Mme S.

(L’histoire c’est B., l’écriture c’est moi. Juste Merci !)

À l’hôpital il y a CEUX qui donnent et CE qui vole.

Alors voilà Mme S. 48 ans, hospitalisée pour fausse route avec pneumopathie d’inhalation. Depuis dix ans elle souffre d’une maladie de Steinert, saloperie dégénérative qui change vos muscles en soupe et vous métamorphose en poupée de chiffon.

Ils sont trois à devoir porter Mme Steinert après qu’elle ait déféqué sur la chaise percée : l’aide soignante, l’infirmière, B.
Le corps humain est fait de 70% d’eau. Pour Mme Steinert, je pense que Dieu a rajouté du plomb.

Du plomb et pas mal de déveine.

B. va voir le neurologue, il veut son avis sur Mme Steinert. Il le lui donne.
B. se tourne vers le pneumologue, solliciter son expertise sur la radio de Mme Steinert. Il le lui donne.
B. va parler de Mme Steinert au Chef afin d’obtenir un conseil. Il le lui donne.
Finalement, l’aide-soignante dit à B. : “pourquoi l’appelles-tu Mme Steinert ? Elle s’appelle Mme S. !”

[…]

Depuis le début de la matinée B. a confondu son nom, à consonance germanique, avec celui de sa maladie.

[…]

Depuis le début de la matinée B. est allé voir différents spécialistes qui ont donné de leur temps et de leur connaissance pour elle. Ils ont donné.

[…]

À l’hôpital il y a CEUX qui donnent et CE qui vole.
Les infirmiers, les aides-soignants, les médecins donnent.
La Maladie vole.

Depuis dix ans, la maladie de Steinert a tout volé à Mme S. : sa vie de femme, sa vie de maîtresse, sa vie sociale, son corps, sa dignité, son droit de se torcher toute seule ou de manger sans suffoquer.

Ce matin, la maladie lui a aussi volé son nom.

[…]

Elle s’appelle Mme S.
Je veux dire : elle s’appelle VRAIMENT Mme S.

Si le site vous plait, donnez-nous un coup de pouce : partagez sur Facebook ! C’est juste là, au coin en bas à droite de chaque article ! Et rejoignez nous sur la page Facebook (lien colonne de droite) ou sur Twitter à “@AlorsVraiment”…

Une réflexion au sujet de « Mme S. »

  1. Trems

    J’ai été touché par ce texte. Il m’a rappelé un moment passé aux urgences. J’étais dans un box qui me permettait d’entendre ce que disait les médecins et les infirmiers, j’ai très vite pu suivre l’avancée des choses. J’étais la seule patiente avec une sclérose en plaque. Ce jour là, j’étais devenue pendant quelques heures la SEP personnifiée… Merci aux soignants d’avoir rendu le nom de Mme S.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *