L’odeur de la peinture au mois de Mai.

Pour Paula.

Alors voilà, elle entre, vieille et belle. Sa fille l’accompagne, tout aussi belle. Vieille, aussi. Elles témoignent, l’une derrière l’autre, de ce que le temps fait sur les chairs et les peaux. Il y a une femme qui marche dans les pas de ce qu’elle deviendra un jour.
Elles se disent “vous”. Moi, ça me fait un poil bizarre.
Ainsi :
– Maman, voulez-vous que je vous accompagne à la consultation ?
– Vous allez vous ennuyer, ma fille.
– Maman, c’est votre santé ! Pourquoi cela m’ennuierait-il ?
– Elle peut ? me demande la mère.
Je réponds oui.
La mère à sa fille :
– Alors venez.
Elles s’assoient. La discussion dévie rapidement vers le passé de madame, son fils et, donc, le frère de mademoiselle.
– Nous sommes d’origine portugaise et nous sommes arrivées en France il y a plusieurs dizaines d’années, pour fuir la dictature de Salazar. Les milices mettaient les gens dehors, en pleine nuit. Des voisins dénonçaient les voisins et ceux qui partaient ne revenaient jamais. En pyjama ! Vous vous rendez compte ? En pyjama !

Non, je ne me rends pas compte, mais j’imagine que pour une vieille dame aussi élégante, rien n’est pire que de se retrouver en pyjama sur une pelouse à trois heures du matin sous les yeux des voisins.

Je me trompais.

Les vieux doigts s’entortillent.
– Mon fils, il l’ont pris pendant la révolution de Mai. Il manifestait dans la rue avec ses amis. Des milliers, qu’ils étaient, à battre le pavé, des milliers !… La police est arrivée et les a aspergés de peinture. Ensuite, elle les poursuivait dans les ruelles et tous ceux qui avaient de la peinture sur eux étaient emmenés en prison. Mon fils est rentré à la maison. Rouge de la tête au pieds : la peinture était passée sous les vêtements… Avec sa sœur, on a frotté toute la nuit. La police a forcé la porte, elle a trouvé notre Pedro comme ça, nu comme un ver, et rouge, encore trop rouge. Autour du pauvre gosse, il y avait deux pauvres femmes qui astiquaient sa peau. Ils l’ont emmené et on ne l’a jamais revu.

Quand je lui demande pourquoi elle vient, elle attrape la main de sa fille et me dit que leur immeuble est en travaux, qu’ils repeignent les murs et qu’elle voudrait quelque chose “pour les nerfs”, du Valium ou du Lexomil.

– C’est l’odeur, vous comprenez docteur ? Cette odeur, vraiment… c’est celle de la nuit où ils ont pris mon garçon.

“La tendresse est antérieure à la séduction. C’est pourquoi il est si difficile de désespérer”
M. Houellebecq.

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Une bise !

Je serai invité aux salons du LIVRE de Montpellier (23/24/25 mai) Nice (14/15 juin), Montmorillon (21/22 juin) pour dédicacer votre exemplaire d’ALORS VOILÀ.
“Cœurs, licornes roses, bises, capotes et boules de feu” comme dirait Mamie Charlotte.

91 réflexions sur « L’odeur de la peinture au mois de Mai. »

  1. lmlavie

    Faudra que tu m’expliques Baptiste,pourquoi je m’enrhume chaque fois que je lis tes histoires…Je sais bien qu’il y a beaucoup de pollens en ce moment(terribles les p(l)eu(r)pliers à cette période…)mais bon,c’est toi le médecin,tu sauras mieux que moi…
    Une chose est sûre,je ne suis pas allergique à ton blog mais juste profondément touchée par tout ce que tu partages avec nous…Longue vie à ton blog:-)

  2. Magali

    “1968 en Europe, l’international de la contestation” voilà le titre du cours que j’étais en train de réviser pour mes examens quand j’ai décidé de faire une pause, et que je suis passée ici, voir s’il n’ y avait pas un nouvel article. Drôle de hasard avec cette histoire… je crois que dans deux jours, penchée sur ma copie, la contestation en Europe se résumera à l’image d’une élégante vielle femme qui n’aime pas l’odeur de la peinture..
    By the way, merci pour ces brèves d’humanité qu’elles soient drôles ou tristes.

  3. LydieCor

    Ne doute pas (plus), Baptiste. C’est pour ces histoires et ta façon de les écrire que nous sommes là … Avec ou sans photo, crinière de lion ou jolie mèche blonde, photo de famille ou selfie . Elles sont loin les licornes. Garde ton énergie pour des luttes qui te tiennent à coeur, pour des parfums loin des relents de caniveau … Bises Dr.

  4. marie

    des odeurs, des musiques, des images insoutenables qui reviennent nous dézinguer en traite dans des moments anodins . Et puis des médecins face à nos souffrances qui ont la clé pour calmer le jeu….Baptiste je te fais une IV de pêche et d’amourité parce que vrai! les cordonniers sont les plus mal chaussés. La Bise

  5. Herve CRUCHANT

    @Magali. Une bonne référence pour cette révision : “Le fond de l’air est rouge” (vidéo) de Chris Marker.
    Pour tous et toutes : je vous offre un bouquet d’œillets. Rouges, bien sûr, comme un joli mois de mai.

    1. lmlavie

      Merci monsieur Hervé pour votre bouquet que j’accepte avec joie! Mais,savez-vous que dans certaines régions(du côté de Massalia,pour ne pas la citer!) les oeillets ne s’offrent pas…(superstition quand tu les tiens…!!) De même que ma grand-mère(côté sud ouest cette fois!) me disait toujours”surtout ne te marie jamais au mois de mai:mois des fleurs,mois des pleurs!” Sois rassurée mamie(où que tu soie!) aucun mois n’a voulu de moi…!!! Bises à tous!

    2. Grand33

      La révolution des œillets eu lieu en avril, je crois, mais il n’y a que des bons mois pour mal à mal la dictature.
      Merci pour ce clin d’œil Hervé.
      La bise

  6. Isabelle

    Parfois le soir, quand je vais éteindre la lumière dans la chambre des enfants, et que je les voir dormir si paisiblement, je pense à ces trop nombreux parents qui quelque part dans le monde, ou juste à côté de chez moi, ont peur tous les jours pour la vie de leur enfant, et qui sont impuissants pour les protéger. Et j’ai une boule qui grossit dans le ventre, dans le cœur.
    On ne mesure pas assez la chance que l’on a de pouvoir leur donner l’éducation et les soins, l’attention et l’amour dans un contexte de paie.

    1. Herve CRUCHANT

      @Isabelle. Merci de me donner l’occasion de présenter mes hommages à cette jeune femme (qui avait l’âge de ma fille dernier modèle) qui a été assassinée en faisant son métier de témoignage en Centre Afrique. Respect à elle et à ses proches. ‘On ne tue pas’ le témoin; sauf si on est un assassin et que sa cause est abominable.

  7. Cécile

    Et oui. Il y a bien pire pour cette vieille dame élégante, que de se retrouver dehors en pyjama en pleine nuit. Bien pire….
    Jusqu’où sont allés? Iront les hommes?…
    Pauvre dame. J’espère que tu as pu l’aider à “effacer” l’odeur.

  8. Raphy

    Et oui… La mémoire des odeurs est la plus profondément ancrée en nous.
    Ayant eu une vie plutôt heureuse jusque là, je n’ai pas à ma connaissance d’association douloureuse entre une odeur et un très mauvais souvenir comme peut l’avoir cette dame.
    Cela étant, j’ai noté une chose assez surprenante : mon grand père à la campagne a toujours travaillé avec un cheval, même lorsqu’il a possédé un tracteur. Et qui dit ‘cheval’ dit maréchal ferrant… Je me souviens comme si c’était hier du remplacement des sabots et de l’odeur extrêmement désagréable et acre du fer chauffé au rouge sur l’ongle de l’animal. Aujourd’hui, mes grands parents sont tous les deux décédés et cette odeur… je la trouve magique ! Un peu ma madeleine de Proust à moi en quelque sorte.

      1. Herve CRUCHANT

        “Cilou”… La seule, la Véritable Cilou … Celle qui existe pour de vrai. Si si. SAUF sur le mail. Fallait le faire. Et elle l’a fait ! Pas de ciloux pour Cilou… mais un GRAND BISOU de moi-même et de La Fine. (change d’opérateur, Cilou ! ce fucking bastard est complètement frit !!!)

    1. Mésange

      Baptiste, encore une fois tu nous as menés vers de l’inattendu, et quel inattendu! Porter ce souvenir toute une vie, ce doit être terrible pour une mère. Je ne peux m’empêcher de penser aux mères argentines de la Place de Mai ; je pense aussi à toutes celles qui, actuellement dans le monde, voient souffrir leurs enfants ou savent que leurs enfants parfois si jeunes souffrent à cause de la cruauté humaine, au nom d’idéologies religieuses ou politiques qui mettent bien peu l’Homme, son bien-être et son bonheur au centre de leurs préoccupations.

      @ Raphy
      Mon père était forgeron et maréchal-ferrant mais pour les boeufs. Merci de m’avoir fait penser à lui et d’avoir fait remonter à ma mémoire tout un tas d’images dans le tramail (l’endroit où il ferrait) et dans la forge.
      Voici un petit souvenir (sauce moderne) pour faire revivre votre madeleine-fer à cheval : https://www.youtube.com/watch?v=_PJwFEsNQWs

      Question odeurs… ce ne sont que les bonnes qui me reviennent… celles des îles flottantes et des merveilles de ma grand-mère!

  9. Margot

    La petite histoire qui contient la grande, la petite fragrance qui contient un grand traumatisme.
    Cette anecdote est l’une des plus terribles que tu as racontées je trouve, l’une des plus émouvantes. C’est probablement l’une de mes préférées.
    Tu vas écrire encore de bien beaux romans
    (quand tu ne les achètes pas d’occasion sur le marché St. A. le dimanche matin!)
    Bon lundi

      1. Cilou

        J’ai rêvé de toi l’autre nuit, tu écrivais des livres à la pelle et tu ne dormais que 4h par nuit !
        Rêve prémonitoire ? (ou simple déduction 😉 )

        1. marie

          oui mais quand t’y pense les grandes histoire d’ amûre commencent souvent par
          elle “les cheveux sales, des fringues improbables et un chou-fleur dans mon sac”
          lui “une tête horrible de celui qui avait bu et dansé jusqu’à 5 heures du mat…”
          et roulez petits bolides!!!

          1. Cath

            Fleur bleue un jour, fleur bleue toujours, pas vrai Marie ?
            Mais ne perdons pas de vue cette question essentielle, existentielle même : que faisait le chou-fleur dans le sac à l’heure où tout chou-fleur qui se respecte guette la béchamel ou la sauce Mornay ?

          2. Herve CRUCHANT

            Personne n’a jamais dit que la Belle Chamelle avait les cheveux sales ou la tronche en biais. Malgré mes heures de vol à l’étalage, je ne connaissais pas cette manière djeune de proposer l’avenir. Cheveux sales et mine défaite appellent inévitablement à la douche. Et puis, comme il faut économiser l’eau du monde, une petite communauté réduite aux aguets… Etre au choux et au moulin… Fidèle lectrice…
            Faut-il que je me recycle ?

  10. Nathalie D.

    Peut-être pourrais-tu mettre en place un système codé qui nous dirait à nous lecteurs ce que nous pouvons ou pas lire au travail sans avoir peur que quelqu’un nous découvre les yeux rougis et gonflés?
    Qu’avons nous pas cette immense joie de vivre dans un pays et à une époque où la didacture n’a pas sa place? Nous l’oublions souvent.
    Alors voilà, MERCI
    Merci aussi de cette gentille dédicace sur cette page page de “particules élémentaires” faite à Arcachon à mon attention

  11. P.

    C’est pas gaie en ce moment 🙁
    Je ne suis pas d’accord avec Margot, il y en a des aussi tristes, voire plus, mais je suppose que tout cela n’est qu’une histoire de point de vue.

  12. saur

    t’es faché avec les humains en ce moment!?On ne voit que des photos de singes!Ou seraient-ils plus “humain” que nous?Merci pour l’histoire la chute m’a bien cueillie!

    1. Herve CRUCHANT

      @saur. Qu’ont donc les portraits de nos ancètres ? Tes propos me paraissent un peu las, ami Saur. Une certaine langueur des violons de l’automne en émane. Un vieillard en Saur…
      (* vous remarquerez que : j’emploie toujours le tutoiement avec les pseudos, lesquels me tutoient par construction; que je fais des efforts simiesques pour arriver à sortir des calembours complètement improbables tels que “le vieil harang saur”… çà fait un moment que je suis à court de goutapapy)

  13. P.

    PS: Y a un message caché dans le gorille ?! J’ai l’impression que t’en mets un peu partout dès que tu parles de famille et que ce n’est pas drôle…
    C’est pour nous mettre face à notre propre animalité ?

    1. Claudia

      C’est marrant moi je pencherai plutôt pour le contraire… Pour certains traîter un autre de ” bête ” ou d’animal est méprisant alors que souvent, très, trop, la vraie insulte serait de traîter le vilain d’humain… Si tu regardes bien, les images des singes sont toujours pleines de tendresses… Du coup moi je dirais que, si “intention” il y a, c’est plutôt pour nous mettre face à notre humanité ^^

  14. Grand33

    Bonjour bibi,
    Comme de bien entendu la couleur était rouge, comme celle du sang !!! et cette odeur de peinture sent sûrement le fer.
    La bise

  15. monkaleidoscope

    MER-CI !!
    magnifique histoire, brillant et brûlant instantanné – concentré de personne humaine !!
    comme je l’ai lu ci dessus, on a bien de la chance de vivre dans un pays sans peur de la police, des manifs, de ses amis, de ses voisins … de lire le journal qu’on veut et de penser comme on peut
    je me souviens d’un jeune graçon d’une vingtaine d’années au début des années 2000, né en pleine guerre du L., qui ne pouvait pas, mais absolument pas, apprécier un feu d’artifice … parce que ça lui rappelait immédiatement, violament, le bruit des déflagrations la nuit, dans la cave de l’immeuble familial
    paix sur le monde et sur les gens, souhaitons le

  16. Marie

    je partage, c’est beau triste et profondément humain.
    j’ai mis la musique de fond, du lien donné plus haut. merci aussi.

    je suis triste.

    Mais vous aviez vu en Asie une maman gorille protégeant dans ses bras un petit garçon de 2 ans tombé dans le parc à gorille d’un zoo. La maman ensuite tendait les bras pour le donner aux humains du zoo.
    Mon mari m’a racontée ça, après qu’on est parlé de l’illustration du post “témoin de rien”.

    bises

  17. Noémie

    Certaines odeurs laissent des traces à vie. Triste histoire pour ces femmes.

    On ne se rend pas assez compte de la chance que nous avons de vivre dans notre pays à notre époque.

    Merci pour tous ces récits pleins d’humanité.

  18. Claire

    Histoire bouleversante…
    Surtout, Baptiste, ne cesse jamais d’écrire…
    Je porterai longtemps cette femme en mon coeur…
    Je me permets de t’embrasser.

  19. benedicte

    Les odeurs… Elles sont terribles quand elles font mal et ressemblent au bonheur quand elles enivrent. La pire est l’odeur de la mort. En ce moi de mai, de Libération, je pense beaucoup aux victimes de la Shoah. Lycéenne j’ai été amenée à aller dans un ancien camp de concentration. L’odeur y était insoutenable, 50 après. Aujourd’hui j’ai passé la journée au jardin, le nez dans mes roses. Ma petite derniere reconnait chaque plante aromatique grâce à son parfum… Je l’entraine… Baptiste, merci encore pour ton partage.

  20. Cappoen D

    Et bim… Souflé, touché, en plein cœur et en pleine tête !!! Tu fais un des plus beau métier du monde , tu soigne les corps et les âmes . Merci merci , lire tout cela , me remet à ma juste place à chaque fois !! Et nous fait comprendre qu’il n’y a pas que notre Ptit personne sur terre et remet les compteurs à zéro !!! Une pensée pour ses dames et Pedro !!!

  21. Lise

    Gorge nouée à la lecture de ce récit ……
    Les larmes tout au bord des yeux …
    C’est rien , c’est juste que perdre son enfant, pour une maman, ça retourne la tête et le coeur pour toute une vie, et ça laisse une petite fragilité qui ressurgit sans crier gare …
    Une odeur de peinture, une chanson particulière, une fleur qui renaît chaque année : chaque maman endeuillée à la sienne … (à part, peut-être, notre douce “mésange” et sa sagesse qui me fait tant de bien …)

    PS : il te reste moins de 20 minutes pour tomber amoureux ….

    1. Mésange

      Lise, tu as raison, on garde à jamais “une petite fragilité qui ressurgit sans crier gare”.
      Mais ces femmes, en période de révolution ou de guerre, ont vécu tellement pire en ne pouvant qu’imaginer ce qu’ont vécu leurs enfants… et je suppose que leurs “films” imaginaires doivent être terrifiants après avoir appris ce qui s’est passé pour d’autres.
      Pour moi, si ça me noue affreusement le ventre, ça me fait aussi “relativiser” la perte de mon enfant, toute aussi violente que je l’ai ressentie alors. Parce que s’il y avait des degrés dans le terrible, pour elles, ce serait tout en haut… et pour moi bien plus bas, mon enfant n’ayant pas eu à subir des choses horribles avant de quitter ce monde.
      Mais comme toujours, à chacun ses ressentis et sa façon de supporter les chocs…
      Caresses de plumettes à toutes celles et ceux qui ont un jour vécu cette douleur-là ; j’espère qu’elles apaiseront un peu votre peine.

  22. Morguisp

    Terrible récit. Pourtant féru d’histoire (et notamment de l’histoire du Portugal), je n’ai jamais entendu parler de ce “procédé” utilisé par la PIDE.

    PS: la révolution des œillets est aussi appelée révolution du 25 AVRIL, et non pas mai 😉

    1. marie

      merci pour ce lien il me rappelle une prof de français qui nous passaient ses disques sous le manteau pour éveiller nos consciences, merci vraiment

    2. Cath

      Et quand les militaires lui ont dit de jouer avec ses mains mutilées, il a répondu qu’il pouvait encore chanter, ce qu’il a fait avant d’être assassiné.
      Il y a une chanson qui dit que lorsqu’on réduit au silence le chanteur et le poète, on baillonne le peuple, interprétée par Mercedes Sosa, une grande voix qui a aussi interprété Victor Jarra.

        1. marie

          et ça dit ça, quand Victor chante Pablo

          J’aime quand tu te tais, parce que tu es comme absente,
          et tu m’entends au loin, et ma voix ne t’atteint pas.
          On dirait que tes yeux se sont envolés,
          et on dirait qu’un baiser t’a clos la bouche
          J’aime quand tu te tais et que tu es comme distante.
          Et tu es comme plaintive, papillon que l’on berce.
          Et tu m’entends au loin, et ma voix ne t’atteint pas :
          laisse-moi me taire avec ton silence.
          Laisse-moi aussi te parler avec ton silence,
          clair comme une lampe, simple comme un anneau.
          Tu es comme la nuit, silencieuse et constellée.
          Ton silence est d’étoile, si lointain et si simple.
          J’aime quand tu te tais, parce que tu es comme absente,
          distante et dolente, comme si tu étais morte.
          Un mot alors, un sourire suffisent,
          et je suis heureux, heureux que ce ne soit pas vrai.

    3. Herve CRUCHANT

      @cnimp. Çà, c’est un coup bas ( Cuba) pour moi, cnimp. Citer Victor Jara… Atahualpa (tous les Atahualpa…). Le Chili d’Allende. Ernesto. Tous les autres Camarades… Si vous êtes tranquilles et heureux d’être en paix en ce 15 mai 2014, si vous n’aimez pas ou même détestez tous ces gens, les Allende, Che, Jara, Quilapayun, Inti Ilimani, si vous ne savez rien des mineurs d’Iquique, rien de la Patagonie à la frontière nord du Mexique, aux marches de l’Empire. lisez, relisez Marquès, Sepulveda, tous, tous les écrivains sud-américains. Soyez ceux et celles qui parlent de Pancho Villa, de l’Inca, des médecines amérindiennes des forêts amazoniennes…. Ce monde est notre monde. Le vrai. On l’appelle Pachamama. Il vous sera bien temps de choisir et de haïr si vous en êtes capables -ce n’est pas donné à tous de pouvoir aimer vraiment.
      cnimp… voilà le switch, comme on dit, qu’il fallait activer un 15 mai, un Quinze de Mayo… comme à Madrid, Plaza del Sol… comme en Palestine aussi, il me semble. Que d’avril et de mai passés qui nous permettent aujourd’hui, ici, d’en espérer d’autres. D’espérer -de croire (((VRAIMENT)))- que le bonheur existe. Qu’il est toujours tout près. Et que nous savons ceux qui nous empèchent de l’atteindre.

      Bon.La crise est passée. Papy rentre dans sa coquille (mais guette comme le gardien de phare épie le moindre signe annonceur de tempête -elle est pas belle, cette petite formule?). Pour le SAV, voir cnimp. Après tout, c’est lui le provocateur…

      1. Cath

        Une des nouvelles – souvenirs de Sepulveda faisait référence aux fleurs rouges du désert de… Je ne me souviens plus du nom de ce désert, théâtre d’une des atrocités ordonnées par Pinochet à ses débuts, hélas prometteurs, et passés sous silence.
        Couleur rouge encore, sur la blancheur du désert.
        Hervé, help ?
        Et sortez de cette coquille qui ne sied pas à votre beauté.
        Signé, Votre poussière affectionnée 😉

          1. Cath

            Merci cnimp
            Atacama, que je confonds toujours avec Atakpamé (Togo), et qui n’est pas un désert. Sais pas pourquoi.
            Je vais me le relire tiens, cela me fera du bien.

  23. Lise

    marie-claire

    tu as absolument raison, je n’ose imaginer la souffrance que cela doit procurer d’avoir à affronter, en plus de tout, l’ignorance des circonstances de la mort de son enfant

    pour le reste, je viens de découvrir ton mail, je vais y répondre de ce pas !

  24. lili

    Je ne comprend jamais rien à ce que dit Houellebecq , je crois que c’est pour ça que je n’aime pas trop ce qu’il fait…. par contre Baptiste c’est toujours un plaisir de vous lire même si souvent c’est un peu difficile…

  25. Léa Simonnet

    Bonjour !

    Tout d’abord, j’adore votre blog que je suis depuis plusieurs mois. J’ai même acheté votre livre que j’ai fini au bout de 3 jours ! J’adore ce que vous faites.

    Comme vous êtes dans le milieu médical, je me suis dit que peut-être mon témoignage sur mon parcours avec ma surdité profonde vous intéresserait (et je précise que j’oralise et je suis en 2ème année de psychomotricité), enfin si vous voulez en savoir plus… Voici le lien :

    https://www.youtube.com/watch?v=P6FZ6VE9YZc&feature=youtu.be

    Bonne continuation,

    Bien à vous.

    Léa S.

    1. marie

      mille et mille vœux de réussite dans votre parcours pro et hourra à toute la tribu qui vous à permis de parler , superbe réussite vraiment , j’aime trop le regard de votre petite soeur quand vous chanter Allouette avec votre Maman, on sent qu’il y a beaucoup d’amour dans cet apprentissage ,
      d’amour, de joie et d’énergie
      merci pour ce partage

      1. Léa Simonnet

        Merci !!! Cela me touche vos commentaires, vraiment.
        Je voulais donner un message positif concernant le handicap, qu’avec la volonté et le soutien de la famille, rien n’est impossible !

    2. doume

      Ta vidéo est magnifique, elle reflète bien ton parcours.
      Bravo pour ta ténacité et bravo à ta famille qui a su t’entourer.
      Tu vas être une professionnelle formidable.
      Je t’embrasse.

    3. Grand33

      @léa
      Trés belles tranches de vie, quel
      combat de tous les jours mais quelle
      victoire.
      Plein de réussite pour l’avenir et prends
      soin de toi …

      1. Léa Simonnet

        Merci ! Et oui, c’était un combat de tous les jours et même là encore. Pour obtenir ce que l’on veut, il faut avoir la rage de se battre !
        Merci encore pour votre gentil commentaire.
        Bien à vous.

    4. martine

      Quel beau parcours ,quelle belle famille. “un combat invisible ” c est le titre d un post de Baptiste .bonne continuation.

      1. Léa Simonnet

        Oui, je me rappelle de son article ” le combat invisible “, c’est pour cela que je me suis dit qu’il serait bien que je poste ma vidéo pour témoigner !
        Merci beaucoup.

        1. Rofine

          @ Léa : merci pour votre témoignage émouvant et merveilleux. Avec beaucoup d’amour, de patience de votre famille et votre ténacité vous avez réussi à dépasser votre handicap.
          Je vous envoie plein d’énergie pour poursuivre sur cette voie et réussir votre vie professionnelle et personnelle.
          A celle qui VEUT rien ne semble impossible !!!
          Vous apportez de l’espoir aux parents concernés par ce sujet.

          Je vous embrasse.
          Mamie Rofine

    5. Mésange

      Bonjour Léa
      Je ne découvre ton com qu’aujourd’hui. Bravo pour ce beau parcours!
      S’il y a des gens qui n’ont pas cru en toi, on voit bien que ce n’est pas le cas de ta tribu, comme dit Marie. Il y en a de l’amour dans et devant la caméra! Et ton énergie et ta joie de vivre font plaisir à voir.
      Merci d’avoir partagé ton expérience à travers cette vidéo et sur ce blog.
      Je te souhaite une belle réussite.

  26. Lucie S

    Alors voila,

    on lit le blog pour se détendre et la hop, B.B tombe “amoureux” et “occupé” et nous, plus rien à lire… c’est qu’on a pris l’habitude.
    Je veux dire on a VRAIMENT pris l’habitude de lire ces nouvelles…..

  27. horatiusclotes

    cette histoire m’a rappelé le poeme de Pablo Neruda “expliquons nous”

    désolé le texte est dur, mais c’est l’immense force de la poesie de condenser le message

    Vous demandez : Où sont les lilas ?
    Et la métaphysique couverte de coquelicots ?
    Et la pluie aux mots criblés
    De lacunes et d’oiseaux ?

    Voici :

    Je vivais dans un quartier
    De Madrid avec des cloches,
    Avec des horloges, avec des arbres.
    De là on voyait au loin
    Le visage sec de la Castille
    Comme un vaste océan de cuir !

    Ma maison s’appelait

    La maison des fleurs. De tous côtés
    Jaillissaient des géraniums ; c’était une belle
    Maison
    Avec des chiens et des enfants

    Raoul, tu te souviens ?

    Te souviens-tu Raphaël ?

    Frederico , te souviens-tu ?

    Toi qui dors sous la terre,
    Te souviens-tu de ma maison aux balcons
    Où la lumière de juin étranglait des fleurs dans ta bouche.
    […]
    Et un matin tout prenait feu
    Un matin des brasiers
    Sortirent de terre
    Dévorant les hommes,
    Et depuis lors le feu
    La poudre depuis lors
    Et depuis lors le sang.

    Des bandits avec des avions, avec des Maures
    Des bandits avec des bagues et des duchesses
    Des bandits avec des moines noirs et des prières
    Vinrent du haut du ciel pour tuer les enfants
    Par les rues le sang des enfants
    Courut simplement comme du sang d’enfant.
    Chacals que les chacals repousseraient
    Pierres que le chardon sec mordrait en crachant
    Vipères que les vipères haïraient !
    Devant vous j’ai vu le sang
    De l’Espagne se soulever
    Pour vous noyer sous une vague
    D’orgueil et de couteaux.
    […]
    Vous demandez pourquoi ma poésie
    Ne parle pas du songe, des feuilles,
    Des grands volcans de mon pays natal ?

    Venez voir le sang dans les rues,
    Venez voir
    Le sang dans les rues,
    Venez voir le sang dans les rues !

    merci néanmoins de cette histoire de dignité que tu as rappelé – ces femmes sont admirables, et c’est en pensant à elle que j’irai voter aux européennes, même si je n’y crois plus

  28. genevieva

    c’est ma fille qui m’a fait connaître votre blog
    j’adore ce que vous nous faites partager et comme j’ai eu un amour à 25 ans d’un chirurgien cela me
    fait un petit pincement au cœur car il n’est plus de ce monde

  29. Chardin Fanny

    Bonjour,

    J’aime votre blog, il est magnifique, les histoires sont belles même quand elles sont tristes…
    Celle-ci m’a mis les larmes aux yeux, cette femme que vous faites parler ici m’a beaucoup touchée… Comme beaucoup de ces personnes dont vous nous relatez l’histoire.
    Un grand merci pour ces beaux textes, et pour nous faire partager ces tranches de vie qui nous font réfléchir…

  30. L. de Chatillon

    Magnifique histoire, extrêmement touchante. J’ai voulu la lire à ma mère, donc la lire à haute voix, et j’ai été incapable : je pleurais trop. Vous savez merveilleusement traduire, par les mots, des sentiments si forts. Félicitations

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