La danse de la joie.

L’histoire c’est M., l’écriture c’est moi. Merci !

Si vous voulez raconter, c’est ici !

Alors voilà, Madame Carte. 

Madame Carte reçoit une adolescente, envoyée par son médecin généraliste avec ces mots “J’ai une intuition. Elle me dit que tout va bien… Mais y a un truc qui colle pas…”

La gamine arrive au cabinet, elle commence par des banalités, puis au détour du “Chemin Qui Ne Dit Rien”, elle se trompe de route, prend celle de “L’Image Sociale et de La Mort”, la route de la franchise, et la voilà tout à coup qui se livre ” elle est seule dans son monde”, “elle est moche, très moche”,”elle est bizarre”, en plus la psy doit “se rendre compte que c’est un monstre parce que….. elle aime les filles…”

D’après elle, le plus simple serait de mourir, elle pensait le faire d’ailleurs, mais il y a eu ce médecin qui lui a dit que ça serait bien qu’elle aille voir une psy, que ça pourrait peut-être l’aider et elle, du coup, du fond de son abîme, elle a vu comme une petite lumière, une porte qui s’entrouvre, quelque chose qui lui a donné envie de voir, juste voir, si la mort pouvait attendre un peu.

Quand la gamine a parlé de la mort, elle n’osait plus regarder madame Carte, comme si madame Carte allait lui faire la morale, comme si c’était un gros mot de dire “je veux mourir”. Alors madame Carte lui a répondu comme avec les autres : “Bah ok, si tu veux c’est ta vie !”. Et, comme avec les autres, madame Carte observe la même détente, ce moment où le lutteur interne lâche, comme si le fait d’autoriser quelqu’un à choisir s’il peut ou pas mourir libérait d’un combat. La gosse lui a parlé de ce qu’elle pensait ressentir (ou ne plus ressentir) de tous les scénarios qu’elle avait pu imaginer.

<< Le moment le plus touchant, m’écrit madame Carte, c’est quand elle parle de sa vision du monde : elle VOIT les autres, elle utilise toujours un vocabulaire gentil en parlant d’eux, des mots de soutien, bienveillants…>>

Les séances s’enchaînent, les semaines passent. Elle parle, et elle pleure, et elle pleure, et elle pleure. Puis un jour, elle parle, et elle pleure, et elle pleure, et elle… rit ! Elle est alors tellement fière, devant ce moment où son corps s’est ouvert au monde sans qu’elle s’en rende compte. L’espace d’un instant, elle n’est plus collée dans le fond du canapé, entre deux coussins, non. Elle est bien assise, droite, triomphante, un petit triomphe mais un triomphe quand même. ELLE A RI !

[…]

Hier, elle a prononcé ces mots : “Madame Carte… Je dois vous dire… Je me suis trouvée belle, hier… vraiment belle… Je me regardais dans la glace et… Enfin… Je crois que je commence à m’aimer un peu…”

Et quand elle est partie, Madame Carte a dansé. Oui, oui, dansé. Toute seule dans son cabinet. Une petite, minuscule danse. Avec la tête, les bras, les jambes et, pour maintenir le tout, de la joie au milieu.

43 réflexions sur « La danse de la joie. »

  1. Libellule

    Bravo Mme Carte ! Et aussi au médecin qui a fait le bon diagnostic !
    merci d’exister, pour toutes celles et ceux qui ont un jour besoin d’une Mme Carte (ça marche aussi avec les Messieurs…)

  2. AnneduSud

    Incroyable photo! Et la joie, c’est le petit morceau turquoise au milieu? En tous les cas, encore une ado qui a trouvé la bonne personne mais qui auparavant a trouvé le courage de frapper à sa porte. Bravo.

  3. Grand33

    Bonjour Bibi,
    Si j’osais je dirai que cette gosse a tiré la bonne
    carte.
    La bonne personne au bon moment, cela
    peut sauver une vie.
    la bise

  4. heliotrope

    ok, ok, merci alexandrine sans qui … la la lère
    mais alexandrine sans baptiste elle n’aurait rien à faire !
    merci pour la JOIE, je suis en train de lire “la puissance de la joie” de frédéric lenoir, ça le fait !
    bons baisers

  5. adèle

    Une mère qui téléphone : “Docteur, ma fille (mon fils), ça va pas. Je vous l’envoie”
    Je vous promets, j’aime écouter les gens.

    Mais un ado qui veut pas parler, c’est comme une huitre. Chez moi, à Noël, c’est mon mari qui les ouvre. Moi je sais pas faire. J’ai pas le couteau-magique.
    Y en a une un jour qui m’a demandé si j’étais de la police. Triste ! 🙁

    1. Libellule

      Bonjour Adèle !
      Pas de tristesse à avoir, l’ado fermé comme une huitre c’est compliqué ! Le problème étant que plus vous lui faites sentir que vous attendez quelque chose de lui (qu’il parle, qu’il ne se suicide pas), plus il se braque.

      Donc il faudrait réussir à sortir de la relation de force de l’huitre face au couteau, d’où le “c’est ta vie, tu fais ce que tu veux” de Mme Carte. Un joli tour de force car on sent bien que Mme Carte a aussi le désir que l’ado parle et ne se suicide pas… mais il faut réussir à le masquer pour que l’ado se sente libre.
      Il faut donc être un Jedi, un moine boudhiste, une Mme Carte ou un Dr Baptiste pour y arriver, et encore même eux ne doivent pas y parvenir dans 100% des cas. D’ailleurs peut-être que le médecin qui a orienté la jeune fille vers Mme Carte n’y arrivait pas non plus. Et pourtant il a fait son travail, et a aidé la jeune fille.
      Alors ne soyez pas trop dure avec vous-même, il n’y a rien de triste à laisser les autres ouvrir les huitres 😉

  6. Pat

    Merci merci à toi docteur Bibi pour le partage .
    Contente de te savoir sur les sentiers de la Gloire .
    Bizzz à partager avec tous ceux qui passent par ici .

  7. Myriam FdF

    « Bah ok, si tu veux c’est ta vie ! » une toute petite phrase, mais il faut oser la dire à un ado qui parle de mourir. Il faut surtout avoir sacrément du métier, derrière, pour qu’elle ne soit pas prise pour une autorisation mais plutôt comme une compréhension. J’admire toutes les Madame Carte, psy ou autre, qui sauvent des vies grâce à leur connaissance de l’âme humaine. En particulier celles qui font la danse de la joie.
    Je vous envoie soleil et chaleur, on en a trop, ici. (Petite taquinerie du matin, sourire jusqu’au lendemain 😉 )

    1. martingoule

      @ Myriam FdF
      Cette phrase” bah ok c’est ta vie ! ” ( je rajoute) fais en ce que t’en veux
      Bein c’est la phrase que disent toutes les mamans quand elles ne savent plus quoi dire .moi je l’ai dite un jour et ca a marché .
      Toutes les mamans sont des Mne CARTE.

    1. Libellule

      La curiosité scientifique n’est pas un vilain défaut… mais on ne peut pas faire un diagnostic médical sans avoir vu le patient !
      De mon point de vue, j’avais l’impression que c’était une ado en souffrance, peut-être du fait de son homosexualité, peut-être plus… Le fait que la souffrance s’atténue n’en ferait alors pas une bipolaire… Mais là aussi c’est hypothétique puisque je ne suis pas médecin ni psychologue et que je ne connais pas cette jeune fille.
      bon dimanche

  8. martingoule

    @hugues
    Bipolaire….
    Qui se reveille tous les jours de la meme humeur,qui pour compenser n’a jamais eu une frénésie d’achat,qui n’a jamais eu Ue frénésie de sexe,
    Comme dirait mon professeur préfère la bipolarité c’est le tout a l’égout de la psychiatrie .nous sommes à la préhistoire de la connaissance du cerveau.
    UGH.

    1. Libellule

      C’est vrai que la dernière classification des troubles de santé mentale a une nette tendance à voir des maladies partout, et presque autant de variantes de bipolarité (ça fait rire -jaune- beaucoup de soignants).

      Malheureusement pour les personnes vraiment atteintes de cette maladie, ce n’est pas juste une tendance à faire chauffer un peu sa carte bleue un jour de blues…
      (vu votre commentaire je suppose que vous le savez, mais je détaille pour d’autres lecteurs moins avertis). Les gens bipolaires ne peuvent pas contrôler ce qu’ils font d’excessif pendant leurs phases dépressives et leur phases euphoriques, ce qui conduit à une mise en danger à court terme, comme les tentatives de suicide, ou à moyen terme : perte d’emploi, de tous contacts sociaux, surendettement, etc. C’est difficile à vivre aussi pour l’entourage. C’est important et utile de se faire aider dans ces cas-là : un médecin traitant ou une Mme Carte peuvent être une première étape 🙂

      prenez soin de vous

      1. martingoule

        @ libellule
        Je disais simplement que quand les psychiatres ( enfin pas tous mais c’est tellement difficile de trouver le bon) ne comprennent pas ils disent (
        ” bipolaire”
        Je n’ai pas l’habitude de m’epancher mais la cela s’impose.
        Je ne parlais pas de moî je parlais de ma fille.
        Diagnostic Bipolaire.
        Allez du lithium,nous avons dit NON’
        nous nous sommes battus son pére ,sa soeur et moî.
        Pas de lithium .
        Voila je vais la faire courte.
        Nous l’avons ramené à la maison l’avons entouré .
        Cela a été long .
        Elle a repris des etudes et pas des moindres P1( première annéé de médecine et le fameux concours)
        Elle arrive au bout de ses etudes c’est sa derniere année .
        Comme nous sommes fiers.
        Juste pour vous dire Libellule et aussî donner de l’espoir à tous les bipolaires.
        Qu’avec de l’amour………et un psychiatre extraordinnaire qui nous a suivi……
        Voila

  9. florine

    Le contact humain soigne autant celui qui écoute que celui qui s’exprime. En thérapie, c’est encore plus de mots, encore plus d’émotions… et un pas en avant, si petit soit-il, c’est une explosion de joie!

    Madame Carte a aidée cette jeune fille à retrouver son chemin… BRAVO! Et bravo à tous ceux et celle qui sont encore égaré mais qui cherchent…

  10. marie

    Alors voilà si discuter relève de la métaphysique, je veux bien croire que les silences en disent long. Ainsi j’entends des silences qui discutent inlassablement de la vacuité du faire, du dire….de l’être. Une petite voix câline me souffle à l’oreille d’arrêter mon charabia-motus. Mais tout donne à faire et à dire. Pas de repos. Aujourd’hui il reste comme certitude première, les collines balayées par le vent.
    L’autre jour j’avais une autre certitude première…croisé beaucoup de gens, fait et écrit beaucoup de choses…Je commence la journée tranquille, partout ou mon regard se portait je voyais « Amour ». La beauté d’un chat doux et crémeux sur une pelouse verte émeraude, la chatoyance des feuillages, puis ce couple d’amoureux sur un vélo, elle, légère posée sur le guidon lui, pédalant. Ils regardaient ensommeillés dans la même direction…en sens inter