Archives mensuelles : novembre 2014

Merci les amis !

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Alors voila,

Voilà plus d’un an que vous suivez mes petites histoires à l’hôpital. Vous m’avez connu interne, puis en train de préparer ma thèse, lorsque mon premier livre est sorti en librairie, lorsque j’ai passé ma thèse, lorsque le livre a été traduit dans tous ces pays étrangers, lorsque j’ai eu des doutes, lorsque j’ai été agressé au cabinet, vous m’avez accompagné. Hier, j’ai reçu mon écusson de médecin généraliste.
C’est un peu mon cadeau de Noël avant l’heure, merci à tous de me l’avoir envoyé,
Prenez soin de vous,

Baptiste Beaulieu.
PS : oui, je me ronge les ongles… Si vous avez des astuces pour arrêter !

La réalité des choses.

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L’histoire c’est VOUS, l’écriture c’est moi ! Merci Raphaëlle ! Cette anecdote est dédiée aux infirmières de pédiatrie qui font un boulot de dingue

Alors voilà, le nourrisson arrive, avec sa mère et sa grand-mère.
Les infirmières l’installent, il est très malade, il faut poser une voie veineuse.
Le « petit-tout » est un « tout-petit », et comme souvent chez les tout-petits, ses veines ne sont pas faciles à trouver. Sauf qu’il faut bien la poser, cette voie… Alors les infirmières commencent à chercher, sans patch anesthésiant parce que ça ratatine les veines, parce que ça prend du temps, qu’il y a urgence, que le petit-tout tout-petit est très, très, très malade.
La mère regarde les larmes et la douleur de son petit-tout tout-petit. Elle lui parle, elle lui caresse le front, elle est là… Au bout de 5 minutes, pas une veine qui tienne, les infirmières essaient l’autre main, puis le pied, puis l’autre pied…
10 minutes passent…
Pas de veine… Le cœur de la mère se casse.
15 minutes…
Parce que la mère est une mère, c’en est trop pour elle. La-voilà qui sort de la pièce, et éclate en sanglots. Elle passe le relais à la grand-mère.
20 minutes…
Parce que la grand-mère est une grand-mère, celle-ci ne tient pas plus d’une minute. Elles échangent de nouveau leurs places…
35 minutes…
Toujours pas de veine. Les infirmières, concentrées et professionnelles, envisagent même de piquer sur le front…
40 minutes…
Tout à coup, le miracle !
 » Tiens, on va essayer ici, parfois il y a une belle veine ! »
Plus de 45 minutes, elles ont trouvé.
Pendant ce temps-là, mère et grand-mère discutent à voix basse dans le couloir. « Enfin ! Non mais c’est pas possible de faire souffrir un petit comme ça ! C’est inacceptable !  »
À ce moment-là, la porte s’ouvre, les infirmières concentrées et professionnelles sortent, s’assoient à côté de la mère et de la grand-mère, puis elles fondent en larmes avec elles.
Pourquoi ?
Parce que les infirmières sont des êtres humains comme les autres.
 » Je leur en ai plus voulu du tout ! Tiens, c’était il y a 7 ans tout pile, et j’en ai encore vraiment les larmes aux yeux… » m’écrit la mère.

Je veux bien la croire, oui, je veux vraiment bien la croire. Parce que les choses sont les choses, même sous les blouses.

Si vous aussi vous voulez raconter votre expérience en tant que soigné et/ou soignant (((((infirmier(e), aide-soignant(e), médecin, diététicien, kiné, tablette de chocolat noisette anti-stress))))) venez en parler ici :

http://www.alorsvoila.com/contact

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Des questions sans réponses…

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Alors voilà il était dans son fauteuil, il a voulu manger seul, il n’avait pas l’habitude… La bouchée est passée de travers : il s’est étouffé et il est mort.
Nous sommes arrivés, avec le pimpom rouge et jaune, l’attirail de guerre, etc. On a posé des perfusions, mis des drogues aux noms compliqués dans ses veines. On a enfoncé des tubes dans sa bouche, on a remplacé le mouvement de ses poumons par le cliquetis d’une machine.
Je crois qu’on l’a sauvé, oui, on l’a sauvé. On a été content, il a repris sa vie d’avant. Il était mort et nous l’avons récupéré. On a été content, oui…
[…]
Six mois plus tard. Une garde de nuit à l’hôpital. La mienne. Pas celle d’une co-interne, non, la mienne. Il FALLAIT que cela tombe pendant MA garde, comme un fait exprès. Une drôle de synchronicité.
On m’appelle dans un service.
Le même patient, une autre maladie (oui, oui, il y a des milliers de façons de mourir…) Je fais ce que je peux. Au petit matin, il meurt.

Est-ce ainsi que les Hommes meurent ?
On écrit : « Mort constatée à 6 heures 37 ». Et voilà !
Ça parait très facile.

Donc, au petit matin, il meurt.

On me dit, on me répète, les chefs, les uns après les autres, les infirmières aussi (merci Pascaline…), que j’ai fait ce que je devais. Ça ne marche pas. Je me regarde dans le miroir, je me dis que j’ai 27 ans et que c’est un peu jeune pour se sentir coupable d’avoir tué un homme. On est quand même là pour sauver des Vies, non ?
Et puis, que signifie arracher un homme de la Mort un jour, pour se sentir coupable de l’avoir tué le lendemain ? Le Petit Dieu des Internes vous fait de ces blagues ! Ou alors je n’ai vraiment aucun sens de l’humour….

– Qu’est-ce qui est jaune et qui sent la peinture bleue ?
– Un pot de peinture jaune.

D’habitude, cette blague me fait rire. Pas ce matin. Je pense qu’elle a été inventée par le Petit Dieu des Internes. Un mauvais peintre qui n’a aucun humour, non ?

COUCOU, TU VEUX VOIR MON KIKI ?

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Alors voilà, je marche dans le couloir de l’hosto quand j’aperçois un vieil homme sur un brancard, le teint livide. Il est tellement pâle qu’en le voyant, plusieurs idées me traversent la tête :
1/ lui cuisiner un steak tartare;
2/ lui faire une intraveineuse de boudin noir,;
3/ lui faire boire un bol de O négatif cul-sec,;
4/ je ne sais pas, mais fais quelque chose, putain de bordel de merde !
Je dis à l’infirmière :
– Qu’est-ce qu’il a le monsieur de la 3 ? Il est plus blanc qu’un patient sous dialyse. On dirait un vendeur dans une épicerie bio !
(C’est vous dire combien il a l’air malade…)
– T’inquiète ! répond-elle, on s’en occupe. Si tu veux te rendre utile, fais-lui un sondage urinaire !
–D’acc o d’acc !
J’entre donc box 3, je me présente, je mets des gants, je soulève le drap, et là… Rien. Pas de pénis. Merde alors !… Pourtant mes cours d’anatomie sont formels : l’appareil reproducteur mâle ( ou pénis ) se situe au milieu et en bas du pubis, juste à côté des testicules que l’on appelle aussi « cerveau » chez l’homme du commun et « Diagonale du vide » chez l’homme politique…
J’appelle l’infirmière :
– Migraine !
[ en réalité, elle s’appelle Irène. Mais on lui a trouvé ce petit surnom charmant parce qu’elle parle très, très, très FORT !… Vous le voyez, aux urgences comme en Corée du Nord, on ne peut rien contre l’humour !]
– Oui, Bibi ?
Moi, chuchotant :  » Le monsieur a pas de kiki. »
– Quoi ? Qu’est-ce que tu dis ?!?
Moi, parlant sur la pointe des pieds (je sais ça n’existe pas cette expression, mais j’ai décidé de l’inventer :  » Parler sur la pointe des pieds « . À croire que j’ai envie de me faire de nouveaux amis, Bernard Pivot et les vendeurs des épiceries bio…). Donc, moi, parlant sur la pointe des pieds :  » Je dis que le Monsieur a pas de kiki… ».
– Mais qu’est-ce que tu racontes ?
– Je raconte que le Monsieur a…
– Oui, oui, j’ai compris. Allons voir ça de plus près !
Elle entre box trois, se présente, met des gants, soulève le drap, fronce les sourcils, se recule, se retrousse les manches, revient sur le patient, relève le drap et fouille dans les poils (désolé pour la précision, mais c’est aussi un peu ça notre métier.)
– Regarde, Bibi, c’est là.
– Ah…
Le vieux monsieur explose de rire :
– Ma femme a eu le même problème pendant 40 ans ! Ça m’a pas empêché de lui faire 4 enfants !
[…]
À la pause, je me souviens, j’ai appelé ma mère.
– Maman ?
– Oui ?
– Tu savais que la taille du pénis serait peut-être liée à l’imprégnation en testostérone de la mère durant la grossesse ? Je viens de me renseigner sur Google.
Silence.
– Heu… non. Pourquoi me dis-tu ça, Baptiste ?
– Pour rien, pour rien.
– Ah bon.
Silence gêné. J’ai pensé au monsieur de la 3.
– Maman ?
– Oui.
– Merci.
– Hein ?
Mais j’avais déjà raccroché, parce qu’aux urgences, on a le temps de rien. Vraiment.

PS 1 : je n’ai rien contre les vendeurs d’épicerie bio. C’est simplement que je tuerais mon chat pour faire un bon mot (même si, nous sommes d’accord, ça ne ferait rire personne. Je le sais, j’ai essayé…).

PS 2 : le PS 1 est une blague, je n’ai pas de chat… J’ai un chien !

PS 3 : sans transition, parce que je ne suis pas un garçon qui tourne autour du pot : si vous aimez cet article ou plus globalement le site en général, partagez sur vos réseaux sociaux et par pigeons voyageurs !

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À ma place ?

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Alors voilà Madame Ouija me dit qu’elle va mieux, que son fils est « parti » il y a quatre ans mais qu’elle le sent encore auprès d’elle.
Le matin, quand son mari dort, elle prend un stylo et laisse courir sa main sur le papier.
– C’est mon fils ! Mon fils qui me parle, dit-elle en souriant.
Je ne dis rien, je n’y crois pas, c’est tout. Comme le Père Noël, les sportifs espagnols non dopés, les M&M’s qui ne fondent pas dans la main, ou l’homéopathie ( vaste débat avec mon père qui y croit dur comme fer ! « Mais Baptiste, puisque je te dis qu’on a même soigné le chien avec des granulés, qu’est-ce qu’il te faut de plus ?!?!  » Hum, je sais pas, Papa, des essais cliniques randomisés multicentriques en double aveugle, par exemple ?)
Madame Ouija voit bien que je tique, alors elle farfouille dans son sac et me montre des feuilles. Des dizaines de feuilles. « Son fils » l’y rassure encore et encore, lui dit qu’il va bien et qu’il pense beaucoup à eux. Parfois,  » il  » dessine des animaux, des arbres, des bateaux et des quais de gares… elle serre très fort les feuillets. Ça l’aide, ou ça l’aliène, je ne sais pas.
– Il m’a parlé d’endroits où je ne suis jamais allée, de gens que je ne connaissais pas. C’est bien la preuve que c’est lui ? Non ?
J’esquive la question, je n’ai pas de réponse. Je lui demande comment va son moral. Elle me dit qu’elle va mieux depuis qu’il lui parle, car il lui dit qu’il est très heureux, que l’au-delà est une chose calme et douce, qu’elle ne doit pas avoir peur de la mort, et que tout est bien.
Je regarde les feuilles. Beaucoup d’écriture. J’entraperçois un chat, une maison… Tout est écrit/dessiné avec un trait un peu enfantin. Je suis un scientifique, alors je doute. Mais je ne dis rien. Mon rôle c’est de soigner, pas de sermonner, ou de faire tomber une superstition que je qualifierais de  » bienheureuse  » – puisqu’elle l’aide moralement.
Non ?… Vous feriez quoi à ma place ?…
Moi, j’écoute Madame Ouija et je me tais.
La vérité, c’est qu’elle me touche. J’aime bien les êtres humains. Pas tous. Mais certains, quand ils parlent à leur mort, je les aime plus que les autres.
Vous feriez quoi à ma place ?…

P.S. : pour détendre l’atmosphère, je vous annonce que dans le prochain post, je vous montrerai mon kiki. Voilà !