Archives mensuelles : novembre 2017

Les jeunes et Bernard Pivot.

Hier, j’ai parlé devant 150 étudiants et étudiantes en médecine de la faculté de L…

Je n’ai pas bien les mots pour dire à quel point ils et elles sont belles.

L’humanité de leurs questionnements, de leurs fragilités, de leurs inquiétudes, de leurs rires…

Là, il me revient ce cinquième année qui, dans la soirée, m’a pris à part et m’a avoué en chialant : « je n’arrive pas à voir les patients déments comme des vrais gens. Je me dis que ce sont des coquilles vides, juste des corps, et je sais que c’est faux, et j’ai honte de penser cela, j’en ai tellement honte que je n’en parle à personne, mais ça me ronge ».

Il y a eu encore ce quatrième année qui, hospitalisé après un acte désespéré, a eu droit à une perme spéciale de son psy pour venir m’écouter, et pour lequel je n’ai pas su, pas pu trouver les mots qu’il aurait fallu pour lui faire comprendre qu’AUCUN métier au monde, aussi difficile soit-il à apprendre, ne vaut le prix d’une vie.

Mais n’allez pas croire, hein ! J’ai trouvé hier des jeunes ouverts, joyeux, heureux, capables d’une grande introspection, remplis d’une volonté de « bien faire », et de regarder les patients et les patientes en face, d’humain à humain.

Ma parole vaut ce qu’elle vaut, mais pour celles et ceux qui me lisent ici, je voudrais vous dire : croyez-moi, il y a vraiment de quoi être confiant et confiante.

Des paillettes pour BB

Je n’arrive plus à entendre un patient ou une patiente me dire « j’ai plus d’appétit… » sans que surgisse dans ma tête un chanteur en smoking à paillette qui répond « …QU’UN BARRACUDA ! ».

HELP ! Venez m’appuyer psychologiquement aujourd’hui et demain, au salon du Livre de Brive, où je vous attends nombreux et nombreuses.

#claudefrançoisihateyou

#jeveuxlamemeveste

#etlamemecoupe

ET VOUS ?

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Alors voilà, elle est épuisée. Je la regarde, je l’écoute, elle parle, elle parle. Elle est débordée par sa vie. Elle n’existe plus tellement elle s’occupe des autres. La voix tremble un peu, elle s’agrippe à son sac à main, elle a deux ongles rongés, juste deux, et du maquillage asymétrique. Odeur de cigarette et de parfum.
Son mari qui est malade, enfin il ne l’est plus vraiment maintenant, mais bon, il est encore fragile. Et exigeant. Ses enfants qui la préoccupent, surtout le grand qui rentre trop tard, et qui fume. Ses collègues, ses chefs, qui se reposent sur elle, surtout son « n+2 » qui lui dit « J’y arriverais pas sans vous ! Heureusement que vous êtes là… ». Et puis ses parents qui vieillissent, et ses copines qui pleurent des heures au téléphone…
« Et vous dans tout ça ? »
Elle fond en larmes. J’ai du dire une bêtise. Je lui tends un mouchoir.
Elle me dit qu’elle sait, qu’elle n’arrive pas à faire autrement : les autres passent avant elle. Elle n’arrive pas à refuser. Elle « ne sait pas dire non ». Elle dort moins bien, devient irritable, a envie « de tout envoyer balader ».
Je ne sais plus quoi dire. Je ne dis rien.
Parce que tout le monde lui dit (s’occuper d’elle/apprendre à dire non/prendre du temps pour soi). Parce que s’il suffisait de lui dire, elle ne serait pas là. Parce qu’elle répond toujours à ceux qui lui disent (ne sait pas comment faire/ne voit pas comment ce serait possible/ne peut quand même pas refuser de/et puis si je ne les aide pas alors qui va les aider).
Je ne dis rien.
Et puis, je ne sais pas au bout de combien de temps et de mouchoirs, là, d’un coup, je lui dis la première phrase, la première image qui me vient en tête: « Vous avez déjà pris l’avion ? »
Surprise de cette interruption, surprise que je parle apparemment d’autre chose, elle me répond « L’avion ?…oui, pourquoi ? ».
Alors j’en profite. « Voyez-vous, au début du voyage, les hôtesses donnent les consignes de sécurité, elles indiquent les issues de secours, ce qu’il faut faire en cas de panne… certains se moquent même des gestes qu’elles font en indiquant les sorties avec leurs mouvements de bras!… Vous voyez ? » (Je fais les gestes en même temps)
« Oui, je vois bien… » (un petit sourire devant le psy qui imite l’hôtesse de l’air…)
« Et elles nous montrent le gilet de sauvetage et puis elles nous informent qu’en cas de dépressurisation, un masque à oxygène tombera devant nous et qu’il faudra le mettre sur le visage… Et si vous lisez attentivement les consignes de sécurité, vous verrez que, si vous êtes avec un enfant il faut d’abord mettre le masque sur… »
« Sur mon enfant bien sûr ! » m’interrompt-elle.
« Eh non ! Sur vous-même… »
« Mais c’est impossible, je ne pourrais pas faire cela… »
« Sauf que si vous ne le faites pas et que vous vous évanouissez avant d’avoir pu lui mettre le masque, vous en mourrez plus certainement tous les deux… »
Et elle se tait…j’ai du dire une bêtise…
« Euh…Enfin…euh…ce que je voulais juste vous dire c’est que pour aider quelqu’un… »
« …il faut être en état de l’aider…je comprends… »
Elle ne pleure plus. Elle ne parle plus. Elle me regarde. Elle attend une interminable minute, ou deux. Elle dit « Ok, j’ai compris…cette fois j’ai compris. ».
Elle respire. Elle jette ses mouchoirs dans la corbeille.

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Récit à partager du docteur Philippe Aïm, un confrère formidable dont je vous recommande les écrits apaisants et bienveillants ICI

Et comme j’aime bien mettre des visages d’êtres humains sur les histoires que je relaie 👇🏼