Une famille.

Alors voilà, visite à domicile, j’entre : petit appartement, un buffet, des tapisseries, une photo du pape. Au milieu du salon, un lit médicalisé.
Une dame dort au milieu.
Elle est paisible entre les draps.
Moi, je trouve que ça sent un peu trop le déodorant d’ambiance, et je sais la vérité de cette odeur : quelqu’un veut camoufler la mort qui arrive en raclant les murs.
D’ailleurs, dans mon imaginaire, je ne peux plus sentir un déodorant pour toilettes sans avoir le ventre qui se tord et l’idée absurde que quelqu’un va mourir (le pire ? Air Wick “Pins des montagnes”. Il me fout des plaques rouges sur tout le corps celui-là…).
La patiente est avec ses deux sœurs et son petit frère. Ils l’accompagnent et se relaient. Ils viennent chacun des quatre coins de la France. Soins palliatifs à domicile. Il y a des pansements, des flacons, des médicaments partout.
Je prends la tension artérielle, je demande où elle a mal et si les traitements la soulagent. J’ai l’impression d’être inutile… Pendant 20 minutes et pour la somme de 33€ je suis le Don Quichotte de ce moulin à vent.
La fratrie s’occupe de sa sœur et s’en occupera jusqu’au bout.
On m’explique que la sœur malade ne voulait rien dire à personne au début , mais quand elle a été trop fatiguée, ça n’a plus été possible, ils ont bien compris qu’il y avait quelque chose de grave.
C’était la maison ou un centre de soins palliatifs.
Moi, je “subis” les photos.
Car les photos sont partout.
Enfants, vacances, école… De vieux clichés de famille.
L’aînée triture le cordon de sa robe de chambre, puis le resserre.
– On découvre, dit-elle.
(Je comprends qu’elle parle de la mort.)
– C’est important.
(Je comprends qu’elle parle de la mort de sa sœur.)
Sa main est agitée d’un petit mouvement concentrique, nerveux.
– Je mets les pansements là et là, je nettoie comme ça, je change la poche tous les deux jours. Est-ce que c’est bien, docteur ?
(Je comprends qu’elle parle d’amour.)

Ce jour-là, je suis sorti de chez eux, il pleuvait. J’ai gagné l’abri d’un porche, j’ai attrapé un téléphone et j’ai appelé mon père. On a parlé de tout et de rien. Ensuite, j’ai appelé mes deux grandes sœurs. L’une était inquiète pour son fils qui tousse, l’autre était inquiète pour sa fille qui a du mal à apprendre son alphabet. Du coup, je me suis retrouvé inquiet pour mon neveu et ma nièce. Enfin, j’ai appelé ma mère. Elle était inquiète pour tout le monde, comme d’habitude.

Je crois que j’ai de la chance.

(((((((( P.S. : si la première lecture vous paraît trop triste, remplacez le mot “mort” par le mot “gastro-entérite”. Voilà. )))))

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Si vous aimez cet article ou un autre (et la deuxième photo d’aujourd’hui qui est collector, vous serez d’accord !), faites-le découvrir à vos amis ! Partagez en bas à droite de chaque article…
À bientôt et bonne journée !
Et vous pouvez me suivre aussi sur FACEBOOK
Baptiste Beaulieu.

125 réflexions sur « Une famille. »

  1. PrincessH

    Parfois, je me dis que la vieillesse, c’est une grâce que nous fait la nature pour nous encourager à partir, et pour aider ceux qui restent à accepter le départ. La maladie, c’est une vacherie. Nature is a bitch, sometimes.

    1. chel

      alors princess profite quand tu va vieillir, car actuellement je suis entourer de vieilles personnes – mon père et sa copine – très agées mais encore en assez bonne etat mental et physique qui ne veulent pas entendre de preparer quoi que c’est soit pour affronter des jours plus difficiles. or ils sont le temps. la lucidité , l’argent etc. mais ils ont peur de la mort!!!!! Parceque après tout ca, tout ca j’entends il y a la mort1 et c’est difficile entendre quand va mourir un jour, même a presque 90 ans

  2. marmotte

    Article lu en même tant que l’écoute de la chanson “mistral gagnant” reprise par Coeur de Pirate: frissons et pleurs garantis….encore un très bel article…merci pour ce partage….

    1. Mésange

      Michel… j’aime quand les silencieux habituels se lancent dans les commentaires sur le blogàBibi : z’ont des choses à dire les silencieux!

      MumBibi et martineduouiabe 😉 : v’là une habitude… et une normitude (ou pas!) que je partage fortement! La mésange aime savoir les siens à portée de plumettes… ou de Skype.
      Baptiste, les huiles essentielles te font-elles le même effet qu’un désodorisant “ordinaire”? Moi, j’aime leur odeur qui ne masque pas mais accompagne… et peut aider. Je sais! Homéo, aroma… l’oiselle a un fort penchant pour le non allopathique… tant pis, j’t’aime quand même! 🙂

      1. Ahava

        J’adore les huiles essentielles mais ça shoote sévère quand même!
        (oui, on peut faire un bad trip avec de la sauge officinale, sachez-le)

  3. michel

    Parmi tous ceux qui ne font pas de commentaires écrits, je crois nombreux ceux qui, comme moi, lisent précieusement les épisodes, les rencontres, les questions, les doutes, les émotions, de BiBi, éperdus de reconnaissance qu’il les ajoute au fil des années.
    Notre silence, BiBi, révèle combien nous avons besoin de cet oxygène, de cette attention pudique, de ces partages modiques qui colorent nos vies et nous rapprochent.
    Merci, BiBi, Précieux !

    1. Julie

      Oui, merci Michel ! C’est vrai, ils sont nombreux les silencieux. D’ailleurs, je sors peu souvent de mon silence (pour remercier d’avoir découvert M83, pour souhaiter bon anniversaire avec un dessin de lion entouré de petites culottes [j’étais inspirée ce jour là…] et parfois pour écrire bien plus et me livrer un peu aussi, comme aujourd’hui. Car on se livre toujours un peu quand on écrit.) J’ai longtemps peu commenté car j’avais l’impression que tout été déjà dit dans les commentaires des autres (ça aurait fait redite peut-être ?) Et puis certains écrivent tellement bien (au passage, un grand bonjour à M. Hervé Cruchant, Grand 33 et les autres !) Pourtant ils sont nombreux les silencieux qui, comme moi, suivent le blog/page Facebook depuis le début ! Témoins de leur évolution et de celle de Baptiste aussi (on attend le projet indien avec impatience !) Et puis un jour, j’ai décidé de m’y mettre: moi aussi j’ai des choses à partager ! Et je respecte infiniment ceux qui ne le font pas, car effectivement je suis persuadée qu’ils lisent et attendent impatiemment chaque article. Ils (nous) sont ceux grâce à qui ce succès est possible !

      Bon, à présent je vais arrêter d’écrire. Deux commentaires en une seule journée, ça fait beaucoup pour une ancienne silencieuse comme moi…

      ps: la bise à toi Baptiste !

    2. mimibrobro

      Je suggère ,Michel ,que nous formions tous ensemble. le “CLUB DES SUPPORTERS DE BIBI”!!! (écharpes ,banderolles ,bonnets…) bon ,j’arrête là mon délire …..bonne journée à tous

  4. Julie

    Comme j’ai pu me sentir inutile parfois lors de mes visites à domicile. Face à une personne vulnérable, inquiète (la famille parfois davantage), attendant LA solution qui lui permettra de rester chez elle jusqu’au bout. Et moi, avec mes 2 petites heures par jour d’auxiliaire de vie (maximum!) que je peux proposer pour les soulager. (assistante sociale, j’allais au domicile des personnes âgées pour évaluer leur perte d’autonomie et proposer un plan d’aide). Pour beaucoup, quand la dépendance est là ce n’est pas suffisant. Pour d’autres, c’est un soulagement et ils me remercient et j’ai parfois un peu honte de tant de gratitude (car enfin… 2 heures !) Ce n’est pas fréquent que la famille puisse se relayer autant. Bien souvent les aidants s’épuisent. Cette dame a de la chance, elle est entourée d’amour.
    Malgré tout, j’aime les vieux (non, “vieux” ce n’est pas péjoratif ! Plus tard je veux être une vieille. Une vieille rigolote.) et je continue à travailler avec eux (suivi des familles accueil à présent). Ils nous renvoient tellement de choses…
    Tes histoires avec eux me parlent, je m’y retrouve.
    Ne t’inquiète pas autant, malgré la douleur, la mort, les corps abîmés que l’on croise, je persiste et signe: la vie est belle !

    1. marie

      j’ai toujours aimer parler avec les pépés et les mémés les aigris, les rigolos, les originaux, des puits de connaissances , les générations passent et on refait la même connerie on oublie d’échanger, de se dire, de s’aimer et quand on sort la bombe airwick pour beaucoup il est trop tard, qui était mon père? est-ce que ma mère aurait aimé ce jardin? les regrets se ramassent à la pelle, alors oui soulez vos parents papis et mamies de questions avant que le phono s’éteigne.

  5. Luciana

    Bisous B! Ces jours d’été je me transforme en medecin traitant. Je negocie des hospits pendant 2 h… Je pense a toi! Bon aniv!

  6. annaick

    Oui, une fratrie, cela peut être la plus merveilleuse chose au monde, cela peut aussi être la pire ! Parlez en aux notaires qui voient les familles se déchirer pour une petite cuillère autour du cercueil de la Mama !

    1. Albigène

      @annaick

      Je partage vôtre avis. La famille…. Pour certains ici, nous faisons partie de la même famille, sans lien du sang. Je pense à la chanson de JJ Goldman

      J’connais pas ta maison
      Ni ta ville, ni ton nom
      Pauvre, riche ou bâtard
      Blanc, tout noir ou bizarre
      Je reconnais ton regard

      Et tu cherches une image
      Et tu cherches un endroit
      Où je dérive parfois

      Tu es de ma famille
      De mon ordre et de mon rang
      Celle que j’ai choisie
      Celle que je ressens
      Dans cette armée de simple gens…

      Merci pour ce post très émouvant Baptiste et la photo : ton Pays, ta famille…..
      J’envoie un peu d’amour à tous ceux qui se reconnaitront ; suis je un cœur d’artichaut…?

      1. patiente

        Oui Jean-marie mais on aime l’artichaut !!! Je suis d’accord avec Cilou. Et comme on s’est TOUS reconnus, on se délecte de tout l’amour que tu nous envoies !!! Samedi c’est la St Amour !!! Baptiste, n’oublie pas !!!! Bises à Clairette, Marie-Pierre, Le Grand, Baptiste bien sûr, martine,

        1. Albigène

          @Patiente

          Très chère amie….Je suis heureux d’être aimé. Mais un cœur d’artichaut souffre pour de multiples raisons notamment des tortures, morales mais aussi physique car pour le consommer souvent on lui arrache les poils…

      2. annaick

        la famille choisie est certainement la plus aimante, quelles que soient les différences, on se reconnait, et le plus grand mérite de Docteur Bibi (en plus de ses magnifiques écrits) est de nous servir de lien. Bonne journée à toute la famille de “Alors voila !”

  7. soeursourire

    L’inquiétude n’est rien, elle fait partie du job de parent.

    Ils ont toujours été là pour vous, vous le savez, et ils le seront encore, même quand ils ne seront plus. Il y a tant de façon d’être présent pour quelqu’un …

    La souffrance, elle, est terrible, et la pire pour moi est de voir son enfant souffrir, moralement ou physiquement, de maladie ou d’autre chose.
    Cela seul est insupportable.

  8. nathdesrev

    Des mois que je vous lis sans commenter : vos mots portent les sentiments les plus doux et les plus durs aussi. Souvent je sens dans la fratrie que j’ai fondée tout cet amour (entre les cris et les disputes sinon ça ne serait pas drôle…) Merci pour mon cœur de mamounette (inquiet… parfois…)

  9. Mamzelle V.

    Bonjour, Dr B. !
    Malgré mon ordi qui rame comme un galérien neurasthénique, j’ai voulu , une fois de plus, vous faire part de mon émotion. Cette tranche de vie est magnifique (car je trouve que cela parle de la vie, malgré tout). Merci de l’avoir partagée avec nous. Vous êtes un poète (et je n’ai toujours pas lu Pessoa).

  10. ripon

    La famille, une force?une faiblesse?je suis une maman qui se sent nulle en cette période où sa fille est revenue un temps pour les vacances,sa petite infirmière au coeur brisé par un amour deçu,qui ne sait plus si elle doit partir au bout du monde ou bien rester,je suis une fille aussi dont le père est en fin de vie et là aussi je me sens nulle ,moi qui en principe réconforte les autres au sein de ma famille je ne suis d’aucun secours.
    Merci Baptiste pour pour vos écrits ,celui d’a’ujourd’hui me touche particulièrement
    Cathy

    1. marie

      non vous n’êtes pas nulle, vous êtes intimement touchée , en prise directe avec la souffrance de vos piliers.
      Dans ces moments là il faut juste trouver les mots qui apaisent, qui montrent le chemin, déchirer le voile de la peur et laisser couler le flots des larmes toute seule sous la Lune. Ne vous oubliez pas; prenez soin de vous.

    2. lectrice boulimique

      “Moi qui en principe”…. sagesse populaire et irrespectueuse mais sagesse qd même: “les principes c’est comme les pets, on finit tjrs par devoir les lâcher un jour ou l’autre”
      Salut et fraternité à Ripon qui se sent nulle mais qui a les mots pour le dire tout simplement !

      Merci de cette sincérité à admettre que voilà, aujourd’hui (ou hier ou demain) on n’est pas/plus la superwoman, juste “soi” avec ses doutes et ses limites.
      Merci de le dire et de le partager avec ceux et celles qui rament (et se croient seuls à le faire) pour devenir et:ou rester superman/woman… et qui se plantent dans le décor

      C’est pas la performance qui fait la supermaman ou la superfille… c’est plutôt d’être là, présent(e) et sincère. Dire à sa fille dans la peine ou à son père qui part sans savoir où: “Je ne sais pas quoi te dire, sauf que quoi qu’il t’arrive je t’aime”… Et le lui dire même si ça fait pleurer… c’est peut-être déjà ça le miracle…

      P;S.: SuperBarnum peut aller derrière le décor se rhabiller… et se faire soigner par SuperBibi !!!!!!!!!!!

    3. Marie-A.

      La famille est une Force et parfois une faiblesse car ce qui nous blesse le plus vient des gens que nous aimons :-/ Vous n’êtes pas nulle devant la détresse de votre fille, vous êtes là. Les réponses à ses questions sont dans son Coeur -et un peu en sa raison :-))
      Qui n’est pas désemparé devant la fin de vie d’un parent ? Cathy, vous avez simplement besoin d’être soutenue à votre tour, si vous permettez “Free Hug” pour vous donner plein de Force pour avancer car vous avez besoin “d’un mars et ça repart”. Laissez vous le temps, ces moments sont forcèment difficiles. Les préparatifs des proches pour monter sur les poneys multicolores sont très longs et trop courts, les sentiments s’entremêlent, vous êtes un peu perdue, quoi de plus normal ? Plein de belles pensées à vous et votre famille

    4. Michèle

      “Petite infirmière au coeur brisé”, cette phrase a fait jaillir mes larmes.
      Moi aussi j’ai une petite infirmière à la maison, qui s’est faite opérer il y a un mois.

      Et du coup, je prends conscience que, oui, l’inquiétude, ça use, depuis un an et demi, accompagner la famille à l’hôpital, pour diverses raisons, même si on le fait sans effort, même si l’issue pour chacun est heureuse ; l’inquiétude, ça use. C’est le lot des mamans en particulier et de l’homme en général, il me semble.

      Bon … moi qui ne pleure jamais … je me permets d’exposer mon coup de blues ici … mais pleurer un coup, ça fait du bien, quand même 🙂

      1. Mésange

        Parent, fratrie, enfant… l’inquiétude est là pour tous quand un problème important de santé surgit. Certainement plus vive quand il s’agit de son enfant, car si perdre un parent est à peu près dans la logique des choses de la vie même quand c’est bien trop tôt, voir mourir un enfant est inconcevable pour une mère et un père. Quant à la mort d’un frère ou une soeur, c’est tellement difficile à accepter aussi… et s’il est plus jeune que nous si culpabilisant en plus. L’amour ne peut hélas pas tout.
        L’anxiété, parfois l’angoisse, rongent le coeur de ceux qui sont à côté de celui qui ne va pas : ils se sentent souvent si impuissants face à la douleur et aux progrès de la maladie, si peu aidants au final, que cela en est frustrant et arriverait à mettre en colère contre soi, contre tout… tout en rendant si triste, voire si désespéré. Et pourtant, il faut tenir encore et encore, parfois porter malgré ce sentiment de ne pouvoir jamais en faire assez… jusqu’à ce que la “dame en tailleur Chanel” ait le dernier mot.
        Souvent, on s’épuise tant dans cette relation d’aide qu’il est impossible de continuer et c’est encore plus déstabilisant/frustrant/culpabilisant/encolérant/désespérant de se rendre compte que tout notre amour ne nous donne pourtant pas la force nécessaire pour tirer de là ou pour accompagner/porter jusqu’à la fin.
        Alors oui, à plusieurs aidants c’est bien plus facile… matériellement, et certainement facilitant aussi moralement… tout en n’empêchant hélas pas tous les sentiments dont j’ai parlé plus haut.
        Douces caresses de plumettes à tous ceux qui souffrent de ne pas avoir/avoir eu un amour-magicien.

  11. Ollia

    Voilà pourquoi toutes les semaines, j’appelle avec application mes deux grand-mères, pour prendre de leurs nouvelles, les écouter se plaindre de leurs petits maux liés à leur âge, me dire que je devrais regarder tel reportage aux infos etc etc…
    On ne se rend parfois compte que trop tard de l’importance de la famille, de la connerie des disputes qui parfois la déchire.
    N’attendez jamais pour dire à vos proches que vous les aimez. Et rien ne fait plus plaisir qu’un ptit coup de fil comme ça, l’air de rien 🙂

  12. Grand33

    Bonjour Bibi,
    Plus je te lis et plus je continue à aimer le chocolat blanc et le chocolat noir.
    Toutes les mumbibis, les frères et soeurs se reconnaitront dans cet article ……
    Je pense que la fin de vie doit être plus douce entouré des siens.
    la bise

  13. Myriam FdF

    Une amie infirmière m’avait dit que la mort a une odeur. Qu’elle savait, en entrant dans la chambre d’un patient que les poneys multicolores étaient déjà là… J’ai pensé “légende hospitalière”…
    Des années plus tard, en entrant dans la chambre de soins intensifs où était mon père depuis un mois, j’ai su. Pourtant, rien ne semblait changé, les appareils fonctionnaient toujours, mais il y avait un plus qui m’a fait froid dans le dos. Lorsque le médecin est venu nous dire, avec douceur, qu’ils arrêtaient le traitement, je n’ai pas été surprise.
    J’ai pensé à mon amie et lui ai demandé pardon d’avoir douté de sa parole. La mort a une odeur.

  14. nots

    Bon ben voilà, ça y est, cette nuit, vers 1h15 j’avais fini de lire tout le blog commencé il y a 48 h je crois…
    Et ce matin, y avait une nouvelle note ! youpiii !
    Je racontais hier à une collègue et ce midi à une amie (qui en a accompagné une autre en fin de vie), la découverte de ce blog. Et lorsque j’ai dit que le but était de réconcilier les soignants et les soignés, elle se sont exclamé : “ben y a du boulot ! “.
    Le truc, c’est que la collègue en question et celle qui est décédée il y a quelques semaines sont/étaient elles même médecins, soignées pour des pathologies graves… Passées de l’autre côté de la barrière quoi…et elles se sont senties maltraitées. Par…leurs confrères.
    L’une d’elle n’est plus là pour témoigner, l’autre le fera sans doute.
    J’espère.
    Pourvu que ça bouge.

    1. Cilou

      Bienvenue Nots dans la grande Famille du BlogàBibi !

      Il y a du boulot, c’est une évidence… Mais Baptiste s’y attelle avec brio. Et c’est aussi à nous, qui suivons l’évolution de sa réflexion, qui l’alimentons, de l’aider à réconcilier soignants et soignés. Par nos gestes au quotidien, nos paroles, nos pensées, nous qui sommes soignants et/ou soignés et/ou accompagnants et/ou amies, familles de soignants, soignés, accompagnants etc.

      Il y a du boulot, mais il est fait avec plaisir.

  15. baba

    je ne lirai pas les autres commentaires, je ne remplacerai pas par “gastro entérite”. je suis bouleversée par “au début elle ne voulait par le dire”.

  16. La groupie en doudoune rouge ou manteau noir ou cuir fauve.....

    Suis je la seule à ne pas trouver ce post trite mais émouvant ???
    Une famille soudée face à l’épreuve pour aider l’un des leurs à “passer”?
    Cette sœur ne sera pas partie seule,mais tellement bien accompagnée….

  17. Soulalune

    ” La famille, ça s’éparpille, les jeunes s’en vont là où ça brille, les vieux s’éteignent comme des brindilles, pour un rien, une pécadille, ce sont les années papier d’verre qui usent l’endroit et l’envers. Et pourquoi, moi j’en sais rien, tout c’que j’sais c’est que j’me souviens qu’on s’aimait bien “.
    Cela dit qq chose à quelqu’un ? Allez, je vous aide un peu avec les initiales : MJ

    1. Cath

      J’aime bien ce texte que je découvre, mais je ne sais pas qui est MJ.
      Soulalune, prêtez-moi votre plume et écrivez- moi un mot ?

        1. Albigène

          @Soulalune
          Le rapprochement du pseudo et de Jonasz… tout est dit non..? C’est un grand Jonasz !! La chanson “Arthur”, hommage à un Arthur Sims, l’un des deux frères choristes qui l’accompagnaient dans la boîte de jazz et qui est mort du sida trop tôt embrume mes yeux. Elle mérite l’écoute même si le morceau est long (7 minutes). La version en ligne n’est pas la meilleure et je précise pour celles ou ceux qui voudraient l’écouter que la voix que l’on entend à la fin du morceau, est celle de d’Arthur, une vieille bobine enregistrée, qui entame une vocalise époustouflante. Frissons… yeux qui piquent..
          http://www.youtube.com/watch?v=QggGyqgpz8w

          1. Soulalune

            Je la connais par coeur … merci de me la rappeler Albigène … “sans toi c’est plus dur”… c’est vrai , frissons garanties …

          2. Soulalune

            “Tu m’fais plus la courte échelle, j’peux plus monter, sans ta voix qui jusqu’au ciel, pouvait aller, ta voix, me donnait des ailes, aller chante encore une dernière fois …”

  18. Libellule

    Docteur,
    vous n’avez pas été un Don Quichotte pendant 20 minutes et pour 33€. Je sais bien que les soignants s’imaginent souvent que s’ils ne soignent/guérissent pas, ils ne font rien ; mais s’ils soignent/prennent soin des mourants et de leur entourage, ils font du bien.
    J’ai accompagné en soins palliatifs à domicile un parent qui, ayant travaillé en maison de retraite, refusait de “mourir comme eux, seul dans un lit d’hôpital, souillé, avec l’odeur des médicaments” pire semble-t-il que le pin des landes dans ces moments-là. L’équipe de soins palliatifs à domicile ne pouvait pas intervenir avant plusieurs semaines, faute de place (nous leur en avons libéré une, décès avant l’échéance). Je me souviens du médecin traitant qui passait tous les jours ouvrés et qui nous a soutenu, et du remplaçant du SAMU venu poser une perfusion un dimanche pour éviter une souffrance et un embarquement de force à l’hôpital. Grâce à eux, mon parent a pu mourir dans son lit, entouré, avec sa musique et son odeur préférée (tabac froid/nicotine, tous les goûts sont dans la nature)…
    MERCI

    1. Cilou

      @ Libellule : je pense que tu as tout à fait raison. Il n’est pas forcément nécessaire de faire. Il suffit parfois d’être. Être présent, soutenant, à l’écoute, empathique, humain.
      Parfois, et surtout lorsqu’il n’y a rien à faire, partager un fardeau permet de ne pas laisser une seule personne (ou une seule famille) en porter tout le poids. Ça n’enlève pas la peine, mais ça la rend moins insupportable…

  19. aurore

    Merci B. pour ma petite larme du matin. Lire le blog fait parti du rituel en buvant mon café, c’est toujours aussi beau, émouvant, touchant et bien écrit. Grosses pensées pour tous ceux que j’aime et ceux qui ne sont plus là. Continue à jouer les Don Quichotte, c’est important pour tous les proches.

  20. isabelle

    Pour la première fois je sors de ma lecture silencieuse; je pense que même si on est impuissant, la famille et les patient apprécient qu’on soit juste là; Généraliste depuis 15 ans je lis avec avidité ces instants, ces joies, ces doutes, ces détresses aussi qui font écho en moi, et je guette chaque jour un nouveau post qui me permet de me sentir moins seule dans tout cet imbroglio d’émotions ressenties face(et grâce) aux patients. Merci en tout cas.

  21. Nath

    Bien sûr la tristesse d’une vie qui s’achève, la douleur si présente des proches, de celle qui part. Mais que cette souffrance puisse se partager, entre frères et soeurs, enfants ou conjoints, là est l’essentiel. C’est ce que j’ai ressenti très fort, à chaque famille rencontrée, chaque personne visitée, à domicile ou à l’hôpital. Assistante sociale, comme Julie, autour du maintien à domicile et de l’accompagnement de la dépendance. La solitude dans ces moments là, c’est ce qui a toujours été le plus difficile.
    Alors on peu se sentir inutile parce que l’issue ne change pas. Mais que c’est important d’avoir été là, un peu ou beaucoup, chacun à sa façon, même un soignant qui ne passe qu’un moment, un travailleur social, si on peut amener un peu de paix, ôter un souci, laisser un peu de bienveillance, ce n’est jamais inutile. J’y crois toujours.

  22. Herve CRUCHANT

    Mon petit frère de 53 ans moins 0,1 a fini de vivre en mai. Tout le monde vous dira que c’était normal, attendu et tout : en fait on ne saurait dire de quoi il est mort. Cirrhose, cancer du foie, hépatite C, séropo depuis 25 ans, dépression, alcoolisme profond, goût de vivre autre chose, fix de ceci, de cela, de tout ce qui peut s’injecter ? De tout un peu trop. La question n’est pas là. Evidemment -les junkies le sont parfois et c’est, là aussi, excessif- sensible et intelligent. Fin et tendre… Belle gueule de séducteur un peu escroc des cœurs, tu vois le genre…
    Le plus jeune frère d’un nid de six…
    Je m’égare un peu, excusez.

    Je voulais dire que nous, ses frères et sœurs -et moi l’aîné évidemment- avons été là souvent là pour essayer de le sortir de sa psychose d’abandon. De ces grammes d’alcool obligatoires pour rester lucide. De ces paquets de tabac de toutes origines…de ces essais de médicaments…de ces cinq mille euros de presciptions par mois -“c’est toi qui bosse, c’est moi qui creuse le trou de la sécu, grand frère!”- … Pour le faire redevenir ce qu’il était côté ensoleillé de la Force. Pas comme quand je lui changeais ses couches, mais quand même un peu. Chacun avec ses propres arguties, ses propres vocabulaires inéfficaces et dérisoires. Jusqu’à l’accompagner au bord de ses propres gouffres au risque d’y tomber ensemble.

    Le texte du jour me rappelle ces échecs. Mes échecs, face à l’irréversible. On a beau être forts et généreux. Il y a un moment où la différence avec l’autre est la substance même de la solitude. La vraie. Et qu’on est devant l’évidence : “chacun est égal” au départ, veut dire aussi “chacun sera seul” à la fin. On croit avoir guéri quand on n’a pu soigner qu’un peu. Toubib ou frère aîné. Amour ou non. D’où pensez-vous que l’on puise sa propre désespérance?

    Tout à fait conscient qu’il n’en avait plus que pour quelques heures, il a ordonné de n’avertir personne de sa disparition prochaine de sa fratrie, avant d’avoir été incinéré et jeté dans le Raz de Sein.
    Promesse tenue par les femmes qui entouraient son lit. Un fucking broth’, signe du Lion, le mécréant !

    Quand on n’a plus l’inestimable recours d’un contact avec ses parents, partis faire du ponney multicolore, la rage sourde est un refuge qui aide à supporter la douleur. Mais n’empêche pas les larmes. J’ose penser qu’il en avait conscience et que c’est son ultime cadeau.
    On peut rêver, non? Des fois, ça aide aussi.

    1. soeursourire

      Quand certains semblent “avoir l’âme chevillée au corps”, d’autres ont en eux une pulsion de mort.
      L’explication viendra-t-elle de la génétique, des neurosciences ou de la psychanalyse ? Je ne sais.
      Pensées affectueuses et free-hug.

    2. LydieCor

      Oublie le mot échec, stp Hervé. L’addiction n’est pas la responsabilité de l’entourage. Ton frère était le seul maître de sa dépendance ( qui est une maladie), vous étiez les témoins des conséquences de l’usage et ton sentiment d’échec est peut-être lié à la connaissance de certaines raisons de l’usage. Chacun est libre d’accepter ou non la main de l’autre ( que cette main soit fraternelle ou médico-psychologique). On a tendance à projeter nos désirs propres sur les autres, et tu as raison, il a probablement fait le choix de vous épargner une douleur supplémentaire en partant sans que vous soyez présents
      “Une vie, c’est une histoire. Et une histoire n’est pas forcément un conte de fées. Elle est quelque chose qui arrive à quelqu’un, qui le conçoit ou le déçoit, le fait ou le défait, souveraine et immuable, intransigeante et inexorable. Ce qui importe, c’est ce qu’on en tire, pas ce qu’on y laisse. ” Yasmina Khadra, in L’écrivain
      Douces pensées.

    3. Mésange

      LydieCor le dit fort bien : Hervé, le décès de ton frère n’est pas TON échec ; je suis bien certaine que ton coeur généreux et aimant l’a accompagné, aidé, porté aussi loin qu’il était possible.
      Il est un moment où l’entourage ne peut plus rien : l’a tout simplement pas les clés pour déverrouiller le(s) problèmes à la base des addictions ; ça, c’est l’affaire des pros… qui ne peuvent pas tout non plus si la personne elle-même ne peut pas/ne veut pas se prendre en charge, affronter ses manques, ses peurs et peu à peu faire avec.
      Il est possible d’aider et d’être aidé, il est aussi toujours possible de partager ses doutes, ses inquiétudes, ses peines, ses frustrations, ses peurs… pour alléger un peu le fardeau sur nos épaules (et les amis peuvent être géants pour ça! parfois plus que la famille qu’on ne veut surtout pas inquiéter/décevoir).
      Mais, et pas seulement à la fin me semble-t-il, chacun est seul avec ce qu’il est, avec ses choix et ses non-choix, avec son désir ou non de se prendre en charge et en main pour tenter d’avancer le mieux possible sur son chemin de vie. Pour rencontrer, sinon le bonheur, du moins l’apaisement et l’envie de vivre… en saisissant toutes ces petites choses qui éclairent la vie quand on arrive à les voir après avoir traversé ses propres ouragans.
      M’en vais oser quelques caresses de plumettes, Monsieur Cruchant! Moi aussi je veux rêver… que tu vas accepter un peu de baume-douceur pour apaiser ta rage et ta douleur. Y’en-a-des qui disent que “les grands ça pleure pas” : bernique! Foi de mésange parfois mini-saule-pleureur, pleurer ça fait du bien là où ça fait mal!

    4. Sylvie

      “Je m’aime pas mais il y a encore quelqu’un qui m’aime. Malgré tout le mal que je me donne pour l’empêcher. Est ce à dire que j’en vaux le coup? J’y crois, j’y crois pas, j’y crois…”
      Seule lumière dans la nuit d’un addict à l’autodestruction, ce doute.
      Tu as été cette lumière.

      1. ACT

        Bon, je reprends la suite, le début est parti tout seul !
        Je découvre donc ce blog seulement maintenant, et finalement vos commentaires à tous sont aussi enrichissant que ceux de doc Bibi Beaulieu ( nom de famille d’une personne que j’aime beaucoup, comme quoi).
        Votre message a trouvé un écho chez moi, ayant comme vous perdu une petite sœur qui bien que se sachant aimée, ne savait pas s’aimer.
        je crois que nous continuons à les aimer même dans leur absence et tout tordus qu’ils étaient, ils nous manquent. Est-ce de l’égoïsme ?
        Ma fille doit me ramener les deux livres ce soir, alors je crois que je vais passer un bon moment.

  23. missmoon

    Je lis souvent ce blog, en silence…
    Mais cette histoire, quel écho elle fait résonner en moi!!

    J’ai accompagné mon papa dans ce passage, avec mes soeurs, avec ses frères.
    Pendant 3 jours on a chanté, on a dansé, on a ri et on a pleuré, un peu.
    Toute sa vie on a été là, faibles et désespérément inutiles face à l’addiction qui l’a emporté.
    Alors on espère au moins que l’accompagner dans sa délivrance l’a aidé à partir tranquille.
    Mon papa (sobre) me manque, mais son départ n’a pas été triste. J’aime à me rappeler de cet amour qui flottait dans la pièce ces jours-là, si présent qu’on aurait presque pu le toucher.
    Ainsi va la vie…

  24. Erik2922

    J’ai ouvert le lien par curiosité pour l’illustration et à la lecture du premier paragraphe, je me suis retrouvé il y a quelques mois, avant le 21 mai…
    Il faut remplacer le désodorisant par un mélange huiles essentielles – désinfectant qui permettait tout juste d’atténuer cette odeur que j’avais connue un an et demi plus tôt pour ma belle mère.
    S’occuper d’un malade en HAD est un travail énorme, ma maman s’en remet doucement.
    Je crois que le médecin de mon père devait ressentir la même impuissance de voir un ami de 40ans s’en aller après 10 ans de combat, on ne le remerciera jamais assez, comme l’oncologue qui a fait preuve d’une humanité rare dans des moments où beaucoup préfèrent rester distants (et je comprends que ce ne soit pas simple de savoir quoi faire ou dire).

  25. Philomène

    Bonjour Baptiste (c’est comme si nous nous étions déjà rencontrés…dommage que vous ne semblez pas pouvoir venir en Belgique?) Vous êtes médecin, écrivain, et avez sûrement beaucoup d’autres compétences… Vous auriez pu être psychothérapeute… Peu de gens savent décrypter comme vous ce qui se cache derrière les mots les plus banals… Les émotions, les sentiments qui ont du mal à se verbaliser. Vous êtes attentif aux détails et à l’écoute comme peu de gens si jeunes savent le faire… Vous avez toute mon admiration. Je continuerais à vous lire… C’est chaque fois, quel que soit le thème, un bouquet d’émotions…

    1. Baptiste Beaulieu

      Merci Philomène !
      J’ai soigné deux mois à l’hôpital Brugmann, aux Urgences.
      Quelle expérience ! Cosmopolite et riante, l’équipe était inoubliable.
      Je garde de cette époque des souvenirs impérissables.
      Une bise à l’Atomium !

  26. cathy

    Demain je vais voir mon papa en fin de vie, j’ai peur, toutes ces choses non dites , toute une vie, va -t’il voir ça dans mon regard, l’amour , le regret dune enfance difficile mais pardonnée,j’espère que comme missmoon c’est l’amour qui sera plus fort que tout.
    Merci Baptiste d’écrire de si belles choses pour nous
    Cathy

    1. Cilou

      @ Cathy
      Mille pensées d’affection et de soutien pour demain…
      Parfois, une main serrée en dit plus que de longs discours.
      Je vous souhaite de vous faire comprendre dans l’amour et le pardon que vous donnez.
      Je vous embrasse.

      Cil.

    2. Fol2

      Bonjour!
      J’ai accompagné mon papa jusqu’à la fin, il y a 3 ans. Alzheimer nous a rapprochés.
      Avant son départ, je lui ai juste dit: “je t’aime, mon papa”, ce sont des mots qui n’avaient jamais été prononcés (par pudeur, peut-être)…ses yeux m’ont renvoyé ses sentiments enfouis, il a attrapé le coin de mon t-shirt pour que je me penche au-dessus de lui, et m’a fait le plus beau cadeau: un très long bisou sur la joue…
      Je te fais un poutou, Cathy, si tu le permets.

  27. Astro

    https://www.youtube.com/watch?v=KHqsz81L_jI
    J’ai lu votre article en écoutant ça (oui le lien juste là haut!)
    J’avais les poils qui se hérissaient et les larmes aux yeux, une fois de plus 🙂
    Grâce à vous et vos histoires, j’ai surmonté la PACES et son concours. Je les ai surmontés et je vais devenir médecin, alors merci Bibi. Un grand merci.

      1. martineduouiabe

        @ Baptiste comme te le dit Astro ,je te l avais dit l année dernière que quand ma fille durant sa P1 n avait pas le moral je lui lisais par téléphone certains de tes textes j ai pas ose t en parler l autre soir (je sais que tu lis pas nos commentaires ) mais peut être tes parents? Alors juste MERKI.

          1. soeursourire

            @DocBibi : peut-être ouvrir une rubrique “petits bonheurs et grandes joies” (ou le contraire) et vos lecteurs la rempliront au gré de leur vie. On l’ouvrira les jours de désespérance, pour se rappeler le goût sucré de l’existence.

            NB J’y déposerai les premiers mots de mon fils au sortir du coma et tant d’autres belles choses.

          2. Mésange

            @soeursourire
            J’y déposerai la découverte du bonheur d’être ensemble, de s’être reconnus et trouvés sans s’être cherchés… ou alors en rêve, et d’avoir été réunis, des senteurs, des visages, des regards, des voix et des paroles… la lumière d’un jour et d ‘un autre jour, la douceur d’une nuit, la chaleur toujours…
            “C’est immense, ça roucoule comme une pluie fine. C’est de l’or.”

          3. soeursourire

            @mésange
            Merci à toi.
            Elle est bien joliment racontée, ta découverte du bonheur.

            NB ce matin, fin de jogging sous la pluie, j’ai récité le poème, j’ai quand même été mouillée ! 🙂

          4. Mésange

            @soeursourire
            Si ce que tu as récité est l’extrait de poème de mon com, je peux pourtant te dire que la personne qui a écrit cela me semble parfois dotée d’un brin de magie… Même si je suis certaine qu’elle n’aimerait pas entendre ça!

  28. Alice

    Airwick pin des landes…
    Oh oui qu’il sent la mort, le corps qui s’épuise et qui abdique, le chagrin qui plane, épais, l’attente et la mauvaise conscience qui va avec…
    Beaucoup de courage à ceux qui vivent ou ont vécu ça…

  29. titou59

    C’est triste … L’histoire est triste, la mort est triste, et même le temps est triste … ça me rappelle lorsqu’ai travaillé pour une asso d’aide au maintient à domicile : j’avais 18 ans à peine, et j’ai du “assister” une famille dont un des membres était en train de mourir. Petit appartement, une femme d’une cinquantaine d’année, dans un quasi coma, en train de mourir d’un cancer du pancréas… ça sentait la mort partout, une dizaine de membres de sa famille étaient là, pleurant en silence (un silence de mort), les yeux rouge, tels des zombies, rendus amorphes par la peine, la douleur et la tristesse. Ils devaient se demander ce qu’une gamine pouvait savoir de leur souffrance, ce qu’elle pouvait connaître de la mort … l’agonie a duré 3 jours pour cette pauvre dame. Nous étions 2 à nous venir “aider”, je faisais le matin (8h-20h) ma collègue de 40 ans la nuit (20h-8h). Elle était contente que j’ai accepté (c’était du bénévolat, donc seuls ceux qui le voulaient faisaient ce genre d’accompagnement et tous avaient refusé … trop dur à gérer émotionnellement) mais il fallait bien quelqu’un non ? Alors j’ai appris à gérer, comme j’ai pu, la peine des autres, la mienne face à la mort, et la souffrance des patients…c’est vrai que c’est dur et on n’en sort jamais indemne, on se sent tellement inutile….
    Récemment (la semaine dernière), j’ai aussi du gérer la mort du mari de mon ancienne collègue(ma 2e maman). Décédé en 15 jours à peine, le coeur a lâché d’un coup, sans prévenir… tout allait bien, jusqu’à ce qu’il se sente très fatigué … il a été hospitalisé d’urgence, les tentatives pour le stabiliser ont échoué, le coeur a lâché … C’était un homme merveilleux, d’une gentillesse infinie, avec tout le monde… Enfant unique, il s’était investi dans la famille de sa femme, s’occupant des neveux, des cousines célibataires de sa femme, et même moi, il m’accueillait comme sa fille. Il était très fier de ses enfants d’ailleurs … la mort, c’est triste, surtout pour ceux qui restent, car ceux qui restent ont en mémoire toute la vie de celui(celle) qui est parti, on se repasse sans cesse le film de leur vie en se demandant “pourquoi lui (elle) ?”, il(elle) ne méritait pas ça … La vie est injuste, profondément injuste, injustement cruelle …
    Désolée pour ce petit billet d’humeur inspiré par les évènements et par le texte de Bibi …

    1. Cilou

      @ titou59
      Je suis désolée de ce qui t’arrive…
      Mais je suis certaine que par ta présence tu as rendu ces départs plus doux ; tu exprimes très bien la tendresse et l’amitié qui te lie à cet ami.
      Reste l’espoir qu’il n’est pas totalement parti, et qu’une part de lui, qu’on l’appelle comme on veut, s’est installée près de toi pour prolonger ces moments de bonheur que vous avez traversés.
      Je le souhaite sincèrement.

    2. Grand33

      Ainsi va la vie @titou, un jour un billet d’humeur …. un autre jour ce sera un billet d’humour. Cela restera toujours un billet d’amour !!!
      la bise

    3. marie

      le plus beau cadeau que nous font nos éclaireurs qui partent trop tôt, c’est de nous avoir donner la capacité de devenir comme eux , généreux et aimant…ils nous ont montré le chemin…L’injure plus que l’injustice serait de ne pas mettre nos pas dans les empreintes qu’ils ont laissé. Alors sécher ses larmes , taire sa rage, sourire à la caresse de leur souvenir éclatant…et devenir à son tour un éclaireur.
      Chaleureuses pensées à Titou qui a froid partout et pas qu’aux mains aujourd’hui.

  30. Nico 29

    Bonjour,

    J’ai découvert votre blog la semaine dernière, depuis j’y passe beaucoup de temps… trop de temps!!!
    J’ai commandé votre livre (dans une librairie évidemment) et je vais le chercher ce midi… j’ai hâte 🙂

    Continuez, c’est excellent, tant les illustrations que les textes. “J’aime” sur facebook et je vais partager 😉

  31. Tommy

    Bonjour Baptiste !

    Je suis ce blog depuis ma deuxième PACES avec beaucoup d’attention et d’émotion.
    En effet je suis actuellement entre la deuxième et la troisième année de médecine (au nouveau nom barbare de DFGSM3), avec enfin ce “cap de la P1” de passé nous dit-on, les années se suivent et la formation ne fait que commencer, avec son lot de craintes.
    Mes craintes ? Oui parce que j’en ai. Quelles sont-elles ? Mes craintes naissent de ma non connaissance de moi-même. Comment vais-je réagir dans telle situation ?

    Plus je vous lis, plus je me dis que j’ai choisi un métier passionnant, difficile, et surtout utile.
    Je ne suis pas toujours sûr d’être capable d’autant d’humanité, d’empathie que vous, mais vous êtes pour moi un modèle de ma future profession. Alors je m’accroche à l’idée que vous avez vous, de la médecine, et tenterai de mon mieux de m’inspirer de vos histoires pour garder le contact et rester le plus chaleureux possible avec mes patients.

    Alors voilà, tout bonnement merci car au delà de mes craintes, vous me motivez toutes les semaines à tenter d’être une meilleure personne, pour le bien de mes futures personnes.

    Merci.

    Tommy

    1. Sylvie

      Je ne suis ni ne serai médecin, Tommy. Mais je comprends tes doutes et ils m’émeuvent.
      Le fait, déjà que tu doutes me remplit d’espoir sur tes capacités à être un bon médecin.
      On m’avait programmée pour être princesse. Les aléa de la vie et du chômage ont fait de moi une aide- soignante. Bonne à ce que l’on dit. Et en 30 ans j’ai affronté tant de choses auxquelles je n’étais pas préparée. J’ai quelquefois eu envie de prendre mes jambes à mon cou: par peur, par dégoût, par colère, par révolte… J’ai continué, un jour après l’autre, sans certitude aucune de ne pas fuir à l’épreuve suivante.
      Tes craintes te grandissent et sont la preuve de ton humanité. Nul besoin d’être un saint à la sensibilité de Bibi pour être un bon médecin. Tu es sur la bonne voie. Avance.
      Bon courage.

  32. Michel

    Titou, Tommy, et tous ceux qui ont mal, qui craignent, devant tant de souffrances, Merci ! Merci, à côté des craintes, des souvenirs de deuils et souffrances, de faire exister des mots, des chagrins partagés, des questions, des circonstances touchantes, qui ajoutent au plateau-Vie de quoi exister en face du plateau-mort. Bibi aura inauguré ces partages, ( de mots, de questions, d’ émotions, de rencontres ) qui réunissent les divers soignants, les soignés et leurs proches, les débutants et les anciens, les acteurs et les lecteurs. Je suis ému, à 75 ans, de vous savoir vivants. Merci, Bibi.

  33. Mésange

    Je ne la connaissais pas. Elle était la maman d’une amie à l’autre bout du monde et elle vient de s’éteindre, tendrement entourée de la chaleur des siens. Depuis une semaine, je savais que ce courriel allait arriver, inévitablement. Je savais aussi que j’aurais envie de sauter dans un avion pour serrer fort mon amie contre moi et que je ne le pourrais pas. Etre juste présente… histoire de dire “je t’aime”. Terriblement frustrant.
    Il est parfois des voiles de tristesse qui suivent un bonheur intense… un yoyo juste difficile.

    1. Sylvie

      Si tu as reçu ce courriel c’est que tu comptes et que tu partages tout: amitié, amour et souffrances. Et ça, ça fait déjà énormément de bien, le fardeau est plus léger.
      Douces pensées

  34. LydieCor

    Mésange, tu ne seras pas présente physiquement, mais parfois les mots écrits sur une carte ont plus de chaleur qu’une présence physique en retenue, parce que tu auras choisi la carte, les mots, et fais des pleins et des déliés avec ta plus jolie écriture. Tu le connais, le pouvoir réconfortant des mots, même sur le petit blog d’un ex-interne…
    Douces pensées Mésange ou Mes Anges ( gardienne du blog).

  35. Sylvie

    Nicole Boucheton est allée s’euthanasier en Suisse. Peut être n’avait elle pas de famille. Ou peut être leur a-t-elle volé leur dernière chance de l’aimer.
    C’est vrai qu’il faut être un super héros pour accepter de vieillir. Ou d’affronter, la maladie, le corps qui se dérobe.
    J’ai rencontré plein de super héros : merci à eux.

  36. Elle

    Suis d’accord ! la photo de Derrick est collector mais la photo d’illustration n’est pas mal non plus.
    Quoi de mieux que la photo de sa famille pour parler de la famille !
    Sur cette photo je vois un petit garçon qui sera docteur quand il sera grand, je vois ses deux grandes sœurs et je vois sa maman !
    Imagination ? Hallucination ? Illusion ? Elucubration ? Divagation ? Affabulation ?… Point d’interrogation !:-)

  37. Laure

    Bonjour,
    Je tombe par hasard sur votre site – par hasard… –
    Je viens de lire les trois premiers posts, je suis éblouie par la façon dont vous écrivez.
    C’est beau, simple, pur, riche et tellement, tellement subtil.
    Les mots sont justes et grands, ils racontent ce que les gens ne voient pas d’habitude. Votre sens de l’observation est délicieux. Votre attention doit être immense. C’est comme un cadeau de vous lire ce matin.
    Quel joie de savoir que vous êtes médecin.
    Merci.
    Laure

  38. CedA

    Oui tu as de la chance….et eux de te proteger…vous formez une belle famille…et tu prends le temps de le leur faire savoir….tu racontes cet amour de mere d’une facon si touchante;…abraemue

  39. Ceçou

    Merci Baptiste. Merci beaucoup.
    Je n’ai jamais commenté tes articles, que je lis pourtant tous avec attention, mais celui-ci méritait vraiment que je te remercie. Parce qu’en quelques lignes, tristes mais pleines de chaleur, tu m’as rappelé combien la famille est sacrée, géniale, pleine de ressources et surtout d’amour. Et que quand on est là, tous ensemble, ça a forcément quelque chose de joyeux, de doux et de lumineux.
    J’accompagne moi aussi ma soeur, avec mes deux frères et mes parents depuis presque 2 ans, et l’atmosphère si spéciale de l’hôpital me fait parfois oublier combien c’est bon d’être simplement ensemble, où que ce soit, entourés de notre amour. Ma petite soeur a maintenant 11 ans, elle ne parle pas, ne bouge presque pas et ce n’est pas toujours facile de trouver des choses à faire pour rendre ses journées moins longues. Parfois, même si pas souvent, ce n’est pas facile d’y aller tout court. On a peur de mal faire, d’en faire trop peu, ou de ne plus savoir quoi faire … La prochaine fois, je penserai à ton article et je sais que j’aurai envie de foncer à l’hôpital, de l’embrasser très fort et de la serrer dans mes bras, très longtemps et très amoureusement. Parce que finalement c’est ça qui compte vraiment. Ce n’est pas toujours si compliqué.
    Merci.
    (Merci aussi pour tous les autres articles, mais merci tout spécial pour celui-ci.)
    With love

  40. Sylvie

    Merci ! Ce récit m’a émue aux larmes. J’ai la chance immense d’avoir une famille formidable, et je l’oublie si souvent… alors merci de me renvoyer à l’essentiel, aimer ; nous sommes hélas si prompt à l’oublier…

  41. Sylvie

    ben voilà, moi aussi je pleure, toute seule devant mon pc, les larmes parce que c’est beau, ça me touche, bref … j’ai pas de kleenex, je vais renifler un moment au risque d’agacer mes voisins de bureau … M’en fiche! c’était beau ! merci !

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