Archives mensuelles : juin 2015

POURQUOI LA GAY PRIDE EST IMPORTANTE.

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Article à partager en masse s’il vous plait. J’hesitais à le mettre sur le blog, puis je me suis dis « C’est ton blog, tu fais ce que tu veux ». Pour ceux que cela heurte, je m’excuse d’avance.
Alors voilà, une ville, c’est d’abord des rues. Dans ces rues, des gens marchent. Parfois, ils manifestent. Ils ont des banderoles avec ces slogans:

– « un papa, des roustons, une maman, des nichons » (quelle belle vision naturaliste et zoologique du genre humain!)

Ou, nettement moins poétique:

– « la france a besoin d’enfants, pas d’homosexuels ». Slogan qui, nous sommes d’accord, n’est pas de nature homophobe. D’ailleurs, si vous remplacez le mot « homosexuels » par les mots « juifs » ou « noirs » vous obtiendrez un slogan qui n’est absolument pas antisémite ou raciste…

Il y a donc:

1-nos rues,

2- les adultes qui manifestent,
3- des banderoles avec le mot « enfants » dessus.
Les enfants…Dans nos villes, les rues sont bordées d’immeubles. Avec des façades. Sur les façades, des fenêtres. Derrière ces vitres, il y a parfois des adolescentes et des adolescents. L’estime de soi, la confiance en soi sont des processus psychologiques qui se construisent pas à pas. C’est compliqué un adolescent. Tout en creux, en plaies et en bosses. Souvent mal dans sa peau et fragile. Une vraie éponge. Très influençable.

Avec des désirs compliqués, parfois jugés honteux. Et des pulsions, aussi, très souvent morbides (si, si je vous assure on en reçoit plein aux Urgences. L’autre nuit, j’ai consolé un gamin qui voulait mourir parce qu’il aimait les garçons : « il y avait une dame de la manif, elle disait au journaliste de la télé que j’étais pédophile »).

Pourquoi la gay-pride est-elle importante?

Une fois par an, les enfants de nos villes peuvent regarder derrière leurs fenêtres et voir des femmes et des hommes: nombreux, différents, dansant et chantant. Certains portent des couleurs criardes.

Certains s’habillent en femmes quand ils sont hommes, d’autres s’habillent en hommes quand elles sont femmes. Ou, rien de tout ça: des marcheurs se fondent dans la masse anonyme, hétérosexuels, homosexuels, lesbiennes, bisexuels, transsexuels, ils défilent tout simplement. Tout simplement. Et ils ont l’air heureux. C’est fondamental le bonheur: on espère tous y arriver un jour.

La gay-pride est importante.

Pas seulement pour ceux qui sont en bas et qui défilent. Elle est importante pour ceux qui sont en haut: pour nos ados. Elle est là pour leurs adresser des messages différents de « La France a besoin d’enfants, pas d’homosexuels » ou « Un papa des roustons, une maman des nichons » et autres âneries dont la fulgurance idéologique ne fait aucun doute…

Ces messages, portés par cette foule différente, disent ceci: « N’aie pas peur. Qui que tu sois, n’aie pas peur. Tu n’es pas tout(e) seul(e). Ce que tu es et qui tu aimes n’est pas grave. Seule la mort est grave, petit(e) ».

Un(e) adolescent(e) se découvrant homosexuel(le) a huit fois plus de risque de passage à l’acte suicidaire qu’un(e) autre adolescent(e). Il y a plusieurs dizaines de milliers de tentatives de suicides chaque année en france chez les adolescents. C’est la deuxième cause de mortalité à cet âge là.

La deuxième cause de familles brisées. Près d’une tentative de suicide sur deux est liée à la non acceptation de son orientation sexuelle. À cause de nous, les adultes, il y a peu de chance que ce compte macabre baisse en 2015…

Vous croyez que nous les avons aidés ces derniers mois? À s’accepter? À prendre confiance en eux? À éprouver de l’estime pour ce qu’ils sont? Vous croyez que nous les avons aidés à grandir? À s’épanouir? À être heureux? Honte à nous: on se dit « adultes », citoyens, père, mère, on manifeste, on dit vouloir défendre des valeurs, protéger nos enfants…

Les adolescents mal dans leurs peaux se moquent de savoir ce qu’il en est du mariage, de l’adoption, de la PMA ou de la GPA. Ils se moquent de ces problèmes d’adultes. Mais ils voient, ils entendent, ils interprètent (souvent à côté de la plaque: ce sont des adolescents). Ces gamins regardent dehors, tout en bas, les rues se remplir de monde, de banderoles aux messages douteux, ils voient des coups échangés avec la police, des vitrines brûlées, des gaz lacrymogènes monter vers eux. Ils entendent aussi les slogans…

Le nombre d’enfants jetés de chez eux à cause de leurs orientations sexuelles est en augmentation constante depuis le débat sur la loi Taubira (plus 35% de demande d’hébergement d’urgence auprès de l’association Le Refuge). En France, un adolescent se suicide toutes les 48 à 72 heures à cause de son orientation sexuelle (environ 180 suicides par an, chiffres de l’INPES France) Que peut-on ressentir quand on est mis à la rue à l’âge de 14 ans? Et par les gens qu’on pensait aimer et être aimé en retour?

Des choses terribles ont été dites ces derniers mois sur l’homosexualité. Voulez-vous savoir une chose? Elles ont été entendues. Par nos enfants. Parmi ceux-ci, certains se cherchent et ne savent pas encore qui ils sont. Leurs souffrances adolescentes s’impriment en marque indigne sur nos consciences d’adultes.

Honte à nous tous! Notre incapacité d’adulte à mener un débat apaisé sur la question est un miroir déformant tendu vers leur mal-être adolescent. Honte à nous tous!

Des gosses meurent tous les jours à cause de ça. Rappelons à nos mémoires les noms de Tyler Clementi, Seth Walsh, Billy Brown, Belinda Allen, etc… Ils avaient 13, 14 ou 15 ans, etc… Elles aimaient les filles. Ils aimaient les garçons. Ils se sont suicidés. Ils aimaient. Honte à nous tous.

La gay-pride est importante. J’irai défiler. Pas parce que je suis hétérosexuel, homosexuel, lesbienne, transsexuel ou bisexuel. J’irai défiler pour ce gamin qui a pleuré l’autre soir dans mes bras, pour nos adolescentes et nos adolescents. Ceux qui sont derrière leurs fenêtres et veulent mourir. Pour leur dire de ne pas avoir peur, ils ne sont pas seuls. Pour leur dire que ce n’est pas grave d’aimer.

Seule la mort est grave.

Baptiste Beaulieu

À partager en masse s’il vous plait…

La femme qui se souvient. 

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L’Histoire c’est E. Sì vous souhaitez raconter, c’est ICI.

Alors voilà, au cours de ces derniers mois, elle a dû être hospitalisée deux fois. Des séjours de courte durée, certes, mais durant lesquels elle a vécu plus intensément. En même temps se mêlaient de la douleur, de la peur, de la fatigue, de la solitude, de la compassion, des sourires… Du partage, aussi… Pourtant, ce qui a fait exploser son petit cœur, c’est la nourriture de l’hôpital…

Elle avait beaucoup d’appréhensions par rapport à ce que les gens racontent. Pourtant, aujourd’hui, elle a du mal à comprendre cette aversion. Enfin si, elle pourrait l’entendre. Mais non. Je vous explique : si le premier repas n’est pas passé, le deuxième, en revanche… dès les premières bouchées de ce riz trop ferme qui s’agrège en petites boulettes dures, les sensations, les souvenirs, tout a refait surface. Elle est en primaire. Ses copains-copines se précipitent en direction des tables pour retourner les verres et voir l’âge qu’ils ont. Le plus jeune nettoiera la table après manger. On y verse l’eau au goût de javel, eau qui finira de toute manière renversée sur la toile cirée. Un camarade hurle, la bouche pleine de semoule, la projetant sur la table. Un autre avale, en guise d’entrée, le dentifrice donné par la campagne de prévention dentaire qui a eu lieu le matin même.  » Juste parce que c’est trop bon ! » dit-il. Ailleurs, on essaie de piquer la cerise rose fluo dans la salade de fruits du voisin. On déguste le poisson trop cuit qui baigne dans la sauce au vieux goût de moules. Avec la langue, on pousse dans un grand sourire la mousse au chocolat entre les dents pour écœurer ses compagnons. Un autre s’y essaie avec le petit suisse. Une autre avec de la compote, compote qu’on mangera avec le pain à la croûte trop sèche. Et merde ! Il n’y a plus de pain !

Ce geste, elle se surprend à le refaire instinctivement des années plus tard, à l’hôpital, dans sa fausse Danette saveur vanille. À l’hôpital, la nourriture est la même qu’à la cantine. Le poisson pané-doré-fluo orange tout flasque, les mi-épinards, mi-crème. Les carottes vichy. La viande rouge trop cuite. Tous les repas pris à l’hôpital auront le même goût, celui de son enfance. Celui d’avant la maladie. Et pour rien au monde elle n’en laisserait une seule miette. Le lendemain midi, on lui apporte son plateau repas : lentilles molles et rondelles de saucisson desséchées. Une des internes qui passe se tourne vers elle et lui dit « Courage on mange la même chose que vous ! ».

Et la patiente, dans sa tête : « Quelle chance vous avez ! »

Elle a 16 ans, 18 ans, 37 ans, peu importe, les souvenirs n’ont pas d’âge, pas de barrière non plus, puisqu’ils viennent d’abattre un petit bout de sa maladie.

Elle sourit.

Elle est, enfin, prête à remanger. 

Mamie.

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Alors voila, je suis allé voir ma grand mère ce week-end… J’avais des souvenirs dans la tête : des Noëls, des odeurs de cheminée, des parfums de caramel et des éblouissements enfantins devant ces papiers cadeaux qui se dépliaient entre mes mains comme des tentes immenses faites en mille et une couleurs. Lorsque j’étais enfant, ma grand-mère m’avait offert une montre Swatch où se lisait sur le cadran « La terre n’est pas une vallée de larmes  » et c’était comme une promesse qu’elle me faisait. Mais ma grand-mère est en institution, maintenant. Elle me dit bonjour, parle de tout et de rien… Innocemment, elle omet d’évoquer nos prénoms ou nos activités. Je crois qu’elle ne sait plus vraiment ni qui je suis ni ce que je fais. Quelqu’un a eu la gentillesse de déposer sur sa table de nuit un de mes romans, mais elle ne l’a pas ouvert. Je regarde le livre et je me rends compte qu’ouvrir un livre c’est lui donner la forme d’une proue de navire, tel un vaisseau qui va où les mots nous emmènent. C’est bizarre de penser cela, non ? Mamie ne sait plus transformer un livre en proue de navire. Elle ne sait plus, tout simplement, ouvrir un livre. Pourtant, l’été, quand elle nous gardait, elle nous faisait faire nos dictées, veillait à ce qu’on remplisse correctement nos cahiers de vacances…

Maintenant, des « voyous » viennent dans sa chambre dormir sur son lit; « ils m’écrasent » dit-elle. C’est pourquoi elle a prévenu les infirmières : elle restera dans son fauteuil. Le jour, la nuit. Ça fait deux ans qu’elle dort dans son fauteuil, guettant ces voyous qui surgissent dans sa tête. Elle a les fesses rouges. Elle enlève les pansements, les roule et les jette dans la cuvette des toilettes. Bientôt ce seront les escarres, la souffrance, puis la mort. 

Une de mes grandes sœurs lui donne des photos de mes neveux et nièces, mais ma grand-mère n’en veut pas, « les voyous les voleront. L’argent, ils n’en veulent pas, mais les photos des petits, ils les prennent… »

Je suis dans sa chambre, je regarde son vieux visage, ses vieilles mains qui tremblent. C’est TELLEMENT plus facile quand c’est la mamie des autres, quand c’est quelqu’un qu’on ne connait pas…

Enfant, la mienne nous préparait des gâteaux pour « le goûter de 4 h ».

C’est loin.

J’ai longtemps cru que c’était ça, l’amour. Des gâteaux pour « le goûter à 4 h. »

Dans la voiture qui me ramène, je regarde ma montre. Mamie a pleuré quand nous l’avons quittée. 

Le re-re-retour de Frottis (et d’un certain dictateur nord-coréen).

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1, 2, Alors voilà, 1, 2, 3, je fais du sport, 1, 2, 3, je n’aime pas ça, 1, 2, 3, c’est mon calvaire-minute, 1, 2, 3 celui où « je-transpire-comme-un-cochon-à-l’abattoir »… Ben oui, j’ai 30 ans bientôt, je suis gourmand, feignant, et je me rappelle très bien de mes cours sur les maladies cardio-vasculaires… Bref, toutes les conditions sont réunies pour s’encrouter dans le gras et mourir subitement à 35 ans avant d’avoir écrit le grand livre que j’ai en tête (une relecture queer de la vie de Kim Jong Un). Donc je sue, souffre et discute avec une copine qui sue et souffre à mes côtés. On s’entre-motive, c’est sûr, le gras ne passera pas. Ma pote, c’est Frottis, vous la connaissez (sinon, lisez ICI), maintenant elle est médecin en milieu carcérale, j’ai donc plein de questions à lui poser :
– Dis, Frottis, t’aurais pas une anecdote ou deux qui trainent ????

(qu’est-ce qu’on ferait pas pour ses lecteurs…)

– Ben écoute non, là, je vois pas…

Silence. Derrière son visage congestionné, je sens qu’un truc cloche. 

– Tu as l’air tristounette ?

(oui, je dois être un des derniers êtres humains âgé de 29 ans à dire encore tristounette…)

– J’ai perdu un patient cette nuit.

– Ah.

Silence. Le coach surexcité hurle  » ALLEZ ! Vous sentezzzzz la chââââleuuuuur ??? » Perso, je sens rien. Ah, si, j’ai mal. 

– Frottis ?

– Oui ?

– Il était jeune ?

– Ben oui, la cinquantaine.

– Merde.

– Comme tu dis…

Silence. Moi, vers Frottis qui soulève des haltères :

– C’était quoi ? 

– Infarctus.

– Merde.

– Comme tu dis…

– Tu tiens le coup ?

– Bof…

– Le plus dur, ça a du être pour la famille*…

Frottis sourit :

– Ah non, ça c’est encore le seul point positif.

– il était en prison pour ça.

– C’est à dire ?

Haussement d’épaule :

– Ben il a tué sa femme et ses enfants y a dix ans avec une hache, puis il a mis le feu à la baraque…

Silence. Moi :

– Ah…

Le coach remet ça : ALLEZ ! Vous sentezzzzz la chââââleuuuuur ???

On fait un drôle de métier, je veux dire, on fait vraiment un drôle de métier…

*(Je vous assure, rien n’est pire qu’annoncer un décès aux familles (à part peut-être avoir six ans et devoir s’enquiller les choux de bruxelles à la béchamel de sa grand-mère. Quoique… être le tonton de Kim-Jong Un est pas mal aussi…).)
PS : je serai à la librairie AB à Lunel demain à 19h30 et le Mercredi 17 juin de 19h à 20h à la Librairie Cosmopolite à Angoulême, puis Samedi 20 juin au Salon du livre de Vannes ! Venez !!!