À propos de la communication entre les Hommes.

Petit souvenir de l’externat.

Alors voilà le détenu numéro 213 amené par la police. Agressé dans sa cellule. Bien amoché, le pauvre type. La médecin chef veut l’examiner, mais seule : hors de question qu’un policier assiste à l’examen et de toute manière le détenu est menotté au lit : « je ne risque rien » dit la Chef. Le gardien refuse net : il restera dans la chambre pendant l’examen. Non négociable. Le ton monte, personne ne veut lâcher l’affaire. On parle d’appeler l’administrateur de l’hôpital. Je me demande qui est le plus con de nous quatre : le détenu qui s’est mis dans une sale affaire, les deux autres concourant pour savoir qui a la plus grosse, ou moi, au milieu, totalement impuissant.
Je fais un pas vers le patient. La chef, le doigt levé, l’air sévère et catégorique :
– Tu attends B. !
Je regarde le patient en train de pisser le sang. Question : que se passe-t-il quand une force irrésistible rencontre une masse inamovible ?
Si vous aussi vous vous posiez la question, sachez-le la réponse est : « Tu attends B. ! » (À dire d’un ton sévère et catégorique avec le doigt levé).
Finalement, le gardien mettra un pied dans la chambre, l’autre dans le couloir et la tête hors du box, faisant semblant de regarder ailleurs.
Sur l’instant, je trouve cela stupide et puis… le patient, dans un murmure à peine audible, nous dit qu’il saigne aussi « derrière ».
La chef a eu raison : il faut connaître son patient pour pouvoir bien le soigner. Le détenu n’aurait jamais parlé en présence du gardien.

Mais ça a mis du temps.

Le monde des Hommes gagnerait, entre autres bienfaits, à un peu plus de communication, je veux dire : il gagnerait VRAIMENT à un peu plus de communication.

« À notre époque où on parle tant de communication, la vraie communication est poétique. »
Robert Sabatier. 

« C’est ben vrrrai ça, Bob, c’est ben vrrrrai… »
La mère Denis.

A demain ! P.S., petit concours, selon vous : que se passe-t-il quand une force irrésistible rencontre une masse inamovible ?

(Les illustrations sont trouvées sur les réseaux sociaux où elles sont libres de droit ce qui n’est pas le cas sur CenterBlog. Si vous connaissez les artistes, on veut bien connaître leurs noms et l’afficher ! Redde Caesari quae sunt Caesaris)

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5 réflexions au sujet de « À propos de la communication entre les Hommes. »

  1. P.

    La difficile interaction gardien/prisonnier… Il y a eu une étude de psycho faite la-dessus, ça fait très, très, très peur : http://fr.wikipedia.org/wiki/Exp%C3%A9rience_de_Stanford

    Pour passer à quelque chose de plus gai
    Si la force inamovible est dur et si la force irrésistible est rapide ça fait *Kaboum*
    Si la force inamovible est molle et la force irrésistible est rapide ça fait *Boing*
    Si la force inamovible est dur et la force irrésistible est lente ça fait un calin
    Si la force inamovible est molle et la force irrésistible est lente ça fait des bisounours
    Mais ça n’est que mon avis.

    Répondre
  2. M.

    Une force que rien ne peut arreter ne peut pas exister si il existe une force inamovible. Il y en aura forcement une qui « perdra son titre » si on peut dire. Je rajoute des parenthèse inutiles parce que je sais que vous aimez bien. (((((((((((((((((((((())))))))))))))))))))))))))))). Bon blog. Très émouvant.

    Répondre
  3. Florian

    Alors voilà, après avoir écumé ce blog durant la nuit, je me réveille au matin et décide de lire un dernier article avant de partir. Pardon de réagir aussi tard, presque trois ans après.

    Dans la catégorie « sur le fil » je trouve une photo miniature qui me fait penser étrangement à la veste bleue gendarmerie avec le liseret blanc. En fait, c’est assez drôle mais il s’agit de deux personnes pratiquant l’escrime. Photo du présent article.

    Comme je disais, je souhaitais lire un dernier article avant de fermer le site, que j’apprécie beaucoup. J’y vois un médecin passionné par son travail, féministe ou tout du moins sensibilisé, au vu du vocabulaire et de certaines expressions. Mais j’y vois aussi surtout un homme profondément dérangé par certaines scènes de vie.

    Je me devais de réagir car même si je ne suis pas gardien de prison je fais partie des forces de l’ordre, et m’intéresse à la médecine avec un frère qui finira ses études d’ici 5 ans. À ce titre je souhaitais apporter l’autre vision de l’événement vécu par ce professionnel de santé… si ce dernier ne voit que le côté médical et confidentiel de l’examen clinique du patient, j’imagine que les collègues, eux, y voyaient un détenu blessé.
    Je ne dis pas là qu’il faut oublier tout soupçon d’humanité, mais si le médecin est là pour faire son travail, les forces de l’ordre également. Et ses gardiens de prison étaient probablement aussi effrayés que moi lorsque j’effectue une escorte ou transfèrement, d’une évasion éventuelle voire plus grave encore, de blessures occasionnées sur le médecin ou d’une prise d’otage.

    Il faut savoir qu’en prison, la fouille à nu n’est plus autorisée… Mais des armes létales et artisanales tournent encore beaucoup : quand on voit les détenus se filmant avec des téléphones portables on se doute que l’armement et légion. Même si on pouvait croire cette fouille dégradante, elle permettait toutefois de protéger bien plus de personnes qui n’y paraissait.

    Lors ce que j’emmène un gardé à vue se faire examiner, je pratique la même chose : un pied dehors un pied dedans en détournant le regard. Simplement je ne peux supporter de me laisser entendre dire que toutes les forces de l’ordre sont comme ça : quand je fais ainsi, réellement, je n’écoute pas le fond de ce qui se dit. Néanmoins on est obligé de garder un œil sur la personne, puisqu’elle est placée sous notre responsabilité.

    Nos actes et notre façon de travailler sont continuellement remis en cause que ce soit par les usagers du service public comme par notre hiérarchie. Lorsqu’une personne se plaint de nous, nous sommes incriminés avant même avoir pu donner notre version. C’est un climat usant et psychologiquement fatiguant objet des manifestations policières de ces dernières semaines.

    Je suis convaincu qu’il existe encore des fonctionnaires de police, des gendarmes, des policiers municipaux et des agents pénitentiaires qui font au mieux leur travail avec les moyens qu’ils ont, et qui considèrent autant que faire se peut ces personnes détenues comme des humains tout en gardant le contrôle sur eux puisque c’est ce qu’on leur demande.

    Prenez soin de vous.

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