Cinquante Nuisances d’Earl Grey

Une histoire envoyée par une lectrice. J’ai retouché par-ci, par-là, apporté ma patte, mais dans l’essentiel tout y est. Je ne sais pas si c’est mignon, gênant (éthiquement ça me pose quand même problème, mais c’est humain, alors ça a sa place ici…), génial, décalé ou tout à la fois. Ce qui est sûr, c’est une tentative comme une autre de réconciliation de soignant par une soignée ! Ce blog n’ayant pas d’autre buts que de chroniquer la difficulté des relations et communications humaines, il me paraît avoir toute sa place ici. Pensez-y dans vos commentaires… Merci V.

Miss V. m’écrit :

Alors voilà. Autant le dire tout de suite, c’est une histoire d’amour.
Des années que je retenais ma respiration à chaque consultation avec le grand docteur, des années à être pétrifiée à chaque mesure de tension artérielle, des années à réprimer des envies d’enlèvement et de séquestration. Je pensais qu’il avait remarqué mon trouble depuis longtemps déjà, à cause cette traîtresse de tension artérielle qui n’existe que dans son cabinet, à cause de mes bégaiements au téléphone, et de mes réponses brillantes à ses questions du genre “Et vous dormez comment ?” “Ben… sur le côté, Docteur !”
Vous voyez le topo, non ? Mamie à un concert de Frank Michael.
Il faut croire que non, car depuis quelques rendez-vous, le Doc vit dangereusement : il m’attaque au charme. Si, si. “Grave”, comme on dit dans ma banlieue : regard langoureux, voix douce, phrases affectueuses et blagues franchement coquines.
Entre extase et perplexité, je panique. Hého, c’est que je n’ai plus l’habitude, moi. Il fait quoi là, le Doc, hein !? Il veut amortir son défibrillateur ou faire la Une de Détective Magazine ?
Et puis, tout à coup, l’air de rien, comme ça, sans prévenir, il évoque ses difficultés conjugales : Madame ne le trouve plus à son goût. Que dire ? A part que moi, le Doc, je l’ai toujours trouvé bouleversant d’intelligence et d’humanité et pour tout dire sexy. Tellement que j’en ferais bien mon 4 heures, et mon midi aussi, et mon petit déjeuner pour les 30 années à venir … Bref. On se calme.
Un avantage de vieillir, c’est que l’on ne croit plus au Père Noël. Et puis, comme dit ma mère, jamais avare de compliments « c’est quand même pas ton physique qui l’intéresse ! »
Donc, 48 heures et 5 sachets de laitue iceberg plus tard… tout s’éclaire ! Diagnostic différentiel à la Docteur House : “il ne te drague pas, Nounouille : il cherche à se rassurer, nuance.”
Il est triste et il a peur. II pressent un célibat proche, une pension alimentaire, les gardes alternées et les gamins qui pleurent. Alors, il teste son pouvoir de séduction. Comme ça… pour voir… pour plus tard… au cas où… pour connaître sa valeur sur le marché de la barbe… Comme ça…
Ah la la… Humain, trop humain…
Alors, pour le rassurer un peu, j’ai fait ce que je m’étais promis de jamais faire : je lui ai dit tout le bien que je pensais de lui. Si.
Et je n’ai plus de tension artérielle. J’aurais vraiment dû faire médecine (et arrêter d’écouter ma mère…)

Post Scriptum :

Enorme nouvelle les amis ! Pour ceux qui ne me suivent pas sur Facebook (où je l’ai annoncé hier), les droits du deuxième livre “Alors vous ne serez plus jamais triste” viennent d’être achetés par la Pologne. L’éditrice polonaise est tombée sous le charme, je la cite :

” Un livre magique, merveilleux et douloureux. J’étais émue et bouleversée, […] il était tout en moi dimanche. Quelles émotions, quelle tendresse ! […] Quelle idée surréaliste qui est du réalisme magique !…”

C’est très bon signe, d’après mon éditrice…
J’espère que vous aimerez aussi ! Et ce sera le 3 mars en librairie. Je vais faire un petit tour de france pour les dédicaces, je vais où je suis invité, c’est donc à vous de demander aux libraires.
Bises et prenez soin de vous !!!

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35 réflexions sur « Cinquante Nuisances d’Earl Grey »

    1. Libellule

      Cela dépend comment on voit les choses. Je travaille en ce moment dans un centre pour adultes déficients intellectuels, je vois malheureusement un collègue “se rassurer” lui aussi en étant flatté par l’admiration de certaines résidentes… Et d’un point de vue éthique, nous nous devons d’être clairs : il ne peut pas y avoir de relation amoureuse et/ou sexuelle entre un(e) professionnel(le) de santé et un(e) résident(e) !!!

      Certains professionnels ne se sentent pas supérieurs en tant que soignants, mais la relation est quand même déséquilibrée, nous avons des connaissance et un ascendant sur eux qui pourraient nous permettre de les manipuler (j’en suis d’autant + convaincue que je suis à la fois soignante et soignée, alors soumise au bon vouloir de spécialistes pas toujours bienveillants).

      Bien sûr en tant qu’Humain les sentiments nous prennent parfois au dépourvu, mais nous avons cette immense responsabilité de prendre la distance qu’eux ne peuvent pas prendre, sinon nous abusons de leur faiblesse. Si on ne peut pas contrôler ses sentiments, on peut au moins se comporter de façon professionnelle et/ou prendre le large… l’amour s’il n’est pas pathologique devrait faire passer l’intérêt de l’autre, surtout s’il est en position de vulnérabilité, avant celui du professionnel qui a un ascendant il me semble.

  1. lolli

    Je te lis depuis un moment déjà mais je suis une lectrice silencieuse d’ordinaire. Je suis heureuse de voir que ton prochain livre arrive à grands pas, j’ai adoré le premier, je le recommande vivement à chaque fois car c’est un hymne à la vie. Hâte de lire le suivant.
    Cette histoire ne me choque pas, pourquoi l’amour aurait des frontières par rapport au métier que l’un ou l’autre peut faire ? Elle est belle cette histoire, touchante. =)

  2. Mésange

    Comme tu dis Baptiste, éthiquement, ça pose problème… mais humainement, ça se comprend. Et oui, c’est touchant.
    Il n’empêche que V. aurait pu “tomber dans le piège” de la belle âme consolatrice (guillemets parce que tout à ses propres problèmes conjugaux, le doc ne doit même pas réaliser son changement d’attitude)… et tomber aussi de fort haut dans quelques temps, en se faisant peut-être même très mal.
    J’ai connu un doc qui était dans la séduction avec certaines de ses patientes ; et que cela allait très loin. Mais je crains que celui-ci n’ait été conscient de son attitude, même s’il n’arrivait peut-être pas à lutter contre. Disons que cela lui a valu quelques “ennuis”(le mot est faible !) carabinés…

    En tout cas, V. bravo pour ton analyse de la situation… et ta guérison !

  3. NANOUDUSUD

    Bonjour
    Exact mon libraire m’a annoncé une sortie pour le 25 février… on va attendre mais d’ici là il faut …absolument t’occuper de tes mains ! ce pauvre pouce en photo sur la couv ?
    on arrête de se manger les ongles (on a déjà du te le dire ?), de tirer les peaux (ça fait mal quand il fait froid), on met de la crème pour hydrater (grand choix en pharmacie)
    et pourquoi pas une manucure dans un institut (elles portent des blouses)
    Tant pour ton boulot que pour écrire, ce sont tes outils de travail…
    Prends soin de toi.

  4. Curieux Papotages

    Tellement hâte de découvrir ce livre 🙂
    Un petit passage sur Annecy serait idéal pour la promotion de ce livre 😉 Les libraires ne manquant pas, je propose une tentative de persuasion auprès de chacun pour vous faire venir en Haute-Savoie ! 😉 … sauf si vous êtes opposé à cette idée …! 😉
    Excellente soirée 🙂

  5. Soulalune

    Je ne serai pas romantique sur ce coup…. il est arrivé que le “pouvoir” de “séduction” sur (jeunes) femmes “consentantes” d’après lui – sic – soit requalifié en abus de faiblesse et viol par un tribunal et le gynéco en question s’est retrouvé et est toujours derrière les barreaux …

    Génial les droits de bébé 2 vendus en Pologne !!!! Et pour tes ongles, je compatis ♡

  6. Michel

    Oh oui, l’épisode a toute sa place dans le blog.
    merci V. pour le vécu, le partage, et merci Bibi de l’écriture et du partage.
    Merci de ne pas demander à la technicité, ni à la déontologie, de taire ou mépriser cette épaisseur humaine. Bravo à ceux qui n’ont pas d’ambiguités. Puissent leurs solutions éclairer les autres.

  7. Grand33

    Bonjour Bibi,
    Si on sort du rapport, médecin/patient, on peut juste voir un être humain aidant un autre être human. Et les rôles parfois s’inversent, alorspouquoi pas ?
    Par contre je connais la valeur sur le marché de la barbe, mais que de celle qui pique pas ……..
    La bise

  8. Hervé CRUCHANT

    La meilleure médecine douce du monde. Oubliée, dénigrée, qui a été jetée par la porte, par la fenêtre, partout… qui s’en va et qui revient. Koidon ? La tendresse et l’amour dans toute sa splendeur. Variations sur l’amour… y en a de toutes sortes et de toutes les couleurs. Des petites, des grandes, des explosives et des toutes discrètes…
    Aurions-nous oublié tout çà ? Foulardé, sermonné, damné, embourké tout çà ?

    “Çà me ferait bien mal !”
    Vite, un docteur!…

  9. Christine Gray

    Oh laissez nous craquer sur nos médecins ! Ça fait du bien surtout entre une séance de chimio et une de radiotherapie …. Promis moi ça m’a permis de tenir Eh Oui ! Ça permet de continuer à se sentir femme dans son cœur même si on a le corps dévasté …. Au diable l’éthique !!!

    1. Melmanie

      Bien sûr que parfois, les rôles peuvent s’inverser, et que les soignants ont besoin d’être rassurés par les soignés… C’est sûr, ce serait mieux s’ils étaient rassurés ailleurs, c’est pas très éthique, mais la médecine exercée par des robots sans une once d’humanité, ça marcherait pas non plus, alors, on prend tout le package : l’écoute, le professionnalisme, la compassion, et les petites failles…

      Et ça me fait penser à Amélie-les-crayons :
      https://www.youtube.com/watch?v=M3CuYX6ADf4

      Bises enneigées

    2. Libellule

      Aucun souci à ce que les patients aient des coups de coeur pour des soignants, c’est au soignant de ne pas verser dans l’abus de faiblesse. Tout le monde à le droit de rêver.
      Quant à vos capacités de séduction de femme, n’en doutez pas, comme une lumière elles sont peut-être un peu plus “tamisées” en ce moment mais elles sont bien là 🙂

  10. Ahava

    Alors, entre docteur Tonton Mafia(il a un nom genre Corleone), docteur Poupée(mimi-gentille), docteur Mère-Grand-Fumette(elle est adorable mais qu’est-ce qu’elle fume!) et docteur Bernard Blier(le physique et les intonations), ça risque pas de m’arriver.
    Mais Tonton Mafia va bientôt prendre sa retraite. Sa spécialité n’étant pas marrante du tout, je doute qu’il soit remplacé par docteur Prends-Moi-Toute.

    Je suis désolée mais le rapport entre ton doigt bouffé et celui enrubanné de la couverture, c’est trop drôle.
    (sinon on t’a déjà dit, ne mange pas tes doigts, mange ceux des autres, t’as pas un copain ou une copine de bonne volonté?)

    1. Cath

      Aaaargl. Je n’avais pas vu. J’ai agrandi la photo… C’est dit : tu auras droit à une paire de moufles pour ton anniversaire, en plus de la tarte au citron 😉

  11. KatiaD

    Le début me rappelait Amélie Poulain : la petite fille si émue d’être auscultée par son médecin de père que son coeur s’emballait, et lui avait conclu à un dysfonctionnement, et hop voilà la petite étiquetée cardiaque …
    La fin m’attriste un peu … pas d’histoire d’amour concrète pour la dame qui pense avoir passé l’âge (et le physique) d’y croire. Je m’identifie grave …

  12. jojolerigolo

    Bonjour Baptiste,

    Tout d’abord je tenais vraiment à vous dire un grand MERCI car je crois sincèrement que toute les vérités sont bonnes à dire et cela prouve qu’au delà des considérations philosophiques médicales vous faites bien votre travail de réconciliation.
    C’est pour cette raison que j’achèterai votre livre les yeux fermés, et le prochain aussi car je sais déjà que dans votre esprit et votre âme, vous êtes fait pour écrire (mais ça vous le saviez déjà), et qu’il en auras plein d’autres que j’achèterai également les yeux fermés car je vous fait confiance en tant que médecin, conteur, écrivain, et surtout surtout surtout comme être humain digne d’un partage sans égal.
    Alors voilà MERCI, MERCI et MERCI…!
    Sinon à la base je voulais vous parlez de vous (et oui le pouce sur la photo) et pas du tout ce que je viens de vous d’écrire spontanément mais je vois déjà deux inconvénients à le faire; le premier c’est que je ne serais pas le premier a vous dire de prendre soin de vous donc ça n’en vaut pas la peine de répéter tous ces bavardages; le deuxième c’est qu’espiègle comme vous êtes vous seriez capable de mettre sur la photo un autre pouce que le votre (la photo date d’un jour pair j’en suis sur).

    Dans l’attente du bonheur de vous lire, baptiste, prenez quand même soin de vous !!!

  13. Julie

    M’enfin ! Il n’y a que moi qui ne suis pas perturbée par les ongles de Baptiste ? C’est dur en ce moment pour tenter d’arrêter, le deuxième bébé-livre arrive !
    Ô stress !
    Ô pression !
    Ô nychophagie !
    (T’arrêteras quand tu pourras va ! )

    Je vois deux points de vue dans cette histoire (en plus du beau témoignage de V. Merci V.)
    L’homme qui tente de se rassurer auprès d’une femme.
    Et le médecin qui transgresse une limite dans le cadre de sa profession.
    Pas évident de garder une distance professionnelle. L’homme est médecin et le médecin est un homme. Peut-on arrêter totalement d’être l’un pour devenir l’autre ? Sans doute pas. Mais cela n’empêche pas de rester professionnel et ce médecin a été rattrapé par ses problèmes personnels qui ont fini par empiéter sur son positionnement professionnel.
    Finalement n’Est-ce pas l’histoire de deux être humains ? Pfiouuu, c’est compliqué…
    Bravo à V. qui a certainement eu beaucoup de courage pour lui dire ce qu’elle pensait. A t’elle conservé le même médecin après cela ?

  14. Arnal

    Et bien moi, je vais commander le second..et lire le premier j’ai lu des extraits je vous dirai mes sentiments mais je doute que ça ne me touche pas au plus profond en tout cas merci des extraits a bientôt pour la suite

  15. julien chal

    comprends pas, cette couv’ est d’une mochitude !! pas envie d’acheter le bouqin, je passerais outre la couv ‘ et l’acheteraisd pazce que c’est ce galopin de Baptiste et que la Véro me ferait la gueule si je ne l’achetais pas mais bon très déçu par cette couv ‘ alors que j’adore la couv’ en livre de poche de ” alors voila ” plus chatoyante et colorée que la version hard copy

  16. Christine

    Bonjour,
    je viens de refermer la dernière page de votre livre et un silence paisible s’est installé.
    Je suis émue.
    Je voudrais vous dire plein de choses sur votre livre, mais je crois que ce n’est pas vraiment utile.
    Alors voilà…
    Merci infiniment
    Chris

  17. anglade

    Bonjour,
    Emballée, non erreur ! plus qu’emballée par votre premier livre (que j’ai d’ailleurs passée à plusieurs connaissances), j’ai bondi sur la sortie du deuxième. Un peu déçue aux premiers abords de ne pas retomber dans la même thématique que le premier, j’ai eu un peu de mal à rentrer dedans, mais finalement j’ai vite été prise dans cette histoire. Belle leçon de vie, merci ! Néanmoins, vivement un prochain qui nous racontera encore et encore votre quotidien de ce fabuleux métier, que je vous laisse néanmoins bien faire….

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