Archives mensuelles : novembre 2015

Une histoire d’amour(s).

Alors Voila, toujours dans le cadre de mon exploration des réseaux sociaux et de l’élargissement du corps social qu’ils sous-tendent, j’ai poussé ce cri d’amour et ce coup de gueule. 

Ici :

UNE HISTOIRE D’AMOUR(S)

Je ne pense pas que cela a sa place sur ce blog, mais si vous pensez le contraire, je le mettrai (c’est vous qui décidez). 

Je vous embrasse. Et, pour ceux qui suivent ce blog depuis longtemps, qui sont un peu (beaucoup) comme des amis maintenant, même ceux qui ne commentent jamais mais qui viennent à la maison de temps en temps picorer mes histoires, je voudrais dire : JE VOUS AIME. Ne renoncez à rien. Jamais. 

Avec toute ma sympathie,

Baptiste Beaulieu

Sourions-nous.

Alors voilà, 

Je suis dévasté. Toutes ces vies… Tous ces visages qui défilent, ces jeunes gens qui auraient probablement changé le monde, chacun à leurs manières. Je déteste ce sentiment qui me pousse dans le ventre, cette haine.

Quel sens donner à l’existence?

Quelle consolation apporter à la terrible condition humaine?

Nous sommes tous là ! Ensemble ! 7 milliards de petits squelettes condamnés à nous rencontrer sur cette petite boule de boue qui voyage à travers l’espace, dans le silence infini d’une infinie solitude !

Aimons-nous, soutenons-nous, épaulons-nous, prenons-nous dans les bras, dans le métro, dans la rue, dans tous ces petits chemins de nos vies qui nous amènent à côtoyer l’autre.

Oui, sourions-nous, même (et surtout ?) si nous sommes différents.

Sourions-nous.

Prenez soin de vous,
PS : ce soir, je crois que je peux dire que je vous aime, même si je ne vous connais pas. Parce que vous êtes moi, et parce que je suis vous.
Baptiste.

« Tant que nous sommes des Hommes, pratiquons l’humanité »

Sénèque

Les choses que je sais et celles que je ne saurai jamais.

(Une fois par an je publie un texte qui s’écarte un peu de la vocation de ce blog. Et c’est souvent un gros pavé. Désolé pour vous, ça arrive aujourd’hui. Ça ne recommencera pas avant un petit moment. Je remercie les lectrices à qui j’ai posé la question et qui ont témoigné. Et pour ceux que ce sujet intéresse, allez voir les sites suivants, ils expliquent tout ça bien mieux que moi, avec moins de maladresses et surtout une plus grande légitimité.
Le magazine Causette, Madmoizelle, le site « antisexisme » et beaucoup d’autres, comme l’écho des sorcières, ou cet excellent article de Jaddo. Je prends une semaine de congés. Prenez soin de vous. PS : si quelqu’un sait d’où est le texte dans la photo j’aimerai le créditer du nom de l’auteur)

Je sais que je suis un homme de 30 ans, blond, blanc, cis-genre, médecin, socialement bien intégré, et je sais que je jouis sans le savoir de privilèges nombreux qui ne sont en aucun cas le fait d’un mérite quelconque.

Quand j’ai demandé aux femmes qui m’entourent ce qu’était le sexisme, ce qu’était « factuellement » le sexisme, je me suis rendu compte, pour la première fois de ma vie, des mille et une petites choses qui concourent à mes privilèges. Je sens déjà que certaines femmes vont rire, et que les plus féministes d’entre elles grinceront des dents. Mais je leur demande la même indulgence qu’on octroie à cet enfant qui découvre la non existence du Père Noël ou à cet autre qui tombe des nues et s’aperçoit que, non, ce n’est pas une bonne fée qui vient subtiliser la dent sous l’oreiller pour la remplacer par une pièce de 1€…

D’ailleurs, pardon pour elles, mais ce texte s’adresse avant tout aux hommes. Aux hommes qui ne savent pas et qui ne sauront jamais.

Je ne sais pas et je ne saurai jamais ce qu’on ressent quand le vendeur du magasin de bricolage regarde l’homme qui m’accompagne pour répondre à MA question concernant MA salle de bain.

Je ne sais pas et je ne saurai jamais ce qu’on ressent quand la maîtresse d’école s’adresse systématiquement à la maman quand il s’agit de parler des enfants. Ou la colère sourde dans mes tripes de femme violée quand un expert psychiatre dira d’un accusé en cour d’assises : « c’est un dérapage, un acte d’opportunité ». 

Je ne connais pas et je ne connaîtrai jamais l’indignation d’entendre qualifiée de « caprice » ma volonté de garder mon « nom de jeune fille », ou ce qu’on ressent quand le maire de la troisième ville de France parle de ses collègues élus masculins en termes de « compétences », mais évoque la nouvelle élue à l’agglomération en s’exclamant « jolie, en plus ! ».

Je ne sais pas et je ne saurai jamais l’envie brûlante d’expliquer au notaire que non, vraiment non, quand il y a écrit sur le papier officiel « Mme et M [prénom-nom du mari] » moi, en tant que femme, je n’apparais pas. Qu’éprouve-t-on lorsqu’il vous répond : « Mais allons, madame, c’est PAREIL ! » ? Je ne le sais pas et je ne le saurai jamais. 

(Et je ne parle même pas des chéquiers… Les femmes comprendront, les hommes pas du tout…)

Je ne sais pas et ne saurai jamais ce que c’est que de vivre dans une société où la plupart des insultes et des jurons sont liés à mon sexe de femme. « Con, connasse, Salope, va te faire foutre, putain, pute, va te faire enculer, enculée, pétasse,  » autant de mots de tous les jours qui me rappellent ma condition de pénétrée et la suprématie du pénétrant. (Rajoutons les PD, tarlouze, tante, etc.). ET TOUT LE MONDE TROUVE CELA NORMAL ?!?!?

Je sais, cependant, que plus j’accumulerai de conquêtes féminines plus je serai un tombeur, mais je ne saurai jamais ce que ça fait de se faire traiter de chaudasse, ou salope, parce que je suis une femme et que je prétends aux mêmes droits à la sensualité que les hommes. Je sais aussi, la honte induite et idiote, que j’ai ressentie petit garçon quand on m’a dit : « arrête de pleurer comme une fille ! ». Alors, ça pleure comment une fille ? Avec ou sans les larmes ? Avec ou sans les yeux ? Est-ce que ça hoquette ? Est-ce que ça renifle ? (Sérieux, c’est une vraie question ça…)

Je ne sais pas et je ne saurai jamais que, pour chercher des informations sur mes impôts, je les trouverai en réalité sous le numéro fiscal de mon mari.

De même, on ne m’a jamais demandé : « Et le bébé c’est pour quand ? » au cours d’un entretien d’embauche. On ne me fait pas payer mes rasoirs trois fois plus cher parce qu’ils sont bleus ou des Stabilo parce qu’ils sont spécialement faits pour les hommes. 

On ne me regarde pas de travers quand je dis ne pas vouloir d’enfant. On ne me dis pas : « tu as une ampoule grillée sur ta voiture, il faut que ta femme s’en occupe ». Cependant, je sais qu’on me regarde avec approbation quand je dis que je repasse le linge, comme si c’était un exploit. (Et merde, la porcherie est partagée, on est plusieurs à vivre dedans, non ?)

Je ne sais pas et je ne saurai jamais le rire salace du policier qui prend la plainte pour viol de ma compagne lesbienne et murmure à son collègue : « Pour une fois qu’elle avait un vrai pénis entre les jambes ! »

Je ne sais pas et je ne saurai jamais l’envie de frapper mes interlocuteurs quand, étant mariée avec deux enfants, j’accepterai un super job bien payé à 400 km de chez moi et que je m’entendrai dire : « Comment tu vas faire avec les enfants ? »

Parce que ÇA, on ne le dit JAMAIS à un homme. 

Je ne sais pas et je ne saurai jamais pourquoi à l’école on insiste toujours pour appeler d’abord la maman plutôt que le papa quand la fillette vomit. Je ne sais pas je ne saurai jamais pourquoi, dans les magasins, on trouve toutes les tailles pour les hommes, mais rien au-dessus du 44 pour les femmes. Parce que « les grosses, c’est moche, elles vont sur le net », alors que les hommes avec de l’embonpoint c’est le pouvoir et la force de l’âge ! Amen !

Je sais (et je me souviens) de l’indignité d’un chef aux Urgences prétendant de toute sa puissante voix virile que non, l’excision est une coutume locale et qu’on « se doit de la respecter parce que ça rend la femme respectable ».

Je ne sais pas et je ne saurai jamais ce que ça fait de réduire mon indignation d’être humain à un simple désordre hormonal en un réducteur et lapidaire : « T’as tes ragnagnas, ou quoi ? », digne successeur du « T’as un trouble hystérique, ou quoi » du 19 ieme siècle. (Pour les tordus de philo : « Le sexisme c’est emprisonner quelqu’un à l’extérieur de ce qu’il est. » Vous avez 4 heures.)

Est-ce que je suis en colère quand, étant une femme travaillant dans un pays européen, j’apprends que depuis le lundi 2 novembre au soir, je ne suis plus payée ? (Oui, oui, en Europe, un employé femme gagne en effet en moyenne 16 % de moins qu’un employé homme. Rapporté sur 365 jours, c’est comme si elles étaient rémunérées cinquante-neuf jours DE MOINS par an !) Je crois que oui, je serais en colère. Très en colère.

Je ne sais pas et je ne saurai jamais ce qu’on ressent quand, alors que je suis chef d’entreprise et qu’une discussion devient pointilleuse avec un client, celui-ci demande à parler au patron.

« C’est moi le patron ! CONNARD ! »

(mais qu’est-ce qu’IL a celui-là ? IL a ses ragnagnas, ou quoi ?)

Je ne sais pas et ne saurai jamais ce que c’est de devoir assumer SEULE, dans mon corps et dans mon porte-monnaie, le poids de la contraception de mon COUPLE.

Je ne sais pas et je ne saurai jamais ce qu’on ressent quand soudain, dans l’avion, alors que je suis à ma place, l’hôtesse de l’air vient m’expliquer que je dois changer de place car je suis près de l’issue de secours et qu’il faut un homme à cette place. Je ne sais pas et je ne saurai jamais ce que ça fait de se faire traiter de sale pute parce que je porte une jupe, et que non, cela ne veut pas dire que j’ai envie de baiser (et quand bien même !), mais que simplement je me sens bien en jupe ou belle, ou les deux, et que tout être humain a le droit d’être bien dans sa peau et de se sentir beau. Je ne sais pas et je ne saurai jamais la colère d’avoir un doctorat et de pourtant devoir affronter des gens qui persistent à voir en moi une assistante, une secrétaire, une infirmière, une aide-soignante, enfin bref, tout ce qui n’est pas un docteur (je ne dévalorise en aucun cas ces métiers, simplement le fait qu’ils soient, dans l’imaginaire collectif, réservés aux femmes). Je sais, cependant, qu’il est difficile de trouver un déguisement de docteur pour ma nièce, quand seuls des déguisements d’infirmière sont proposés aux petites filles, et de docteur aux petits garçons. Je sais, aussi, que dire d’une enfant « c’est un garçon manqué », c’est dire étymologiquement que l’enfant est ratée. Je sais aussi que le sexisme c’est consacrer spécialement une journée par an aux droits de la femme et aucune à ceux de l’homme avec un h minuscule (oui, il y a une ironie désabusée dans cette phrase.) Le sexisme c’est aussi (surtout ???) la femme qui aura lu ce gros pavé jusque-là et qui se demandera si tout cela EST vraiment du sexisme. Oui, je sais, au fond de moi, que le sexisme, le vrai, celui qui a gagné je veux dire, c’est cette femme, seule devant ce texte, en train de se dire que, finalement, tout cela « ce n’est pas si grave »…

Je pourrais continuer indéfiniment la liste des choses que je sais et celle des choses que je ne sais pas et que je ne saurai jamais. Alors j’incite le lecteur de ce texte à demander aux femmes qui l’entourent ce qui, pour elles, est le sexisme. Le sexisme pragmatique, j’entends. Factuel. Tangible. Quotidien. Palpable dans le réel. Où est-il ? Qui est-il ? Comment agit-il ? Parce que non, définitivement non, quand on est un homme, il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup de choses qu’on ne voit pas, qu’on ne sait pas. Et qu’on ne saura jamais. Demandez aux femmes autour de vous, renseignez-vous, croquez la pilule rouge ! Et si vous vous décidiez à changez votre point de vue, à prendre la place de l’autre ? C’est comme ça que les révolutions arrivent : on commence par changer sa manière de regarder le monde, puis un jour voilà que le monde entier a changé.

La fille qui mettait des robes et s’occupait des papiers.

Alors voilà Marion. Elle est ma co-interne. Marion est la Dita-Van-Teese de notre promotion. Dans ses placards, 7 894 robes : en dentelles, coton, lin, soie… Différentes coupes, différents coloris, avec pompons, sans pompons, avec fanfreluches, sans fanfreluches, mais toujours avec une petite plume quelque part.
Elle a ce petit côté « rétro-chic/prêtresse sado-masochiste ». Jackie Kennedy version Marilyn Manson. Le jour, je la vois soigner les patients, mais la nuit, je la soupçonne très fort de fouetter des mecs à coups de côtelettes de porc. Et ils aiment ça.

Elle passe un diplôme universitaire d’ostéopathie et a débloqué une copine en deux tours de mains.

Le soir, elle aime bien se mettre sur la terrasse et écouter des livres audio. Enfin, UN livre audio : « Les Misérables ». Mais c’est un gros livre ! Ça fait cinq ans que « Les Misérables » lui confient leurs misères. Son oreille gauche s’appelle Jean Valjean, son oreille droite s’appelle Thénardier. Elle, au milieu, elle écoute, elle ressemble à Fantine.

Sur ses genoux, une barquette de lardons fumés qu’elle grignote crus :

– J’aime la viande, dit-elle avec un sourire plein de sous-entendus.

Moi, j’aime bien Marion. Je la connais depuis dix ans.

L’autre nuit, fin de fiesta, elle est allée chercher son serre-tête, tombé au fond de la piscine. Elle y est allée toute nue :

<< Je ne voulais pas mouiller la robe et les sous-vêtements.>>

Évidemment !

Hier, son père a avalé son repas de travers. On appelle ça une « fausse-route alimentaire ».

On vient de lui diagnostiquer une « Sclérose-Latérale-Amyotrophique ».

Si tu changes beaucoup de lettres aux mots précédents tu obtiens : « saloperie-neuro-dégénérative incurable ».

Le week-end, quand elle rentre chez lui, Marion s’occupe des papiers de son père. Il y a beaucoup de papiers, mais seulement deux jours dans le week-end.