La petite fille qui faisait de grandes bêtises.

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Alors nous voilà, le SAMU et moi, appelés dans un internat à 3 heures du matin pour une ado de 17 ans. Tentative de suicide.

Elle s’est pas ratée la jolie gamine aux longs cheveux noirs ! On arrive : le pompier est épuisé de la masser, je prends sa place, je masse comme j’ai jamais massé de ma vie, avec des Abracadabras au bout des doigts. Le chef intube. Je prie, je masse, je m’épuise aussi, je veux devenir magicien. Ou Jésus ! en voilà une bonne idée : demain, je deviens Jésus et je ressuscite les jolies gamines aux longs cheveux noirs qui font des bêtises. Parce que faut pas déconner, 17 ans !

Donc : je masse, je prie, je pense à elle, à Jésus, à Harry Houdini habillé en Jésus, à elle encore, à toute la vie qui l’attend.

Bref, finalement, elle meurt.

Sur son bureau : une lettre pour le petit frère. On ramène le corps sur le lit, son pied heurte le mur, une photo tombe : elle, en Été, en train de se faire tresser les cheveux par une dame aux mêmes cheveux noirs. Y a des parents, à l’autre bout du département, qui sont en train de dormir sans savoir qu’une photo vient de tomber à 3h du matin…

On remonte dans la voiture, personne ne parle. Parasites sur la ligne interne : dans notre radio on entend l’autre équipe, parti sur un accouchement.

D’un seul coup, les cris stridents d’un nourrisson : 3kg200, masculin, APGAR 10/10, en pleine forme.

Je pense à Jung, toujours sur son nuage, en train de faire des doigts à Freud et à Lacan. Il doit dire à Freud un truc du genre : « Tu la sens, là, ma grosse théorie de la synchronicité ? »

Qu’est-ce qu’on fait après une nuit comme celle-là ? On appelle sa famille, on leur dit ce qu’on ne dit pas assez souvent parce qu’on est trop con, puis on attend le soir avec fébrilité : on va au resto (cher le resto), on va boire (cher la bibine), danser (jusqu’à avoir mal aux pieds), faire l’amour (longtemps faire l’amour) puis dormir trois jours d’affilée avant de partir dans un monastère tibétain pour devenir bonze… et finalement revenir parce que : soit la vie a un sens et il est trop compliqué à déchiffrer, soit elle n’en a aucun et alors il vaut mieux manger, boire, danser et faire l’amour le temps que ça va durer.

Je crois que je me pose trop de questions, je veux dire : je suis sûr que je me pose VRAIMENT trop de questions.

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23 réflexions au sujet de « La petite fille qui faisait de grandes bêtises. »

  1. Léa

    Alors voilà. Je suis en Mongolie (et oui), et la magie de Faceb… m’a amenée sur ce blog dont j’avais entendu parler étant donné que je suis originaire d’une ville où tu es devenu célèbre. Et du coup je suis partie sur le marathon de tout lire, depuis hier jusqu’au début.
    J’aurais pu commenter plein de post, mais c’est celui-là que je commente. B…. qu’est-ce qu’on fait de nos gamins? Qu’est-ce qu’il y a d’écrit dans la lettre au petit frère d’une gamine de 17 ans qui ne s’est pas loupée????
    Quand j’avais 17 ans, dans cette même ville, un copain de classe ne s’est pas raté non plus. Plus tard j’ai pu mieux comprendre qu’on aie envie de partir. Mais jamais qu’on parte vraiment. Il me semble qu’il y a toujours quelque chose qui vaut la peine. Un petit frère, par exemple.
    En tout cas bravo, je ne sais pas comment toi, ma mère et mes ami(e)s infirmiers dans cet hôpital ou d’autres, vous tenez le coup. Enfin si, tu l’expliques à la fin. Mais ça n’arrive pas à me l’expliquer totalement. Vous devez avoir un truc différent. Heureusement pour nous.

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  2. Marine

    Comme beaucoup je découvre votre blog grace à l’article de Caroline.
    Je suis stupéfaite. Stupéfaite par tant de réalisme, de vérité, de sincérité. Des expériences de vies qui font mal au ventre, par souvenirs ou empathie. On ne pense jamais à ceux qui sont de l’autre coté, sous la blouse du médecin, ceux qui, à nos yeux n’arrivent jamais assez vite, ne soignent pas comme on l’aimerait, qui parfois ne semblent être que des robots.
    Merci, et félicitations pour tout ce que vous faites sur ce blog mais aussi partout ailleurs.

    Marine.

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  3. béatrice974

    J’adore!! En regardant les nouveautés littéraires sur la Fnac.com, je suis tombée sur le livre …qui parlait du blog…donc j’y vais. Et là , je n’en ai lu que 2 articles …et je suis fan!! Bravo et merci de nous faire connaître l’univers hospitalier avec tant d’humour, de de drôleries, d’humanité!!! Un grand rayon de soleil de chez moi (La Réunion) pour te remercier!! A très bientôt!!

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  4. suzy

    Hello,
    J’aime. Beaucoup. Moi aussi j’ai été un jour dans la position de cette fille de 17 ans. Sauf que moi j’ai été « sauvée ». Je voulais juste qu’on s’occupe de moi. Que quelqu’un s’occupe de moi pour moi et pas pour ce que je représentais pour d’autres. C’est cela la grandeur de votre métier. Dans les minutes ou heures que vous vous occupez de la personne qui a besoin d’aide vous lui accorder ce regard dont elle a si désespérément si « vitalement » besoin. En cela vous êtes grands et uniques. Le reste ne vous appartient pas. Merci pour ce que vous faites.

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  5. Sandra C.

    je découvre ce blog et cet article et je suis émue par la sincérité, et le ton du récit. Authentique.
    Humain. C’est d’une beauté rare. J’aime l’humour qui se dégage pour prendre le recul nécessaire à l’acceptation des choses graves de la vie. Ne changez rien à qui vous êtes. Et n’arrêtez jamais d evous posez des questions. Bravo pour ce que vous faites et surtout comment vous le faites.

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  6. anonyme

    Il n´aurait fallu
    Qu´un moment de plus
    Pour que la mort vienne
    Mais une main nue
    Alors est venue
    Qui a pris la mienne

    Qui donc a rendu
    Leurs couleurs perdues
    Aux jours aux semaines
    Sa réalité
    A l´immense été
    Des choses humaines

    Moi qui frémissais
    Toujours je ne sais
    De quelle colère
    Deux bras ont suffi
    Pour faire à ma vie
    Un grand collier d´air

    Rien qu´un mouvement
    Ce geste en dormant
    Léger qui me frôle
    Un souffle posé
    Moins une rosée
    Contre mon épaule

    Un front qui s´appuie
    A moi dans la nuit
    Deux grands yeux ouverts
    Et tout m´a semblé
    Comme un champ de blé
    Dans cet univers

    Un tendre jardin
    Dans l´herbe où soudain
    La verveine pousse
    Et mon cœur défunt
    Renaît au parfum
    Qui fait l´ombre douce

    Il n´aurait fallu
    Qu´un moment de plus
    Pour que la mort vienne
    Mais une main nue
    Alors est venue
    Qui a pris la mienne

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  7. DrAmbak'

    Compliqué à recevoir comme témoignage. Que faut-il dire ? Comment digéré ? Qu’est ce que les autres (ceux qui ne sont pas sur place, les proches du soignant, ceux qui vont être là dans l’après) peuvent bien dire ?
    Je ne sait pas ce qu’il fait faire après. De ma maigre expérience de SMURiste dans une grande ville Suisse je connait se genre d’état « d’après » ou l’on ressasse l’intervention, et si j’avait fait 5 minutes de plus, et si j’avait essayer de mettre un choc à cette foutu asystolie, c’était peut être une FV à très petites mailles ? et si le tube était arrivée plus vite ? ou pas du tout, le message aurai peut être été efficace … et si on était sorti des protocole pour quand même tester la lidocaïne/une ampoule de calcium / de l’eau bénite en IV… Et les proche qui ressasse que « tu as fait tout ce que tu as pus », « il/elle n’avait aucune chance de s’en sortir »… Peu de chose aide à la digestion, finalement le temps fait son oeuvre, mais jamais assez vite …

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    1. Save Our Souls

      dur de s’y retrouver dans ce jargon médical et ça fait froid dans le dos : vous doutez d’avoir fait tout ce qu’il fallait?

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  8. marie

    J’ai une amie qui a lutter huit ans contre une maladie là où le corps médical lui donnait 6 mois à vivre. Un jour elle nous a dit « c’est bon, c’est ok, je peux m’en aller mes affaires sont en ordre comme je le voulais » elle s’est endormie en paix et nous à laisser sur un nuage de bienveillance. Je crois , fondamentalement qu’on doit apprendre à être en paix avec la mort, soignants, soignés, on y gagne en qualité de vie, on est plus attentif aussi aux jeunes filles qui vont faire des bêtises.

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  9. genevieva

    j’ai découvert alors voilà par ma fille je le trouve très sympa je connais bien le côté hospitalier l’ayant beaucoup cotoyé je voudrais dire qu’il y a des médecins des infirmières (ers) des kinés formidables, humains et que malheureusement d’autres qui ne le sont pas du tout (pourquoi avoir choisi ce métier dans ce cas) ils font des erreurs cas de ma sœur décédée à 28 ans car elle voulait des enfants mais on ne lui a
    jamais dit de ne pas en avoir, elle était cardiaque de naissance « maladie bleue’ et j’en veux aux cardiologues
    de 1970 qui ont laissé faire, elle me manque terriblement après les moments difficiles que j’ai passé pendant une vingtaine d’années à soigner un mari « Parkinson’ décédé en octobre 2013

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    1. Save Our Souls

      je vous admire! je suis en plein deuil là et je crois que ça ne s’arrêtera jamais..? je voudrais tant trouver cette paix, LA Paix!

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  10. kaleidoscope

    quel drame ! et quels mots bien creux que les miens, que les nôtres, pour un si immense désespoir …
    et pourtant, c’est jamais si foutu que ça, dans la vie, encore moins au début de la vie
    petite petite, si nous avions pu seulement te dire, si nous avions pu savoir, si tu avais pu entendre, comme dans la chanson, que le monde entier s’en remettra, alors que, mXXX, on peut avoir une bonne droite sans se sentir obligé de la coller en pleine poire du monde entier … que rien, rien, pourtant, n’est jamais complètement foutu
    repose toi mignone, et désolée

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  11. kain

    Nous naissons avec un premier bagage : l’innocence! Mais nous naissons avec une responsabilité, cette vie qui nous est offerte.
    C’est si difficile parfois, si difficile..
    Gravir cette montagne à l’aveugle, nos mains s’accrochent là où d’autres se tendent..
    Lâcher prise sans cette peur au ventre, primitive.
    Pas de courage, plus de courage.
    Tomber.
    La petite fille autiste avec laquelle je suis ne comprend pas le choix du « …Ou pas? ».
    Elle ne le comprend pas mais elle le sent. Et elle le fait avec ses mots.
    Nous avons toutes et tous le choix de cette Responsabilité.

    Trop bien ce blog! Merci.

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  12. isa

    Moi j’ai tranché :elle n’en a aucun et pourtant les miracles existent 🙂
    (et alors il vaut mieux manger, boire, danser et faire l’amour le temps que ça va durer) ..

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  13. Johanne

    Moi aussi j’ai fait des betises mais je n’etais plus une petite fille (enfin presque plus) Je suis restee hospitalisee 1 an et 5 mois. J’ai lutte, baisser les bras, remonter mes manches, pris des medicaments (beaucoup de medicaments), refait des betises, abandonner. Mais il y avait ces blouses blanches: elles croyaient en moi, elles se battaient avec moi/pour moi. Ca a mis du temps mais on a trouve le bon chemin.
    Aujourd hui j’ai un homme dans ma vie et même si le noir revient, je sais que mes blouses blanches sont pretes a partir en guerre avec moi.
    Merci au corps medical d’y croire quand nous n’y croyons plus

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  14. Tchouda

    Je revient toujours a cet article, je sais pas, j’ai comme l’impression que dans vos simple mots ce cache la réponse au sens de la vie ( y a 42 ) et sur la façon qu’on doit la vivre.
    Une mort une naissance. si simple et si beau .
    La nature a horreur du vide et elle nous le fait savoir !

    Quand on est jeunes on peut faire des connerie, une amie m’a dit en me regardant droit dans les yeux avec un regard de détresse  » pourquoi les idées noire reviennent sans cesse, et pourquoi j’ai toujours autant envie de me faire du mal. » je sais toujours pas quoi répondre

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  15. Christine Morton

    Bonjour, j’ai découvert votre site et votre écriture avec un « waouh » d’émerveillement, de plaisir des mots, de découvertes humaines, de larmes, de rires….depuis, j’ai acheté un de vos livres que je savoure…
    Merci pour tout et bonne continuation…

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  16. Milie

    Mon fils s’est suicidé à 25 ans . Tout l’avenir devant lui…. et j’aurais aimé qu’il me laisse une petite lettre car je n’ai rien compris.
    Et j’ai beaucoup pensé au médecin qui a du confirmer sa mort. …steph s’était allongé sur les rails de l’orleans paris…

    Vous faites un tres beau métier et nous avons besoin de vous.
    Merci

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