Un peu d’amour (c’est pas du luxe en cette fin d’année)

(Photo de votre serviteur, d’autres à découvrir ICI)

Hier je réfléchissais à ce que je pouvais bien raconter en ce dernier lundi de novembre, et je me suis souvenu que l’excuse « j’avais écris une superbe chronique mais quelqu’un me l’a volée en boîte de nuit » avait déjà été prise.

Puis j’ai revu par hasard une patiente dans la rue, madame Sugar, avec qui je m’entends bien et rigole beaucoup. Nous témoignons l’un pour l’autre d’une sorte de familiarité décontractée qui tranche avec la distance bienveillante que j’entretiens habituellement avec mes patients.

L’autre jour, en consultation, madame Sugar me dit qu’il y a des années qu’elle n’a pas fait de bilan sanguin et que ça la rassurerait qu’on fasse le point.

Je lui propose d’ajouter le dépistage des infections sexuellement transmissibles, ce que je propose à tous mes patients.

Elle rit, me dit que ce n’est pas la peine, qu’elle a le même compagnon depuis vingt cinq ans.

« Vous savez Madame Sugar, les hommes mentent !

Elle se penche sur le bureau, m’adresse un clin d’œil :

« Vous savez, Docteur Beaulieu, les femmes aussi ! »

On rit un peu, et là, madame Sugar commence à me dire combien elle aime son mari et combien la vie à ses côtés est un bonheur de chaque instant.

« Je l’aime, docteur, si vous saviez ! Je l’aime, mais je l’aime ! Je l’aime, je l’aime, je l’aime ! Des gens rêvent de connaitre ça dans leur vie, de le vivre au moins une fois, et nous on peut le dire : on s’est trouvés. Oui, on a eu cette chance-là parmi les milliards d’inconnus sur cette planète. C’est mon âme sœur et je suis la sienne. Si vous saviez… Olalaaaa… »

Je souris, elle sourit, mais dans ma tête je lui dis « MERCI ».

Faut dire, la journée n’avait pas été facile, elle commençait avec des mauvaises nouvelles au cabinet car une patiente que j’appréciais particulièrement était morte dans la nuit ; à côté de ça et ça paraît dérisoire mais j’avais remis mon manuscrit à mon éditrice, alors je me sentais un peu orphelin.

Madame Sugar, il faut que vous sachiez : vous avez été mon rayon de soleil.

Et les auditeurs, et les auditrices sachez-le : si des morceaux de vos vies tiennent bien la route, vous pouvez aussi les partager avec votre médecin.

Jim Harrison, l’immense écrivain américain, dit cette phrase dans son chef-d’œuvre « Légendes d’automne » : “les touristes oublient souvent que la lune brille aussi à New-York ».

Eh bien pour les soignants, c’est l’inverse : on oublie souvent que le soleil brille AUSSI au-dessus de vos têtes.

Je veux dire : ça nous fait du bien d’entendre les patients parler de bonheur. On en veut de la guimauve, nous ! On en veut du Marc Levy, de la maison en pain d’épices !

On les veut les milles colombes

Et les millions d’hirondelles

Les histoires dégoulinantes

Des vies en rose à la pelle

On en veut de la Petite Maison dans la Prairie croisée avec du téléfilm de l’après-midi sur M6. Oui, jetez-nous votre bonne fortune à la tête et au cœur !

Parce que nous, d’habitude, on récupère tout le reste.

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(vous pouvez écouter cette chronique de l’émission Grand Bien Vous Fasse sur France Inter, ici)

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(Je ne pouvais pas, pour celles et ceux qui me suivent depuis longtemps, ne pas partager avec vous cet article paru dans le prestigieux Monde Des Livres, qui est un peu le Saint Graal de la critique pour les romanciers.

«Toutes les histoires d’amour du monde, son quatrième roman, confirme ses talents de tricoteur d’histoires, de brodeur de vies, capable de dénicher le sublime derrière le banal»

La vie passe, merci d’être toujours aussi présents. Prenez soin de vous en cette fin d’année difficile)

13 réflexions sur « Un peu d’amour (c’est pas du luxe en cette fin d’année) »

  1. CELLE QUI N'EXISTAIT PAS

    J’ai connu le grand amour et depuis son départ, je me dis que j’ai eu de la chance de prendre ce train et de répondre à cet homme assis à côté de moi. Maintenant, il est sous son rosier rouge mais je l’aime quand même comme avant.
    Quand je dis cela à ma médecin, elle est triste car elle l’a connu mais elle ne comprend pas que l’amour est éternel.
    Je déteste Marc Levy, je déteste les télé-nova mais j’aime mon mari et j’aimerai faire rêver ma médecin pour qu’elle oublie tous les malheurs de ce monde.
    Vous venez à Grenoble le 13 décembre. J’espère que les trams et les trains circuleront pour vous faire dédicacer votre dernier livre et surtout vous remercier d’avoir aimer mon petit texte.
    A bientôt et continuez à rêver. C’est ce qui rend la vie vivable.
    MFB

  2. Lys18

    Baptiste, en cette fin d’année,je vous envoie de la guimauve,de la beauté, des chocolats de Noël.
    Je vous envoie de la douceur, de la tendresse, et tous les films de Noël avec leur magie.
    Et je vous adresse tous mes remerciements.
    Merci d’être vous.

  3. Rodjeur

    À part merci, je ne vois pas quoi dire…
    Si ! Continuez, docteur Beaulieu, de nous rappeler que la vie peut être belle. Et passez de belles fêtes de fin d’année.

  4. Isabelle

    Je vous envoie notre bonheur de ce matin, partagé avec mon mari…
    Partis pour récupérer quelques branchages pour les décorations de Noël, nous poursuivons un peu plus loin. Nous habitons dans le Var, au bord de la mer. Nous descendons dans les bois, arrivons à une plage.
    Mer en mouvement, vent fort dans les cheveux, et un saxophoniste qui improvise, répondant aux éléments. Je vous transmet ce cadeau de la vie et vous remercie infiniment de cette humanité qui fait tant défaut!

  5. kalou

    ah j’attends que le père Noël m’apporte votre dernier livre que j’ai hâte de lire, je vous envoie plein de câlins paillettes, plein de licornes toutes douces et plein d’amour, continuez à nous faire aller mieux par vos récits plein de bienveillance, et que la vie vous amène ce que vous attendez d’elle vous le méritez

  6. Souslalune

    Promis Baptiste, la prochaine fois que je vais voir mon médecin, je lui dirai que je vais bien et que je viens juste lui souhaiter de joyeuses fêtes … il risque d’être surpris !!! Ben oui, quand je me décide à aller faire 2 heures de salle d’attente pour lui exposer mes soucis de santé , je pense rarement à lui parler de ce qui va … 😉
    Bravo pour le très bel article amplement mérité, prends-soin de toi ♡

  7. Nanou

    J’adore mon médecin . Mais il est un peu trop cartésien (pourtant il est cambodgien alors j’espère toujours de lui un peu de zen oriental_mythe?) bref, quand mon mari (dont il est aussi toujours le doc) m’a quittée il y a deux ans, il a vu que je dévalais la pente, mais il a pensé me faire du bien en me disant très vite “bon ben il est parti, il faut tourner la page”. Je n’ai pas encore complètement tourné cette page mais désormais il me demande comment ça va, et me prend les deux mains dans les siennes en me raccompagnant pour me dire “bon courage”. Voilà mon positif, pour l’instant. Et aussi, surtout, j’ai deux filles MERVEILLEUSES qui sont de vrais rayons de soleil. Lui (mon mari) et moi, on a fait ça ensemble. Elles. Et c’est irremplaçable. Ca fait du bien de le dire. Merci à toi Baptiste, et que cette fin d’année te soit douce et belle. Ainsi que toutes les prochaines. Bises.

  8. Annick

    Merci Baptiste ! Oui magnifier le beau et le positif dans nos vies et rendre exceptionnelles ces petites choses qui nous arrivent, plutôt que de ne voir que notre fatigue, notre stress et nos soucis du quotidien

    Bonne idée de demander au Père Noël votre dernier livre, je l’ai ajouté à ma liste.

    Bonnes fêtes à tous pour célébrer le et les bonheurs de la vie !

  9. Cath

    Moi, j’ai loupé cet article du Monde. M’en vais le récupérer derechef : pour une fois que je suis d’accord avec un de leur compte-rendu 😉
    Merci pour cet article qui fait du bien : cela va m’aider pour attaquer la semaine qui va être rude, du style “chronique d’un désastre annoncé “. Merci pour ce sourire qui permet de ramener les choses à leur vraie place dans la réalité.

  10. Isa

    Hello cher Baptiste,
    justement hier, j’ai fait rire ma toubib (et son stagiaire) en venant demander un certificat d’aptitude à la pratique sportive… pour la danse bretonne 😀 On te l’a déjà faite, celle-là ?

    1. hexdoc

      Ils ont du rire jaune. Pourquoi les associations et leurs assurances s’acharnent elles à demander des certificats dont le seul but est de leur épargner une demande de réparation en préjudice ? La réponse est dans la question …
      L’intention de pratiquer une activité sportive ressort d’une volonté propre. Dans cette optique le pratiquant doit prendre la responsabilité de se questionner sur sa capacité à l’exercer; et il peut prendre l’avis de son médecin. Le certificat n’est la que pour une question de droit afin de dédouaner l’organisateur de l’activité des suites d’un problème de santé lié à l’activité en question.
      Et j’ai connaissance d’un décès dans un club de danse bretonne.

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