La danse de la joie.

L’histoire c’est M., l’écriture c’est moi. Merci !

Si vous voulez raconter, c’est ici !

Alors voilà, Madame Carte. 

Madame Carte reçoit une adolescente, envoyée par son médecin généraliste avec ces mots “J’ai une intuition. Elle me dit que tout va bien… Mais y a un truc qui colle pas…”

La gamine arrive au cabinet, elle commence par des banalités, puis au détour du “Chemin Qui Ne Dit Rien”, elle se trompe de route, prend celle de “L’Image Sociale et de La Mort”, la route de la franchise, et la voilà tout à coup qui se livre ” elle est seule dans son monde”, “elle est moche, très moche”,”elle est bizarre”, en plus la psy doit “se rendre compte que c’est un monstre parce que….. elle aime les filles…”

D’après elle, le plus simple serait de mourir, elle pensait le faire d’ailleurs, mais il y a eu ce médecin qui lui a dit que ça serait bien qu’elle aille voir une psy, que ça pourrait peut-être l’aider et elle, du coup, du fond de son abîme, elle a vu comme une petite lumière, une porte qui s’entrouvre, quelque chose qui lui a donné envie de voir, juste voir, si la mort pouvait attendre un peu.

Quand la gamine a parlé de la mort, elle n’osait plus regarder madame Carte, comme si madame Carte allait lui faire la morale, comme si c’était un gros mot de dire “je veux mourir”. Alors madame Carte lui a répondu comme avec les autres : “Bah ok, si tu veux c’est ta vie !”. Et, comme avec les autres, madame Carte observe la même détente, ce moment où le lutteur interne lâche, comme si le fait d’autoriser quelqu’un à choisir s’il peut ou pas mourir libérait d’un combat. La gosse lui a parlé de ce qu’elle pensait ressentir (ou ne plus ressentir) de tous les scénarios qu’elle avait pu imaginer.

<< Le moment le plus touchant, m’écrit madame Carte, c’est quand elle parle de sa vision du monde : elle VOIT les autres, elle utilise toujours un vocabulaire gentil en parlant d’eux, des mots de soutien, bienveillants…>>

Les séances s’enchaînent, les semaines passent. Elle parle, et elle pleure, et elle pleure, et elle pleure. Puis un jour, elle parle, et elle pleure, et elle pleure, et elle… rit ! Elle est alors tellement fière, devant ce moment où son corps s’est ouvert au monde sans qu’elle s’en rende compte. L’espace d’un instant, elle n’est plus collée dans le fond du canapé, entre deux coussins, non. Elle est bien assise, droite, triomphante, un petit triomphe mais un triomphe quand même. ELLE A RI !

[…]

Hier, elle a prononcé ces mots : “Madame Carte… Je dois vous dire… Je me suis trouvée belle, hier… vraiment belle… Je me regardais dans la glace et… Enfin… Je crois que je commence à m’aimer un peu…”

Et quand elle est partie, Madame Carte a dansé. Oui, oui, dansé. Toute seule dans son cabinet. Une petite, minuscule danse. Avec la tête, les bras, les jambes et, pour maintenir le tout, de la joie au milieu.

43 réflexions sur « La danse de la joie. »

  1. Libellule

    Bravo Mme Carte ! Et aussi au médecin qui a fait le bon diagnostic !
    merci d’exister, pour toutes celles et ceux qui ont un jour besoin d’une Mme Carte (ça marche aussi avec les Messieurs…)

  2. AnneduSud

    Incroyable photo! Et la joie, c’est le petit morceau turquoise au milieu? En tous les cas, encore une ado qui a trouvé la bonne personne mais qui auparavant a trouvé le courage de frapper à sa porte. Bravo.

  3. Grand33

    Bonjour Bibi,
    Si j’osais je dirai que cette gosse a tiré la bonne
    carte.
    La bonne personne au bon moment, cela
    peut sauver une vie.
    la bise

  4. heliotrope

    ok, ok, merci alexandrine sans qui … la la lère
    mais alexandrine sans baptiste elle n’aurait rien à faire !
    merci pour la JOIE, je suis en train de lire “la puissance de la joie” de frédéric lenoir, ça le fait !
    bons baisers

  5. adèle

    Une mère qui téléphone : “Docteur, ma fille (mon fils), ça va pas. Je vous l’envoie”
    Je vous promets, j’aime écouter les gens.

    Mais un ado qui veut pas parler, c’est comme une huitre. Chez moi, à Noël, c’est mon mari qui les ouvre. Moi je sais pas faire. J’ai pas le couteau-magique.
    Y en a une un jour qui m’a demandé si j’étais de la police. Triste ! 🙁

    1. Libellule

      Bonjour Adèle !
      Pas de tristesse à avoir, l’ado fermé comme une huitre c’est compliqué ! Le problème étant que plus vous lui faites sentir que vous attendez quelque chose de lui (qu’il parle, qu’il ne se suicide pas), plus il se braque.

      Donc il faudrait réussir à sortir de la relation de force de l’huitre face au couteau, d’où le “c’est ta vie, tu fais ce que tu veux” de Mme Carte. Un joli tour de force car on sent bien que Mme Carte a aussi le désir que l’ado parle et ne se suicide pas… mais il faut réussir à le masquer pour que l’ado se sente libre.
      Il faut donc être un Jedi, un moine boudhiste, une Mme Carte ou un Dr Baptiste pour y arriver, et encore même eux ne doivent pas y parvenir dans 100% des cas. D’ailleurs peut-être que le médecin qui a orienté la jeune fille vers Mme Carte n’y arrivait pas non plus. Et pourtant il a fait son travail, et a aidé la jeune fille.
      Alors ne soyez pas trop dure avec vous-même, il n’y a rien de triste à laisser les autres ouvrir les huitres 😉

  6. Pat

    Merci merci à toi docteur Bibi pour le partage .
    Contente de te savoir sur les sentiers de la Gloire .
    Bizzz à partager avec tous ceux qui passent par ici .

  7. Myriam FdF

    « Bah ok, si tu veux c’est ta vie ! » une toute petite phrase, mais il faut oser la dire à un ado qui parle de mourir. Il faut surtout avoir sacrément du métier, derrière, pour qu’elle ne soit pas prise pour une autorisation mais plutôt comme une compréhension. J’admire toutes les Madame Carte, psy ou autre, qui sauvent des vies grâce à leur connaissance de l’âme humaine. En particulier celles qui font la danse de la joie.
    Je vous envoie soleil et chaleur, on en a trop, ici. (Petite taquinerie du matin, sourire jusqu’au lendemain 😉 )

    1. martingoule

      @ Myriam FdF
      Cette phrase” bah ok c’est ta vie ! ” ( je rajoute) fais en ce que t’en veux
      Bein c’est la phrase que disent toutes les mamans quand elles ne savent plus quoi dire .moi je l’ai dite un jour et ca a marché .
      Toutes les mamans sont des Mne CARTE.

    1. Libellule

      La curiosité scientifique n’est pas un vilain défaut… mais on ne peut pas faire un diagnostic médical sans avoir vu le patient !
      De mon point de vue, j’avais l’impression que c’était une ado en souffrance, peut-être du fait de son homosexualité, peut-être plus… Le fait que la souffrance s’atténue n’en ferait alors pas une bipolaire… Mais là aussi c’est hypothétique puisque je ne suis pas médecin ni psychologue et que je ne connais pas cette jeune fille.
      bon dimanche

  8. martingoule

    @hugues
    Bipolaire….
    Qui se reveille tous les jours de la meme humeur,qui pour compenser n’a jamais eu une frénésie d’achat,qui n’a jamais eu Ue frénésie de sexe,
    Comme dirait mon professeur préfère la bipolarité c’est le tout a l’égout de la psychiatrie .nous sommes à la préhistoire de la connaissance du cerveau.
    UGH.

    1. Libellule

      C’est vrai que la dernière classification des troubles de santé mentale a une nette tendance à voir des maladies partout, et presque autant de variantes de bipolarité (ça fait rire -jaune- beaucoup de soignants).

      Malheureusement pour les personnes vraiment atteintes de cette maladie, ce n’est pas juste une tendance à faire chauffer un peu sa carte bleue un jour de blues…
      (vu votre commentaire je suppose que vous le savez, mais je détaille pour d’autres lecteurs moins avertis). Les gens bipolaires ne peuvent pas contrôler ce qu’ils font d’excessif pendant leurs phases dépressives et leur phases euphoriques, ce qui conduit à une mise en danger à court terme, comme les tentatives de suicide, ou à moyen terme : perte d’emploi, de tous contacts sociaux, surendettement, etc. C’est difficile à vivre aussi pour l’entourage. C’est important et utile de se faire aider dans ces cas-là : un médecin traitant ou une Mme Carte peuvent être une première étape 🙂

      prenez soin de vous

      1. martingoule

        @ libellule
        Je disais simplement que quand les psychiatres ( enfin pas tous mais c’est tellement difficile de trouver le bon) ne comprennent pas ils disent (
        ” bipolaire”
        Je n’ai pas l’habitude de m’epancher mais la cela s’impose.
        Je ne parlais pas de moî je parlais de ma fille.
        Diagnostic Bipolaire.
        Allez du lithium,nous avons dit NON’
        nous nous sommes battus son pére ,sa soeur et moî.
        Pas de lithium .
        Voila je vais la faire courte.
        Nous l’avons ramené à la maison l’avons entouré .
        Cela a été long .
        Elle a repris des etudes et pas des moindres P1( première annéé de médecine et le fameux concours)
        Elle arrive au bout de ses etudes c’est sa derniere année .
        Comme nous sommes fiers.
        Juste pour vous dire Libellule et aussî donner de l’espoir à tous les bipolaires.
        Qu’avec de l’amour………et un psychiatre extraordinnaire qui nous a suivi……
        Voila

  9. florine

    Le contact humain soigne autant celui qui écoute que celui qui s’exprime. En thérapie, c’est encore plus de mots, encore plus d’émotions… et un pas en avant, si petit soit-il, c’est une explosion de joie!

    Madame Carte a aidée cette jeune fille à retrouver son chemin… BRAVO! Et bravo à tous ceux et celle qui sont encore égaré mais qui cherchent…

  10. marie

    Alors voilà si discuter relève de la métaphysique, je veux bien croire que les silences en disent long. Ainsi j’entends des silences qui discutent inlassablement de la vacuité du faire, du dire….de l’être. Une petite voix câline me souffle à l’oreille d’arrêter mon charabia-motus. Mais tout donne à faire et à dire. Pas de repos. Aujourd’hui il reste comme certitude première, les collines balayées par le vent.
    L’autre jour j’avais une autre certitude première…croisé beaucoup de gens, fait et écrit beaucoup de choses…Je commence la journée tranquille, partout ou mon regard se portait je voyais « Amour ». La beauté d’un chat doux et crémeux sur une pelouse verte émeraude, la chatoyance des feuillages, puis ce couple d’amoureux sur un vélo, elle, légère posée sur le guidon lui, pédalant. Ils regardaient ensommeillés dans la même direction…en sens interdit …bien évidemment …folle folle et belle jeunesse. L a journée se passe …Ce plein d’amour me tient chaud et puis des perles de vie sombres se mettent à me faire un joli collier de tristesse autour de mon cou. Petit adagio de spleen.
    J’en étais là dans mon silence nocturne quand mon regard croisa une limace désespérée qui rampait assurément vers une mort lente au fond d’un cendrier remplit d’eau nicotinée. Je m’empressais de la sauver lui trouvais une rampe sur laquelle elle se mit à monter len…te…ment à grand renfort de bave( dingue ce que ça bave ces bestioles !).
    Telle la déesse magique, je la télé-transportais prestement vers les herbes hautes, lui faisant de fait, passer le mur du son de la limace, vous en conviendrez. Rhâââ !!!! je venais de sauver un karma et d’améliorer du coup le mien Alléluia !!! Voilà journée d’une ado de 50 ans passés.
    PS 1 :pour l’amour de tous les dieux du monde de la terre les louloutes teenagers !regardez-vous avec vos yeux à vous !
    PS2 : pour les chats borgnes tripodes, il faut beaucoup beaucoup d’amour et beaucoup beaucoup de tranquillité…..le laisser trouver son royaume qu’il aura choisi lui….et identification vaccination vermifugation et ….stérilisation (ouille !).

    1. Cath

      Moi, j’aime bien regarder les escargots. Mais les limaces, pas vraiment. Cela dit, je comprends l’élan.
      Mais quid de ce matou borgne tripode ? La Duchesse a-t-elle ramené un pensionnaire de plus au manège enchanté ? Enfin, dns ces cas-là, la dose de câlins et la phrase magique “t’es beau”, ça marche ( comme avec les hommes, ” dites-leur qu’ils sont beaux”).
      Perso, je vais consulter un psy pour chats complètement zinzins ( le chat, pas le psy). Parait que ça s’appelle un ” comportementaliste”… Je vous raconterai 😉

      1. marie

        C’est l’histoire d’un chat qui du avoir plusieurs vies déjà, dans celle ci il a pris option mégabaston et puis après option “je veux être recueilli par un gentil doc “. voilà .voilà……
        racontes nous donc cette folle rencontre entre un chat et son comportementaliste!!!!! j’ai hâte de lire ça

          1. marie

            trop sauvage pour être coucouner dès fois qu’il s’y habitue… plutôt perdre une autre patte que son âme de pirate..on remarque ça aussi chez les humains mais les chats en particuliers excellent dans le genre.

  11. Julie

    Aaaah marie, j’aime vraiment beaucoup ce que tu écris. C’est beau, c’est doux, c’est un peu triste et ça fait sourire aussi. C’est un peu tout en fait. Merci pour cette limace, je suis pour le sauvetage de toutes les bestioles !
    J’espère que chat-pirate va bien, mais j’imagine qu’il va avoir beaucoup d’amour dans son royaume 🙂 , je lui souhaite.

  12. Julie

    Hééé ! Qui a dit que le tricot ne pouvait pas être fun !!? (les souris et les grenouilles peut-être… ah ah ! C’est comme les courgettes de la photo précédente, ça ne les fait pas marrer qu’on se moque. Tant pis pour elles, elles n’ont pas couru assez vite).

    C’est fou comme une petite phrase peut parfois déclencher des tsunamis d’émotion, des prises de conscience, de véritables déclics. Mme Carte savait ce que cette phrase allait provoquer chez cette jeune fille, l’expérience certainement. J’écris ça et je pense au clown de l’hôpital qui, en provoquant ce petit garçon qui se mettait à l’écart à cause de sa stomie, lui a permis de se faire de copains. (c’était bien sur le blog cette histoire hein ?). Une phrase comme élément déclencheur. Pas toujours évident, c’est un vrai métier.

    J’espère que la danse de la joie de Mme Carte était bien ridicule. Une danse de la joie se DOIT d’être ridicule !

    1. Cath

      Non. Une danse ne doit jamais être ridicule. Elle peut être échevelée, folle, dantesque, pensive, gracieuse, drôle, comique, mais jamais ridicule.
      J’aime trop la danse. Je me suis déjà sentie bête, ridicule aussi. Mais je préfèrerais rester assise plutôt que d’être ridicule en dansant. 🙁 Et les gens qui ne savent pas danser mais qui s’élancent dans la joie ne sont pas ridicules. Ils sont magnifiques 🙂

      1. Julie

        Oui Cath, je comprends. C’est juste que j’ai une conception du ridicule bien à moi. Je voulais dire que ma danse de la joie, comme je la conçoit, est totalement hors contrôle: aucun mouvement réfléchi ou qui cherche à être bien réalisé. on s’éloigne de la danse, c’est une explosion de joie ! Mais peut-être aurais je du dire cocasse, absurde ou drôle plutôt que ridicule ?

        1. Cath

          Non Julie. Le choix des mots t’appartient. C’est juste que pour moi, dans mon univers, le mot ridicule ne peut être accolé à la danse. Une explosion de joie se danse et est dansée aussi merveileusement que l’épuisement. Il y a la technique, et il y a le reste.
          Bref, la danse, c’est beau 😉

  13. Herve CRUCHANT

    Schizophrénie.
    De la vie qui frotte et caresse partout, apaise ou fait saigner les corps et les âmes. Des deux raisons qui s’affrontent, la mélancolie aura toujours une fin misérable. Parce que la société humaine, de bon droit et de belle escroquerie, a choisi pour horizon le sublime mensonge du propriétaire de la vérité d’être. L’exubérance de la joie contre le désespoir de la réalité. Sans aucune autre considération que l’instantané. Que l’icône pleine de grâces te fasse heureux, béat, ravi … repeint le monde, met des Ray Ban, fume un petit joint arrosé de nectar de vigne et va prier dans cette aube qui se lève et te donne l’immense joie de savoir que tu es capable d’aimer les autres comme toi même et ton monde; et ton créateur….
    Quel bel artisanat que celui qui consiste à amener le déprimé à considérer le beau côté de la force; surtout à cet âge où les choix fondateurs doivent obligatoirement se faire pour soi-même, face à tout et tous; face à soi. L’âge où on apprend malgré soi la valeur et l’inévitable miroir semi réfléchissant qui va nous accompagner jusqu’au bout de la vie. Cette force de vivre qui force à exister heureux.
    Où est donc cet art de pouvoir vivre avec le réel? La rudesse du monde, la conscience véritable, le temps qui passe, use et vieillit les corps et les âmes? Brûlez les statues, n’écrivez pas de psaumes et de louanges à votre propre renoncement d’affronter. Nous sommes vivants, à demi morts sous la rudesse du monde et sous l’hypocrisie des artistes qui nous ont fait croire à la seule joie, au seul bonheur. Qu’une journée est faite de soleil et de lumière, de joie, d’espoir, d’envol… en refusant la nuit, étoilée et profonde, tiède et langoureuse, avec des morceaux d’amour dedans. Qui donc est vraiment schizophrène alors, celui qui vit sa bipolarité en morceaux ou ces artistes qui vous font choisir un seul côté d’un monde qu’ils ont rendu plat?
    Où sont donc ces humains qui veulent vivre en pleine sérénité, la vie dans sa plénitude, bi-polaire certes, mais avec plein de choses entre l’arctique et l’antarctique qui ont besoin de nous pour fonctionner, remplir leurs rôles. Voyez-vous, ce post est beau. Oui. Mais seulement pour ceux qui ont choisi le camp des anges et des hommes vertueux.
    Je sais un monde, précisément celui dont nous sortons tous, celui de la jeune fille, celui de l’adolescence, où nous avons eu raison de tout. Nous pouvions choisir notre vraie vie: vivre ou mourir. Malheureux de vivre et heureux de mourir ou l’inverse ou encore un peu de ceci avec un peu de cela. Et changer demain les proportions de ce mélange. Mais non. Devant la souffrance de cette révélation de notre immense responsabilité de détenteur de vie, il y a toujours une Dame Carte qui vient pour vous apaiser. Où sont les Dames de Cœur et de Raison qui seront là pour nous dire que la vie est douloureuse parce qu’elle est formidable. Et nous apprendre que ce ne sont pas les prêtres et les murmures rituels qui nous sauveront.
    Voilà encore un exemple de ce que nous manquons: notre vérité d’êtres humains. Je soigne et çà marche ! Mais oui, bien sûr. Derrière le soin, il y a un beau laboratoire qui en tire profit. Et qui n’existerait pas si nous pouvions éviter de souffrir.
    Vous avez bien une réponse, là, vous. En toute sincérité.
    Merci Madame Carte. Croissez et multipliez. Cependant, si vous faites des petits, dites-leurs qu’il n’y a pas de soleil sans ombre. Ni pénombre. Dans laquelle on s’est glissés pour boire l’eau fraiche du puits. Creusé parce qu’on a soif, à la main, juste pour vivre. Pas parce que le serpent, la pomme, la côte, la désobéissance à une certaine idée patriarcale, machisme divinisé….
    Devenez ce que vous êtes.
    Et que Mieux vous garde, les Gens…

    1. lectrice boulimique

      merci Hervé…

      en écho, ce poème de Roberto Juarroz qui semble avoir été écrit pour toi, et pour nous, et pour la jeune fille et pour la Danseuse de joie :

      “L’ombre est un fruit mûri à contretemps.
      Si on le presse il donne le jus de la lumière
      mais peut aussi tacher les mains pour toujours.

      Il faut vivre l’ombre comme un fruit
      mais le vivre de l’intérieur
      comme on vit sa propre voix.

      Et il faut sortir d’elle goutte à goutte
      ou mot à mot,
      jusqu’à devenir lumière sans se rendre compte.

      Le jour des hommes n’est pas un jeu,
      le jour des hommes est fait
      de quelque chose qui ne commence qu’avec la lumière.” (Poésie verticale, V, 56)

      1. marie

        Quand je lie et relie ce que tu as écris là , milles et unes pensées fusent. « Où est donc cet art de pouvoir vivre avec le réel? ». En nous, Sacré Bleu, cet art est en nous, sinon Padré sans prime s’t’euple, on ne serait pas là à s’enchanter, tu crois pas !!!? ça fait belle lurette qu’on aurait replié le bivouac. Contrairement au poète argentin* (merci LB !!), ou vu par Michel Audiard « heureux les fêlés car ils laisseront passer la Lumière » et qu’un gourou des temps anciens avait pressenti mais bon fallait faire soft donc parabole ! parabole ! comme aurait dit feue Dalida, (paix à son âme) « heureux les simples d’esprits, le royaume des cieux leur appartient »; donc contrairement à Roberto , pour moi et définitivement la vie n’est qu’un jeu.

        *(y‘a pas de hasard Batalzar ! Aka Argentin)

  14. Herve CRUCHANT

    Salut, “la boul’ “. J’aime ton “merci” comme tous les autres “merci” qui ne sont pas faits de gratitude mais de connivence. C’est que le mien merci est aussi frileux que le tien : il a besoin de se cocooner avec les autres.

    Ombre. Lumière. Le futur enfant et le nouveau né. Ombre. Lumière. Peut-être. Homme de couleur, homme d’images et de mots, de rêves et de sensibilité, je sais que cette opposition contient déjà un choix de vie et de penser la vie. Regardes, Lec’Bouly’. Nous sommes dans une oasis, assis sur un petit mur de terre rouge-orange. A gauche, cette tente caïdale à la toile brune râpée, à droite, derrière quelques verdures locales, se prélasse l’eau, la vie. Autour de nous, mais surtout devant parce que nous ne sommes pas périophtalmes de naissance, ces dattiers qui légitiment le décor djébelisant. Le soleil est au-dessus de nous, un peu à gauche, qui a fini ses travaux de la matinée, ceux que l’on peut faire quand il ne fait pas encore trop chaud. Vois cet élan qui va de l’ombre vers la clarté; ce mouvement qui rappelle en nous un trait vers la vie. Notre esprit renouvelle sans cesse cette marque-cicatrice, cette biologique certitude : va. Va vers la lumière. La lumière c’est la vie.
    Mon amie Tablette Bégayante dirait : Booaaarfff ! Tu colonnes de chameaux toute la journée et quand tu es fatigué, tu restes au soleil pour te reposer, toi ? Tu vas pas te réfugier dans ‘l’ombre fraîche’ de la palmeraie
    pour te jeter un peu d’eau au visage, dérouler tes bandages de grand corps malade pour t’allonger un peu, déplier tes doigts et ouvrir là quelque datte avec un long et discret soupir? Comment dis-tu ? “tu renais” ? Oui, c’est çà… tu as déjà vu quelqu’un renaître en allant de là à là, de la lumière scialytique au ventre chaud de sa mère ? Se réfugier, fœtal, dans la Matrice, et souhaiter ne plus jamais … renaître, justement.

    On nous a raconté toutes sortes de choses, de légendes et de fariboles, pour nous faire croire que nous sommes de belles personnes. A conditions. Que nous sommes intelligents et par là même capables de faire les bons choix dans un monde rendu chaotique et tentateur par le mal. Oui, il y aurait un bien et un mal, sais-tu, adepte de la verticalité en matière de poésie latine? Que d’ayatollahs, de gurus, de medecine men, de néo-philosophes, de bons à rien qu’à lancer des anathèmes… font du bruit pour te convaincre que le monde est plat comme la Force. Un côté bien, l’autre mal. Foutaises !

    Foutaise pour ceux qui connaissent un peu le monde et ses Gens, ses lumières et ses ombres, ses noirs, ses blancs et toutes les couleurs. Tu sais comme moi, La Boulimique, que la vie ce n’est pas cet aller-retour improbable, horizontal à l’humaine, ou vertical à la déiste, mais un mélange entre tout celà, délicatement étalé sur la palette de ta Terre. Par nous, pour nous. Un peu de lumière de cette couleur unique du matin dans les Vosges, un hiver. La chaleur délicate de la lumière soulève les draps brouillardeux des dormeurs dans les cimes des grands épicéas. Tous les bleus, les verts presque noirs, des blancs transparents dont on ne sait d’où ils viennent; mares et rus ou premières expirations des bucherons qui partent vers les coupes. Tu regardes comme on regarde un autre monde. Rien nulle part n’est jamais pareil. Et puis tu ajoutes une pincée de temps comme on bénit d’un geste une sauce qui murmure au feu. Alors l’enchantement continue. Les mélanges se parlent, se disent, se racontent, se répondent. Les couleurs deviennent un peu plus tendres. Puis douces. Tièdes. La vie.

    Je pourrais bien te dire plein de ces histoires de rien. Te les dire mais mal les raconter. Elles sont trop belles ces choses de la Terre qui ne sont ni ceci ni cela mais tout ensemble, comme on veut le vivre.
    Comme il est de notre devoir de transmettre ce savoir être. Et que des abrutis claquemurent sans cesse de leurs apophtegmes d’escrocs.

    Alors, voilà. Dirait notre hôte. Je dis seulement “Merci” à ‘notre’ manière, Lectrice Boulimique. Sois ce que tu es et que Mieux te garde. H’

    1. lectrice boulimique

      merci encore Hervé – même si tu m’as quasi fait pleurer ,là.

      si un jour tu réunis tes commentaires dans un bouquin, j’achète de suite, et avec dédicace steuplait !

  15. Herve CRUCHANT

    @lectrice boulimique. Ce serait bien, si une fée genre de celle de Bibi me passait un coup de fil après avoir pleuré sur un de mes mots. Je pourrais alors, grand seigneur, faire des dédicaces, de ces free hugs que me refusent mes amours oniriques nocturnes. Ouais, le rêve.
    Merci à toi.
    T’as vu , Chez Rosy la Sensible, les matins sont roses, parfois…

  16. Steph M.

    Coucou Baptiste,
    Je viens d’envoyer ce texte. A mon frère. Qui vient de m’annoncer avoir pensé au suicide. Il est suivi hein, il travaille sur lui-même, tout ça. Mais c’est effrayant, d’hériter de la dépression de sa mère.
    Tu fais une pause dans tes écris, tu l’as dit. Ce petit mot, juste, pour te dire combien tes écrits sont utiles. Nécessaires.
    Prends soin de toi et bonne dinde 😉
    Plein de bisous…

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