Le tour de magie.

Alors voilà votre serviteur. Fin de garde : mal aux jambes, au dos, peine de cœur, pas mangé, pas bu, j’ai un rhume (avec ces morveux y a moyen de crever 440 fois).
J’entre box 4 : petite Lily, 4 ans, avec sa mère.
– Bonjour, je m’appelle B. Je suis interne, je vais examiner votre fille.
La mère, griffes sorties, bave aux lèvres :
– 3 heures qu’on attend ! Vous êtes des incapables ou des fainéants ? Même en Chine on n’attend pas comme ça. Et ils sont un milliard, les chinois ! INADMISSIBLE !

Je jette mon stétho, m’écroule sur le tabouret, ferme les yeux, bouche mes oreilles, pense à mes jambes, mon dos, ma peine de cœur et dit :

– Je vois rien, j’entends rien. Je vais me lever, reculer, passer la porte, la fermer avec mon coude pour être sûr de garder mes oreilles bouchées. Je ferai six tours sur moi-même, j’ouvrirai les yeux, déboucherai mes oreilles, rouvrirai la porte. Je me présenterai, vous aussi. CORDIALEMENT. Sinon je recommencerai. Jusqu’à avoir un sourire…

Je sors à reculons, tourne six fois sur moi-même -regard ahuris de l’équipe- puis je re-rentre dans le box :

– Bonjour, je m’appelle B. je suis interne, je vais examiner votre fille.

Et là, chose la plus charmante au monde : Lily m’applaudit, croyant que c’est un tour de magie ! Sa mère rit, s’excuse, je m’occupe de Lily, elle ira mieux, moi aussi, tout est bien…

J’adore comment les enfants sont vierges de la petite violence quotidienne des adultes, je veux dire : j’aime VRAIMENT comment les enfants sont vierges de nos petites violences.

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6 réflexions sur « Le tour de magie. »

  1. rimlinger

    j’adore votre dernière phrase (le reste aussi) qui est tellement vraie…quand ça m’arrive (de m’énerver avec ma fille, mais sans violence, hein !) je me sens souvent si bête devant sa réaction …calme, si calme…

  2. Julie

    J’aime cette histoire.
    Il y a quelques jours, je suis allée voir une vieille dame. La personne qui prend soin d’elle me dit: “pour moi, son corps c’est de la magie”. Et la voilà qui m’explique (je vais synthétiser): Mme Circus n’a plus de ceinture abdominale, on voit les organes à travers la peau. Le chirurgien lui avait mis une sorte de bande de gaze au niveau intestinal. Seulement voilà, il y a eu infection et il a du tout retirer, sauf une partie qui s’était “greffé” à l’intestin. Depuis, le corps de Mme Circus rejette morceau par morceau la gaze. A travers la peau toute fine, elle arrive à s’extraire, apparaît peu à peu et s’agrandit jusqu’à ce qu’il soit possible de la couper, bout par bout. Dégoûtant ? Non, magique ! (je ne veux pas connaître l’explication rationnelle). La vieille dame nous regarde en souriant et je lui dit : “Vous voyez Mme Circus, votre corps fait des tours de magie !! ” “Ah ah ah ! Et vous, c’est vous mon tour de magie !” Adorable Mme Circus, sans doute aussi enjouée que la petite Lily.
    Je pense au récent commentaire de Lise dans “Le pas de côté” qui dit que le livre de Baptiste se trouve entre Stephen King et la saga Harry Potter. Très jolie place ! Pour ma part ils sont à côté du petit Nicolas (pour l’enfant qui sommeille en nous), la saga Tolkien et G. Martin (pour le fantastique), et mon encyclopédie de la Mythologie (pour l’histoire des mythes). Pas mal de magie dans tout ça je trouve…
    La petite Lily, la vieille dame, l’adulte que je suis… il n’y a pas d’âge pour aimer la magie. Les enfants ont la beauté de l’innocence en plus.
    J’aime cette histoire.
    Elle me rappelle qu’on a tous été un jour un gosse. Un gamin à la magnifique naïveté, capable de s’écrier en voyant tourbillonner une graine d’érable: ‘Oh ! Un nélicoptèèère !”. (Levez la main ceux qui le disent encore).
    Sur mon bureau il y a une petite boîte de chewing-gum. Sur le couvercle on peut y lire Alohomora et sur la boîte, deux phrases: “Ceux qui prennent un chewing-gum doivent prononcer la formule Alohomora avant d’ouvrir la boîte” et “Parce qu’un peu de magie ne peut pas faire de mal dans ce monde de brutes”.
    J’aime cette histoire.
    Elle me rappelle ma boîte de chewing-gum et le “tadaaaa !!” que je fait souvent quand je l’ouvre pour mes collègues. Elle me rappelle que la magie, le fantastique et l’irrationnel ne sont pas seulement pour moi un plaisir, mais une nécessité. L’évasion en fin de compte…
    C’est aussi pour ça que j’aime les contes. (Notamment les contes à rebours et les titres de chaque chapitre).
    Certains jours, j’aimerais être cette petite Lily et oublier un temps la morosité ambiante que l’on ressent parfois. Joli tour de magie dans cette histoire là, elle a tout compris cette enfant ! (Dérider sa mère n’était peut-être pas seulement un tour de magie, mais un tour de force ?)

    Voilà, ça m’arrive parfois de revenir en arrière et commenter (longuement. Arf… vous avez le droit de dire que c’est un pavé) une histoire. C’est sympa d’aller et venir ici, faire des sauts d’histoires en histoires. C’est ça aussi l’évasion.
    Allez, à présent je vous quitte.
    Abracadabra !… “pouf” !

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