C’est comme ça.

Alors voilà l’autre soir je suis sorti du cabinet et j’ai enfourché mon vélo. Sur la route, une voiture m’a frôlé, j’étais en colère alors j’ai crié au conducteur « Vas-y fais comme si t’étais tout seul, raclure ! ».

Je pédalais, oui, et vite en plus ! J’avais tellement envie de rentrer chez moi ! Un bus a klaxonné : j’étais sur sa voie, oui. J’étais sur sa voie ET j’étais en colère, alors j’ai brandi un doigt, un majeur, j’y peux rien c’est le doigt du milieu, le plus facile à tendre, c’est parti comme ça, et j’ai crié « Va chier ! » 

Je me sentais comme ça :

Plus loin une nana a klaxonné une mamie parce qu’elle ne traversait pas assez vite à son gout.
« Et tu vas faire quoi, imbécile, tu vas l’écraser ?!?!? » j’ai hurlé ça, oui, parce que j’étais en colère, c’est comme ça.

Je suis arrivé chez moi, enfin.
Là, j’ai gueulé sur l’adolescente stupide aux yeux bovins, celle du premier, celle qui fume ses joints dans les parties communes, celle qui laisse les mégots se consumer sur les escaliers en bois de l’immeuble et nous fera tous cramer un jour dans notre sommeil.

J’étais en colère, ce jour-là, je pensais à mon dernier patient. Un type rondouillard, aux joues épaisses et roses, et à l’air gentil, un type qui tenait une petite valise à roulettes et qui sanglotait dans mon bureau. Je pensais à lui et à ce que j’avais noté dans son dossier médical, parce que j’avais résumé « l’irrésumable » dans une seule phrase, parce qu’il y avait tout un roman dans cette phrase, un roman triste, dur, humain, parce que dans un monde juste on ne devrait jamais écrire ça, parce que dans un monde juste les aidants sont aidés, parce que ce soir-là j’ai écrit, oui, j’ai écrit sur un putain d’écran d’ordinateur froid et insensible :

« A quitté le domicile conjugal car ne supporte plus le cancer de sa femme. »


Et la seule chose qui reste, ces soirs-là, ces soirs où l’Amour est défait, où l’espoir fait défaut, la seule chose qui reste c’est rentrer vite chez soi.

Rentrer vite et essayer de faire rire les gens avec mon absence totale de talent graphique.

On n’y peut rien, c’est comme ça.

55 réflexions au sujet de « C’est comme ça. »

  1. LaetiM

    Oui bon : il y a plus de civisme sur les routes en Guadeloupe…

    Quant au Monsieur, je trouve qu’il faut un certain courage pour reconnaître qu’on est à bout, reconnaître que non, on ne peut pas vivre avec le cancer de l’aimé(e) et partir malgré les regards des personnes ne vivant pas cela.
    Ca peut arriver avec d’autres pathologies.
    Oui c’est triste, oui l’impuissance ressentie peut nous faire nous mettre en colère parce que c’est plus facile, la colère, c’est le fourre-tout, la poubelle.
    Nous sommes humains et c’est déjà bien.
    Oui je salue le courage de ce Monsieur et l’accompagne dans sa douleur, sa honte, sa culpabilité.

    Dans un monde juste, les différentes formes de pathologies dures ne devraient pas exister : mais alors les médecins risqueraient l’ennui….?
    (Mon conjoint a une sclérodermie galopante….)

    Baptiste, Tu vas pouvoir Te recycler bientôt !Lol!

  2. Dechartres Christian

    Une vraie démocratie n’existe qu’avec une qualification morale et culturelle de ses électeurs, ainsi capables de la perception du long terme.

    Dans le domaine de la santé, voir sur le long terme, comme ce serait bien !!!

  3. Biquette

    Comme ça on est deux à être tristes,
    Pas désespérée je suis, juste triste.
    Parce que …
    Mais je ne crie pas, je ne lève aucun doigt!
    Je suis juste triste.

    1. Cath

      Non Biquette. Il ne faut pas être triste. Si vous l’êtes, nous le sommes tous. La tristesse n’est pas pour vous.
      C’est plus facile à écrire, je sais, mais je persiste.

  4. Anthony B.

    Excellent post, qui m’a fait rire, m’émouvoir… et voir qu’il y a aussi comique que moi en montage photo! :-p
    Encore merci pour ce petit moment de rire-émotion, qui a accompagné ma pause café.
    Je retourne bosser!

  5. KAOUENN

    Extrêmement triste pour ce couple, car au-delà de la décision de ce monsieur, il y a aussi sa femme qui perd probablement un soutien indispensable. Mais qui peut juger ? Personne. Chaque situation est différente, chaque être humain a ses limites et personne ne sait quelles sont les siennes, sauf à vivre la même situation.
    Quant à ta visite à Quiberon, ça c’est une super nouvelle. La presqu’île est mon point de chute régulier (mes parents y sont) et je vais enfin pouvoir avoir de super dédicaces… et des free hugs (c’est toujours d’actualité) ??

  6. MAG

    Il y a des jours comme ça où rien ne va, où l’on prend l’égoïsme d’autrui en plein sur la tronche.
    Cela ne m’étonne pas que tu ailles en prison… comme ma copine coiffeuse qui consacre tous ses lundi à faire son métier gracieusement à la centrale de Nantes. Punk et tatouée comme elle est, la rage dans les yeux, elle entre…
    J’ai bien lu, tu seras en Avril (??) à Montaigu, en Pays de Loire ?
    Une pile de tous tes livres à vendre par une personne aimable (obligatoire), et toi prêt à les dédicacer et recevoir des bisous de tes fans ?
    Bisous Baptiste, pense à te détendre ce soir.

  7. Nelly

    Je voudrais vous féliciter.
    Je voudrais vous remercier pour ce partage, pour ce travail ajouté au travail.
    Je voudrais… guérir les corps et les âmes à coup de baguette magique ! parce que… hein… à part elle…

  8. Marie-Noelle

    Aidant c’est une vocation… ou un métier… Tout le monde n’a pas le diplôme…
    Oui il a du courage ce monsieur pour le dire… Les hommes sont souvent démunis devant la maladie, non ?? ou alors ils en font un métier. Les femmes gèrent les maux plus tôt (les leurs d’abord à la puberté), puis la grossesse et l’accouchement… et ensuite ceux des enfants, du mari….
    J’espère que la femme malade a des enfants, des proches qui seront assez forts pour l’entourer..
    Pas de talent graphique ?? maybe, mais moi j’aimerais bien avoir votre talent littéraire… !
    Bonjour à Winckler de ma part !

  9. Jacky Martino

    Je ne sais pas si je peux comprendre ce monsieur. Quand ma sclérose en plaques s’est déclarée, la réaction de mon mari a été « si tu es malade qui c’est qui va s’occuper de moi ? ». Lui n’avait pas de pathologie. Il m’engueulait quand j’allais à l’hôpital, quand j’avais des poussées.
    Je croyais qu’on s’aimait pour le meilleur et le pire.
    C’est moi qui suis partie.

      1. Eulalie

        Oh non ! j’aime bien les garçons !!! (c’est sorti du coeur !)
        Mince ce serait alors aux femmes de devenir responsables de ces violences (Marine, si tu nous entends!! ^^ ok on a dit pas de politique !) ?… no way !!! 😉

        Par contre, être une femme forte, prendre les bonnes décisions pour se respecter et s’écouter même quand ça coûte, yes ! Pour ça, bravo.

    1. Cath

      Il vous a fallu du cran et du courage en pareilles circonstances. Votre ex conjoint peut mesurer sa perte, si il en est seulement capable, ce qui est loin d’être prouvé.

  10. danielle

    je suis infirmière, un jour un monsieur m’a dit que ça devait pas nous faire grand chose :la maladie, la peine de nos patients: « on est habitué »!!! je l’aurai étranglé tous les soignants ont besoin de rentrer vite chez eux parfois…courage et merci pour ce blog

  11. Christine

    Fais attention en vélo quand-même Baptiste, ya des sacrés c…..ds dans cette ville!!!!!
    Poutoux poutoux pixellisés!!!!!!! 🙂

  12. ivi

    Nouvelle sur votre blog, triSte bien triSte ce monsieur qui abandonne le combat que doit mener son épouse , je ne le juge pas, mais quelle douleur supplémentaire pour son épouse qui va se battre seule contre l’enfer de deux catastrophe … mon dieu , j’ai le cœur déchiré de ce récit . Bravo à vous , médecin hors du commun et combien humain …. bonne continuation .

  13. Renée Rose MARTINEAU

    C’est la vie. T’en fais pas mon p’tit loup, etc, etc………
    Tout est injuste et l’on en crève. Mais, de toutes façons on encrèverait quand même.
    J’ai, moi aussi, quelquefois, des réactions extrèmes par rapport à des cons sur la route, où je leur fais très peur et cette adrénaline me fait du bien.
    Bon séjour en prison où tu ne rencontreras pas Fillion, c’est sûr.
    Bonjour chez vous (c’est pas de moi)

  14. Souslalune

    C’est pas beau les doigts du milieu dressés !! J’ai une autre technique qui marche très buen, qui fait hurler de rire ma filke de 10 ans et qui laisse les klaxonneurs pantois …. je leur envoie des baisers !!! Si si, juré, ils sont tellement surpris qu’ils me regardent sans comprendre … que je me fiche d’eux 🙂
    Essaie Baptiste, je t’assure que cela procure plus de joie que la colère !!!
    Et puis Christine a raison, dans la ville rose, il y a de sacrés bourrins qui peuvent sans doute virer dingos 😉

    1. Cath

      Moi j’apostrophe les enquiquineurs d’un  » allez minou, accélère ! »
      A ma nièce de 12 ans qui me demandait pourquoi j’appelais le monsieur « minou », j’ai expliqué que je ne pouvais pas l’appeler « gros c… » parce que nous n’étions pas intimes. C’est vrai quoi ! Foin de la familiarité déplacée !
      Et ne vous inquiétez pas, la petite avait du vocabulaire et avait parfaitement compris ce qu’intime voulait dire 😉

    2. Banane

      Ah, j’ai essayé un truc du genre une fois, en saluant à ce une grand sourire. J’ai failli me faire déglinguer la tête. Maintenant c’est profil bas, sauf les jours de colère mais j’ai toujours la peur au ventre d’une réaction encore plus violente en face.

  15. Thomas PAMBET

    Discordance d’opinion:
    Formidable Martin Winckler? Je relis le code de déontologie médicale, quelque chose a du m’échapper.
    L’allusion à Fillon? Je vous ai connu meilleur, mais bon, on ne devrait pas faire de politique sur votre page, on peut se toucher largement l’émotion sans cela. Et vous lire régulièrement ainsi que les commentaires réconcilient avec le genre humain.
    Partage d’émotion: ce matin, une infirmière avec qui je travaille, en larmes après un « départ » d’un patient, me disait « c’est génial ce job, même si on y laisse de soi même… » j’ai continué mon boulot en remerciant le ciel de bosser avec des gens aussi formidables, mes jambes étaient légères, mais mes yeux mouillés par sa grâce.

    1. Hervé CRUCHANT

      @Monsieur Thomas PAMBET. Vous ne voulez pas que la politique parraîsse dans ce blog, mais vous allusionnez à propos de Martin Winckler. Vous estimez meilleur notre hôte quand il ne fait pas mention du citoyen Fillion. Vous souhaitez qu’on vous touche l’émotion mieux que çà, exemple, ces larmes d’infirmière qui aime son travail et le dit. Vous aimez avoir la jambe légère et vous mouillez sous l’effet de la grâce.

      Que ceci est plaisant. Que ceci est admirable. Et ressemble tellement à ce la politique, cette gestion de la cité humaine. Vous, moi, l’infirmière émue, feu le voyageur de vie, tous, faisons de la politique, toujours, tout le temps. Vos propres propos sont de la politique. Pas celle qu’on nous a fait accroire depuis toujours, ce refuge des élites et des forts en t’aime qui prétendent gouverner le monde. Politique, cette foi en l’à venir dessiné au crayon par nos choix présents, notre volonté de mieux organiser pour être vivants.
      Vous dites :  » me disait « c’est génial ce job, même si on y laisse de soi même… » j’ai continué mon boulot en remerciant le ciel de bosser avec des gens aussi formidables, mes jambes étaient légères, mais mes yeux mouillés par sa grâce. »(sic). C’est juste un beau programme politique, çà. Sans voleurs, profiteurs, voyous, menteurs, escrocs, donneurs d’ordres, bénis et damnés, etc… Nous sommes probablement d’accord.

      Juste une chose en partant : posez vos aériennes gambettes, asséchez vos cils et voyez un peu; n’avez-vous pas l’impression que l’état lamentable dans lequel nous nous trouvons aujourd’hui, risée et honte du monde entier, n’est pas du en partie à notre aveuglement, cils mouillés et jambes légères, au lieu de contrôler la bonne application des mandats que nous avons délivrés à nos élus? Après tout, vous en êtes vous même autant capable que de brandir Hippocrate au-dessus de la tête de Monsieur Martin Winckler. Ah, les opinions en politique….

      1. Thomas PAMBET

        A vous lire, j’ai la réponse à vos questions; c’est pas grave, votre réponse, triste, mais pas grave.
        Passons à autre chose de plus important voulez vous?

  16. 40

    Triste sire, pauvre type… Encore un qui n’a pas le courage de faire les courses, d’aller à la pharmacie lui-même, de préparer à manger, de faire du ménage ou lancer une machine à laver. Bref, quelqu’un qui n’est pas autonome et ne peut pas servir l’autre, même peu de temps. Quelqu’un qui doit être servi. Il y en a comme cela, on ne peut pas compter sur eux, ils ont été élevés comme cela. Sa femme doit bien le savoir et ne doit pas être étonnée. C’est juste une continuité dans la nature de leurs relations inégalitaires. Espérons qu’en plus il ne l’a pas laissée sans le sou, je parierais que si.
    Quant à toi Baptiste, pas de colère à vélo, pas plus que d’ état d’ébriété, c’est trop dangereux. Cela se paie trop cher. Trouve toi un autre exutoire. Tu ne manques pas de ressources, sers t’en.

    1. Thomas PAMBET

      @40
      Je pense qu’il ne faut pas juger; ce type pleure dans le bureau de son médecin; mais on ne sait rien de lui, de ses souffrances, de ses doutes; s’il pleure, peut être que c’est sur lui qu’il pleure, qu’il se dégoûte; ce n’est peut être pas un gros salaud, juste un pauvre type épuisé et qui pleure de faire un truc pas beau du tout. C’est tellement difficile d’être un héros. Que ferais je?

    2. Hervé CRUCHANT

      @Dix de Der. Pourquoi vous moquez vous, jugez-vous ce monsieur qui est atteint du cancer de la Détresse ? Vous savez bien, celui qui s’attrape mieux que le H1N8, se métastase vite fait, vous rend gris et court, tout ratatiné comme un petit vieux, vous fait perdre la vue, suer la vie, insomnier la jeunesse heureuse comme quand on avait vingt ans tous les deux et qu’on se donnait la main au bord du canal. Même qu’on se disait qu’on aurait des enfants à la peau couleur de miel. Et on partirait loin, loin, vers le pays de notre bonheur. Et nous n’aurons besoin que de notre petite valise en carton

      Je ne peux pas rester chez nous, voyez-vous. A la regarder maigrir, à la regardez fondre enchaînée par la maladie. Chaque jour qui vient, elle disparaît un peu plus. Et de son corps tellement aimé, tellement chéri, ne restera plus que cet alien hideux qui la ronge, comme un spectre diabolique; malfaisant et sournois.
      Je ne peux plus rester chez nous, vous voyez. Notre plage dorée n’est plus qu’un fond de rade irisé par des lambeaux de son parfum, se son regard, de ses sourires. Accrochés çà et là comme des lambeaux de chair après un attentat.
      J’ai pris notre petite valise en carton. Celle des jours heureux peut-être, des çà sera bien tu verras, des mais oui mon amour. Je la pose ici près du bureau. Je ne sais plus quoi en faire. Et je pleure. Je pleure d’être moi sans elle. Elle qui n’est pas là. Elle qui n’est plus Elle. Elle qui meurt, Monsieur.

      Sans moi.

  17. Thomas PAMBET

    @Souslalune
    Vous avez bien raison; pour ma part, dans ma voiture, j’ai un nez rouge de clown, et je le mets quand un « autre » me fait un doigt d’honneur. Et j’ai un autre nez rouge dans ma blouse et je le mets à la clinique quand je prends en charge un enfant, en consultation ou au bloc; ça ouvre tellement de portes

  18. Sophquipeut

    Je suis prof de français en prison et je participe à « lire pour en sortir » avec des gars qui lisent et ce serait chouette de vous voir dans « ma » prison ! Je vais en causer !
    A bientôt peut-être !

  19. Nanou

    J’ai ri (Hannibal Lecter!) mais j’ai grincé des dents aussi. Parce que franchement je ne crois pas qu’une femme ferait ça. Mon mari est tout à fait « autonome » (:-) Il fait les courses, sait (très bien) cuisiner, faire le ménage, repasser ses chemises, s’occuper des enfants… Je le fais aussi bien sûr, mais il se débrouille très bien tout seul. En revanche je suis certaine qu’en cas de coup dur (genre celui de la femme de ce Monsieur) je ne pourrais absolument pas compter sur lui. C’est terrible, oui. Pas parce qu’il s’en fout, juste parce que ça, ce serait trop pour lui. Trop dur, trop désespérant, trop effrayant. Les hommes sont vraiment moins armés que nous sur ce plan là je crois. Hélas.

    1. Banane

      Je ne sais pas si on peut être aussi tranché. En tout cas disons que je ne le serais pas…. 🙂
      Hier soir mon mari portait pour la nuit un appareil pour repérer d’éventuelles apnées du sommeil : il ne pliait plus le bras ni le cou, comme un enfant à qui on a mis un pansement au genou ne se sert plus de sa jambe. Comportement symptomatique, le monde s’arrête aussi de tourner quand il a un rhume. Et là, franchement, je me suis dit (et je le lui ai dit aussi) que j’espérais qu’il ne serait pas vraiment malade un jour, ou au moins pas tant que les enfants seront petits. Gérer ça en plus des enfants je NE pourrais PAS. Même sans, je ne jurerais de rien, parce que j’aimerais avoir cette force, bien sûr, mais je pressens l’Everest que ce serait. Après, si on pouvait nous épargner cette épreuve-là, je prends!

  20. Emilejules

    Bonjour
    J’ai autour de moi quelques « aidants » des femmes en particulier, et je demande comment elles supportent ça des mois voir des années. Elles s’ étiolent doucement et on a envi de leur crier, finissez-en ! Mais l’amour est là… combien de temps va-il résister…ne condamnons pas 1a détresse, et notre société dite « évoluée » devrait savoir faire face a cela, mais c’est de la politique…..

  21. Lemm

    Je ne jugerai pas ce monsieur… Un cancer, ce n’est pas seulement la personne malade qui voit sa vie lui exploser au nez, c’est tout un équilibre qui est perturbé. C’est les perturbations causées par les traitement, c’est les sautes d’humeur, c’est parfois la personne qui change.
    Un cancer, ça peut être court, ça peut être long et nous ne sommes pas tous égal face à ça.

    Mon père n’était pas un homme très doué face à la maladie. Il n’y pouvait rien, ça l’effrayait trop je crois. Le premier cancer de Maman, il s’est défilé; le boulot, autre chose à faire, et puis bon… maman n’en a pas trop parlé de ce cancer. Elle s’est remise.

    La deuxième fois…
    La deuxième fois, il lui a tenu la main du début à la fin. Il a dormi chaque nuit sur un petit lit métallique dans lequel il devait se recroqueviller pour rentrer. Il n’avait plus d’yeux que pour elle et nous n’avions plus que la main où elle ne sentait plus rien à tenir parce que Papa ne lui a jamais lâché sa main, jusqu’au bout.
    Les soignants venaient se plaindre qu’il ne les laissait pas travailler, il voulait tout faire lui-même. Quand elle est redevenu une petite fille, il l’a protégé et lui a raconté des histoires pour qu’elle ne comprenne pas ce qui se passe.
    Dis comme ça, c’est beau.
    Dans la vraie vie, voir sa mère perdre les pédales, c’est moche, très moche.

    Moi à l’époque, je me suis défilée (et pourtant je suis une femme, donc selon certains commentateurs, j’aurai du trouver ça « facile »). Et Papa a compris. Il savait que la voir ne plus me reconnaître, délire à longueur de journée, c’était trop dur.
    La maladie, on n’est pas tous capables de l’encaisser de la même façon.

    Alors merci Baptiste de trouver les mots juste pour rendre un peu plus beau des choses si moches.
    Maman n’est plus là, mais dans les moments durs, je me rappelle à quel point Papa était là pour elle.

    1. Eulalie

      Oui, tous différents face à la maladie, que l’on soit homme ou femme, chacun à sa mesure.
      Beaucoup d’amour dans votre témoignage… C’est ce qui reste, le plus précieux.

  22. Rachel

    J’ai beaucoup ri pendant le passage sur le vélo, je me dis qu’il n’y a pas que moi qui m’emporte sur ma bicyclette. Mais j’ai beaucoup moins ri Au moment de l’histoire sur le patient… c’est triste :'(

  23. Sonia

    Je suis d’accord avec tout. Avec ceux qui pensent que le Mr est lâche et ceux qui pensent que non, parce qu’ayant été aidante aussi, j’ai ressentie les deux. Et je ne juge pas. On est tous différents.
    Mais ce qui est sûr, c’est qu’un peu d’humour pour désengorger ce trop plein d’émotions, c’est bien. Ça me fait sourire au milieu des larmes qui coulent…mais c’est pas bien ça : je suis au travail, on va pas comprendre pourquoi je renifle…allez, j’y retourne. Merci Baptiste de nous faire partager ce qui n’est pas toujours facile à partager.

  24. Cath

    Je préfère rire aujourd’hui. Voilà.
    Quant à ce monsieur, que dire ? Rien. Parce qu’on ne sait rien de l’histoire et qu’on sait encore moins comment aider dans ce cas.
    Il est des histoires où on jetterait des pierres et d’autres où on tendrait un mouchoir. Allez savoir.
    Le ciel est gris et pesant comme la tristesse qu’on ne peut soulager.

  25. dupont

    Peut-être que ce Monsieur a pleuré un bon coup sur votre épaule, et que, revigoré, il a retrouvé du courage et est rentré chez lui ? tout penaud, sa valise à la main ? réconforté parce que vous avez trouvé les mots justes ? On a tous des coup de mou dans la vie, et parfois, on repart du bon pied ? (enfin, moi, les coups de mou, ça m’arrive.. tous les autres lecteurs de ce blogs sont peut-être des héros)

    Peut-être que sa femme a pris ça comme un coup terrible mais que du coup, elle s’est trouvé un type mieux qui faisait sa chimio au même endroit qu’elle, et qu’ils vont vieillir ensemble (très peu vieillir) ?

    On peut rêver ?

    Observation perso : quand un enfant va mal (je veux dire, sérieusement et durablement mal), c’est rare que le couple n’explose pas : Madame récupère le mouflet, et Monsieur son adolescence insouciante.

  26. dan

    la colère est mauvaise conseillère. et elle était contre qui la colère? le patient? le cancer? vous? je suis contente que mon médecin soit plus cool. en prison vous allez être en colère contre qui? ceci est un commentaire sans colère. keep cool Baptiste, keep cool.

  27. Herve CRUCHANT

    Le vendredi 3 mars 2017 à 16h23.
    Je pose le 3 et ne retiens rien.
    C’est une date, un signe, un choix absolu sans raison. Hasardeux.

    En mer depuis des rêves et des rêves, après avoir compté toute l’étendue du monde en unités d’arc, de degrés, de secondes, pioché le ciel à coup de sextant.
    Après s’être incliné vers la mer comme on consulte l’oracle Miroir-mon Beau Miroir-suis-je le bon fuseau? et repartir chargé d’incertitudes, de démons marins à craindre et maudire.
    Après avoir parlé tout seul pendant des quarts et des quarts avec le bateau qui gîte et grince et craque comme à un vieux chien de traîneau tirant la charge de devoir.
    Après tant de temps passé à repasser le temps, à le rendre lisse et plat, la terre vient à soi comme un parfum extravagant. Comme on sent l’arrivée du printemps. Quand bien même la côte serait-elle encore sous l’horizon, cachée derrière la montagne grise rosée du prochain orage.

    C’est alors tout change. La vague bleue devient verte. Le bateau retourne à son rôle muet. Le marin devient fébrile, s’angoisse de ce monde où il va falloir dire, expliquer, raconter, monter le décor des mensonges d’une aventure par les terriens, qu’ils ont inventée pour lui et n’admettraient jamais qu’on en change le cours. Ni leurs rôles au spectacle. Le héros ne sert jamais qu’à la gloire que ceux qui l’on créé.

    Un jour, venu d’un océan lointain, arrivant dans les humeurs humaines de la terre en vainqueur, Bernard Moitessier a choisi soudain de rebrousser chemin, de repartir vers le large. De ne pas salir son eau en racontant n’importe quoi, aveuglé de champagne et de flashes et de spots, menacé par les micros agressifs, saoulé de paroles inaudibles et de claques dans le dos. Alors, c’était dur ? Il a choisi soudain de rebrousser chemin, de disparaître derrière le bord du monde.

    Après l’avoir agoni de doutes, de malfaçon, de l’avoir vendu sur les unes dans les gazettes comme fou, on a tout fait pour l’oublier. On le retrouve quelques années plus tard sur une île pacifique où il aimait accueillir parfois le voyageur vagabond et fatigué. Partager avec lui un soleil couchant, un vent régulier dans les palmes, un chant serein sur le sable blanc ou au bord du torrent. Bernard m’a appris la manière de gouter la mangue avec délicatesse, rendant ainsi hommage à sa finesse, à sa couleur, à sa fibre. Il m’a appris aussi ces petits fruits agrinettes aux noyaux presque aussi gros que le fruit entier, dont il faut extraire délicatement la fine couche de pulpe en jouant habillement des dents de la langue et des lèvres. Pour être très vite désaltéré comme après avoir bu une gourde entière d’eau de source. fraîche. Et tant de cadeaux de la nature. Et nous avons appris à rire ensemble en nous racontant des histoires fabuleuses de pirates et de navires fantômes…

    Chaque jour, il plantait un noyau, quelque graine, des pépins. Prenait quelques minutes pour faire une bouture après avoir consommé lentement les pulpes ou les jus. « Il faut toujours replanter les noyaux, tu vois. La Terre a besoin que repousse ce qu’elle nous a donné. Elle a besoin qu’on s’occupe d’elle pour vivre. » Et son geste avait la rondeur d’une caresse.

    Depuis ce temps, je m’efforce de planter des noyaux des fruits que j’ai consommés, avec une certaine rondeur, si possible, un peu d’eau, une brindille comme tuteur. Et s’il n’y a pas de fruits dans le béton des villes ou des déserts que j’aime parcourir en quète de réponses, la vie qui coule autour de moi me laisse le temps de ne pas oublier le maître des îles. Il m’arrive parfois de planter une graine d’amitié ou d’espoir dans un regard, un sourire, échangeant des maux contre de l’espoir. Avec un peu de rondeur dans le geste, si possible, beaucoup de tendresse, arrosé d’amour. Et d’un espoir sans scories, insensé, pour que ce petit secret fleurisse un jour dans la terre d’un jardin secret. Pour que nous puissions parler ensemble comme le fait le marin à son bateau.

    C’est tellement triste quand la vie n’est pas complice de cet élan; Que le noyau se déssèche, la terre se fende. Que le geste, devenu inutile, meure en fracassant le temps….

    Ceci n’a aucun rapport avec le post? Mais si, regardez bien : on est vendredi 3 mars 2017 et il est 16h30 quelque part dans le monde.

    1. marie

      Si! cet homme vaincu ne savait plus planter des arbres pour que la vie revienne enchanté le monde , et normalement Baptiste se tape le front là, « Giono! » merci merci merci Hervé l’homme qui tombe à pique ce soir et à coeur toujours.

  28. Cécile

    Ouf! Ce n’est pas moi qui ai failli t’écraser… Mais ça m’est arrivé plus tôt cette année, lorsque j’ai cru te reconnaître au détour d’une rue ! J’ai tellement fixé ce cycliste en me disant « mais je rêve ! C’est Bibi ! », que j’aurais pu l’ (t’) écraser !

    Heureusement que tu roulais sur le trottoir!
    La célébrité est décidément dangereuse

    Je n’ai réalisé que plus tard, à quelle point je me serais fait détruire sur ce forum, si je n’avais touché … ne serait-ce qu’un poil! de ta crinière

    Leb wohl, liebe Bibi

  29. Julie

    Ne sois pas modeste Baptiste ! Tu t’en sors très bien en montage photo, et ça nous fait bien rire 😉
    Rire est une bonne soupape de décompression, alors merci de le partager avec nous.
    Ceci dit, crier aussi. Peut-être faut-il des deux ?

    Bises

  30. josecile

    Comme quoi la colère des fois …
    Sinon tu as raison, c’est une chouette assoc « lire pour en sortir », et vu que Bourg en Bresse est membre du programme de lecture, si un jour tu passes par là, fais signe, je me ferai un plaisir de t’offrir un café dans mon bureau !

  31. HMI

    Merci merciiii MERCI de venir au salon du livre de Montaigu !! En tant qu infirmière je serai ravie de saluer un de mes pairs, en tant qu’admiratrice de vos qualités artistiques je serai heureuse de vous remercier pour m’offrir pendant mes heures libres ces bouffées d’oxygène que sont vos articles et vos romans, et en tant que citoyenne je serai heureuse de côtoyer quelqu’un partageant mes convictions.
    A très bientôt

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