13 novembre.

(J’ai à peine retouché. Si vous voulez raconter, c’est ici.)

Alors voilà, je suis infirmière et je travaille dans un des hôpitaux qui a accueilli vendredi soir les blessés. Je travaillais vendredi après-midi d’ailleurs, j’ai passé la relève à ma collègue de nuit et je suis partie de l’hôpital à 21h30. Je ne travaille qu’à quelques minutes des lieux touchés, mais les services de secours et de défense n’étaient pas encore avertis. De plus, j’étais assez pressée de rejoindre mes amis et mon amoureux qui faisaient la fête au chaud dans un appartement… Ils étaient tous ensemble depuis le milieu d’après-midi, alors je rattrape mon retard, je prends une bière, deux bières, trois bières, je papote « et machin il a trouvé du taff ? », ou « et truc ça va avec sa meuf ? »…Là, on a reçu un appel « Je suis à côté du Bataclan, il y a des voitures de police, des camions de pompier partout et des gens me crient de partir, il se passe quoi ? ». Génération smartphone oblige, on ouvre les applis d’info : « Fusillade rue de Charonne ». « C’est où la rue Charonne ? C’est à côté du Bataclan, ça ? ». Bref, on ne comprend pas grand-chose, mais on continue notre vie parce que c’est pas possible ce qu’il se passe. Enfin c’est possible, mais inimaginable. Alors on continue de boire, de rire, de parler de tout et de rien, des trucs idiots qui me paraissent TELLEMENT sans intérêt maintenant. On envoie tous un ou deux textos à nos proches pour qu’ils se rassurent parce que, eux, ils doivent s’inquiéter. Nous on s’inquiète pas trop : aujourd’hui, le temps était superbe, le soleil était au rendez-vous, Paris était magnifique.

Puis l’un d’entre nous met les infos, on ressort nos portables… Je dirais que ça m’a fait comme quand on rêve, et que dans ce rêve s’immisce un sentiment de malaise insidieux, puis d’horreur totale. Je ne parlerai pas de cauchemar, parce que le cauchemar c’est ce que les personnes présentes là-bas ont vécu.

Là, j’ai reçu une notification comme quoi le plan blanc était lancé. Le plan blanc, c’est quand le personnel hospitalier est réquisitionné pour prêter main forte au personnel déjà sur place. 

Moi, je n’ai pas été appelée. Je devais travailler ce week-end et ils n’appelaient que les gens en repos.

Je ne me suis pas non plus portée bénévole, je ne me suis pas présentée par moi-même rien que pour voir s’ils avaient besoin de mains en plus. Je réalisais pas encore ce qui se passait, j’avais un peu trop bu, c’était irréel, je ne sais pas, je ne sais plus…

Certains de mes collègues travaillaient aux urgences cette nuit-là et nous ont décrit l’horreur et le capharnaüm organisé qui y régnait. Moi j’étais avec des amis à m’amuser, sans réaliser.

En me réveillant, samedi matin, je tombe sur les réseaux sociaux. Nombre de morts, nombre de blessés, avis de recherche, avis de décès… Je crois que c’est à ce moment là que j’ai pris conscience de l’ampleur des choses. Je veux dire la RÉELLE ampleur des choses.

Puis j’ai été travailler. Dans le métro, je me suis assise en face d’un homme, musulman ou chrétien je ne sais pas et à vrai dire je m’en fous, et on devrait tous s’en foutre, oui. Il avait un chapelet dans les mains, il récitait des prières. En y repensant c’était probablement un chrétien. J’aime à croire qu’il priait pour lui, pour nous tous, mais aussi pour eux, ces pauvres hommes assez insensés pour perpétrer de tels actes. C’est peut-être bête, voire même très con, je le sais mais bon… Au fond de moi, et même si je sais que c’est faux, j’essaye de me convaincre qu’ils ne réalisaient pas ce qu’ils faisaient, pauvres fous.

La mort dans l’âme, j’ai passé les portes de l’hôpital. Si j’avais pu y échapper et prendre mes jambes à mon cou, je l’aurais fait, mais il faut malgré tout que le reste de l’hôpital continue de tourner, soulager celui qui a mal, surveiller celle dont le cœur fatigue, et essayer de calmer le papy qui hurle et déambule à longueur de journée. Et j’avais tout sauf envie de ça, d’entendre des gens se plaindre de leur douleur quand d’autres ont été lâchement assassinés, de courir après des gens déments que leurs démences protègent, et qui n’ont pas conscience de cette barbarie innommable. En lisant ça, tu vas peut-être te dire que je suis une bien mauvaise infirmière pour penser ça, mais je ne pense pas l’être.

On en a pas mal parlé entre collègues, mais on n’a même pas essayé de s’imaginer, ni ce que c’était là-bas, ni ce que c’était chez nous, dans nos locaux. Et puis je suis allée voir mes patients. Et j’en ai encore plus parlé avec eux. Il y a ceux qui ont demandé à avoir la télé pour enfin avoir d’autres infos que ce qu’on leur a raconté sur ce qu’il se passait, ceux qui ont entendu les sirènes hurler toute la nuit, et ceux qui s’excusent d’être là « parce que d’autres auraient bien plus besoin de mon lit et de vos soins ». Et ce samedi là, malgré un service plein, il régnait un silence omniprésent. L’important, pour les patients, ce n’était plus EUX mais les AUTRES, ceux du 13 novembre. Et je les remercie ! Je les remercie de tout cœur ! Non je n’ai pas bâclé mon travail pour autant, j’ai aidé chacun d’eux autant que je l’ai pu, mais je les remercie d’avoir oublié, le temps d’une journée, certains de leurs petits tracas du quotidien qui parfois occupent toutes mes journées. Ce jour-là j’ai eu moi aussi le temps de penser aux autres.

Je suis effondrée, malheureuse et révoltée. Et c’est normal que je le sois, je suis une jeune parisienne qui aime sortir le soir, boire des verres entre amis, faire l’amour avec mon copain, profiter des terrasses, mais surtout, je suis un ÊTRE-HUMAIN. 

Mais malgré tout je m’en veux d’avoir ces sentiments. Tellement… Après tout je n’ai pas vécu l’horreur, je n’y étais pas. Je n’ai pas non plus perdu de proche, ni même connu quelqu’un qui s’est retrouvé au milieu de tout ça. Je ne l’ai même pas vécu par le biais de mon travail. Et je m’en veux de ressentir des choses aussi fortes, ça ne me semble pas… légitime ?!?! Alors ce que je vais dire est purement égoïste, mais oui, j’aurai aimé être là-bas, aux urgences. J’aurai pu choisir d’aider ces gens, mais je ne l’ai pas fait. Je suis allée me coucher et je n’arrête pas d’y penser. Je m’en veux de ne pas avoir été là pour ces victimes.

Ce qui va suivre est purement égoïste, mais j’aurai aussi aimé être là-bas pour voir et trouver une légitimité à mes sentiments. Je pleure pour les victimes, les familles, ma ville et mon pays et pourtant je n’ai pas vécu l’horreur, j’ai juste… assisté. Et je n’ai pas le droit de pleurer quelque chose que je n’ai pas vécu, non ? J’ai pas le droit. 

Et j’arrête pas de me le répéter…

Pour finir, j’aimerai juste citer ce qu’un patient m’a dit hier. Il est d’origine maghrébine, un prénom qui commence par « Abdel », typé, la barbe fournie. Et il m’a demandé un rasoir, et de la mousse à raser, parce qu’il a peur de subir le regard des gens. Ca m’a fendu le cœur et la seule chose que j’ai pu lui répondre c’est que ce serait triste. Je lui ai juste répondu ça, en essayant tant bien que mal de sourire un peu…

Ce serait triste, qu’il coupe sa barbe à cause de tout ça, non ?

Tu ne liras peut-être même pas ce texte mais merci quand même, ça m’a permis de dire tout ce que j’avais sur le cœur, et j’espère que tu ne me jugeras pas trop mal. 

————–

Pour ceux qui ne me suivent pas sur Facebook ici, je mets en lien un hommage que j’ai écrit pour les victimes. Je vous embrasse très fort.

HOMMAGE
  

33 réflexions au sujet de « 13 novembre. »

  1. AnneLEGRAND

    Wouaowhh, j’ai le ♥ retourné par tout ce qui est écrit. Je l’avais déjà le 13 novembre et les jours qui suivent.
    J’ai énormément pensé à tous les soignants et autres intervenant, cela dut être terrible à vivre. AMOUR et RESPECT, c’est tout ce qu’il est concevable sur nôtre Terre et pour tous les humains.

  2. Leo

    Je suis externe, et je comprends son sentiment, le choc, l’envie d’avoir été sur place pour aider mais aussi, comme elle le dit si bien, pour légitimer ses sentiments.

    Et oui, ça serait très triste qu’il se rase la barbe pour ça.

  3. Fabymary POPPINS

    Je trouve que cette jeune femme a bien écrit avec des mots justes son ressenti qui est celui de beaucoup d’entre nous, qu’aurions nous fait si on avait été là bas , soignants ou rescapés, quand on apprend de telles choses, quand on subit un choc pareil, car ce fut un choc pour tous parisiens ou provinciaux, on est tellement sonné que en fait on ne pense pas de manière rationnelle et à proposer de l’aide, de toute façon puisqu’elle n’a pas été rappelée c’est qu’il y avait suffisamment de personnel, et voilà, par contre c’est bien de rester HUMAIN et de surtout penser toujours aux autres, même ceux qu’on ne connait pas.

    Ces attentats, mes proches ont pas été concernées, amis par contre deux amies chères ont perdu pour une la soeur et beau frère de sa meilleure amie, jeune femme au bataclan, jeune mariée qu’elle a connu enfant et qui est morte avec son mari et à BAMAKO une autre amie a perdu son neveu GEOFFREY DIEUDONNE, on en a parlé dans la presse, de ce fait je peux le citer, mort à 39 ans et laissant sa femme et ses deux petits garçons.

  4. Ahava

    Je connais un docteur qui reçoit des survivants ou des proches de victimes du Bataclan.
    Je ne sais si cela suffira à vous aider, mais je sais qu’il est susceptible d’être meilleur que certains de sa branche.
    Je peux transmettre les coordonnées par message privé si Baptiste est d’accord.

  5. GROMAND Marie Helene

    Je ne sais pas comment tu t’appelles mais ce que je sais c’est tu es une infirmière comme moi qui a pris de plein fouet tous ces événements! Le 13 novembre, j’ai travaillé dans mon service de pédiatrie jusque 19h et en rentrant chez moi, j’ai regardé mes mails, mangé, pris une douche et dernier petit regard sur FB avant d’aller dormir parce que ce week-end là, je travaillais aussi! Et j’ai juste vu vite fait « fusillade à Paris » et là, je me suis dit « non tu verras ça demain parce que là,tu dois aller dormir pour assurer ton job pendant 12h demain et dimanche »!!
    A 4h30 je me suis réveillée (je ne dors pas très bien en ce moment) et j’ai mis la radio! Et je ne comprenais rien à ce que disait Vincent Perrot sur RTL, cette petite fille toute seule chez elle qui lui téléphonait et qui s’inquiétait de ses parents… A 5h les infos et là, l’horreur d’apprendre ce qui s’est passé cette nuit ! J’ai eu honte de pas avoir regardé de plus près cette « fusillade à Paris » mais je ne pouvais pas savoir… Je ne me suis pas rendormi et j’étais tellement malheureuse d’entendre tout cela! Et de penser à tous nos collègues soignants qui étaient sur place et qui ont vécu l’horreur de cette nuit! Avant de me lever, j’ai su que les parents de la petite fille étaient rentrés et qu’elle n’était plus seule, qu’ils ne faisaient pas parti des victimes…
    En arrivant au boulot, nous en avons parlé, parlé et parlé encore. Et les parents de nos patients qui nous donnaient les infos au fur et à mesure qu’ils les entendaient à la télé…
    Moi aussi comme toi, j’ai pleuré et je n’y étais pas…
    Moi non plus,je n’ai pas vécu l’horreur…
    Et si tu as le droit de pleurer quelque chose que tu n’as pas vécu!! Parce que je l’ai fait, parce que d’autres l’ont fait! Justement parce que nous sommes des êtres humains!!
    Je ne sais pas si tu me liras mais comme toi, ça m’a fait du bien de te lire et de t’écrire!!
    Merci Baptiste de nous donner ce lieu pour partager…

  6. Grand33

    Bonjour Bibi
    Tu as bien fait de poster ce message, parce que
    je crois que beaucoup de gens ont ressenti la
    même chose, et notamment en province.
    On a pas trop vu l’ampleur du truc de suite. Et
    puis d’un coup on sais que c’est plus un truc
    mais c’est l’horreur. Des dizaines de mômes
    assassinés, et nous, là impuissants, d’aucune
    aides, restons plantés devant la barbarie.
    Contrairement à ce que j’ai déjà écrit ici (les
    grands çà pleurent pas) et bien les grands devant
    tout ça, ça pleurent, et encore en lisant
    ce post et en écrivant ce message.
    Et puis ensuite, la colère, cette colère qui m’a
    envahie et qui ne me lâche pas ………
    Merci d’être là mon Bibi
    la bise

  7. Cath

    « En lisant ça, tu vas peut-être te dire que je suis une bien mauvaise infirmière pour penser ça, mais je ne pense pas l’être. »
    Et vous avez raison, vous n’êtes pas une mauvaise infirmière. Vous avez repris vos tâches et vous avez soigné les gens qu’on vous confiait. C’est tout aussi important dans ces moments d’horreur absolue, et cela aide beaucoup. Ne sous estimez pas ce que vous avez fait, ce que vous avez apporté aux autres en dépit des sentiments de tristesse qui vous ont envahie.

  8. Nanou

    On était au chaud chez nous près de Bordeaux, sur le canapé, devant le foot (…) Je reçois un SMS de notre fille qui dormait chez son copain « Vous suivez ce qui se passe? » On zappe sur les chaînes d’info, je ne comprends pas pourquoi, comment le match de foot peut continuer, on zappe et rezappe. Le nombre de morts augmente. Je voudrais que ma fille soit là, avec nous, dans le nid, pourtant je sais qu’elle ne risque rien là où elle est. J’ai beaucoup beaucoup pleuré les jours suivants, et sans vraiment savoir pour quoi, pour qui, moi non plus. Je me sentais très faible, fatiguée, comme convalescente. Pourtant je n’y étais pas, et personne de ma connaissance n’a été directement touché. Le mardi ou le mercredi, je ne sais plus, rebelote je fonds en larmes et là je dis à mon mari que c’est ridicule, je n’ai PAS LE DROIT de pleurer, qu’est-ce que c’est que ça? Il m’a prise dans ses bras et m’a dit de pleurer si j’en avais envie, que lui aussi il était triste et qu’il n’y avait rien à comprendre, pas de questions à se poser. Ca m’a fait du bien. VRAIMENT. On n’a pas à se sentir légitime ou non d’être triste, en colère, déboussolé. Ce qui s’est passé est terrible, point.

  9. MarionLR

    Ce soir là j’étais dans une salle de spectacle en province qui accueille 1000 personnes.
    Placée devant sur le côté, à 2 m d’une sortie de secours sont la signalétique lumineuse me gênait un peu… Je me suis retournée pour balayer du regard la salle bondée, et j’ai eu une pensée saugrenue « ok, c’est gênant cette petite lumière, mais si un malade décidait de prendre la salle en otage avec une arme automatique, je serais bien contente d’être près de la sortie de secours ». Et je me suis fait la réflexion que c’était étonnant que ça ne soit jamais arrivé, depuis Charlie Hebdo….
    Puis je me suis concentrée sur le spectacle, je suis rentrée chez moi, et je me suis couchée directement… Le lendemain, 8h00 je décide de regarder les titres du journal régional sur mon portable en me réveillant… « Fusillade à Paris: 30 morts au moins »… Ça c’était une notification nocturne… Je réveille mon mari, en même temps que je vais chercher plus d’infos, et là je tombe sur les nouveaux chiffres; je cours allumer le télé incrédule… Ils ont pris une salle de spectacle en otage et ils ont tiré à l’arme automatique….
    Peut on se sentir coupable d’avoir pensé à quelque chose de terrible une heure avant que ça se déroule réellement ? Oui, c’est la première chose qui m’est venue à l’esprit quand j’ai entendu le nombre de morts et de blessés au Bataclan…
    Et, comme pour cette jeune infirmière, tout semblait irréel… Je crois que je comprends ce qu’elle a ressenti, à chaque étape de ce week end. Je la trouve merveilleusement humaine dans son analyse et son questionnement…
    Et comme toi, Baptiste, je me suis obligée à lire le portrait des 130 victimes, des 130 frères, soeurs, maris, femmes, enfants, amis. Parce que les infos avaient tendance à parler de politique, de sécurité intérieur, et que je m’en fichais…
    Il y a des familles qui souffrent, il y a des grands blessés qui souffrent, il y a des rescapés qui souffrent… Je ne veux penser qu’à eux

  10. Sophie

    Bonjour

    C’est la première fois que j’écris sur ce blog.
    Pas parce-que le texte de cette infirmière me bouleverse – y’aurait trop à dire – mais pour la fin de son récit.
    J’ai une amie d’origine tunisienne.
    Elle se fait insultée régulièrement dans le tramway. Surtout pas les petites vieilles !!!!
    J’aimerais que la prochaine fois que ça arrive je sois avec elle.
    Pour la défendre parce-que elle, ne dit rien, ne répond pas.
    Elle ne répond pas parce-que cette fille est un ange.
    Un ange au teint caramel.
    Le 14 novembre, nous nous retrouvons et là je lui demande comme toujours si ça va.
    Là, elle se décompose.
    Elle souffre pour les victimes de la veille.
    Elle ne comprend pas ceux qui font ça.
    Elle ressent comme tous une immense tristesse.
    Nous en parlons et là elle me dit, mon mari se laisse pousser la barbe. Une belle barbe qu’il fait entretenir chez le barbier, pas la barbe négligée elle précise. Je lui dis oui et ?
    Et…. suite aux attentats qui touche la France, la Tunisie et trop d’autres pays, elle ne veut pas que son mari passe pour un terroriste. Elle lui a demandé de se raser.
    J’ai ressenti une très grande tristesse, une immense injustice.
    Elle ne me demande pas ce que j’en pense parce-que là elle est convaincue que teint caramel + barbe = insultes et regards mauvais assurés.
    Mais mon avis je lui ai donnée.
    Ton mari doit garder sa barbe parce-que honnêtement avec ou sans, les amalgames seront toujours fait.
    Ils ne sont pas comme ces fous furieux qui ne comprennent rien à la vie, ils n’ont rien à voir avec ces gens là !
    Alors que ton mari reste comme il est.
    Elle me dit que je ne comprend pas.
    C’est possible, je ne vis pas le racisme.
    Je me suis tu mais intérieurement je bouillais.
    Et toutes les deux elle avec son teint caramel moi avec mon teint bien blanc avons souffert en silence pour toutes les victimes des attentats.

    1. Agathe

      Le petit fils de mon amie a 7 ans, il est métis. 4 jours après le 13 novembre, il a écrit sur le tableau de la classe « Batar », allez savoir pourquoi. Il n’avait jamais entendu ce mot auparavant. Maintenant, il faut lui donner des explications. Honte à tous ceux qui véhiculent la détestation de l’autre !

      1. Cath

        Alors il faut lui apprendre à écrire des mots comme amitié et intelligence, des mots comme « autre » et être humain. Et lui expliquer. Et si les imbéciles persistent avec leurs mots, lui expliquer ques certains bâtards ont changé le cours de l’histoire et ont fait de gandes choses, comme Guillaume le Conquérant, par exemple.
        Et lui dire que si un mot est une insulte, celle-ci ne salit que celui qui la lance.

      2. Jo

        Apprendre la haine, la méfiance, la défiance… rendre acceptable le racisme ordinaire… trouver rigoureusement normale la montée de l’extrême droite… Mon Dieu que je plains celles et ceux qui n’osent sortir que la barbe rasée, ou le foulard caché sous la capuche de la doudoune…
        Comme le disait une amie mère de famille: Je prie pour que tout l’amour, toute la bienveillance, toute l’écoute que je donne à mes enfants leur donne la force de changer le monde. Et je prie pour que, partout, de plus en plus de pères et de mères suivent aussi cette voie.
        Toutes mes pensées vont vers les victimes de ces actes terroristes. Celles qui ont été blessées ce vendredi là, mais aussi celles dont la vie a basculé à cause de la peur, la haine et l’ignorance

  11. verveine

    Soulager la détresse du papy dément et désorienté, même si ça parait dérisoire, c’est pour lui si important…
    Il en va de sa dignité (et de la nôtre) et ça me parait tout aussi important que de panser les plaies des victimes de cette barbarie…

  12. Moi

    Je suis une lectrice assidue mais silencieuse de ton blog. J’interviens aujourd’hui pour te remercier de donner le numéro pour les femmes battues.
    Je me suis vue appeler le numéro pour les enfants victimes de violences (119) quand j’en ai eu besoin simplement parce que je ne connaissais pas le 3919.
    Merci Baptiste et bon courage à celles qui vivent le même calvaire que Madame Jacqueline Sauvage.

  13. Herve CRUCHANT

    J’ai beaucoup de sentiments mêlés face à ce V13…

    De ce post, je retiendrai : « … des trucs idiots qui me paraissent TELLEMENT sans intérêt maintenant… ».
    Notre force, lorsque, enfin, on est redevenus conscients d’en posséder une, doit être de discernement.

    Je regrette de ne pas savoir ton prénom, belle infirmière, parce que j’aime parler à ceux, celles, qui ont un visage; je t’appellerai … Michèle.

    Le terrorisme a gagné dans cette affaire. Pas dans le domaine tactique qu’il visait, mais dans plein d’autres.
    La peur. La défiance. La fourberie des gouvernants qui profitent des faits pour faire des textes liberticides, repousser la justice républicaine au fond du lit avec les pieds comme quand on a trop chaud et qu’on subit la canicule. Décider des guerres à faire sans l’avis du peuple. Ne rien expliquer, ne rien dire que des imbécilités. Laisser la parole aux faucons ou aux colombes, comme si la guerre et la paix ou la sagesse appartenaient à des volatils de leur genre. Le terrorisme a gagné. Celui que nous nous sommes construits depuis bientôt cinquante ans, en manque d’action, en manque de westerns. Le terrorisme a gagné sur ce coup là parce qu’il a divisé les gens au rasoir, comme on coupe une barbe. Parce que personne n’a dit dans les médias que porter une barbe n’est pas un badge terroriste arabo-musulman. Ou alors, regrettons de ne pas avoir génocidé tout le xix° siècle barbu, Toulouse Lautrec, Pasteur… ou le PS du temps où il était socialiste. (quoi que…).

    Le terrorisme a gagné parce qu’il n’a cure de tuer des gens, de blesser, de ravager, d’appliquer sa démence. Sur un champ qui a été préparé d’avance par ceux-là même qui le condamne aujourd’hui. Ces déments extrèmes et abrutis auraient agi pour des raisons religieuses au nom d’un fondamentalisme improbable à re-écrire. Ils n’aimeraient pas la musique, l’alcool, les femmes, la débauche et je ne sais quoi encore. En mission au Caire, un jour lointain passé, je voyais les vols venus de Ryiad bourrés d’émirs Arabes -ces défenseurs de la foi, gardiens des lieux saints- débouler tranquillement dans les bordels cairotes qui leur étaient réservés et consommer musique, alcool, femmes, se débaucher et je ne sais quoi encore. Leurs sbires décapitent en pleine rue et financent cet « Etat Islamique » (?) autoproclamé, quasiment reconnu par la communauté qui l’a soutenu sur ses fonds baptismaux. Le terrorisme a gagné çà.

    Pour peu qu’on y croit.
    ‘Michèle’, toi, tu dis : « Je suis effondrée, malheureuse et révoltée. Et c’est normal que je le sois, je suis une jeune parisienne qui aime sortir le soir, boire des verres entre amis, faire l’amour avec mon copain, profiter des terrasses, mais surtout, je suis un ÊTRE-HUMAIN. » C’est çà qui nous tient droits, tous et toutes. Les attentats, les faits de guerre à notre porte, sont inadmissibles. Inadmissibles. Les gens qui ont été tués (moyenne d’âge 35 ans, comme ton âge -désolé pour cette goujaterie-) nous manquent. Bibi le dit : ils étaient et restent indispensables.
    Nous n’avons pas encore d’armes en mains et j’espère ne jamais en avoir de nouveau besoin. Malgré les appels des nazis français et la remontée de la cote (vrai-faux ?) du Roi. Nous avons des millions de gens comme toi qui sont un ÊTRE-HUMAIN. C’est bon de se sentir plusieurs dans ce cas.

    Alors, si « … malgré tout je m’en veux d’avoir ces sentiments. Tellement…  » c’est à cause de ton humanité. A cause du chagrin immense.
    Nous allons rester calmes, comme on l’est dans ton métier aux urgences devant l’indicible et l’injustice : nous allons être encore plus déterminés, droits dans nos convictions profondes d’être humain. Peut-être même revoir certaines de ces convictions devenues un peu trop laxistes avec le temps. Moins tolérer ce qu’on nous dit, ce que les « experts » nous disent. Rayer tout argument belliciste du droit au dialogue. Laisser pousser les barbes si ce sont des barbes qui soutiennent la dignité de ceux qui la portent. Fustiger les menteurs, les magouilleurs, les fauteurs de conflits. Renvoyer les colombes à leur paix. Un bon moment pour nous reconstruire un peu. Au nom de quoi ? des morts, des blessés, des traumatisés, même des assassins abusés ou non? Si on veut. Surement au nom de ce que tu exprimes ici, ‘Michèle’ : ta révolte, ta douleur, ton métier, ton vécu… Mais surtout, surtout, parce que « je suis une jeune parisienne qui aime sortir le soir, boire des verres entre amis, faire l’amour avec mon copain, profiter des terrasses, mais surtout, je suis un ÊTRE-HUMAIN. « …

    Çà m’étonnerais qu’on arrive à gommer tout çà à coup de terreur…

    Plein de bisous, ‘Michèle’. Plein de bisous humains.

    1. heliotrope

      hello ! j’aime bien la façon dont vous « recadrez » les choses,
      je commence à entrer dans une vision des choses qui m’inquiète et que j’ai envie de partager,
      plus on dit que les « valorise » les terroristes, ils avaient un « cerveau », était terriblement bien armé, disposait de tout un réseau … plus on « valorise » les tentatives des pouvoirs publics : regardez comme notre ennemi est puissant, fort, un monstre et regardez comme on « assure » avec l’état d’urgence, les soldats dans la rue etc…….
      excusez moi ! c’est le comble du cynisme, et de l’incompétence de nos politiques
      l’escalade : mon fusil est plus fort que le tien ça mène où ? testosterone où tu nous mènes ?
      quand est-ce qu’on arrête de faire passer les priorités économiques avec des pays qui financent le terrorisme ?
      où tout cela va-t-il nous mener ?
      je vote blanc ! je n’en peux plus de me faire prendre dans si tu votes pour lui tu fais le jeu le l’autre …
      devant moi c’est la purée de poix
      ….

      1. Herve CRUCHANT

        Héliotrope. continue de voter. blanc et pas nul. continue. il nous faut continuer d’avancer debout et droit. la purée de « pouah » qui est devant nous est peut-être aussi un peu dans nos yeux. n’aie pas peur d’avancer seul : nous sommes au moins deux.

  14. josecile

    Ton hommage est très juste, et mets les mots qu’il faut sur mes propres pensées. Comme toi j’ai plongé dans les portraits de ces victimes, et la photo noir et blanc de cette jeune femme qui dépose un baiser sur la joue de son compagnon est un crève-coeur à chaque fois que je la vois. Tous les portraits sont un coup de poing quel que soit l’âge de la victime parce qu’il n’y a pas d’âge pour mourir de la sorte.
    Et moi non plus je ne veux plus qu’on donne de l’importance à ceux qui, abreuvés de bêtise, de haine et de drogue, tuent à l’aveugle. Que leurs visages soient à jamais dans le flou, que leurs noms ne leur survivent pas, et que dans longtemps encore on se souvienne de la fraicheur, de la jeunesse, de l’amour de la vie que nous renvoient les photos de ceux qui sont tombés. Parce que ces 130 noms, ces 130 amoureux de la vie, de la joie, de la musique font résonner sinistrement la phrase qui dit que des irremplaçables il y en a plein les cimetières. Plein je ne sais pas, mais 130 sans aucun doute.

  15. remisansfamille

    Salut Bibi,

    Dis lui de ma part, mais vraiment je tiens a ce que tu lui fasse passer le message :

    Pleurer n’est pas un droit mais un devoir même s’il l’on a pas vécu ce cauchemar, il n’en reste pas moins que nous sommes humain. Pleurer est l’expression même de cette conscience d’être de l’humanité et c’est ce qui fait notre humanité si belle et si forte. C’est le premier éléments de l’acceptation afin de pouvoir cicatriser la blessure de l’âme.

    Je veux dire VRAIMENT MERCI à BIBI pour ce Blog

  16. Inga

    Ma soirée a été un peu similaire à la votre. Je me suis couchée tôt, avec l’information « fusillade dans Paris, plusieurs blessés, peut-être des morts ». J’ai traduit « attaque à main armée » ou « règlement de comptes entre bandes ». Le lendemain matin, je me suis réveillée, j’ai attrapé mon portable pour éteindre le réveil, et j’ai ouvert l’application d’informations en me disant « j’espère qu’il n’y a pas eu de morts ». Mon cœur a du s’arrêter quelques instants.

    J’ai beaucoup de famille et d’amis à Paris. Je me suis expatriée à Jérusalem pour un an. Ma famille se faisait beaucoup de soucis pour moi, jusqu’à ce jour où j’ai passé la matinée pendue au téléphone. Téléphoner en France via Google était gratuit ce jour-là, je leur en suis reconnaissante. Quelques lointaines connaissances ont été blessées ou choquées, mais tout mon entourage proche allait bien. J’ai été bien soulagée. L’attente avant de pouvoir téléphoner a été terrible, je craignais de réveiller des gens à trop tôt, Jérusalem a une heure d’avance. J’ai d’ailleurs réveillé une amie de mes parents, qui a attendu toute la nuit des nouvelles de ses cousins qui étaient au Bataclan.

    Une de mes collègues a perdu une amie de sa mère. Mais j’ai aussi appris que, cette nuit-là, une cousine avait accouché d’une jolie petite fille. Vous n’avez pas été présente pour soigner les blessés des attentats, mais tout le monde a salué le travail du personnel hospitalier suite à ces attentats. Si vous n’aviez pas dormi, qui aurait soigné les personnes qui avaient besoin de vous ce week-end ? Qui aurait pris soin de ma cousine et de son bébé ? Qui aurait accueilli les gens qui se sont brûlés, cassé des os ou qui avaient une crise de quelque chose de grave ? Heureusement que des médecins, des infirmières et des sages-femmes ont pu dormir cette nuit-là, d’autres personnes avaient besoin d’eux le lendemain.

    Personne ne vous a prévenue ni appelée, vous n’avez pas manqué à votre devoir.

  17. Agnès

    C’est trop beau, ce que je viens de lire, bouleversant, humain, soucieux de l’autre…merci infiniment à cette jeune femme de montrer un peu de l’âme humaine et encore à toi ,Baptiste, de permettre la diffusion de tels messages.
    Et également, pensons un peu plus aujourd’hui, 05/12, à la maladie , à ceux qui souffrent , à leur entourage et au TELETHON !!!
    Essayons d’être tous solidaires, unis, tournés les uns vers les autres, essayons
    du mieux que nous le pouvons!

  18. lectrice boulimique

    Merci Bibi, merci à toi l’infirmière qui lui a apporté ce témoignage.
    Merci à toutes celles et tous ceux qui répondent, font écho avec toute l’humanité dont ils et elles sont capables, pour mettre des mots sur l’indicible et tenter de le panser/penser.

    Un ressenti est légitime, toujours, en tant que ressenti. Ressentir la peine, la culpabilité, l’impuissance, est légitime, où qu’on se soit trouvé, quoiqu’on ait préféré faire ou ne pas faire – allumer la télé ou pas, par exemple. A 400 km de distance, ouf, choisir de ne pas l’allumer n’était pas de la non-assistance à personne en danger.

    Le matin du vendredi 13, je photographiais un bel endroit, avec en invités surprise, de superbes oiseaux migrateurs, des aigrettes blanches, posées comme un miracle dans une pâture wallonne.
    Le soir, j’ai trié les photos et, sur le coup de minuit, mis en ligne les plus belles, en m’excusant auprès de mes ami(e)s français(es) d’éviter les images sanglantes et de préférer poster autre chose que ma douleur à revivre un Charlie-Hebdo bis en 25 fois pire.
    Une de ces amies m’a remerciée de continuer à vivre, à célébrer la beauté de la nature par quelques photos et mon émerveillement…

    Pour savoir ce que j’ai fait d’avouable ou pas le lendemain de l’attentat, je vous renvoie à mon post du 15/11 dans le fil de « Sourions-nous » – c’était le treizième posté… ( http://www.alorsvoila.com/sourions-nous#comment-283016 )

    Restons humains, plus que jamais. Même si ça nous fait mal, ça fait sûrement moins de dégâts qu’un attentat… ou que l’indifférence blindée.

  19. Charles

    Et moi et moi et moi…
    Quand ça ne lui en a pas fait bouger l’une quand la France a détruit un pays et tué des milliers de gens innocents avec ses impôts, en Libye, il y a 4 ans.
    Et ça se prétend humain…

    1. Grand33

      Bien d’accord avec vous Charles. Je crois qu’il a également oublié : les 160 000 morts du cancer l’année dernière, les 150 000 morts de problèmes cardiaques, les 15 000 morts de suicide, les 3 500 morts sur la route et plus loin la shoah, le génocide arménien ……….. et beaucoup beaucoup d’autres !!!
      Je ne parlerai pas des bébés phoque, j’en laisse le soin à Brigitte Bardot.
      La bise

      1. josecile

        Et la glaciation donc… Fini les dinosaures !
        Heureusement que t’es là grand, ça fait du bien.
        Je te connais pas, mais je te tutoie quand même parce que tu m’es grandement sympathique et que j’ai toujours beaucoup de plaisir à lire tes commentaires.

  20. Jo

    Merci pour ce très poignant témoignage de « comment c’était, le lendemain, dans Paris ». Il y a des dizaines de façons de prendre soin des autres, ne pas avoir été en blanc cette nuit là ne fait pas de vous une mauvaise personne, ou une incompétente, il n’y a pas de raison de culpabiliser, loin de là!
    Mais des jours qui ont suivi les attentats, je veux garder le souvenir des proches ou moins proches qui ont repris contact parce qu’ils étaient inquiets pour nous. Des moment passés à écouter ou réconforter les amis qui vivaient à deux rues du bataclan, ou aux files de donneurs devant les établissements de l’EFS. D’ailleurs à ce propos, j’ai été contactée par leurs soins ce matin. Maintenant que le soufflé est un peu tombé, ils sont en manque de plaquettes… merci d’avance aux potentiels donneurs! 🙂

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