Archives de l’auteur : Baptiste Beaulieu

Les jeunes et Bernard Pivot.

Hier, j’ai parlé devant 150 étudiants et étudiantes en médecine de la faculté de L…

Je n’ai pas bien les mots pour dire à quel point ils et elles sont belles.

L’humanité de leurs questionnements, de leurs fragilités, de leurs inquiétudes, de leurs rires…

Là, il me revient ce cinquième année qui, dans la soirée, m’a pris à part et m’a avoué en chialant : « je n’arrive pas à voir les patients déments comme des vrais gens. Je me dis que ce sont des coquilles vides, juste des corps, et je sais que c’est faux, et j’ai honte de penser cela, j’en ai tellement honte que je n’en parle à personne, mais ça me ronge ».

Il y a eu encore ce quatrième année qui, hospitalisé après un acte désespéré, a eu droit à une perme spéciale de son psy pour venir m’écouter, et pour lequel je n’ai pas su, pas pu trouver les mots qu’il aurait fallu pour lui faire comprendre qu’AUCUN métier au monde, aussi difficile soit-il à apprendre, ne vaut le prix d’une vie.

Mais n’allez pas croire, hein ! J’ai trouvé hier des jeunes ouverts, joyeux, heureux, capables d’une grande introspection, remplis d’une volonté de « bien faire », et de regarder les patients et les patientes en face, d’humain à humain.

Ma parole vaut ce qu’elle vaut, mais pour celles et ceux qui me lisent ici, je voudrais vous dire : croyez-moi, il y a vraiment de quoi être confiant et confiante.

Des paillettes pour BB

Je n’arrive plus à entendre un patient ou une patiente me dire « j’ai plus d’appétit… » sans que surgisse dans ma tête un chanteur en smoking à paillette qui répond « …QU’UN BARRACUDA ! ».

HELP ! Venez m’appuyer psychologiquement aujourd’hui et demain, au salon du Livre de Brive, où je vous attends nombreux et nombreuses.

#claudefrançoisihateyou

#jeveuxlamemeveste

#etlamemecoupe

ET VOUS ?

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Alors voilà, elle est épuisée. Je la regarde, je l’écoute, elle parle, elle parle. Elle est débordée par sa vie. Elle n’existe plus tellement elle s’occupe des autres. La voix tremble un peu, elle s’agrippe à son sac à main, elle a deux ongles rongés, juste deux, et du maquillage asymétrique. Odeur de cigarette et de parfum.
Son mari qui est malade, enfin il ne l’est plus vraiment maintenant, mais bon, il est encore fragile. Et exigeant. Ses enfants qui la préoccupent, surtout le grand qui rentre trop tard, et qui fume. Ses collègues, ses chefs, qui se reposent sur elle, surtout son « n+2 » qui lui dit « J’y arriverais pas sans vous ! Heureusement que vous êtes là… ». Et puis ses parents qui vieillissent, et ses copines qui pleurent des heures au téléphone…
« Et vous dans tout ça ? »
Elle fond en larmes. J’ai du dire une bêtise. Je lui tends un mouchoir.
Elle me dit qu’elle sait, qu’elle n’arrive pas à faire autrement : les autres passent avant elle. Elle n’arrive pas à refuser. Elle « ne sait pas dire non ». Elle dort moins bien, devient irritable, a envie « de tout envoyer balader ».
Je ne sais plus quoi dire. Je ne dis rien.
Parce que tout le monde lui dit (s’occuper d’elle/apprendre à dire non/prendre du temps pour soi). Parce que s’il suffisait de lui dire, elle ne serait pas là. Parce qu’elle répond toujours à ceux qui lui disent (ne sait pas comment faire/ne voit pas comment ce serait possible/ne peut quand même pas refuser de/et puis si je ne les aide pas alors qui va les aider).
Je ne dis rien.
Et puis, je ne sais pas au bout de combien de temps et de mouchoirs, là, d’un coup, je lui dis la première phrase, la première image qui me vient en tête: « Vous avez déjà pris l’avion ? »
Surprise de cette interruption, surprise que je parle apparemment d’autre chose, elle me répond « L’avion ?…oui, pourquoi ? ».
Alors j’en profite. « Voyez-vous, au début du voyage, les hôtesses donnent les consignes de sécurité, elles indiquent les issues de secours, ce qu’il faut faire en cas de panne… certains se moquent même des gestes qu’elles font en indiquant les sorties avec leurs mouvements de bras!… Vous voyez ? » (Je fais les gestes en même temps)
« Oui, je vois bien… » (un petit sourire devant le psy qui imite l’hôtesse de l’air…)
« Et elles nous montrent le gilet de sauvetage et puis elles nous informent qu’en cas de dépressurisation, un masque à oxygène tombera devant nous et qu’il faudra le mettre sur le visage… Et si vous lisez attentivement les consignes de sécurité, vous verrez que, si vous êtes avec un enfant il faut d’abord mettre le masque sur… »
« Sur mon enfant bien sûr ! » m’interrompt-elle.
« Eh non ! Sur vous-même… »
« Mais c’est impossible, je ne pourrais pas faire cela… »
« Sauf que si vous ne le faites pas et que vous vous évanouissez avant d’avoir pu lui mettre le masque, vous en mourrez plus certainement tous les deux… »
Et elle se tait…j’ai du dire une bêtise…
« Euh…Enfin…euh…ce que je voulais juste vous dire c’est que pour aider quelqu’un… »
« …il faut être en état de l’aider…je comprends… »
Elle ne pleure plus. Elle ne parle plus. Elle me regarde. Elle attend une interminable minute, ou deux. Elle dit « Ok, j’ai compris…cette fois j’ai compris. ».
Elle respire. Elle jette ses mouchoirs dans la corbeille.

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Récit à partager du docteur Philippe Aïm, un confrère formidable dont je vous recommande les écrits apaisants et bienveillants ICI

Et comme j’aime bien mettre des visages d’êtres humains sur les histoires que je relaie 👇🏼


Les risques du métier.

Chères toutes et chers tous,
C’est arrivé en visitant un.e patient.e à l’hôpital.

Je ne sais pas quand exactement, et je ne le saurai sans doute jamais. Toujours est-il qu’après plusieurs mois de souffrance silencieuse, de kystes à répétition, d’hospitalisations, d’opérations, de méchages, d’examens désagréables, le verdict est tombé : j’ai donc attrapé un germe multirésistant (un peu comme les Américains l’année dernière, mais j’en ai pour moins longtemps qu’eux à me le farcir).

Une souche très méchante.
[Ici, insérer un smiley joyeux, ou une photo de Donald Trump, #lerireestlapolitessedudesespoir]
Ce sera donc six mois de traitement, de douches, de suivis rapprochés et d’examens divers et variés.
[Là, remettre le smiley joyeux, pour pas laisser penser aux gens qu’on est triste]
On n’en parle pas assez, mais c’est un fait : les médecins sont exposés.

D’ailleurs, je voulais écrire un article de prévention, en mettant des photos de mes bubons, pustules, fluxions, scrofules et autres phlegmons pour marquer profondément les esprits, mais comme c’est VRAIMENT moche et que je suis devenu -vous l’avez constaté- un sacré crack en Photoshop, j’ai collé mes écrouelles sur la tronche d’un producteur américain, Abcés Weinstein.

Bref.

Les risques du métier.

Bisous.

Et pensez bien à vous laver les mains 😊
PS : ceux qui prient, je prends vos prières. Ceux qui ne prient pas, je me contenterais de toutes les bonnes ondes que vous pouvez m’envoyer. 
PS 2 : je suis donc obligé d’arrêter de fumer. Si quelqu’un détient un secret…
PS 3 : n’étant pas contagieux (je le précise parce que comme si ce n’était pas assez dur comme ça, voir des ami.e.s qui t’évitent et ne te font plus la bise, ça s’appelle une double peine), je n’annule donc pas les rencontres prévues à Brive et aux UTOPIALES de Nantes, mais je n’en n’accepte plus d’autres pour le moment.
😊😊😊😊😊😊😊😊😊😊😊😊😊😊😊😊😊😊😊😊😊😊😊😊😊😊😊😊😊😊

#roidephotoshop

#doigtsdefée

Le festival de la couille.

(Photo : Johannes Goldbach) 





Alors Voila, je reçois au cabinet médical Monsieur G., 67 ans.Il téléphone à sa femme : « CHÉRIE !!! c’est quoi, déjà, le nom du médicament pour ma tension ? »

(Mec, tu prends ce traitement DEPUIS 17 ANS !!! Et t’es pas capable de t’en souvenir ?!?!)

Madame sait le nom du médicament, évidemment.

Et quand Monsieur H. m’explique que c’est Madame H. qui remplit son p***** de pilulier TOUS LES LUNDIS DEPUIS 11 ANS, moi, eh bien, après avoir lu tous ces articles sur la charge mentale qui pèse sur les épaules des femmes, je pense : « Qu’est-ce qu’ils sont assistés, ces bonhommes ! ». 

[…]

Puis vient ce jour où tu te prescrits une prise de sang de routine. La laborantine te demande au moment du règlement :

– Vous avez une mutuelle ?

Étant mon propre médecin traitant, et étant plutôt perché de nature, et très négligent avec ma santé, je n’en ai aucune idée. Que faire ?
[ J’anticipe sur les commentaires : 

« T’as 31 ans, et tu n’as aucune idée de ta couverture médicale ? »

RÉPONSE : OUI. Mais je nomme ce que je mets dans mon réservoir de voiture le « truc jaune » parce que je n’ai aucune idée de si c’est du Gazole, du Sans Plomb ou de l’huile de Quinoa. Soyez indulgent.e.s. ]
Et donc, je sors mon téléphone :

– Papa, c’est moi. Je suis au labo, on me demande si j’ai une mutuelle et comment elle s’appelle…

Mon père :

– Attends…

Puis je l’entends crier :

– CHÉRIE !!!! Ton fils veut savoir s’il a une mutuelle et comment elle s’appelle !?!?

Ma mère savait, évidemment.

Moralité : « un léopard, ça ne voit jamais ses propres taches » comme disait Tarzan. 
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Habitants de Poitiers et des environs, je viendrai à votre rencontre* ce mercredi 18 à la médiathèque de Montamisé à 20h30 (13, place de la Mairie) pour une soirée autour des romans et du soin… 
*Free hug dans la limite des stocks disponibles.

8 milliards d’êtres humains sur Terre, ce sont 8 milliards de planètes différentes.

Texte reçu d’une jeune femme, C.





Alors voilà,


Je suis autiste, Baptiste.

C’est rigolo parce qu’elle rime, ma blague à deux balles. Sauf que ce n’est pas une blague et que ce n’est pas rigolo du tout. Surtout quand on doit affronter ta profession. 

Oui, j’ai dit affronter. Parce que pour l’autiste que je suis (je parle donc pour moi, pour le couple que je forme avec un autre autiste mais pas pour TOUS les autistes, entendons-nous bien), avoir besoin du monde médical, c’est à chaque fois un combat, une bataille qui épuise, où il ne faut pas perdre, puisqu’on ne peut pas gagner (non, contre l’autisme, on ne gagne jamais) .


Mon problème majeur c’est que ton monde à toi, Baptiste, celui qui a t’a vu naître en tant que médecin, l’hôpital, est rempli d’à peu près toutes les choses qui agitent cette différence neurologique façon canette de soda. Un best of, quoi. Mais un best of dangereux, potentiellement létal (non je n’exagère pas). Bruits forts, portes qui claquent, lumière intense, interlocuteurs différents plus ou moins intéressés à écouter, plus ou moins disponibles pour écouter, contacts physiques plus ou moins pénibles (les plus pénibles n’étant pas forcément ceux redoutés par les non-autistes, les Neurotypiques), odeurs… 


Pour quelqu’un comme moi, la submersion est rapide et juste après, la saturation d’informations peut littéralement m’empêcher d’avoir une conduite cohérente ou des interactions normales. Je ne te parle pas non plus de la terreur qui accompagne tout ça, elle est bien au delà du rationnel. Et surtout, elle ne se voit pas. 


Mais tu sais, le pire, ce n’est pas ça. Non. Le pire, c’est ce mépris condescendant, hérité des bonnes vieilles théories puantes de moisi de Freud et consorts, qui laissent entendre que c’est au fond une seule question de volonté, un « choix » de notre part, directement hérité des comportements pervers d’une mère crocodile. Parfois aussi, nous n’existons pas, nous les autistes de haut niveau ou Asperger. Ce n’est pas possible, en effet, ce langage impeccable, ce regard normalement posé sur l’autre. Ce n’est pas ça, un autiste. C’est un enfant qui crie en guise de communication, qui se tartine de caca, se déshabille même en plein hiver, se tape la tête contre les murs, mais pas une adulte de 40 ans, diplômée universitaire, qui se dit noyée par les informations mais répond calmement aux questions qu’on lui pose. 


Et voila que j’en arrive à la question du danger. 


Le danger, c’est d’arriver au point de non retour, celui où je n’ai qu’une envie, c’est fuir. Fuir le bruit, le contact qui fait mal, la lumière qui me brûle le cerveau, les questions dans lesquelles je finis par me perdre et dire tout et son contraire, passant au mieux pour une gentille hypocondriaque, au pire pour une hystérique (ce qui, le sachant, me force à déployer une énergie folle pour être dans une vérité absolue st objective continuellement ). Retrouver mon compagnon, au delà des portes qu’il n’a pas le droit de franchir dans ces circonstances, alors que c’est justement d’un appui solide et connu dont j’ai besoin pour gérer le flot d’informations que représente un passage dans un service d’urgence. 


Alors la dernière fois, effrayée et épuisée, j’ai minimisé. Les symptômes, leur expression. Je me suis réfugiée dans ma bulle. J’ai encaissé le manque d’air (je venais pour une crise d’asthme qui ne se calmait pas malgré le traitement ) au maximum du maximum de ce que je pouvais. Parce que j’étais terrifiée d’être séparée de mon compagnon, mon seul ancrage dans ces moments là pour comprendre qui je suis, où je suis et quand, sans décrocher totalement. J’ai refusé les urgences de l’hôpital, on a donc échoué aux « petites urgences » de la clinique. Ils étaient débordés. J’ai dû attendre. Je me suis sentie en danger, à cause de ce choix de sauvegarder mon intégrité mentale d’abord. 


Alors voila, je me dis : comment est-ce possible de devoir choisir ? 


Merci de m’avoir entendue par ta simple lecture,


C.

(Petite) Anthologie, suite.

Bonsoir à toutes et tous,

Je continue le recueil de témoignages de patient.e sur facebook et Twitter. 

C’est à lire ICI

(Désolé, je n’arrive plus du tout à répondre à vos mails/messages etc. Ce n’est pas du désintérêt, je vous le promets. Simplement, humainement parlant, je n’ai plus le temps… surtout, j’espère que vous ne m’en tiendrez pas rigueur… Chacun de vos mails me touche… Mais je n’y arrive plus…)

Nous approchons de la centaine de témoignages. 

Merci à celles et ceux qui participent à ces échanges humains. C’est important. Ça compte. Et je crois vraiment aux cercles vertueux. Quand je lis comment une simple main posée sur une épaule peut changer la perception d’un.e patient.e de son séjour à l’hosto, je veux être cette main-là, tous les jours, pour mes patient.e.s. 

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Ici, un exemple de témoignage qu’on peut trouver dans l’album disponible sur Facebook (AVERTISSEMENT : il aborde le sujet de la mort in utero et il peut être douloureux à lire pour des parents ayant connu un deuil infantile)

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Ici, un autre exemple… (AVERTISSEMENT : on y parle soins palliatifs, ce qui peut être pénible à lire pour des personnes concernées par le sujet)
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Et là, un dernier exemple (AVERTISSEMENT : il aborde l’Interruption Médicale de Grossesse et il peut être, là aussi, douloureux à lire pour des parents ayant connu un deuil infantile) 

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T’es belle, t’es beau.

Toujours dans l’optique de mettre un visage sur nos histoires, comme je l’ai fait ICI et ICI, je publie l’excellent texte d’un formidable jeune confrère, Simon Jaupart, (photo⬆️) qui résume à la perfection mes constatations de chaque jour.
 

« Un élément que j’aimerais soulever par rapport à mon stage en médecine générale : le(s) corps.

Le principe de la médecine générale, c’est que tu vois de tout. Et de tou.te.s. Avec une moyenne de trois consultations requérant un examen «entier» du corps par jour, on a le temps de voir passer beaucoup de personnes. Des personnes avec leurs âges, leurs histoires, leurs traits, leur morphologie, leurs marques… Des gens concrets. Je sais que ça ne va pas servir à grand chose de le répéter, mais : LE CORPS HUMAIN N’A PAS DE STANDARD. Personne n’est taillé dans le marbre, personne n’a une peau photoshoppée, personne n’a des proportions Instagram… Les tétons sont tous différents, les vergetures sont normales, les poils sont naturels, les pores sont juste votre peau qui fait son job. Ne serait-ce que la cellulite, c’est un truc qui est tellement commun…

Tous les corps ont des taches, tous les corps ont des reliefs. 

Même un coach sportif, reçu pour tendinite, avec un corps très musclé : il avait les orteils complètement tordus. Même des gens sportifs ont du gras, des gens très bien maquillé.es ont des articulations tordues qui dépassent, des gens très jeunes ont des varices…

L’anatomie n’a pas vocation à être moulée par la société. Votre anatomie, elle est DÉJÀ belle.

Le nombre de gens avec des yeux, des seins, des testicules, un dos… asymétriques !

Toutes ces personnes sont belles, je vous jure.

La perfection, c’est vous.

C’est votre vie, c’est votre corps que vous incarnez du mieux possible.

Un corps, vous, est beau.

Les boutons, les plaques, les stries, les cicatrices… C’est tellement NORMAL, c’est tellement inhérent à ce qu’on est. N’ayez pas honte.

Je sais. C’est con et niais et ça ne sert à rien quand on est mal, quand on complexe… C’est pas facile, c’est pas dix phrases qui vont tout changer. 

Mais juste.

Si deux secondes on peut se poser.

De façon objective :
Votre corps il est là.

Il est ce qu’il est.

Il est ce qu’il peut.

Vous en faîtes ce que vous voulez.

Mais essayez de l’aimer un petit peu plus. 

Parce que je peux vous jurer qu’il n’a absolument rien de laid.

Les «imperfections», c’est ce qui est la norme.

Vraiment.

Littéralement.

C’est normal.

T’es belle. T’es beau.

Si. »

TÉMOIGNAGES POSITIFS, UNE (petite, toute petite) ANTHOLOGIE.

(Photo : Dan Cretu)

Alors voilà, j’ai demandé via Facebook à des lectrices et lecteurs de m’envoyer en messages privés des témoignages montrant comment des soignant.e.s (au sens le plus large du terme) avaient agi positivement sur leurs vies.

Pourquoi ?

Parce que tous les soignant.e.s savent combien ces métiers sont difficiles. 

On a les mains dans la merde. Merde littérale, merde morale. On console, on annonce des pronostics impossibles, on a mal, parfois. On écoute, on informe.

L’autre soir, à 18h, j’écrivais :

« J’ai vu 42 patient.e.s et la salle d’attente est encore, toujours, désespérément pleine.

Laissez-moi. Allez. Rentrez chez vous, les gens, laissez-moi et cherchez le Bonheur. »

On est, à tort, assimilé.e.s à des sortes de Saint.es Laïques. Comme si on n’avait jamais envie de lâcher ! Mais non, on tient. Alors parfois on rentre chez soi, on n’a pas envie de parler, ou on engueule la personne avec laquelle on vit parce que l’existence est injuste et qu’on ne comprend pas pourquoi les autres ne peuvent le voir aussi clairement que nous.

Aussi : OUI, la maltraitance médicale/para-médicale existe. 

Et OUI, je crois beaucoup aux cercles vertueux. Quand je lis tous ces témoignages, je me dis : « VOILÀ ! C’est ÇA que je veux être pour mes patients ! C’est CELA que je veux représenter dans leur vie au moment où cet événement difficile les frappe.  »

Et je devine en moi le désir d’être un meilleur soignant, et un meilleur être humain.
Je complèterai cet album au fur et à mesure, avec vos témoignages. Il est public, anonyme, et vous pouvez bien évidemment le partager. 

Il est disponible ICI

Exemple ⬇️

Autre exemple ⬇️ :

« Une personne pour moi »

Parce que j’avais envie de rendre hommage aux soignant.e.s, et parce que parfois, je l’ai déjà dit, j’aime bien mettre une photo de la personne qui m’écrit (quand elle accepte) pour qu’on se souvienne que derrière la forêt de mots qui pousse ici, il y a des gens comme vous, en chair et en os.

Ici, M. ⬆️



« Bonsoir Baptiste. Je lis assidûment tous les soirs vos posts et messages positifs de soignés sur Twitter. 

Je suis infirmière depuis 10 ans cette année, et je suis partie de l’hôpital car je ne supportais plus de voir mes patients mourir…

Je suis infirmière à l’éducation nationale maintenant, et accompagner les jeunes dans leur quotidien, du mieux que je le peux, m’apporte beaucoup de satisfaction.

Mon premier souvenir en tant que soignante date de l’époque où j’étais élève infirmière dans une unité gériatrique.

J’avais « pris en charge » (cette expression est atroce et révèle, en soi, le peu de cas qu’on fait de nos anciens) une dame souffrant d’alzheimer, prostrée dans un mutisme quotidien.

Je me suis occupée d’elle pendant un mois, lui donnant à manger, pansant ses escarres tous les jours – pansements évidemment connus pour être extrêmement douloureux, malgré des antalgiques que je lui donnais 1h avant.

Pourtant, je ne lisais aucune émotion sur son visage, aucune douleur, jamais. Je lui parlais quand même, parce que je voulais vraiment qu’elle reste une personne pour moi. Je lui racontais le temps qu’il faisait dehors, ce que je faisais l’après midi, les films au cinéma, etc, mais rien : sa figure restait imperturbable (même lors des visites familiales, elle était… ailleurs ?). 

Un mois s’écoule et arrive ma dernière matinée avec elle, le dernier soin et le moment des adieux. Je lui explique que c’est la fin de mon stage et que je ne la reverrai plus. Je lui dis donc au revoir et l’embrasse sur la joue. Et là, son expression restera à jamais gravée dans ma mémoire : un sourire.

Un énorme, un immense, un sensationnel sourire de plaisir, avec des yeux pétillants de bonheur et tout et tout !

Je n’ai pas oublié car, à ce moment-là, j’ai su que je serai infirmière toute ma vie. »

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Aucun rapport, mais j’ai répondu à une longue interview dans l’Obs, ICI.

De plus, je serai le 16 septembre à 17h30 à la nouvelle (et excellente, allez-y, il faut les encourager) Librairie La Nuit des Temps, à Rennes, pour dédicacer l’excellente BD ,à paraître le 13 septembre aux très prestigieuses éditions Rue De Sevres. Les premiers retours des lecteurs sont dithyrambiques, le dessinateur a fait des miracles.