette le manque d’amour vrai, le don de soi. Le sexe sans amour ça doit être frustrant non?

  32. oreclemage

    Ce récit est certes beau mais je ne pense pas qu’il soit représentatif de la majorité des prostituées, cette dame est pour moi une exception dans son métier.

  33. Pauline

    Texte très intéressant et touchant.

    (remarque : On lit plus rarement encore des témoignages d’hommes qui se prostituent. Ca existe aussi. Intéressant d’ailleurs de voir que la plupart des commentateurs, à quelques exceptions, ont une vision, y compris dans l’orthographe, très féminisée, pour ne pas dire exclusivement féminisée, de cette activité).

    Je pense qu’il y a mille manière de vendre son intimité, et également beaucoup de vendre l’accès à son intimité. Que vend-on à son patron quand on fait, dans le cadre de son contrat, des choses avec lesquelles on est pas complètement d’accord par rapport à ses propres normes morales ?

    Que “vend” un médecin lorsqu’il ou elle fait un toucher rectal ? que penser de ces bénévoles du sexe qui expliquent avoir des pratiques sexuelles consenties avec des personnes handicapées qui sinon ne connaitraient pas la simple sensation d’une autre peau contre la sienne ? Que vend un acteur de cinéma dans un baiser de cinéma ? UN acteur porno est-il UN prostitué ?
    Que vend un avocat lorsqu’il arrange un peu la vérité qu’il connait pour les besoins de la cause ?

    Non, je ne pense pas que dans les métiers “ordinaires”, on vende seulement des compétences, un savoir faire, une force physique ou intellectuelle, etc…

    Il y a beaucoup de métiers où il faut “donner de sa personne”, faire des compromis… accepter un sexe sans amour et pour de l’argent est-il autre chose qu’un compromis ?
    je ne sais pas s’il y a une telle différence entre la prositution et les autres … y compris dans le rapport de domination.

    Vous prenez un-e responsable des ressources humaines. Si il ou elle s’avise de démissionner à chaque fois que le patron lui demande de virer quelqu’un pour des motifs injustes, quel est son avenir professionnel et donc social ?
    quel est le choix réel de la plupart d’entre nous de faire chaque jour de travail exactement comme on le souhaite ? La prostitution me semble souvent être cette question là portée à son extrême, exacerbée par le fait que, oui, c’est une réalité, elle est en plus très souvent exercée dans un contexte de proxénétisme, autrement dit d’esclavage.

    Mais débarrassée de ce contexte, la question de savoir “ce que c’est” que la prostitution demeure. C’est probablement parce qu’elle touche au sexe et à la pudeur, vus à tort comme notre intimité la plus intime, qu’elle dérange autant, alors que paradoxalement la société n’a jamais été moins pudique ni moins intimiste qu’aujourd’hui.

    Je me demande parfois si le problème de notre regard si complexe sur la prostitution, notre difficulté à définir “ce que c”est” n’est pas avant tout une très vaste question sur notre sincérité dans le travail en tant qu’activité économique et sociale, définition qui inclurait alors la prostitution.

    La prostitution serait le fait d’oser assumer son manque de sincérité, et par la même, serait paradoxalement une terrible sincérité à l’état brut. Assumer de ne pas être sincère pour de l’argent.

    Contrairement par exemple à la plaidoirie de l’avocat ou au baiser de l’acteur de cinéma.

  34. Margot

    Quitte à contredire cette dame qui se raconte beaucoup de choses pour rester dans le déni face à la violence sexuelle quotidienne : les pays où les hommes peuvent consommer des prostituées en toute bonne conscience sont ceux où il y a davantage de viols. Parce que dans leur mentalité, il est impensable qu’une femme dise non, qu’elle ait voix au chapitre, qu’elle les refuse. Si on peut l’acheter, on peut la violer.
    Le sexe n’est pas une marchandise, pas un service monnayable. Le sexe sans désir mutuel est une violence. Et pour une femme qui se sent thérapeute de la société comme celle qui témoigne ici, combien sont prostituées de force, après avoir subi des viols jusqu’à dépersonnalisation complète ? dont beaucoup, par inceste dès l’enfance.
    Il faut arrêter avec ce romantisme nauséabond sur la prostitution.

    1. Baptiste Beaulieu

      Mon site appartient aux témoignages des gens. J’ai trouvé ce temoignage magnifique mais quelque chose me gênait dedans. Je n’arrivais pas à dire quoi. Vous avez mis le doigt dessus.
      PS : cela n’enlève rien à la beauté de ce que m’a écrit cette dame.

    2. Myriam FdF

      D’un côté, une femme qui veut remplir sa bourse, de l’autre un monsieur qui veut vider les siennes. 😉 Pourquoi parler de violence lorsque l’acte est consenti (voulu, même) de part et d’autre ? Le sexe monnayé n’a rien de choquant lorsque les intéressés ont leur libre arbitre. Loin de moi l’idée de vouloir faire l’apologie de la prostitution, juste celle de la liberté de choisir son propre chemin. Nous faisons souvent l’erreur de juger ou émettre une opinion sans avoir conscience que nous le faisons à travers le prisme de nos émotions, de notre ressenti…. A la première lecture de ce texte, j’ai ressenti de la tristesse et j’ai jugé cette dame courageuse… A la seconde lecture… j’ai pensé aux singes bonobos… http://www.allodocteurs.fr/bien-etre-psycho/environnement-et-sante/animaux/sexualite-des-animaux-gare-au-gorille_15763.html

      1. oreclemage

        Peut-être parce que dans une grande partie des cas, l’acte n’est pas si librement consenti que cela et que les prostitués qui excerce par choix de vie sont assez rare.

        1. carl

          on vous parle de librement consenti….
          Dire que la prostitution est est une violence qu’elle soitconsentie ou non , c’est mettre dans le même panier le travail et l’esclavage. Pour moi il y a u ne énorme différence. Et pour répondre d’avance a l’argument suivant qui est “donc que votre fille se prostitue ne vous dérangerait pas? ” je réponds si, je ne voudrais pas qu’elle se prostitue, qu’elle soit mineur de fond, égoutière, gardienne de prison, etc… toutes professions respectables mais porteuses de désagréments ou dangers certains.

  35. Seingalt

    @Margot: Désolé mais c’est faux, ici els chiffres de l’ONU:
    https://www.unodc.org/documents/data-and-analysis/Crime-statistics/Sexual_violence_sv_against_children_and_rape.xls
    Pour mémoire: Allemagne: pays avec maisons closes légales: taux de viol presque deux fois inféieur à la France. Belgique: idem, mais taux 3 fois supérieur.
    Canada et USA: tous deux prohibitionnistes (sauf au Nevada), or aux antipodes pour ce qui est des atux.

    Il n’y a pas de corrélation entre les taux de viol et la légalité de la prostitution.

    Ceci juste parce que j’aime la vérité, pas pour défendre la légalisation, ni pour faire dans le “romantisme” (vois d’ailleurs pas qui pourrait faire du romantisme avec un sujet aussi grave, mais c’est un autre débat).

    1. Margot

      Les signataires du manifeste des “343 salauds”, contre la pénalisation de la prostitution, dont N. Bedos, F. Beigbeder, qui concluent: “nous aimons les femmes, l’intimité et la littérature”. Je pense que nous avons ici affaire à une romantisation de la prostitution en bonne et due forme!

  36. Seingalt

    Oui, bon, c’est vrai, mais à mon avis ce sont surtout quelques fêtards hystériques en mal de notoriété.
    Un jour, les prostituées, le jour d’avant les drogues, demain les OGM ou le gaz de schiste: l’important c’est qu’on parle d’eux et que ça fasse du buzz…

    On ne peut pas dire que ce soit une tendance de fond de la société que de romantiser la prostitution, la plupart des individus sont, je pense, conscients de ses aspects glauques, désespérés et désespérants.

    Il y a 100 ans, oui, là, la prostitution était romantisée, Maupassant, Toulouse-Lautrec, tout ça.

    1. Pauline

      @ Seingalt
      Heu… Quand on lit “Maupassant, tout ça,”
      on a pas franchement l’impression d’une “romantisation” ni dune vision “romantique” de la (ou du) prostitué(e)… Il suffit de lire Boule de suif et bien d’autres de ses nouvelles, connues et moins connues, où apparaissent (entre autre) toute la misère morale et physique des prostituées, sans pour autant tomber dans le misérabilisme. Boule de suif est admirablement actuelle – et les commentaires divers le montrent.
      Idem, on lit Hugo, Zola, Nana, certains passages de l’Assommoir, on lit Pot-Bouille et sa prostitution bourgeoise, rien de “romantique” là-dedans… Et Toulouse Lautrec n’a pas peint des prostituées pour les montrer sous un jour spécialement “romantique”.
      Ces auteurs décrivaient la société, et ils n’étaient pas précisément du genre à “sublimer” les choses, plutôt à la retourner comme un gros rocher pour en montrer la face cachée et vraie, dans tous ses aspects.

      1. Seingalt

        @Pauline:
        Mademoiselle Fifi?
        Femme qui tire son bas?
        Tant Maupassant que Toulouse-Lautrec fréquentaient très assidument les bordels.
        Ce qu’ils ont dénoncé, c’était l’hypocrisie de la morale bourgeoise et parfois les conditions de vie des prostituées mais pas la prostitution en tant que telle, qui dans beaucoup de leurs œuvres est acceptée voire vue comme une nécessité sociale et, parfois, je maintiens, traitée sous un angle romantique.
        Mais on s’éloigne du sujet.

  37. Pauline

    Sinon, c’est toujours intéressant de voir à quel point le débat sur la prostitution est contextualisé. Quand on lit une majorité de commentaires, la prostitution est vue comme l’équation femme + violence envers elles + rapport sans désir = violence, donc on en tire l’équation : le sexe ne se vend pas. le sexe sans désir est une violence, toute prostituée est une victime. Paradoxalement, en les traitant comme des victimes et non comme des travailleurs, cela revient à les exclure très largement du système de protection social… y compris pour les accidents du travail.

    Niveau corrélation entre l’activité et le désir, beaucoup d’activités “pour gagner sa vie” sont effectuées sans désir réel. C’est sûr que la personne qui travaille dans un abattoir à tuer des boeufs le fait dans la joie en se disant qu’elle fait un super boulot et qu’elle a le désir de tuer des bestioles. Cela fait donc de cette personne une prostituée, une victime de la violence économique.

    Bref, j’aimerais qu’un jour quelqu’un m’explique la différence entre vendre sa sexualité, et vendre sa conscience, par petit ou gros morceaux comme bon nombre d’entre nous le font au quotidien dans leur travail et dans leur vie sociale.

    Ce qui me gêne, c’est qu’on prenne la réalité de l’esclavage sexuel et du viol marchandisé, qui est effectivement une terrible réalité, y compris en France, pour considérer que l’acte “en soi” de se prostituer est donc forcément une violence, et que tout(e) prostitué(e) est une victime, nécessairement. Dirait-on la même chose si les statistiques ne faisaient pas état d’autant de prostitution forcée, et si celle-ci était l’exception ? Et encore une fois, pourquoi les prostitués hommes sont ils toujours les grands oubliés de ce genre de débats ? Peut-être parce qu’ils auraient le mérite de montrer, comme le montre ce témoignage, qu’il n’y a pas qu’une manière de vivre la prostitution … surtout quand on est pas soi-même prostitué-e ?

    1. Priscilla

      “Bref, j’aimerais qu’un jour quelqu’un m’explique la différence entre vendre sa sexualité, et vendre sa conscience, par petit ou gros morceaux comme bon nombre d’entre nous le font au quotidien dans leur travail et dans leur vie sociale.” : vous devez alors avoir une vision très aseptisée de la prostitution ou un sens moral hors du commun pour mesurer les deux sur la même échelle de dégradation de l’être.

      1. Pauline

        Entre donner un accès à sa sexualité contre argent en toute liberté, comme l’explique l’auteur du témoignage, et par exemple pour un DRH mettre en oeuvre, parce qu’on lui ordonne, un plan social qui laissera des milliers de salariés sur le carreau alors qu’une société est en plein bénéfices, je ne suis pas bien certaine que le premier acte soit plus dégradant que le second.

        On peut multiplier les exemples, plus ou moins vastes, de la prostitution de notre conscience dans le travail…

        le problème n’est de toutes manières par là. Le problème est que les questions : “est-il moral de vendre sa sexualité pour de l’argent ?”, “est-ce nécessairement une violence même quand on croit le faire librement, “est-ce une activité comme une autre ?”,
        sont occultée, à tort selon moi, par un contexte qui est statistiquement très présent, celui de l’esclavage sexuel (on parle de 9 femmes sur 10 je crois), mais qui n’est pas l’unique réalité de la prostitution, ni l’unique manière de vivre la prostitution.
        Comme le montre ce témoignage.

        Donc la vraie question est ailleurs, et définir, penser, la prostitution ne doit pas se faire uniquement sous l’angle de l’esclavage sexuel et du proxénétisme, ou encore de la violence.

        C’est même dangereux, parce que comme j’essaie de l’expliquer, en les voyant nécessairement comme des victimes, et rien que des victimes, on en arrive paradoxalement à vouloir priver toute personne prostituée de ses droits et de sa liberté, voire de leur libre arbitre quand elles décident de se prostituer sans subir de contraintes.

        Encore une fois, comme l’explique la personne qui témoigne.

  38. I.

    Bonjour Margot.

    Je m’adresse à vous, je parle aussi aux autres.

    Comment pouvez-vous me dire que je vis un déni à travers quelques lignes, sur des mots énoncés hors de tout contexte ? 
    Connaissez-vous un adage qui définisse exclusivement le romantisme aux couples amoureux ?

    Je ne romance pas mes expériences, je ne les juge même pas. Je vis avec, car elles sont les fruits de mes choix, de mes erreurs aussi.
    Je ne parle pas au nom des victimes et esclaves, jetés malgré eux dans les réseaux de la prostitution criminelle.
    Je ne connais pas ce monde.
    Je ne l’ai pas côtoyé.
    Ces crimes sont réels et sont à combattre. Ils sont inhumains.
    Mais reproche-t-on aux danseuses professionnelles de contribuer elles aussi à la traite humaine ? Aux pharmaceutiques de contribuer à la pérennité du monde narcotrafiquant ?

    Et si ? Si j’aime de me faire prendre pour de l’argent.
    Suis-je coupable ? Suis-je une mauvaise personne ?
    Votre morale réprouve ce fait. Je l’accepte.
    Je ne suis pas à vous, je ne suis pas à eux.
    Je suis ma propre maître et essaie de traverser ma vie de la manière qui me convienne, sans faire ombrage à qui que ce soit.
    Et si ? Si j’acceptais les accidents qui me sont arrivés comme un policier accepte de se faire tirer dessus lors de son service, un pompier de se faire bruler, un médecin de se faire infecter.
    Les risques du métier existent, et oui, ils sont en relation directe avec mon corps et ma psyché. J’ai accepté ce fait.
    Me suis-je laissée faire ? Non.
    Et si ? Si de mon vécu je tire la conclusion d’avoir aidé directement ou indirectement des personnes, à tort ou à raison, c’est la vision que j’en ai eu.

    Alors oui, J’ai certainement eu une bonne étoile. J’ai su ne pas tomber dans les limbes des paradis artificiels.
    J’ai peut-être eu l’intelligence d’arrêter ce travail à temps ; et, sur ce dernier point, si un choix m’a été forcé, c’est finalement celui-ci.

    Car les putes, celles qui le vivent bien. Celles qui n’apparaissent pas dans les lignes des faits divers. Sont contraintes à se taire.
    Pour ne pas salir les leurs. Pour ne pas se faire jeter en pleine face qu’elles ne sont pas dignes de vivre au milieu de vous.

    Car c’est bien pour rester digne qu’elles se taisent. Digne dans vos yeux. 
    Maintenant, dites-moi, à qui la faute ?

    Je ne veux pas faire de tribune.

    Simplement, essayez de ne plus jeter l’opprobre sur des personnes qui font leur travail sans crime, sans vilenie et sans honte. Merci.

    1. Myriam FdF

      Ne vous fâchez pas… vous saviez qu’en donnant ce texte à Baptiste, vous courriez le risque d’être publiée et donc d’être jugée. Vous avez évoqué votre profession et la vision que vous en avez. Mais vous savez aussi que le mot “prostitution” fait résonner, pour la plupart d’entre nous, des histoires lues ou entendues concernant des femmes ou des enfants contraints à se prostituer par la violence… d’où certaines réactions épidermiques…
      A mes yeux, vous êtes une femme comme une autre. Aussi digne que n’importe qui. Vous avez eu un choix de vie qui n’aurait pas pu être le mien, c’est tout. Mais je n’aurais pas pu être politicienne, dentiste (j’ai une dent contre eux), bouchère (et encore moins poissonnière !), croque mort…. non plus 😉

    2. Cath

      Je ne pense que Margot jette vous jette l’opprobe , ni ne critique votre expérience, et je crois qu’elle vise ceux qui romancent ou s’imaginent romancer d’une manière ou d’une autre la prostitution, en gommant la frontière entre réalité -souvent sordide- et phantasmes, sachant que très vite le phantasme devient la seule réalité à leurs yeux.

  39. Herve CRUCHANT

    @Myriam. Ces choses qu’on est obligés de faire ou qu’on fait ‘comme çà’… Demande-t-on à un soldat que revient du front combien il en a tué, blessé, meurtri, avili… dans son métier de soldat? D’ailleurs il y a malaise chez ces gens qui guerroient; ils disent que c’est leur “job”. Tuer des êtres vivants, faire la guerre, quoi…un “job”. Discernement….
    Cette pute a choisi de faire cette activité un temps. Entièrement. Elle a fait ce job….

    L’avantage de la guerre c’est qu’elle est faite au nom de donneurs d’ordre; la responsabilité est vite diluée. En principe. On recherche vite, on trouve vite une excuse, un paravent. Et çà marche, puisqu’on distribue des médailles à la sortie.
    Le défaut de la prostitution c’est que le sexe sert à la fois à lâcher une tension qui est devenue douloureuse, peut-être y prendre plaisir, mais -mais- par le sexe s’exprime des sentiments d’attachements très forts, indispensables quand on cherche à fusionner son amour avec l’autre. C’est l’atteinte à cette valeur que l’on veut garder propre que l’on voit salie par la prostitution. Mais est-ce bien vrai ? Pour ce que j’en sais de l’avoir recueilli, une prostituée a des clients, rentre chez elle et peut prendre un immense bonheur à faire l’amour avec un qu’elle aime.

    Ce monde se complait souvent, lorsqu’il ne veut pas comprendre parce qu’il redoute les réponses qui pourraient sortir du chapeau, à faire des amalgames; changer les mots, assimiler, condamner…. Quelle misère ! et il n’y a pas que dans le domaine du sexe, vous le savez bien Myriam. J’ai vécu longtemps en plusieurs fois en Guyane où je me suis trouvé bien, parmi des copains musiciens. Que d’a priori ai-je rencontrés une fois le grand orchestre redevenu silencieux. Il y avait là des gens de toute l’Amérique du Sud, des Antillais -oups! désolé! des Martiniquais et des Guadeloupéens, nuance. Je finis sur cette note un peu plus légère : quel vrai spectacle de voir des un et les autres se chamailler sur la valeur de leurs origines respectives. Et çà devenait difficile quand ces îliens se liguaient pour tracasser le guyanais, “tellement proche de sa forêt natale”… Et tout finissait pas des tapes dans le dos en buvant un ti punch en compagnie d’un Brésilien et d’un Chilien…
    De la tendresse de balourds que nous étions. Laissons la pute finir son job et allons échanger des blagues avec elle au Bar des Sports. Si, un jour, vous passez par là, c’est sur la Place de la Poste….
    Que Mieux vous garde.

  40. Myriam FdF

    @Hervé,
    Le bar des sports, sur la place de la poste. C’est noté. Je vous présenterai mon Doudou, une montagne de tendresse de balourds…. mais vous le connaissez déjà, vous en avez fait l’exact portrait 🙂
    En attendant, je me permets de vous faire la bise.

  41. Philippe

    “dans un coins sombre d’un parc”
    “fâce” (récurent)
    Et quelques autres …

    Bibi, tu as corrigé l’orthographe, dis-tu ?

    Laisse, je taquine 😉

  42. lectrice boulimique

    Quand je lis cet argument éculé que la péripatéticienne sauve d’autres femmes du viol, j’avoue être plus qu’agacée.
    Ah bon les hommes il faut leur assurer un débondage de temps en temps sinon gare à la bête fauve … compris, madame l’épouse ? s’il va voir ailleurs c’est votre faute, vous pourriez faire un effort etc. Et quid des femmes qui n’ont pas de mari, pas d’amant, ou pas les moyens de se payer un gigolo de temps en temps ? Elles sont priées de faire maigre, et basta… et elles y arrivent, elles (merci quand même à l’inventeur du vibromasseur 😉 ).. En comparaison du nombre de femmes violées, on ne recense pas tellement de cas de messieurs violés au coin d’un bois par une femme en manque de sexe !
    Je désespère d’une éducation sexuelle, et d’une éducation tout court, qui dès le berceau et l’école dite maternelle pose les fondations de l’égalité des droits et des devoirs entre sexes, orientations sexuelles et tout basiquement entre humains. Le premier de ces droits et devoirs étant le RESPECT. C’est au nom de celui-ci que, si l’argument m’agace, je me permets de le dire mais pas de vilipender la personne qui l’a écrit, tout en lui signalant que si elle publie ou fait publier ses écrits, elle doit s’attendre à ce que ses propos suscitent le débat.
    “Il n’y a ps d’amour heureux?” si il y en a mais il ne l’est pas tout le temps, non, l’amour c’est une longue histoire et bcp de soins réciproques sont nécessaires pour être et rendre heureux.
    “Je n’ai jamais rencontré de clients heureux” : les psys peuvent le dire aussi, et les huissiers de justice, et les entrepreneurs de pompes funèbres ;-))… je souhaite à ces professionnell(e)s de tous métiers que leurs clients soient sortis de chez eux plus heureux qu’ils et elles y étaient entrés. Et d’être heureux, ou à peu près, dans l’exercice libre de leurs fonctions…

    1. Laetitia

      @ lectrice boulimique
      ABSOLUMENT ! vous m’ôtez les mots du clavier et je suis heureuse que quelqu’un ait su écrire ce que je n’arrivait pas, encore une fois, à formuler.

    2. Suze Araignée

      Eh oui, on est encore dans le bon vieux mythe des pulsions sexuelles irrépressibles (chez les hommes), qui d’ailleurs, est pas mal insultant vis à vis de la gent masculine.

      Quant aux viols, ce n’est pas tant une pulsion sexuelle qu’une pulsion violente, perverse. Le type qui va aux pute pour ne pas violer et tabasser une femme violera et tabassera la pute (d’aucuns pensent effectivement que c’est moins grave…).

  43. céline

    Baptiste, ce texte est magnifique, il me rappelle mon adolescence -non que j’ai vendu mon corps, la vie et mes parents m’ayant préservé de devoir le faire- mais mon désir d’écriture qui m’avait fait rédiger quelques nouvelles d’une pute qui,une fois son client couché sur son lit, devenait psy et écoutait ses malheurs…j’ai toujours pensé que les métiers du Soin (allant de la médecine à l’esthétique en passant par la prostitution ou la coiffure) étaient tous liés par ce fil ténu de l’écoute, de l’empathie, et que prendre dans ses bras un client qui bande ou un patient bandé, ça ne faisait pas une grande différence…merci donc à cette grande dame, heureusement qu’elle et ses consœurs existent …petit clin d’oeil: nous nous disputons elle et moi le titre de plus vieux métier du monde (je suis sage-femme) !!

    1. Mvuninn

      Chère maïeuticienne (vous permettez ?),

      Vous partagez deux caractéristiques avec les péripatéticien/ne/s :
      – la première que vous avez cité, de vous disputer le titre de plus vieux métier du monde, le unes auprès des femmes en gésine, les autres auprès des hommes en bandaison (ou pas).
      – la deuxième, vos noms de noblesse, cette façon un peu snob qu’on a de vous désigner quand on veut faire éduqué, viennent tous les deux de la philosophie antique (comme l’a souligné un précédent commentaire dans ces colonnes). Qui oserait donc encore dire que l’on ne se préoccupe là que des corps ?

  44. Suze Araignée

    À lire, vraiment, et disponible sur le net, la thèse de la docteure Judith Trinquart, La Décorporalisation dans la pratique prostitutionnelle. (180 pages, mais ça vaut vraiment le coup, si on veut faire plus que survoler la question)

    Où elle aborde, entre autres, cette dimension sacrificielle des prostituées qui servent d’exutoires aux hommes violents, violeurs, mal éduqués, et “soulagent les femmes ordinaires du poids des lubies des hommes de ce monde”…

    C’est ici : http://ecvf.online.fr/IMG/pdf/Trinquart.pdf

    1. adèle

      Vraiment intéressant, en effet.
      Si j’ai bien lu, cette thèse réfute au contraire ce rôle d’exutoire, la prostitution ne faisant que renforcer le caractère tolérable de la violence sexuelle.
      L’anesthésie du corps nié m’a impressionné, de même que l’ambivalence du discours des prostituées, et la méconnaissance de ces deux aspects par les intervenants du médico-social.

      NB A lire “Les corps inutiles” de Delphine Bertholon.

      1. adèle

        Et à l’instant à la radio, le chanteur Antoine qui explique que la prostitution organisée légalement comme en Australie ou en Nouvelle-Zélande, c’est beaucoup mieux. Pour qui ?
        Je vais essayer de lui mailer le lien …

      2. Suze Araignée

        Le corps nié et anesthésié, ça m’avait impressionnée lorsque j’avais lu Les Naufragés, avec les clochards de Paris de Patrick Declerck (que Judith Trinquart cite dans sa thèse d’ailleurs si je me souviens bien). Et pourtant, j’ai vécu dans la rue, et je me suis prostituée, mais heureusement pas assez longtemps pour en arriver à la totale négation du corps dont Declerck parle dans son livre… (entre autres, les chaussettes jamais quittées qui s’incrustent sous la peau du pied, ou une femme venue consulter pour “un bouton qui gratte un peu” et dévoile un cancer du sein énorme en phase terminale…).

    2. Cath

      Merci Suze.
      C’est très intéressant. Déjà, rien que les citations et l’introduction donnent à réfléchir.
      De la lecture de fond en perspective.
      J’espère que vous allez bien.

    3. carl

      Un gros bémol sur cette thèse qui me semble généraliser largement a partir d’un échantillon d’observation restreint a des prostituées qui sont en demande auprès d’associations et qui ont du mal a se soigner. Cela exclut beaucoup de monde …..en particulier les personnes qui assument leur métier et le vivent dans un cadre bien maitrisé. Le manque d’étude sur ces personnes ne permet pas de quantifier et ne permet pas de prendre des mesures généralistes “a l’arrache”.
      J’ai l’impression que la sélection d’échantillon n’est pas pur erreur méthodologique dans beaucoup de cas mais un outil de promotion d’une idée préconçue. on retrouve ce biais dans tous les domaines politiques religieux etc…..

  45. HuManIste

    Normal, les hommes pas heureux sont des femmes qui s’ignorent…Car La femme reste quand même la plus belle création de Dieu sur cette terre, et le plus grand des paradox pour l’homme…en fait les hommes n’ont jamais rien compris aux femmes…mais au moins il essayent…

    1. Herve CRUCHANT

      Cher Ami Croyant. (çà vaut bien des initiales, non, cette fois) Vous me provoquez sans le savoir; ce sont pour moi les meilleures des sollicitations, les sournoises, les espiègles…

      Mais oui : si l’ Hypothèse Humiliante avait créé la femme à l’endroit où les mâles l’ont conduite, telle qu’elle est assujettie aujourd’hui jusqu’à son idée, en plus d’être issue d’une côte -surement à dextre- d’être bannie à jamais des lieux saints, paradis inclus, supportant l’enfantement douloureux au péril de sa propre vie, rabaissée comme il est peu imaginable -à moins d’aller voir de près… pour les voir se faire décapiter dans la rue, violer par dix résidus d’humanité triomphante, etc… etc… si ‘cela’ était l’une des plus belles créations, alors, çà justifierait bien de perdre toute idée de foi au-dessus de 9000 mètres, chaussures comprises. Ceci fait, en passant, se demander pourquoi toute cette haine ordinaire et si tant jouissive dure encore et toujours.
      Mais, bon, je l’avoue, je ne connais rien aux femmes. Je ne fais que les aimer.
      Un prototype raté, en somme.
      Priez pour moi.

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