Bruxelles, Jerusalem, Dieu, les Hommes.

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Photo : Benjamin Isidore Juveneton

Alors voilà, je sais pas pourquoi, mais les attentats me rappellent une chose vue à Jerusalem. S’il y a là-bas un spectacle inoubliable, ce sont bien les milliers de minuscules plants de câpriers qui poussent dans les anfractuosités du Mur, autour et par dessus les petits papiers laissés par les fidèles -ces mêmes papiers pliés en quatre où ils confient leurs souffrances, les fameuses « lamentations ».

Les boutons de câpriers ne fleurissent qu’à la tombée du jour.

Ainsi, la nuit venue, les petites fleurs blanches et violettes s’épanouissent, craquellent la pierre, et font tomber au sol ces milliers de minuscules doléances. Le jour se lève, tout se fane, on n’a plus qu’à se baisser pour ramasser fleurs mortes et réclamations. 

Dieu a lu votre plainte, et y a répondu à sa manière : toute souffrance est une graine, qui dans l’obscurité enfante les 1001 couleurs précieuses de l’expérience. 

Ces fleurs violettes, macérées dans du vinaigre, deviendront de délicieuses câpres. Voilà pourquoi, m’expliqua mon guide, les pizzas de Jerusalem ont un goût de larmes inimitable.

Toutes mes pensées à toutes les victimes de terrorismes, en Belgique et ailleurs.

  

30 réflexions au sujet de « Bruxelles, Jerusalem, Dieu, les Hommes. »

  1. Chris

    Je ne comprends pas cette violence. J’ai beaucoup de peine à suivre l’actualité, peut-être qu’après tout, je ne veux pas croire que ce monde va si mal. Je ne cautionne absolument rien de tout ça, et je pleure pour ces personnes car nul n’est à l’abri de cette folie religieuse.

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    1. mimi

      Cette violence, nous l’avons laissée mûrir depuis des années en laissant s’édifier de véritables ghettos, des zones de non droit, des zones où des petits délinquants faisaient la loi. Ces petits délinquants, manipulés, sans but, sans projet, sans idéal, sont devenus des intégristes sans foi ni loi…

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  2. josecile

    Bientôt tous les plats nationaux vont avoir un goût de larmes inimitable.
    A quand un blog « journal de tous réconciliés »?
    Pensées attristées et solidaires pour la Belgique, et pour tous ceux ici ou ailleurs frappés à l’aveugle.

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  3. Stéphanie

    C’est si poétique, cette histoire de fleurs. Et puis Jérusalem… s’il y a bien une ville à laquelle on pense en matière d’attentats et de terrorisme, c’est bien elle. Depuis combien de décennies ça dure? Et pourtant, ses habitants sont debout, et pourtant les croyants continuent à venir prier au Mur des lamentations.
    Merci de nous suggérer une belle image d’espoir, par-dessus le flot de vidéos des attentats de ce matin.

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  4. lectrice boulimique

    Merci à BiBi et à ses blogueurs.
    Ci-dessous, posté sur mon fb ce matin:

    La haine frappe. Le sensationnel fait caisse de résonance. Je pense à mes amis qui travaillent à Bruxelles, à ma nièce qui y vit et est près d’accoucher. Je pense à la petite fille qui va naître dans et à ce monde. Je pense aux petites filles, aux mères, aux pères, aux familles qui tentent de se réfugier chez nous pour échapper aux bombes qui explosent chez eux.
    Je pense que le désespoir tue déjà, chez nous. Par la course à la réussite, scolaire et professionnelle, qui crée un gagnant pour cent perdants. Par le chômage à subir sous le regard des travailleurs. Par la pauvreté à vivre au milieu de l’opulence. Par le racisme, le sexisme,… tous ces maux dont les mots (et les actes) sont autant de bombes jetées sur les êtres que l’on discrimine.
    Je pense qu’ici et maintenant, je ne peux pas faire grand chose d’autre que penser, et écrire. Alors je rassemble mes forces pour penser et écrire des choses qui n’aillent pas dans le sens où le terrorisme veut nous pousser. Des choses qui, devant les monstres surgis de nos propres failles, ne nous fassent ni fuir, ni les tuer, ni sauter dans leurs bras mais les regarder en face, pour enfin les apprivoiser.
    C’est quoi, le niveau 4 de l’intelligence et de l’humanité?

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    1. Cath

      Il y a quelques années, un des 1ers attentats visaient Paris, près du lieu où mon père prenait un café le matin : j’ai dû m’y reprendre à 5 fois pour arriver à composer son numéro de téléphone.
      Aujourd’hui j’ai fait de grands progrès : j’ai pu écrire un mail à des amis susceptibles d’être victimes, et j’aurais presque pleuré de soulagement en lisant leurs réponses – évacués de la gare alors qu’ils s’apprêtaient à rejoindre cette ligne de métro…
      Mais je suis toujours aveugle et fermée : je ne comprendrai jamais ces gens qui n’ont d’humain que l’apparence. Je ne leur reconnaitrai jamais que le titre de dégénéré.

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      1. grand33

        « aveugle et fermée » ou clairvoyante et ouverte ?
        Je n’en dirai pas plus ici, ce blog ne peut pas faire l’écho de ce que je ressent et de ce que j’ai envie de dire, de crier même.
        La bise cathochat

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  5. Philippe Renève

    Ce terrorisme aveugle désespère la raison : quelques fous, pour seulement des buts de haine et des volontés de puissance, en viennent à mépriser les autres au point de massacrer des inconnus. Il est impossible de comprendre ces motivations : le caractère profondément absurde de ces actes nous laisse sidérés.

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  6. Grand33

    Bonjour Bibi,
    Une petite fleur va naître au mois de juin et me faire prendre un coup de vieux supplémentaire. Puisse que cette petite fleur ne sente jamais le goût des larmes !!!!!
    Bien sûr toutes mes pensées tristes vers la Belgique et ailleurs.
    la bises

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    1. josecile

      On le lui souhaite, à cette petite fleur. Les miennes ont 17 et 11 ans, et malheureusement, je ne peux que leur dire « Mon Dieu, quel monde nous allons vous laisser ». J’ai grandi avec la guerre du golfe et la génération SIDA, mais au moins je prenais l’avion, le métro, le train, j’allais au concert, boire un coup en terrasse… sans avoir la peur au ventre. Elles, elles poussent au son des attentats…
      Puissent ta future petite fleur et tous ses compagnons de jardin construire un monde plus doux.

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  7. Fabymary POPPINS

    Merci beaucoup pour ce texte empreint de la sensibilité et l’humanisme qui te caractérisent et je pense aussi que même dans l’horreur absolue il faut toujours malgré tout avoir un message de lumière et d’espoir, ne serait ce que pour repousser les ténèbres.

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  8. mimi

    J’interviens pour la première fois. Je compatis bien entendu avec ce drame qui une fois de plus endeuille l’Europe. Mais, je n’entends pas de propositions de solutions. Allons nous subir dans les années à venir la barbarie de quelques illuminés ? Quel monde sommes nous en train de « construire » pour nos enfants ? Il y a des responsables, des responsables qui ne cessent de nous rebattre les oreilles en hurlant que nous sommes en « période de guerre »… Mais je ne vois et n’entends aucune solution pour nous défendre. Certains critiquent ce quartier de Bruxelles, mais ceux là sont sans doute bien calfeutrés dans leurs apparts cossus… Qu’ils aillent « se promener » dans le 93, et là, ils verront que nous ne sommes guère mieux lotis. Nous avons créé « cet état de guerre », le vers est dans le fruit… Les « sacros saintes » libertés prônées par certains ont eu pour unique but de réduire NOS libertés comme peau de chagrin… J’ai bien peur qu’il ne soit trop tard…

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  9. genevieva

    merci pour ce message, ce matin en me réveillant je vois ce qui se passe à Bruxelles et mon cœur s’est arrêté mais un SMS de ma fille qui vit à Bruxelles me disait « maman ne te fais pas de soucis nous ne sommes pas partis » ils passent leur temps dans les avions et c’est l’heure à laquelle ils se trouvent à l’aéroport, c’est leur travail. J »ai mis une bougie pas dehors car il y a un vent énorme mais dans l’appartement pour une pensée pour les victimes. Où va le monde ainsi on ne s’aime plus, on ne s’entraide plus on est indifférent, je suis mal très mal

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  10. Sophie

    Premier message en quelques années de lecture, poussée par la lecture du post, puis lecture des préconisation de notre premier ministre… et là non, plus d’accord, arrêtons de fermer et ouvrons, bien au contraire! non à l’obscurantisme en réintégrant nos cités, ouvrons des bibliothèques, rénovons nos écoles, subventionnons les associations culturelles pour sortir de la misère qui rend fragile les hommes. Ce sera long, mais il faut de la patience, ça vaut le coup. Encore une fois ces terroristes n’étaient pas connus pour leur radicalisation mais pour du banditisme. C’est là que nos services échouent à les accompagner. Toute frontière fermée reste poreuse et entraine encore plus de misère et de tristesse.
    Merci Baptiste pour ce post, il me donne de l’espoir tout de même.
    Belle journée à tous.

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  11. Herve CRUCHANT

    « homo sapiens demens » dit Edgar Morin. Juif et donc martyre, par définition. Philosophe, par vocation.

    En remontant un peu le temps avec ces seuls mots comme bagages -juif, martyre, philosophe, mais aussi homo sapiens demens- à l’aide d’une imagination honnête, on voyage en pensée par le Temple et son mur, un étage au moins en dessous de l’esplanade des mosquées. un mercredi matin en occident, durant la semaine sainte. les billets lamentables, repoussés nuitamment par les boutons de fleurs croient à leur chimère : ils ont vu leur invention divine, voyez-vous. lire la ligne par cœur, l’effacer et rendre le support. tout comme à l’exemple d’un concert de rock. ils laissent leurs billets au vent et à la pierre, en échange d’une fleur ou deux de sueurs éblouissantes. qu’ils mangeront tout à l’heure, avec la sérénité de celui qui s’est libéré de ses deuils.

    aujourd’hui, comme d’habitude, mais nous n’en sommes pas vraiment surpris puisque nous l’avons créé comme ainsi, dieu a fait le mur. relevé le courrier et fait pousser la fleur caduque. tant pis pour le poète visiteur vagabond et pour le bacalao pomme vapeur lisboète. le bouton de câpre ira imprègner l’âme d’un Cornichon de Ramallah, puisqu’aussi bien il n’y a plus de terre arable de ce côté de la muraille de béton barbelé mais que de nouvelles occupations coloniales. il est des terres qui se targuent aujourd’hui d’être divines parce qu’on leur a dit toutes petites qu’elles appartenaient à dieu. et aussi des dieux éternels parce qu’on ne vit pas assez longtemps pour les voir se dessécher au soleil. il y a des hommes qui prétendent être nés pour servir leur dieu seigneur et maître mais ne se préoccupent que de leur propre salut en inversant les dix commandements. en tuant les chipoteurs agnostiques tâtillons de la ligne de l’exégèse, en poursuivant les écrivains aux versants sataniques, en torturant les femmes, quintessence de tous les vices de la vie comme l’amour des autres, la tendresse humaine et le verbe d’antan chanté doucement en berçant les bébés. et si le remplacement du poulet mouillé de larmes par une fleur avenir n’était pas ce message des millions de fois répété : cessez vos jeux ! j’ai jeté vos diatribes et vos chouins sans les avoir lus car je vous le dis : je ne les ai pas lus; et chantez les fleurs, les boutons de fleurs. allez en Palestine, ouvrez vos murs, allez pêcher à Tibériade ou à Gaza, revenez avec vos paniers à ras bord et multipliez les pleins !

    dans un appartement standard soixante dix deux ou trois étages sans ascenseur chauffage collectif loyer modéré charges comprises, dans une ville européenne moyenne, proprette pas endroits et sale sous le tapis, on croit tellement à ces lamentations ces dieux ces raideurs que la foi a figé les esprits en mal d’âme. en fait, ces croyants ne croient plus en quoique ce soit; ils croient en rien; sublime acte de foi. homo sapiens demens. ils ont élaboré leur chemin de croix salvateur. en ont défini les stations. leur Golgotta sera un comptoir d’aéroport, une gare de métro, une salle de concert, une réunion de potes dessinateurs iconoclastes, une gare à l’heure du retour du travail, une enfant dans la cour d’une école, dieu est grand… dans toutes sortes de langues. lamentable.

    on ne connait des morts que ce que l’on veut bien nous dire. ou nous montrer. quand ils sont morts. mais quand ils vivaient, on ne les savaient pas, par posture narcissique. miroir, mon beau miroir…. et puis voila que la « vérité divine » sublime irréversible des fous passe par là et démolit tout. que celui qui était anonyme devient sujet de pensées compassionnelles, symbole, héros, martyre ayant sacrifié sa vie…enfin, tout ce que veulent entendre les tueurs, quand ils ont « oublié » de déclencher leur suicide.

    je dis que ces morts, qui sont un peu de ma substance, sont les miens. je revendique le droit de retrait, l’usage de la clause de conscience et de mon intimité. si je vous disais que je pleure. ou que je hurle. ou que mon silence terrible est de ceux qui font taire les oiseaux inquiets au jardin. ou que la haine. l’envie de tuer… si je vous disais cela, çà avancerait à quoi ? à ce que les murs des lamentations soient encore plus considérables? et que les pleurs rendent toujours autant aveugle au point de ne pas voir le vrai message : balayez ces choses écrites au rimel et voyez aux aurores, tournés au levant, ces petites pépites de soleil qui viennent vers vous et vous tendent ces gouttes de vie.

    (nb : comme une goutte d’eau au bec d’un colibri ?)

    je pense qu’on ne guérit vraiment un patient d’un vilain bubon qu’en tenant compte de son état général et sa susceptibilité aux remèdes idoines. à moins de lui éviter d’être en situation d’être infecté (l’idéal), tout le corps va être sollicité pour éradiquer la présence de l’abcès et appui aux soins eux-mêmes. notre société, incapable d’exploiter l’occasion qui lui est infligée par les terroristes et ses commanditaires de faire une auto-critique afin d’éviter que la crise se renouvelle plus tard, va utiliser des moyens d’état. tordus, imbéciles, inefficaces pour l’essentiel, eut égard aux efforts déployés pour les mettre en œuvre. d’autant que les gouvernements ne font pas confiance à leur propre peuple et qu’ils se donnent comme devoir de les manipuler, les orienter, les gaver de propagandes et de cris « armons-nous ! et partez ! ». le seul moyen d’éradiquer est divisible par deux : médecine de guerre et vaccin. Vaccin, c’est-à-dire l’emploi des mêmes moyens que la guérilla : infiltration, traque, sabotage des filières, agit’prop et…assassinats ciblés perpétrés par des commandos dédiés, contrôlés et révocables. il est normal de répondre aux meurtres et aux attentats par ces moyens. condition : que le pays prenne conscience de son unité républicaine, tranquille et déterminée. pas comme cette personne, Madame Marion Maréchal Auques-Le Pen, qui prétend que « si on avait été au pouvoir, les attentats du vendredi 13 n’auraient pas eu lieu ». Non seulement c’est une fable mais elle est mal venue.

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  12. Lise

    fatiguée de tant de haines …

    Baptiste : merci pour la poésie et la douceur …
    Hervé : merci pour tes mots, toujours si puissants et si justes …

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  13. Herve CRUCHANT

    @Anne-la-Belge. je n’ai rien à te conseiller, Anne. surtout en ce domaine si mystérieusement magnifique. Juste mon inclination à te dire : tous les parents ou presque parents ont pensé cela. Tous. et même un vieux comme moi. Penses tout de même que tu ne donneras pas le futur à ton enfant; c’est lui qui le fera. tu auras ‘juste'(!) à le guider. et déja avoir le soucis du monde dans lequel il va être (il est, dans ta tête) conçu, est un petit trésor. et puis, de manière plus pragmatique : tenir compte des abrutis qui tuent à la bombe et autres Trump la Mort, c’est leur accorder une valeur qu’ils n’ont pas et que pourtant ils recherchent. non, décidément, ton petit n’a pas besoin de çà et tu ne lui transmettra pas cette fange. dis moi, toi là, te prendrais-tu pour une donatrice universelle? (lol) tu as amassé assez d’amour pour faire pèter de bien-être ces idées de petits ! tiens, à tel point que je te souhaite d’en faire heu… deux ? trois ? trois petits belges jumeaux qui se tiennent par les coudes et dansent dans le soleil du Plat Pays qui est le tien ?… de la vie, prends tout, Anne. « De la vie », hein. on est bien d’accord. GROS bisou, Anne. (nb : Je boirais bien une Gueuse bien fraîche en ne parlant plus de rien. Sauf peut-être de l’essentiel : la hauteur du faux col…)

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  14. Julie

    Après un commentaire plein de tristesse pour Charlie. Un second commentaire empli de colère pour Paris. Là je ne sais vraiment plus quoi dire.
    Donc, juste une pensée émue pour nos amis Belges.

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