Le bâtisseur de cathédrale.

Alors voilà, il a travaillé dans le BTP et il a ses deux ménisques pétés à force de poser des bordures de 120 kg.Il m’écrit « j’ai un corps déglingué ».

Il raconte sa sciatique, aussi, et sa capsulite rétractile de l’épaule. 

Sa capsulite ? Le médecin de la sécu estime qu’elle n’est absolument pas liée à toutes ces heures passées à enfoncer 4 000 fiches de 35 cm dans de l’enrobé à coups de masse (3 kg, la masse…).

Il me dit que la seule chose qu’il a réussi à sauver, la seule partie de son corps à ne pas avoir été donnée à la pierre, ce sont ses mains. Il me dit « mes mains ne parlent pas, contrairement aux mains de mes collègues : les coups de marteau, les traces de goudrons… elles crient, leurs mains ».

Il écrit cette phrase exacte : « Ils ont les sacs de ciment qui leur transpirent par la peau ».

Il m’écrit « Moi, ma fierté c’est de pouvoir dire à mes enfants : Tu vois où tu marches sur cette place, j’ai posé le dallage.Tu vois ce bassin d’orage sur l’autoroute, c’est moi qui… »

Parfois, le soir, il leur dit :

« Tu vois la place de la cathédrale de Dax ? J’y ai cassé mon dos deux ans. »

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Il a 43 ans. 

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61 réflexions au sujet de « Le bâtisseur de cathédrale. »

  1. gigi

    idem ,pour mon époux toute une vie de maçon ,il est complétement cassé: les oreilles mortes (marteaux – piqueur ) le dos cassé (‘sacs de ciments) le coeur en berne (decharge electrique dans une usine soi-disant plus sous tension ,mais qui l’était tout de même ,merci EDF )les reins en attente de greffes là je ne sais pas pourquoi ,mais vu l’état du reste de la carcasse je me dis que cela à sans doute un rapport ,bref le travail la tué à petit feu ,merci pour ces travailleurs qui devront se battre pour que la pénibilité de leur travail soit reconnu,la sécu peut leur dire merci ,ils ne font pas de grandes retraite

  2. houdan

    je me souviens des mains de mon pére, maçon lui aussi, je lui achetais de la pommade pour guérir les crevasses faites par le ciment….par tous les temps il travaillait dehors et le soir s’endormait d’épuisement sur son assiette…..il a d’abord été licencié à 50 ans puis son coeur usé l’a laché et il n’aura pas profité d’une retraite pourtant bien gagnée : et les politiques qui chipotent pour reconnaitre la pénibilité de ce travail, c’est une honte…..

    1. Nicole48

      Bonjour à tous et merci pour ce blog, M. Beaulieu, sur lequel on peut librement parler des ses douleurs dues essentiellement à la pénibilité du travail contre laquelle on ne fait rien ou très peu de choses!!!! Depuis bientôt deux ans je souffre atrocement du dos, ce qui me vaut des arrêts de travail répétés, heureusement reconnue en maladie professionnelle mais uniquement sur 5 mois, alors que les douleurs ont commencé il y a plus d’ un an et demi. Monter 4 étages avec des sacoches de courrier d’une quinzaine de kg pendant des années , soulever des colis pouvant aller jusqu’à 30 kg de 5 H30 du matin à 17 H le soir, et ce depuis l’âge de 20 ans (j’ aurai bientôt 59 ans et je suis une femme et je travaille à La Poste), il est donc indéniable que le travail a entièrement contribué à cette souffrance qui va m’empêcher de vivre une retraite paisible et je ne parle pas du salaire de misère que touchent les agents de La Poste!!!! C’est honteux de vivre cela à notre époque!!!!!!

  3. pierre1911

    Je suis allé passer un IRM pour un genou qui me faisait souffrir.
    « On » me demande de patienter de nouveau dans la salle d’attente, un médecin va me commenter l’image.
    Le haut parleur clame mon nom et je suis le marquage au mur. Un médecin en blouse blanche est devant ses écrans, il se tourne vers moi et me dit
    « Ah non vous êtes trompé, j’ai appelé monsieur P… »
    « Je suis monsieur P… »
    Ses yeux cherchent à savoir si je lui mens
    « Vous avez des articulations d’un homme de 70 ans qui a travaillé toute sa vie durement »
    « J’ai 40 ans… »

    Toute ma vie j’ai couru et pédalé pour mon plaisir bien plus que pour la compétition. Cependant jamais un entraineur, un coach m’a dit une seule fois, « attention ton corps s’use ».
    J’ai baigné dans l’idée que le sport était un moyen d’avoir la santé, et que par tautologisme beaucoup de sport donnait une très bonne santé.
    Il n’y aucune prévention à ce sujet là. Et ce, dès le plus jeune âge. Combien de fois j’ai entendu des entraineurs pousser les enfants à leur max, essayer de faire miroiter aux parents que leur progéniture est un potentiel champion(e). Que la souffrance est une composante normale, le dépassement une obligation… Le culte de la performance, coûte que coûte, vaille que vaille.

    Les maladies professionnelles peinent à être reconnues, certains des mes amis y ont laissé leur vie, à coup d’amiante, de radiation ou de pesticides. Un ami paysagiste m’a dit avoir perçu une prime pour s’acheter un charriot élévateur afin de ménager son dos. A la bonne heure.

    Ne devrions nous pas faire de la prévention aussi dans les écoles, dans les clubs qui poussent des enfants au delà des limites que le corps peut encaisser, sans usure prématurée?

    1. estelle92

      Oui, le rhumatologue consulté il y a 6 ans me disait exactement la même chose sur les sportifs, et pas seulement les sportifs de haut niveau…

    2. Marielle

      Oui.. Il faudrait… Il faudrait même aller beaucoup, beaucoup plus loin encore : voir si les « animateurs » et autres « formateurs » eux-mêmes sont parfaitement au courant et surtout, convaincus !!
      Un exemple : 22 ans d’Armée, 55 Kg pour 1m58, j’en ai mangé du sport et des activités physiques en tous genres ! Et des compétitions militaires de niveau national de cross country car rapide comme l’éclair. J’ai adoré ça… Mais pas mon corps ! Aujourd’hui j’ai la colonne vertébrale en miettes, j’ai mal avant l’arrivée de la pluie et je ne peux plus dormir trop longtemps dans la même position. Et tout ça parce que rares ont été les fois où j’ai couru… après un échauffement ! J’en ai bien entendu parler des fois, mais… pas assez (ou assez bien) pour être convaincue de son utilité…
      Bien entendu, il est hors de question d’incriminer qui que ce soit (à part moi-même peut-être), mais oui : avec une prévention digne du nom, j’aurai sans doute éviter quelques maux… Trop tard !
      Aujourd’hui, ce que je peux faire : expliquer aux jeunes qui veulent bien entendre le mal que tout cela peut faire…

    3. greffe de cheveux

      M. Pierre bonsoir,
      Je suis tout à fait d’accord avec vous et surtout je confirme. Sportif pro, informaticien, dentiste, etc ont un côté négatif. Il est important qu’on soit informé des conséquences des excès.

    4. sarah

      Réponse surprenante d’un jeune en centre de sport à visée internationale à qui je demande : « est-ce qu’on vous apprend à prendre soin de votre corps? »
      « Ils ont voulu mettre en place un atelier de yoga pour la première fois cette année dans le programme mais ils n’ont pas réussi faute-de-je-ne-sais-pas-trop-quoi. Peut-être pour l’année prochaine. »
      Dans n’importe quel métier manuel, on prend soin de son outil de travail, on le bichonne pour rentabiliser l’investissement. Mais allez savoir pourquoi, le corps humain, c’est le seul outil qui fait exception, ben oui il est auto-régénérant, ouf heureusement.
      Je ne connais pas la réalité des centres de haut niveau autre que ce témoignage mais la réponse de ce jeune m’a fait monter les sourcils. A 20 ans, on s’extasie rarement d’aller faire du yoga. Alors, c’est bien aux coachs, non, de les initier aux mystères d’une longue carrière sportive ? Mais non, visiblement ce n’est pas une priorité, les bienfaits de la respiration, tout ça, c’est secondaire, un truc d’asiatiques, le souffle de la vie, une nécessité liée au climat tropical sans doute.
      Ouais ben « Santé les jeunes ! », je trinquerai à vos amours plus tard faute-de-je-ne-sais-pas-trop-quoi.

  4. Cathy

    Baptiste,
    nos corps portent les stigmates de notre vie.
    Le bâtisseur a la peau tannée et le dos cassé par le poids des parpaings.
    La caissière a les épaules voûtées et l’égo blessé par le mépris des clients.
    La mère a la chair marqué de vergetures et le coeur qui déborde
    Et toi, le médecin, tu as toutes nos peines à porter, nos corps à soigner…
    Mais qui te soigne ?

    1. Annick

      C’est trop beau cette réponse !!!

      Ce blog est fantastique. Merci à Baptiste et à tous ceux qui y témoignent.

      C’est émouvant, sincère et vrai.

  5. Philippe Renève

    Merci, Baptiste.
    Ce sont des choses dont on parle bien rarement ; on entend davantage parler des « assistés », des « profiteurs » de notre système de santé, comme si c’était toujours une faveur accordée à des fainéants. Ce sont les travaux les plus mal payés qui abîment le plus, il ne faut jamais l’oublier.

  6. guerber-cahuzac brigitte

    Du temps de Mao, on mettait des bottes aux intellos et on les envoyait sur le terrain pour mettre leurs corps et non leurs têtes au boulot! de temps en temps on devraient faire la même chose avec nos  » ronds de cuir »
    je connais quelqu’un qui l’a fait pour secouer les neurones de ses petits camarades; et que croyez vous qu’il arriva? ils ont vraiment réfléchi à la conditions des travailleurs agricoles et l’état d’esprit au boulot a un peu changé!!

    1. Jeanne

      ton patient est en plus un poète! même les commentaires sont remarquables!
      ces moments de partage me font du bien, soulagent presque mon dos usé..

  7. Didou

    Et pendant qu’il touchait le smic pour sacrifier son dos sur la place public, certaines personnes au gouvernement étaient payés 5000€ à lire des magazines et faire des moumoures à leur mari…

  8. Sylve

    Oui un grand merci pour ce témoignage et que dire de tous ces salariés cassés par leur travail ? Qui prend en compte la pénibilité ? Tous les risques liés au travail ? Et quid du burn out… et quid de la prévention… Ce sont pourtant des questions humaines essentielles et des problèmes très préoccupants de santé publique… quant aux coûts humains et financiers n’en parlons pas…il faut que les mentalités changent à ce sujet… il y a tant à faire…

    1. Nicole48

      Très bon commentaire!!!! Il y a du travail pour changer tout ça!!!! Et pourtant c’est bien d’abord dans la prévention que l’on peut faire inverser la situation! Est-ce si difficile de comprendre cela pour des hommes politiques????

  9. Valérie

    Idem, j’ai 35 ans et une partie de mes articulations en a au moins 60… Coudes, épaules, cervicales… pourtant, je suis « juste » soignante en maison de retraite, ce n’est rien à côté du BTP…

  10. Grand33

    Bonjour Bibi,
    La pénibilité dans le travail voilà un thème intéressant que tu n’avais pas encore abordé, je crois. Et je suis d’accord avec les commentaires faisant allusion à ceux qui décident et qui n’ont guère de sollicitude pour ces métiers difficiles. Certes les techniques et les outils ont progressés mais certains travaux restent encore très durs malgré la fierté d’avoir contribué à réaliser de belles ouvrages.
    Ton patient a 43 ans et nos prochains dirigeants vont le faire travailler jusqu’à 65 ans ? et bien non il sera handicapé avant, ou mort !
    A quand une vraie prise de conscience ?
    La bise

  11. DESAGE

    Baptiste, j’écris ça ici parce que je sais que ça ne tombera pas dans l’oreille d’un sourd.
    Il y a plusieurs années que j’ai ça en tête, et à la lecture de ce billet, je me dis que l’occasion est trop belle de partager ma réflexion.
    Alors voilà, j’ai entendu une fois, à la radio ou je ne sais plus bien où, un CERTAIN discours qui parlait de « NOTRE France ».
    En réponse à ce discours je trouve que certaines questions méritent d’être posées:
    Qui l’a construite cette France « défendue » par ces gens-là ?
    Qui étaient ces ouvriers qui ont construits les autoroutes, les lignes de TGV, les grandes barres d’immeubles comme les villas, les chalets …, les stades de foot … qui étaient-ils, et que sont-ils devenus ?
    Dans quelles conditions ont-ils travaillé toute leur vie ? Etaient-il déclarés, avaient-ils une couverture sociale, santé, retraite … ?
    Et enfin qui s’est engraissé sur leur dos ??
    Je pense qu’effectivement, la France appartient beaucoup à tous ces ouvriers qui ont usé leur santé pour construire toutes ces infrastructures qui aujourd’hui bénéficient à tous, et je dirais qui bénéficient beaucoup plus à certains qu’à d’autres.
    Alors oui, ces propos sont complètement politiques.
    Mais j’ai lu dans ton billet précédent que ton métier (et évidemment ce blog aussi) EST politique. Donc pas d’hésitation.
    Voilà, je pense qu’il y a là un peu de matière à creuser … peut-être par quelques « vrais » journalistes investigateurs … Je pense que c’est un vrai sujet de société qui mériterait d’être pris en considération.
    Voilà, en tous cas continue Baptiste, fonce, la société entière a grand besoin de propos comme les tiens.

  12. Souki

    Cher Baptiste.
    A nouveau merci pour tes textes si intenses et poétiques.
    Je voudrais essayer de dire plusieurs choses.
    Le corps de ce monsieur a été détruit au travail. Pour un salaire de misère. Et c’est dégueulasse. Et je comprends que ça te ronge. Et bien sûr il faut se battre pour une répartition plus juste.
    Mais quand cet homme se regarde dans la glace, il n’a à rougir de rien. Et ça, ça n’a pas de prix.

    J’ai lu un article qui disait que sur la population mondiale, seulement 5% des gens sont en bonne santé, n’ont pas de cachets à prendre etc. 5%. Tu peux y voir l’aspect déprimant de la pollution environnementale, la victoire des labos qui nous fourguent leur camelote, et de la malbouffe et te ronger encore plus. Mais peut-être aussi que la maladie fait partie de la condition humaine…

    Enfin, j’ai un ami. Un ami merveilleux. Un photographe d’un talent et d’une générosité incroyables. Il commence à avoir la reconnaissance qu’il mérite. En 2011, il n’avait jamais pris une photo de sa vie. (C’est un parcours incroyable. Atteindre ce niveau en si peu de temps) En 2011 il a eu un très grave lymphome. Avant il faisait autre chose. Il me dit que de ce cancer-qui a été son plus grand malheur- est né son plus grand bonheur. Que toute sa vie a changé (ses amis, la musique qu’il écoute, il a eu un bébé…) Qu’il est plus heureux qu’il n’a jamais été.
    Je ne crois pas qu’il soit retourné à l’hôpital pour leur dire. (Il n’aimait pas les médecins avant. Il les aime encore moins maintenant, je crois)
    Je ne dis que c’est vrai pour tout le monde, et certainement pas pour le maçon de ton texte, mais les maladies peuvent aussi être des occasions. De s’élever. De régler des problèmes souterrains qu’on n’aurait pas pu régler autrement.
    (Non, la souffrance n’est pas bonne en soi, ni nécessairement un enseignement, ce n’est pas ce que je dis, hein)
    Mais je te sens en souffrance. Et en tant que colibri, il n’y a pas que des incendies à éteindre. Rappelle toi de butiner les fleurs…(est-ce que je parle de sexe? Mmm, peut-être aussi 😉

    Prenez soin de vous, les maçons, les soignants et tous les autres…

    Bisous

  13. Christine

    Moi aussi Baptiste je te sens en souffrance avec le billet du compas que je viens de lire, d’ailleurs j’ai mis un commentaire.
    FAIS UNE PAUSE, je veux dire, fais VRAIMENT une pause psychologique, éloigne toi de tout ce qui ne te concerne pas quelques jours, 3, 5 ou 7, ou ce que tu peux, ressens, mets en veille la case de ton cerveau empathie, compassion et tout et tout, et sans culpabiliser!!!!!!! 🙂 🙂 🙂
    Tu as le droit! et tu n’y es pour rien dans la connerie humaine.

  14. Marion

    Merci Baptiste ! Merci d’être la voix des « petits »… ceux qui construisent notre pays, ceux qui le font vivre, ceux dont on entend pas la voix… ou pire, ceux qu’on essaye de bâillonner, de cacher, ceux qu’on méprise parce qu’ils travaillent de leurs mains… en te lisant, j’ai eu une pensée pour mon père… presque 20 ans d’ouvrier dans une usine de sidérurgie… les 3×8… puis le chômage quand l’usine a fermé… et le travail dans la rénovation en bâtiments… ces mains, celles de mon père, si usées, et son dos, cassé, ses genoux, fragiles… pas aussi usé que ton patient mais usé quand même… et surtout tt faire, toujours, pour que ses filles s’en sortent, qu’elles fassent des études… cette enfance là, elle t’en donne des valeurs… Merci vraiment… et ton patient a de quoi être fier de lui !

  15. toune

    Des bisous à tout les ouvriers, de l’industrie, de l’agriculture, du bâtiments et tant d’autres.
    On aurait un pays bien nu sans eux.
    Des bisous aussi à ceux qui les soignent. Ils en ont bien besoin.

  16. AnneLEGRAND

    Chaque patient/patiente que je rencontre, âgé(e) car je suis gériatre, me raconte une histoire de vie semblable et je la porte ensuite dans mon coeur avec parfois de la rage que je ne puis exprimer car à quoi bon?
    Notre ministre de la s_ _ _ é n’a reçu aucun représentant des divers corps de métier qui prend soin des êtres humains qui souffrent… Quel mépris! 🙁
    Néanmoins, je continue tout comme toi à soigner et me préoccuper de mon prochain.

  17. wain"

    Court billet, et tout y est… Je lisais sur ton dernier post que ton métier était politique…quiconque lit ce billet ne peut en douter.
    Parce qu’il met en évidence, au delà des disparités voire des injustices autour du travail, l’inhumanité administrative descendante…. déshumanisante… et contre lequel on se sent méchamment impuissant.
    Je ne sais pas sur quoi débouchera cette colère qui te brûle et te consume en ce moment, garde en tête que tu es déjà un colibri trèèès efficace… préserves-toi, ne serait-ce que pour conserver cette énergie qui te permet de contribuer à améliorer les choses, à t’indigner, à ne pas rester passif.
    Bon courage, plein de pensées, et merci pour ces beaux billets.

  18. MAG

    A travers ce témoignage, je retrouve mon père, usé par un travail de force mais si fier d’être capable de le faire.
    Il était manutentionnaire dans la centrale d’une grande entreprise de supermarché. Son travail ? Décharger les caisses de vin des camions qui venaient alimenter la centrale et charger les mêmes caisses dans d’autres camions, pour alimenter chaque supermarché.
    Le soir, il secouait la tête en se massant les épaules et disait aujourd’hui j’ai soulevé une tonne, une tonne 2. Plus quand il faisait des heures supplémentaires. Capsulites, prothèses des genoux…
    Lorsqu’il a reçu la médaille du travail en argent pour 30 ans chez le même employeur, on aurait cru qu’il avait eu la légion d’honneur. Pour avoir la légion d’honneur il suffit de la demander et d’être connu. J’étais fière de mon père parcelle qu’elle était méritée, mais à quel prix.
    Il était cévenol, avait l’habitude de grimper 2 heures par jour pour cultiver le jardin familial, très éloigné par ce que la terre était bonne et qu’il y avait une source. Il faisait des concours de scieurs de long, a celui qui portait les plus lourds fûts de bois, pèses sur la balance municipale. Il avait été plusieurs fois vainqueur, avec 200 kg. Le port de celui de 250 kg lui faisait encore mal lorsqu’il en parlait 30 ans après. Ses 3 années de chasseur alpin ont été pour lui des vacances. Il disait avoir eu pas mal d’offres de travail en Savoie.
    La sélection naturelle a dû dans cette contrée être plus intense qu’ailleurs puisqu’elle a fait des centenaires à ne plus savoir qu’en faire. Je peux en témoigner. Les temps ont changé. Il a cessé d’entretenir son grand jardin fleuri à l’âge de 83 ans. Il est décédé à 86 ans.
    Il était unique.
    Il y a aussi de belles histoires, Baptiste. Nul ne peut porter la peine du monde sur ses épaules, sauf à y laisser la vie. Nous sommes sur le toit de la misère, mais au loin on voit des fleurs colorées. Je te le disais autrement hier. Fais ce que tu peux et regarde les fleurs.
    Parfois, tu me fais peur.
    Je peux t’envoyer plein de bisous de réconfort et de force ?

  19. Raphy

    Alors oui, je confirme, mon conjoint travail dans le BTP (en menuiserie, c’est un peu moins violent qu’en maçonnerie, mais quand même).
    Souvent il me fait remarquer une chose : les média et le ‘peuple’ pleurent toujours sur le nombre de soldats tués en mission pour la patrie. Mais curieusement, personne ne s’est jamais inquiété du nombre de travailleurs du BTP qui meurent sur un chantier, ou avant l’âge de la retraite.
    D’après les chiffres que je viens de consulter, la France a perdu environ 220 soldats entre 2000 et 2014. Dans le même temps, 150 ouvriers du BTP meurent en moyenne chaque année dans l’exercice de leurs fonctions et dans l’indifférence la plus totale.
    L’hypocrisie des politiques et des grands groupes du BTP à l’égards des ouvriers est d’ailleurs totalement surréaliste. La plupart des lois votées servent essentiellement à protéger juridiquement les différents responsables en cas de pépin ou à maintenir les marges financières des entreprises.
    Juste un exemple criant : un nombre non négligeable d’ouvriers sont formés au problème de l’amiante. L’état à rendu cela obligatoire de manière à se prémunir contre des actions de masses des ouvriers malades. De leur côté, les entreprises ont bien suivis les formations des manières à pouvoir attester devant un tribunal que leurs ouvriers ont travaillés en connaissance de cause sur leurs chantiers.
    Mais à la sortie, on interdit aux ouvriers de parler d’amiante (sauf cas exceptionnels).
    Il faut bien comprendre que les enjeux économiques derrière tout ça sont énormes.
    Mon conjoint travail souvent pour un bailleur social. La grande majorité des bâtiments contiennent de l’amiante, mais il n’a pas le droit de s’en protéger ! Pourquoi ? Voici la chaîne logique de raisonnement derrière tout ça :
    1- S’il demande à son entreprise les protections auxquelles il aurait droit, cela implique juridiquement que l’entreprise reconnait la présence d’amiante. Sans compté que la mise en place d’un « protocole amiante » alourdi considérablement la facture.
    2- Si l’entreprise reconnait officiellement la présence d’amiante et que des locataires prennent connaissance du danger, cela oblige le bailleur social à entreprendre des travaux de désamiantage.
    3- Si le bailleur social entreprend des travaux de désamiantage dans un immeuble, il sera rapidement obligé de faire de même dans tous ses autres bâtiments.
    4- Le coup global engendrer n’est pas supportable pour le bailleur social qui n’aura plus qu’à mettre la clé sous la porte. L’entreprise de mon conjoint perdra l’un de ses plus gros client. Au final, un maximum de personnes se retrouveront au chômage.
    On préfère donc continuer à faire respirer de la poussière d’amiante aux ouvriers en toute connaissance de cause. Les responsables politiques et les chefs d’entreprise s’en lavent les mains : ils restent juridiquement inattaquables.

    1. Cath

      Et l’inspection du travail dans tout cela ? On peut le signaler et lorsque ces contrôleurs et inspecteurs se rendent sur place, ils ne vendent pas la mèche et font leur boulot. Bien sûr, ils ne sont pas nombreux et comme justement ils font bien leur boulot, on essaie de les faire disparaître. Il y a aussi la gendarmerie à qui on on peut signaler ces faits, ou plus particulièrement l’OCLAESP, l’office central qui est compétent ( juridiquement et techniquement) pour enquêter sur ces pratiques délictuelles. Il ne faut pas hésiter et leur demander aide et conseil.

      1. Rodjeur

        Ah ! Merci Cath, de rappeler le rôle de l’inspection du travail dans la protection des ouvriers et la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles. J’y travaille depuis plusieurs années et, tous les jours, je vois des gens venir demander et obtenir de l’aide de la part de mes collègues contrôleurs et inspecteurs du travail. C’est vrai, le corps des contrôleurs est officiellement en voie d’extinction. Mais les inspecteurs et inspectrices du travail sont des gens motivés et passionnés par leur boulot et par la défense du code du travail, lequel code est la seule arme de défense des salariés face aux employeurs abusifs.
        L’amiante, notamment, est un gros sujet de préoccupation des mes collègues dont l’activité sur ce sujet a permis la création de la loi sur les emplois exposés à l’amiante et accorde le droit à un départ anticipé à la retraite.
        Mais il serait effectivement juste et mérité que la pénibilité du travail soit reconnue et permette à ceux qui la subissent de partir plus tôt ou d’être mieux payés.
        Merci, Baptiste, pour ton blog, tes textes et ton engagement en faveur de toujours plus d’humanité.
        Merci aussi aux commentateurs dont l’humanité, justement, donne le moral et l’espoir de connaître bientôt un monde plus juste et plus doux.

  20. Julie

    Ouhla ! Très en retard pour souhaiter la bonne année… mais dans les temps ! En espérant que les 11 mois à venir seront bien meilleurs que ce premier mois de l’année. Donc, je vous souhaite à tous une année 2017 pleine de beaux projets, une bonne santé, de l’amour (il en faut), de l’amitié (mais n’est-ce pas un peu pareille ?), de l’émerveillement, de la beauté. Et tellement d’autres belles choses.

    Avec mes collègues ont dit parfois en rigolant qu’on fera nos visites à domicile chez les personnes âgées avec nos déambulateurs. On en rit, on en rit… Il n’empêche…, je suis certaine d’une chose: je ne serais pas capable de faire mon métier actuel toute ma carrière. Trop de route, mon dos a déjà du mal à le supporter. Ce n’est rien comparé à cet homme, rien comparé à tous ceux qui font un travail physique. Et je pense à tous ceux qui souffrent au travail et dont les séquelles ne sont pas toujours visibles… Dur de changer de métier lorsqu’on ne peut pas faire autrement.
    C’est bien d’en parler. En espérant que dans les temps à venir, certaines injustices ne seront plus commises. A suivre…

  21. camichka

    Très beau texte, et très beaux commentaires… J’y pensais il n’y a pas longtemps, à ce corps qu’on martyrise comme s’il n’était qu’un outil, et pas notre précieux moyen d’être au monde. Et la pénibilité des métiers manuels, BTP en tête, est une évidence. Mais il est d’autres métiers dont la pénibilité, pour être moins visible, n’en est pas moins réelle : quand je rentre de ma journée de prof remplaçante auprès d’élèves qui ne m’ont pas écoutée, à devoir jouer les garde-chiourmes toute la journée alors que je voudrais seulement les aider, je me demande combien de temps je vais tenir. Plus de 30% des jeunes profs arrêtent au cours des 7 premières années (alors que c’est souvent un métier de cœur, qui nécessite des études longues et la réussite d’un concours difficile). Je n’ai pas les chiffres pour les départ plus tardifs en dépression, mais je n’ai qu’à regarder autour de moi en salle des profs pour voir les crises de nerfs, les crises de larmes, ou ceux qui sont tellement aigris que plus rien ne les touche. Il faut savoir qu’en 7 ans, je n’ai vu la médecine du travail qu’une fois, pendant mon stage. aucune autre visite n’est prévue pour le reste de ma carrière. J’ai écrit au rectorat pour expliquer que suite à un pépin de santé, et vu les conditions d’exercice particulièrement difficiles de mon remplacement actuel, je n’étais pas sûre d’être capable de tenir le choc sans aménagement. J’ai reçu une fin de non recevoir – sans même une formule de politesse à la fin. Alors voilà, ouvrier ou prof, même combat tant que ceux qui décident ne sont pas ceux qui vivent dans leur chair la douleur du travail.

  22. DESAGE

    Sur France 2 ce soir à 20h55:
    TV : « L’Epopée des gueules noires », une histoire qui appartient à la mémoire collective
    En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/televisions-radio/article/2017/01/31/tv-l-epopee-des-gueules-noires-une-histoire-qui-appartient-a-la-memoire-collective_5072370_1655027.html#YQk426YI7dIVGZDX.99

    Extraits de l’article de Monde.fr qui annonce ce documentaire:
    « ces ouvriers sans lesquels la France n’aurait pas pu devenir une grande puissance industrielle »
    « Les deux réalisateurs racontent aussi comment, pendant un siècle, les différents gouvernements ont profité de l’immigration en faisant venir des hommes sur le sol français dans des conditions indignes. Ce furent d’abord les ­Polonais, que l’on déplaçait avec interdiction de faire grève ou d’être malade sous peine d’être rapatriés immédiatement au pays. Puis, ce fut au tour des Italiens de subir le même sort.

    Dans les années 1980, comme aux temps des colonies, les patrons des Charbonnages de France envoyaient des émissaires au Maroc et en ­Tunisie, où ils recrutaient des hommes comme on achète du bétail. Photographiés et numérotés, les plus valeureux étaient envoyés dans les derniers puits et parqués dans des baraquements sans confort avec interdiction d’être malade ou syndiqué. »

    Ce docu me touche personnellement car mon grand-père était mineur à côté de St Etienne (dans le Forez). Ses parents étaient venus de Pologne dans les années 1920.

    Je le redis: l’exploitation du prolétariat, et spécialement du prolétariat issu des vagues d’immigration (Pologne, Italie, Portugal, Algérie, Afrique …) est un très gros sujet d’injustice sociale et économique. Il serait plus que temps que l’on s’y penche dessus et que l’on tente de réparer au moins une partie des torts qui ont été causés à tous ces forçats. Ça ferait beaucoup de bien à tout le monde de reconnaitre et de clamer haut et fort que la prospérité de la France et des Français a été bâtie en grande partie sur l’exploitation (ou au minimum sur le travail de force) de tous ces gens qui n’ont jamais fait de vagues dont on parle beaucoup trop rarement.

  23. Pat

    Hello, je viens de te voir au journal de la 2 , belle prestation ! Notre Docteur Bibi est maintenant une vraie star . Bonne chance pour ton nouveau roman .

  24. laumonier Marie

    Voilà, cet homme est fier de son métier et, surement, il sera meurtri si on lui dit qu’il faut qu’il arrête., Pourtant, c’est probablement ce qui se passe. Courage à lui, et bravo à vous de vous tenir à l’écoute avec empathie mais discrétion .

  25. marianyk

    marianyk

    bonjour c est en vous voyant sur france 2 que je me suis rapeler que l on m’avait déja parler de vous sans que je n y prète attention
    mais la depuis 30 minute je lis votre blog ainsi que tous les commentaires et je me rends compte
    que je ne suis pas la seule a souffrir dans ce monde je suis diabétique de type 2 ..que je dénie encore car après avoir eu un cancer de la thyroïde en 1997 je pensais avoir eu mon lot de malheur quand la violence conjugale s est installer ..mais bon après des années de galères.. alors que depuis juillet j avais tout pour être heureuse .. la réussite de mes fils dans leur vie professionnelle .. mon petit dernier de 14 ans heureux de retrouver une vie de famille et mon installation avec mon nouveau chéri .. et bien j ai flanché grosse dépréssion je ne me reconnais plus .. et maintenant j ai le sentiment que l on ne voit plus en moi la marianyk forte combattante et sur d elle mais une malade .. en bref .. vous lire mr bibi et vous autres lecteurs et lectrice de ce blog me permet de relativiser .. merci a tous pour le bien que vous me faite en vous lisant ..
    merci .. bonne journée .. a tres vite

  26. marianyk

    ps.. mon père et grand père et oncle ont travailler a se fracasser le dos.. et a respirer de l amiante

    mon père est décédé en 2008 a 58 ans dans mes bras d un cancer des os ..
    jamais je n oublierai jamais ce dernier regard pleins d amour d un père pour sa fille ..oui il y eu le premier regard a ma naissance que je n ai pas connu …. et celui de la fin de sa vie. pour moi …une vie de labeur et de douleur pour subvenir au besoin de sa famille … une grosse pensée pour tous ceux et toutes celles qui souffre de leur travail … bise bien a vous …

  27. christiane

    bonsoir , je suis généraliste en banlieue, et ça me console de voir que mes indignations , quotidiennes hélas, sont partagées !! j’aime vraiment ton blog, voilà .

  28. Martine 22

    Merci à ceux qui bossent toute l’année sous tous les temps pendant que d’autres perçoivent les primes des marges dégagées par les chantiers bien au chaud dans leur bureau et nos élus qui en profitent aussi bien entendu, un repas par ci par là et tout ce qu’on ne voit pas. Nous n’avons pas les mêmes valeurs. Les riches veulent être toujours plus riches .
    Mais les bâtisseurs ont leur fierté et les vrais valeur du savoir vivre et profiter de cette courte vie.
    Travailler ou être élu pour s’enrichir et se montrer ou travailler pour profiter des joies de la vie tout simplement et savourer les bons moments sous tous les temps et ce malgré les tempêtes.

  29. Martine 22

    Merci à ceux qui bossent toute l’année sous tous les temps pendant que d’autres perçoivent les primes des marges dégagées par les chantiers bien au chaud dans leur bureau et nos élus qui en profitent aussi bien entendu, un repas par ci par là et tout ce qu’on ne voit pas. Nous n’avons pas les mêmes valeurs. Les riches veulent être toujours plus riches .
    Mais les bâtisseurs ont leur fierté et connaissent les vrais valeurs du savoir vivre.
    Travailler ou être élu pour s’enrichir et se montrer ou travailler pour profiter des joies de la vie tout simplement et savourer les bons moments sous tous les temps et ce malgré les tempêtes.

  30. Martine 22

    Merci à ceux qui bossent toute l’année sous tous les temps pendant que d’autres perçoivent les primes des marges dégagées par les chantiers bien au chaud dans leur bureau et nos élus qui en profitent aussi bien entendu, un repas par ci par là et tout ce qu’on ne voit pas. Nous n’avons pas les mêmes valeurs. Les riches veulent être toujours plus riches .
    Mais les bâtisseurs ont leur fierté et connaissent les vrais valeurs du savoir vivre.
    Travailler ou être élu pour s’enrichir et se montrer ou travailler pour profiter des joies de la vie tout simplement et savourer les bons moments sous tous les temps et ce malgré les tempêtes.

    1. Martine 22

      Dernièrement , pied écrasé par un outil mais interdiction d’aller chez le médecin! !!
      Bravo employeur.
      Sincères remerciements et salutations! !!
      Les arrêts de travail lui cassent trop les pieds!!!!

  31. lectrice boulimique

    Etymologie du mot « travail » : du latin tripalium, trépied. Pas le tabouret mais une façon d’attacher à 3 pieux un prisonnier, par les bras et par une jambe. Le captif ne peut plus fuir ni se battre contre la torture qu’on peut alors lui infliger tranquillement: « pénibilité »… La « médecine du travail » soigne vaille que vaille les blessés de la guerre économique qui tous les jours tue, estropie, exile, viole, affame, épuise, muselle, harcèle, déprime… Qui, il y a peu (pas hier, mais pas non plus au temps des cathédrales) a osé chanter « le travail c’est la santé » ?

    « Le travail , c’est la santé, ne rien faire, la conserver » . A voir. Etymologie du mot « chômer »: du latin caumare, se reposer pendant la chaleur, latin venu lui-même du grec kauma, chaleur brûlante. Aujoourd’hui, après moult glissements de sens, le chômage est devenu un emploi en soi, celui de chercheur d’emploi. Vous devez chercher, comme un chien, le susucre, mais à la différence du chien le susucre du chômeur, le devenu sacrosaint contrat de travail, n’existe plus qu’une fois sur 35 en moyenne (score en Wallonie). Vous relâchez la cadence de votre vaine recherche ? contrôle, sanction, exclusion au besoin. Ne vous avisez pas de choper un burn-out ou une dépression nerveuse, c’est la maladie la plus mal vue qui soit par la Sécu. Un chômeur en burn-out? allons donc il n’a rien à foutre ! Une dépression nerveuse? Maladie de femme riche !

    Baptiste, que tu bosses ou que tu bulles, ménage-toi. Pour toi, d’abord. Pour tes patients aussi. Travailleurs ou chômeurs, tes malades ont grand besoin d’un médecin humain. Et d’un bon écrivain…

    P.-S.: j’ai écrit un bouquin sur le sujet du chômage, en particulier sur mon expérience de chômeuse mise au travail dans le call-center d’un syndicat belge informant les chômeurs de leurs droits et devoirs. 380 pages plus les notes, relu par 3 journalistes + une asbl spécialisée dans la révision de manuscrits ; ça ne parle pas que d’étymologie…. Il cherche éditeur. A bon entendeur, si vous avez des tuyaux faites-le savoir en réponse à ce commentaire…

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