Ceux qui gardent au monde.

Nota : merci pour vos témoignages. Je les lis et j’apprends ce qui cloche entre nous, parfois je ris, parfois je suis catastrophé. On a encore beaucoup de boulot pour arranger les choses, vous et nous. Il va falloir retrousser nos manches. C’est pas grave, on a le temps ! Non ?

Nota 2 : aveu d’échec… On me demande plus d’anecdotes drôles. Je fais du mieux que je peux, je vous assure, mais l’hôpital est un théâtre tragi-comique où le tragique l’emporte trop souvent. Promis, je fais du mieux que je peux…

Prenez soin de vous, P&H
B.

Ceux qui gardent au monde.

(À tous les services d’urgences, de cette galaxie et des autres.)

Alors voilà il y a six mois commençait mon stage aux urgences. Je voudrais vous parler des hommes et des femmes que j’ai rencontrés là-bas.

Le souci ? Il y a trop à dire et je ne sais par où commencer ? [ Bibi rentre en lui et se concentre, comme le lait… ]

Donc : par où commencer ?

Par la fin, évidemment !

Un jour, Bibi sera vieux. Un jour il fera dans des couches. Pipi, caca. Il tombera malade. J’aimerais qu’on m’emmène dans un endroit comme celui où j’ai rencontré ces hommes et ces femmes. Ils me garderont au monde.

Passons au milieu : Un jour, Bibi aura un gros pépin. Accident de voiture, entorse grave de la cheville, brûlure au troisième degré au cours d’une chandeleur qui aura mal tourné (c’est dangereux les crêpes flambées au rhum), un jour j’aurai peut-être une bombe qui fait tic-tac dans l’estomac (ne riez pas : c’est arrivé dans un épisode de Grey’s Anatomy !). J’aimerais qu’on m’emmène dans un endroit comme celui où j’ai rencontré ces hommes et ces femmes. Ils me garderont au monde.

Remontons au début : Un jour, Bibi a été un fœtus dans un ventre qui se contracte. Il a été un fœtus dans une poche qui s’est ouverte pour vider ses eaux sur le monde comme tous les fils des hommes avant lui. Je suis content qu’on ait emmené ma mère dans un endroit comme celui où j’ai rencontré ces hommes et ces femmes. Ils m’ont mis au monde.

Le diamètre de l’univers observable fait environ 90 milliards d’années lumières. Dire que la Terre est seule, perdue comme une molécule d’eau dans un océan infini est en réalité loin en dessous de la réalité. Nous sommes moins que rien dans une immensité froide. Sur ce rien, il y a des Femmes et des Hommes, un peu partout sur Terre, qui ne dorment pas et vous attendent pour vous soigner. Ça compte. C’est important. Ce rien d’humanité qui ne dort pas dans l’immensité froide, c’est beau.

Continuez les filles. Continuez les gars. Vous êtes là. Toute l’année. Tous les jours. Toutes les nuits.

Vous veillez. Vous “prenez soin”.

Vous êtes ceux qui gardent au monde.

(On continue bien sûr ! On se retrouve cette semaine…)
http://urgences32.canalblog.com/

4 réflexions sur « Ceux qui gardent au monde. »

  1. céline

    je suis médecin urgentiste alors cet article…évidemment…
    évidemment il fait du bien,il nous redonne la foi dans notre” mission”
    quand j’en ai ras le bol,comme tous,à certains moments aux urgences,je me répète,en regardant mes patients:”c’est pour eux que je suis là”

    c’est mon interne de garde ce soir qui a eu la brillante idée de me faire découvrir “alors voilà”.

    alors voilà,il est presque 2h,garde terminée à minuit et je continue de te lire.

    bravo et merci,pour eux,pour nous

  2. Serge

    Merci pour cet ode aux personnels des Urgences.
    Les Urgences qui restent trop souvent de dernier recours de toutes nos misères, et qui ont de plus en plus de mal à y faire face.
    Je viens de découvrir ce site grâce à un article sur Egora.fr, à l’occasion de la sortie de votre livre.
    MERCI

  3. Marine

    En réponse à ton Nota :
    Depuis que j’ai 11/12 ans je fais des entorses à répétition à la cheville droite, vraiment à répétition, parfois deux fois par an. Au tout début je faisais tout bien comme il fallait : platre, athèle, kiné etc, et puis un jour, j’avais 16/17ans, j’étais un peu rebelle, le médecin urgentiste que j’avais l’habitude de voir en a eu marre et m’a dit : va falloir que tu fasses attention, je te préviens à la prochaine entorse ton ligament sera foutu et on devra t’opérer ! ”
    Il aurait mieux fait de tourner 7 fois sa langue dans sa bouche, parce qu’entre 17 et 25 ans, j’en ai refais à bloc des entorses, mais à cause de ce lui, je ne les ai pas faites soignées…

    On le sait que vous faites pour le mieux, et que des fois c’est dur, que vous en avez marre des bobos et des entorses, mais parfois on arrive le mauvais jour, au mauvais moment, et vos paroles ou actes ont des conséquences pas très sympas !

    Mais ça va, ce blog me réconcilie un peu 😉

    1. Cath

      Bah, à chaque fois qu’un docteur m’a dit qu’à la prochaine entorse, il faudrait opérer, j’ai jamais donné suite – et le type m’a pas revue non plus. Pardon Baptiste. Cela dit, chevillère dans le sac à main ( c’est plus léger qu’une centrale de repassage) 😉

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