Le secret de pourquoi les médecins sont pessimistes.

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(L’histoire c’est O. interne déjà rencontré dans le post ci-dessous. L’écriture c’est moi. Merci vieux frère !)
Les pieds où il ne faut pas

Alors voilà O., 25 ans, tout jeune interne en cardiologie. O. est une personne fraîche : toujours enthousiaste, toujours à voir le bon côté des choses.
En un mot : optimiste. En deux mots : très optimiste.
Il reçoit une patiente de 82 ans aux urgences. À priori rien de grave. La patiente est « stable », pas inquiétante.
La famille demande le pronostic à O.
Mauvaise pioche.
O. répond tel qu’il est en lui-même : avec enthousiasme et optimisme. Il est rassurant (trop ?) mais il est jeune, il apprend son métier et s’apprête à recevoir une leçon magistrale : il arrive cette série de petits événements mystérieux et imprévisibles qui font qu’une personne s’efface du monde en l’espace d’un seul jour et d’une seule nuit, tel l’Atlantide.
Chaque être humain est une île qui mérite le voyage. L’île « Mamie » est submergée.
La famille envoie une lettre, promet un procès à O. Non parce qu’il a mal fait le job, mais parce qu’il a promis la guérison là où la mort est survenue.

Nos patients nous changent. Surtout ceux qui meurent.
Aujourd’hui, O. est nettement moins enthousiaste et optimiste mais plus blasé et plus cynique.
La leçon à retenir ?
Toujours être pessimiste : si cela se passe mal, les familles nous remercient de les avoir préparées au pire. Si cela se passe bien, la famille nous remercie d’avoir sorti le patient d’une situation dramatique et VRAIMENT très grave.

« En l’espace d’un seul jour et d’une seule nuit funeste, l’île d’Atlantide fut engloutie sous l’eau et disparut »
Platon, Timée. 

« En l’espace d’un seul jour et d’une seule nuit funeste, l’île Mamie fut engloutie et l’enthousiasme d’O. disparut.  »
B.

La phrase exacte de O. à la famille la veille de sa mort :
« Quand on voit votre grand-mère, on se dit que la doyenne de l’humanité a du souci à se faire ! »

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3 réflexions au sujet de « Le secret de pourquoi les médecins sont pessimistes. »

  1. Marychoux

    « Chaque être humain est une île qui mérite le voyage.  »
    magnifiquement dit!!!
    Baptiste j’adore VRAIMENT votre facon d’écrire ses choses qui sont si banales au quotidien..
    Medecin, ecrivain, poete, philosophe … normal que ca dépasse les frontieres!!!
    j’ai lu le livre , j’ai adoré, après une journée de boulot un peu blasée de tout, je lis le site internet et je souris, je prends du recul et je repars bien vivante et préparée pour une autre journée.
    Prête à partager de nouveau avec les patients ou les collegues. La voila votre magie!
    alors voila… merci!!!

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  2. DrAmbak'

    un jour, au début de l’assistanat, j’ai recu dans mon service de medcein interne un patient agé. J’ai fait l’entrée (status, anmnèse complète, je ne me rapelle pas du tout pourquoi le patient était hospitalisé … ). Le lendemin, au colloque du matin, je présente l’entrée à tout le staff (mes colègues et mes patron), de manière relativement enthousiaste. A la fin de ma présentation, l’assistant de garde de nuit à pris la parole pour dire qu’une heure après mon départ du sevrice le patient était paisiblement décédé… personne n’avait fait d’erreur, le patient était VRAIMENT malade. Mais la plus part du temps on voit la mort venir, elle s’annonce bien gentiment ou bruillament, mais là, rien. j’ai mis plusieurs jour à m’en remettre (et mes collègue plusieurs mois à se moquer de ma tronche lors de l’annonce du décès)

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  3. Dahlianoir

    Je comprends mieux. Moi, maman d’un petit garcon qui à un mois de vie a eu une meningite fulgurante avec hematome sous-dural. Bref, on sait que c’est mauvais très mauvais… On se doute du pire, on nous y prépare. Et puis le petit lutte il vit. Un jour alors qu’il est toujours « shooté » , il me serre le doigt. Toute heureuse je l’annonce au pédiatre lors de son passage. « Ce n’est surement qu’un reflexe ». Alors ok c’etait peut être le cas. Mais à vouloir ne pas donner de faux espoirs on les enlève tout simplement. J’ai fini aux urgences à mon tour ce jour là. Mon fils s’en est sorti même si on guette d’eventuelles sequelles. Mais je n’oublierai jamais avec quelle rapidité on a anéanti ma lueur d’espoir ce jour là.

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