La vie de Sophie. 

L’histoire c’est N. Si vous voulez raconter, c’est ici : JE RACONTE

Alors voilà, Sophie, mon mentor, interne aux Urgences. Un personnage attachant et atypique. Moi je suis juste « son petit externe », et elle m’impressionne beaucoup… Elle a un humour très noir, proportionnel aux horreurs qu’elle a à affronter. La “salle de déchoc”, petit théâtre des urgences vitales, est son terrain de prédilection; elle la connaît mieux que son propre appartement. Elle y reçoit les infarctus, les AVC, et la « purée de motard alcoolisé ». Sa logique est sans faille, sa rapidité exemplaire, son humour à côté de la plaque. Comme une clope qui ne se consumerait pas, elle a toujours une remarque cinglante en bouche pour dédramatiser la situation, ce qui choque souvent les externes ou les chefs qui ne la connaissent pas encore. Un exutoire comme un autre quand la vie ne tient plus qu’à un fil, on aime ou on déteste.

Une nana sensible aussi, ancienne libertine paraît-il, dont la vie a changé il y a quelques mois : elle << s’envoie en l’air avec un parapentiste >> et file le parfait amour. Elle qui ne voulait jamais avoir de mômes revoit ses convictions…

Une belle journée de Mai, je m’en souviens comme si c’était hier, elle arrive presque à l’heure, avec le sourire bête et les cernes de lendemain de nuit torride, café à la main. Pas besoin de discussion pour repérer une nana de 26 ans complètement amoureuse… « On s’est fiancé, t’y crois ?! Ça me fout les boules : après les fiançailles, c’est la maison aux barrières blanches, les gosses, quelques croisières, la vieillesse, puis la mort. J’ai pas envie de mourir. Hahaha ! ».

Cynisme, elle est heureuse. 

Plus tard dans la semaine, l’hélicoptère nous amène de la « purée d’alpiniste ». L’annonce radio fait froid dans le dos. « chez vous dans 6 minutes, homme inconnu d’environ 35 ans, chute de 30 mètres, polytraumatisé, instable », et j’ai honte de me réjouir, mais je vais voir Sophie mon mentor en pleine action, et ça c’est génial pour progresser dans mon apprentissage. 

Le blessé arrive, entièrement emballé dans une coque pour protéger son dos, une couverture de survie, des tuyaux qui sortent de chaque bras. J’entends le « Bip-bip » des machines, et voilà Sophie qui s’active sans un mot. Juste des gestes précis. Le visage fermé et concentré. Précise et systématique (« c’est le secret pour pas trop merder, mec » m’avait-elle dit à mes débuts). Je te jure, tout en même temps, elle lui glisse un tube dans la gorge, lui prélève les gaz du sang, opère un rapide examen neurologique. Ses ordres sont nets, la salle calme, les infirmiers la suivent du regard et anticipent ses gestes. Le ballet continue, et les bips-bips s’intensifient subitement, le cœur de notre inconnu s’arrête. Sophie pas. Elle se bat comme elle le fait à chaque fois. Le chef de service passe la tête dans l’encadrement de la porte et l’observe, non sans fierté. Moi je suis dans un coin et essaye d’apprendre cet art qui me fascine et me dépasse : quand je serai “grand”, je veux être Sophie. 
Une heure plus tard, toute l’artillerie lourde a été déployée sans succès, les chefs de réanimation et des soins intensifs demandent l’arrêt des traitements. Entre temps, pour essayer de me rendre utile, je fouille les poches de notre inconnu, et trouve qu’il s’appelle Antoine et que tous ses derniers appels téléphoniques étaient destinés au même numéro, que j’essaye immédiatement d’appeler à plusieurs reprises. Sans succès. 

Sophie est toujours en mode robot/guerrier pacifique. Mais un robot qui aurait subitement prit 60 ans. Elle me fixe une fraction de seconde droit dans les yeux, sans un mot, même pas un trait d’humour déplacé, et c’est là que je comprends l’horreur de la situation. Elle demande aux infirmiers de tout arrêter, je la vois s’approcher de l’alpiniste cabossé, rendu méconnaissable par les contusions. À notre grande surprise, elle se penche sur lui, pose sa main sur sa poitrine, l’embrasse sur le front et murmure quelque chose que personne n’entend. Elle se redresse, et prononce le décès. Elle ôte sa blouse et ses gants pleins de sang, les met à la poubelle. Aurore, son amie aide-soignante, fond en larmes et murmure « c’est son parapentiste ».
Ce jour-là, Sophie est sortie des urgences, a déposé sa blouse à la lingerie centrale, puis elle a quitté l’hôpital et on ne l’a jamais revue. Il paraît qu’elle est en train de passer son brevet de parapente.

Nota : Ce site a vocation à tracer un pont entre les gens, à créer du lien social et à nous rapprocher. Il n’a d’intérêt que s’il est lu. Si vous l’aimez, partagez-le ! Merci !!!

PS : j’ai de petits doutes en ce moment, mon boulot me pèse un peu (cela arrive à tout le monde, non ?), alors que vous soyez là cela me réchauffe le coeur !

85 réflexions au sujet de « La vie de Sophie.  »

  1. Alexa

    Pour ne pas oublier que derrière chaque soignant qui apaise nos maux, il y a un être humain qui a aussi ses propres maux mais qui les mets de côté car sa vocation c’est de soigner les autres.

  2. Tsiporah

    Savoir qu’il y a des médecins comme vous pour des gens comme moi fait du bien, je crois que si vous etiez dans la region ou je vis vous seriez mon medexpcin gamma et que j’irais un peu plus chez le medecin.
    Merci.

  3. Isabelle

    Durant 10 ans je fus sapeur pompier volontaire… Jusqu’à ce que ce genre de situation, enfin l’anticipation de cette situation m’a paralysée. Incapable de gérer le stress de me dire que ce sera peut être demain mon père, ma soeur oú mon ami(e) que je devrai secourir. Alors je ne sais comment exprimer mon respect à cette femme, a too (je me permets le tutoiement) et à toutes ses personnes qui sont là pour secourir. Merci pour ce partage, pour cette humanité, pour cette grandeur d’âme que peu de personne connaissent ! Merci, vraiment merci à vous tous !!!

  4. Laurent

    Je m’exprime quasiment jamais sur Internet, même anonymement. Alors c’est le moment ou jamais: merci et bravo pour tout ce que vous faîtes!

  5. Curvyvéro

    Oui, nous sommes là. Lectrice régulière, je laisse un petit mot pour la première fois. Merci pour toute la sincérité et l’amour profond pour l’Humain qui se dégagent de tous tes écrits. Malheureusement, et malgré tous ce partage et ce travail d’échange quotidien, la solitude et l’impuissance devant certaines situations doivent être très lourds à porter parfois. Bon courage et ne t’oublie pas non plus, jeune docteur!;)

  6. Pauline

    Un article qui m’a fait pleurer… c’est parfois nécessaire. Merci a ceux qui racontent et merci a toi Baptiste de nous partager tout cela avec cette humanité qui te caractérise !

  7. AnneLEGRAND

    Oh BB, c’est terrible cette histoire, elle me fait pleurer (encore après les actus sur la Chine notamment) et me fait commenter pour la première fois comme mes prédécesseurs, étonnant non ( comme dirait un certain DESPROGES)! Je résistais même depuis que j’ai acheté ton dernier livre (moi aussi je te tutoie alors que j’ai toujours vouvoyé les internes et bien sur tout membre du monde de la santé ainsi que tout/ e patient/e, éducation et respect oblige).
    MERCI pour ce témoignage rendant hommage à cette Maître es Médecine dont j’aurais aimé être l’externe.
    Tu as de la chance de l’avoir côtoyée, je t’admire/remercie pour ton talent de la faire connaître et diffuser son charisme. Le tien est dans ce blog. Continue+++

  8. Jub

    J’ai lu ce message tout à l’heure, et je me reconnecte. J’y pense en continu depuis, c’est épouvantable cette histoire. C’est Sophie qu’on a envie de réconforter ce soir…

    Pour tes doutes, et si tu nous en parlais ? Quels sont les points difficiles ?

  9. adèle

    Ce n’est peut-être pas le boulot qui te pèse, mais les rempla qui s’enchainent et la fatigue qui s’accumule ?
    Peut-être demain, en consultation, une rencontre qui te fera penser que tu fais un putain de métier formidable ?

    NB 1 L’histoire est atroce. 🙁
    NB 2 Lorsque mon fils a eu son TC grave, c’est mon mari anesth qui l’a trouvé. Il va bien. 🙂

  10. Pinsette

    Toi aussi tu nous réchauffes le coeur !

    Des doutes apparaissent et disparaissent, c’est la vie, nous on croit en toi, tu as travaillé dur pour être là où tu es, tu peux être fière de toi.

    Mais si tu n’es pas heureux alors là c’est autre chose, l’important c’est ton bonheur.

    Nous lecteurs, on veut ton bonheur.

    Je te souhaite beaucoup de bonheur dans ta vie, si tu peux continu de nous faire sourire, rire et pleurer, merci pour ces beaux instants que tu nous fais vivre 🙂

  11. le quere odile

    Les urgences furent mon service pendant des années….hier soir pour mon mari mal en point,je retrouve quelques soignants et nous nous souvenons de lourdes décisions prises ensemble,de situations comiques ou tragiques au point de se sentir une entité professionnelle et bienveillante..ce moment ne nous fait pas oublier la situation difficile des urgences de l’hopital de cherbourg et de valognes faute de médecins urgentistes.et en première intention les patients qui perdent des chances de vie,car une seule équipe est opérationnelle sur un large “territoire”.merci de nous faire partager votre humanité,parfois drole,parfois triste.LA VIE tout simplement

  12. Soulalune

    Elle est terrible cette histoire Baptiste … trop dure pour moi ce soir 🙁
    Alors toi qui les enchaine, pas étonnant que le doute te submerge souvent !
    Courage, et si cela devient insupportable, il y a beaucoup d’autres nobles métiers dans lesquels tu peux être heureux ….

  13. Faval

    Merci à vous de faire ressortir l’humanité de chaque situation. Quand on a été “patient malmené “, on est soulagé de savoir qu’il existe des soignants humains, touchés par des souffles de vie.
    PS: je recommande votre livre” alors voilà ” à chaque personne que je sens dépassée par la vie, histoire qu’elle retrouve du “vrai”.

  14. Jmi

    le boulot ça pèse quand ça compte encore, non ? après quand on décroche c’est plus dur
    si le boulot te pèse, c’est bon signe :
    – tu es encore bien en vie et avec beaucoup d’histoire à écrire, à raconter.
    – on a encore beaucoup d’histoires à lire !!!!
    Merci pour tout, je veux dire vraiment Merci à toi.
    Jmi

  15. marie

    Sophie maintenant elle apprend à voler…. peut-être que son chéri lui avait dit « viens , viens tu verras comme c’est cool de voler au dessus des montagnes, tu vois le monde comme un géant »
    « non je peux pas…. je bosse » et maintenant à chaque fois qu’elle vole, que le vent caresse son visage elle sourie parce qu’elle est portée par son géant de fiancé qui lui a appris le véritable amour .
    Cette histoire c’est un rendez vous avec le destin, comme une hache qui coupe les fils de tendresse au hasard, pas de quartier…. pourquoi ? ….’y’a pas… y’a pas de pourquoi. Ça arrive t’es englouti…. tu sombres ou tu deviens un flambeau, un putain de messager du carpe diem. Comme le clochard de ton livre…
    Pourquoi je viens comme une junkie en manque lire chaque jour ton blog et les commentaires s de tous tes lecteurs silencieux ou hypers piapiateurs ….bein comme aujourd’hui après une journée de merda, pour prendre un vrai bol d’air, de celui qui remet grave les pendules à l’heure.
    Et puis Baptiste n’oublie pas que tu as les powers rangers tu devrais prendre un billet pour l’ Argentine et tu mets dans ton sac un pot de truc au « ligoliga » (ndlr : chocolat pour les grands), et puis tu traces la way gros kiss à every body .

          1. CédA

            @Grand33: y a un Grand,qui se moque de ma gourmandise,là???…ou c’est une idée?
            Bisouxxxxxx Grand(eyyyy et saches que ça fait un moment que tu freetes par chez nous!!!)
            @Marie:Baptiste en Argentine?….une bonne idée,mais avec le ciré breton et les rames,alors..car,en ce moment el niño,nous fait patauger dans des grooooooossses flaques d’eau boueuse!
            Abrapréslapluilebôtemps!

          2. Patiente32

            La Fine m’avait prévenue ! L’histoire est “lourde” … C’est peu dire !
            Mais Baptiste, ce qui m’inquiète le plus aujourd’hui, c’est ta fatigue, ta lassitude … Trop de trop de trop … Il y a tellement longtemps que tu tires sur la corde de ta vie ! Ecoute ton corps … Il te dit qu’il est fatigué … Largue les amarres et pars te reposer, n’importe où, mais dans un endroit où tu te sentiras toi-même … sans faire semblant, sans te forcer … Je te serre fort contre moi. Bisous Doc’ et nous sommes tous là.

    1. Suze Araignée

      Non, pas “junkie” s’y’ou’plaît, “junkie” ça signifie “déchet”… Pour tous les usagers de drogues, il serait bon et beau d’abandonner ce mot et de le reléguer avec les autres mots insultants et laids (“bougnoule”, “cinglé”, “nègre”, “PD”…).

  16. Caroline

    Je l’ai lu deux fois pour être sure. Biensûr qu’en tant que soignant, on a tous déjà eu cette angoisse qu’il nous arrive un truc comme ça et puis je pense à mes collègues qui ont un jour du annoncer à leur cadre que le jeune pour qui ils se battaient depuis un moment mais qui était mort, était son fils. Je pense à tous mes amis et collègues, connus ou non, qui vivent ce travail si bizarre tout de même. Courage Baptiste, les doutes sont normaux, on te soutien. Je suis en train de lire ton dernier livre, il me passionne!

  17. GABORIT

    Coucou Baptiste,

    ton histoire me rappelle celle vécue par une collègue de réanimation. De nuit, annonce de l’arrivée d’un jeune polytrauma, son fils. le chef l’a envoyé à bordeaux où il est mort.

    C’était son fils unique, l’horreur, je pense encore à elle 20 ans après.

    Elle le lui avait toujours refusé : elle a pris un colley. Dur

    1. Michèle

      Vous voulez dire que, c’est parce qu’il a été envoyé à Bordeaux qu’il est mort ? On ne pouvait pas le soigner sur place ? C’est terrible cette histoire.

  18. GABORIT

    PS! j’ai fini ton livre, j’ai adoré cette grande dame, merci pour tout Baptitste, une belle pensée de réconfort dans ses moments de doutes, on t’aime

  19. Curare-

    Tu trouveras ta voie, Baptiste
    Je l’ai bien trouvé moi celle de personne,
    Il fut urgentiste z’ossi,
    Comme toi il a préféré 1 cabinet
    il est partit de Paris 1 jour dans la profonde France,
    Une panda pour aller dans les fermes enneigées,
    Des paysans démunis & malades,
    parfois pas d’eau potable,
    (Sa vie après ? non pas ce soir)
    Son choix ?
    Il ne voulait pas être médecin,
    Mais son père l’était –
    Alors … ce fut tu le sais bien l’immersion totale
    et pas de folle jeunesse ?
    Avec l’épée de Damoclès :
    (tu iras faire l’apprenti chez l’oncle cordonnier)
    Lui son rêve : pilote de chasse –
    Maverick – il avait le physique
    Mais ses yeux bleus, si bleus . . . & myope !
    Il fut médecin,
    Comme toi,
    comme toi __

    Tu trouveras Baptiste,

    Merci de vivre,
    Merci d’exister
    Merci d’écrire
    & de partager –

  20. Pat

    J’ai lu ( je ne rate aucun billet) , j’ai eu le coeur serré pour cette jeune femme…
    C’est bien de se poser des questions , d’avoir des doutes , c’est ce qui permet d’avancer dans la vie , de progresser. Le jour où tu seras trop sûr de toi c’est là qu’il faudra commencer à s’inquiéter .
    Bizz à partager .

  21. Lola

    Coucou Baptiste,
    Ça fait un petit moment que j’ai découvert ton site (je m’excuse pour mon tutoiement si cela gêne, c’est juste que, pour une fois, cela me vient plus naturellement que le vouvoiement.), et j’ai terminé ton livre “Alors voilà”, qui m’a bien émue, beaucoup touchée et surtout, fait relativiser les choses.
    Ça faisait un petit moment aussi que je n’étais plus passée sur ton blog, alors je comptais me rattraper un peu, et je suis tombée sur cette dernière entrée. À la première lecture, je suis restée bouleversée et, pensant avoir mal compris, je l’ai relu. Et, malheureusement, il reste toujours aussi effroyable et implacable. Toutes mes pensées envers cette brave Sophie. J’ai versé quelques larmes au cours de mes deux lectures, et ce texte m’a fait comme un choc. Je ne sais quoi en dire, sûrement parce que les mots ont bien peu d’effet face un événement de ce genre.
    Je commente également, et ce, pour la première fois, car j’ai vu que tu traverses une période de doutes à ton boulot. Ne travaillant pas, trop jeune pour ça, et ne sachant pas ce que tu traverses quotidiennement, même si certaines des petites histoires que tu nous partage montre bien que cela ne doit pas être rose tous les jours, je ne peux que te temoigner tout mon soutien et ma sympathie via ce petit mot.
    J’espère que tout s’arrangera pour toi, et que tu nous donneras bien vite de tes nouvelles. Des nouvelles plus réjouissantes, je l’espère, sinon nous continueront de te soutenir derrière notre écran.
    Merci pour ce que tu fais, c’est vraiment chouette.
    Bisous,
    Lola.

  22. Cath

    Quand BB promet, BB tient.
    J’aurais aimé qu’il oublie cette promesse de nous faire pleurer, mais non.
    Je n’aime pas le café matinal aux larmes et je me filerais des baffes d’avoir continué ma lecture, même quand j’ai compris où cela me mènerait… Mais on est incapable de te lâcher toi et tes écrits, alors c’est finalement un bon côté, non ? Haut les coeurs, et tout ça. 😉

  23. Grand33

    Bonjour Bibi,
    Quoi de plus dur que de ne pas pouvoir “sauver” l’être aimé ? Quel terrible sentiment d’impuissance et de culpabilité ! j’espère que Sophie va mieux.
    Quoi dire de plus ? Ha ! oui, j’ai toujours pensé que le parapente était dangereux……

    P.S.: Mon boulot me pèse aussi (pas pour les mêmes raisons que toi), alors que tu sois là me réchauffe également le coeur.

    La bise

  24. Fleur2lotus

    Ton blog est le premier que j’ouvre tous les matins impatiente de voir si tu as posté quelque chose. Aujourd’hui, je me suis réjouis de découvrir une nouvelle histoire et la magnifique image que tu as choisie pour l’illustrer.
    Au fur et à mesure que je lis, ma joie retomber et je suis tellement triste pour Sophie.
    Merci à toi aussi

  25. Muriel

    mon fils qui faisait du base-jump (saut de falaise en parachute, un des sports les plus mortels au monde) a tout arrêté quand il a rencontré sa chérie il y a un an. Elle lui a dit : “C’est le base-jump ou moi”. Elle avait trop peur. Ils vont se marier.

  26. kalou

    hélas, la vie est souvent cruelle, ancienne infirmière, aujourd’hui paraplégique, je comprends tout à fait vos doutes, mais dites vous bien que si les soignants n’étaient pas humains, ils ne pourraient pas bien soigner, c’est tout le paradoxe de nos métiers, côtoyer l’injuste, l’irréparable, et être content de nous le jour où un de nos patients vient nous remercier avec un grand sourire, ne pas en attendre plus, juste être fiers de nos métiers

  27. Zamou

    Surtout Baptiste, continue, please. Si tu savais comme ça fait du bien tes histoires, le fond, l’écriture, l’humour, la tristesse, la vie, la mort… Celle-ci me fait pleurer. C’est malin. Je suis au boulot et je pleure devant mon écran. Ça m’apprendra à surfer au lieu de bosser. Mais voilà, c’est fait et ce sera refait….
    Courage, on est là, on aime te lire, donc on t’aime aussi. N’oublie pas ça.

  28. Lynn

    Oh mon dieu, ça me glace le sang .
    Elle avait apparemment tout pour réussir cette Jeune Sophie …
    Ps : Mr ou bien Docteur Beaulieu je vous prie de continuer à embellir mes journées si longues au standard de l’hôpital où je boss !!!

  29. nat

    Bonjour Baptiste,

    J’écris pour la première fois car je voudrais t’assurer de mon soutien dans la période que tu traverses.
    C’est normal d’avoir des doutes. Avec les qualités humaines extraordinaires qui sont les tiennes, je suis certaine que tu es un excellent médecin. Et avec ces mêmes qualités, quoique tu choisisses de faire, tu seras de toute façon très bon. Je suis une “vieille” infirmère de 52 ans et quand j’ai découvert ton blog, j’étais lasse de mon métier, de certains patients, du système de santé qui nous donne rarement les moyens d’exercer notre métier correctement. Tes histoires m’ont rappelé pourquoi j’avais choisi ce métier et tu as fait de moi une meilleure soignante.
    MERCI Baptiste, continue d’écrire, s’il te plaît et si tu peux, je pense à Sophie et à toi très fort, bon courage

  30. josécile

    Pas souvent que je laisse des commentaires mais je lis avec aciduité, le blog et les livres que je recommande autour de moi, même et surtout à ceux qui souffrent. Parce que grâce à toi, même si je serai peut-être toujours un petit peu triste, je le serai différemment.
    Continue à nous faire sourire, rire ou pleurer, mais avant tout prends soin de toi.

  31. DOMINIQUE

    Heureusement que tu as des doutes, sinon tu ne serais pas l’humain que tu es.
    Ce texte fend le cœur, la vie aussi souvent.
    Mon mari l’autre nuit a eu une hémorragie à la langue (opération d’un kyste 8 jours avant, les points se sont trop vite résorbés, plus hypertension). Je me suis “vidée” de toute pensée, j’ai pris le nécessaire (dossier, etc.), embarqué mon bonhomme et filé aux urgences. Vingt minutes en voiture dans le calme et la sérénité, rien ne sert de s’affoler. Il a bien été pris en charge, tout va bien. (aparté : rien de tel que de l’eau oxygénée pour enlever les taches de sang sur les chemises).
    Pareil pour ma belle-mère qui s’était cassé le col du fémur dans la salle de bains. Ne bougez surtout pas, appelé les pompiers, indiqué tout le nécessaire, ramassé les papiers, monté dans l’ambulance, urgences… pas plus émue que ça, là aussi, quand j’ai vu ma belle-mère allongée par terre, je me suis “vidée” pour aller au plus efficace.
    Rien à voir avec l’affreuse histoire que tu viens de raconter, elle a fait juste remonter cette sensation étrange de se couper de toute émotion, pour avoir la réaction la plus appropriée.
    Tiens bon, ta sensibilité est ta force.

  32. Anonyme Amandine

    Coeur Coeur Coeur…
    J ai lu recemment le bouquin de maylis de kerangal “reparer les vivants” et (meme si je n ai que “bien” aime le bouquin) ca m a fait vachement penser a toi 🙂

  33. menard

    émouvant, poignant. je voudrais partager un texte d’une personne que j’ai accompagnée dans sa nouvelle orientation professionnelle alors qu’elle était en difficulté. j’ai eu ce cadeau d’elle et j’aimerais le partager
    HÔPITAL, HISTOIRES DE VIES, HISTOIRES DE MORTS
    Hôpital, histoires de vies, histoires de morts,
    Souvenirs toujours présents, jamais écrits, jamais racontés,

    … Lazare, tu avais douze ans, venu échouer en France,
    Loin des tiens soi-disant pour te soigner, loin des tiens
    Tumeur au cerveau, opération, chimio, mal de tête, mal au cœur,
    Pas compris, pas soutenu, tu me fais peur,
    Je m’enfuis, te laisse aux « soignants »,

    J’ai vingt trois ans, je n’ai pas pu, mais tu restes tellement en moi,
    Ton sourire triste, tes rêves de terres lointaines tiennes.

    Je ne sais plus lequel est le premier, lequel est le dernier,
    Ils sont tous là tellement présents, tellement vivant en moi.

    Nous nous sommes tant aimé, rencontrer, fusionner,
    Le temps d’un regard, le temps d’une éternité,
    Ephémère, «  effet mère »,

    Vos prénoms se perdent, se mélangent dans ma tête,
    Vous étiez tous des enfants à l’aube de la vie,
    A bout de souffle de votre vie.

    Steeven , tu es venu du haut de tes douze ans, bel adolescent, Toujours gai, toujours poli,
    Tu es grand, tu veux rester seul à l’hôpital, c’est bon,
    Tu gères il y a la salle de jeux, l’ordi,
    Les consoles… les copains d’infortune,
    Steeven, tu es resté, tu fêtes tes quatorze ans,
    Ta chambre remplie de toi, tes affiches, tes gadgets, tes jeux,
    Tu ne veux plus que ta maman te laisse,
    Tu ne veux plus jouer avec les consoles
    Tu préfères regarder les Walt-Disney de ton enfance.
    Epuisé, dans la pénombre de ta chambre, tu me souris encore, Toujours poli, à chacune de mes visites.
    Il va venir, ton héro, Agassi ,
    Hésitations, discutions, argumentation, négociations.
    C ok, tu peux descendres au self là où la rencontre se passe,
    Avec les autres services d’enfants,
    Seule condition qu’un interne t’accompagne,
    Fauteuil roulant, bouteille d’oxygène,
    Lunettes d’oxygène bien positionnées,
    Trop fatigué, peux plus parler,
    Trop excité, fait tout sauter, adieu tuyau, adieu peur
    Bonjour la rencontre, bonjour la vie,
    Merveilleux sourire, riches paroles
    Merci Agassi

    PETIT BONJOUR DU MATIN, j’ouvre la porte,
    N’y comprend rien, chambre inconnu, chambre d’hôpital,
    AU SUIVANT
    Juste une parole, « Ah, tu es là, viens m’aider,
    Il faut mettre ses affaires dans ces sacs »

    Une claque, un coup de poing, un ko…
    Sacs poubelles noirs comme le deuil,
    Une vie jetée dans des sacs poubelles noirs comme la douleur,
    Ne rien dire encaisser, me détourner, je ne veux pas remplir ces sacs poubelles noirs, de sa vie, de ses espoirs, de sa résignation.
    Au-revoir.

    Antoine toi aussi tu es arrivé beau comme un soleil d’été,
    Sept ans et déjà une vie de douleur.
    A 3 ans découverte d’une tumeur au cerveau… Soins…
    Quatre années plus tard… La chimio à détruit ton CŒUR,
    HTAP primitive, sonne le glas, condamnation, plus qu’un an à vivre,
    A survivre,

    Oh, petit garçon, comme je t’ai aimé,
    Tu as résisté cinq ans, ils se sont trompés,
    Tu as duré plus longtemps que prév,
    Est-ce L’ AMOUR sans borne de tes parents qui t’a autant soutenu,
    Aller-retour incessant hôpital-maison,
    fauteuil-roulant-bouteille d’oxygène,
    Tu adorais la salle de jeux,
    A peine arrivé tu étais déjà là à me demander ce qu’on allait faire,
    Je t’ai regardé peindre, bricoler, jouer… toujours actif et pourtant,
    A bout de souffle,
    Je te découvrais, je m’émerveillais,
    Bouche cousue, ne rien dire, ne rien laisser paraître,
    Mais toi pas fou, tu sais tu te tais sauf ce jour où
    Avec ta grand-mère, nous jouions, tu pioches la carte,
    QUAND JE SERAIS GRAND, JE SERAIS….
    Tu la refuses, ta grand-mère insiste MAIS OUI TU SERAS… ANTOINE Tu te fâches, tu refuses l’inéluctable question.
    Nos regards se croisent intenses, toutes deux pétrifiées.
    Mamie a compris, petit homme courageux,
    Tu continues le jeu, tu pioches une autre carte.

    Mon cœur à moi, pas fatigué, pas épuisé, mais lourd, douloureux,
    se brise dans un chagrin immense.
    Ton grand-père arrivait les après-midi, et
    d’un grand BONJOUR MADAME GENEVIEVE
    venait nous tenir compagnie.
    JE SOURIAIS à cette appellation, d’abord surprise,
    J’avais fini par m’y habituer, il y avait tellement de gentillesse,
    dans ce bonjour que chaque fois j’avais l’impression,
    qu’il me caressait le CŒUR.

    Tu jouais aux SIM’S sur l’ordinateur,
    tu me disais, regarde Geneviève, j’ai construit ma maison,
    Avec une piscine, j’ai une famille un travail…
    Ta vie se déroulait en un temps record, tu en étais fier,
    et tu recommençais maintes et maintes fois.
    Et tu es parti, je ne t’ai pas accompagné les dernières semaines,
    Moi-même  hors-circuit,
    Je suis revenu juste pour ton dernier voyage,
    Pas de messe, pas de mots, pas de musique,
    Juste nos sanglots qui raisonnent dans ce lieu où le froid me glace,
    Ton cercueil blanc, les roses blanches,
    Puis les flammes qui dévorent ton corps ton cœur et le notre.
    J’étouffe, le soleil dehors ne me réchauffe pas,
    Ton père arrive et me serre dans ses bras et lui si triste,
    Mais rempli d’amour nous étreins les uns après les autres,
    Eet nous réchauffe.

    Merveilleux parents, j’ai tant appris à vos cotés, merveilleux enfants.
    Ta maman est revenue me voir, toujours discrète,
    Dans ma salle de jeux, secrète elle m’attendait pour parler de toi.

    HTAP PRIMITIVE
    Diagnostique fatal seul remède greffe cœur-poumon,
    mais peu de chance,
    BLANCHE, toi aussi même scénario mais tout S’est précipité,
    Sur ton lit, en arc de cercle, tu cherches de l’air, tu t’épuises,
    Tes parents s’affolent, les médecins arrivent, je me retire…
    Rien pu faire, adieu petite fille, cinq ans, juste cinq ans de vie.

    Kayna, six ans, colère, cris, refus de communiquer,
    Nos débuts ont été difficiles mais j’entends tellement ta souffrance, Petite fille arrachée à ta mère pour venir te soigner en France,
    Avec un père que tu ne connais pas.
    Patience, patience, patience, espérance, rencontre, fusion.
    O ma douce, tu as tellement lutté en attendant ton nouveau « cœur »
    On en a passé du temps toutes les deux dans ta chambre stérile,
    Moi cachée derrière mon masque,
    ET TOI TOI…
    J’aurais décroché la lune pour te faire rêver, te faire espérer.
    Mon cerveau est en ébullition, j’invente, je crée, j’innove,
    Je déplace ma salle de jeux dans ta chambre.
    Les médecins tolèrent, les infirmières tolèrent, les auxiliaires tolèrent, Les agents de service tolèrent. MERCI !
    Tu n’en peux plus, alors c’est le départ pour la réa, cœur artificiel, Espoir !
    Je vais te voir tous les jours, ton papa est là,
    Tu as appris à le connaitre, il t’aime et tu le sais bien.
    Maintenant lui aussi m’appelle MADAME GENEVIEVE en riant.
    Il a adoré quand il a entendu le grand-père d’Antoine.
    Je souris. J’aime cette connivence qui s’installe.
    C’est le grand jour… un cœur pour toi… réussite…
    Il bat bien en cadence… mais toi tu as disparu… AVC…
    Cerveau bousillé…
    Ton père espère, espère, espère le temps passe, retour à la maison.
    Régulièrement, tu reviens pour des examens,
    Ton cœur va bien disent-ils
    Ton père espère, espère, espère, est-ce père,
    Rencontré rapidement, aimé désespérément.
    Chaque fois il vient, rentre avec toi bien installée dans ton fauteuil, Bien habillée il te fait belle. Je l’écoute il attend ton réveil,
    Il sait que tu te réveilleras, tu es tellement battante, me confie t-il. Les « MADAME GENEVIEVE » ont disparu juste, Geneviève, Tristement.

    BARBARA toi aussi tu as peuplé mes nuits,
    Je t’ai connu, tu n’étais qu’un bébé bleu…
    Opérations après opérations, tu grandissais,
    Sous le regard éperdu de ta maman, mais ton petit cœur s’épuise,
    Il n’y a que la greffe pour te sauver,
    Mais que c’est dur à accepter pour tes parents.
    ils ont dit oui pour te sauver.
    Pas de cœur artificiel pour toi c’était avant.
    Une année entière à l’hôpital, l’année de tes six ans,
    Où tu aurais du apprendre à lire,
    Eric, l’instituteur est désespéré,
    Il n’a pas réussi dit-il. Laisse tomber,Eric, laisse tomber.
    IL NE VEUT PAS COMPRENDRE.
    Il y a un temps pour tout.
    Avec toi aussi, j’en ai passé du temps.
    Les parents ne peuvent pas toujours être présents
    Il faut bien travailler.
    Alors je prends le relais ta grand-mère aussi vient,
    Une merveilleuse femme.

    RESTRICTION HIDRIQUE disent-ils.
    Tu ne manges presque plus, juste les cornichons.
    Tu voudrais boire mais tu n’as pas le droit.
    Je vais te chercher à 11h, la salle de jeux t’est réservée ,
    Tu la réclamais tellement qu’on a trouvé un arrangement,
    Les médecins ont dit OK mais pas d’autre enfants.
    Ils ont compris et à 11h ils sortent pour te laisser la place.
    Et je t’emmène avec ton fauteuil et ta perf en salle de jeux.
    On est devenues expertes toutes les deux, quand ta pompe sonne,
    On sait les manips à faire sans déranger l’infirmière,
    Qui passe sa tête de temps en temps pour savoir si tout va bien.
    Je ne sais pas qu’elle tête elle ferait si elle savait…
    En ce moment… La seule chose que tu me réclames,
    C’est jouer avec l’eau.
    La première fois perplexe, j’ai hésité puis, on a discuté,
    Tu as argumenté je me suis lancé je t’ai fait confiance.
    Tu voulais juste jouer avec l’eau. Alors j’ai pris une bassine,
    J’ai mis de l’eau dedans et je l’ai installé devant toi.
    Tu as plongé tes mains, tu as laissé flirter l’eau sur tes doigts, Indefiniment.
    Je t’observe, tu es concentrée, ton regard suit le trajet de l’eau,
    Quand elle s’échappe de tes doigts. Tu ne veux pas de jouets,
    Juste tes mains et l’eau et ton regard. Je t’aime Barbara,
    Dans le silence de la salle de jeux, nous fusionnons…
    Il n’y a plus de temps qui passe, juste toi et moi.
    Que du bonheur.
    Un des derniers jours où tu as pu venir,
    Tu m’as réclamé du savon dans l’eau… pour t’empêcher de boire…
    Tu as trouvé ta solution, merveilleuse enfant.

    REANIMATION
    Ils ont installé ton lit dans la réa de notre unité,
    Tu es ainsi plus proche de nous qui te connaissons tant.
    Toute l’équipe t’entoure, te caline, chacune à notre tour,
    Nous passons te voir, même Eric qui à renoncé à t’apprendre à lire, Vient te raconter des histoires.
    Mais tu fatigues de plus en plus. L’infirmière vient me chercher,
    Quand tu réclame ma présence. Tu veux faire des perles à repasser, Tu te débrouilles très bien, mais tu fatigues encore et encore,
    Et tu veux faire des perles à repasser mais tu t’épuises,
    Tu choisis les couleurs et je positionne les perles où tu veux.
    Etrange tandem, laquelle des deux entraine l’autre.
    Je t’aime Barbara.
    Enfin un cœur pour toi juste a temps. Merci…
    Tu vis, c’est la fête au 41.

    Et toi Jean-Yves greffé a un jour de vie… expérience… souffrance…
    Le chirurgien refuse dorénavant d’opérer de si jeunes enfants.
    Oh Jean-Yves, je pense encore souvent à toi.
    Quand tu n’étais pas hospitalisé tu venais passer tes mercredis après-midis dans la salle de jeux.je te voyais débarquer,
    Tu t’installais pour bricoler. Je crois que tu as fait toutes les activités. Tu as tout testé . Méticuleusement. Patiemment…
    Greffé du cœur à un jour de vie, greffé des reins à treize ans.
    Seize ans il te faut un autre cœur celui-ci est usé,
    De tous les médicaments ingérés. Tu refuses, tu t’insurges,
    «  Alors quoi ?» me  dis tu,
    «  la prochaine fois c’est le cerveau qu’on me greffe ? ».
    Un an, tu es resté, de 16 à 17 ans, t’affaiblissant inexorablement.
    Tu dois descendre en réa pour toi pas de place à l’étage,
    Tu es trop grand. On a cru te perdre maintes fois,
    Mais, tu t’accroches malgré tout.
    Tous les jours, je descends te voir, tu t épuises, je m épuise.
    Ta maman est présente aussi, on se connait tellement bien,
    Depuis le temps.
    La terrible frontière entre le professionnel et le…..
    Bien sûr, je l’ai dépassé…
    La psychologue du personnel qui vient nous soutenir,
    PAS DE PSYCHOLOGUE AU 41 PAS BESOIN,
    me conseille, je dois m’autoriser à ne pas descendre tous les jours.
    Difficile quand la vie décline, quand l’autre souffre 24h sur 24,
    Moi, je passe juste une petite heure sur mon temps de repas.
    Mais, j’essaie parfois, je lui dis demain, je ne viendrais pas,
    Mais après oui, il ne dit plus rien, il ne parle plus, ne bouge plus,
    Juste son regard dans le mien.
    Troisième cœur pour Jean-Yves. Incroyable il remonte la pente,
    Il remonte de quatre étages, Bonjour Jean-Yves.

    Tu n’as pas eu cette chance, Eloïse, diagnostique fulgurant,
    Panique des parents, réa rapidement.
    Tu ne parles plus, tu hurles tout le temps,
    Les infirmières ne savent plus que faire.
    Chaque jour, je téléphone pour savoir,
    à quelle heure je peux venir te voir, je t’entends,
    Désespérée, crier ton agonie,
    Aujourd’hui Laure, notre flutiste préférée arrive,
    S’il te plait Laure, viens Laure, apaiser cette enfant,
    Avec ta flute aux sons graves.
    DANS LA CHAMBRE
    où râle l’enfant, nous nous installons, berce la ritournelle irlandaise, berce l’enfant apeurée, la musique circule de l’une à l’autre,
    Laure soutenant mon regard, moi soutenant le sien
    Et l’enfant qui geint.
    La musique circule, tourbillonne emmenant l’enfant
    Dans l’apaisement.
    Le calme est revenu, petite fille repose tranquille.
    Vidées, nous nous échappons de la chambre.
    Quelques jours après tu es partie petite fille.

    Julien,
    1an 2ans 3ans 4ans 5ans 6ans tu ne seras jamais ado adulte vieux,
    Tu es parti trop tôt laissant ta jumelle et ta maman effondrées.
    Petit Julien, toi aussi chaque matin, je passais te prendre,
    Je t’installais sur ton fauteuil avec tes teletubies préférés,
    Mais ces derniers jours, toi si indépendant d’habitude,
    Tu réclames mes bras, tu attends ta maman, lové dans mes bras,
    Si fragile petit ange tu attends ta maman. elle arrive essoufflée,
    Elle a encore beaucoup couru ce matin ton frère, ta sœur, l’école,
    Les courses et enfin venir de prendre dans ses bras.
    Ton papa a abandonné la partie il y a longtemps déjà.
    Il n’a pas pu, plus de place pour lui, il n’a pas su.
    Ce matin là accompagnées d’une ribambelle d’enfants,
    Nnous allons chercher « juju »,
    L’infirmière m’arrête à temps je comprends sans mots.
    Je contiens mon chagrin ma douleur mon désespoir.
    Il faut ouvrir la salle de jeux. Pas de cœur pour toi trop tard.

    TOI AUSSI MOHAMED , tu as quitté ta maman,
    Pour venir te faire soigner en France,
    Ton papa t’accompagne.
    Tu as tout juste trois ans et tu ne parles pas notre langue,
    Ton papa non plus.
    Mais que d’échange entre nous, puissance du regard,
    Toujours tu me surprends.
    Mohamed la fin arrive tu ne veux manger que des chocapic. L’auxiliaire qui s’occupe de toi avec tendresse,
    Me laisse sa place pour te faire manger, il te faut du temps.
    Tu manges avec plaisir mais tu vomis tout, aussitôt.
    Et toi aussi tu pars pour la réa, ton père s’installe,
    D’un coté du lit à barreaux moi de l’autre.
    C’est la fin on le sait bien. J’installe une petite télé près de toi,
    Pour te mettre le dessin animé que tu préfères.
    Yeux fermés allongé tu écoutes puis d’un seul coup tu te redresses,
    Et tu ris ris de ton rire cristallin de jeune enfant.
    Surpris, nos regards se croisent avec ton père,
    Les larmes coulent sur ses joues, les larmes coulent sur mes joues.
    Tu retombes en arrière, yeux fermés, allongé, c’est la fin.
    Non pas maintenant, pas déjà, pas possible.

    Nour, toi aussi tu n’as pas pu attendre un cœur.
    Trop tard. J ‘ai appris ce matin que tu avais rendu ton dernier souffle, Alors dans la salle de soin je laisse couler mon chagrin.
    PERSONNE NE DIT RIEN
    Chacun perdu sur d’autres rives.
    Mais il faut que je reparte pour ouvrir la salle de jeux.
    Les enfants m’attendent.
    Je longe le couloir, passe devant les ascenseurs qui s’ouvrent,
    Et ta mère surgit. Elle hurle sa douleur, me crie GENEVIEVE !
    Non ! Non ! et tombe dans mes bras.
    Moi si peu tactile avec les adultes, je referme mon étreinte,
    Je l’entoure de mes bras, je la berce.
    Adieu ascenseur déversant son lot de patient, adieu secrétaires, médecins, infirmières… Ilot de détresse…
    Perdu dans ce couloir sans fin.
    Doucement je t’entraine dans ma salle de jeux, porte fermée,
    Tu reprends ton souffle, tu me parles, je t’écoute,
    Les mots sont parfois si inutiles.
    Coup de téléphone, l’association rêve m’appelle,
    Pour Nour qui n’a pu venir voir son idole ZIDANE.
    Nour 8 ans féru de foot, toi qui n’a jamais pu courir,
    Les lèvres toujours bleues…
    On vous envoie un ballon signé par ZIDANE,
    Qui ne sera jamais que la petite fille s’est déjà éteinte.
    Paquet, ballon, ballon, ballon… décision…
    J’appelle ta maman, des nouvelles d’elle, que veut-elle pour ce ballon.
    EXPEDITION, PETIT BALLON,
    Dernier souvenir de toi, tu l’aurais tant voulu ce ballon.
    Désespoir quand tu as su que tu ne pourrais le voir, trop tard,
    Trop fragile, trop fatiguée, plus d’oxygène,
    Tu ne peux déserter l’hôpital comme prévu,
    Tu ne peux rencontrer ton héros …

    RESIGNATION, PETIT BALLON, PLUS DE LAZARE.
    Jusqu’au bout je vous accompagne.
    Jusqu’à votre dernier souffle vous êtes des enfants.
    JE VOUS PORTE dans mon cœur, dans ma tête,
    Vous m’avez tant donné, j’ai tant reçu de vous.

    GRAND FRERE,
    Tu t’installes, les coudes sur la table. Tes parents t’ont laissé là.
    Ta petite sœur se meure. Installée en face de toi,
    Je vois ton désespoir, je te connais si peu, j’attends patiemment
    Que tu te livres, que tu déposes ton chagrin immense.
    Je te regarde, je te souris je vais te chercher dans ta détresse,
    Et puis tu me murmures « J’ai cinq ans aujourd’hui,
    Mais maman n’a pas le temps de faire un gâteau ».
    DOULEUR tu me poignardes comme à chaque fois, instant fugace, mMais si fort de DOULEUR.

    PETIT GARCON JE T’AIME
    Opération éphémère.
    On se retrouve les trois services d’enfants, Neuro-cardio
    pour une après-midi « création »,
    une expo éphémère.
    La première a été une réussite, guidés par mimi-comtesse et des artistes parisiens nous découvrons le temps d’un gouter sur l’herbe,
    L’expo « coquelicots ».
    Depuis plusieurs mois déjà chacune dans nos services,
    Nous fabriquons des coquelicots : tiges vertes,
    et dans une grosse caisse,
    nous avons récolté toute sorte d’objet rouge,
    Les parents nous apportent, petits suisse à la fraise,
    chaussettes rouges… les soignants nous donnent,
    briques de lego rouges, chacun y va de son imagination. MERVEILLEUSE RECOLTE.
    Le jour J nous nous retrouvons tous et enfilons sur les tiges
    toutes ces déclinaisons de rouge puis nous plantons,
    et le temps d’un gouter couleur de fraise, de menthe, de brioche à la praline, fleurie la pelouse de tous ces coquelicots.
    Joie, bonheur, Le temps s’est arrêt é, Le temps s’est accéléré.
    Enchantées de cette expérience,
    Chaque année verra fleurir de nouvelles idées.
    Petit-bleu petit-jaune, arbre de vie, vol- au-vent, portrait de famille, Epouvantail … d’une demi-journée, l’expo dure une journée,
    Puis tout le mois de juillet.
    Mais cette année notre projet est la réalisation d’une fresque
    dans le couloir triste de cardio, face à la réa.
    Le thème «  lien fraternel »
    Aidées d’une artiste nous commençons à nous réunir,
    certains après-midi. Alors je propose à cette maman,
    Qui n’a plus de temps pour son petit garçon de nous accompagner, Une petite heure dans sa journée lourde de chagrin,
    Laisser l’enfant malade, une petite heure si elle veut bien.
    Attabler, serrer l’un contre l’autre, à l’aide de crayons
    couleur d’arc-en-ciel, ils dessinent encore, en corps, en cœur,
    un cœur pour, sa petite sœur, son papa et eux deux.
    Doux instants, petit garçon, belle maman, une heure de temps.
    Juste maman, pour lui tout seul, une heure de temps.

    Puis il y a Louis
    TUE PAR SON PERE TROIS BALLES DANS LE DOS
    Trois ans une balle pour chaque année vécue
    Trois dans le dos pour toi Trois dans le dos pour ton frère,
    Une seule pour l’ainé en pleine tête.
    La vie s’en va pour lui, tous les deux vous luttez
    Chacun dans un hôpital. Pas le temps. Opérer tout de suite.
    Les deux à la fois. Pas possible. Décision prise. Chacune le sien.
    Pour aller plus vite. Pour défaire ce que le père tente de faire.
    Arrêter votre vie. vous résister à cette funeste destinée…
    Alors, vient le temps de la reconstruction petit à petit, petit garçon, petit à petit, petit garçon, tu rentres dans ma vie
    Et moi dans la tienne. Juste ton silence et tes grands yeux écarquillés, Où es tu petit enfant ? QU’AS TU VU PETIT ENFANT ?
    Les dernières balles ont été pour toi, tenté de fuir avec ton frère.
    Plus de paroles …
    Premiers mots …
    Promenade en solitaire, je pousse ta poussette, tu veux la terre.j
    J t’emmène. Tu veux le sable. Je t’emmène et tu souris,
    Tu dois partir, ta vie n’est pas ici,
    Tu dois partir retrouver ta maman tellement choquée,
    Qu’elle n’a pu pleuré cette sinistre destinée,
    Retrouver ton frère et tenter de reprendre le cours de ta vie d’enfant, Nouvelle famille.
    BONNE CHANCE PETIT ANGE.

    Gaspard, tu déboules dans la salle de jeux, ta maman sur tes talons, souriante, détendue opération réussie. Nous préparons Noël,
    J’ai récupéré de grands cartons pour fabriquer les maisons d’un village couleur de Noël.
    Toi aussi tu veux peindre une maison, armé de tes pinceaux,
    Tu dessines des fenêtres qui s’envolent des grandes et des petites roses violettes jaunes. Ta maman s’affole, pas laisser faire,
    Les plus grands te regardent abasourdis par autant d’impétuosité.
    Je me régale, merci Gaspard pour ton incroyable maison.
    Elle est si belle avec ses fenêtres qui dansent.
    TOUJOURS EMERVEILLEE PAR LEUR TALENT, LEUR SPONTANEITE.

    Toi aussi, Michel, tu ris de ta farce faite aux médecins,
    Galette des rois en pate à sel.
    Elle a embaumé le service, mis l’eau à la bouche de tous,
    Qu’elle était belle toute dorée prête à croquer.
    ECLAT DE RIRE, bonjour ECLAT DE RIRE, merci

    Et puis il y a les dames en rose venues donner main forte,
    Tellement différentes de moi, mais c’est très bien.
    La maman de Barbara aime se livrer à Catherine un peu BCBG
    mais qui l’a fait si bien rire durant cette longue attente.
    Le grand-père paternel de Louis a préféré Marie-Claude
    pour épancher sa douleur d’avoir un fils tueur d’enfant.
    Machine à café ? Teillère.
    Après concertation nous sommes toutes d’accord
    pour que je passe commande.
    Installation, inauguration. Pause café en salle de jeux,
    Catherine, Marie Claude, Sonia excellent
    dans l’art de la conversation.
    Je vous laisse, vous prenez le relai merci à vous,
    Pour vos délicates attentions.
    Ils se sont succédés les uns après les autres,
    Les uns en même temps que les autres.
    Avoir le temps pour chacun d’eux.
    Clémentine et son nouveau cœur arrivé au bord du cercueil, Commandé, pas utilisé.
    Yannick presque deux ans attaché à ton drain,
    l’hôpital c’est ta maison tu ne veux plus partir mais ta vie n’est pas ici, Tu dois la construire loin d’ici.
    Chaque année des nouvelles.
    Ils ont tellement eu peur tes parents qu’ils ont décidé de… VIVRE… Voyage, temps retrouvé…

    Laurie, Pierre, Sylvie, Pierre-Charles, Jérôme, Théo, Gabin, Marie, Thiphaine, Ludo, Xavier, Léonie
    ……………………………………………………………………………………………….. Et tant d’autres.

    Et LAZARE jamais oublié,
    ai-je voulu me faire pardonner de ne pas t’avoir accompagné.

    JE NE VOULAIS PAS VOUS QUITER. MAIS TOUT A CHAVIRE.
    Divorce qui me laisse sans force. Miette vous aurez, dit le notaire. Comment acheter un appart pour loger les trois enfants,
    qui vivent avec moi.
    Me regarde, m’écoute, prend sa calculette, Combien il vous faudrait ? Il va négocier, l’avocat de Dominique est son ami.
    Je suis partiE sans rien, je suis partiE avec les biens les plus précieux.
    Tu as voulu tout gardÉ, tu as voulu me déposséder, mais lequel des deux a gagné ?
    Dans la balance, quatre enfants ne valent-ils pas tout l’or du monde ?

    ET PUIS IL Y A EU JEAN-LYS.
    Tout a chaviré, hôpital psychiatrique, Je vous écoutais parents, pleurer sur vos enfants.
    Et le mien, où est-il parti ?
    VEINES OUVERTES
    TETE FRACASSEE

    Plus possible, plus pour moi, je ne peux vous accompagner,
    vous soutenir, vous entendre.je laisse ma place à d’autres.
    Au-revoir salle de jeux, au-revoir les enfants.

    1. CédA

      @Menard:…merci pour avoir pris le temps de nous partager ces histoires de douleurs et d’espoir.
      Abrachauds pour toi Baptiste,ton post du jour est si bien raconté,qu’on en viendrait presque à vouloir consoler dans nos bras,cette tristesse attendrie,qui nous envahit en te lisant.Te quiero mucho mucho!

    2. martineduouaibe

      @ Ménard
      Geneviève a eu la chance de vous rencontrer .
      Merci d’avoir partager .
      Si toutes les Geneviève rencontrait des Menard le monde serait plus beau.
      MERKI .

  34. Marine

    Quelle histoire touchante..
    Comme beaucoup je ne publie jamais de commentaires mais ne rate aucun nouvel article, courage pour la suite

  35. isa

    C’est le mois de Mai…je suis infirmière au smur…un appel pour “balle dans la tête” on fonce vers l’adresse que le chauffeur annonce à la radio c’est celle de mes amis….rester professionnelle…ne pas écouter mon amie qui se rassure parce que je suis là….c’est foutu je le vois mais je pense au miracle….il fera son baptême hélico pour l’occasion mais ne rentrera plus jamais à la maison il allait avoir 17ans…en rentrant dans le service après l’intervention…un copain jeune médecin m’interpelle et me dit:alors cette sortie ça devait être le pieds??? Je n’ai pas répondu…..

  36. Fabymary POPPINS

    Oh quelle horreur absolue, déjà que pour un soignant , perdre un patient est une situation d’échec, mais quand en plus c’est un proche, c’est pire. Je l’admire cette jeune femme d’avoir su prendre sur elle, car souvnet on n’arrive pas à soigner ses proches, on n’a pas le recul.

    On est là, nous lecteurs pour vous aider à garder le sourire, même quand c’est dur.

    Ps , j’ai reçu votre laerte mail, pour ce billet mais aucun lien permettait de cliquer, est ce un pbe chez moi?

    1. Rofine

      Ne vous inquiétez pas ! Il n’y a pas de problème chez vous !
      Je reçois également l’alerte et je vais vite, en un clic, sur le blog “Alors voilà” lire le nouveau billet de Baptiste.

  37. Biquette

    Oui, Baptiste, nous sommes là, derrière toi, fidèles au poste…Tiens le coup!

    Bien sûr des doutes nous en avons tous eus, quel que soit notre métier, notre fonction, notre vie…
    La vie est ainsi faite: des moments de plaisir fou, des chagrins infinis, des déceptions, des espoirs.. Alors forcément on se pose des questions. C’est ça la vie!

    Poursuis ta route, nous avons besoin de médecins comme toi, des humains qui doutent mais qui font face, des filles et des garçons qui nous aiment et qui nous aident!
    Et tu sais quoi: il y a quelques jours , lors de mon dernier RV de contrôle, mon hémato a été incroyablement en empathie! ELLE M’A DEMANDE COMMENT J’ALLAIS ! Peut-être lit-elle ce blog ?…

    Alors voilà: j’aime bien mon hémato. Grâce à toi. Parce que je sais qu’elle doit perdre beaucoup de patients. De tous les âges. Sans doute l’ai-je aidée à changer, en étant moi aussi plus réceptive, moins en colère. Car quand on lutte contre la maladie, on est en colère. Contre la vie, car c’est injuste. Contre les médecins qui nous font mal et qui parfois sont tellement distants et drapés dans leur blouse. Contre les biens portant qui ne savent que nous dire: “courage!”

    Go Go Go!

  38. Herve CRUCHANT

    Les faits sont têtus, nous dit-on. Pour mieux nous apprendre la vie. Pour devenir un homme -ou une femme, mais c’est pas pareil. Des fois, mais pas souvent, les faits sont les bienvenus. Comme des copains, des vinyls qui grattent comme on gratte un chat, pour se sentir vivant parmi les vivants de tous poils. Ou comme des choses qui voue empèchent d’être soi. Ma gueule dans la glace, décor d’un autre qui vit à l’intérieur. Janus est une gâterie, à côté de çà. Mais on fait ce qu’on doit faire parce que tout le monde est pareil, on nous dit. Sans aucune espèce de preuve, le on. Comme d’habitude. Les faits sont si têtus qu’on parvient à les croire quand on aime. Du “si elle se retourne avant d’arriver à l’angle de la rue c’est qu’elle m’aime”. Et elle se retourne. Pour faire attention de ne pas se faire écraser par le bus en traversant. Prudente. Toi, tu te dis “elle m’aime”. Imprudent : tu l’aimes, elle t’aime, c’est sur. Çà va bien le faire pour toute une semaine au gris obligatoire.
    Tu bosses, elle bosse -pas la même qu’au début, parce qu’il y a eu quinze vacances d’été depuis le temps- et vous devenez des caïds dans votre domaine. T’arrives à être toubib, un peu étonné quelque part d’être là. Tu vas pouvoir soigner les autres. Les défaire de leurs maux, les reconduire à la porte du cabinet plus fringants, plus surs d’eux. Mais c’est pas tout à fait çà. Tu voulais leur faire croire à leur valeur humaine. Tu voulais les sauver enfin d’eux-mêmes par ta conviction inébranlable dans l’humanisme. Tu ne soignes que des angoisses et des reliquats de vies terrifiées. Tu sais, peu à peu, avec le temps et le nombre de patients, que tu ne sauveras jamais personne. Tu parviendras à les soulager, peut-être. Et tu te dis que c’est déjà vraiment pas si mal. Tu as vu le film “le docteur Sachs”… Tu penses que la force est dans l’empathie. Pour faire court, que l’amour est la solution face à l’incompétence de pouvoir gèrer au mieux l’intelligence et le génie humain. Pas un pis aller ! mais la seule voie qui permettra peut-être de perdurer un peu. Tu aimes. Et tu es tous les jours confronté à la détresse des autres. Tu te dis que seul l’amour… Tu aimes encore plus, tu essayes mieux. Ton amour, ton double, ton hâvre, ta douceur, ta joie. Voilà que cet amour, cette douce femme, perd la vie. Un accident. C’est un fait. Et les faits sont têtus.
    Il y a ce temps de sidération qui dure, qui dure. Et puis les choses à faire. Les pensées de technicien : et si… et si j’avais été là… et si c’était juste un peu différent. On a vu des cas où les alarmes du début ne se réalisent pas. Et puis je l’aime tant. Çà ne compte pas, çà ?
    Réorganiser sa structure démolie par les faits. Ceux qui t’apprennent à vivre, paraît-il. Comme si ‘çà’ c’était vivre… Tiens, imaginons une histoire. Comme quand j’étais petit. Comme quand c’était le temps où je serai pilote de chasse. Ou explorateur. Ou docteur…Explorateur-docteur ! voilà ! Alors, tu écris une histoire. Les écrivains, quand ils sont de vrais écrivains somme des poètes, s’écrivent pour eux-mêmes. Et s’ils sont lus, c’est très bien. Mais leurs histoires sont toujours leur histoire déclinée en mille mots, mille pages, mille tracas. Ou bien, mais c’est rare, ils sont possédés. Alors c’est encore eux, comme un fil électrique entre l’autre et les autres.
    Tu écris une histoire où tu es assistant d’une femme compétente mais tu n’interviens pas. Tu es là et tu ne pourras rien faire; parce que dans cette histoire tu t’es désigné incompétent. Incompétent à sauver cet amour -car c’est de lui qu’il s’agit, même pas camouflé un seul instant- et c’est de ta faute quelque part. Quelle injustice. Que n’ai-je fait que j’aurais du faire ? pourquoi cette torture ? Il n’y a rien de pire que de se dire qu’on est juste bon à vivre. A soigner. A aimer ceux qui le veulent. A aider. A parler avec les autres. Pas pour soi seul mais aussi pour eux; pour pouvoir croire qu’on peut vivre sans tenir compte des règlements, des accidents, des malheurs créés par d’autres qui n’en ont pas conscience. Parce que même penser à celle qu’on aime en se lançant de la falaise en parapente peut vous abîmer tellement que tout l’art et tout l’amour du monde ne pourrait vous sauver. Parce qu’un troisième vœux qui se réalise au prix de sa propre vie de dix huit ans n’est pas du domaine de l’amour humain; du possiblement humain. Alors, on écrit une histoire. Juste avec les bons ingrédients. Mais en ne conservant que les faits et l’amour qu’il y a aussi dedans.
    Les faits sont têtus.

    1. Patiente32

      Hervé, j’aime quand tu offres tes mots, ta sensibilité, ta vista et tout l’amour qui est en toi.
      Bien sûr tu n’es pas médecin ! Mieux, tu es un magicien de l’âme ! Et Baptiste a besoin d’un grand abracadabra pour se relever le coeur plus léger.

  39. Patiente32

    C’est ici que tout a commencé, quand tu as commencé à faire vivre ce blog. Baptiste, depuis, tu as vécu des moments extraordinaires, tu as surfé d’une réussite à l’autre. Tu as eu aussi des moments de doute mais tu as su rebondir, aidé par Dad et Mam que j’embrasse très fort. Ton blog est un formidable lien d’amitiés partagées. Appuie-toi là-dessus. N’oublie pas qu’on t’aime fort, très, très fort. Tu es entouré d’amour, parce que tu nous le renvoies si bien …. Haut les coeurs Baptiste. Biz

  40. Nane

    Alors voila, on est tous là, derrière l’écran, à soutenir Baptiste et cette p’tain de bonne idée de blog. Alors voila, c’est exactement ça: des gars et des filles qui viennent là pour se soutenir, se requinquer. Alors voila, Baptiste: ça ira, malgré la maladie, les coups de blues, ça ira parce qu’alors, voila.

  41. Ju

    Merci pour cette histoire aussi terrible soit-elle.
    Je te lis silencieusement depuis plusieurs années maintenant.
    Ne doute pas de ta vocation, tu as le cœur qu’il faut pour cela et il faut des médecins comme toi.
    Continue à entretenir ce pont entre soignants et soignés, il me donne confiance en l’humanité.

  42. Thalie65

    Ton coeur peut rester au chaud. Je ne crois pas être la seule à te lire fidèlement à chaque nouveau post.
    Celui-ci m’aura encore tiré les larmes. Merci d’écrire

  43. Lemm

    Baptiste,
    je ne suis pas toujours d’accord avec tes prises de position. Mais tes histoires font parties des choses merveilleuses -même quand elles sont tristes – dans la (ma) vie.
    Je pense fort à toi.

    Quant à Sophie, cette histoire est trop belle, trop bien racontée.

  44. Céline

    Alors voilà… Je viens de terminer votre livre: j’ai beaucoup souri, un peu pleuré, énormément apprécié la plume poétique et moderne. Un grand merci pour ce livre humain qui nous rappelle combien il faut profiter de chaque instant… Un immense merci à tous les personnels soignants…

  45. CarolineVilaine

    Quel que soit le métier on a tous cet envie de lâcher prise, de tout quitter pour vivre un ailleurs qu’on imagine meilleur… Mais non, quand on a choisi un métier (ou plutôt une vocation) comme un sacerdoce, et bien on se relève, on regarde droit devant soi et on avance encore et encore… La seule injustice de votre métier est la mort… L’atrocité de celle devant qui on est tous égaux. Force et courage, et pleins de pensées positives.

  46. Myriam FdF

    Tu ne peux pas t’échapper quelques jours, prendre des vacances ? T’éloigner du quotidien, te ressourcer…
    Un peu de repos te ferait du bien, tu ne crois pas ?
    L’histoire de Sophie est d’une tristesse infinie et c’est triste aussi de ne pas savoir comment t’aider, même un peu.
    Bises

  47. Anna

    J’aimerais savoir écrire pour que mes écris puissent vous soulager comme vous soulagez les gens qui vous entourent ou qui vous lisent. Parfois on a envie d’aider mais on ne sait pas comment faire. Apparemment vous avez ce don et c’est formidable pour les autres, mais il faudrait qu’il y ait un échange… Il est bon parfois de se mettre entre parenthèse et de penser a soi, cela ressource ! Tout simplement merci pour tout et tous

  48. Isa

    C’est normal d’avoir des doutes, des peurs, de trouver “tout ça” trop lourd, Baptiste… tenez bon et pensez à toute la tendresse que tous ceux qui vous lisent ont pour vous!
    Et, oui, comme l’ont déjà dit d’autres commentaire, prenez soin de vous, pausez et reposez vous…
    Je vous ai dit, l’autre jour, au téléphone: nous avons besoin de gens comme vous!
    Mais pensez un peu à vous, prenez un peu de recul , peut-être un peu de forces pour mieux repartir…
    Gros bisous maternels de Nice.

  49. Seingalt

    Histoire poignante.

    Elle me rappelle celle d’un chirurgien à côté duquel j’avais diné lors d’une soirée entre amis. Il venait d’opérer son fils quelques jours plus tôt et était content parce que tout s’était bien passé.

    Naïvement je lui ai sorti: “je croyais que les chirurgiens n’opéraient jamais leurs proches?”.

    Il m’a répondu: “Certains oui. Mais de mon point de vue, qui était mieux placé que moi pour soigner le mieux possible mon fils ? Si un autre avait fait une erreur, là, je ne me serais jamais pardonné de ne pas l’avoir opéré moi-même”.

    C’est ce qu’on appelle avoir confiance en soi…

  50. Yannick

    Mari de médecin généraliste de province, installée depuis bientôt 30 ans je retrouve dans vos mots les sentiments que mon épouse exprime…..parfois. Les doutes, les angoisses, le stress, l’incompréhension, l’incohérence, l’injustice, la peur, la tristesse, la colère, et quelquefois la joie….. font aussi partie de ce métier que vous avez choisi et que vous exercez aussi avec une bien belle intelligence du coeur. Continuez, c’est salutaire de vous lire.
    Cordialement.

  51. lectrice boulimique

    Merci pour tes histoires sensibles et courage BiBi; courage aussi @Menard qui a traversé tant d’émotions qui l’emportent… vous qui aidez, faites-vous aussi aider, c’est humain d’avoir besoin des autres et c’est courageux de le dire. Big free-hug !!

  52. Lukasz

    J’ai bien aimé la lecture de ce texte oui. Je découvre un peu ce site, ce ne sont que des histoires inventées, uniquement de la fiction ?

  53. LILOU

    Ne vous laissez pas abattre, les doutes nous accompagnent tout au long de notre vie et nous brouillent parfois la vision, seule la conviction nous tire vers ce que l’on tend. Continuez à nous poser et nous rendre humain ne serait ce qu un instant…
    Amicalement.

  54. marie ange

    j’aime lire vos articles,il y a tant de vie de la vrai vie des vies d’humain quelque soient la situation (je n’aime pas tous les articles =) ) ..j’ai de la peine pour cette femme et j’admire son courage;
    merci de nous avoir partagé, au delà du dramatique,la valeur de cette femme;
    merci pour la plume qui ecrit si facilement entre vos doigts
    à bientôt de vous lire

  55. Porte plume

    Je découvre ce blog et quel régal de lire vos articles cela me rappelle les récits du Medecin chez qui je travaillais. Je n’adhère pas à toutes vos idées (ce serait le monde des bisounours)… mais merci pour ces articles.
    Et je disais à mon jeune Medecin, prenez soin de vous sinon vous ne pourrez plus prendre soin de vos patients…

  56. Florence

    Bonjour et merci d’avoir créé ce blog. Les histoires humaines racontées nous ramènent à nos propres besoins d’amour, de gentillesse,de vie et aussi d’accompagnement, si cela est possible, bienveillant. C’est pour cela que nous ne devons pas juger les autres car nous ne connaissons pas leurs histoires, leurs souffrances et leurs joies. Merci pour ce partage qui occasionne beaucoup d’émotions.

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