L’histoire d’une femme.

(Photo : R. Magritte)

Témoignage recueilli et écrit par la romancière et sage-femme (et amie) Agnès Ledig.

Alors voilà, c’est l’histoire d’une femme…

Je ne la connais pas encore. Je la vois en urgence, parce qu’elle appelle au secours, parce qu’elle ne dort plus, qu’elle est sur le point de vaciller. Je n’ai qu’un pauvre petit créneau de trente minutes pour tout découvrir d’elle, et tenter de lui donner quelques outils avant qu’elle ne reparte vers la nuit suivante. Je ferai ce que je peux…

Elle a accouché il y a quelques jours seulement. Premier bébé.

Enfin…

Pas tout à fait.

Elle a accouché il y a quelques jours seulement et elle n’en dort plus.

Elle pense trop.

À l’autre.

Elle a attendu d’avoir vingt-huit ans pour envisager un enfant, avec un conjoint attentionné et une situation de vie rassurante et propice à l’agrandissement familial.

Oui, mais.

Il y a eu cette autre grossesse inopinée, il y a quelques années, dans un autre contexte, avec un autre géniteur, et une situation ni propice ni rassurante. Tellement difficile, même, qu’elle a préféré l’interrompre, et fuir (le géniteur).

Oui, mais.

Ce n’est pas si simple quand on est une femme, quand on porte la vie, quand on doit cesser de le faire, et qu’en plus c’est volontaire. C’est difficile, parce qu’outre le jugement des autres, il y a sa propre culpabilité d’en décider ainsi, sa propre tristesse de laisser partir ce bout de vie qui s’était installé au chaud, et auquel on s’était déjà attaché. Parfois, on s’y attache dès le deuxième trait du test de grossesse, même si l’idée d’être enceinte, à ce moment-là, est une catastrophe en soit.

C’est toute cette culpabilité, toute cette tristesse que Lucille me raconte pendant de longues minutes. Elle s’était déjà attachée à ce bébé, elle lui avait même donné un prénom, mais elle ne pouvait pas le garder, de peur de lui offrir une vie de peines. Elle avait mis des couvercles bien lourds au dessus de tout cela. Un pour la culpabilité, un autre pour la tristesse, un troisième pour que ça tienne, et que rien ne déborde.

Mais une nouvelle grossesse, et tout explose, les deux couvercles et le troisième, et la voilà qui replonge plus fort encore dans la tristesse et la culpabilité. Et pourquoi ce bébé-là a droit à la vie et pas l’autre ? Ses mots sont très forts. Très durs envers elle-même. Les larmes coulent, parce que le nouveau bébé est là, qu’elle l’aime, mais qu’elle n’en dort pas.

Je commence par mettre des mots sur sa peine.

Vous vous sentez coupable n’est-ce pas ?

Oui.

Et vous vous étiez déjà attachée à ce bébé…

Oui, je lui avais même écrit un poème.

Et cette nouvelle grossesse vous rappelle qu’il y a eu la précédente.

Oui. Je me sens très mal depuis que je suis enceinte.

Mettre des mots sur les maux, c’est déjà mettre du baume sur les plaies, parce qu’elle sait que j’ai entendu son chagrin, que je le comprends. C’est comme prendre dans les bras, avec la parole.

Premier pas.

Le deuxième sera de lui donner quelques éléments de ma boîte à outils. Quelques phrases sur des petites cartes, pour l’accompagner.

“Je fais de mon mieux,

Dans le respect de moi-même,

Avec les cartes de l’instant,

Le reste appartient à la vie.”

Nous décortiquons ensemble. Elle a fait de son mieux il y a quelques années. Elle était dans le respect d’elle-même en prenant cette décision, parce que le futur père la frappait, et qu’ajouter un bébé au tableau aurait été de l’huile sur un feu déjà insupportable. Les cartes de l’instant n’étaient pas propices à une poursuite heureuse de cette grossesse.

Le reste appartient à la vie.

Je lui demande si, par hasard, ce bébé qui s’est invité par surprise à ce moment-là ne serait pas venu juste pour lui permettre à elle de partir. Parce que ce sont les faits. Parce que donner un sens aux choses douloureuses permet souvent de les apaiser.

Elle acquiesce. L’envie d’y croire.

Le deuxième outil sera donc un arc-en-ciel d’amour de cœur à cœur, à imaginer dès qu’elle pense à lui tristement, pour mettre un peu de couleur et une jolie émotion sur la mélancolie. Puisqu’elle l’a aimée cette petite entité venue pour ce morceau de temps, infime à l’échelle de l’univers, mais si révélateur pour elle. Je lui propose même de le remercier, ce foetus, pour ce qu’il a fait pour elle, et de lui laisser une place dans le cœur. Puisqu’elle l’a aimé.

Puisqu’elle l’a aimé, mais qu’elle a fait de son mieux avec les cartes de l’instant.

Elle pleure toujours, mais cette fois-ci de soulagement.

Je suppose qu’à son propre jugement s’ajoute depuis des jours, des semaines, des années, celui qu’elle imagine chez les autres. Mais qui serais-je pour oser en faire de même ? Elle est venue parce qu’elle va mal, parce qu’elle cherche de l’aide. On n’assomme pas quelqu’un qui est déjà au sol. Encore moins quand il vous tend la main, confiant, en vous demandant de lui porter secours.

Je lui donne donc la petite carte du non-jugement, puisque la décision lui appartient. À elle et à elle seule de « juger » de ce qui fut bon pour elle il y a quelques années.

Ces femmes qui sont mortes sous les doigts et l’aiguille à tricoter des faiseuses d’anges, elles ont fait de leur mieux avec les cartes de l’instant… et on les jugeait.

Ces femmes qui ont souffert le martyr quand on arrachait de leurs entrailles un possible qui ne pouvait pas y rester et à qui l’ont disait « ça vous passera l’envie de recommencer », elles ont fait de leur mieux, avec les cartes de l’instant… et on les jugeait.

Lucille, il y a quelques années, n’est pas morte, n’a pas souffert le martyr dans son corps, mais elle a trimballé pendant tout ce temps le poids énorme de la culpabilité, qui aurait pu peser sur cette petite fille, née il y a quelques jours.

Mais Lucille sourit en face de moi. Elle a compris, entendu, intégré qu’elle a fait de son mieux, dans le respect d’elle-même. Elle sourit parce qu’elle se sent légère.

Plus besoin de couvercles, ni un, ni deux, ni trois, puisqu’elle y a mis à la place de la bienveillance, de la reconnaissance, et un bel arc-en-ciel d’amour pour ce bébé qui n’a fait que passer…

57 réflexions au sujet de « L’histoire d’une femme. »

  1. Nicide

    Combien de femmes auraient aimé rencontrer Agnès ?
    Merci pour ce beau témoignage, qui, je pense, en fera réfléchir plus d’un(e)

  2. danielle

    Quelle chance d’avoir rencontré A Ledig, que je lis avec assiduité, elle a un sens de l’autre Enorme, c’est une belle personne.
    danielle

  3. Sylvie

    Encore une séquence de très forte émotion avec ce nouvel article …
    Même si pas concernée directement à chacun de vos récits, ils se lisent comme une fable …il y a toujours une morale bonne à transcrire et à mettre en oeuvre.
    Merci et à bientôt

  4. Corinne

    Merci
    Il y a toujours une pensée pour ce petit être qui est parti. J’avais 18 ans c’était en 1978. 40 ans après, cette épreuve est toujours présente. Et parfois je pense à cet enfant, comment serait-il ?
    Merci Baptise pour tous ces messages
    L’humain est bon et il faut puiser dans chacun cette bonté.

    1. La marmotte

      17 ans après, je me souviens encore de tout. De ce mercredi d’avril, de cet hôpital, de la salle d’attente, du bruit de “l’aspirateur”, de mes larmes, de la douceur de l’infirmière, du lui d’alors qui n’en voulait pas… et surtout de ce sentiment d’avoir commis un meurtre qui m’a suivi, en silence, pendant très longtemps et m’a fait broyer des grosses idées noires… Et puis, on se sépare du visage de la culpabilité, le temps met un pansement sur la plaie, les rayons du soleil finissent par se frayer de nouveau un chemin et j’ai 2 beaux enfants aujourd’hui. Sauf que la question “combien de grossesses” / “combien d’enfants” me renvoie encore et toujours à ce mercredi d’avril 2001. Ma bouche prononce “2”, mais ma tête dit encore “3”. On oublie jamais, une forme de sentence à vie…

  5. Clémence

    Qu’est-ce que c’est beau. Et dur. Et fort.
    Et qu’est-ce que ça donne envie d’arrêter de nous faire du mal à nous-mêmes pour les décisions que nous avons eu à prendre par le passé, et surtout, de ne pas juger les autres sur la base de leurs propres choix…
    Si seulement on pouvait faire un arc-en-ciel d’amour avec l’humanité, les animaux et les plantes!
    Merci Baptiste, et merci Agnès; continuez à rendre ce monde meilleur (ou moins pire, c’est selon).

  6. 40

    “ce bébé qui n’a fait que passer”, le mot “bébé” ne convient pas ici, plutôt une idée , une possibilité de bébé, un foetus de quelques jours, ce n’est pas la même chose, ceux qui assimilent les deux sont les anti-avortement. Ne pas leur faire ce plaisir ici.
    Sinon, oui, c’est cela, chacune fait ce qu’elle peut dans sa situation et dans le moment propice ou très défavorable.

    1. Emmanuelle

      Cher.e 40,
      je n’ai jamais subi d’avortement, mais une fausse-couche à 12SA. Donc “juste un foetus”… mais dans ma tête, c’était déjà bien un bébé (ok, avec un aspect de têtard). La différence faite par le coeur n’est pas toujours celle faite par la médecine, et qu’une femme parle du “bébé” qu’elle a perdu ou dont elle a dû se séparer parce que ce n’était pas le moment, ou du “foetus”, qu’importe ? La douleur est souvent la même… du moins il me semble.

    2. Marie-Eve

      Monsieur ou Madame 40, figurez vous que j’ai perdu un bébé de quelques cellules et même si ce n’est pas dans mes habitudes d’être grossière je vous emmerde.

  7. Boulier

    Merci pour ce témoignage poignant Baptiste.
    Il n’y a que des femmes qui réagissent à celui-ci. Où sont les hommes? les conjoints, les pères? Ils sont pourtant là dans nos vies? Et présents dans la conception, alors???
    Je suis heureuse que cette femme vous ai rencontré…

  8. Tama

    Merci pour ce magnifique texte qui me fait écho au plus profond des entrailles… Merci à Luna « d’être passée » il y a plusieurs années. Notre arc-en-ciel à toutes les deux, charie l’amour que j’ai pour elle, amour qui ne fera pas que passer … ❤️

  9. martinev59

    C’est cela,je pense,la compassion!Pour soi avant tout,cest ce qui a manqué à cette jeune femme il y a quelques années,et qu’Agnès a essayé de lui transmettre…Beau témoignage

  10. Calohtx

    Pour moi qui vis aux US il y a d‘autres Lucille celles qui ne peuvent avorter car le systeme social et religieux et le business lucratif de l’adoption privée les poussent à donner la vie pour donner ( en fait vendre ) leur enfants.Des Lucille brisées j en ai rencontré plein celle qui savent que leur enfant est vivant élevé par une autre famille car elle se sentent misérable d’en avoir été incapable et honteuses de la transaction et parfois même lorsque un deuxième,un troisième arrive la douleur se répète encore et encore et chaque date d anniversaire est une souffrance. Quand va on arrêter de culpabiliser les femmes,quand va ton arrêter de les priver de leur corps au noms de principes, religions et dans ce cas là de l’argent.Aucune femme ne devrait se sentir coupable d‘avoir ou d‘avoir choisit de ne pas avoir d enfants. Chaque femme devrait être libre de choisir sa vie.

  11. Tsuvane

    À garder précieusement dans un coin de ma tête si un jour il m’arrive de croiser la route d’une femme porteuse de ce genre de souffrance …
    Merci.

  12. Lectrice

    Quelle magnifique façon de donner un sens positif et plein d’amour à une éprouvante décision…
    Quel respect de la personne dans un non jugement plein d’empathie…
    Je me recopie la “carte de l’instant”… multi-usages, multi-circonstances…
    Merci Agnes, merci Baptiste.

  13. betty 67140

    Le mot bébé convient parfaitement au contraire… du moment où elle s’est su enceinte, elle l’a imaginé dans ses bras, l’a aimé bien plus qu’une simple idée… dans le ce cas fœtus de quelques jours me choque, ce n’était pas un simple déchet médical, il avait déjà une place dans le cœur de cette maman… je le sais, car moi même j’ai eu un jour à prendre la même décision qu’elle, par peur de l’échec, par peur de ne pas savoir lui offrir le bonheur…
    J’ai vu Agnès Ledig il y a quelques années quand j’attendais un bébé d’après (après une MFIU), j’avais la peur au ventre, peur d’être à nouveau d’apporter la mort plutôt que la vie, malheureusement je n’ai pas continué le suivit avec elle, elle n’avais pas les équipements qui m’auraient permis de me rassurer sur cette “grossesse d’après”. J’ai préféré un suivit plus médicalisé, n’étant pas prête à me faire confiance à moi même…

  14. M

    J’ai beaucoup pleuré en lisant cet article mais je suis heureuse de l’avoir lu, heureuse que vous l’ayez écrit. Beaucoup de femmes portent la culpabilité d’un avortement, moi y compris. Pourtant aujourd’hui j’ai déjà fait ce travail de deuil et je n’ai plus de regrets concernant notre acte. Je dis notre car la décision est portée par mon conjoint et moi, car nous n’étions pas prêts. Aujourd’hui, 3 ans et demi plus tard, nous sommes prêts, et nous attendons notre premier (ou dois-je dire second?) bébé, prévu pour dans 3 semaines. Alors oui je pleure encore en pensant à ce bébé qui n’est pas né, mais je l’ai aimé aussi, et il ne me porte pas de grief pour ne pas être né. Bon courage à toutes celles qui traversent ces épreuves qui font partie de la vie.

  15. Sylvie

    Je suis sage-femme et femme , je vous lis depuis longtemps et c’est la première fois que je laisse un commentaire sur un blog :
    MERCI.

  16. Joworo

    Bonjour,

    Devant mon écran, je pleure… Non de tristesse mais de soulagement…
    Soulagement de savoir qu’il existe encore des médecins qui ne sont pas pressés par l’urgence. Qui ne sont pas tels ses pauvres “toubibs” que je vois passer à l’EHPAD (je suis animatrice à temps complet) qui courent tellement qu’ils en oublient leurs patients, (au sens propres comme au sens figuré)… Qui ne sont plus capables de s’arrêter sur un instant de vie. Ces docteurs dont les résidents disent “Je l’attendais mais il n’est pas venu”, “j’attendais un peu de soulagement mais il ne m’a pas “vu””.
    Je pleure devant mon écran, car je sais maintenant qu’il existe, quelque part, des docteurs capables de soigner le corps et l’âme et de sourire à la vie. Merci

  17. Anne Courbière

    Merci pour toute cette humanité, merci vraiment…
    C’est la lumière qui remplace l’ombre, c’est l’amour qui remplace la peur.
    C’est l’amour qui prend toute la place…

  18. Souslalune

    Je fais partie de celles qui se sentent coupables, et les années passées n’y changent rien … j’ai beau savoir que l’IMG proposée était l’option la “plus raisonnable “, étant donné l’état de mon bébé, je me demande encore si je n’aurais pas dû refuser …

  19. herve cruchant

    “Mettre des mots sur les maux, c’est déjà mettre du baume sur les plaies, parce qu’elle sait que j’ai entendu son chagrin, que je le comprends. C’est comme prendre dans les bras, avec la parole.” (sic)

    En tant qu’homme, il y a tant et tant de choses qui m’échappent ici. Mais que je sais prises en charge par d’autres femmes avec délicatesse et compétence. Dans mon état imposé par la nature, insensible statut viril, çà me rassure un peu. En même temps, cette souffrance multi-strate profonde, de fait étrangère, est d’autant plus émouvante qu’elle est hors d’atteinte.

    Il est largement temps de bien réfléchir avec discernement et finesse, si possible, à la légitime revendication de l’égalité entre les genres. Dans ce concert, on entend bien trop de voix d’hommes et çà la rend suspecte. J’en préfère une autre, plus ancienne mais ayant gardé toute sa force : “Ne nous libérez pas. On s’en charge !”
    Que de belles personnes voit-on ici. Que Mieux vous apaise et vous donne la sérénité en berçant nos petits.

  20. Lutin

    J’ai subit une img, quand je l’ai annoncé à une collègue elle m’a répondu qu’elle me comprenait puisqu’elle avait subit une ivg 5 ans plus tôt. Très maladroitement je lui ai répondu que ce n’était pas pareil qu’elle avait choisi, alors que moi mon bébé n’était pas viable. Elle m’a alors dit que ce n’était pas forcément plus facile.
    Aujourd’hui avec le recul je comprends. Et souhaite qu’il n’existe plus de soignants comme celui auquel elle a eu affaire, qui suite au “ratage” de son ivg medicamenteuse n’a rien trouvé de mieux à dire que “ah ben il est toujours là il s’accroche”.

  21. faribole

    Bel accompagnement. Autre son de cloche, le mien, qui vaut ce qu’il vaut : j’ai 3 enfants désirés – quelle chance, vivre à notre époque, à cet endroit, pouvoir choisir de procréer ou pas. Le choix de la mère est ce qui définit “bébé” ou “fœtus”, pour moi. Aussi je suis toujours un peu surprise quand des mamans comptent comme une “grossesse” les 4 ou 6 semaines avant une ivg. J’ai avorté. Il ne me viendrait pas à l’idée de compter cette ivg comme une grossesse. Peut-être qu’une IVG tardive peut amener cette perception. Mais une Ivg en délai court, même si c’est triste, même si c’est un déchirement, ce n’est pas une grossesse, pour moi. J’ai peur que les anti ivg fassent du chemin insidieusement. Et encore une fois, je me suis éclatée à materner-allaiter-bécoter mes 3 loulous. On a choisi de les faire, avec mon homme. C’est ce qui a fait d’eux des bébés. Dès la lecture du test. J’espère ne choquer personne, je donne juste mon point de vue.

  22. Syl

    J’héberge une femme migrante, sans papiers, qui a fait un déni de grossesse. Elle ne savait même pas que cela pouvait arriver. Et aujourd’hui, enceinte de 6 mois et demi, elle ne cesse de me répéter que si elle avait su plus tôt qu’elle était enceinte, elle n’aurait pas gardé la grossesse. Mais c’est trop tard. Elle aime les enfants mais elle n’est pas du tout en situation de s’occuper d’un bébé, sa situation est d’une extrême précarité. Et je en sais pas du tout quoi lui dire…

    1. Lectrice

      “Trop tard” pour avorter, mais peut-être pas pour poser un autre choix tel que celui de l’accouchement sous X? Pas un choix facile non plus. Admettre que “non je ne suis pas en mesure d’assumer cet enfant que je porte déjà” mais lui offrir au moins la vie.
      Accoucher sous X n’est pas vendre un enfant à une famille. Et perso je ne vois pas l’accouchement sous X comme un abandon mais comme un don d’une deuxième chance à cet enfant et à sa famille d’adoption.
      Bien sûr les doutes continueront de hanter la vie de la maman biologique… que devient “mon” enfant? est-il heureux? L’accouchement sous X est une solution bancale, imparfaite, difficile, mais une solution tout de même.
      Je précise pour éviter tout malentendu que le libre choix de la femme à mener une grossesse à terme est un droit. (merci, Simone Veil !)
      Qu’aucune femme ne soit contrainte de garder un enfant non-désiré.
      Mais qu’aucune femme ne soit non plus contrainte à un avortement non-désiré.
      En Belgique, pays où l’avortement est médicalement possible et sûr, on en est toutefois encore à se demander si on va le dépénaliser… et des femmes passent la frontière française pour aller accoucher sous x en France.

  23. AC

    Un bébé arc-en-ciel, c’est comme ça qu’on appelle un enfant né après une fausse couche ou un enfant sans vie. Je suis très sensible à votre récit. Et cette phrase que vous écrivez “Et pourquoi ce bébé-là a droit à la vie et pas l’autre ?”, elle me touche, cette phrase…
    Moi aussi j’ai décidé de ne pas donner vie à mon troisième enfant, qui aurait eu une malformation grave + un doute de trisomie en mosaïque, non confirmé. Cette non confirmation m’a tellement pesée… Et cette culptabilité, je me la suis trainéé, mais alors trainée derrière moi … Je comprends ce que peut ressentir Lucille. On pense souvent à son enfant qui n’est pas né ou né sans vie. On y pense tous les jours, nous les mères de ces petits anges. Il sera toujours là, en nous. Que la culpabilité se fasse plus légère, et qu’on se souvienne de la loi Veil, 1975. Elle permet aux femmes de faire légalement le choix qu’elles estiment necessaire au moment où elles le font, ce choix, le plus terrible qu’une mère puisse faire: laisser partir un bébé. Mais c’est légal, c’est la loi, la loi Veil. Et peu importe ce que pensent les autres. L’enfant pas né restera toujours là, au fond de nous. Et peut-être après lui un Bébé arc-en-ciel…

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