Avec un peu de chance, en croisant les doigts, en l’espérant très fort, en se disant que cela ne peut être autrement.

Photographie : Austin Tott

Alors voilà il y a trois ans, on a soigné cette dame, Mme K.. Elle ne voulait pas de morphine, pas d’apitoiement et pas de larmes. Comme on s’inquiétait pour elle, elle a dit “Vous ne comprenez pas. Ce n’est pas que je vais mourir, c’est que je suis arrivée à la fin de ma vie”. Cette phrase, pour elle, c’était important.
Mme K. est morte il y a trois ans.
Je n’ai pas oublié, je l’ai écrit ICI. De tous les textes que j’ai écrits pour vous, c’est l’un de mes préférés.
[…]
L’autre jour, au cabinet, j’ai reçu un homme, la petite quarantaine effondrée de tristesse. Son père était en train de mourir :
– C’est mon père, ce sont nos souvenirs, l’enfance et le reste.
J’ai essayé de trouver les bons mots. Peine perdue, il était inconsolable (ou j’étais vraiment nul !)
– Papa me dit ne pas être triste, de ne pas m’apitoyer et d’aller de l’avant. Mais j’y arrive pas. C’est mon père… Il y a tout un tas de souvenirs qui remontent et… et…
Il n’a pas pu finir sa phrase, il était devenu un grand paquet de sanglots. Impossible de le toucher, impossible de le secouer. Il était plein de larmes et tout débordait.
Désemparé, je ne sais pas ce qui m’a pris. J’ai repensé à Mme K., et j’ai dit :
– Vous savez, votre père a eu une longue et belle vie. Il ne va pas mourir, il va arriver à la fin de sa vie. C’est différent. Vous comprenez ?…
Il a relevé la tête, il a semblé un peu choqué par ce que je venais de dire. Puis il a souri.
– Vous avez raison, ce n’est pas du tout pareil.
J’avais gagné.

Là, j’ai repensé à Mme K. Elle n’avait jamais été aussi vivante qu’à cet instant précis. Trois années se sont effondrées, deux lieux et deux temps se sont rejoints. Trois personnes, un bref instant, ensemble : Mme K. dans sa chambre d’hôpital, le fils de cet homme et moi.
Minute violon, New Age, yoga et Joséphine Ange-gardien (oui, je me suis forcé à mettre une pointe d’humour. Je ne voudrais pas que vous me preniez pour un garçon sensible…) : ça va vous paraître étrange, mais je crois que madame K. m’a tenu la main. Et je crois que, peut-être, avec un peu de chance, en croisant les doigts, en l’espérant très fort, en se disant que cela ne peut être autrement, TOUT est lié à TOUT dans ce monde.
Oui, avec un peu de chance, en croisant les doigts, en l’espérant très fort, et en se disant que cela ne peut être autrement…

(Sans transition, parce que je ne suis pas un garçon sensible : si vous aimez cet article ou plus globalement le site en général, partagez sur vos réseaux sociaux et par pigeons voyageurs !)

97 réflexions au sujet de « Avec un peu de chance, en croisant les doigts, en l’espérant très fort, en se disant que cela ne peut être autrement. »

  1. untel

    Peut-être qu’il faut avoir connu Mme K. ou avoir la bonne intonation dans la voix ?
    J’ai déjà essayé la phrase magique, ça n’a pas fonctionné. Pourtant, j’y crois, à ce qu’elle raconte, cette phrase.
    Ou alors, peut-être que moi, je ne suis pas connectée à l’univers 🙁
    NB Le gouffre sous la corde …
    Tenir jusqu’au matin …

    1. Claire

      En deux minutes de lectures, tu viens de me convaincre qu’en effet, cette dame en fin de vie que j’ai accompagnée la semaine dernière était seulement au tout début d’un nouveau quelque chose. Merci à toi et merci à Mme K., vous venez de me faire me sentir bien moins seule.

  2. geraldine

    C’est con, là je pleure…ici à l’office de tourisme du bled où je passe mes vacances, je viens vite fait voir mes mails et quelques blogs… et maintenant je pleure. J’espère que cette phrase me servira le jour où je devrai dire au revoir à mes parents. Merci.

  3. mad

    Merci à Mme K, je crois que nous venons de nous connecter , elle apaisera certainement ma plus grande peur…
    Merci à toi pour ces histoires, toujours avec les bons mots, les bonnes émotions. C’est parfait

  4. Margot

    héhé, elle est bien efficace que tu ne le croies Mme K., parce que pour consoler ma belle-mère de la perte d’une amie, j’ai acheté il y a quelques mois une belle carte, sur laquelle une femme regarde la mer, et j’ai écrit au dos “comme dirait B.Beaulieu -oui, je te cite-, elle n’est pas morte, elle est arrivée à la fin de sa vie”.

  5. Madame Pivoine - Natacha

    Avec un peu de chance, en croisant les doigts, en l’espérant très fort, et en se disant que cela ne peut être autrement…quand j’aurai fini ma vie je partirai rejoindre celles et ceux que j’aime tant et qui me manque tellement.
    Merci Baptiste.
    MERCI Mme K.

  6. DOMINIQUE

    Ma mère est “à la fin de sa vie”, mais hélas elle ne peut pas me le dire. Alzheimer. Alors, c’est moi qui le pense, pour elle. Mais ça fait mal.

  7. Michel

    Les ans m’ont convaincu (lentement !) de croire que c’est certainement comme ça.
    Mais le découvrir si tôt, c’est beau, et la manière de partager, c’est … cadeau. Merci

  8. Grand33

    Bonjour Bibi
    Cela a fait du bien à ce garçon et, pour ma part c’est une formule que j’emploie depuis longtemps, parce qu’elle m’a fait aussi du bien la première fois que je l’ai entendu.
    Tant qu’à te faire aider par joséphine ange gardien, mefie toi quand même tu pourrais faire que la moitié du travail.
    La bise

  9. Julie

    Alors c’est ça. Toutes les personnes âgées qui me disent qu’elles “en ont marre”, qui se demandent pourquoi elles sont “encore là”, qui ont envie de “partir” et qui trouve presque anormal d’être encore de ce monde. Elles ne me parlent pas de mourir, elles n’emploient pas ce mot. Je crois qu’elles me disent simplement qu’elles sont arrivées à la fin de leur vie.
    Et qu’il est plus que temps de tirer un trait.
    Comme si leur vie avait été un spectacle et que la pièce était terminée.
    J’aimerais que ça puisse se passer ainsi: Acte I, scène 1, mise au monde d’une fille fabuleuse (c’est moi). Et après avoir fait de ma vie un grand spectacle (en plusieurs actes je l’espère) le jour de ma mort je ferais une petite révérence et j’annoncerai “Mesdames et Messieurs, c’est la fin de ma vie”. Rideau. Applaudissements. (Pas de rappel, désolée) !
    Si seulement ça pouvait se passer comme ça (en plus de l’épectase bien sûr… Mais sur scène c’est un chouilla indécent).
    C’est fou comme les mots ont le pouvoir de transformer les choses… Le résultat est pourtant le même. Alors pourquoi le simple fait de dire “c’est la fin de ma vie” est moins effrayant que de dire “je vais mourir” ? C’est le même poney multicolore qui nous attends non ? (Ou alors il y en a un des deux qui a plus de paillettes. C’est une théorie.)
    Finalement peu importe. C’est rassurant pour certains et c’est ça qui compte.

    Baptiste, nous non plus on n’est pas sensibles. Faut pas croire, la preuve, on n’est p.. pas du t… tout ém.. émus par tes his… histoires. (Absolument aucun effet). Heum…

        1. Cath

          Voui. Fatiguée la Julie. Mimi a raison. Au lit avec un petit câlin, à rêver de crêpes au sirop d’érable – c’est très bon.
          Douce nuit.

    1. Herve CRUCHANT

      Ce qu’il y a de bien, dans la mort -quand on a vraiment intégré la différence entre l’artéfact “la mort” et la réalité “la fin de la vie”- c’est que la mort nous donne à rire, une dimension supplémentaire de l’esprit. Je n’ai pas tellement les films d’horreur qui me font rire, souvent aux éclats, parce qu’ils représentent la mort-personnage actif, sans aucune réalité. Lire et relire les contes et légendes des régions -Bretagne et autres contes Cévenols, par exemple- où la mort devient, sinon une copine, tout au moins une bonne connaissance, est un régal…. La vie, c’est bien autre chose; sa fin aussi : c’est pas que ce soit gai mais tenir la main d’une fin de vie, c’est toujours faire partie du vrai monde.

      1. Dragonfly (le retour)

        “Rencontre avec Joe Black”… Je veux bien que la mort m’emmène si elle ressemble à Brad Pitt jeune, mais seulement quand je serai trèèèèèèèèèèèès vieille (ben oui, ça fera “cougar”, et alors ?)

          1. Libellule

            euh, j’ai fais un commentaire énervé (dans la peau de Dragonfly donc) dans le post précédent sur les urgences… et j’ai oublié de revenir à ma “personnalité principale” de Libellule pour ce commentaire 🙁

      2. Cath

        Ou Terry Pratchett qui a donné une dimension peu commune à la mort, qui ne comprend pas les humains, mais qui convoquera les cavaliers de l’Apocalypse pour éviter l’anéantissement de l’humain.
        Oui, tout ça…

  10. Sophie

    Cette phrase que ” c est la fin de sa vie ” je l utilise tres souvent avec mes petits patients et c est une phrase de Francoise Dolto qui dit que c est ainsi qu il faut aborder la mort avec les enfants ou plus grands. Cf ” les etapes majeurs de l enfance”.
    Enfin moi je la connais par Dolto mais on doit la retrouver dans d autres classiques sur le theme de la mort 🙂

    1. Herve CRUCHANT

      Yoh, Sophie… cherche et trouve cette série d’entretiens sur Radio France entre Françoise Dolto et (?) Claude Villers. Existe aussi en CD chez Fremmaux, je crois . In-dis-pen-sa-ble . 🙂

  11. Albane

    J’aime beaucoup cette citation de Theilhard de Chardin :”Nous ne sommes pas des êtres humains vivant une expérience spirituelle. Nous sommes des êtres spirituels vivant une expérience humaine”……et la fin de vie fait partie de cette expérience 🙂

  12. Cath

    Voilà, à lire ce billet, cela me rappelle ceci
    Now my charms are all o’erthrown,
    And what strength I have’s mine own,
    Which is most faint. Now ’tis true
    I must be here confined by you
    Or sent to Naples. Let me not,
    Since I have my dukedom got,
    And pardoned the deceiver, dwell
    In this bare island by your spell;
    But release me from my bands
    With the help of your good hands.
    Gentle breath of yours my sails
    Must fill, or else my project fails,
    Which was to please. Now I want
    Spirits to enforce, art to enchant;
    And my ending is despair
    Unless I be relieved by prayer,
    Which pierces so, that it assaults
    Mercy itself, and frees all faults.
    As you from crimes would pardoned be,
    Let your indulgence set me free (Epilogue 1-20).

    William S, la tempête.
    Je vous cherche la traduction idoine, parce que dans cet adieu il est tant de douceur.

      1. Cath

        Ne jamais renoncer…
        Ce n’est pas ma traduction préférée, mais…

        Mes charmes sont détruits ; il n’en reste plus l’ombre ;
        C’est donc à vous que j’ai recours.
        À Naples vous pouvez m’envoyer sans encombre.
        Ou sur ces bords m’enchaîner pour toujours.
        Puisque j’ai recouvré mon titre héréditaire,
        Puisque j’ai pardonné la trahison d’un frère.
        Ne m’abandonnez pas sur ces rochers déserts ;
        Mais que plutôt vos mains viennent brisent mes fers.
        Que de votre faveur le souffle enfle ma voile
        Et vienne en aide à mon étoile ;
        Autrement, durant le trajet,
        Je crains fort d’échouer dans le noble projet
        Que j’avais formé de vous plaire.
        Privé de tous mes talismans,
        De magie et d’enchantements,
        Hélas ! maintenant je n’espère
        Que dans l’aide de la prière.
        La prière du ciel désarme le courroux ;
        Elle efface les torts que le pardon va suivre ;
        Qu’au nom de ce pardon que vous espérez tous,
        Votre indulgence me délivre.

          1. Cath

            Pourtant je me tate pour une autre traduction de mon cru, modeste avec ça. Mais je trouve qu’on peut faire mieux 🙂

        1. marie

          c’est doux de prendre le temps d’écouter un ange le matin autrement je te propose cette version adaptée de ta traduction , je suis une bille en anglais take care

          Mes charmes sont délités ; il n’en reste plus que l’ombre ;
          C’est donc à vous que j’ai recours.
          À Naples vous pouvez m’envoyer sans encombre.
          Ou sur ces rives m’enchaîner pour toujours.
          Puisque j’ai recouvré mon titre héréditaire,
          Puisque j’ai pardonné la trahison d’un frère.
          Ne m’abandonnez pas sur ces rochers déserts ;
          Mais que plutôt vos mains accourent briser mes fers.
          Que de votre faveur le souffle enfle ma voile
          Et vienne en aide à mon étoile ;
          Autrement, de par le chemin,
          Je crains fort d’échouer dans le noble dessein
          Que j’avais formé de vous plaire.
          Privé de tous mes talismans,
          De magie et d’enchantements,
          Hélas ! maintenant je n’espère
          Que dans l’aide de la prière.
          La prière du ciel désarme le courroux ;
          Elle efface les torts que le pardon va suivre ;
          Qu’au nom de ce pardon que vous espérez tous,
          Votre indulgence me délivre.

          1. Cath

            Aaaaah, c’est quand même mieux 😉
            Moi je l’aurais fait un brin plus austère. Mais je ne suis pas une bille, alors je vais m’abstenir. Merci la Marie 🙂

          2. Cath

            Non, la couleur bleue DU cachet qui signe ses notes, pas des cachets qui devraient être roses comme la panthère du même nom 😉 C’est pourtant pas compliqué ?
            J’en vois un qui se gratte la barbe fleurie 🙂

          3. marie

            je vais faire ma suisse ils sont blancs les cachous “lajaunie” han!han!, il n’empêche Cath un jour je lirais tout WILLIAM pcq vrai c’est joooooooooooliment dit ce qu’il dit

  13. Fée

    Baptiste…
    il est tard… tôt même… je rentre de l’hôpital, où je passe beaucoup trop de temps à mon goût en ce moment… ce soir, je n’ai pu que constater que le crabe gagnait la guerre contre ma marraine… révolte, immense tristesse, refus de l’inexorable… quand tu décris cet homme, j’ai l’impression que ça pourrait être moi à ce moment précis (mais en version fille…) : pleine de larmes, et qui déborde de partout…
    mais j’allume l’ordi et je (re)découvre cette phrase de Mme K., et ce billet de toi qui me fait la piqure de rappel au moment où j’en ai le plus besoin…
    je ne suis pas encore en état d’accepter que ma marraine arrive à la fin de sa vie de manière imminente, mais tu m’aides à avancer dans cette direction, et c’est inestimable pour moi, merci…
    tu es un mec en or, Baptiste, j’espère que tu te rends compte de tout le bien que tu fais aux gens… surtout ne change pas, mais ne t’oublie pas pour autant…
    bizoo !

    1. Grand33

      Une petite phrase que j’aime beaucoup entendue de la part de J.L. Ttrintignant :

      Ne pleure pas celle que tu as perdue. Au contraire, réjouis-toi de l’avoir connue.

      la bise

  14. marie

    on rencontre pleins de personnes dans une vie des essentiels, des neutres et des nuisibles voir très mal faisants, des bourreaux même…le jeu, puisque vivre est un jeu, c’est de s’élever… dans le sens devenir léger, tellement léger qu’en un seul regard on voit dans l’autre sa part d’humanité, aussi tenue soit-elle.
    pour pardonner et aimer et espérer toujours ….que sous des apparences les plus terribles, les plus létales il peut surgir un raimbow…un éclaireur…une phrase toute simple qui résume une bibliothèque…nous sommes des passeurs d’humanité…le monde en a besoin.

    1. Grand33

      Ha ! devenir meilleur ; Faut devenir plus léger, j’y travaille mais P….. y a du boulot !!!! mais qui sait l’arc en ciel est peut-être au bout …..

  15. Mellie

    TOUT est lié à TOUT….cela prend un sens si particulier pour moi aujourd’hui…

    Cela fait quelques temps que je voulais un bébé…
    Il y a deux semaines ma grand-mère est morte et le soir même je me suis dit: elle va m’envoyer un bébé…
    Des fois les pleurs et l’amour se mêlent et le soir de sa mort je me suis dit que si j’essaiyais de tomber enceinte ce soir là ça allait forcément marcher…
    J’ai fait trois tests de grossesse hier : tous positifs

    Ma grand-mère m’a envoyé un bébé…
    Maintenant je croise les doigts pour la suite et je dis merci mamie!

    TOUT est lié à TOUT, vraiment!

    1. Fleur de lupin

      Magique…je suis tombée enceinte la semaine d’après où j’ai appris que maman allait se faire opérer d’un cancer de sein…(heureusement tout va bien pour elle), alors même que j’étais cuite parait il pour avoir des mômes et en plus, des jumelles 🙂
      Pour moi ce n’est pas un hasard 🙂

    2. marie

      les peuples qui croient a la réincarnation disent qu’ un décès annonce une naissance, c’est pour ça qu’ils ont des rituels très élaborés pour les funérailles … en occident nous sommes des barbares de la fin de vie et de la mort on s’occupe du l’enveloppe charnelle et on zappe total le spirituel. une aseptie aveugle et sourde au chant du Monde.

      1. Cath

        Sourde au chant du Monde… Il y a du Bachelard là-dessous, non ?
        Je vais relire un peu ses textes magnifiques – non pas que je suive en tout- mais c’est si beau. Rien que pour le plaisir et pour oublier ces peines et ces chagrins qui sourdent.

      2. Herve CRUCHANT

        @Marie… Je ne te dirai pas mon âge exact; pour rire. Pour rire, parce que, comme mon nom, c’est aussi une face de moi-même dont je ne suis ni fier ni honteux. C’est ainsi.
        Mais, côté réincarnation, c’est intéressant parce que croire à çà, c’est très zumain !
        Or, Camille Claudel a cessé de vivre à Charenton le 19 octobre 1943 à 6h30 du matin. Juste à ‘heure de ma naissance, à quelques kilomètres de là.
        Aucune conclusion, aucune croyance n’en découle. Simplement, mon attrait pour les arts et, singulièrement, la sculpture s’en trouve renforéce. Alors que, sans cette connaissance, j’aurais été normalement curieux. Finalement, la véritable transmission d’esprit à esprit, se fait peut-être plus par ce genre de rencontres ‘historiques’ que par enseignement traditionnel. J’aime le penser. Çà contient un côté chaud et sympa, non ? Que Mieux vous garde !

  16. Sebast

    Ca me fait penser à cette pauvre jeune fille, Brittany Maynard, 29 ans et déjà arrivée à la fin de sa vie.
    Pour certains le voyage aura été moins long que d’autres. Ca parait très injuste… Il faut savoir vivre avec, surtout nous, qui restons.

    PS: j’aimerais l’écrire en tout petit, parce que par rapport au sujet, c’est ridicule, mais le participe passé de écrire s’écrit avec un t, pas avec s (sixième ligne).

  17. Nina

    Un bien immense ce texte Bibi. Merci.
    Etant en 2ème année de médecine et ne connaissant encore rien à la vie de médecin, j’appréhende énormément la confrontation avec la mort. Certains me disent que je me suis trompée de voie si je ne suis pas capable d’y faire face. Mais je pense que l’humain est fondamentalement crée pour ne pas pouvoir y faire face. Les médecins y font juste “mieux” face, c’est ça ?
    “Ce n’est pas que je vais mourir, c’est que je suis arrivée à la fin de ma vie “. Quelle belle phrase. J’espère qu’elle réussira à nous donner un peu de courage. Merci encore Bibi.

  18. Herve CRUCHANT

    La mort, c’est une construction de l’esprit qui vit. Mourir, c’est juste rien : c’est juste cesser de vivre. C’est quand même pas un drame !…

    Il faut haïr la mort. La prendre pour ce qu’elle ‘hait’. Un fantôme, un “et si…” qu’on dit ‘IF THEN ELSE’, le crédo de la logique informatique et carcérale. Un crachat porno de nos terreurs. Et il faudrait en tenir compte ?

    Quelle horreur de s’entendre répondre par un proche âgé de nonante ans à notre demande : “ça va comment aujourd’hui, Mamie?” … “Çà va, mon garçon. Çà va. Mais maintenant, je voudrais que çà s’arrête…”. C’est pas qu’elle veuille mourir, la belle magnifique femme. Elle veut juste que çà s’arrête, tranquillement. Voilà. Elle a assez donné, assez reçu. Vécu.
    Ma maman, en train de mourir sous la couverture de soins palliatifs extraordinairement prodigués, disait vouloir rentre chez elle. “Elle se laisse glisser” m’a traduit la jeune femme toubib qui la couvait de sa tendresse. Et puis elle a cessé de vivre. Çà m’étonnerait qu’elle soit morte : il m’arrive encore fréquemment de me dire “tiens, faut que j’écrive çà à maman”…. T’as déjà vu un type qui écrit aux morts, toi ?

    Que Mieux vous garde.

  19. annaick

    L’important, ce ne sont pas les mots en eux même, c’est simplement le fait de dire des mots de consolation.
    C’est tellement difficile de trouver les bons mots pour des amis dans la peine, cette fois, ceux ci ont marché, d’autres fois, ce seront d’autres mots, mais souvent, la présence et l’écoute sont les plus importants.

  20. Biquette

    Oui, je crois aussi que TOUT est lié à TOUT…

    J’ai eu un cancer du sein en 2003 après le décès, par cancers de ma mère et de mon amie d’enfance.

    Je me bats depuis 18 mois contre une leucémie aiguë, ce matin les résultats de mon hémogramme sont mauvais et j’ai peur, peur d’une rechute…
    Je ne me sens pas à la fin de ma vie, j’ai plein de projets, je ne veux pas quitter mon amour, mes enfants, mes petits-enfants, mes amis!

    Comme a dit un jeune garçon que je connais: “tu sais, il y a des gens qui restent vivants toute leur vie!”
    Alors voilà: je veux rester vivante toute ma vie!

    Merci pour ta sensibilité qui rejoint la notre…

    1. Cath

      Biquette, on attendait de vos nouvelles.
      Et un examen n’est pas à lui seul la réponse unique. C’est angoissant, mais on est là à vos côtés dans cette bataille. Silencieux, mais avec vous.

  21. Le Norcy

    Ma Maman est morte en juillet dernier, elle est partie rejoindre son amoureux de mari, qui l’avait quitté quinze mois plus tôt. C’était la fin de sa vie, car Sa vie, c’était lui, c’était son amoureux, celui qu’elle avait connu à 9 ans, épousée à 19, et qui lorsqu’il avait eu un accident de la route, ne l’avait pas quitté. 25 ans d’amour en plus avec lui, malgré le traumatisme crânien, malgré la personnalité changé. 60 ans d’amour ensemble, une année c’était déjà trop l’un sans l’autre. Elle est pas morte de chagrin, elle avait fini sa vie sans lui, son chemin. Bien sur elle aurait pu vivre pour nous, mais elle n’aurait plus jamais été elle, sans lui. Mickyves, même leur nom était enlacé quand ils signaient une lettre ou un mot. Alors quinze moi sans l’autre, défi impossible. Demain, c’est son anniversaire, et elle me manque. Je ne veux retenir d’elle, comme de madame K, que sa force et sa bonté.
    C’était la fin de sa vie, le retour dans les bras de son amoureux.

  22. Aude

    Quand ma maman est arrivée en fin de vie, trop tot, à 54 ans, avec un truc a la con qu on peut apeller Creutzefd Jacob, que quand on change plein de lettres ( et qu on ajoute un peu de morphine) ça fait Maman completement à l ouest au pays des licornes qui pètent des fleurs , à un moment, je lui ai dis qu elle pouvait partir, quand elle était prête . Bon, comme je suis une fille sensible, je l ai dit un peu en chialant quand même et en me disant que j étais ptet un peu ridicule de dire ça à quelqu un déja plus là dans sa tête .
    N’ empeche que je suis contente de l avoir ” liberée” et laisser partir .
    Quand mon ex mari a commençait a perdre son père ( Alzeihmer commencé à 55 ans, fin du film à 75, ça change), je lui ai conseillé, quand il serait prêt de faire pareil.
    Ça n a pas changé mon monde, ni la peine, mais j espère que ça les a aider à faire leurs valises de fin de vie plus facilement

  23. Herve CRUCHANT

    Bachelard, le père Theilhard de Chardin… je sens qu’Aristote… à moins que le Grand Pan ?… Et si on parlait de la vie ? Celle des autres ? Tiens, de Biquette, qui fait du surf sur l’inconnu et ne nous apparait que par éclipses … Je la sens drôlement rigolote et sympa, Biquette, si on la distrait de ses misères pesantes. Pesantes. Voilà un mot imprononçable dans le patois de l’Ami Grand33 ! Parlez-lui de roses, au Great Seurtitri, je le soupçonne d’aimer leur couleur, leur parfum; et ce pouvoir que nous cherchons tous, nous les hommes, celui de faire plaisir aux femmes. Tiens, au lieu de parler de fin de vie, si on parlait de débuts d’amours ?

    1. Grand33

      Démasqué le grand !!!
      à part ça je suis bien d’accord avec toi l’ami et moi aussi je fais un grand sourire à biquette et je crois que je me permets même de l’embrasser, tiens !!!
      Et sans barbekipic

  24. Biquette

    Merci pour vos clins d’oeil encourageants, vos sourires…et même vos bises…piquantes ou pas! C’est bon de se sentir entourée, même virtuellement!

    J’ai la gniaque, j’aime la vie, l’amour, les gens : alors je me bats avec détermination, même si certains jours je me dis que c’est bien dur à vivre tout ça…( chimios, examens, attentes de résultats, rechute de compagnons de galère, indifférence de certains “proches” qui doivent déjà m’avoir enterrée, fatigue …).

    Et le 4/11 RV avec mon hématologue qui me pétrifie chaque fois que je la vois! Quoique la dernière fois elle a ébauché un début de commencement de petit, oui de petit SOURIRE! Miracle…

    PS. Alors voilà: Baptiste, tu ne donnerais pas des cours d’humaine-attitude à certains de tes collègues des fois?

    1. Grand33

      Pour mardi, @biquette je te donne une petite astuce : dés que tu verra ton hémato, imagine la avec de grands souliers, un costume bariolé, un chapeau pointu et un gros nez rouge !
      Cela ne la fera peut-être pas sourire mais toi tu devrais être beaucoup moins pétrifiée .
      tu nous dira …… ou pas .
      La bise

      1. Cath

        Le Grand a lu Harry Potter et ses recettes 😉 . Et il a raison, ça marche. Mais plutôt qu’un clown, pourquoi pas la fée Clochette ? Mais comme je ne sais pas à quoi ressemble la dame… Si elle ne sourit pas beaucoup, c’est qu’elle est timide, peut-être ? Alors l’encourager dans le sourire, cela pourrait vous aider aussi ?
        Je ne sais pas, une idée comme une autre.
        En tous les cas, l’indifférence ne vous accompagnera pas : elle est virée ! 🙂

    2. Mésange

      Biquette, fais-lui un clin d’oeil à ton hémato… de notre part!
      Le 4, elle va sentir, et toi aussi, que tu n’es pas seule du tout en face d’elle : on t’accompagne ; ça va en faire du monde dans le cabinet. Si tu stresses trop, penses-y… ça te fera sourire et ça la déridera aussi!
      Caresses de plumettes

    3. untel

      Pour avancer dans la réconciliation soignants-soignés, j’ajoute que parfois, c’est le médecin qui pour x raisons appréhende le RV avec le patient (ou la famille du patient). Mais ça fait partie du taf de ne pas le montrer. Car ça n’aide pas le soigné que de l’encombrer avec les états d’âme du professionnel.
      Bon courage à toi, Biquette.
      NB 1 Heureusement, j’ai mes armes secrètes :
      -le casque miniature de Dark Vador sur mon bureau.
      -un T-shirt avec la reine Amidala, pour les journées difficiles.
      NB 2 Tu as raison pour le sourire, j’y penserai.

      1. marie

        c’est très important l’ambiance d’un bureau mon neuro à deux grandes photos les vaches des pink floyd avec un lit dans un pré bien vert …de suite je me suis dit qu’on allait faire du bon boulot ensemble .
        énergies +++ à Biquette à Cilou et à Aka, ne lachez rien les filles !

  25. Viviane

    Bonjour Baptiste
    Bonjour les fans
    Je me joins à tout ceux et celles qui le disent, merci à toi ! CONTINUE
    “Réconcilier soignants soignés”, quel programe ambitieux, me suis je dis !
    Ca le fait, les témoignages le prouvent, post après post.
    Tu fait plus : tu réconcilie les soignants avec eux mêmes.
    Un soignant qui reconnait ses faiblesses, ses erreurs, ses maladresses, un GRAND DOCTEUR en plus, chapeau !
    Tu nous aide à continuer le chemin même les jours noirs. CONTINUONS
    Tu nous aide à continuer, nous les docteurs “sensibles” qui nous posons des questions, jour après jour, mais qui continuons parce qu’on l’aime, notre métier.
    Moi, c’est facile je suis une femme.
    toi, tu es un homme et tu te livre, merci pour tous les soignants hommes “sensibles” que je connais.
    Sensible. Un mot qui t’a poussé à te defendre un jour, (et ce de façon admirable, il aurait été dommage de ne pas le faire) mais je rêve d’un monde où la gentillesse serait une qualité dont on n’aurait pas à se défendre et où la sensiblerie serait son outil (inscrit toi sur la page facebook de ceux qui pensent qu’une société où la gentillesse serait une qualité est possible). (je ne sais même pas si elle existe !)
    Pour ceux qui veulent de la gentillesse vous pouvez aller sur le site du docteur milie (je ne la connais pas mais c’est dommage, j’aimerais bien) et lire ses certifalacon.

    biz baptiste

  26. Biquette

    Salut à ceux qui m’on encouragée!
    Vous deviez être tous derrière moi, avec mes amis qui me soutiennent, avec mes enfants, avec tous ceux qui connaissent cette Hémato ( que je nomme Doc La Fouine, rapport à ses petits yeux perçants,des yeux sans sourire, sans soutien, les yeux c’est important quand on ne voit qu’eux avec le masque et la charlotte et qu’on passe de longues semaines en secteur protégé pour une leucémie aiguë! ouf je respire je n’ai pas l’habitude d’écrire des phrases aussi longues…).
    Oui, vous deviez être là, car elle a été … plus…moins…, bon allez j’ai senti un intérêt, une relation humaine, même si c’est pas sûr que je m’en sorte, mais c’est pas sûr non plus que je ne m’en sorte pas.

    Ensuite je suis allée soutenir une jeune femme de 24 ans, LAM 3 comme moi, rechute, greffe de cellules souches, et cette foutue maladie qui revient. Pas trop bon pour le moral, mais Fanny a encore tellement de choses à vivre! Et puis, quand on a une pathologie de ce genre, on se sent dans le même bateau, et je n’ai pas envie de la laisser filer comme ça…accroche toi Fanny!
    Le cancer c’est vraiment dégueulasse.

    1. Cath

      Ben oui, on était là, même discrets, mais là. 🙂
      Alors il faut s’accrocher à la barre et garder le cap avec tous les amis que tu fais monter à bord. Et imagine l’équipage : Mésange à la vigie, Grand33 en moulin à vent pour gonfler les voiles ( là, je ne peux vraiment pas m’en empêcher), Hervé à la manoeuvre, Cilou et Marie dans les cordages, et tant d’autres occupés à rendre ce navire insubmersible sur la Grand Mare des Canards 😉

          1. Cath

            Quelque chose comme “en avant !”, le cri de ralliement des pélerins sur le chemin. De Compostelle.
            Et ” y anda”, en espagnol, pareil, plus ou moins.
            J’espère que je ne me suis pas trompée Marie ?

          2. marie

            aller plus loin aller plus haut… c’est effectivement le salut des marcheurs de st jacques que tu sois croyant ou pas, tu attaques le chemin en lançant ce cri de joie et vogue …euh enfin marches…comme on marche sur le chemin de la guérison .

      1. Julie

        Je suis peut-être malade en mer, mais je veux bien monter dans ce bateau là. L’image est belle.
        Grosse bise à toi Biquette, et à Fanny aussi.

  27. Sdrv

    Hier j’ai perdu ma grand-tante, la maladie l’a emporté. Je n’arrive pas encore a dire qu’elle est partie, a dire ce mot tellement définitif, je me dis simplement qu’elle a fini sa vie.
    Lectrice du premier jour je n’avais jamais ressenti le besoin d’écrire ici. Mais aujourd’hui ces mots me touchent particulièrement. Alors merci.
    Et bonne continuation !

  28. veronuique comolet

    savoir dire qu’on a fini sa vie…. une belle leçon de sagesse.. toujours difficile à entendre pour les proches.
    Beaucoup de proches ont du mal à laisser partir les leurs… même lorsqu’ils sont âgés et malades et fatigués.. ils restent à vie leur père, leur mère… un dernier rempart avant que ce soit leur tour.
    Merci pour vos témoignages si justes.
    Quelques autres : http://vivantsensemble.canalblog.com

  29. Kahlan

    Bonjour,
    Pensez-vous que l’on puisse arriver 2 fois on bout de sa vie?
    Je m’explique ma maman a une maladie d’alzeimer, son corps est toujours parmis nous mais son esprit est déjà parti voguer dans d’autres océans. J’ai le sentiment qu’elle est déjà arrivée une fois au bout de sa vie. Je ne reconnaît pas celle qui reste, c’est elle mais ce n’est plus Elle. Et je pleure déjà la perte du E. Peut-elle partir 2 fois?

  30. Ceçou

    Ouh que j’aime ce blog.
    D’amour véritable. Je n’ose pas y aller trop souvent d’ailleurs, je garde les nouveaux posts pour les jours où le soleil se cache. Ç’est un peu comme un gros câlin en réserve. Merci !!!
    Maintenant que c’est dit, j’ajouterai : ouh que j’aime cette phrase, qui fait tellement la différence quand on y pense vraiment.
    Et puis, le meilleur pour la fin : ouh que j’aime cet état d’esprit. Tu m’impressionneras toujours beaucoup. Moi je suis un peu l’empathie empotée. Les gens pleins de larmes et qui débordent, ben ça m’impressionne puis ça me fait déborder. Toi, tu retrouves des moments où ça débordait toujours plus et paf! moins fois moins, ça fait plus de pleurs.

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