Le super-héros.

Alors voilà, le visage d’aujourd’hui est celui de cet enfant dont j’ai oublié le prénom. A l’époque j’ai quoi ? 24, 26 ans ? Je viens d’intégrer le SAMU pour un stage d’une durée de six mois quand l’équipe est appelée sur une perte de connaissance. Une mère et son fils étaient au bord d’un lac, elle lisait, lui était sur ses genoux, endormi.

On arrive, la mère est couchée sur le côté, en position latérale de sécurité, inanimée. Elle a une maladie génétique, son entourage est au courant, son fils est au courant, elle a fait un malaise hypoglycémique. Quand le petit garçon s’est réveillé de la sieste, et qu’elle n’a pas réagi à ses questions, il a essayé de la réveiller.

Faut savoir : le coma hypoglycémique c’est assez impressionnant, très dangereux, mais si on arrive à temps, et qu’on « resucre » la personne à temps, elle peut refaire surface presque aussi rapidement qu’elle s’est évanouie.

Je ne me souviens même pas du visage de l’enfant, seulement qu’il avait une salopette rouge, c’est étrange la mémoire…

Bref, on doit être en 2010, lui il a six ou sept ans.

J’ai regardé, le prénom le plus donné l’année de sa naissance est Lucas.

Voilà comment il s’appelle dans ma tête :

prénom Lucas,

nom de famille : Peut-Être.

Eh bien ce petit garçon dont j’ai oublié le prénom, du haut de ses six ou sept ans je ne sais plus, ce petit gars est allé trouver des passants, leur a dit qu’il y avait un problème avec sa maman, qu’il n’arrivait plus à la réveiller.

On peut être un héros à n’importe quel âge, et sans avoir besoin de cape, sans avoir besoin de masque, le temps fait son œuvre, j’ai oublié ton visage, mais j’espère que tu es heureux, et quand je pense à toi, j’ai le visage de captain America où Superman qui se superpose au tien. Marvel Et DC Comics ne réaliseront jamais de films sur ce que tu as fait pour ta mère qui avait ce problème génétique. Mais moi je n’ai pas oublié, et si j’ai pas les moyens de la Century Fox où de la Disney Compagny, je peux écrire une chronique, parler de ce lac, de cette mère allongée, et de son petit garçon, Lucas Peut-Être, qui lui sauve la vie.

Bravo Lucas !

[suite du texte sur le site de France Inter ICI ]

PS : je serai au festival des Utopiales de Nantes ce week-end le vendredi de 18h à 19h, le samedi de 13h30 à 14h30 et le dimanche de 13h à 14h. Je participerai à des tables rondes autour du genre et des codes de la sexualité en littérature générale vendredi entre 18h et 19h salle Tschaï, dimanche entre 9h30 et 10h30 salle Hertzl, et dimanche entre 12h et 13heures salle Tschaï.

10 réflexions sur « Le super-héros. »

  1. Manette Duc

    Merci Baptiste pour ce moment émouvant, quel beau souvenir.
    Tu vois il y a quand même quelques rayons de soleil dans la vie, merci de les partager.
    Gros câlin de Mamie de Nice

  2. Lorraine

    Ce petit Lucas fait parti de ces enfants à qui ont apprend dès leur plus jeune âge à pouvoir composer le 18 , à réciter, comme on récite une poésie, leur adresse afin de permettre aux secours de venir le plus rapidement possible et on leur installe même parfois un petit tabouret près de la porte d’entrée pour pouvoir atteindre les clés et ouvrir la porte.
    Ils se sentent investis d’une mission sans comprendre réellement l’importance parfois vitale de cette action et en sont fiers.
    Mais quel fardeau sur leurs épaules.

      1. Louise

        Je ne pense pas que ça soit un fardeau mais c’est une sorte de transmission de l’humanité que doit faire chaque parent pour rendre la vie plus belle et plus supportable. C’est par une enfance bien bâtie qu’on construit de meilleur monde. Mes amitiés les plus sincères.

    1. big girl du 74

      Lorraine, je ne comprends pas votre commentaire. Où est le fardeau, pour l’enfant ?
      Je ne souffre d’aucune maladie avérée, mais j’ai pourtant appris à chacun de mes 3 enfants, comment alerter les secours.
      On n’est jamais à l’abri d’un accident de la vie quotidienne, je suis tombée d’un escabeau il y a 6 mois de cela, et je n’ai pas eu de vertige pas de faiblesse, juste une maladresse.
      Il me semble que cela doit faire partie de l’éducation d’un enfant d’apprendre à alerter les secours. Que ce soit pour sa propre sécurité ou celle de son entourage. Mes enfants n’ont jamais eu l’air de penser que c’était un fardeau que je leur faisais porter que de leur avoir donné cet apprentissage.

  3. Akira

    Depuis quand un coma hypo peut etre super dangereux ?? Je sais pas de quel maladie souffrait cette personne mais pour un diabetique T1 classique, c’est pas le cas.

    Si on conduit, certainement. Si on est a la piscine, sans doute.
    Pour le reste, c’est parfaitement benin. Les publications sur les eventuels risques cardio et neuro sont tout a fait non significatifs.

    1. DoubleK

      Ce n’est pas le lieu pour poser des diagnostics à l’emporte pièce. Si cette femme avait été seule au bord de ce lac, elle serait peut-être restée bien plus longtemps inconsciente avant qu’un passant remarque qu’elle ne faisait pas juste une sieste. Et c’est bien son petit garçon qui a permis qu’on lui porte secours et la re-sucre.

  4. herve cruchant

    Je hais le mot “héros”, tu le sais. Le post de Lorraine l’explique en creux : on apprend, on intègre, on devient citoyen. Et on sauve des Gens. On n’apprend pas à être un ,”héros”, cet être trumpisant qui surgit du néant et sauve l’opprimé d’une fin certaine. Non, non. Tranquillement conscient avec discernement, en fonction de son âge et de ses capacités. Cette fois, c’est le petit garçon qui a tenu la main de sa maman pour traverser la rue dans les clous….
    Bon, j’arrête ici mes états d’âme : va falloir rétrograder d’une heure toutes les pendules sans faire grincer l’embrayage. Autre sujet de réflexions.
    Que Mieux vous garde sereins sereines. Faites gaffe au sucre, c’est un vrai poison.

  5. tisseur Evelyne

    une belle histoire d’un petit garçon bien au courant de ce qu’il faut faire quand sa maman n’est pas bien !
    une belle et bonne éducation, çà devient rare
    et que la maladie de sa maman soit grave ou pas, que son coma hypoglycémique soit grave ou pas, on s’en fout, ce qu’il compte , c’est ce que ce petit garçon a pu faire: appeler des secours !
    bravo à ce petit “Lucas” devenu grand, on sent qu’il t’a beaucoup touché , puisque tu n’as pas oublié !

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