Mon bureau, Monoprix, et du v…i.

Alors voilà… Aujourd’hui je veux absolument vous parler de mon bureau, au cabinet médical.

Je veux avoir ici une petite pensée pour lui suite à… l’incident.

Imaginez : une maman entre, me salue, puis dit :

« Docteur, regardez tout ce qu’il vomit » en sortant un sac plastique rempli de ce que vous pouvez imaginer, sac qu’elle pose ensuite sur mon bureau, hyperfière de tout ce que le corps de son petit garçon est capable d’excréter.

Elle l’a posé sur le bureau. Comme ça. Plof !

Et ce qu’endure mon bureau, mon pauvre bureau en PVC personne ne peut le décrire. Il n’y a pas de mot. PARCE QUE : qui pourrait comprendre à part peut-être le bureau d’un autre médecin !

D’ailleurs, je les imagine bien, la nuit venue, qui se téléphonent entre eux.

« Moi on m’a déjà fait ça avec des taenia, hein » se plaindrait celui du gastroentérologue en bas de ma rue.

Non mais vraiment.

Qu’est-ce que j’aurais dû faire quand cette femme a déposé ce sac au plastique si fin, rempli de vomi, hein, les amis ? Mon Dieu, je revois le vomi bomber la fine couche de plastique, et ce plastique qui s’étale, qui s’étale sans fin comme une galette ou une bombe à eau. Mais mon dieu, non… Je comprends qu’elle soit fière, cette mère, c’est le bébé de son bébé, quelque part, mais quand même… Je ne sais pas ce que j’ai pensé en voyant… ÇA !

Peut-être que j’ai vu dans ma tête le capitaine Kurtz, vous savez, Marlon Brando dans Apocalypse Now, celui qui a un gros gros gros stock de Napalm a écouler, et je l’ai entendu commander dans ma tête : « Brûle-le-sac ! Brûle le bureau ! Brûle-la-maman ! Brûle-tout, brûle-tout Baptiste ! »

Vous savez, les amis, le bureau du médecin n’a pas le vie facile. Non mais j’ose à peine toucher le mien ! Entre les mouchoirs usagés, les pieds posés sans gêne pour montrer un panaris ou le petit bouton entre les orteils, le dentier balancé à la va-vite ALORS qu’à côté la table d’examen n’attend QUE ça !!!!

Et derrière tout ça, cette question existentielle : ils sont étanches au moins, les sacs Monoprix ?

Vous savez, les amis, j’écrivais cette chronique et je pensais, « Punaise, je ne souhaite pas à mon pire ennemi d’être réincarné en bureau de médecin ! » et tout à coup je me suis souvenu qu’un bureau de médecin ce n’était pas SEULEMENT ça. Me suis souvenu de toutes les fois où quelqu’un a dit, en tapotant du bout des doigts ce petit bureau, des phrases comme :

« Docteur, je vais mieux ! »

« Docteur, je me marie ! »

« Docteur je suis enfin enceinte »

Ou même : « j’ai enfin maigri » qui rappelle cette autre phrase « j’ai enfin grossi »

Ou encore cette phrase magnifique : « j’ai pas peur, Docteur ! »

Et, enfin, peut-être ma préférée d’entre toutes :

« Vous savez, Docteur, je vais me battre !»

Et là oui, définitivement je peux le dire, les amis, je ne souhaite finalement pas à mon pire ennemi d’être réincarné en bureau de médecin : il aurait trop de bons moments et ce serait trop bien pour lui !!!

(Vous pouvez retrouver cette chronique sur le site de France Inter, ici)

18 réflexions au sujet de « Mon bureau, Monoprix, et du v…i. »

  1. ManetteDuc

    Bonjour, que de finesse et délicatesse dans votre billet, un grand détour, mais pourquoi je ne retiens que ces deux mots, Monoprix et vomi …
    Bonne journée et continuez à nous offrir votre écriture qui me régale, qui nous régale.
    Amitiés et bisous.
    Mamie de Nice.

  2. Virginie

    Et encore une fois j’ai les larmes aux yeux en te lisant. Tu me fais sourire, et l’instant d’après c’est l’émotion qui prend le dessus !
    Merci pour tant de sensibilité, d’humour et d’empathie. Une bise à ton bureau (si,si, il le mérite)

  3. 40

    C’est dingue, les gens sont absolument imprévisibles et sans respect aucun !
    Je ne vois qu’une solution, le bureau du médecin accessible au public est une table d’examen en matériau médical genre paillasse de labo, rien dessus. et sur le côté, accessible au seul médecin, un bureau à lui.
    Grosse cochonne cette mère quand même, imagine, si tu posais cela sur sa table de cuisine ou sa table de nuit, là elle trouverait que ce n’est pas normal.

  4. Souslalune

    Oups, pas glop quand même le sac de vomi …. heureusement, le petit n’avait pas la diarrhée !!
    Belle soirée Baptiste, et non nettoyage de bureau aussi 😉

  5. Véro

    Pour me faire passer par tous les sentiments de la terre en si peu de temps, la stupéfaction, le dégoût, le rire, la tendresse, l’admiration, il faut être sacrément bon écrivain. Un jour, quand vous aurez un peu de temps, il faudra penser à mettre en scène vos écrits.
    Merci, vraiment merci!

  6. Emmanuelle

    C’est dingue, ce que voit un bureau de médecin… un bureau de prof aussi, tiens…
    On y laisse un peu de nous, régulièrement…
    Bon courage pour la désinfection quotidienne, Baptiste 😀

      1. Emmanuelle

        Cela dit, on a de bonnes surprises, parfois : l’autre jour, un étudiant a rangé “mon” bureau compulsivement, en bas de l’amphi, pendant que je répondais à ses questions (il était perturbé par les câbles qui dépassaient et la housse de mon portable en biais) 😀

  7. Blanche

    Le bureau de mon médecin est tellement encombré de tas de papiers de toutes sortes, que je ne pense pas qu’on puisse y poser quoi que ce soit. C’est peut-être le seul moyen qu’elle a trouvé pour éviter ce genre de “cadeaux” de la part de ses patients 😉

  8. Herve CRUCHANT

    C’est vrai.
    Et puis, un bureau de médecin, c’est trop plat, trop épais aussi qui sait ?. Çà se prend pour un indispensable, ça trompe son monde. Même que des fois çà dorure des bords pour faire ancien sage. C’est stupide, un bureau de médecin : çà se gonfle et çà devient rift africain, large, trop large pour permettre un passage à gué, ou permettre l’indispensable free hug. Parce que là à là il éloigne les êtres. C’est dire que c’est tellement con, un bureau de médecin.

    Au point que je me demande s’il supporterait qu’on lise “Toutes les Histoires d’Amour” sur son marocain. Pourtant, il en aurait bien besoin, ce bureau de médecin !

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