La solitude des gens dans le métro.

(Photo prise par moi-même, vous pouvez retrouver mes essais de photographies en amateur ICI)

Alors voilà, avant de faire médecine, j’avais les mêmes tabous que beaucoup par rapport au corps, ses sécrétions (crachats, vomissements, selles, urines, etc) et aussi le tabou de certaines maladies, comme si, le corps et l’expérience du corps, donc de la maladie, n’étaient pas les choses les plus partagées au monde,

Il n’y a pas moi, malade de ceci et cela d’un côté, et les autres, sains de corps et d’esprit. Ça n’existe pas, ça. Jamais.

Non. La normalité, c’est JUSTEMENT d’être emmerdé par des maladies, petites ou grosses, et par des troubles psychologiques qui nous font plus ou moins souffrir.

Je veux dire : tout le monde a mal quelque part, a un problème de peau, de ventre, ou ailleurs, a peur de ceci ou cela.

Quand vous prenez le métro, derrière cette apparence de normalité que nous affichons tous, il y a ce qu’on ne dit pas, ce qu’on tait et garde pour nous.

Telle fille à votre droite a de l’eczéma. Tel garçon ne s’en sort plus avec ses pellicules. Telle vieille dame a des troubles cognitifs, tel jeune homme a des difficultés à maintenir une érection, telle jeune fille se fait vomir parce que la société lui a toujours renvoyé une image négative de son corps.

Regardons-nous dans le miroir. Aimons la personne qui s’y trouve. Soyons indulgent avec elle et ses petits soucis. Pardonnons-lui ses erreurs, ses petits ratés. Et rappelons-lui que quand son corps ou son mental lui fait défaut, elle n’est pas une exception contre la multitude des gens qui iraient bien, non, non, elle est comme la multitude qui se cache derrière une apparence de normalité.

Ce qui est normal dans la vie, ce sont les hématomes.

Pas l’absence d’hématomes.

Alors cessons de mentir et cassons un peu tout ça.

Tenez, par exemple, moi, depuis mon installation en tant que jeune médecin généraliste, j’ai…

[la suite à lire ici, sur le site de France Inter]

28 réflexions sur « La solitude des gens dans le métro. »

  1. Emma Delaunay

    Merci pour cet article plein de vie et de sens. Et qui permet d’éloigner la honte qu’on peut ressentir quand on a des maladies visibles ou des séquelles d’opérations un peu trop visibles aussi.

  2. Florence

    Bonjour et merci pour ce nouveau post. Merci d’écrire ce que tous ceux qui discutent vraiment avec les gens savent : la vie n’est pas un long fleuve tranquille. Ce n’est pas l’apparence mais la personne dans tout son être qui compte. J’ai bien aimé : je mange mes émotions. Partageons avec nous mêmes et les autres nos émotions, cela aide la personne qui en parle et celle qui écoute. Bonne journée.

  3. Christine

    Photo solitude: « femme en vitrine » à Strasbourg St Denis. Personne n ira la voir d autant plus qu il y a une mise en garde : « ne pas descendre sur la voie. Danger de mort »! Danger de mort!
    C est la vie. On crève tous de solitude à un moment ou à un autre, souvent, toujours, mais comment rejoindre l autre? On est jamais seul! je veux bien on m a déjà dit cela. Dieu est toujours là. Tu n es jamais seul. Oui mais je suis sur terre. Dieu ok. Mais de la famille, des amis en plus de Dieu ça fait du bien quand on es pas moine/moniale. Allez dire « vous n êtes jamais seuls » dans les hôpitaux gériatriques. 30% ont au moins 1 visite par an. Les autres 70% ?…
    et pendant ce temps là il y en a qui ont 140 millions de followers (inconnus) sur les réseaux sociaux, d autres 40 « amis » pas toujours connus sur Facebook. Elle est où la solitude quand on éteint son smartphone? La solitude n existerait pas? mais je m égare.

  4. Véro

    Bonjour Baptiste et vous qui lisez… J’ai dû drôlement en manger des émotions vu les kilos que j’ai pris. Le pire est que je suis “née” éponge, j’absorbe, j’absorbe et je ne rends pas. Je ne rends pas pour ne pas transmettre mes peurs, mes craintes, mes angoisses aux autres. Je garde et je compense en mangeant, un peu ou beaucoup, en buvant un peu ou beaucoup. A part cela, je suis tout à fait normale au yeux des autres. Je souris facilement, je ne parle pas de ma thyroïde, de mon arthrose, de ces petites douleurs de chaque jours qui parfois ne sont plus petites. Et j’écoute, c’est mon grand défaut l’écoute. Une de mes responsables m’avait traitée avec mépris d’hypersensible!
    Depuis quelques mois, j’évite de m’attacher, pour ne plus entendre la plainte, je m’éloigne, je casse le miroir de la gentille dame absorbante.
    Vous avez raison Baptiste, derrière la dite normalité, il y a parfois un peu, beaucoup, de souffrance, de malheur. Mais laissez moi croire si vous me voyez un jour que je suis NORMALE, qu’absolument rien en moi ne change des autres! Lol

    1. Christine

      @vero: il vous a traité avec mépris d hypersensible? Ça m est arrivée aussi. Des années… Jusqu’au jour où à force de recherches, conférences, etc j ai su que j étais … hypersensible, HP, etc. Et maintenant j en suis très fière. C est un don. Un peu embarrassant parfois, souvent, car évidemment tout le monde ne l est pas.
      Aujourd’hui d hui commence un Congrès douance sur internet. C est gratuit. Manger ses émotions. Moi aussi je connais(sais). Belle expression très réelle pour ceux qui sont concernés.

  5. Dureuil Anne laure

    Je mange Mes émotions me fait penser à une phrase de l’actrice dans moi grosse je me retrouve ici je mangeais mes émotions avant aujourd’hui j’apprend à vivre avec. J’ai perdu 60 kg et me reapproprie ce corps qui m’a fait tant souffrir. Cœur sur vous.

  6. Philippe

    Dans un train Paris Bordeaux, presque à Bordeaux… Un train arrêté depuis près d’une heure.
    Une maman et son enfant de trois ans. En face, une dame un peu âgée.
    Une heure pour une enfant c’est long. Et pour passer le temps, on s’agite quand on est enfant.
    En face la dame s’agite aussi à cause des mouvements de l’enfant, elle ferme son visage, souffle…
    Au final, son attitude ennuie tout le monde : La maman qui ne peut pas calmer l’enfant, l’enfant, les autres passagers, et moi un tout petit peu plus loin qui observe…
    Encore une quart d’heure. Mouvements d’enfant, crispations de visage, soupirs… Tension tranquille dans un train arrêté.
    N’y tenant plus je me lève au-devant de ce visage ancien et agacé. Je passe benoîtement et je dis :
    « Qu’est-ce qui vous embête le plus Madame, que le train soit arrêté, ou l’enfant qui s’agite ? »
    Elle me regarde comme une bouée dans l’océan.
    « J’ai fait des examens à Paris et j’attends des résultats. Je voudrais rentrer chez moi. Depuis que la ligne et en travaux, il y a toujours des retards, en plus ils ne disent rien au micro. »
    Tout est dit. La maman reprend « C’est vrai qu’il y a souvent des perturbations. »
    J’annonce alors, « Je me levais justement pour aller voir, je vous tiens au courant. »
    Je m’éloigne et derrière moi la discussion continue, telle une petite rivière libérée.
    A mon retour, il y a même des sourires et d’autres passagers se sont mêlés aux échanges.
    « J’ai croisé le contrôleur, il n’y en a plus pour très longtemps. » En fait une demie heure encore, mais plus sereine cette fois…
    Je pensais avoir agi dans l’ombre, sans témoin, une petite manipulation tranquille sur le destin.
    Mais lorsque le train est finalement arrivé à destination, passant devant moi, un passager m’a glissé
    «C’est bien ce que vous avez fait tout à l’heure…»
    N’oubliez pas qu’autour de vous, il n’y a que des gens comme vous qui ne demandent qu’à échanger.

  7. Christine

    @Philippe: « ce visage ancien et agacé »
    Quelle horrible expression
    Qu attendiez vous de cette personne âgée?
    C est sa réponse à elle qui a remis tout à sa place
    Pas vous
    Si cette personne âgée vous avais répondu « je suis fatiguée du bruit cet enfant « 
    Qu auriez vous pensé de cette personne âgée et qu auriez vous fait ?
    Une personne âgée n a pas le droit d être fatiguée du brute d un enfant
    Quel âge avez vous ?
    Selon moi vous vous auto congratulé
    Et je reste polie

    1. Philippe

      Bonjour Christine
      Je n’ai pas dit cela méchamment.
      Aucune intention malveillante de ma part dans cette histoire. J’étais bien dans l’empathie pour cette personne. Elle avait bien un visage ancien et agacé au sens qu’elle semblait réellement passer un mauvais moment. Une fois le dialogue établit, son visage s’est adouci.
      Je ne m’autocongratule pas non plus, je partage une expérience. Les gens attendent trop souvent de ne plus en pouvoir et exploser, au lieu de partager simplement un mal être qui peut être résolu en amont par le dialogue.

      1. Anne Courbière

        @ Philippe: Merci pour votre témoignage bienveillant… et oui, c’est grâce à la parole que quelque chose ‘d’humain’ se passe, c’est grâce à une question posée que l’on se sent considéré, écouté, respecté…
        Et merci pour votre réponse à Christine, tout en douceur…
        C’est bon de lire des commentaires qui viennent du coeur.

        1. tisseur evelyne

          la réponse que j’aurai pu faire à Philippe pour son témoignage !!
          vous ne vous êtes pas auto congratulé Philippe, vous étiez dans l’emphatie et c’est super !
          merci à Anne pour cette belle réponse

    2. Autre Christine

      Christine, je suppose que vous ne pensez pas vraiment ce que vous dites. Si Philippe n’avait pas posé la question, la vieille dame n’aurait pas exprimé ce qui la perturbait. Ce récit est léger mais bien intéressant, et nous devrions parfois avoir le courage de désamorcer ainsi des situations tendues. Ce n’est pas facile, mais Philippe l’a fait.

      1. Elodiacarmen.rocher

        Je viens de lire cet article, admirablement écrit.
        La solitude n’est pas que dans le métro.
        Je vis à la campagne, dans le Vexin Français.
        Auparavant, je travaillais à Paris, près de la Gare St Lazare.
        Une heure de train, c’est à la fois cours et long.
        De 1981 à 2011, je voyageais en très bonne compagnie.Nous fêtions les naissances, anniversaires et départ en retraite.
        Dans ces trains gris, nous nous retrouvions avez joie.Certains dormaient, d’autres jouaient aux cartes, pendant que d’autres lisaient.Que de moments partagés.
        Les trains à deux étages ont remplacé les trains gris.
        La récréation était terminée. Que de difficultés pour nous retrouver, nous n’avions plus de point de repère.
        Les groupes se sont éclatés.
        Puis, la retraite tant attendue est arrivée.
        Comme je regrette le temps de ces trains gris.
        Tant de souvenirs me reviennent à l’esprit.
        Aujourd’hui, je partage ma solitude avec le chant des oiseaux , les blés de juillet et les champs de Février enneigés.
        Pourtant, je me dis “tu n’es pas seule puisque tu es avec toi-,même quelque soit l’endroit.
        Dans le métro, tout comme dans le train, bien qu’entourés, la solitude peut nous accompagner.
        Un petit mot pourrait tout changer.

  8. herve cruchant

    Je suis patient chez un médecin qui pratique une médecine systémique. C’est-à-dire qu’elle -LA toubib- soigne, bien entendu, mais, en accord muet et tacite avec ses patients, ne les guérit pas. Elle fait supporter à chacun ce qu’il est. Tordu d’ici ou de là, mal foutu et bancal, surtout -surtout- bizarrement unique et imparfait. Et c’est une vraie réussite, puisqu’en plus, elle sait éviter à chacun le recours à la mélancolie du destin soit-disant incontournable, du c’est-ainsi-et-faut-faire avec.

    Pour reprendre l’exemple du miroir, elle sait donner à chacun un miroir personnel et relativiser la grande glace sans tain que voudrait nous imposer on ne sait quelle société utopiquement correcte.

    Que Mieux vous inspire et garde les Sages avec nous.

  9. Amandine

    Bonjour Baptiste,
    Je te suis depuis le debut du blog, j ai achete ton premier roman et je t apprecie beaucoup.
    J aimerais qu un jour tu parles de l alcool.
    Puisqu on parle d apparente normalite, j aimerais qu on parle de ces gens, de ces femmes, comme moi, qui ont l air normales voir super en place, alors qu elles ne peuvent passer la soiree sans boire des litres d alcool. Et comment ca fout la vie en l air.
    Merci pour tout.
    Bienveillance sur nous tous 🙂

    1. Cath

      Il faut rechercher dans les archives du blog : je crois me souvenir que cela a été abordé.
      Je vous dirais bien de ne pas toucher à la bouteille ou à la canette, mais le manque doit être terrible à supporter. Et la souffrance…
      Il faut se faire aider, enfin pouvoir et accepter de se faire aider. Pas uniquement les médicaments, mais aussi la parole.
      Courage !

      1. herve cruchant

        oui, Cath. Sauf que ce fléau toléré mérite bien qu’on en parle souvent; voire tout le temps, s’il le faut. Quelle famille n’est pas affectée, voir détruite, par l’alcool?

        1. Amandine

          Oui je crois qu il faut en parler, beaucoup, j ai l impression que c est in immense tabou en particulier pour les femmes, quand on pense a l alcoolisme on imagine un sans abris ou des gens de milieux tres favorises, je suppose que bcp de gens qu on ne soupconne pas (comme moi) sont touches….

  10. dsl

    Comme musique d’accompagnement, je propose Hygiaphone de Téléphone !
    Manger ses émotions ? Cela veut dire grignoter ? Manger pour se remplir ?

  11. Giroflée

    Merci Baptiste de rappeler qu’on est tous dans le même bateau…Tous…Sans exception ! Un constat qui permet d’avoir de la compassion pour soi et pour tous nos semblables…

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