La lumière, l’été, l’hiver.

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Pour Catherine B.

Alors voilà, quand elles entrent, ça se met à sentir la confiture d’abricot dans le bureau. L’image qui me revient en écrivant ça c’est « la femme et l’enfant sont entrées comme si elles poussaient l’Été devant elles ».J’ausculte les poumons de sa fille, la femme la tient par devant, enfouissant son visage dans ses cheveux, fermant les yeux, entrouvant la bouche, hébétée, ivre un peu de l’odeur de l’enfant, du contact de l’enfant, de la chaleur de l’enfant. Je pense : « Peut-on manger quelqu’un par amour ? » parce que l’enfant, elle, parait si courte, si… fine… je crois qu’elle pourrait tenir debout dans mes mains sans me fatiguer…

Tout à coup, j’ai un léger mouvement de recul : je viens de surprendre un minuscule pertuis directement relié à son estomac.

– Anorexie, dit la femme d’un ton léger, comme elle aurait dit les mots « coeur », « pétunia » ou « nuage dodu ». 

– Anorexie ?

– Oui, depuis qu’elle est née.

– Mais… comment ?!?

Je balbutie. Mes yeux grands ouverts confessent à cet instant une absolue ignorance à ce sujet. 

– Elle a pas faim… Les médecins savent pas pourquoi… Elle boit pas, non plus. Je lui donne l’eau directement par la gastrotomie. Parfois, je tente de l’éveiller aux goûts… Sucré, salé, etc. Mais non. Y a que le miel. Ça, ça passe de temps en temps…

Et la femme replonge son visage dans les boucles blondes de sa fille, la renifle, la sent, pourrait faire sa toilette à coups de langue, comme les chattes, ou lui mâcher la viande si cela permettait à la petite de manger de la viande. Elles sourient, gloussent, se vautrent dans une joie qui n’appartient qu’à elles. Sans doute ces grands sourires-là naissent comme les grands levers de soleils : des nuits les plus profondes.

– Le plus dur, c’est le jour de son anniversaire, dit la femme.

– Pourquoi ?

Elle hausse les épaules. 

– Ben j’aimerais lui préparer un gâteau d’anniversaire !

– Ah oui… Un gâteau… Je suis bête… Et vous, le moral ?

– On va bien. On gère.

– Vous avez un peu d’aide ?

– Son père est parti il y a longtemps. On est que toutes les deux, mais on est une équipe. Hein, ma chérie ?

Les yeux clairs de l’enfant captent toute la lumière du cabinet. 

– Oui, maman, une super équipe. 

L’enfant serre la femme et la femme étreint l’enfant. Je crois qu’elle pourrait la nourrir comme ça, par convection de chaleur humaine : <<Tiens, enfant, voilà toute la tendresse du monde, je te la fais passer dans le sang… Là… Tu sens ? Je te la donne de haut en bas, je te la fais monter à la tête, je la verse dans ton petit corps vide, comme on verse ces vins chauds à Noël, ceux avec des épices et des couleurs de pierres précieuses.. >>

Est-ce que ça existe, les vases communicants d’amour ? Il y a des rayons de soleil dans mon appartement. Parfois, ils paraissent tellement compacts qu’on jurerait pouvoir les tâter à pleines mains, y grimper même, s’y suspendre tout entier tête en bas. L’eau, le sang, tout ce qui déborde du coeur… peut-on le rendre solide pour mieux le recueillir, puis mieux l’offrir aux autres ?

Je ne sais pas.

La femme et l’enfant… J’ai refermé la porte du cabinet sur elles.

De leur départ, le seul souvenir qui me reste c’est moi en train de me retourner vers mon bureau. Il m’est apparu si sombre ! J’ai dit tout haut : << Ah tiens, c’est vrai, on est en hiver…>>

Quelques minutes durant, je crois que j’avais oublié.

——-

(Je réponds à tous vos mails. J’ai plus ou moins un an de retard… Désolé pour ça, j’espère que vous ne m’en voulez pas, je ne sais plus où donner de la tête…)

77 réflexions au sujet de « La lumière, l’été, l’hiver. »

  1. Dubois

    Son cas me fait penser à ce que j’ai vu en cours de biochimie : les patients en hypoglycémie prolongée voient leur foie produire des corps cétoniques pour maximiser l’arrivée de sucre au cerveau. Ces corps cétoniques leur donne une odeur particulière, fruitée.
    On parle d’odeur de sainteté à cause de l’odeur qui était dégagée par les ermittes qui s’isolaient et jeunaient, et qui finissait par dégager cette odeur.

    Je dis ça, parce que pour moi, c’est terrible de se rendre compte que ce qui pouvait rendre cette petite créature magique et brillante, est du à sa condition..

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    1. Dubois

      (Il faut croire que j’y étais, puisque que Baptiste a publié sur sa page facebook le même « diagnostic » juste après moi ! 🙂 )
      C’est incroyable, je trouve, cette manière qu’à notre corps de nous faire sentir bon lorsque l’on souffre. C’est comme si il compensait, c’est presque poétique. Merci Baptiste pour cette belle histoire, elle est vraiment belle, et bizarrement optimiste.

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  2. Rosi

    C’est l’histoire d’une amie, bébé anorexique, « gavée » par stomie. papa qui part avec une autre … Bébé a maintenant 14 ans, pas bien grosse ni grande mais plus anorexique !

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  3. Muriel

    J’ai rencontré plusieurs personnes qui n’avaient pas besoin de manger et qui vivaient une vie normale. C’est un mystère, mais rien d’inquiétant.

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  4. Christiane

    Vous lire …. inexpliquable … un instant entre parenthèse ….. Tout est tellement beau, amour, tendresse et encore ….. Merci pour tout ces instants qui réparent un peu le quotidien quelquefois amer.
    Continuez à nous aimer.

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  5. Fabymary POPPINS

    Hé bien, je ne savais pas que si jeune on pouvait souffrir d’anorexie et cette enfant a une relation fusionnelle avec sa maman, j’espère qu’elles vont aller mieux. Bises Mr Baptiste et pas grave de pas me répondre. L’important est ailleurs

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  6. Myriam FdF

    Drôle de journée : en te lisant ce matin, j’apprends qu’un bébé peut être atteint d’anorexie. Je tombe des nues. J’imagine sans mal toutes les galères auxquelles sont confrontés les parents et leur tout petit…
    Et puis, ce soir, en lisant les commentaires, j’apprends que cela peut se soigner, ouf ! Il n’y a pas de détails mais j’imagine que cela se fait avec le temps, mais surtout la douceur et la patience des mamans… (et des papas, quand ils restent…).
    Tu as une plume magnifique Baptiste, personne mieux que toi n’aurait pu décrire cette situation avec autant de douce chaleur, mais ce n’est pas la seule raison qui m’attire sur ton blog : je suis fan des commentaires, aujourd’hui, bien plus qu’hier…. 😉 Merci.

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  7. Nanou

    Je crois sincèrement que l’amour d’une mère, la fusion avec son (ses) enfant(s) peuvent faire des miracles. Je n’ai pas eu de révélation, d’épiphanie ou que sais-je à la naissance de mes filles. C’est avec le temps que notre amour a poussé et grandi, et j’ai l’impression de les aimer de plus en plus et de plus en plus fort. Alors comme je plains, comprends et admire cette maman, qui se gave elle-même des odeurs et du goût de sa petite, qui aimerait peut-être la remettre au chaud au plus près d’elle et (bonjour Freud) lui rebidouiller un cordon nourricier. Bon je m’égare dans le lyrisme à deux balles mais cette histoire me touche vraiment. Ton écriture aussi. Et je mesure la chance toute bête qu’on a de pouvoir faire un gâteau à ses enfants, et se régaler à les voir le manger. Merci.

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  8. pascale

    j’aime lire, j’aime te lire, tes mots sont empreints de douceur, de discrétion, légers mais à la fois si graves, merci de mettre des mots sur le ressenti des soignants, on oublie trop souvent que nous aussi, nous sommes des humains, et trop souvent les maux nous atteignent plus qu’ils ne devraient

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  9. Isabelle

    Je vais peut-être choquer, mais en lisant ceci j’ai l’impression que la maman se nourrit de sa fille, elle la hume, joue avec ses cheveux, mais lui parle-t-elle?… Elle semble mettre son enfant au dedans d’elle, elles ne font qu’un, mais si l’enfant grandissait, grossissait, symboliquement elle ne tiendrait plus au dedans de sa maman, elles seraient obligées de redevenir deux. Moi je ne ressens pas ce lien comme de l’amour simple, comme de l’amour sain, mais comme autre chose, de dévorant, de sourd, de lourd…

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    1. Sophie

      Vous vous méprenez madame. Cette relation est une fusion entre la maman et l’enfant. Et l’amour que ressent la maman pour sa fille n’a rien de lourd et de pesant. C’est juste qu’elles n’ont qu’elles l’une pour l’autre et qu’elles le savent. Si c’était si lourd, la petite rejetterait les bras et tendresses de sa maman. Mais ce n’est pas le cas. Toutes les deux ne vivent que pour que l’autre soit heureuse. C’est très puissant comme relation, très complice et très beau. C’est magique.

      Répondre
    2. Sophie

      Pour Isabelle : Vous vous méprenez madame. Cette relation est une fusion entre la maman et l’enfant. Et l’amour que ressent la maman pour sa fille n’a rien de lourd et de pesant. C’est juste qu’elles n’ont qu’elles l’une pour l’autre et qu’elles le savent. Si c’était si lourd, la petite rejetterait les bras et tendresses de sa maman. Mais ce n’est pas le cas. Toutes les deux ne vivent que pour que l’autre soit heureuse. C’est très puissant comme relation, très complice et très beau. C’est magique.

      Répondre
      1. Isabelle

        Je n’ai exprimé que mon ressenti, que la lecture de ce texte m’amenait à ressentir, je ne prétends pas qu’elles se méprennent. Vous dites que toutes les deux ne vivent que pour l’autre soit heureuse, je persiste à penser qu’un enfant n’a pas à vivre pour rendre son parent heureux, et qu’en aucun cas une relation où le parent n’a que l’enfant et l’enfant n’a que le parent ne peut être mise en avant. J’ai une relation très proche avec ma fille dont je me suis occupée seule mais en aucun cas je ne souhaiterais qu’elle n’ait que moi à aimer. Le rôle d’un parent est aussi de se détacher de son enfant, de l’aider à partir

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        1. martingoule

          @Isabelle.
          C’est certain le rôle des parents c’est d’aider et de laisser son enfant s’épanouir c’est plutot facile a faire meme sî on l’élève seule.
          BEAUCOUP plus compliqué Isabelle quand son enfant a des problemes que les problemes soient à la naissance ou plus tard .
          La je crois ( enfin ) je crois que la mere est obligé de faire un avec son enfant pour la sortir du gouffre .
          C’est juste ce que je pense hein Isabelle,parceque a un moment ( ma fille n’était plus un bébé ) j’ai tout essayer et ce qui a marché c’est de ne faire plus qu’un avec elle ,un pas dans son pas mon souffle dans son souffle et ne pas la quitter un instant.
          Cela a duré 3 ans mais elle y est arrivé .
          C’est la l’essentiel .
          Bisous

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      2. Zab

        Vous dites « Si c’était si lourd, la petite rejetterait les bras et tendresses de sa maman. ».
        Mais les enfants ne sont pas capables de se défendre d’un amour qui les étouffe. De fait, un enfant qui fait du bruit, qui se bat, qui crie et se révolte, est infiniment moins inquiétant qu’un enfant qui se laisse faire.

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    3. Lemm

      J’ai la même impression que vous Isabelle…
      là où les autres voient la poésie, j’ai relu 3 fois en étant extrêmement dérangée…
      Comme s’il y avait quelque chose d’autre, de dévorant, de quasi « malsain » (le terme est un peu fort mais c’est ce que j’ai ressenti) dans ce récit.
      Surtout lorsque la mère insiste sur le fait qu’elles sont une « équipe » et qu’il n’y a qu’elles…

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    4. marie

      on dirait que la maman n’a pas accouché et que cette petite n’est pas tout à fait née ,elle a besoin d’être nourrie comme si le cordon les reliait encore , c’est étrange et troublant de voir la légèreté de la maman face à l’anorexie de sa fille…ce billet plein de poésie laisse entrevoir une histoire inouïe, ne pas entendre le chuchotement de cette anorexie qui pourrait dire « j’étais si bien en toi que je n’ai pas envie de grandir « . Donc oui Isabelle je vous rejoins, il y quelque chose qui n’a pas éclos.

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  10. Cath

    Ce matin, je n’ai pas entendu le radio- réveil à l’heure habituelle, plombée de sommeil. Et puis, la voix frêle d’un monsieur témoignant devant la commission d’enquête sur les attentats du 13 septembre m’a tirée des limbes.  » Ce n’est pas cela qui me rendra mon fils et ma belle-fille » disait cette voix qui disait la perte des êtres aimés.
    Je me suis levée lasse et triste, impuissante devant la journée qui s’annonçait glauque.
    J’ai vaqué, puis j’ai lu ce post…
    Alors merci, merci pour ce texte lumineux et sa douceur. Merci, vraiment.

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  11. Grand33

    Bonjour Bibi,
    Tu es vraiment l’alchimiste des mots, tu ne transformes pas le plomb en or mais les mochetés en poésie.
    Puisse cette poésie accompagner cette maman et sa fille dans le tas de ronces, rempli de framboises.
    Juste une petite requête : fais nous marrer sur le prochain post,
    La bise

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      1. T.pinault@libertysurf.fr

        Plus généralement quand tu cherches la provenance d une image tu peux garder le doigt appuyé dessus et on te propose « rechercher l image sur Google « . Sur Google Chrome en tout cas. J’ai découvert cette fonction avec tes images!
        Bises Tiphaine

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  12. Sophie

    Jean-Baptiste, tu écris des choses magnifiques. Mais cette histoire-là me touche particulièrement et signe en quelques mots ma relation avec ma fille. Merci

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  13. adèle

    J’adore tout-à-la fois la poésie de ce texte et la vision de cet amour ruisselant.
    Arrêtons de soupçonner les mères de sombres vilénies ; si elles aiment et protègent tant ces enfants-là, c’est qu’elles savent tout de leurs fragilités.

    Répondre
      1. adèle

        Je vois les reproches faits à cette mère et je pense aux relations si souvent difficiles entre soignants et familles de patient vulnérable (enfant, personne âgée ou handicapée).
        On se plaint que les familles sont trop présentes ou pas assez , trop indifférentes ou trop interventionnistes …
        Les famille sont souvent vécues comme un frein, voir une gêne, alors que la plupart du temps, c’est un merveilleux atout, un soutien, une aide.
        Elles sont dérangeantes et c’est tant mieux : elles nous obligent à changer notre regard, notre façon d’être et de faire avec nos patients vulnérables.

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  14. Samarraa

    Une consultation, parmi tant d’autres, mais une consultation pas comme les autres, comme beaucoup d’autres. Un instant de grâce. Magique ce moment, envoûtant, le temps s’ arrête pour notre médecin. Et pour moi en tout cas qui ai vu dans le récit de cette « cène » la douleur indicible d’une femme – mère, et la souffrance d’un enfant-courage et le désarroi enfin d’un homme – médecin subjugué et impuissant. Partout de la détresse donc, et le soleil malgré tout et l’été, et ce doux parfum de confiture d’abricot… vous avez dit alchimiste, le Baptiste? 🙂

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    1. Baptiste Beaulieu Auteur de l’article

      Merci Samarraa…
      C’est toujours pareil, le père se barre, la mère est seule à se battre et à faire des sacrifices, et on reproche à la mère de mal s’y prendre. C’est d’une violence envers les femmes assez inouïe.

      Coeur et paillettes à celui qui passe ici et lit ces mots.

      Répondre
      1. Lemm

        Bonjour Baptiste,
        j’avoue ne pas comprendre où est « la violence faite aux femmes », quand deux mères (Isabelle et moi), à la lecture de votre texte, avouent se sentir dérangées ou ressentent un sentiment différent du vôtre.

        Répondre
        1. Baptiste Beaulieu Auteur de l’article

          Non Lemm, pardon je parlais pas forcément de vos com, je parlais aussi de celles sur Facebook qui sont très critiques par rapport au côté fusionnel de leur relation. Que ce côté vous dérange je l’entends COMPLÈTEMENT, mais pas une com n’a parlé de la difficulté d’être mère célibataire ou de la lâcheté des hommes. Je vois environ 40 patients par jour. Je vous promets que j’ai beaucoup plus de mères célibataires que de pères célibataires (en fait, je crois ne pas avoir de père célibataires…)…
          Bisous à vous, Lemm

          Répondre
          1. adèle

            Je crains que si l’histoire avait été celle d’un père célibataire et sa fille, certain(e)s auraient mis l’anorexie de la fille sur le compte du départ de la mère … 🙁

          2. Isabelle

            mon commentaire est celui d’une mère célibataire, j’ai été seule avec ma fille depuis le début, et tout en étant très proche de ma fille j’ai toujours fait extrêmement attention qu’il y ait des Autres dans la relation, mais c’est très difficile d’être une maman célibataire. La famille a bien sûr un rôle bénéfique mais elle peut aussi, à son insu, induire des situations plus complexes. Ca ne veut pas dire qu’on n’aime pas, mais je pense qu’on peut mal aimer, en aimant trop

          3. Herve CRUCHANT

            Pourquoi toujours rationnaliser ? Trouver un coupable ? Une cause à tout ? Oui, je sais, nous sommes dans un cadre qui impose de trouver une pathologie afin de la réduire. Mais le père qui s’en va, c’est la cause de… Ou la mère absente… C’est souvent réel sinon vrai. La totale vérité de chacun n’est pas la réalité des autres. Ce « cause à effet » m’ennuie; m’a toujours paru suspect. Il justifie tant et tant d’errances humaines (Mais pas ici, c’est sur; en général, oui). Le rationnalisme tend à stériliser l’humain. A l’aseptiser. A justifier le recours aux monstruosités dictatoriales, aux jugements lénifaints sur autrui…après avoir fusillé le discernement et embastillé le libre-arbitre, passé à la question les opinions diverses et mis les fers aux diversités. Devenues invisibles sous la tchador et la cornette. Je bradhonneure le rationnalisme comme il méprise la sensibilité et qu’il l’appelle « sensiblerie » -las Anciens du Blogabibi comprendront. Les adeptes inconditionnels de la constante de PLanck à toutes les sauces n’ont toujours pas expliqué pourquoi 1 Racine de 5 sur 2 appelait l’esprit de chacun et de tous à la sérénité en leur faisant toucher le beau. Et pourquoi ma grand’mère maternelle a abandonné brutalement son foyer, ses trois enfants filles et son mari pour aller se noyer dans la Flandre de France… Et que mon grand’père maternel ‘a pris’ une autre femme, a vécu avec elle derrière le mur mitoyen en refusant de voir ces trois filles…qui ont finies par être ‘placées’ séparément, essaimées en Picardie, arrière front de l’après guerre d’il y a cent ans. On dit que la bataille de la Somme a été plus abjecte que l’absurde Verdun… Cause-effet. Guerre-paix. Homme-femme. Père-mère. Des couples. Seul, en bout de ligne, … « enfant ».

  15. Darlinguette

    Un article intéressant :
    Anorexie du bébé: les symptômes
    L’anorexie du bébé au niveau psychologique est rare. Elle débute, en moyenne, entre 6 et 9 mois.
    La première phase
    Au début, elle passe facilement inaperçue et commence souvent par une banale baisse de l’appétit.
    Peu à peu, l’enfant ne termine plus son biberon ou son assiette :
    il recrache les morceaux qu’on essaye de lui introduire de force ;
    il serre les lèvres ou tourne la tête et résiste à toutes les manœuvres, même menaçantes ou séductrices (chanson, la cuillère qui fait l’avion, une cuillère pour papa…).
    Deuxième phase
    Par la suite, les rejets se font plus affirmés et il repousse son biberon, ou son assiette, avec des pleurs ou des gestes de colère :
    plus les parents insistent, plus le bébé résiste ;
    chaque repas devient un moment redouté qui s’apparente à une épreuve de force ou un supplice ;
    paradoxalement, quand une personne étrangère s’occupe de lui, il peut manger avec plaisir.
    Pourtant, des examens médicaux attentifs ne détecteront aucune anomalie en dehors, parfois, d’un léger tassement de la courbe de poids.
    La cause de l’anorexie : un conflit autour du repas
    C’est toujours la même erreur qui est à la base de l’anorexie psychologique du bébé : l’enfant a été contraint alors qu’il n’avait pas faim.
    Anorexie du bébé : quelles situations la déclenchent ?
    De nombreuses causes sont à la base de cette maladie, voici les plus fréquentes :
    l’appétit du bébé diminue à cause d’une infection ou d’une sortie de dents et les parents ne comprennent pas ce changement provisoire ;
    l’enfant est un petit mangeur qui ne parvient jamais à finir son biberon ou son assiette comme l’exigent ses parents ;
    l’enfant s’habitue mal aux aliments solides et préférerait continuer à boire son lait, comme avant ;
    le bébé s’adapte mal à de nouveaux horaires ;
    les parents se sentent obligés de suivre les prescriptions sur la diversification alimentaire des spécialistes.
    Mécanisme de l’anorexie : un durcissement des deux côtés
    Plus le bébé refuse de se nourrir et plus les parents insistent, inquiets, ils cherchent à le contraindre. Le conflit s’aggrave et prend des proportions alarmantes :
    rejet de toute nourriture ;
    apparition de vomissements après un repas forcé, volontairement provoqués par le bébé.
    Cette situation est très difficile à vivre pour les parents, pour qui bien nourrir leur enfant est perçu comme leur fonction première afin d’être de « bons parents ».
    Par angoisse, les parents renforcent leur autorité. Le bébé perçoit parfaitement cette contrainte qu’on cherche de plus en plus fortement à lui imposer ainsi que les réactions provoquées par sa résistance.
    Comme une réponse de légitime défense, refuser de manger devient sa manière de dire qu’il existe.
    Résoudre le conflit et stopper l’anorexie du bébé
    Pour régler le problème d’anorexie, il faut absolument résoudre le conflit qui oppose le bébé à ses parents.
    Pour sortir de ce cercle vicieux, la seule solution est de prendre rendez-vous auprès de professionnels reconnus comme :
    un médecin ;
    un psychothérapeute ;
    une personne spécialisée dans les troubles du comportement alimentaire.
    Le traitement consiste à restaurer un lien équilibré entre les parents et leur enfant.
    Les parents doivent apprendre à :
    considérer leur nourrisson comme un individu à part entière, avec ses désirs et ses déplaisirs ;
    désinvestir le repas de toute valeur affective superflue.
    Moins le conflit a le temps de s’installer, plus il est facile de le désenclencher. Il est donc important de consulter le plus vite possible.
    Les spécialistes sont les plus compétents pour gérer ces types de conflits et ils sont fréquemment confrontés à ce type de problème : ils ne porteront pas de jugement sur vous.

    Je me pose la question : si cet enfant se mettait à manger  » normalement » comment réagirait sa mère ? Sans vouloir faire psy de comptoir, la relation fusionnelle qui existe entre cette mère et son enfant fait que chacune a besoin d’être dans son rôle pour que l’autre existe. Je suis moi aussi gênée , car la mère mange littéralement son enfant, elle s’en nourrit , si l’enfant devient autonome côté nourriture , de quoi va se nourrir sa mère ????

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  16. Laetitia

    C’est dommage que le papa soit parti. C’est lui cet « autre » bienveillant et aimant qui aurait pu aider le bébé (et la mère) à s’ouvrir à l’extérieur.

    Répondre
    1. Herve CRUCHANT

      @Laetitia. Il n’y a jamais eu de papa. Un père au sens biologique, certes. Mais c’est tout…. Il n’est donc pas parti, le papa. Sans « expliquer c’est déjà pardonner » comme le dit un agité public, je voudrais bien qu’on fasse ici le rapprochement entre ces deux phrases, l’une issue du texte, l’autre du truc rose que j’ai à l’intérieur de la boîte crânienne :
      « si cet enfant se mettait à manger » normalement » comment réagirait sa mère ? Sans vouloir faire psy de comptoir, la relation fusionnelle qui existe entre cette mère et son enfant fait que chacune a besoin d’être dans son rôle pour que l’autre existe. Je suis moi aussi gênée , car la mère mange littéralement son enfant, elle s’en nourrit , si l’enfant devient autonome côté nourriture , de quoi va se nourrir sa mère ???? » (Darlinguette, sic) et « C’est dommage que le papa soit parti. C’est lui cet « autre » bienveillant et aimant qui aurait pu aider le bébé (et la mère) à s’ouvrir à l’extérieur. »(Laetitia. sic).

      La femme qui aime un homme amant qui l’aime. La femme devient mère et l’homme reste amant. La mère chrysalide se nourrit de l’enfant et le père se ratatine…comme la femme-chrysalide disparue. Le père redevient homme. Mais aigri. Plus vieux de mille ans.

      Que se taisent les ratios et les moralistes. Les enfants se font à deux dans l’amour des parents. Ou qu’on laisse aux amants l’usage des moyens de plannifier leurs descendances. (Si j’étais rationnel tout à fait, il faudrait éradiquer tous les anti-planning familial !).
      Et qui a donc appris aux femmes que devenir mère et maman c’était un job à plein temps à faire à deux, au même moment, en transformant son homme en père et papa ? Les belles-mères ? surement pas.
      Quant aux pères papa des mecs… s’ils ne se sont pas trouvés cocus au moment de la mort de leur maîtresse devenue mère-maman, c’est du bol. Va expliquer tout çà à ton fils, comme il se doit, sans qu’il te rétorque « te casse pas, Papa, je me démerderais bien… »

      sans compter tous les « aléas » de l’existence…
      ah, dur, dur !

      mais c’est chouette d’être parent. surtout si çà ‘marche’…

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  17. Mimilua

    Bonjour Baptiste, bonjour à tous,
    Que de beauté dans ces mots et pourtant tant de maux.
    Lorsque j’étais petite, j’avais cessé de manger. J’étais à la maternelle.
    Personne ne comprenait la raison pour laquelle, je ne mangeais pas. Quand je regarde les photos de l’époque, j’ai l’impression de voir un petit fantôme tout blanc avec de grands yeux bleus dépourvus de lumière et de belle énergie. Malade, toujours malade. Voilà comment on me décrivait. Souvent hospitalisé. Ma mère a souhaité que je reste à la maison, persuadée que tout son amour pouvait me sauver! Un été, mes parents sont allés voir le pédiatre en lui demandant s’ils pouvaient partir en vacances avec moi au Portugal, en voiture. Le pédiatre m’a regardé en soufflant fort d’un air désespéré… il a dit oui… veillez à vous arrêter souvent et repérez les hôpitaux sur la route.
    Mes parents, mon frère et moi sommes partis en vacances. Ma mère me dit que j’étais hypnotisée par les paysages mais toujours silencieuse.
    Nous sommes arrivés au Portugal et juste après une bonne douche, mon père nous a pris mon frère et moi et nous sommes allés voir notre tante. Je suis sortie de la voiture en courant et j’ai serré si fort ma tante dans ses bras comme si je ne faisais qu’une avec elle et je ne voulais plus la quitter, plus du tout.
    Ma mère me dit que dès ma naissance, je me attachée très fort à ma tante. Lorsque quelqu’un demandait… qui est ta mère… je montrais ma mère et ma tante… les deux!
    J’étais un pot de colle tantôt attachée à ma mère, tantôt à ma tante, mais ma mère dit qu’avec ma tante c’était quelque chose d’inexplicable. La joie s’emparait de tout mon être, je jouais, je parlais, je devenais bavarde avec elle, nous faisions tant d’activités ensemble, je la suivais partout!
    Cet été là, je suis restée chez ma tante, impossible de me faire rentrer chez ma grand-mère, où se trouvaient mes parents et mon frère.
    J’ai repris vie auprès de ma tante. Le pédiatre avait dit à mes parents, que ces vacances, c’était certainement ma dernière chance. J’ai repris vie. Nous sommes rentrés. Ma mère devait toujours appeler ma tante au téléphone, parfois je ne parlais pas mais je riais d’entendre ma tante. Ma tante était devenue ma belle énergie, mon moteur de vie.
    Chaque été, mes batteries se rechargeaient. Comme il faisait bon vivre auprès de ma tante. Pourtant, j’aimais si fort mes parents et mon frère mais avec ma tante, c’était un lien indescriptible.
    L’été 1986 a été terrible, le choc, le traumatisme de ma vie. Depuis cet été là, je me raccroche à tous pouvoirs de résilience. Pardon, je m’accroche férocement à tout ce qui peut être résilience.
    Ma tante, mes deux cousins, ont eu un accident de voiture.
    Ils sont morts sur la même route où mon oncle était mort deux années auparavant.
    Je vous écris cela, j’ai aujourd’hui 38 ans et je pleure devant mon écran.
    Les quatre sont partis. Ma tante est partie.
    Ma tante d’amour ma faiseuse de belle énergie mon âme sœur câline douce et qui m’enseignait tant de beauté et de tendresse dans la vie.
    Elle est partie. Il fallait se reconstruire tant bien que mal. En voyant ma mère accrochée à son prozac couchée à fabriquer des torrents de larmes quand elle n’était pas assommée et même en dormant je voyais des larmes couleur de son visage et à genoux, assise par terre, je passais ma main dans ses cheveux comme ma tante me le faisait le soir. Un silence si pesant pendant tant d’années à la maison. Mon grand cousin vivait avec nous car il était venu étudier en France. Sa chambre est restée intacte pendant des années. Nous ne touchions à rien. Quel vide. Quel vertige de l’existence!
    Quand mon adolescence est arrivée… l’anorexie aussi! Séances de mono dialogues devant ami psy jusqu’à comprendre que mon corps lui ne comprenait pas pourquoi mes cousins étaient morts et pas moi, pourquoi avais-je le droit de grandir de devenir adulte et pas eux?!
    Un jour, mes parents m’appellent, il y avait la fille d’un célèbre journaliste qui parlait à la télévision. Ils me disent, écoute la, elle est aussi anorexique. A un moment donné, j’ai dit mais je ne comprends pas elle est belle pourtant! Ma mère m’a regardé et m’a dit mais oui c’est ce que nous te disons aussi tout le temps! Il y avait une telle douceur dans la voix de ma mère et un tel désespoir dans ses yeux. Cela a été un déclic et j’ai repris goût à la vie. J’avais hâte de finir mes études, d’avoir mon travail et de pouvoir économiser pour faire rénover la maison de ma tante. La retrouver… cette belle énergie qu’elle savait si bien fabriquer et lui rester fidèle le plus possible!
    De l’amour, de la tendresse, de la douceur, de l’amour d’une mère, d’une tante, c’est si bon comme remède.
    Je reste convaincue aujourd’hui que quelque chose en moi me disait que je n’aurais pas beaucoup de temps avec ma tante alors il fallait que j’en profite un maximum. Aujourd’hui, mon principal tuteur de résilience, c’est de me dire qu’elle est là à côté de moi tout le temps en tout cas c’est sûr elle est dans mon cœur. Que personne ne me dise que ce n’est pas vrai, c’est mon ange gardien d’amour et de tendresse, cette idée me fait tenir, vous comprenez? Merci d’avoir lu mes mots. L’anorexie ne s’explique pas. L’anorexie, c’est une plaie qui peut décider de partir du jour au lendemain ou qui s’incruste comme ce n’est pas permis. J’aimerais que des déclics arrivent chez toutes les personnes qui subissent l’anorexie qu’elle soit passive ou pas.

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    1. Mimilua

      Oups pardon pour les coquilles.
      Je voulais juste rajouter quelque chose. Lorsque j’arrivais auprès de ma tante, je mangeais normalement comme si de rien n’était!

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      1. marie

        Un grand merci à toi Mimlua d’avoir raconté avec tant de délicatesse, l’indicible, ces douleurs qui nous terrassent, qui nous dévorent et qui nous transforment en ce qu’on n’est pas jusqu’au moment où Lumière !!! On comprend.
        Comme toi j’ai eu une tante-mère qui est morte lorsque j’avais 12 ans, en vieillissant je lui ressemble physiquement, le même visage alors parfois au détour d’un reflet dans le miroir je lui dis « ô bonjour ma Lulu !! »…
        Ps1 : Bibi ton blog c’est vraiment un endroit respirant, émotionnellement un sacré tonneau de jouvence , de résilience, de boum boum coeur merci pour ça
        Ps2 . les éléphanteaux sont élevés aussi par leur tata

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  18. Nico

    Alors voilà : c’est quoi un pertuis et pourquoi ça engendre un mouvement de recul ?

    Comme souvent pour guérir l’enfant il suffirait de guérir la mère !

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    1. Baptiste Beaulieu Auteur de l’article

      Un pertuis est un petit orifice aménagé sur la surface de la peau pour permettre d’accéder à l’intérieur du corps…
      On peut guérir la mère ou aussi considérer que les mères célibataires font de leur mieux et que le premier coupable est le père absent ? C’est toujours la faute des mères.

      Je suis sûr que la même situation avec une mère absente et un père célibataire tout le monde aurait dit « la petite ne mange pas car la mère s’est barrée… »

      Je sais pas, hein, je réfléchis à tout ça… C’est pas un sujet facile 🙂

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      1. adèle

        On pourrait aussi arrêter de penser la maladie en terme de faute.
        Autrefois ou dans d’autres contrées, on incriminait les dieux méchants ou les mauvais esprits, maintenant on accuse le malade lui-même : « Il n’a pas fait ceci, il était trop cela … »

        Les statistiques sont intéressantes, mais pas à appliquer au niveau individuel.
        Aussi bien pour le « psy » que pour l’organique.
        Perdons ce vilain réflexe de jugement de l’autre, contentons-nous de l’aider. 🙂

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      2. Cha

        Dans un sens je suis d’accord mais… le pere il est plus la, alors a quoi ca sert de s’acharner contre un truc absent? Bien sur ce n’est pas la faute que de la mere. Ce n’est jamais la faute que d’une seule personne, d’un seul élément, d’un seul facteur. C’est un ensemble. Bien sur que l’absence du père joue un rôle. Mais ce n’est pas une raison pour nier la responsabilité de la mère, ou du parent présent en général. Elle a beau faire de son mieux, certaines attitudes sont destructrices pour soi ou pour son entourage. Est-ce que la mère peut changer ça? pas sur, mais si on se rend compte que oui, alors arrêtons de le nier et de s’acharner a dire que ce n’est pas de sa faute, pauvre mère célibataire. Ici, comme certains l’ont très bien dit, la relation semble bien trop fusionnelle pour être saine. Certes la maman en a surement besoin, la petite fille aussi, mais est-ce que ça ne vaudrait pas le coup de voir comment la petite réagit si sa maman prend un peu de distance, la laisse un peu plus indépendante?
        C’est très bien de vouloir défendre la condition des femmes, nous en avons besoin. Mais pour autant, il ne faut pas nous déresponsabiliser. Nous avons notre part de tord, d’erreur, et mème si la société peut nous inciter a en faire encore d’avantage des erreurs, nous avons la responsabilité de faire de notre mieux dans une société qui mettra des siècles á évoluer. Nous devons nous adapter en attendant que la société change, nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre en nous disant qu’après tout, ce n’est pas de notre faute…

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  19. nico

    Quand j’écris que l’enfant subit les traumatismes de sa mère je n’accuse pas la mère
    Et avant d’accuser le père il faudrait vérifier qu’il était informé et consentait à le devenir
    J’ai été marqué par cette phrase d’un médecin ‘un petit d’homme ne peut devenir un petit homme que si des adultes ont ce projet pour lui’
    Malheureux petit d’homme si tu as tiré le mauvais numéro

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