La femme qui frappait aux portes.

Alors voilà… Madame Martin parle vite, respire vite, existe vite (faut visualiser le lapin blanc d’Alice qui ressasse : « En retard, en retard, je suis en retard ! ».) Elle court, avec son caddie vinyl jaune, ses soixante ans et son imperméable à gros imprimés floraux.- J’ai été adoptée. Quand j’avais six ans. Me souviens de rien. C’était l’Algérie, puis c’était la France, puis les années ont passé !
Léger retard cognitif : Madame Martin pense plus jeune que son âge. En elle demeurent le lapin blanc ET Alice.

– Mon père adoptif, Parkinson. Ma mère adoptive, cancer du sein, je crois. Ou alors c’était « un cancer pas du sein, mais un cancer quand même » (sic).

(Là, elle rit très fort).

– Je les ai pas laissés, promis. Jamais. Après tout ce qu’ils avaient fait pour moi… Je me suis bien occupée d’eux. 

Son débit de parole est rapide : il faut bien caler la fierté entre les mots et l’amour entre les lettres, alors elle tasse !

– Maintenant qu’ils sont partis, et que je suis sûre de ne plus les blesser, je peux me consacrer à mes voyages. 

Ses voyages ? Retrouver sa famille. 

En vérité, elle s’appelait Larbaoui avant d’être adoptée. C’est tout ce qu’elle sait sur ses origines. Elle s’est mise en tête que tous les Larbaoui de France sont potentiellement sa famille d’origine. Alors elle les appelle, les uns après les autres. Elle prend le train avec son caddie, et frappe aux portes. Elle cherche. 

– Y en a quelques-uns à Strasbourg. Je vais aller les voir.

L’année dernière, elle a sillonné Paris et Lyon.

Peut-être, un jour, sonnera-t-elle à votre porte ? Sachez qu’elle a attendu longtemps pour vous rencontrer.

J’espère qu’elle vous trouvera vite.

———
Je rappelle (internet, je te connais si bien !) que les noms, sexes, âges et données géographiques sont systématiquement modifiés dans mes post.
Enfin, le très bon magazine CAUSETTE me fait l’honneur d’être leur grand portrait de Janvier. Quatre pages (ICI) pour parler médecine, famille, société, et situation des mères célibataires en situation de soin (rapport à mon dernier roman paru en octobre). 
Bonne soirée à toutes et tous…

28 réflexions au sujet de « La femme qui frappait aux portes. »

  1. Foetus

    Coucou BiBi,
    J’avais déjà vu l’illustration sur Twitter et j’adore ce qu’il fait. Et ça va tellement bien avec l’article. Il est tellement touchant. Tu réussiras à savoir si elle a retrouvé sa famille ?

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  2. Cécile Coué

    Super! Hâte de recevoir le prochain Causette! Suis en train de lire « la ballade de l’enfant gris », je m’en délecte alors j’essaie de ne pas le dévorer trop vite… En tous cas, merci pour ce rendez vous du soir !

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  3. bluetit

    quel courage, et quel parcourt , lui souhaiter de belles rencontres et retrouver sa famille ou celle du cœur
    elle n en manque pas et le meriterait
    merci pour ce témoignage
    bisous

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  4. De passage

    Nous on l’avait fait via le téléphone. Mon père à 40 ans passé a appris qu’il avait des frères et sœurs en Afrique né d’un précédent mariage de son père (disparu 30 ans plus tôt), mais qu’ils étaient reconnus et qu’ils vivaient entre la France et le Gabon. Ceux qui savaient, étaient déjà mort avant d’avoir livré leur secrets.
    Coup de peau notre Nom est peu courant. Le dernier numéro de la dernière liste une jeune femme nous a répondu « Ben mon grand père est enterré à **** » Jackpot c’était eux, enfin une des filles de mon oncle. Un an plus tard elle se mariait et changeait de nom.

    Parfois tout tiens à un fil.

    Mon père à 40 ans passé a découvert qu’il avait un frère et deux sœurs en Afrique, une belle mère encore en vie et beaucoup de neveux. Le plus touchant fut la réaction de mon père quand il l’a sut, il s’est effondré dans le canap:
    – « Des enfants en Afrique?! Je vais les chercher! »
    – Mais papa, il les a eu avant toi, ce ne sont plus des enfants ils savent se débrouiller à présent!

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  5. Rofine

    Bonsoir Baptiste,
    2017 tout nouveau, tout frais, je te souhaite le meilleur et surtout la réalisation de tes rêves les plus forts.
    Pour revenir à ton post, je me dis que « cette femme qui frappe aux portes » court après un rêve un peu fou… c’est comme chercher une aiguille dans une botte de paille : arrivera-t-elle à toucher le Graal ?!?
    Dis-nous si un jour son objectif est atteint…
    N’empêche, tu poses une question de fond grave : pourquoi empêche-t-on les enfants adoptés de connaître leurs racines ? Tout être vivant veut/doit savoir d’où il vient et son histoire familiale.
    Je t’embrasse fort.
    Rofine

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    1. Nadezda

      Les enfants ont le droit de connaitre leurs origines, sans cela ils n’ont aucune chance de réussir leur vie. L’ignorance de ne pas connaître son origine c’est un boulet que ces enfants traînent toute leur vie,

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  6. Soulalune

    C’est une quête tardive mais ô combien nécessaire pour elle … il arrive un moment de bascule, dans la vie, où le passé et les origines deviennent plus indispensables que le présent et l’avenir.
    J’espère de tout coeur que ta patiente parviendra à se retrouver, et un grand bravo pour le très bel article paru dans Causette !!

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  7. Souki

    Sur ce thème-la nécessité du retour aux sources, il y a le sublime roman de Toni Morrisson : « La chanson de Salomon » (Song of Solomon en vo)
    Histoire et illustrations très touchantes (comme souvent)
    Bisous et très belle année à tous!

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  8. Marion

    Touchée (encore )… tu sais glisser toujours tant de poésie et de tendresse dans tes histoires… « il faut bien caler la fierté entre les mots et l’amour entre les lettres, alors elle tasse »… c’est si bien écrit qu’on la voit cette fierté se glisser entre les mots et cet amour se placer bien au chaud entre les lettres ! J’espère qu’elle trouvera (tu nous diras ?)… les racines c’est important… savoir d’où on vient… plein de courage à elle !

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  9. mimi

    Très belle année à toutes et tous !

    Mais alors quelles recherches vont faire tous ces petits nés de dons de sperme ou d’ovocytes ?
    Eux, c’est certain, n’ont aucune chance de connaître un jour leur papa ou leur maman.

    Comment aborder avec eux leur origine ? Comment en parler au frères et soeurs « issus » EUX du même papa et de la même maman » ??

    Très très compliqué, surtout quand on sait qu’il faut se rendre à l’étranger et que c’est monnayable !!

    Bonne journée.

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  10. Herve CRUCHANT

    # : faut visualiser le lapin blanc d’Alice qui ressasse : « En retard, en retard, je suis en retard ! ».

    (re)écouter « I’m late. I’m late » par Stan Getz. (sur vinyl, si possible)

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  11. Caro

    C’est sans rapport (sûrement).
    J’ai été adoptée.
    Je me suis toujours foutue de savoir ou connaître mes parents biologiques .
    Je l’ai su grâce à ma grand-mère paternelle qui ne m’appreciait pas autant qu’elle aimait ses « vrais petits-enfants « .A cause de ça,mon père (nous) a arrêté de voir sa mère pendant très très longtemps.
    Finalement quand Elle a été très malade,c’est moi qui etait La plus présente (je suis infirmière et je bossais là où Elle était hospitalisée)
    Quand Elle est décédée,c’est moi qui est héritée de son fameux rubis .Vous imaginez pas le scandale Que Ca a fait et j’ai beaucoup pleuré cette tyrannique fière « vieille sorcière » ( je l’écris avec tout l’amour du monde)

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    1. Michèle

      Comme quoi, les liens du coeur sont les plus forts.

      Sinon, pour aller à contre courant de la pensée actuelle, une amie psychologue m’a affirmé, comme vous le faites, que beaucoup d’enfants se foutaient complètement de savoir d’où ils venaient.

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  12. Herve CRUCHANT

    Comme pas mal de retraités, je pioche un peu dans la généalogie comme on pioche dans un tas de vêtements; par curiosité ou pour retrouver l’espiègle deuxième chaussette. Et je me pique au Je. Auparavant -j’ai quelque difficulté à dire « quand j’étais plus jeune » puisque, jusqu’à présent, je n’ai pas vraiment vieilli dans mon fort intérieur- mon entourage historique était assez réduit. Une ou deux générations avant mon père, ma nuit des temps aux limites oscillantes comme le cerceau d’un hulla-houp qui vous tord en ADN chatouilleux James Brown. Tout çà virtualisé par des bribes d’historiettes transmises de bouche à oreille, sans véritables liens, murmures ragots de moucharabiehs.

    Je ne sais pas comment tout ceci a commencé. Un jour, j’ai lu une anecdote à propos de l’une de mes ancêtres vivant du côté du XVI°. Siècle, pas arrondissement ! Elle avait été attaquée par deux malfrats scieurs de long dans sa maison, sise dans les Vosges, pour lui voler des pommes de terre. Il y eut rixe. Dans laquelle le bébé qu’elle allaitait avait été tué. Dénoncés, les deux brigands avaient été condamnés au tonneau. Un supplice consistant à enfermer le voyou dans un tonneau, de percer icelui avec quelques lames et à faire descendre le tout dans une pente raide. Cette histoire est consignée sur les livres anciens officiels et m’a peut-être incité à consulter les fouilleurs de généalogies pour en savoir sur les autres habitants de mon nom. Secrètement, de ressentir une sorte de solidarité improbable à travers l’histoire. Oui, c’est cela, construire une sorte d’éternité fractionnée virtuelle, comme pour faire la nique à cette mortalité fatale et absurde qui nous gomme par à-coups irréguliers.

    C’est alors que j’ai découvert que ma propre existence était tricotée de mensonges. Que mon existence était constituée d’un maillage disparate de leurres, de probables convaincants mais très fragiles, ponts de singes au-dessus d’inconnus supposés, eux-mêmes destinés à faire accroire à mes parents que leur trajectoire était logique, sinon solide. En un mot, je suis passé de l’être à la chimère. Les historiettes vérifiées grâce à la toile internet se sont avérées fausses ou inventées. Pitoyables. Et m’ont rendu pitoyable devant toutes ces portes à solliciter dans l’espoir de me donner enfin une consistance, une raison d’avoir été sinon d’avoir agi consciemment. Le bilan, jusqu’ici, reste terrible.

    Faut-il poursuivre la quête? Répondre « évidemment » à Rofine qui nous dit que l’enfant a le droit de savoir tout de son ascendance ? Ou plutôt ‘adopter’ l’atmosphère de Caro, l’ayant moi-même vécue bien que non adopté, avec une ‘vraie’ grand-mère; et puis qu’est ce que veut donc dire ‘adopté’ ? celui qu’on va chercher et dont on vous confie l’à venir, qu’on élève avec amour et tendresse sinon le même bout d’ADN, ou celui qui est sorti de sa mère, reconnu, tamponné made in véritable, élevé sous la mère, mais juste pour le fun, nourri mais pas dorloté ‘parce que chez ces gens là, Monsieur,’ on ne dorlote pas; on ne dorlote pas, Monsieur, on gronde.

    La maison est construite. Mes souhaits d’être passeur de vie pour ceux que j’aime ou ceux qui veulent bien m’aimer sont plus ou moins réalisés. Mon Temps Imparti est évidemment en train de s’achever. Je n’ai pas la satisfaction souhaitée d’un grand-père puisque cet aïeul est creux et factice. Menteur lui-même, historique, par abus de confiance et manipulation. Par inoculation de schizophrénie sans intention de la donner. De donner le désespoir lucide comme épine dorsale. Sachant bien qu’un squelette de poisson mort ne justifie jamais le goût immodéré pour la mer, son estran, son grand large ses cieux changeants et ses troublantes tempêtes.

    Il faut finir. il faut conclure. Je serai comme toi, Caro. A défaut, je serai un truc pâte à modeler fait d’amour. Je serai -encore une fois- Frère Grand33, en harmonie avec toi : « pour savoir où on va il faut savoir d’où on vient ». C’est quand on sait pas que l’aventure est belle. Parce qu’on sait pas où on va. Parce que, défait de toute dépendance, l’esprit est plus clair. Parce qu’on peut – ou non – choisir d’être pointillé. Et ne pas suivre la ligne.

    Que Mieux vous protège, Manants, Manantes

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  13. Agnès

    Abonnée à Causette, je viens de lire l’article qui te concerne, et pour moi, mon petit Baptiste, tu es vraiment un petit gars en or, et mème si je le savais deja, ça fait toujours plaisir de le lire.
    Je t’embrasse et je salue tous les tiens.

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  14. Vizzarri

    J’aime la façon avec laquelle vous contez ces histoires humaines:)
    Surtout, gardez toujours ce petit je ne sais quoi bien au chaud au fond de votre cœur qui fait que…
    Hier a été commencé votre petit dernier et… Très vite, je sens qu’il sera terminé car le tout début m’a complètement convaincue:)

    Très joli dimanche à vous en espérant que sur cette petite tranche de bois, Zola vous accompagnera:)

    Marielle.

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  15. Lulu

    Je suis arrivée ici par causette, l’article donnait vraiment envie de lire et votre blog et votre roman. Pour le blog j’ai déjà commencé à le parcourir et c’est vraiment encourageant de trouver des médecins humains enfin surtout des être humains qui on encore de l’empathie

    Bon courage à vous.

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  16. Nicole Henry

    Merci pour vos belles histoires tellement pleines de bienveillance dont nous avons tous besoin surtout en ce moment !
    J’espère que cette dame va retrouver le lien moi je n’ai pas pu rechercher mon père, ma mère avait oublié son nom quand elle a fini par dire que mon père n’était pas mon père quand j’ai eu 17 ans !
    Je pense que si l’on a eu une famille où on était en sécurité et entouré d »amour on a sans doute moins ce besoin, moins ne veut pas dire pas du tout. Mais pour ce qui me concerne après avoir envoyé des lettres aux 4 coins de la France je me suis résolue à continuer le chemin sans ce lien qui m’aurait pourtant fait un grand bien car la suite de mon histoire est celle de Cosette !!!
    Alors comme tuteur de résilience j’aide les Enfants des Rues en Inde c’est un grand bonheur que de les savoir à l’abri grâce à mon action depuis 15 ans et de les rendre autonomes avec les études qu’ils pourront poursuivre grâce à la prochaine campagne de dons que je vais mettre en place.
    Alors merci d’être le passeur de ces histoires,
    A bientôt…!
    Je pars en Inde mercredi !

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  17. marie

    Photos de toi dans causette épatante et tellement vraies, ne pas louper leur hors série voyage en clitorie , bah oui pour les voyages toujours partants , en genealogie aussi si on fait parler les parchemins il nous content d’étranges histoires, des belles aventures , des amours contrariés ou de sombres récits mais l’important de tous ces actes est d’en extraire l’amour et le pardon, zenitude assurée comprendre pour aller de l’avant frais et curieux.

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  18. J'étais infirme hier

    La quête n’est jamais tardive …. d’ailleurs rien est tardif tant qu’il y a la vie !!!!

    Et quand on cherche… C’est qu’il il y a une réponse!!!
    Incroyable comment l’hypnose m’a aidé

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