La réalité des choses.

L’histoire c’est VOUS, l’écriture c’est moi ! Merci Raphaëlle ! Cette anecdote est dédiée aux infirmières de pédiatrie qui font un boulot de dingue

Alors voilà, le nourrisson arrive, avec sa mère et sa grand-mère.
Les infirmières l’installent, il est très malade, il faut poser une voie veineuse.
Le “petit-tout” est un “tout-petit”, et comme souvent chez les tout-petits, ses veines ne sont pas faciles à trouver. Sauf qu’il faut bien la poser, cette voie… Alors les infirmières commencent à chercher, sans patch anesthésiant parce que ça ratatine les veines, parce que ça prend du temps, qu’il y a urgence, que le petit-tout tout-petit est très, très, très malade.
La mère regarde les larmes et la douleur de son petit-tout tout-petit. Elle lui parle, elle lui caresse le front, elle est là… Au bout de 5 minutes, pas une veine qui tienne, les infirmières essaient l’autre main, puis le pied, puis l’autre pied…
10 minutes passent…
Pas de veine… Le cœur de la mère se casse.
15 minutes…
Parce que la mère est une mère, c’en est trop pour elle. La-voilà qui sort de la pièce, et éclate en sanglots. Elle passe le relais à la grand-mère.
20 minutes…
Parce que la grand-mère est une grand-mère, celle-ci ne tient pas plus d’une minute. Elles échangent de nouveau leurs places…
35 minutes…
Toujours pas de veine. Les infirmières, concentrées et professionnelles, envisagent même de piquer sur le front…
40 minutes…
Tout à coup, le miracle !
” Tiens, on va essayer ici, parfois il y a une belle veine !”
Plus de 45 minutes, elles ont trouvé.
Pendant ce temps-là, mère et grand-mère discutent à voix basse dans le couloir. “Enfin ! Non mais c’est pas possible de faire souffrir un petit comme ça ! C’est inacceptable ! ”
À ce moment-là, la porte s’ouvre, les infirmières concentrées et professionnelles sortent, s’assoient à côté de la mère et de la grand-mère, puis elles fondent en larmes avec elles.
Pourquoi ?
Parce que les infirmières sont des êtres humains comme les autres.
” Je leur en ai plus voulu du tout ! Tiens, c’était il y a 7 ans tout pile, et j’en ai encore vraiment les larmes aux yeux…” m’écrit la mère.

Je veux bien la croire, oui, je veux vraiment bien la croire. Parce que les choses sont les choses, même sous les blouses.

Si vous aussi vous voulez raconter votre expérience en tant que soigné et/ou soignant (((((infirmier(e), aide-soignant(e), médecin, diététicien, kiné, tablette de chocolat noisette anti-stress))))) venez en parler ici :

https://www.alorsvoila.com/contact

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40 réflexions sur « La réalité des choses. »

      1. delfespana

        Ca ne sert strictement à rien la tutu + le sucre. Mon fils a dû avoir à de multiples reprises des prises de sang étant bébé, c’était hurlements sur hurlements, ça fait mal au coeur, le truc de la tutu ils ont essayé des tas de fois sans succès. Sans le patch antidouleur rien n’y fait, mais le patch n’est pas compatible avec les pds malheureusement

      2. Julie

        Oui enfin le meilleur, l’incomparable c’est tout de même de faire téter son bébé pendant la piqure… Certes encore faut-il qu’il soit toujours allaité à ce moment là.
        Mais il est très dommage que les pédiatres qui savent que leur patient est toujours allaité n’ai pas l’idée de proposer à la mère cette solution. [Troll inside] Mais si les pédiatres y connaissaient quelque chose en allaitement ça se saurait o_O

    1. branchu

      ah oui ce serait dommage ou alors c’est une expérience des années 70 puisqu’à l’époque les médecins pensaient que l’enfant en particulier les nouvx nés ne ressentaient pas la douleur !!! Souvenirs d’une époque difficile pour les soignants car eux se trouvaient près de l’enfant et non derrière un bureau à noter ses prescriptions ouf tout ceci est derrière nous

  1. krakoucass

    Moi aussi j’en ai les larmes aux yeux. Faut vraiment que j’arrete de lire ce blog au boulot. Mes collegues vont finir pas croire que je suis depressifs

  2. titou59

    ça me rappelle une grand tante, qui était chef de service en néonat et qui disait qu’elle procédait toujours de la même manière avec les élèves sage-femme qui arrivaient dans son service … elle les envoyait piquer un nourisson. Parce que comme elle le disait, sur un bébé qui vient de naitre, qui au mieux à 1 ou 2 mois, on ne peux piquer qu’à un seul endroit : sur le front ! et qu’au vu de la difficulté à le faire, difficulté physique(toutes petites veines) mais aussi et surtout émotionnelle(ça parait si fragile un bébé, et voir la douleur dans leurs yeux, c’est un véritable déchirement de l’âme, surtout si en plus, il ne pleure plus …), elle n’acceptait que des étudiants qui savaient prendre sur eux, le temps du soin, pour réussir cet exploit …Elle paraissait super dur et froide, mais elle était profondément humaine, et nous disait qu’avec un bébé, encore plus qu’avec un adulte, il fallait vraiment ne penser qu’à son patient, faire fi de ses besoins, de ses envies, de ses préférences, car seul compte le bébé et ses propres besoins à lui, ce bébé qu’il faut soigner le plus rapidement, le plus efficacement possible pour lui sauver la vie … et que ceux et celles qui n’y arrivaient pas prenaient la place d’autres étudiants plus apte à soigner. S’effondrer une fois le soin terminé c’était “normal” mais pas avant ni pendant … Mon petit cousin a connu ça, il a été hospitalisé de sa naissance jusqu’à ses 1 an … et pareil, les perf à changer, devoir repiquer et chercher une veine encore et encore (surtout qu’avec le temps, ça s’abime une veine …) C’est très dur à vivre, et heureusement, il s’en est sorti maintenant, c’était il y a plus de 20 ans.

  3. AnneduSud

    Moi aussi j’en ai les larmes aux yeux. Faut vraiment que j’arrête de lire ce blog au boulot. Comment je fais pour aller à la cantine juste là… Les profs vont croire que je suis vraiment malheureuse…

  4. Cilou

    Quand ma Twin a dû dire adieu à Macy…
    L’équipe s’est montrée tellement douce, empathique, humaine.
    Ma sœur leur a dit merci, merci d’avoir rendu ce moment, pourtant si dur, tellement serein et tendre.
    L’infirmière lui a répondu “votre enfant est importante pour vous, alors elle est importante pour nous aussi”.
    Elle est restée avec ma sœur bien après l’heure de la fin de son poste. Peut être qu’elle a pleuré chez elle en rentrant.
    Ce qui est sûr, c’est que pour ma Twin, sentir que sa souffrance était partagée, par des professionnels qui sont avant tout des êtres humains, ça a allégé un peu son fardeau. Elle a écrit une lettre magnifique à l’équipe. D’après son psy, cette lettre est affichée pour longtemps dans la salle de soins, et chaque jour redonne un sens à leur travail.
    Sous la blouse il y a une âme, et le rappeler donne du sens au soin…

    1. Mésange

      Merci Raphaëlle, merci Baptiste.
      J’ai lu ce billet un voile devant les yeux, parce qu’un petit-tout tout petit qui souffre c’est insoutenable, et que les infirmières doivent faire abstraction de tant de choses pour rester professionnelles… et si elles sont mamans oublier ça aussi, et peut-être avant tout.
      Mais là, Cilou… la lettre de ta Twin au personnel soignant après l’adieu à Macy qui a été tellement tellement difficile, j’ai vraiment de l’eau dans les yeux. Partager la souffrance, montrer de l’empathie, c’est vrai que c’est aidant.

      Réaction de grand-mère : j’ai dû emmener la dernière Pitchounette chez le kiné alors qu’elle était tout bébé avec une belle bronchiolite. Je suis restée parce qu’il le fallait, mais si ma raison avait cessé son effet “c’est pour son bien” (et mon égo, hein aussi, parce qu’une mamie qui remplace une super maman qui ne peut être là, ça ne pleure pas!), j’aurais pleuré (euh… hurlé) comme la Pitchoune et en plus… j’aurais volontiers arraché les yeux du kiné!!!

      1. Anael

        Il y a un peu plus d’une semaine maintenant, j’ai emmené pour la première fois un de mes fils voir un kiné pour de la kiné respiratoire.
        le tout petit de 22 mois, un grand gaillard qui coure partout et n’a jamais mal quand il se cogne.
        si ce n’avais pas été pour son bien, moi aussi j’aurai arraché les yeux du kiné qui semblait si froid et détaché devant la détresse de mon fils et mon cœur qui se fêlait.
        mais au combien j’aurais eu tort, mon coeur s’est réparé quand il a vu le gros câlin du kiné à mon fils pour le consoler, et les douces paroles pour me rassurer.

        n’empêche que les séances d’après c’est le père qui s’y est collé …

        Merci Baptiste pour ces récits qui nous rappelle que les soignants sont aussi des êtres humains, avec leurs défauts mais aussi leurs qualités.

        1. Grand33

          Désolé mésange ce commentaires s’adressait à Hervé;
          Pour toi c’était : Ha non ! ce sont les grands qui pleurent pas … les mamies oui !

  5. Cath

    Il y a des moments comme ça où on est heureux de ne pas avoir d’enfant pour échapper à cela. Ce qu’on peut être bête ! Parce que au premier pleur de bébé, de gamin, même inconnu, on est retourné comme une crêpe. Alors des infirmier-e-s qui vivent ça au quotidien…

  6. Julie

    Ah, je vais pouvoir raconter mon expérience de patiente. Ma seule hospitalisation. Bon, comme j’avais 9 mois et que je n’en ai gardé aucun souvenir j’ai appelé ma mère pour qu’elle me raconte.
    9 mois, gastro-entérite et grosse déshydratation. Il faut donc me réhydrater et me poser une perfusion. A cet âge là je bouge beaucoup et je m’arrache tout. Hop ! Epicrânienne, c’est réglé. Je demande à ma mère: “Comment tu as vécu ça, est ce que c’était difficile ?” “Oh mais ma chérie, je n’en sais rien, je n’étais pas avec toi”. “QUOI ? Tu n’étais pas avec moi ???” (petit sentiment d’abandon là…)
    Il se trouve qu’il y a 30 ans, les parents ne pouvaient pas rester avec leur enfant pendant les soins (du moins dans cet hôpital). Ma mère n’avait donc pas pu être auprès de moi.
    Un jour de visite, elle m’a retrouvé avec mon épicrânienne, bras et jambes attachés (apparemment je bougeais vraiment beaucoup). Mince alors, Est-ce qu’on attache encore les bébés dans les hôpitaux ? Je suis très troublée par l’image d’un tout petit enfant les quatre membres maintenus. Les soignants n’ont sans doute pas le choix dans certains cas… Le lien parent/enfant n’était préservé à l’époque. Au moins, la mère et la grand-mère, malgré la situation douloureuse, ont pu être là pour rassurer leur bébé.
    Autre petite histoire racontée par ma mère (elle en connaît dis donc !). Il y a plus de 30 ans elle faisait un petit boulot dans un cabinet d’ophtalmo. Le médecin lui a demandé de le seconder en tenant la tête d’un bébé afin qu’il ne bouge pas pendant qu’il le soignait (sans anesthésie, je précise). Le bébé hurlait et ma mère, très mal, lui a demandé si on faisait toujours comme ça. Réponse de l’ophtalmo: “Oui, il n’y a qu’avec les vieillards et les bébés q’on peut faire ainsi”. Forcément, c’est bien connu, les bébés et les vieux déments ne peuvent rien dire. Atroce.

    L’effondrement de ses infirmières me rassure en quelque sorte. Il traduit l’empathie des soignants à l’égard de leur patient. Aujourd’hui on tient compte de la douleur des tout petits. Non, un bébé ne hurle pas pour rien. Oui, il a mal. Leur prise en charge à l’hôpital a bien évolué tout de même. On autorise les parents à être présents de plus en plus pour éviter la séparation qui peut être également douloureuse.
    Je suis bien contente de ne me souvenir de rien…

    1. Libellule

      cela fait quelques années (mais encore trop peu) qu’on admet que les enfants et les vieillards souffrent. Pour nos anciens qui ne peuvent plus communiquer avec nous, dans les derniers stades d’Alzheimer par exemple, on utilise des échelles d’observation du comportement ou de la posture pour évaluer s’il y a une douleur et son intensité, et on traite +++. En tout cas là ou je travaille. Et si c’est pas fait, je me révolte (vu la hiérarchie et le droit de réserve, c’est pour l’effet “prise de conscience” car personnellement je n’ai pas de pouvoir de prescription)

      1. Cath

        Et il y a aussi les “sauvages” qui vous assènent que la douleur est ” formatrice ” ou méritée ou imaginaire ( voir Marcel le plomber)….

        Alors comment faire la part des choses entre ceux qui essaient de soulager au plus vite dans des conditions difficiles et ceux qui n’ont cure de la douleur et qui ne vont pas s’enquiquiner à le faire dans les meilleures conditions, parce qu’ils ont un match de tennis, que c’est le wk etc etc… Oui, comment fait- on ?
        Moi, je me souviens, et franchement, si j’avais le mec en face de moi, là, il pourrait s’engager dans les choeurs de la chapelle Sixtine…

        1. Libellule

          Tu le sais, douce Cath, je partage ton point de vue.
          Je conserve un souvenir douloureux de Shéérazade (infirmière de bloc) qui m’avait promis un calmant en cas de douleur, et me l’a refusé alors que je souffrais le martyre car il ne restait plus qu’un “petit” quart d’heure d’intervention… un sale quart d’heure… Et puis il y a eu tous ses copains/copines capable de traiter les patients de “chochottes” quand leurs confrères expliquent que tel examen est réputé douloureux. Et ceux qui font “payer” le “choix” de faire des examens ou des soins pour corriger un problème, alors que cela ne correspond pas à leur conviction.
          Mais heureusement, il y a quand même de plus en plus d’information, de formation et de soignants sensibles à la douleur des patients 🙂

        2. lectrice boulimique

          Les choeurs de la chapelle Sixtine ne subissent plus ce traitement depuis 50 ans… des femmes y sont même admises depuis les années post-vatican II… donc le prechi-precheur de la douleur formatrice n’est vraiment plus bon à rien d’autre qu’à masquer la négligence, l’incompétence ou les deux.

    2. Nadège

      Bonjour Julie,
      Pour répondre à votre question, il y a 10 ans on attachait encore les mains des enfants au barreau du lit pour ne pas qu’ils arrachent les perfs… Mon fils a fait 5 pyélonéphrites entre 17 jours et 6 mois. C’est dire si des perfs il en a eu mais à la fin c’est moi qui insistait pour que les infirmières piquent dans la tête plutôt que de chercher une veine pendant des heures… Par contre, lors de l’opération pour réimplanter les uretères dans la vessie, il a été perfusé au pied et avaient donc les mains libres…
      Pour l’anecdote, il ne supporte pas les vêtements serrés aux poignets donc je pense que c’est ancré en lui quand même !

      Il y a du pour et du contre à laisser les parents assister à tous les soins. Après 6 jours non stop avec mon petit bonhomme, les infirmières m’ont demandé de sortir lorsqu’elles ont retirées les sondes et drains pour ne pas qu’il m’associe à cet acte. Avec le recul, je pense qu’elles avaient raison.

      Bon courage en tous cas à ces soignants qui doivent gérer à la fois leur stress, celui des enfants et surtout (!!) celui des parents et merci à Bibi de nous permettre de mettre des mots sur tout ça.

  7. Soulalune

    J’ai lu, avec toute la passion dont j’étais capable, une histoire à ma Doucette, tandis que 3 infirmières s’arrachzient les cheveux pour lui trouver une veine où piquer … cette idée m’est venue alors que les tentatives successives restaient vaines et que ma petite hurlait de douleur et de peur …
    Les infirmières m’ont remercié, fécilité, mais une fois la perf posée, je me suis assise et j’ai pleuré ma propre peur et toute la tension ressentie dans ce moment qui m’a paru si long …
    Merci à tous les soignants , humains, qui font ce qu’ils peuvent pour soigner, même si cela passe par des actes douloureux …

  8. 40

    Les bébés, les vieillards et aussi les chiens opérés sans anesthésie, cela va plus vite, c’est moins cher, vu et raconté par ma nièce à qui le véto qui l’hébergeait avait demandé d’aider, c’était en Espagne, certes, mais depuis, quand on opère Kiki, je suis là , le plus près possible…et attention, je mords.

    1. Cath

      En Espagne et en France aussi, hélas. Mais je veille maintenant, et comme au restau, je me barre si ça ne me plaît pas. Ça surprend comme tactique.

  9. Hervé CRUCHANT

    N’attendez surtout pas que je vous raconte les années passées à déterminer puis désensibiliser ma fille petite d’une allergie tenace. Une piqüre toutes les demi heures. Et les visites au “Docteur Abeille” tous les mois… J’ai encore une sorte de barre, là… Il y a plus de vingt cinq ans… Papa poule, qu’ils disent. Bôf….

  10. Marie

    J’ai aussi connu cela Avec mon fils qui a été hospitalise Pdt 1 semaine parcequ’il avait de l’arthrite au coude!!! Il avait juste 1 an. C’est vrai que c’est dur à piquer les petits loulous tout potelés… Pareil, j’ai vu les infirmières s’acharner Pdt 20 minutes a 4 sur lui!!! Même si on se dit que c’est pour son bien.. C’est un mauvais moment sur le coup. Et au final, les infirmières l’ont monté chez les anesthésistes pour qu’ils le piquent!!!! En tous cas, merci Baptiste de nous raconter ces histoires !!!!

  11. nuts

    Et oui toujours il nous faut du courage pour les piquer ces bébés….même après de très longues années d’expérience, souvent il nous faut recommencer, alors en souvenir de tout ça j’envoie de gros bisous à toutes mes ex collègues de néonat à Strasbourg, je viens de les quitter pour de nouveaux défis . Pensées affectueuses à tous ces petits patients qui pour les premiers sont devenus grands maintenant, et à leurs parents qui m’ont accordé leur confiance. Oui les lettres et les photos restent longtemps en salle de pause et certains visages datant d’il y a 15 ans reviennent souvent dans mes pensées. A toi petit S et a ta maman V. A vous N, O, B le grand et B le petit , A-S, A-C ….
    N. J …DEP

  12. bidulkiwi

    Il est bon de savoir, et de se rappeler que les soignants sont aussi des êtres humains qui sont conscients de ce qu’ils sont en train d’affliger à ce petits… Mes souvenirs sont encore très vifs sur ce sujet. Mon fils est hémophile, et malgré la connaissance du terrain, on m’a refusé les tests à sa naissance dans le cordon. Forcément, la première grosse chute nous a permis de le constater. Le frein de la lèvre supérieure coupé, un saignement qui ne s’arrête pas pendant 24 heures. Arrivée aux urgences, on me place en observation, parce qu’on me croit pas forcément… Après deux heures d’observation, et de saignement, enfin on me dit qu’on va faire le test, via prise de sans, mais que les résultats sont longs. Patchs anesthésiants collés partout. Au moment de la prise de sang, les infirmières me font signer une décharge, et me disent qu’elles ne feront pas de soins tant que je ne serais pas sortie de la pièce, par principe. J’en pleure encore aujourd’hui, cette image entre les lames du store, de mon fils de 10 mois qui hurle et de ces femmes qui le maintiennent de toutes leurs forces. Après 20 minutes, elles ressortent en me disant qu’elles n’ont pas assez de sang. Louison s’endort surmoi d’épuisement, il a des bleus delà forme des doigts des infirmières partout. Elles reviennent, pour recommencer. Je me fâche, et garde mon fils sur moi, les obligeant à se mettre à quatre pattes pour piquer le talon. Elles y arrivent du premier coup sans effort, et récupère le sang en goutte à goutte. Elles enlèvent le cathéter, parce qu’elles sont sures, il est pas hémophile, n’empêche qu’il pisse toujours le sang de la bouche.
    Quatre heures plus tard, les résultats confirment ce que je dis depuis longtemps… L’équipe a changé, il faut reposer un cathéter pour l’injection de facteurs VIII. La bataille recommence. Apres l’injection, en 10 min il ne saigne plus. Nous serons hospitalisés pour la nuit, au rayon des gastros, avec les mêmes conditions de prise de poids et température toutes les deux heures… Le lendemain, mon tout petit épuisé, dort sur moi. Le pédiatre, beau mâle, arrive avec son harem d’interne féminin. Infecte, il ne me regarde pas, s’abat sur louison en lui arrachant la tétine de la bouche et à mettre ses doigts dedans pour regarder. Louison hurle, il me dit: “dis donc il est pas content!”, j’ai pas pu me retenir, je lui ai répondu :” personne ne veut être réveillé comme ça, si il serait grand il vous mettrait une calotte, et moi je suis à deux doigts de le faire, donc maintenant vous reculez”. Il est sorti avec son harem, rouge comme une tomate, et n’a plus remis un pied dans la chambre. C’est une interne seule qui est venue ensuite me donner les papiers, et essayer de m’expliquer l’hémophilie. Je suis sortie, mon fils a mis plus de deux ans à ne plus être terrorisé par une blouse blanche. Aujourd’hui, je fais 15 min de route, mais je vais au CHR de Lille, l’hôpital de Dunkerque, je n’y mettrais plus jamais un pied, je l’ai même mis dans le PAI de l’école.
    Pour moi comme pour lui, retrouver la confiance dans un soignant, est aujourd’hui très compliqué…

  13. Anonyme Amandine

    Je te lis tous les jours depuis longtemps et j ai meme lu ton livre. Je ne commente jamais mais cette histoire m a particuliers touche – sans doute parce que je suis maman et surement parce que le mois dernier nous avons passe quelques jours a Necker en cardiologie et que j ai pu voir le travail colossal et l implication grandiose des infirmieres en pediatrie.
    Ma fille n a pas subi d intervention trop dangeureuse ou qui a necessite de grandes prouesses, mais j etais quand meme tres contente de leur offrir a toutes un enorme pack de chocolats (je travaille chez l ambassadeur de l huile de palme si tu vois ce que je veux dire). Quel plaisir de les entendre hurler “oh my god !!!” et que quelques unes d entre elles viennent me remercier, et devant mon “c est normal”, quel etonnement de les entendre me repondre “non ca n est pas si “normal”, ca n arrive presque jamais qu on nous donne donne de la reconnaissance madame”.
    Il faut chouchouter nos infirmieres, on a pas idee de ce que c est que de gerer la souffrance des tout petits.

  14. j

    Maman de prématurés, et médecin, j’ai vu toutes les sortes d’infirmieres officier sur les veines de mes enfants. La pose d’une voie centrale sur un bébé de 800g, c’etait pas évident et le pédiatre était désolé de mettre une semaine (une semaine) à réussir. Mais on a vu des larmes dans son regard, on n’a pas été en colère, il a eu peur avec nous, il faisait partie du “nous”.
    La pose d’une perf pour transfusion sur un tout petit de 1.5 kg, avec le bras attaché sur une planche, l’aiguille qui trucide, l’élève qui rigole, le bébé qui hurle, c’etait moins rigolo. L’infirmiere qui enfoncait de tout son poing la tétine dans sa bouche pour ne pas entendre qu’il avait mal, ca nous a dérangés.
    Et finalement l’hospit en néonat, voire en réa néonat, c’est une souffrance en soi, une angoisse. On n’a jamais oublié que l’angoisse etait partagée par les soignants, qui n’avaient que leurs moyens pour vivre avec. On leur dit, 3 ans apres, encore merci.

  15. Coralie

    Bonjour,
    Je suis tombé sur le site par hasard et je le dévore mais cette histoire m’a donné envie de laisser une petite trace. Je suis étudiante infirmière, dernière année, actuellement en stage pré-pro aux Urgences (alors vos histoires d’urgences me passionnent). Mais l’année passée, on m’a envoyé en stage en pédiatrie. Les stages en pédiatrie ne sont plus obligatoires depuis le changement de référentiel et je savais par avance que je n’étais pas faite pour ça. Je ne suis pas particulièrement patiente envers les enfants, et les voir malade me crève le cœur. Littéralement. Mais j’y suis allée, toute expérience est bonne à prendre et peut être que ça me plaira qui c’est.
    Et c’est l’histoire de deux petits.
    Une toute petite que j’ai emmené avec force de cajolement et de caresse dans la salle blanche et aseptisé pour que les infirmières puéricultrices diplômées posent une perfusion. Au bout de sept tentatives, j’ai du évacuer la pièce. Je ne sentais même pas le fait que j’étais au bord de l’évanouissement. Les larmes ont rompus le barrage à peine je suis sortie de la pièce et je suis allée me prendre quelque chose pour me remonter le moral, un jus de pomme contre les malheurs de ce petit bout.
    Le deuxième, je m’en souviendrai toujours, c’était “mon” patient. K. était venus nous voir et ses articulations gonflaient sans explications. Alors le médecin pédiatre senior m’a filé un bilan sanguin à faire pâlir un vampire. Une tonne de tubes à prendre. Manque de chance, petit bout était réputé impicable. Alors on a appelé l’anesthésiste, déjà venue la veille pour lui poser une perfusion. Sa réponse est sans appel “j’irai en artériel”. Je n’ai jamais subit un gaz du sang mais je sais que ça peut être douloureux. Alors une demi heure avant, j’ai posé un patch d’emla sur les deux avants bras. Petit bout était déjà terrorisé par les blouses blanches. On a passé une heure à maintenir petit bout sans que l’anesthésiste ne réussisse son prélèvement. Petit bout est retourné dans sa chambre et le senior a abandonné son bilan sang “c’est pas grave, on va le faire sortir”.
    Tout ça pour ça.
    Après, avec ma conscience de jeune femme fraîchement tata, je suis retournée le voir, avec un père noël en chocolat, une peluche et le lecteur dvd du service. Petite douceur qui me soulageait plus que lui. Le papa me remerciait comme si j’étais le pape mais, moi, j’avais un goût amer dans la bouche.
    Petit bout est sorti terrifié et je me suis demandé: “Je suis vraiment professionnelle, là?”
    Ce stage a été éprouvant pour moi parce qu’au final je préférais cajoler les petits bouts dont les parents ne pouvaient pas être présents (travail, famille) que les piquer. Parce que j’ai osé me prendre la tête avec le ponte du service chirurgie viscéral qui s’est ramené avec ses externes et ses internes pour mettre à nu ma patiente de douze ans qui ne se remettait pas de sa péritonite, refusait de bouger ou d’aller aux toilettes, pour lui appuyer sur le ventre comme un tordu alors que je venais de lui dire que je ne savais plus quoi faire pour la soulager. Parce que je n’en pouvait plus de voir de béta HCG positif sur des gamines de douze ans qui me répondait “je veux le garder”.
    Voilà ma petite histoire.

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