L’homme qui espérait un juste milieu.

L’histoire c’est S., l’écriture c’est moi. Venez raconter la votre, c’est ICI !
Alors voilà, le vieil homme avait 86 ans, et il avait HORREUR de deux choses dans la vie :
1- les “satanées herbasses” de son beau jardin.
2- laisser la sonnerie du téléphone retentir plus d’une fois, parce que c était toujours d’une importance vitale de ne pas faire attendre les démarcheurs d’aspirateurs.
( ” Seulement deux choses ? ” me direz-vous, quand on a 86 ans, c’est plutôt honorable.)
Un jour, première sonnerie, le vieil homme l’entend par la fenêtre ouverte, redresse son vieux dos courbé sur ces satanées herbasses auxquelles il rendait des comptes. 

– Ça a sonné ? dit-il tout haut.

Deuxième sonnerie.

– Merde ! Ça a sonné !

Grand-père se précipite vers le téléphone à l’entrée de la maison,

C’est à la troisième sonnerie que la marche du perron gagne.

Chute.

Fracture de la jambe.

A l hôpital, on lui dit : ” Tout va bien, monsieur. Un plâtre et quelques jours de récupération en service gériatrique.”

Malheur ! Que n’a-t-il pas dit !!!

Le vieil homme sur le brancard se redresse :

– En gériatrie ?

Gêne. Silence. Le médecin, voulant être élégant, se raccroche aux branches comme il peut :

– Excusez moi monsieur, mais quel âge avez vous ?

[Je sais, la subtilité de certains de mes confrères m’étonnera toujours !]

Long et profond soupir du vieil homme : 

– Bah oui je sais bien que je ne suis plus tout jeune, mais je trouve les vieux déprimants…

Silence. Le médecin :

– Où voudriez-vous aller ?

Réponse authentique et magnifique du patient :

– Vous n’avez pas un service entre la pédiatrie et la gériatrie ?
Personne n’a su quoi répondre. Je veux dire, vous n’avez VRAIMENT rien entre la pédiatrie et la gériatrie ?

[ Plus tard, il aura un plâtre digne de celui d’un adolescent, remplis des petits mots d’amour de ses nombreux petits enfants. D’ailleurs, même s’il leurs dit qu’il n’a plus l’âge pour ces bêtises, sa petite fille, qui m’écrit cette histoire, sait qu’il se vante devant les infirmières d’avoir un plâtre aussi bien rempli. ]

52 réflexions au sujet de « L’homme qui espérait un juste milieu. »

  1. Fabymary POPPINS

    Génial ce papy et on vieillit que dans la tête, ça me rappelle des personnes que je connais de visu ou pas, une dame de 92 ans qui tient un blog que je suis et qui a une mémoire d’enfer et de l’humour toujours. Une amie âgée, malheureusement plus là qui était danseuse et avait de ces réparties une vrai titi parisienne, tu imagines ce que ça donne!!! et le meilleur un jour invitée chez une dame âgée avec belle maman, (2 rabat joie) et une voisine qui nous raconte comment elle s’est cassée la figure au TYROL et les deux autres de lui dire, mais faut plus partir comme ça en voyage, vous vous rendez compte si vous re tombez de nouveau…. et elle a eu cette superbe phrase MAIS NON, JE NE ME CASSE LA FIGURE QU’AU TYROL, bonnes dédicaces et je vais commander chez mon libraire tes livres car déjà ici te lire je me régale alors avoir tout plein d’histoires à lire , je dis OUI

  2. Ahana

    – tu sais, le livre du médecin, là, je l’ai commencé, je pensais pas que ça me plairait! je peux plus le lâcher, ça me rend dingue!”
    – lequel des deux?
    – je sais plus le titre, celui que tu as laissé trainer, là…
    Dixit ma Môman.

  3. Grand33

    Bonjour Bibi,
    si on pouvait tous arriver à 82 ans dans
    le même état de santé physique et morale.
    C’est ce que je nous souhaites ….
    la bise

    PS : petite histoire perso. Cet été je téléphone
    chez ma mère, 79 ans.C’est mon frère (en vacances
    en france à ce moment là) qui répond, échange
    de quelques mots et je lui dis : “passe moi
    maman”, réponse du frangin : “Heu rappelle
    un peu plus tard, elle est sur le toit pour arranger
    deux ou trois tuiles” !!!!
    Je ne vous raconte pas la réponse quand je l’ai
    réprimandé.
    Dis Doc cela existe des papy mamie hyperactif ?

  4. florine

    Avec l’age, on a le choix entre devenir vieux et devenir sage… et une des lois de la sagesse est de regarder le monde avec les yeux d’un enfant. on ne devient vieux que quand on a perdu ce don… quelle belle histoire!

  5. Mésange

    Pour ma maman, alors dans les 80 printemps bien passés, la maison de retraite du bout de sa rue c’est… chez les vieillards. Et j’écris “c’est” et non “c’était”, car je ne serais pas étonnée qu’elle pense toujours la même chose à 92 ans !
    Grand, si on reste dans cet esprit-là, ta maman est une jeunette, pas étonnant qu’elle gambade sur le toit ! Que ses fils s’en inquiètent… pfiou !
    Caresses de plumettes

  6. Soulalune

    Lors d’une visite à ma grand-mère, 85 ans, hospitalisée (elle est hélas partie faire du poney multicolore en 2000 … bisous tout plein ma Mamie), alors que je lui demande comment ça va, elle me répond en soupirant “ça va pas trop mal mais j’ai hâte de rentrer chez moi … y’a que des vieux ici” !

  7. genevieva

    comme d’habitude superbe histoire, j’ai un peu plus de 70 printemps et je n’aime pas être avec des “vieux” nous avons toujours eu des amis plus jeunes que nous on voyageait ensemble une fois dans l’année et j’ai toujours des amies plus jeunes que moi, personne ne s’en aperçoit. Mais il est vrai que certains étant plus jeunes sont vieux dans leur tête, dans leur habillement, dans leur façon de vivre.

  8. Zéphine

    À 82ans, mon papy s’est offert un scooter, parce qu’il voulait continuer à aller observer les oiseaux des après midis entières sous le cagnard provencal, et ma mamy ne voulait plus qu’il fasse ça à vélo. Il bougonné sévère et n’a presque jamais utilisé le scooter, lui préf
    erant encore et toujours le vélo, sauf les jours très très chauds ou très très froid.

    À 85 ans, papy à décrété que “l’avion, c’est pour quand il sera vieux” et que donc pour le moment il continuerait de faire les 1200km qui séparent ses deux maisons en voiture, en une étape. (Finalement, à 90, sur insistance de mamy et de ses enfants, il a accepter de prendre l’avion, mais ne voyais pas trop “pourquoi tout le monde insiste tellement”).

    À 90 ans, papy à reçu un courrier de son ancien employeur, qui lui proposait une forte somme d’argent en lieux et place de sa retraite classique, argant que c’est maintenant qu’il allait avoir besoin d’argent pour “s’assurer une fin de vie confortable”. Papy leur à gentillement mais fermement répondu d’aller voir ailleur si il y était, et que la somme d’argent proposée ne couvrait “que” 8ans de sa retraite habituelle, or il compte bien vivre plus longtemps que ça.

    Lorsque j’ai tékléphonner à papy pour lui souhaiter un bon anniversaire pour ses 90 ans, je lui ai demandé ce qu’il avait fait de spécial pour l’occasion. Il m’a répondu “Oh rien, j’ai juste été faire une 15n de km à vélo le longs des quais, mais c’est facile c’est tout plat”.

    Lorsque je l’ai appelé pour ses 92 ans, je lui ai dit “chiche qu’on fait une grosse fiesta pour ton siecle de vie?”, et il m’a répondu dans un éclat de rire “D’accord, mais faudra pas qu’il y ai trop de bruit ni trop d’alcool, tu sais je ne suis plus tout jeune hein!”.

    Plus tard, quand je serai grande, je veux être jeune comme papy!

    1. Zéphine

      Un jour, j’apprendrai à me relire avant de cliquer sur “envoyer”, et peut-être que ce jour là je ne ferai plus autant de fautes…
      Mais aujourd’hui faut m’excuser: j’avais aqua-poney!

      1. Cath

        C’est pas grave parce que c’était bien plaisant à lire, très réconfortant. Quelle chance d’avoir un pareil Papy.
        Quand je voyais le mien enfourcher son vélo pour aller chercher le pain, tout en tenant son parapluie ouvert pour se protéger de la pluie à plus de 80 ans, j’en avais des sueurs froides. Faut admettre qu’il ne m’a pas transmis les gènes hollandais de l’art de la bicyclette. N’empêche… Mamie trouvait ça normal. Mamie à qui il avait appris à tirer à la carabine du temps où tous les deux bourlingaient dans le désert, qu’il avait encouragée à passer le permis de conduire ( comme pour moi) et à qui il n’a jamais prêté sa voiture… Comprenne qui pourra. Mamie n’aimait pas les ” vieux”, mais elle n’avait pas de soucis à se faire : le nombre de gens qui passaient les voir pour discuter, passer un moment ( et croûter la pâtisserie maison) était impressionnant. “Ta mamie a des paillettes d’or dans les yeux” m’a-t-on dit un jour, en guise d’explications. Et elle nous fait rire. Et ton grand-père est d’excellent conseil et d’une grande sagesse politique.
        Mais nous, nous étions et demeurions ” les petits”.

    2. Suze Araignée

      Un papy qui fait du vélo (ou autre sport), c’est quelqu’un qui se maintient en forme.

      Mon arrière grand-mère allait tous les jours au marché, à 90, 91, 32 ans. Elle portait ses sacs de courses sur deux kilomètres à pieds. Ensuite elle allait chercher le charbon à la cave, elle désherbait le jardin, faisait le ménage du sol au plafond. Elle appelait sa voisine de 70 ans “la petite jeune d’à côté”.

      Et puis mon grand oncle a décidé de la mettre à l’hôpital (“on sait jamais, si elle tombe…”). Plus de marche à pied, plus de café (on lui l’interdisait, ma mère lui en apportait quand même dans une thermos), plus de jardin… Très vite son état de santé s’est dégradé en même temps que son moral, et elle est décédée…

  9. josecile

    A 18 ans, je me retrouve à l’hopital pour une fracture de la clavicule mal soignée qu’il a fallu brocher (yeepee !), ma voisine de lit affiche plus de 60 printemps, elle est là pour avoir voulu prouver à ses petits enfants que si, mamie sait parfaitement faire du roller… Sauf s’il y a un trou dans le bitume et que boum ! mamie par terre et que crac ! la jambe a pas aimé. Son gros souci du moment, au delà de sa jambe, son papa, 96 ans qu’il a fallu hospitaliser il y a quelques temps parce qu’il s’est fracturé l’épaule en tombant des ses poiriers qu’il tenait absolument à tailler lui-même parce que les petits jeunes comme son gendre (!), c’est pas fiable ! Il vient de sortir de rééducation, est passé la voir en coup de vent car il fallait qu’il aille démousser son toit !
    Moi, à 96 ans dans cet état-là… Amenez-moi les papiers, je signe tout de suite !

  10. templeuve

    Toute petite histoire vraie.
    Trois dames se promènent, la première, 95 ans, largement devant, se retourne en fulminant sur ses deux compagnes de 75 ans. ” Pfffff… ! On peut pas marcher avec ces gamines, elles font que traîner !

  11. Isabelle

    c’est bien qu’ils se sentent jeunes, mais du coup ils n’ont pas conscience que leurs corps vieillissent quand même et qu’il y a des risques de chute parce que moins d’équilibre, moins bonne vision, et que chute à cet âge = fracture, avec le risque que cela entraîne un syndrome de glissement parce qu’ils sont totalement déboussolés de ne plus pouvoir faire ce qu’ils faisaient avant

  12. Isabelle

    j’ai récemment reçu une patiente de 94 printemps qui s’est présentée dans mon bureau en me disant ” je viens vous voir parce que je marche comme une petite vieille” . Je me suis demandé comment lui dire sans la heurter que cela pouvait s’entendre et surtout que je n’avais pas de remède à cela. Lui rappeler que son voisin de palier qui a 20 ans de moins marche moins bien qu’elle ne l’aurait pas vraiment aidée. La grande forme de ces patients très âgés fait qu’ils attendent de la médecine une toute-puissance que nous ne possédons évidemment pas

    1. Libellule

      C’est parfois (mais pas toujours, je vous l’accorde) une question de diplomatie…
      Dans mon métier je met en place des aides techniques et des aménagements pour le maintien à domicile, souvent la 1ère fois en discutant du caractère “temporaire” de ces changements, qui pourraient être remisés au grenier “si/quand votre santé se rétablit”… Il m’arrive aussi de “placer” des déambulateurs “rouge Ferrari” et officiellement “difficiles à piloter, il vous faudra beaucoup de doigté, sachez que la plupart des personnes à qui je l’ai fait essayer n’ont pas pu le maîtriser, contrairement à vous”.
      Très franchement, personne n’est dupe de ce discours (si je sens que la personne est crédule, j’évite de dire des choses comme ça). Mais ça facilite l’acceptation du 1er objet qui marque la dépendance, ça laisse le temps de réfléchir et de se dire qu’on est mieux à se débrouiller seul avec un objet “pour vieux” qu’à se priver d’une activité qu’on aime… et du coup au problème suivant quand la dépendance augmente, les gens n’hésitent pas à me rappeler car ils restent sur une (relative) bonne impression…

  13. Thomas

    Cette histoire est touchante. C’est un témoignage qui souligne certains dysfonctionnements du milieu médical et cette volonté permanente de faire entrer les patients dans des groupes prédéfinis.

      1. Suze Araignée

        Eh ben… je l’ai raté. 🙁

        J’y suis allée vendredi, il n’était pas encore là. J’y suis retournée cette après-midi, à sa place y avait un brun qui était assis (j’ai eu un doute, je me suis dit “il se serait teint les cheveux ?!”) et le brun m’a dit qu’il était parti parce qu’il avait un avion à prendre.

        Vous allez me dire “mais pourquoi t’y es pas allée hier ?”, mais hier j’étais malade (comprendre : en manque) et j’ai dormi toute la journée.

        Tant pis, je vais aller me pendre (non, pas pour de vrai, si je me pends pour de vrai j’aurai plus aucune occasion de le rencontrer du tout).

        Alors Bibi, il faut vraiment (mais VRAIMENT) que tu reviennes à Saint-Etienne. Tu ne peux pas prétendre avoir vu Saint-Etienne sans avoir rencontré la-fille-qui-marche-pieds-nus-qui-a-un-chapeau-et-plein-d’animaux-et-qui-écrit-des-poèmes, épicétou.

  14. Fred

    Dans ma ville,il y a le service de médecine A.Les soignants savent qui y va.Mais ça reste médecine A et pas gériatrie.Cela peut sembler hypocrite mais c’est comme :senior,ça sonne mieux que vieux.Et on s’adresse à des gens qui sont d’une époque où la gériatrie n’existait pas,ou maison de retraite et asile de vieux étaient synonymes.
    Pour avoir vu mourir ,étouffés par les bons traitements ,des petits vieux vigoureux,je pense qu’il faut laisser tranquilles celles et ceux qui ne demandent rien.l’oiseau en cage est protégé du renard,mais il est en cage.

    1. Eulalie

      Oh j’aime beaucoup cette dernière phrase.

      Merci pour cet article Bibi, je viens justement de finir “Lo que esconde tu nombre” de Clara Sanchez (“Ce que cache ton nom”), l’histoire est racontée par deux personnages principaux, à tour de voix. L’un d’eux est âgé de 87 ans et j’ai aimé l’écouter raconter comment il vivait les choses. Il y a pas mal d’anciens dans ce bouquin, profitant parfois du regard qu’on pose sur leur enveloppe vulnérable pour agir à leur rythme avec détermination…

      Une pensée aussi pour mes grands-parents qui n’aiment pas non plus être entourés de vieux (rien de tel que l’intergénérationnel) et pour tous ceux qui apprennent à accepter leur corps dans ses changements de saison…

  15. Herve CRUCHANT

    J’aime les mots. Ce n’est pas une nouvelle. Ils viennent ou pas à l’esprit, se faufilent, regardent par-dessus, par dessous votre jardin secret. Lutins espiègles. Il y en a de toutes sortes, comme les gens dans la vie. Des qui se croient le nombril du monde, des simples, des anxieux, des boulimiques, des petits cons -et oui !- des vaniteux et des généreusement magnifiques. Comme les gens dans la vie.

    Mais ne croyez pas, braves Gens, que ce sont les humains qui les fabriquent. Ces mots ci sont des clones, des clowns, des artefacts, des chimères et des leurres à gogos. Bien au contraire. Pour savoir quelqu’un, regardez les mots qui l’entourent et la manière qu’ils ont avec la personne. Paparazzi, accompagnateurs porte-faix, copains copains, sauvages ou faussement compassés, Zadig et Voltaire ? Par eux, vous saurez la nature du figurant muet.

    Pourquoi vous dis-je tout çà? Parce que je vous estime en mesure de comprendre que j’aime plutôt les mots tels qu’ “aveugle”, “handicapé” ou “parent d’élève”, etc., plutôt que “mal voyant”, “personne à mobilité réduite” ou “géniteur d’apprenant”, aso. Et puis parce que, vous savez, un samedi après-midi, avant d’attaquer ma seconde journée dédiée à quelques travaux mineurs dans la maison, j’aimerais bien qu’on me considère comme un vieux. Surtout pas “du troisième âge” ou “sénior” ou tout autre cache-pédant.
    Vieux. Çà me botte.

    Que Mieux vous garde, les Gens.

    1. Myriam FdF

      Ici, en Martinique, on dit “une grande personne”. Bien sûr, moi, pauvre métro qui ne comprend pas toujours toutes les subtilités des antillais, j’ai demandé pourquoi. Grandes par la longueur d’années vécues. Grandes par l’expérience qu’elles ont accumulé durant celles-ci. Mais surtout, il vaut mieux dire “grande” si tu ne veux pas te prendre l’engueulade de ta vie… c’est que c’est susceptible à cet âge-là !!! 😉
      Alors, Hervé, permettez-moi de vous lire en pensant à un “grand monsieur”, je trouve que c’est tellement plus mignon…

      1. Grand33

        alors moi mon pseudo en martique cela ferait vieux33
        Finalement cela ferait bien : vieille canaille… (enfin pas si vieille que ça et plutôt partiniquais que martiniquais)

    2. martineduouaibe

      Moi zaussi j’aimerai bien des fois pas toujours, mais au moment où tout le monde arrive à la maison mes filles ma petite filles mes nièces ma soeur mon frère mes neveux et qu’ils me disent ya a manger
      Que j’allais partir à la plage et que je leur dis oui.,et qu’après ils ont tous des milliers de choses à faire qu’ils repartent en me disant merci mart c’est toujours bien chez toi on se retrouve.et que je débarrasse la table.
      J’aimerai qu’on me considère comme un vieux ( oh je dis vieux alors que je devrai dire vieille pourquoi?)
      Et qu’il m’aide à débarrasser la table.

        1. Herve CRUCHANT

          c’est ce que je disais. “Et qu’il m’aide à débarrasser la table”. Si on veut le dire comme çà, c’est pas permis par la rigueur? La torsion de l’expression -volontaire ou non, ce qui serait encore mieux!- pour en faire une seule entité et ouvrir l’esprit vers d’autres horizons m’enchante vraiment. Ce que Le Style refuse prouve ici, à l’évidence, que le code est autant nécessaire que dictatorial et psychologiquement rigide.
          en dehors du contexte, j’adore le mouvement de type “bravitude”; ne serait-ce que par les réactions que l’emploi de ce mot a provoqué.

  16. Shakti

    Brel a chanté “Il nous fallut bien du talent pour être vieux sans être adultes…”

    Je crois que ces Anciens qui n’aiment pas les vieux ont tous un point commun : un grand humour.
    Ma Mémé, morte à 96 ans avec toute sa tête, vivait en maison de retraite depuis le décès de mon Pépé. Elle ne pouvait physiquement vivre seule et refusait qu’un(e) étranger(e) s’installe à demeure dans sa maison pour s’occuper d’elle. Elle ne sortait pas de sa chambre parce qu’elle ne voulait pas voir les vieux..

    Bref : elle me racontait sa folle jeunesse quand j’allais la voir et m’avait un jour produit un petit lexique de langage “politiquement correct vs sa vision à elle”. Je vous en livre un exemple :
    Maison de retraite / Conteneur pour déchets non recyclables.

    Je sais que ça peut choquer mais vu ce qu’elle avait traversé dans sa vie, j’ai toujours admiré cet humour-là.

  17. Myriam FdF

    Ma marraine, 80 ans en décembre, a appris qu’en la voyant passer devant sa vitrine, le boucher s’était exclamé en souriant “mais c’est qui, cette belle blonde ?”. Le lendemain, elle va acheter sa viande et dit au même boucher “la belle blonde d’hier, c’est moi. 80 balais dans peu de temps.” Le boucher était un peu confus, au milieu de ses confits… et ma marraine, ravie.

  18. Herve CRUCHANT

    Vieux. Ce n’est qu’un moment du temps qui passe dans une vie, un état. Ni une attitude, ni une règle de vie, ni même une identité entraînant de facto le respect d’un code.
    Certains, pour ne rien avoir à expliquer, disent volontiers “les petits vieux” (i.e. ‘les petits jeunes’). Expression lanterne rouge : qui se grime en faisant croire que dans ce paquet, tout est dit et tout est entendu. Or, demandez donc ce que ces mots veulent dire. Collectionnez les réponses. De “tu sais bien” à “c’est évident”… et si vous voulez gloussez plus longtemps, amenez donc vos gens à parler de ces “races noires composées de petits vieux”… enfin si vous avez du temps et que vous êtes insensibles à la misère mentale des gens. Parce que les explications balbutiantes, souvent affolées devant la révélation d’un néant abyssal, seront foison.
    Comme homme d’images, j’aime voir les mains et les visages des vieux. J’adhère à cet adage : “un vieux qui disparait, c’est une bibliothèque qui brûle”, reproduit approximativement. Les vies qu’on y lit sont extraordinaires. Regardez les petits enfants, sur les genoux de l’ancien ou blottis contre lui sur le banc, regarder leur vieux … il s’agit d’un passage, d’une humanité qui percole…. Magnifique.
    Pour finir, Myriam de Fort-de-France, je regrette un peu -à part ce vouvoiement qui me gratte- que tu ne nous dise pas comment s’est traduit l’âme martiniquaise, détachée et d’un humour infini, espiègle ?, chez les “grandes personnes”. Je repense au beau film “Rue Cases Nègres”… enfin, tout çà, faudrait en parler autour d’un punch, tu cois pas ? Que Mieux te garde, chibre raid pa molli et salut au Doudou !

    1. Myriam FdF

      Hervé, la “grande dame” que je deviens de plus en plus vite (c’est bizarre, ça, non ? On met un temps infini à grandir et on vieillit beaucoup trop vite) fait partie d’une génération où le vouvoiement est signe de respect. Mais c’est avec joie que je passe au tutoiement. Lorsque tu parles des mains des anciens, une anecdote me revient. Ma petite dernière, âgée d’à peine 3 ans, était sur les genoux de son arrière grand mère et lui caressait la main, tendrement, avec beaucoup d’application. Un instant de vie magnifique. Et puis, cette phrase : “Mémé, tu vas mourir bientôt, tu sais ?”. La grand mère a éclaté de rire alors que je devenais écarlate…
      Les grandes personnes, ici, sont magnifiques : souvent l’oeil pétillant, prêtes à plaisanter à la moindre occasion, taquines à mon égard (elles me charrient en créole, ensuite me demandent si j’ai compris et lorsque je réponds non, pas tout, éclatent de rire et me disent tu demanderas à ton grand de traduire) , ma couleur ne les gène pas, parce que, contrairement aux générations suivantes (ça aussi, c’est bizarre, non ?) elles ne se revendiquent pas victimes des blancs esclavagistes… il y a une forme de fatalisme bon enfant qui les anime. Quels que soient les aléas qu’elles traversent, elles te disent “que veux-tu, c’est la vie”. J’adore les anciens d’ici. Il y a juste un truc auquel je n’arrive pas à m’adapter. Tu arrives chez une personne que tu ne connais absolument pas (Doudou est artisan menuisier) tu commences par le “to-to-to” (qui remplace la sonnette de la porte d’entrée, inexistante ici, les portes sont toujours ouvertes) “madame X, c’est le menuisier” on te fait entrer et là… “mamie, tu m’as demandé de venir te voir, qu’est-ce que je peux faire pour toi ?” J’ai beau savoir que c’est l’usage ici, mais donner du papy-mamie tout en tutoyant une personne âgée inconnue, je n’y arrive pas.
      Tchimbé raid, Hervé, an lot soley

  19. adèle

    Je trouve triste que, pour beaucoup ici, le mot “vieux” ait une connotation péjorative, au sens de ringard.
    Pourtant ça veut juste dire avoir vécu longtemps, non ? Donc c’est avoir eu de la chance ! 🙂
    Cela veut aussi dire se rapprocher de sa mort, mais c’est la règle du jeu dès le départ, n’est ce pas ? 🙂 🙂

    NB Deux post plus tôt, nous nous offusquions de la dame d’âge mur ayant l’audace de faire du plat au jeune médecin, maintenant nous applaudissons le vieux qui ne veut pas reconnaitre qu’il est vieux, est-ce que tout cela a un sens ???? 🙁

    1. Laetitia

      On réagissait plutôt sur le malaise ressenti par un médecin face à une patiente entreprenante et non sur leur différence d’âge.
      Mon père dit que vieillir c’est la seule façon qu’il ait trouvée pour ne pas mourir jeune…

    2. Cath

      Vous savez, il y a des gens qui ne pensent pas qu’avoir vécu longtemps c’est avoir eu de la chance. Avoir soigné et vu mourir son enfant, c’est quelque chose qui ressort avec d’autant plus de rage que les années passent et que le poney multicolore ne vient pas vous chercher… On a beau cacher ce ressentiment pendant des années pour faire bonne figure et faire face, vient un moment où le barrage craque. C’est douloureux pour ceux qui le vivent à leur corps défendant, et pour ceux -dont je suis- qui entourent. Alors on le prend calmement, ou on essaie, et on explique que quand ce sera le moment, eh bien, on ne s’y opposera pas. Mais qu’en attendant, on ne lâche pas la rampe parce que ça n’a jamais été le style de la maison. Et qu’il y a encore des occasions pour se marrer à ne pas perdre. Ça marche, pour le moment. C’est dur aussi.

      1. Laetitia

        Cath, vous avez raison. Je ne voulais pas paraître légère et insensible, ce que manifestement j’ai été. Disons que c’est juste sa façon à lui d’accepter ce qui tourne moins rond quand on vieillit.

        1. Eulalie

          Je ne trouve pas que votre réponse ait été légère et insensible…
          Je m’apprêtais à répondre de même sur le post précédent, que vieillette ou jeunette, c’est l’attitude de la personne qui me gênait.
          Et puis, en parlant de votre père vous n’avez pas parlé de chance ou de malchance, plutôt un accueil de la vieillesse et je trouve ça beau. J’aimerais nous souhaiter de tous faire vivre notre enfant intérieur, peu importe l’âge, souhaiter à tous les enfants de vieillir… mais quelle impuissance. Alors simplement, comme le dit Cath, à nous tous des petits sourires et des éclats de rire (et puis des hugs pour l’ocytocine 😉 !!).

        2. Cath

          Soyez rassurée : je n’ai jamais pensé que votre réponse était légère. C’était juste que je suis confrontée à un point de vue différent. Mais c’est la vie.

      2. adèle

        Je ne pense pas que l’envie de vivre ou de mourir soit corrélée avec la quantité de malheur qu’on a eu dans la vie. Plutôt avec son aptitude au bonheur (innée ou acquise) et ses capacités de résilience.
        Vivre vieux, c’est avoir eu la chance d’être heureux. Ceux qui sont morts n’ont définitivement plus cette possibilité.

        NB 1 A moins que le paradis ou le nirvana existent, qui sait ?
        NB 2 C’est juste horrible de perdre un enfant. Certains arrivent à être heureux après, ou pas.
        Courage à toi et ceux que tu soutiens.

  20. merline

    HA HA ce post m’a bien fait rire ;
    ma mère (86 ans), partie il y a déjà 6 ans : moi : pourquoi tu vas pas à la gym maman, c’est juste en face de chez toi ? réponse sur un ton sans réplique : bah y a que des vieux !

  21. Fred

    Il y a lurette,une amie de ma mère,alors âgée de 30 ans,était allée en visite à Saigon,Indochine.En quittant une maison,elle entend le propriétaire lui dire,avec un grand sourire,”vous avez l’air très vieille”
    C’est son guide qui a dû la calmer en lui disant que vieille veut dire sage et réfléchie et non gâteuse et décrépite,du moins à l’époque,en ce lieu.
    Chacun met un sens qui lui est propre sous les mots,le plus difficile dans le métier de soignant,c’est de ne pas froisser,d’être sûr que l’autre,tout différent qu’il soit,s’est senti accepté .Vous vous rappelez Marc Aurele:si tu le peux,comprends le ,si tu ne le peux pas,souviens toi que la tolérance t’a été donnée pour ce cas.

  22. *C@ro*

    La notion de vieillesse est tellement variable d’une personne à l’autre. Le caractère, le vécu, l’environnement, l’état de santé changent la donne…

    Voilà qui me fait penser à ma grand mère, 80 ans bien tassés, qui s’est achetée une tenue pour la mariage de ma cousine. Elle a eu bien du mal à trouver car “il n’y avait que es robes pour les vieilles” 😉

    Ou alors notre ancienne institutrice, 89 ans, qui a fait une mauvaise chute et arbore un très coloré “mamie, je te kiffe” sur son plâtre ;-).

  23. remisansfamille

    Bonjour,

    Tout d’abord je tiens a vous dire, non sans condescendance, mais avec virilité et toute la douceur du monde : POUET POUET !!

    Et ensuite c’est pas pour dire mais “vieille homme” ca ne choque que moi ?

  24. Aude

    Merci merci Baptiste pour ce joli post sur la vieillerie. J’y vais de mon anecdote sur le grnad-père de mon compagnon, et aussi un peu beaucoup mon grand-père de coeur. Il vient d’avoir 90 ans, on a fait une big fête de famille, et dans la salle il y avait un babyfoot. Maintenant j’ai une jolie photo de 3 générations jouant au baby: René 90 ans, avec un de ses petis-fils et les enfants de celui-ci. René a largement toute sa tête, n’en fait qu’à sa tête, et me fait bien marrer.
    Perso j’aime beaucoup parler avec les Grandes personnes, j’en rencontre pas mal à la salle de sport (certains/certaines sont bluffants de forme physique), et pas mal aussi en randonnée. Et je trouve ces rencontres et ces échanges extrêmement enrichissants pour l’âme.
    Une belle journée à tous.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *