Joyeux anniversaire miss H.

Alors voilà,

Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de Madame Helmut, 104 ans.

Il y a 12 ans elle est arrivée seule au volant de sa voiture rejoindre sa chambre de la maison de retraite. Trop de deuils, trop de solitude, et à 92 ans elle ne veut pas être à la charge de son petit-fils.

Elle a mis dans son coffre ce qu’elle a de plus précieux dans la vie. À 92 ans, deux solutions : soit cela nécessite de faire un certain tri tellement on a accumulé de traces de notre passage sur terre, soit aucun tri n’est vraiment nécessaire tellement on n’en n’a plus vraiment grand chose à faire, de toutes ces choses matérielles qui nous paraissent si importantes à 30 ans.

Madame Helmut est belle, coquette, un peu précieuse, très digne, elle n’aime pas trop dépendre des autres, et que les autres s’inquiètent.

Depuis trois ans, elle ne quitte plus trop sa chambre à la maison de retraite, non pas par dépendance ou impotence, mais pour garder intact son univers, ses quelques livres (l’île au trésor de Stevenson, Peter Pan de James Mattew Barrie et la collection complète des œuvres de Jean D’Ormesson), sa musique, qu’elle écoute religieusement, et ses émissions littéraires, qu’elle adore (« surtout quand les critiques se disputent entre eux comme dans le masque et la plume » m’écrit Bernadette, l’aide-soignante qui veille sur elle).

Si je parle d’elle aujourd’hui c’est que, aujourd’hui, justement, elle ne veut pas fêter ses 104 ans ! Non, non, elle veut fêter ses 102 ans, 102 années vécues, 102 années de souvenirs, de joies, de peines, et non cette année 104 qu’elle entame à peine mais qui lui paraît trop lourde, aussi lourde que sa cent-troisième année. Alors, alors, alors, depuis deux ans, les aides-soignantes lui préparent un gâteau avec trois bougies en forme de un, de zéro et de deux.

Parce que pour madame Helmut, 102 ans, ça va, mais 103 ou 104, vous comprenez, ça commence à faire vraiment trop vieille.

Alors j’en profite pour :

– d’abord, saluer toutes les aides-soignantes et tous les aides-soignants qui nous écoutent, particulièrement Bernadette qui m’a confié cette histoire et souhaitait qu’on lui fasse la surprise,

– ensuite, pour souhaiter ici, un merveilleux anniversaire à madame Helmut, qui n’a, comme elle dit, « QUE 102 ans plus un jour ».

31 réflexions sur « Joyeux anniversaire miss H. »

  1. Celine

    L’âge, c’est dans La tête !
    Joyeux anniversaire Miss Helmut, acrobate qui se joue du fil du temps qui passe
    Carpe Diem
    Merci Baptiste de votre éternelle empathie qui ensoleille nos vies

  2. Lys18

    Merci pour ce délicieux témoignage qui donne un ton surrané à cette fameuse journée…Non Madame Helmut n’a pas 104 ans!!! Elle est jeune éternellement par sa forte personnalité.

  3. Chris

    Joyeeeeuuuxxx anniiiiiverrrrsaiire Mme Helmut !
    Je vous souhaite une belle et heureuse année supplémentaire de 102 101. 100 ou même 99 ans ! En ce qui me concerne je me suis arrêtée à 40 alors…..
    Profitez bien !

  4. Philibert

    Elle a beaucoup de chance cette Mme Helmut. Comme elle, j’ai toujours adoré Jean d’Ormesson et c’est pourquoi j’ai choisi la profession de journaliste (et celle de traducteur), une des seules qu’on peut exercer tant que les neurones fonctionnent c’est-à-dire jusqu’au dernier jour de sa vie. Mais en février 2014, alors que j’avais à peine 61 ans, j’ai été violemment agressé dans le centre de Saint-Etienne puis hospitalisé pendant huit semaines. Lorsque je suis sorti de l’hôpital j’avais perdu mes principaux clients qui avaient dû me remplacer pendant mon absence. A commencé une galère sans fin à cause d’un harcèlement sans limite des administrations et notamment du Régime Social des Indépendants qui m’avait attribué plusieurs numéros d’affiliation et me demandait autant de cotisations. En juillet 2014, je suis sommé de payer 18.000 euros d’impôts. Mes deux médecins, généraliste et spécialisé, me conseille une sauvegarde justice. La mandataire judiciaire en charge de ma “protection” monte un dossier d’allocation Adultes Handicapés (AAH) que je ne perçois qu’en novembre 2014, soit sept mois après mon hospitalisation. Cette AAH m’est suspendue en février 2015 par la CAF car j’avais atteint l’âge légal d’accès à la retraite (61 ans et deux mois), chose qu’ignorait ma « protectrice ». Mars et avril 2015 : aucun revenu et des dettes négociées avec le RSI à payer. Mai 2015, retour à la case départ avec le RSA dont je dois me contenter jusqu’en décembre 2016, la caisse retraite CARSAT ayant mis 22 mois pour finaliser mon dossier !
    19 décembre 2015, alors je suis officiellement à la retraite, une contrôleuse de la CAF frappe à ma porte. Je crois naïvement qu’elle vient m’expliquer pourquoi je ne touche toujours pas ma pension. Je me trompe royalement et trois mois plus tard je suis sommé par la CAF et le Département de rembourser, tenez-vous bien, plus de 20.000 (vingt mille) euros d’indus. Ces deux organismes diaboliques n’ont rien trouvé de mieux que de me marier d’office avec mon colocataire sous prétexte que je travaille avec lui depuis de quelques années. Naturellement, il se retrouve lui aussi embarqué dans cette galère et s’est vu privé pendant 18 mois de son RSA ! Il est aujourd’hui surendetté !
    La CAF a été déboutée par le Tribunal des Affaires Sociales de Saint-Etienne, le Département de la Loire par le Tribunal Administratif de Lyon. La première a fait appel, le second s’est pourvu en cassation. J’attends la suite de événements. J’ai perdu 21 kilos en cinq ans de procédure, mon système immunitaire est à ras les pâquerettes. A l’instar de Jean d’Ormesson, je m’imaginais écrire jusqu’à l’âge de 92 ans, mettre mes contacts et mon expérience au service de jeunes gens défavorisés originaires d’Europe Centrale et Orientale en déshérence à Saint-Etienne et souvent contraints à la mendicité voire à la prostitution. Pour eux, j’ai sacrifié tous mes biens personnels, créé une association que j’arrive à tenir à bout de bras avec mon minimum vieillesse. Je voulais aider les pauvres et je le suis devenu plus qu’eux. Si Mme Helmut avait connu une telle misère sociale, je doute qu’elle eût pu fêter son 102è et « dernier » anniversaire. Je l’admire, lui souhaite encore de longues années de vie, calme et paisible. Si je l’envie c’est parce qu’il va nous quitter dans une maison de retraite digne de ce nom. Personnellement, je suis à 65 ans sans domicile fixe ! Quant à ma retraite des mois de mars-avril 2015, il va sans dire qu’elle ne m’a jamais été payée. !

    1. Marie

      Eh bien moi je trouve que vous avez de la chance, car mon mari est mort le mois de ses 80 ans après 6 ans de souffrance dans un état de délabrement que personne ne peut imaginer, sauf Baptiste sans doute!!!

    2. Lectrice

      Bon anniversaire à Mme Helmut, qu’elle reste tjrs aussi bien entourée !

      Et beaucoup de compassion et de courage pour Philibert, aux prises avec des administrations “sociales” dont les exécutants n’ont manifestement jamais vécu l’expérience du travail free lance ni celle de l’invalidité…
      Comme disait Brassens “le temps ne fait rien à l’affaire… “

    3. tisseur evelyne

      vous êtes déjà courageux pour avoir supporter tous ces énormes soucis d’une administration qui telle la gale, ne vous lâche plus alors qu’il y a tellement de cas de fraude aux allocations partout en France !

      par contre, je n’ai pas trop compris le parallèle avec l’anniversaire de cette dame, sans doute, voulez-vous dire qu’elle a de la chance de pouvoir encore jouer de coquetterie à son âge ! alors que vous, vous êtes épuisé à 65 ans et sans perspective d’avenir radieux qui puisse vous permettre de dire que vous vous arrêterez à 102 ans de compter ! et je vous comprends.

    4. JEAN-JACQUES CHAPELET

      Bonjour Philibert,

      Votre histoire est kafkaïenne !!

      Sauf votre respect, on se demande comment ça peut arriver.

      Et pourtant, lors de mon parcours professionnel d’indépendant, je me suis frotté au RSI, avec quelques échanges cinglants; mais j’ai finalement obtenu gain de cause.

      Comment peut on vous aider ? Pourquoi ne pas se tourner vers les cagnottes (Leetchi, par exemple) . Le “boxeur” des gilets jaunes avait bien obtenu 140 000 €. Votre cas me semble beaucoup plus méritoire, préoccupant et défendable.

      A part cela, moi aussi j’ai tout lu d’Ormesson.

      Bon anniversaire à Mme Helmut

    5. Rofine

      D’abod, Je souhaite un bon anniversaire á Miss Helmut ! J’ai du mal à m’imaginer atteindre un tel chiffre au compteur de ma vie.

      Philibert, j’ai lu avec effarement votre message. Vous avez été victime de la broyeuse administrative depuis quatre ans maintenant. Toutes ces ennuis et contrariétés á la chaîne ne sont pas favorables pour poursuivre votre parcours de vie sereinement et viser le cap des cent ans. Que faire pour vous aider ? Je vous suggère de vous adresser aux services juridiques gratuits de votre mairie et/ou le service social. J’espère qu’ils sauront dêmeler le tas de noeuds qui vous empêche d’avancer. Très cordialement à vous.

  5. Christine

    Bon anniversaire Madame Helmut. Je vous souhaite de belles années de joie, bonheur et santé entourée de personnes bienveillantes. Je vous embrasse.
    Christine

  6. Cath

    Si cela fait plaisir à Mme Helmut, je lui souhaite une bel anniversaire et que le gâteau soit délicieux.
    Si cela l’ennuie, que le gâteau soit bon et la journée joyeuse.
    Ma mère dit qu’elle en a marre de se réveiller tous les matins, qu’elle ne veut plus… Comme elle suit les nouvelles, s’inquiète des autres au quotidien, je choisis des glaces au chocolat, des tartelettes aux fruits et chaque week-end, bien que m’informant qu’elle mange trop, elle me nettoie consciencieusement l’assiette des desserts (elle est moins exigeante pour finir les légumes).
    Je n’ai pas le droit de lui offrir un nouveau corsage, alors je refuse les cadeaux d’anniversaire que l’aide ménagère ira acheter à sa demande. C’est du chantage, c’est du donnant-donnant, mais ça marche 😉
    Quand elle me dit que je suis têtue, je réponds que c’est l’hôpital qui se fiche de la charité ou que j’ai été à bonne école et ça la fait rire.
    Et quand l’infirmière remarque qu’elle râle tous les matins parce qu’on l’habille de couleurs fraîches -ridicules pour une presque centenaire – c’est pas grave : tant qu’elle râle, y a du répondant ! Hier, elle a mis un gilet d’un beau rouge coquelicot, et j’ai piqué le vieux ! C’etait pas son anniversaire, mais tout comme.
    Alors, madame Helmut, que le gâteau soit délicieux et la journée joyeuse avec l’équipe soignante qui vous entoure. 🙂

    1. Rofine

      Bonjour Cath,

      Quel plaisir de lire ton message pétillant, plein de vie, d’amour et de complicité en honneur de ta Maman ! Tu as raison, à leur âge, c’est tous les jours que nous devons fêter leur anniversaire ! Tu lui fera des bises pour moi.
      Je t’embrasse.
      Rofine

  7. Oona

    J’aime ton texte (comme d’habitude 😉 ) il me rend un peu triste mais madame Helmut a l’air tellement clair dans sa tête que surtout je l’admire ! Je me permet de le publier dans le groupe FB sur la contre enquête Jeanne Calment, une autre (super) centenaire qui les a kiffé ses anniversaires elle, mais qui sait si sans la presse, elle les aurait autant fêtés … ?

  8. Giroflée

    Un coup d’ chapeau appuyé à toutes les aides soignantes et soignants qui sont extraordinaires et un bon anniversaire plein de douceur et de bonheur à Mme Helmut ; )

  9. marquis de Gothie ....

    Salut l’artiste! et merci de nous conter toutes ces belles histoires. Merci à toutes ces aide-soignantes (et aide-soignants), à tous ces médecins, anonymes ou pas, à toutes celles et ceux qui nous aident à ne pas penser à nos maux! Cette semaine c’est une belle histoire d’amour de la vie que “tu” nous fais partager, une belle leçon de vie…. Comment de pas souhaiter un très bon anniversaire à Mme Helmut …… et plein de bonnes choses à venir…..

  10. Claire

    Ça le rapelle mon grand-père qui au hasard d’une discussion m’avait dit, « ça sera pour quand je serai vieux ».
    A ce moment là il venait de feter ses 100ans et avait toute sa tête.

  11. herve cruchant

    Nous nous connaissons depuis longtemps, tous les deux. Rien ne peut véritablement surprendre notre vieux couple. Tu es le juste supplément de mes amours. Je reste le créateur de rêves et d’à venir. Bien souvent, tu devances ma pensée en y ajoutant un petit rien, un sourire, une pulsation, qui justifie à elle seule nos vieilles connivences. Rien ne saurait donc nous séparer. Aucune tradition, aucun sort, aucune fatalité.

    Et pourtant, aujourd’hui j’ai besoin de te parler. De te dire que nous devons séparer nos habitudes, réparer nos complicités, peut-être même commencer à nous méfier l’un de l’autre.

    J’ai vu que tu n’aimais plus vraiment les ballades en montagne ou au bord de la mer au coucher du soleil, quand, sur l’estran tes pas laissaient un moment ton empreinte de vie avant que de s’effacer dans le sable pour aller dans la mer murmurer avec le ressac de métal fondu. Tu me dis avoir froid au fond de tes os. Et, à ces simples mots, peut-être pour éviter une idée de moins bien comme on rentre avant le nuage noir venu de l’horizon, je nous entraîne vers la maison blanche et grise pour y allumer un peu de bois d’épave, qui crépitera bientôt dans la cheminée. Te fera reprendre des couleurs, sourire de nouveau comme se lève le printemps, en réchauffant tes pieds en chaussettes à la lumière jaune orange du foyer.

    Dans tes yeux, de plus en plus rêveurs, je lis de la tristesse, je vois des nuages d’été, des rires d’enfants, des cascades et de longues étreintes d’amour d’antan au lit de la tendresse. Mais aussi des flammes et de la guerre, de ces souffrances que nous avons du endurer et partager. Aurais-tu compris, avant moi, que rien n’est éternel ? Que les plus belles alliances sont celles qui savent se terminer ? Que notre union s’est érodée; comme la branche verte de l’arbre épuisé, décharnée, il ne restera bientôt plus que la peau et les os. Secs.

    Avant de devoir nous séparer, je voulais te dire que nous serons toujours ensemble, comme autour de nous on aimait nous voir vivre. Le malheur a déjà commencé, long et douloureux probablement, qui sait.
    Aujourd’hui, j’ai besoin de te parler, entre deux phases d’oublis, de creux, de déprime. Et te dire toute ma gratitude, toi que j’ai entraîné, parfois, au bord de folies par défi, pour boire ton adrénaline jusqu’au bout. Laissons nous encore aimer jusqu’à la folie des sourires radieux, des yeux châtaigne et des malices délicates. Encore un peu vivre. Merci pour tout, camarade compagnon. Merci, mon corps. J’arrive et te rejoins.

      1. marie

        Merci Baptiste de m’avoir fait rencontrer et Hervé et Cath , dame Catherine n’ayez crainte notre homme sait conduire son bolide et je trouve l’ éloge à son corps cheyenne d’un réalisme pur…
        si on nous apprenait a leur parler comme le fait ici Hervé les médecins seraient au chomage.
        Longue vie à tous
        Adage
        La peur mère de tous les vis et clé à molette …

        1. Cath

          Merci Marie la Bleue, bleue comme un beau ciel printanier. Je suis perdue de boulot et j’en oublie d’écrire aux amis. Heureusement le blog est là pour me rappeler à mes devoirs d’amitié et la clé à molette pour resserrer les déboulonnées de mon espèce .
          Merci à Baptiste et aux amis.

  12. Isabelle B.

    Très bel anniversaire Madame Helmut. Je vous souhaite plein de belles choses à vivre en ce jour d’anniversaire et pour après .
    Je vous embrasse.

  13. AnneduSud

    J’arrive un peu tard mais je ne voulais pas laisser passer ce billet sans vous souhaiter un bel anniversaire pour vos 102 ans Madame Helmut ! Que vos aide-soignants vous entourent bien, je les embrasse aussi. Et l’année prochaine nous refêterons e nouveau ces 102 ans !

  14. Jérôme

    Très bon anniversaire jeune damoiselle plus que centenaire ! Il me semble que peut-être vous appartenez à cette population que je côtoie, celle des “mémés qui aiment la castagne” ! Jérôme, Aide-soignant à domicile.

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